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Publié pour la première fois en 1843/4, republié dans une deuxième édition revue et augmentée en 1855, le Grand Traité d’Instrumentation et d’Orchestration Modernes de Berlioz fait date dans l’histoire de l’orchestre, et malgré tous les perfectionnements techniques qui ont pu intervenir depuis, surtout en ce qui concerne les instruments à vent et les cuivres, il garde encore de nos jours beaucoup de sa valeur. C’est aussi un document précieux sur les pratiques d’orchestre de l’époque de Berlioz. Il fournit en outre un commentaire sur l’instrumentation de Berlioz lui-même. Il a donc paru intéressant d’en reproduire ici de larges extraits; le choix de ces extraits est nécessairement quelque peu arbitraire. On a cherché à mettre l’accent sur les passages où Berlioz tente de caractériser les possibilités expressives de chaque instrument de l’orchestre. Tous ces textes sont rassemblés ici sur une page qui leur est exclusivement consacrée.
On remarquera au passage que le groupement qui a été adopté ici des instruments en différentes catégories, instruments à cordes, instruments à vent etc. ne suit pas la disposition plus complexe (et plus précise) du Traité de Berlioz (voyez le Chapitre 1) et ne sert qu’à la commodité de la présentation. La disposition par chapitres du Traité n’est donc pas suivie ici au delà du premier chapitre.
On pourra rapprocher du Traité les nombreuses remarques faites par Berlioz sur les pratiques instrumentales en usage en Allemagne et en Europe centrale lors de ses voyages de 1842-3 et 1845-6, remarques consignées dans les Lettres qu’il publia après, notamment la 7ème lettre du Premier voyage et les 5ème et 6ème du Deuxième voyage. À rapprocher également le Rapport de Berlioz sur les instruments de musique à l’Exposition universelle de 1851 à Londres, dont on trouvera le texte intégral sur ce site en français et en traduction anglaise.
Une nouvelle édition du Traité est parue en 2003 dans la New Berlioz Edition (tome 24). Une traduction anglaise avec commentaire détaillé est également disponible: Hugh Macdonald: Berlioz’s Orchestration Treatise. A Translation and Commentary, Cambridge University Press, 2002, xxxix + 388 pages. Pour plus de détails voyez Berlioz: Musical and Literary Works.
Le Traité est illustré par de nombreux exemples musicaux, tirés en partie de Berlioz lui-même, mais dans leur majorité d’œuvres de prédécesseurs, en particulier Gluck, Beethoven et Weber, ainsi que de quelques contemporains, notamment Meyerbeer. On en trouvera la liste ailleurs sur ce site. Pour des raisons techniques il n’est pas possible de reproduire en partition les exemples de musique vocale, mais les exemples instrumentaux sont maintenant disponibles pour la plupart sur une page intitulée Berlioz: Prédécesseurs et Contemporains. À la fin de chaque rubrique concernant tel ou tel instrument on a groupé pour l’orientation du lecteur quelques unes des références principales aux œuvres de Berlioz qui se trouvent dans le recueil Partitions de Berlioz. Il serait bien entendu facile de multiplier ces renvois. La table ci-dessous donne l’inventaire du contenu de cette page.
Outre les extraits présentés ici on trouvera sur ce site le texte intégral du chapitre Le Chef d’orchestre – théorie de son art ajouté par Berlioz à l’édition augmentée du Traité en 1855.
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Cette page est disponible aussi en anglais
À aucune époque de l’histoire de la musique on n’a parlé autant qu’on le fait aujourd’hui de l’Instrumentation. La raison en est, sans doute, dans le développement de cette branche de l’art, et peut-être aussi dans la multitude de critiques, d’opinions, de doctrines diverses, de jugements, de raisonnements et de déraisonnements parlés ou écrits, dont les plus minces productions des moindres compositeurs sont le prétexte.
On semble attacher à présent beaucoup de prix à cet art d’instrumenter qu’on ignorait au commencement du siècle dernier, et dont il y a 60 ans, beaucoup de gens qui passaient pour de vrais amis de la musique, voulurent empêcher l’essor. On s’efforce, à cette heure, de mettre obstacle au progrès musical sur d’autres points. Il en fut toujours ainsi, il n’y a donc là rien qui puisse surprendre. On n’a d’abord voulu voir de musique que dans les tissus d’harmonies consonantes, entremêlées de quelques dissonances par suspensions, et quand Monteverde tenta de leur adjoindre l’accord de Septième sur la dominante sans préparation, le blâme et les invectives de toute espèce ne lui manquèrent pas. Mais cette Septième une fois admise, malgré tout, avec les dissonances par suspensions, on en vint parmi ceux qui s’appelaient savants à mépriser toute composition dont l’harmonie eut été simple, douce, claire, sonore, naturelle; il fallait absolument, pour plaire à ceux-là, qu’elle fut criblée d’accords de seconde majeurs ou mineure, de septièmes, de neuvièmes, de quinte et quarte, employés sans raison ni intention quelconques, à moins qu’on ne suppose à ce style harmonique celles d’être aussi souvent que possible désagréable à l’oreille. Ces musiciens avaient pris du goût pour les accords dissonants, comme certains animaux en ont pour le sel, pour les plantes piquantes, les arbustes épineux. C’était l’exagération de la réaction.
La mélodie n’existait pas au milieu de toutes ces belles combinaisons; quand elle apparut, on cria à l’abaissement, à la ruine de l’art, à l’oubli des règles consacrées, etc. etc.; tout était perdu évidemment. La mélodie s’installa cependant; la réaction mélodique, à son tour, ne se fit pas attendre. Il y eut des mélodistes fanatiques, à qui tout morceau de musique à plus de trois parties était insupportable. Quelques-uns voulaient que, dans le plus grand nombre de cas, le chant fut accompagné d’une basse seulement, en laissant à l’auditeur le plaisir de deviner les notes complémentaires des accords. D’autres allèrent plus loin, il ne voulurent pas du tout d’accompagnement, prétendant que l’harmonie était une invention barbare.
Le tour des modulations arriva. À l’époque où l’usage était de ne moduler que dans les tons relatifs, le premier qui s’avisa de passer dans une tonalité étrangère fut conspué; il devait s’y attendre. Quel que fut l’effet de cette nouvelle modulation, les maîtres la blamèrent sévèrement. Le novateur avait beau dire: « Écoutez-la bien: voyez comme elle est doucement amenée, bien motivée, adroitement liée à ce qui suit et précède; comme elle résonne délicieusement! — IL NE S’AGIT PAS DE CELA, lui répondait-on, cette modulation est prohibée, donc il ne faut pas la faire! » mais comme au contraire il ne s’agit que de cela, en tout et partout, les modulations non relatives ne tardèrent pas à paraître dans la grande musique, et à y donner lieu à des impressions aussi heureuses qu’inattendues. Presque aussitôt naquit un nouveau genre de pédantisme; on vit des gens qui se croyaient deshonorés de moduler à la dominante, et qui folâtraient agréablement, dans le moindre Rondo, du ton d’Ut naturel à celui de Fa dièze majeur.
Le temps a remis peu à peu chaque chose à sa place.
On a distingué l’abus de l’usage, la vanité réactionnaire de la sottise et de l’entêtement, et on est assez généralement disposé à accorder aujourd’hui, en ce qui concerne l’harmonie, la mélodie et les modulations, que ce qui produit un bon effet est bon, que ce qui produit un mauvais est mauvais, et que l’autorité de cent vieillards, eussent-ils cent vingt ans chacun, ne nous ferait pas trouver laid ce qui est beau, ni beau ce qui est laid.
Quant à l’instrumentation, à l’expression et au rythme, c’est une autre affaire. Leur tour d’être aperçus, repoussés, admis, enchainés, délivrés et exagérés, n’étant venu que beaucoup plus tard, ils ne peuvent donc encore avoir atteint le point où parvinrent avant eux les autres branches de l’art. Disons seulement que l’instrumentation marche la première; elle en est à l’exagération.
Il faut beaucoup de temps pour découvrir les méditerranées musicales, et plus encore pour apprendre à y naviguer.
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Tout corps sonore mis en œuvre par le Compositeur est un instrument de musique. De là la division suivante des moyens dont il dispose actuellement:
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EN INSTRUMENTS À CORDES. |
Mises en vibration par des archets |
Les Violons, Altos, Violes d’amour, Violoncelles et Contrebasses. |
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Pincées |
Les Harpes, Guitares et Mandolines. |
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À clavier |
Le Piano. |
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EN INSTRUMENTS À VENT. |
À anches |
Les Hautbois, Cors Anglais, Bassons, Bassons-quintes, Contrebassons, Clarinettes, Cors de Basset, Clarinettes-Basses, Saxophones. |
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Sans anches |
Les Flûtes grandes et petites. |
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À clavier |
L’Orgue, le Mélodium, le Concertino. |
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À embouchure et en cuivre |
Les Cors, Trompettes, Cornets, Bugles, Trombones, Ophicléides, Bombardons, Bass-Tubas. |
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À embouchure et en bois |
Le Basson Russe, le Serpent. |
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Les voix d’hommes, de femmes, d’enfants et de castrats |
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EN INSTRUMENTS À PERCUSSION. |
D’une sonorité fixe et appréciable |
Les Timbales, les Cymbales antiques, les Jeux de timbres, le Glockenspiel, l’Harmonica à clavier, les Cloches. |
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D’une sonorité indéterminable et produisant
seulement |
Les Tambours, Grosses-Caisses, Tambours de Basque, Cymbales, Triangles, Tamtams, Pavillons Chinois. |
L’emploi de ces divers éléments sonores et leur application soit à colorer la mélodie, l’harmonie et le rythme, soit à produire des impressions sui generis (motivées ou non par une intention expressive), indépendantes de tout concours des trois autres puissances musicales, constitue l’art de l’instrumentation.
Considéré sous son aspect poétique, cet art s’enseigne aussi peu que celui de trouver de beaux chants, de belles successions d’accords et des formes rythmiques originales et puissantes. On apprend ce qui convient aux divers instruments, ce qui pour eux est praticable ou non, aisé ou difficile, sourd ou sonore; on peut dire aussi, que tel ou tel instrument est plus propre que tel autre à rendre certains effets, à exprimer certains sentiments; quant à leur association par groupes, par petits orchestres et par grandes masses, quant à l’art de les unir, de les mêler, de façon à modifier le son des uns par celui des autres, en faisant résulter de l’ensemble un son particulier que ne produirait aucun d’eux isolément, ni réuni aux instruments de son espèce, on ne peut que signaler les résultats obtenus par les maîtres en indiquant leurs procédés; résultats qui sans doute, seront encore modifiés de mille manières en bien ou en mal par les compositeurs qui voudront les reproduire.
L’objet de cet ouvrage est donc d’abord l’indication de l’étendue de certaines parties essentielles du mécanisme des instruments, puis l’étude fort négligée jusqu’à présent, de la nature du timbre, du caractère particulier et des facultés expressives de chacun d’eux; et enfin celle des meilleurs procédés connus pour les grouper convenablement. Tenter de s’avancer au delà, ce serait vouloir mettre le pied sur le domaine de l’inspiration, où le génie seul peut faire des découvertes, parce qu’il n’est donné qu’à lui de le parcourir.
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Les instruments à cordes
[...] Le tremolo, simple ou double, des violons en masse, produit plusieurs excellents effets; il exprime le trouble, l’agitation, la terreur, dans les nuances du piano, du mezzo forte et du fortissimo, quand on le place sur une ou deux des trois cordes Sol, Ré, La, et qu’on ne le fait pas s’élever beaucoup au dessus du Si bémol du médium. Il a quelque chose d’orageux, de violent, dans le fortissimo, sur le médium de la chanterelle et de la 2e corde. Il devient aérien, angélique, au contraire, si on l’emploie à plusieurs parties et pianissimo sur les notes aigües de la chanterelle. C’est ici le cas de dire que l’usage est de diviser à l’orchestre les violons en deux bandes, mais qu’il n’y a aucune raison de ne pas les subdiviser en deux ou en trois parties, selon le but que le compositeur se propose. [...]
Les sons harmoniques [...] ont un caractère singulier de douceur mystérieuse, et l’extrême acuïté de quelques uns donne au violon, dans le haut, une étendue immense. [...] Il est loisible au compositeur de les écrire à deux, à trois, et même à quatre parties, selon le nombre des parties de violons. L’effet de pareils accords soutenus est fort remarquable, s’il est motivé par le sujet du morceau et bien fondu avec le reste de l’orchestration. Je les ai employés pour la première fois, à trois parties, dans le scherzo d’une symphonie au dessus d’une quatrième partie de violon non harmonique qui trille continuellement la note la moins aigüe. La finesse excessive des sons harmoniques est encore augmentée dans ce passage, par l’emploi de sourdines, et, ainsi affaiblis, ils sortent dans les hauteurs perdues de l’échelle musicale, où il serait à peine possible d’atteindre avec les sons ordinaires [Voyez Roméo et Juliette, Scherzo de la Reine Mab, mesure 361 et suivantes] [...]
Les sourdines sont de petites machines en bois qu’on place sur le chevalet des instruments à cordes pour affaiblir leur sonorité, et qui leur donnent en même temps un accent triste, mystérieux et doux, dont l’application est fréquemment heureuse dans tous les genres de musique. On se sert en général des sourdines pour les morceaux lents principalement; elles ne font pas moins bien toutefois, quand le sujet du morceau l’indique, pour les dessins rapides et légers, ou pour des accompagnements d’un rythme précipité. [...]
Le pizzicato (pincé) est encore, pour les instruments à archet, d’un usage général. Les sons obtenus produisent des accompagnements aimés des chanteurs, dont ils ne couvrent pas la voix; ils figurent très bien aussi comme effets symphoniques, même dans les élans vigoureux de l’orchestre, soit dans la totalité des instruments à cordes, soit dans une partie, ou deux parties seulement.
Voici un exemple charmant de l’emploi du pizzicato dans les seconds violons, altos et basses pendant que les 1ers violons jouent avec l’archet. Ces sonorités contrastantes se marient, dans ce passage, d’une façon vraiment merveilleuse avec les soupirs mélodiques de la clarinette dont ils augmentent l’expression (Exemple: Beethoven, 4ème symphonie, 2ème mouvement, mesures 26-34) [...]
Si on emploie le pizzicato dans un forte il devient nécessaire de ne l’écrire en général ni trop haut ni trop bas, les notes de l’extrême aigu étant grêles et sèches, celles du bas trop sourdes. […] Les accords pincés, à deux, trois ou quatre notes, sont également utiles dans le fortissimo, le doigt unique, dont les violonistes se servent parcourt alors si rapidement les cordes qu’elles semblent attaquées toutes à la fois et vibrent presque simultanément. Les dessins d’accompagnement en pizzicato piano sont toujours d’un effet gracieux, ils reposent l’auditeur et donnent, quand on n’abuse pas, de la variété à l’aspect de l’orchestre. On obtiendra plus tard, sans doute, du pizzicato des effets bien plus originaux et plus piquants qu’on ne fait aujourd’hui. Les violonistes ne considérant pas le pizzicato comme une partie intégrante de l’art du violon l’ont à peine étudié. Ils ne se sont à cette heure appliqués à pincer qu’avec le pouce et l’index, d’où il résulte qu’ils ne peuvent faire ni traits ni arpèges plus rapides que les doubles croches d’une mesure à quatre temps, dans un mouvement très modéré. Au lieu que si, déposant leur archet, ils se servaient du pouce et de trois doigts, la main droite étant soutenue par le petit doigt appuyé sur le corps du violon, comme on fait pour pincer la guitare, ils obtiendraient bien vite la facilité d’exécuter en pinçant des passages tels que le suivant, impossibles aujourd’hui. (Exemples) Le martellement double et triple des notes supérieures, dans les deux derniers exemples, devient extrêmement facile par l’emploi successif de l’index et du troisième doigt sur la même corde.
Les petites notes liées ne sont pas impracticables non plus dans le pizzicato. La phrase suivante du Scherzo de la (5ème) symphonie en Ut mineur de Beethoven, qui en contient, est toujours fort bien exécutée. (Exemple: 5ème symphonie, 3ème mouvement, mesures 302-316). […]
Il arrive assez souvent, pour donner à un trait une grande énergie, qu’on double à l’octave inférieure les premiers violons par les seconds; mais, si le trait n’est pas écrit excessivement haut, il vaut beaucoup mieux les doubler à l’unisson. L’effet est alors incomparablement plus fort et plus beau. Le foudroyant éclat de la péroraison du premier mouvement de la Symphonie en Ut mineur de Beethoven est dû à un unisson de violons. Il arrive même en pareille occasion que si, les violons étant unis de la sorte, on veut en augmenter encore la force en leur adjoignant les altos à l’octave au dessous, ce redoublement inférieur trop faible, en raison de la disproportion de la partie supérieure, produit un bourdonnement inutile, dont la vibration des notes aigües des violons est plutôt obscurcie qu’augmentée. Il est préférable, si la partie d’alto ne peut être dessinée d’une manière saillante, de l’employer alors à grossir le son des violoncelles, en ayant soin de les mettre ensemble (autant que l’étendue au grave de l’instrument le permet) à l’unisson et non à l’octave. C’est ce qu’a fait Beethoven dans le passage suivant (Exemple: Beethoven, 5ème symphonie, premier mouvement, mesures 398-423) [...]
Les instruments à archet, dont la réunion forme ce qu’on appelle assez improprement le quatuor, sont la base, l’élément constitutif de tout orchestre. A eux se trouve dévolue la plus grande puissance expressive, et une incontestable variété de timbres. Les violons surtout peuvent se prêter à une foule de nuances en apparence inconciliables. Ils ont (en masse) la force, la légéreté, la grâce, les accents sombres et joyeux, la rêverie et la passion. Il ne s’agit que de savoir les faire parler. On n’est pas obligé d’ailleurs de calculer pour eux, comme pour les instruments à vent, la durée d’une tenue, de leur ménager de temps en temps des silences; on est bien sûr que la respiration ne leur manquera pas. Les violons sont des serviteurs fidèles, intelligents, actifs et infatigables.
Les mélodies tendres et lentes, confiées trop souvent à des instruments à vent, ne sont pourtant jamais mieux rendues que par une masse de violons. Rien n’égale la douceur pénétrante d’une vingtaine de chanterelles mises en vibration par vingt archets bien exercés. C’est la vraie voix féminine de l’orchestre, voix passionnée et chaste en même temps, déchirante et douce, qui pleure et crie et se lamente, ou chante et prie et rêve, ou éclate en accents joyeux, comme nulle autre pourrait le faire. Un imperceptible mouvement du bras, un sentiment inaperçu de celui qui l’éprouve, qui ne produirait rien d’apparent dans l’exécution d’un seul violon, multiplié par le nombre des unissons, donne des nuances magnifiques, d’irrésistibles élans, des accents qui pénètrent jusqu’au fond du cœur.
[Les violons jouent bien entendu un rôle très varié et de tout premier plan dans l’orchestre de Berlioz: c’est presque l’ensemble de son œuvre qui serait à citer. Quelques exemples au hasard: Symphonie Fantastique, 1er, 2ème et 3ème mouvements; Roméo et Juliette, 2ème mouvement, mesure 1 et suivantes; l’ouverture du Corsaire, mesure 1 et suivantes; pour le pizzicato, que Berlioz utilise plus que tous ses prédecesseurs, Roméo et Juliette, 2ème mouvement, mesure 81 et suivantes, mesure 187 et suivantes; un effet spécial, le col legno, dans la Symphonie Fantastique, 5ème mouvement, mesure 444 et suivantes]
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[...] De tous les instruments de l’orchestre, celui dont les excellentes qualités ont été le plus longtemps méconnues, c’est l’alto. Il est aussi agile que le violon, le son de ses cordes graves a un mordant particulier, ses notes aigües brillent par leur accent tristement passionné, et son timbre en général, d’une mélancolie profonde, diffère de celui des autres instruments à archet. Il a été longtemps inoccupé cependant, ou appliqué à l’emploi obscur autant qu’inutile, le plus souvent, de doubler à l’octave supérieure la partie de basse. Il y a plusieurs causes à l’injuste servage de ce noble instrument. D’abord la plupart des maîtres du siècle dernier, dessinant rarement quatre parties réelles, ne savaient qu’en faire; et quand ils ne trouvaient pas tout de suite à lui donner quelques notes de remplissage dans les accords, ils se hâtaient d’écrire le fatal col basso, avec tant d’inattention quelquefois, qu’il en résultait un redoublement à l’octave des basses, inconciliable, soit avec l’harmonie, soit avec la mélodie, soit avec toutes les deux ensemble. Ensuite il était malheureusement impossible d’écrire alors pour les altos des choses saillantes exigeant un talent ordinaire d’éxécution. Les joueurs de viole (ancien nom de l’alto) étaient toujours pris dans les rebuts des violonistes. Quand un musicien se trouvait incapable de remplir convenablement une place de violon, il se mettait à l’alto. D’où il résultait que les violistes ne savaient jouer ni du violon ni de la viole. Je dois même avouer que de notre temps, ce préjugé contre la partie d’alto n’est pas entièrement détruit, et qu’il y a encore, dans les meilleurs orchestres, des joueurs d’alto qui ne possèdent pas mieux l’art de l’alto que celui du violon. Mais on sent de jour en jour davantage l’inconvénient qui résulte de cette tolérance à leur égard, et peu à peu l’alto comme les autres instruments ne sera plus confié qu’à des mains habiles. Son timbre attire et captive tellement l’attention qu’il n’est pas nécessaire d’en avoir dans les orchestres un nombre tout à fait égal à celui des seconds violons, et les qualités expressives de ce timbre sont si saillantes que, dans les très rares occasions où les anciens compositeurs le mirent en évidence, il n’a jamais manqué de répondre à leur attente. [...]
[...] Méhul, séduit par la sympathie qui existe entre le son des altos et le caractère rêveur de la poésie Ossianique, voulut s’en servir constamment et à l’exclusion entière des violons dans son opéra d’Uthal. Il en résulta, disent les critiques du temps, une insupportable monotonie qui nuisit au succès de l’ouvrage. Ce fut à ce sujet que Grétry s’écria: ‘Je donnerais un louis pour entendre une chanterelle!’ Ce timbre, si précieux quand il est bien employé et habilement mis en opposition avec les timbres des violons et des autres instruments, doit effectivement lasser très vite; il est trop peu varié et trop empreint de tristesse pour qu’il puisse en être autrement. On divise souvent aujourd’hui les altos en premiers et seconds; dans les orchestres comme celui de l’Opéra, où ils sont en nombre à peu près suffisant, il n’y a pas d’inconvénient à écrire ainsi; dans tous les autres où l’on compte à peine quatre ou cinq altos, cette division ne peut que nuire beaucoup à un groupe instrumental déjà si faible en lui même et que les autres groupes tendent sans cesse à écraser. Il faut dire encore que la plupart des altos dont on se sert aujourd’hui dans nos orchestres français n’ont pas la dimension voulue; ils n’ont ni la grandeur, ni conséquemment la force de son des véritables violes, ce sont presque des violons montés avec des cordes d’altos. Les directeurs de musique devraient proscrire absolument l’usage de ces instruments bâtards, dont le peu de sonorité décolore une des parties les plus intéressantes de l’orchestre en lui ôtant beaucoup d’énergie, surtout dans les sons graves.
Quand les violoncelles chantent, il est quelquefois excellent de les doubler à l’unisson par les altos. Le son des violoncelles acquiert alors beaucoup de rondeur et de pureté, sans cesser d’être prédominant. (Exemple: le thème de l’adagio de la (5ème) Symphonie en Ut mineur de Beethoven).
[Exemples chez Berlioz: Symphonie Fantastique, 3ème mouvement, mesure 69 et suivantes; Harold en Italie, passim; Roméo et Juliette, 4ème mouvement, mesure 369 et suivantes; ouverture du Carnaval Romain, mesure 37 et suivantes; Chasse royale et orage extrait des Troyens, mesure 51 et suivantes]
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[...] Les violoncelles unis au nombre de huit ou dix, sont essentiellement chanteurs, les timbre sur les deux cordes supérieures, est un des plus expressifs de l’orchestre. Rien n’est plus voluptueusement mélancolique et plus propre à bien rendre les thèmes tendres et langoureux qu’une masse de violoncelles jouant à l’unission sur la chanterelle.
Ils sont excellents aussi pour les chants d’un caractère religieux; c’est alors au compositeur à choisir la corde sur lesquelles la phrase sera exécutée. Les deux inférieurs, l’ut et le sol, sont d’une sonorité onctueuse et grave parfaitement convenable en pareil cas, mais leur gravité même ne permet guère de leur donner que des basses plus ou moins mélodiques, les véritables dessins chantants devant être réservés pour les cordes supérieures. Weber, dans l’ouverture d’Obéron, a fait avec un rare bonheur chanter les violoncelles dans le haut pendant que deux clarinettes en La à l’unisson font entendre au dessous d’eux leurs notes graves. C’est neuf et saississant. (Exemple)
[Exemples chez Berlioz: ouverture de Waverley, mesure 30 et suivantes; Symphonie Fantastique, 3ème mouvement, mesure 69 et suivantes; ouverture de Benvenuto Cellini, mesure 67 et suivantes; Roméo et Juliette, 3ème mouvement, mesure 23 et suivantes, 49 et suivantes, 82 et suivantes]
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[...] On a le tort aujourd’hui, d’écrire pour le plus lourd de tous les instruments des dessins d’une telle rapidité que les violoncelles eux-mêmes ont de la peine à les rendre. Il en résulte un inconvénient très grand, les contrebassistes paresseux ou réellement incapables de lutter avec des difficultés pareilles, y renoncent de prime abord et s’attachent à simplifier le trait; mais la simplification des uns n’étant pas celle des autres, puisqu’ils n’ont pas tous les mêmes idées sur l’importance harmonique des notes diverses contenues dans le trait, il s’ensuit un désorde, une confusion horribles. Ce chaos bourdonnant plein de bruits étranges, de grognements hideux, est complété ou encore accru par les autres contrebassistes plus zélés ou plus confiants dans leur habileté, qui se consument en efforts inutiles pour arriver à l’exécution intégrale du passage écrit.
Les compositeurs doivent donc bien prendre garde à ne demander aux contrebasses que des choses possibles, et dont la bonne exécution ne puisse être douteuse. C’est assez dire que le vieux système des contrebassistes simplificateurs, système généralement adopté dans l’ancienne école instrumentale, et dont nous venons de montrer le danger, est à présent tout à fait repoussé. Si l’auteur n’a écrit que des choses convenables à la nature de l’instrument, l’exécutant doit les faire entendre; rien de plus, rien de moins. Quand le tort est au compositeur, c’est lui et les auditeurs qui en supportent les conséquences, l’exécutant alors n’a plus à répondre de rien. [...]
Beethoven a également tiré parti de ces notes à peine articulées (sc. des contrebasses), mais à l’inverse de l’exemple précédent [Gluck, Orphée IIème acte], en accentuant la première note du groupe plus que la dernière. Tel est ce passage de l’orage de la Symphonie Pastorale, qui donne si bien l’idée des efforts d’un vent violent chargé de pluie, et des sourds grondements d’une rafale. Remarquons que Beethoven dans cet exemple et dans beaucoup d’autres passages a donné aux contrebasses des notes graves qu’elles ne peuvent exécuter; ce qui ferait supposer que l’orchestre pour lequel il écrivit possédait des contrebasses descendant jusqu’à l’Ut octave basse de l’Ut des violoncelles, et qu’on ne trouve plus aujourd’hui. (Exemple: Symphonie pastorale, 4ème mouvement mesures 45-70) [...]
[Exemples chez Berlioz: Symphonie Fantastique, 1er mouvement, mesures 12 et 14; Lélio, La harpe éolienne; Marche Funèbre pour la dernière scène d’Hamlet, mesure 39 et suivantes, mesure 87 et suivantes]
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[...] L’effet des harpes, (quand il ne s’agit pas d’une musique destinée à être écoutée de près, dans un salon,) est d’autant meilleur qu’elles sont en plus grand nombre.
Les notes, les accords, les arpèges qu’elles jettent au travers de l’orchestre et du chœur, sont d’une splendeur extrême. Rien de plus sympathique avec les idées de fêtes poétiques, de pompes religieuses, que les sons d’une grande masse de harpes ingénieusement employée. Isolément ou par groupes de deux, trois ou quatre, il est singulier que ce soit le timbre des cors, des trombones, et en général des instruments de cuivre, qui se marie le mieux avec le leur. Les cordes inférieures (en exceptant les cordes molles et sourdes de l’extrémité grave) dont le son est si voilé, si mystérieux et si beau, n’ont presque jamais été employées que pour les basses d’accompagnement de la main gauche; c’est à tort. Il est vrai que les harpistes se soucient peu de jouer des morceaux entiers dans ces octaves assez éloignées du corps de l’exécutant, pour obliger celui-ci à se pencher en avant en étendant les bras, et à conserver ainsi plus ou moins longtemps une posture gênante; mais cette raison a dû être de peu de poids pour les compositeurs. La véritable, c’est qu’ils n’ont pas songé à tirer parti de ce timbre spécial.
Les cordes de la dernière octave supérieure ont un son délicat, cristallin, d’une fraîcheur voluptueuse, qui les rend propres à l’expression des idées gracieuses, féeriques, et à murmurer les plus doux secrets des riantes mélodies; à condition, cependant, qu’elles ne seront jamais attaquées avec force par l’exécutant, car, dans ce cas, elles rendent un son sec, dur, assez semblable à celui d’un verre qu’on brise, désagréable et irritant.
Les sons harmoniques de la harpe, et surtout de plusieurs harpes à l’unisson, ont bien plus de magie encore. Les solistes les emploient souvent dans des points d’orgues de leurs fantaisies, variations, et concertos. Mais rien ne ressemble à la sonorité de ces notes mystérieuses unies à des accords de flûtes et de clarinettes jouant dans le médium; il est vraiment étrange qu’on n’ait encore qu’une fois, et il y a trois ans à peine rendu sensible l’affinité de ces timbres et la poésie de leur association. [...]
[Nombreux exemples chez Berlioz: citons entre autres Symphonie Fantastique, 2ème mouvement; Lélio, La harpe éolienne; Harold en Italie, 1er, 2ème et 3ème mouvements; Roméo et Juliette, 2ème et 4ème mouvements; Weber, Invitation à la valse, instrumentée par Berlioz; le Ballet des Sylphes de la Damnation de Faust; Te Deum, 8ème mouvement; L’Enfance du Christ, trio pour 2 flûtes et harpe; Marche Troyenne]
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[...] On abuse étrangement aujourd’hui des petites flûtes, comme de tous les instruments dont les vibrations frémissent, percent ou éclatent. Dans les morceaux d’un caractère joyeux, les sons de la seconde octave peuvent être très convenables, dans toutes les nuances; les notes supérieures sont excellentes (fortissimo) pour les effets violents et déchirants; dans un orage, par exemple, ou dans une scène d’un caractère féroce, infernal. Ainsi la petite flûte figure on ne peut mieux dans le quatrième morceau de la symphonie pastorale de Beethoven, tantôt seule, à découvert, au dessus du trémolo des altos et des basses, et imitant les sifflements d’un ouragan dont la force n’est pas encore déchainée, tantôt, sur des notes plus aigues, avec la masse entière de l’orchestre. (Exemple: mesures 93-108). Gluck, dans la tempête d’Iphigénie en Tauride, a su faire grincer plus rudement encore les sons hauts de deux petites flûtes à l’unisson, en les écrivant, dans une succession de sixtes, à la quarte au dessus des premiers violons. Le son des petites flûtes sortant à l’octave supérieure produit par conséquent avec les premiers violons des suites de onzièmes dont l’âpreté est là on ne peut mieux motivée. (Exemple: mesures 69-76). Dans le chœur des Scythes du même opéra, les deux petites flûtes doublent à l’octave les grupetti des violons; ces notes, mêlées aux aboiements de la troupe sauvage, au fracas rythmé et incessant des cymbales et du tambourin, font frémir. (Exemple). Tout le monde a remarqué le ricanement diabolique des deux petites flûtes en tierces, dans la chanson à boire du Freyschütz. C’est une des plus heureuses inventions de l’orchestre de Weber. (Exemple)
C’est Spontini qui, dans sa magnifique bacchanale des Danaïdes (devenue depuis un chœur orgique de Nurmahal), a eu le premier l’idée d’unir un cri bref et perçant de petites flûtes à un coup de cymbales. La singulière sympathie qui s’établit dans ces deux cas, entre ces deux instruments si dissemblables, n’avait pas été soupçonnée auparavant. Cela tranche et déchire instantanément comme un coup de poignard. Cet effet est très caractérisé, même en n’employant que les deux instruments désignés; mais on augmente la force au moyen d’un coup sec de timbales uni à un accord bref de tous les autres instruments. (Exemple)
Ces divers exemples, et d’autres encore que je pourrais citer, me semblent admirables sous tous les rapports. Beethoven, Gluck, Weber et Spontini ont ainsi fait un usage ingénieux autant qu’original et raisonnable de la petite flûte. Mais quand j’entends cet instrument employé à doubler à la triple octave le chant d’une basse taille, à jeter sa voix stridente au milieu d’une harmonie religieuse, à renforcer, à aiguiser, pour l’amour du bruit seulement, la partie haute de l’orchestre, du commencement à la fin d’un acte d’opéra, je ne puis m’empêcher de trouver ce mode d’instrumentation d’une platitude et d’une stupidité dignes, pour l’ordinaire, du style mélodique auquel il est appliqué.
La petite flûte peut être d’un heureux effet dans les passages doux, et c’est un préjugé de croire qu’elle ne puisse jouer que très fort. [...]
[Exemples chez Berlioz: ouverture des Francs Juges, mesure 36, 45 et suivantes, 612 et suivantes; Weber, Invitation à la valse, instrumentée par Berlioz; Menuet des Follets de la Damnation de Faust; Chasse royale et orage extrait des Troyens, passim et surtout mesure 219 et suivantes]
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[...] La sonorité de cet instrument est douce dans le médium, assez perçante à l’aigu, très caractérisée au grave. Le timbre du médium et celui du haut n’ont pas d’expression spéciale bien tranchée. On peut les employer pour des mélodies ou des accents de caractères divers, mais sans qu’ils puissent égaler cependant la gaité naïve du hautbois ou la noble tendresse de la clarinette. Il semble donc que la flûte soit un instrument à peu près dépourvu d’expression, qu’on est libre d’introduire partout et dans tout, à cause de sa facilité à exécuter les groupes de notes rapides, et à soutenir les sons élevés utiles à l’orchestre pour le complément des harmonies aigües. En général cela est vrai; pourtant en l’étudiant bien, on reconnait en elle une expression qui lui est propre, et une aptitude à rendre certains sentiments qu’aucun autre instrument ne pourrait lui disputer. S’il s’agit par exemple, de donner à un chant triste un accent désolé, mais humble et résigné en même temps, les sons faibles du médium de la flûte, dans les tons d’Ut mineur et de Ré mineur surtout, produiront certainement la nuance nécessaire. Un seul maître me parait avoir su tirer grand parti de ce pâle coloris: c’est Gluck. En écoutant l’air pantomime en Ré mineur qu’il a placé dans la scène des Champs-Elysées d’Orphée, on voit tout de suite qu’une flûte devait seule en faire entendre le chant. Un hautbois eut été trop enfantin et sa voix n’eut pas semblé assez pure; une clarinette eut mieux convenu sans doute, mais certains sons eussent été trop forts, et aucune des notes les plus douces n’eut pu se réduire à la sonorité faible, effacée, voilée du Fa naturel du médium, et du premier Si bémol au dessus des lignes, qui donnent tant de tristesse à la flûte dans ce ton de Ré mineur où ils se présentent fréquemment. Enfin, ni le violon, ni l’alto, ni le violoncelle, traités en solo ou en masse, ne convenaient à l’expression de ce gémissement mille fois sublime d’une ombre souffrante et désespérée; il fallait précisément l’instrument choisi par l’auteur. Et la mélodie de Gluck est conçue de telle sorte que la flûte se prête à tous les mouvements inquiets de cette douleur éternelle, encore empreinte de l’accent des passions de la terrestre vie. C’est d’abord une voix à peine perceptible qui semble craindre d’être entendue; puis elle gémit doucement, s’élève à l’accent du reproche, à celui de la douleur profonde, au cri d’un cœur déchiré d’incurables blessures, et retombe peu à peu à la plainte, au gémissement, au murmure chagrin d’une âme résignée..... quel poëte!... (Exemple)
Les sons graves de la flûte sont peu ou mal employés par la plupart des compositeurs; Weber, dans une foule de passages du Freyschütz, et, avant lui, Gluck, dans la marche religieuse d’Alceste, ont pourtant montré tout ce qu’on peut en attendre pour les harmonies empreintes de gravité et de rêverie. Ces notes basses, je l’ai déjà dit, se mêlent fort bien aux sons graves des cors anglais et des clarinettes; elles donnent la nuance adoucie d’une couleur sombre. (Exemple)
En général, les maîtres modernes écrivent les flûtes trop constamment dans le haut; ils semblent toujours craindre qu’elles ne se distinguent pas assez au dessus de la masse de l’orchestre. Il en résulte qu’elles prédominent, au lieu de se fondre dans l’ensemble, et que l’instrumentation devient perçante et dure plutôt que sonore et harmonieuse. [...]
[La flûte joue un rôle essentiel dans l’orchestre de Berlioz, mais les solos de flûte de quelque étendue sont assez peu fréquents chez lui: Berlioz préfère d’habitude confier la mélodie à deux ou à plusieurs instruments à vent (voyez cependant Harold en Italie, 3ème mouvement, mesures 167-90). Le trio pour 2 flûtes et harpe de L’Enfance du Christ est bien entendu un cas spécial]
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[...] Les traits rapides, chromatiques ou diatoniques, peuvent s’exécuter assez bien sur le hautbois, mais il ne produisent qu’un effet disgracieux et presque ridicule; les arpèges sont dans le même cas.
L’opportunité de pareilles successions ne peut être qu’excessivement rare, nous avouons même ne l’avoir pas encore rencontrée. Ce que tentent en ce sens les virtuoses, dans leurs fantaisies ou airs variés, est peu propre à prouver le contraire. Le hautbois est avant tout un instrument mélodique; il a un caractère agreste, plein de tendresse, je dirai même de timidité.
On l’écrit cependant toujours, dans les tutti, sans tenir compte de l’expression de son timbre, parce qu’il se perd alors dans l’ensemble et que la spécialité de cette expression ne peut plus être distinguée. Il en est de même, disons le tout de suite, de la plupart des autres instruments à vent. Il ne doit y avoir d’exception que pour ceux dont la sonorité est excessive ou le timbre trop remarquable par son originalité. Il est réellement impossible, sans fouler aux pieds l’art et le bon sens, d’employer ceux-là comme de simples instruments d’harmonie. Tels sont les trombones, les ophicléïdes, les contrebassons, et, dans beaucoup de cas, les trompettes et les cornets. La candeur, la grâce naïve, la douce joie, ou la douleur d’un être faible, conviennent aux accents du hautbois: il les exprime à merveille dans le cantabile.
Un certain degré d’agitation lui est encore accessible, mais il faut le garder de le pousser jusqu’aux cris de la passion, jusqu’à l’élan rapide de la colère, de la menace ou de l’héroïsme, car sa petite voix aigre-douce devient alors impuissante et d’un grotesque parfait. Quelques grands maîtres, Mozart entre autres, n’ont pas évité ce défaut. On trouve dans leurs partitions des passages dont l’intention passionnée et l’accent martial contrastent étrangement avec le son des hautbois qui les exécutent; et de là résultent, non seulement des effets manqués, mais des disparates choquants entre la scène et l’orchestre, entre la mélodie et l’instrumentation. Le thème de marche le plus franc, le plus beau, le plus noble, perd sa noblesse, sa franchise et sa beauté, si les hautbois le font entendre; il en peut conserver encore un peu si on le donne aux flûtes, il n’en perdra presque pas à être exposé par les clarinettes. Dans le cas où, pour donner plus de corps à l’harmonie et plus de force au groupe d’instruments à vent mis en action, on aurait absolument besoin des hautbois dans un morceau de la nature de ceux que je viens de désigner, au moins faudrait-il les écrire alors de manière à ce que leur timbre, antipathique avec un pareil style, fut complètement couvert par celui des autres instruments et se fondit dans la masse de manière à ne pouvoir plus y être remarqué. Les sons graves du hautbois, disgracieux lors qu’ils sont à découvert, peuvent convenir dans certains harmonies étranges et lamentables, unis aux notes graves des clarinettes, et au Ré, Mi, Fa et Sol bas des flûtes et des cors anglais.
Gluck et Beethoven ont merveilleusement compris l’emploi de cet instrument précieux; c’est à lui qu’ils doivent l’un et l’autre les émotions profondes produites par plusieurs de leurs plus belles pages (Exemples chez Gluck). [...]
Beethoven a demandé davantage à l’accent joyeux des hautbois: témoins le solo du scherzo de la symphonie pastorale [exemple: mesures 88-123], celui du scherzo de la symphonie avec chœurs, celui du premier morceau de la symphonie en Si bémol etc.; mais il n’a pas moins bien réussi en leur confiant des phrases tristes ou désolées. On le voit dans le solo mineur de la seconde reprise du 1er morceau de la symphonie en La [exemple: mesures 300-310], dans l’andante épisodique du finale de la symphonie héroïque [exemple: mesures 348-372], et surtout dans l’air de Fidelio, où Florestan, mourant de faim, se croit, dans sa délirante agonie, entouré de sa famille en larmes, et mêle ses cris d’angoisse aux gémissements entrecoupés du hautbois. (Exemples)
[Exemples chez Berlioz: Symphonie Fantastique, 1er mouvement, mesure 360 et suivantes; 3ème mouvement, mesure 3 et suivantes; ouverture du Roi Lear, mesure 38 et suivantes, mesure 151 et suivantes; ouverture de Benvenuto Cellini, mesure 228 et suivantes; Roméo et Juliette, 2ème mouvement, mesure 81 et suivantes; ouverture du Corsaire, mesure 247 et suivantes]
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[...] Pour lui (le cor anglais) les succession rapides sont d’un plus mauvais effet encore (sc. que le hautbois); son timbre moins perçant, plus voilé et plus grave que celui du hautbois, ne se prête pas comme lui à la gaité des refrains rustiques. Il ne pourrait non plus faire entendre des plaintes déchirantes; les accents de la douleur vive lui sont à peu près interdits. C’est une voix mélancolique, rêveuse, assez noble, dont la sonorité a quelque chose d’effacé, de lointain, qui la rend supérieure à toute autre, quand il s’agit d’émouvoir en faisant renaître les images et les sentiments du passé, quand le compositeur veut faire vibrer la corde secrète des tendres souvenirs. M. Halévy a employé avec un bonheur extrême deux cors anglais dans la ritournelle de l’air d’Eléazar, au 4eme acte de la Juive. (Exemple)
Dans l’Adagio d’une de mes symphonies, le cor anglais, après avoir répété à l’octave basse les phrases d’un hautbois, comme ferait dans un dialogue pastoral la voix d’un adolescent répondant à celle d’une jeune fille, en redit les fragments (à la fin du morceau) avec un sourd accompagnement de quatre timbales, pendant le silence de tout le reste de l’orchestre. Les sentiments d’absence, d’oubli, d’isolement douloureux qui naissent dans l’âme de certains auditeurs à l’évocation de cette mélodie abandonnée, n’aurait pas le quart de leur force si elle était chantée par un autre instrument que le cor Anglais. (Exemple).
Le mélange des sons graves du cor anglais avec les notes basses des clarinettes et des cors pendant un trémolo du contrebasses donne une sonorité spéciale autant que nouvelle, propre à colorer de ses reflets menaçants les idées musicales où dominent la crainte, l’anxiété. Cet effet fut connu ni de Mozart, ni de Weber, ni de Beethoven. On en trouve un magnifique exemple dans le duo du 4ème Acte des Huguenots, et je crois que M. Meyerbeer est le premier qui l’ait fait entendre au théâtre. (Exemple). [...]
[Exemples chez Berlioz: Symphonie Fantastique, 3ème mouvement, début et mesure 175 et suivantes; ouverture de Rob Roy, surtout mesure 260 et suivantes, 275 et suivantes; Harold en Italie, 3ème mouvement, mesure 34 et suivantes; ouverture du Carnaval Romain, mesure 21 et suivantes; L’Enfance du Christ, passim; à remarquer que dans Roméo et Juliette il n’y a pas de solos du cor anglais, qui est toujours utilisé avec un ou plusieurs autres instruments à vent; voyez par exemple l’unisson du cor anglais, des bassons et du cor dans le 6ème mouvement, mesure 48 et suivantes]
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[...] La petite clarinette en Mi bémol a des sons perçants qu’il est très aisé de rendre ignobles, à partir du La au-dessus des portées. Aussi l’a-t-on employée, dans une symphonie moderne, pour parodier, dégrader, encanailler (qu’on me passe le mot) une mélodie; le sens dramatique de l’œuvre exigeant cette étrange transformation [allusion au 5ème mouvement de la Symphonie Fantastique]. [...]
En général les exécutants ne doivent se servir que des instruments indiqués par l’auteur. Chacun de ces instruments ayant un caractère particulier, il est au moins probable que le compositeur a choisi l’un plutôt que l’autre, par préférence pour tel ou tel timbre, et non par caprice. S’obstiner, comme le font certains virtuoses, à tout jouer (en transposant) sur la clarinette en Si bémol, est donc, à de rares exceptions près, une infidélité d’exécution. Et cette infidélité deviendra bien plus manifeste et plus coupable s’il s’agit par exemple, de la clarinette en La [qui pouvait seule atteindre l’ut dièse grave]. [...]
Nous avons dit que la clarinette avait quatre registres; chacun de ces registres a aussi un timbre distinct: celui du registre aigu a quelque chose de déchirant qu’on ne doit employer que dans les fortissimo de l’orchestre (quelques notes très hautes peuvent cependant être soutenues piano quand l’attaque du son a été préparée convenablement) ou dans les traits hardis d’un solo brillant; ceux du médium et du chalumeau qui conviennent aux mélodies, aux arpèges et aux traits; et celui du grave, propre, surtout dans les tenues, à ces effets froidement menaçants, à ces noirs accents de rage immobile dont Weber fut l’ingénieux inventeur. [...]
Le caractère des sons du médium empreint d’une sorte de fierté que tempère une noble tendresse, les rend favorables à l’expression des sentiments et des idées les plus poétiques. La frivole gaité, et même la joie naïve, paraissent seules ne lui point convenir. La clarinette est peu propre à l’idylle, c’est un instrument épique comme les cors, les trompettes, et les trombones. Sa voix est celle de l’héroïque amour; et si les masses d’instruments à cuivre, dans les grandes symphonies militaires, éveillent l’idée d’une troupe guerrière couverte d’armures étincelantes, marchant à la gloire ou à la mort, les nombreux unissons de clarinettes, entendus en même temps, semblent représenter les femmes aimées, les amantes à l’œil fier, à la passion profonde, que le bruit des armes exalte, qui chantent en combattant, qui couronnent les vainqueurs ou meurent avec les vaincus. Je n’ai pu entendre de loin une musique militaire sans être vivement ému par ce timbre féminin des clarinettes, et préoccupé d’images de cette nature, comme après la lecture des antiques épopées. Ce beau soprano instrumental, si retentissant, si riche d’accents pénétrants quand on l’emploi par masses, gagne dans le solo en délicatesse, en nuances fugitives, en affectuosités mystérieuses ce qu’il perd en force et en puissants éclats. Rien de virginal, rien de pur comme le coloris donné à certaines mélodies par le timbre d’une clarinette jouée dans le médium par un virtuose habile.
C’est celui de tous les instruments à vent, qui peut le mieux faire naître, enfler, diminuer et perdre le son. De là la faculté précieuse de produire le lointain, l’écho de l’écho, le son crépusculaire. Quel plus admirable exemple pourrai-je citer de l’application de quelques unes de ces nuances, que la phrase rêveuse de clarinette, accompagnée d’un trémolo des instruments à cordes, dans le milieu de l’Allegro de l’ouverture du Freyschutz!!! n’est-ce pas la vierge isolée, la blonde fiancée du chasseur, qui les yeux au ciel, mêle sa tendre plainte au bruit des bois profonds agités par l’orage?... O Weber!!!...(Exemple)
Je me permettrai de citer encore dans mon monodrame (Lélio), l’effet, sinon semblable, au moins analogue d’un chant de clarinette, dont les fragments interrompus par des silences, sont également accompagnés du trémolo d’une partie des instruments à cordes, pendant que les contrebasses pincent, de temps en temps, une note grave, produisant sous l’harmonie une lourde pulsation, et qu’une harpe fait entendre des débris d’arpèges à peine indiqués. Mais dans ce cas, pour donner au son de la clarinette un accent aussi vague, aussi lointain que possible, j’ai fait envelopper l’instrument d’un sac de peau remplissant l’office de la sourdine. Ce triste murmure et la sonorité à demi effacée de ce solo reproduisant une mélodie déjà entendue dans un autre morceau, ont toujours vivement impressioné les auditeurs. Cette ombre de musique fait naître un accablement triste et provoque les larmes, comme ne pourraient le faire les accents les plus douloureux; cela donne le spleen autant que les tremblantes harmonies de la harpe éolienne.
[...] Ni Sacchini, ni Gluck, ni aucun des grands maîtres de cette époque ne tirèrent parti des notes graves de l’instrument. Je n’en devine pas la raison. Mozart paraît être le premier qui les ait utilisées, pour des accompagnements d’un caractère sombre tels que celui du trio des masques, dans Don Juan. C’était à Weber qu’il était réservé de découvrir tout ce que le timbre de ces sons graves a d’effrayant quand on s’en sert à soutenir des harmonies sinistres. Il vaut mieux en pareil cas, les écrire à deux parties que de mettre les clarinettes à l’unisson ou à l’octave. Plus les notes harmoniques sont alors nombreuses, plus l’effet est saillant. [...]
[Exemples chez Berlioz: ouverture des Francs Juges, mesure 496 et suivantes; Symphonie Fantastique, 2ème mouvement, mesure 302 et suivantes; 3ème mouvement mesure 119 et suivantes; 4ème mouvement, mesure 164 et suivantes; 5ème mouvement, mesure 40 et suivantes (petite clarinette en mi bémol); Lélio, La harpe éolienne; Roméo et Juliette, 6ème mouvement mesure 74 et suivantes; Symphonie Funèbre et Triomphale, 1er et 3ème mouvements]
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[...] Les notes les meilleures sont les plus graves, mais, eu égard à la lenteur des vibrations, il ne faut pas les faire se succéder trop rapidement. M. Meyerbeer a fait prononcer à la clarinette basse un éloquent monologue dans le trio du cinquième acte des Huguenots (Exemple). Selon la manière dont il (sc. la clarinette basse) est écrit et le talent de l’exécutant, cet instrument peut emprunter au grave le timbre sauvage des notes basses de la clarinette ordinaire, ou l’accent calme, solennel et pontifical de certains registres de l’orgue. Il est donc d’une fréquente et belle application; il donne d’ailleurs, si on en emploie quatre ou cinq à l’unisson une sonorité onctueuse, excellente, aux basses des orchestres d’instruments à vent.
[Exemples chez Berlioz: ouverture de Benvenuto Cellini, mesure 66 et suivantes; Symphonie Funèbre et Triomphale, passim]
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[...] Le basson est à l’orchestre d’une grande utilité dans une foule d’occasions. Sa sonorité n’est pas très forte, et son timbre, absolument dépourvu d’éclat et de noblesse, a une propension au grotesque, dont il faut toujours tenir compte quand on le met on évidence. Ses notes graves donnent d’excellentes basses au groupe entier des instruments à vent de bois. On écrit ordinairement les bassons à deux parties; mais les grands orchestres étant toujours pourvus de quatre bassons, on peut alors écrire sans inconvénient à quatre parties réelles, et, mieux encore, à trois; la partie grave étant redoublée à l’octave inférieure, pour donner plus de force à la basse. La caractère de leurs notes hautes a quelque chose de pénible, de souffrant, je dirai même de misérable, qu’on peut placer quelquefois dans une mélodie lente, soit dans un dessin d’accompagnement, avec le plus surprenant effet. Ainsi les petits gloussements étranges qu’on entend dans le scherzo de la symphonie en Ut mineur de Beethoven, vers la fin du decrescendo, sont produits uniquement par le son un peu forcé du La bémol et du Sol hauts des bassons à l’unisson. (Exemple: 5ème symphonie, 3ème mouvement, mesures 281-302)
Quand M. Meyerbeer, dans sa résurrection des Nones [dans Robert le Diable], a voulu trouver une sonorité pâle, froide, cadavéreuse, c’est, au contraire, des notes flasques du médium qu’il l’a obtenue. (Exemple).
Les traits rapides en notes liées peuvent être employés avec succès; ils sortent bien quand ils ne sont écrits que dans les tons favoris de l’instrument, tels que Ré, Sol, Ut, Fa, Si bémol, Mi bémol, La, et leurs relatifs mineurs. Les traits suivants produisent un excellent effet dans la scène des Baigneuses au 2ème Acte des Huguenots. (Exemple).
[Exemples chez Berlioz: ouverture des Francs Juges, mesure 494 et suivantes; Symphonie Fantastique, 4ème mouvement, mesure 25 et suivantes, 49 et suivantes; ouverture du Carnaval Romain, mesure 304 et suivantes; ouverture du Corsaire, mesure 174 et suivantes]
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[...] Il est inutile d’ajouter que cet instrument (le contrebasson), d’une lourdeur extrême, ne convient qu’aux grands effets d’harmonie et aux basses d’un mouvement modéré. Beethoven l’a employé dans le final de sa symphonie en Ut mineur et dans celui de la symphonie avec chœurs. Il est très précieux pour les grands orchestres d’instruments à vent; peu d’artistes se décident à en jouer cependant. On essaye quelquefois de le remplacer par l’ophicléïde, dont le son n’a pas la même gravité, puisqu’il est à l’unisson du basson ordinaire et non à l’octave basse, et dont le timbre d’ailleurs, n’a aucun rapport de caractère avec celui du contrebasson. Je crois donc que, dans le plus grand nombre de cas, il vaut mieux se passer de cet instrument que de le remplacer ainsi.
[Exemples chez Berlioz: ouverture des Francs Juges; Symphonie Funèbre et Triomphale, passim]
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[...] (Les cors) ont deux espèces de sons de caractères fort différents, les sons ouverts, qui presque tous sont la résonance naturelle des divisions harmoniques du tube de l’instrument, et sortent sans autre secours que celui des lèvres et du souffle de l’exécutant; et les sons bouchés qu’on n’obtient qu’en fermant plus ou moins le pavillon (orifice inférieur du cor) avec la main. [...] Les anciens maîtres se sont bornés, en général, à l’usage des sons ouverts, qu’ils écrivaient en outre, il faut l’avouer, très maladroitement. Beethoven lui même est extrêmement réservé dans l’emploi de sons bouchés quand il ne traite pas les cors en solo. Les exemples en sont assez rares dans son orchestre, et quand il y a recours, c’est presque toujours pour un effet saillant. Ainsi des sons bouchés et du son factice des trois cors en mi b dans le scherzo de la Symphonie héroique et du fa # bas du second cor en ré dans le scherzo de la symphonie en la. (Exemples: 3ème symphonie, 3ème mouvement, mesures 166 à 260; 7ème Symphonie, 3ème mouvement, mesures 181 à 208).
Ce système est sans doute infiniment supérieur à la méthode contraire, adoptée aujourd’hui par la plupart des compositeurs français et italiens, et qui consiste à écrire les cors absolument comme des bassons ou des clarinettes, sans tenir compte de la différence énorme qui existe entre les sons bouchés et les sons ouverts, comme aussi entre certains sons bouchés et certains autres, sans se soucier de la difficulté qu’il y a pour l’exécutant à prendre telle ou telle note après une autre qui ne l’amène pas naturellement, de la justesse douteuse, du peu de sonorité ou du caractère rauque, étrange des intonations qu’on prend en bouchant les deux tiers ou les trois quarts du pavillon, sans avoir l’air de se douter enfin qu’une connaissance approfondie de la nature de l’instrument, le goût et le bon sens puissent avoir quelque chose à démêler avec l’emploi des sons que ces maîtres écoliers jettent ainsi à tout hasard dans l’orchestre. La pauvreté même des anciens est évidemment préférable à cet ignorant et odieux gaspillage. Quand on n’écrit pas les sons bouchés pour un effet particulier il faut au moins éviter ceux dont la sonorité est trop faible et trop dissemblable des autres sons du cor.
[…] Il peut résulter dans certaines scènes d’horreur silencieuse un très grand effet de ces notes bouchées à plusieurs parties; Méhul est le seul, je crois, qui l’ait entrevu dans son opéra de Phrosine et Mélidore. (Exemple)
[...] Le cor est un instrument noble et mélancolique; l’expression de son timbre et sa sonorité ne sont pas telles cependant qu’il ne puisse figurer dans toute espèce de morceau. Il se fond aisément dans l’ensemble harmonique; et le compositeur, même le moins habile, peut, à volonté, le mettre en évidence ou lui faire jouer un rôle utile mais inaperçu. Aucun maître, à mon avis, n’a su en tirer un parti plus original, plus poétique en même temps et plus complet que Weber. Dans ses trois chefs d’œuvre, Obéron, Euryanthe et le Freyschutz, il leur fait parler une langue admirable autant que nouvelle, que Méhul et Beethoven seuls semblent avoir comprise avant lui, et dont Meyerbeer, mieux que tout autre, a maintenu la pureté. Le cor est de tous les instruments de l’orchestre, celui que Gluck écrivit le moins bien; la simple inspection d’un de ses ouvrages suffit pour mettre à nu son peu d’adresse à cet égard. [...]
[...] J’ai dit que le cor était un instrument noble et mélancolique, malgré ces joyeuses fanfares de chasse qu’on cite si souvent. En effet, la gaité de ces airs résulte plutôt de la mélodie elle-même que du timbre des cors; les fanfares de chasse ne sont vraiment joyeuses que si elles sont jouées sur des trompes, instrument peu musical, dont le son strident, tout en dehors, ne ressemble point à la voix chaste et réservée des cors. En forçant d’une certain mesure l’émission de l’air dans le tube du cor, on arrive cependant à le faire ressembler à la trompe; c’est ce qu’on appelle faire cuivrer les sons.
Cela peut être quelquefois d’un excellent effet, même sur des notes bouchées. Quand il s’agit de forcer des notes ouvertes, les compositeurs exigent ordinairement, pour donner au son toute la rudesse possible, que les exécutants lèvent les pavillons; ils indiquent alors la position de l’instrument par ces mots: Pavillons en l’air. On trouve un magnifique exemple de l’emploi de ce moyen dans l’explosion finale du duo d’Euphrosine et Coradin de Méhul "Gardez vous de la jalousie!" Encore sous l’impression de l’horrible cri des cors, Grétry répondit un jour à quelqu’un qui lui demandait son opinion sur ce foudroyant duo: ‘C’est à ouvrir la voûte du théâtre avec le crâne des auditeurs!"
[Exemples chez Berlioz: Roméo et Juliette, 4ème mouvement, mesure 476 et suivantes; Chasse royale et orage extrait des Troyens, mesure 45 et suivantes, 322 et suivantes, 338 et suivantes; pour l’utilisation des sons bouchés voir par exemple Symphonie Fantastique, 4ème mouvement, début, 5ème mouvement, mesures 9 et suivantes, 370, 372; Les Troyens acte II scène 1, mesure 75 et suivantes]
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[...] Malgré la routine généralement suivie, il résulte de charmants effets du piano des trompettes; Gluck, un des premiers, l’a prouvé par sa long tenue des deux trompettes unies pianissimo sur la dominante, dans l’andante de l’introduction d’Iphigénie en Tauride (Exemple: mesures 9-12, 14-16, 25-28); Beethoven ensuite (surtout dans l’andante de la [7ème] symphonie en La), et Weber, en ont tiré grand parti (Exemple: Beethoven, 7ème symphonie, 2ème mouvement, mesures 174-183). [...]
[...] Le timbre de la trompette est noble et éclatant; il convient aux idées guerrières, aux cris de fureur et de vengeance, comme aux chants de triomphe, il se prête à l’expression de tous les sentiments énergiques, fiers et grandioses, à la plupart des accents tragiques. Il peut même figurer dans un morceau joyeux, pourvu que la joie y prenne un caractère d’emportement ou de grandeur pompeuse.
Malgré la fierté et la distinction réelles de son timbre, il y a peu d’instruments qu’on ait plus avilis que la trompette. Jusqu’à Beethoven et à Weber, tous les compositeurs, sans excepter Mozart, se sont obstinés, soit à le renfermer dans les ignobles limites du remplissage, soit à lui faire sonner deux ou trois formules rythmiques toujours les mêmes, et plates et ridicules autant qu’antipathiques, fort souvent, aux caractère des morceaux ou elles figuraient. Ce détestable lieu commun est enfin abandonné aujourd’hui; tous les compositeurs qui ont du style accordent aux dessins mélodiques, aux formes d’accompagnement et aux sonneries de trompette, la latitude, la variété et l’indépendance que la nature de l’instrument permet de leur donner. Il a fallu près d’un siècle pour en venir là. [...]
[Exemple chez Berlioz: Symphonie Funèbre et Triomphale, 3ème mouvement, début]
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[...] Le cornet à pistons est fort à la mode en France aujourd’hui, surtout dans un certain monde musical ou l’élévation et la pureté du style ne sont pas considérées come des qualités bien essentielles; il est devenu ainsi l’instrument solo indispensable pour les contredanses, galops, airs variés et autres compositions du second ordre. L’habitude qu’on a maintenant de l’entendre dans les orchestres de bal exécuter des mélodies plus ou moins dépourvues d’originalité et de distinction, et le caractère de son timbre, qui n’a ni la noblesse des sons du cor, ni la fierté de ceux de la trompette, rendent assez difficile l’introduction du cornet à pistons dans le haut style mélodique. Il peut y figurer avec avantage, cependant, mais rarement et à la condition pour lui de ne chanter que des phrases d’un mouvement large et d’une incontestable dignité. Ainsi la ritournelle du trio de Robert le Diable [de Meyerbeer], "mon fils, mon fils, ma tendresse assidue", convient fort au cornet à pistons. (Exemple).
Les mélodies joyeuses auront toujours à redouter de cet instrument, la perte d’une partie de leur noblesse, si elles en ont, et, si elles en manquent, un redoublement de trivialité. Telle phrase paraîtrait tolérable, exécutée par les violons ou les instruments à vent de bois, qui deviendrait d’une platitude et d’un vulgarisme odieux, mis en relief par le son mordant, fanfaron, éhonté, du cornet à pistons. Ce danger disparaît si la phrase est de nature à pouvoir être exécutée en même temps par un ou plusieurs trombones, dont la grande voix couvre alors et ennoblit celle du cornet. Employé harmoniquement, il se fond très bien dans la masse des instruments de cuivre; il sert à compléter les accords des trompettes; et à jeter dans l’orchestre des groupes de notes, diatoniques ou chromatiques, qui, à cause de leur rapidité, ne conviendrait ni aux trombones, ni aux cors. On écrit ordinairement deux parties de cornet à pistons, souvent chacune dans un ton différent. [...]
[L’emploi du cornet à piston est constant chez Berlioz: on le trouve par example dans toutes les quatre symphonies et dans les ouvertures à partir de celle de Benvenuto Cellini. Mais il est rare que Berlioz lui confie des passages solos où l’instrument est mis en valeur pour ses propres caractéristiques sonores. La partie de cornet que Berlioz ajouta au deuxième mouvement de la Symphonie Fantastique, quoique caractérisée et non une simple doublure des parties déjà existantes, n’est pas un véritable solo]
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[...] Le trombone est, à mon sens, le véritable chef de cette race d’instruments à vent que j’ai qualifiés d’épiques. Il possède en effet au suprême degré la noblesse et la grandeur; il a tous les accents graves ou forts de la haute poésie musicale, depuis l’accent religieux, imposant et calme, jusqu’aux clameurs forcenées de l’orgie. Il dépend du compositeur de le faire tour à tour chanter un chœur de prêtres, menacer, gémir sourdement, murmurer un glas funèbre, entonner un hymne de gloire, éclater en horribles cris, ou sonner sa redoutable fanfare pour le réveil des morts ou la mort des vivants.
On a pourtant trouvé moyen de l’avilir, il y a quelque trente années, en le réduisant au redoublement servile, inutile et grotesque de la partie de contrebasse. Ce système est aujourd’hui à peu près abandonné, fort heureusement. Mais on peut voir dans une foule de partitions, fort belles d’ailleurs, les basses doublées presque constamment à l’unisson par un seul trombone. Je ne connais rien de moins harmonieux et de plus vulgaire que ce mode d’instrumentation. Le son du trombone est tellement caractérisé, qu’il ne doit jamais être entendu que pour produire un effet spécial; sa tâche n’est donc pas de renforcer les contrebasses, avec le son desquelles, d’ailleurs, son timbre ne sympathise en aucune façon. De plus il faut reconnaître qu’un seul trombone dans un orchestre semble toujours plus ou moins déplacé. Cet instrument a besoin de l’harmonie, ou, tout au moins, de l’unisson des autres membres de sa famille, pour que ses aptitudes diverses puissent se manifester complètement. Beethoven l’a employé quelquefois par paires, comme les trompettes; mais l’usage consacré de les écrire à trois parties me parait préférable. [...]
Dans le forte simple, les trombones, en harmonie à trois parties, dans le médium surtout, ont une expression de pompe héroïque, de majesté, de fierté, que le prosaïsme d’une mélodie vulgaire pourrait seul atténuer et faire disparaître. Ils prennent en pareil cas, en l’agrandissant énormément, l’expression des trompettes; ils ne menacent plus, ils proclament, ils chantent au lieu de rugir. Il faut remarquer seulement que le son du trombone basse prédomine toujours plus ou moins, en pareil cas, sur les deux autres, surtout si le premier est un trombone alto. (Exemple)
Dans le mezzo forte du médium, à l’unisson ou en harmonie avec un mouvement lent, les trombones prennent le caractère religieux. Mozart, dans les chœurs des prêtres d’Isis, de la Flûte enchantée, a produit d’admirables modèles de la manière de leur donner la voix et les allures pontificales. (Exemple)
Le pianissimo des trombones appliqué à des harmonies appartenant au mode mineur est sombre, lugubre, je dirais presque hideux. Dans le cas surtout où les accords sont brefs et entrecoupés de silences, on croit entendre des monstres étranges exhaler dans l’ombre les gémissements d’une rage mal contenue. On n’a jamais, à mon sens, tiré un parti plus dramatique de cet accent spécial des trombones, que le fit Spontini dans son incomparable marche funèbre de la Vestale: "Périsse la vestale impie!" et Beethoven dans l’immortel duo du second acte de Fidelio chanté par Léonore et le geôlier creusant la tombe du prisonnier qui va mourir. (Exemples)
L’habitude prise aujourd’hui par quelques maîtres de former un quatuor des trois trombones et de l’ophicléïde, en confiant à celui-ci la vraie basse, n’est peut-être pas irréprochable. Le timbre des trombones, si mordant, si dominateur, n’est point le même il s’en faut, que celui de l’ophicléïde, et je crois qu’il est beaucoup mieux de ne faire que redoubler la partie grave par cet instrument, où, tout au moins, de donner une basse correcte en écrivant leurs trois parties comme si elles devaient s’entendre seules.
Gluck, Beethoven, Mozart, Weber, Spontini, et quelques autres, ont compris toute l’importance du rôle des trombones; ils ont appliqué avec une intelligence parfaite à la peinture des passions humaines, à la reproduction des bruits de la nature, les caractères divers de ce noble instrument; ils lui ont en conséquence conservé sa puissance, sa dignité et sa poésie. Mais le contraindre, ainsi que la foule des compositeurs le fait aujourd’hui, à hurler dans un credo des phrases brutales moins dignes du temple saint que de la taverne, à sonner comme pour l’entrée d’Alexandre à Babylone quand il ne s’agit que de la pirouette d’un danseur, à plaquer des accords de tonique et de dominante sous une chansonnette qu’une guitare suffirait à accompagner, à mêler sa voix olympienne à la mesquine mélodie d’un duo de vaudeville, au bruit frivole d’une contredanse, à préparer, dans les tutti d’un concerto l’avènement triomphal d’un hautbois ou d’une flûte, c’est appauvrir, c’est dégrader une individualité magnifique; c’est faire d’un héros un esclave et un bouffon; c’est décolorer l’orchestre; c’est rendre impuissante et inutile toute progression raisonnée des forces instrumentales; c’est ruiner le passé, le présent et l’avenir de l’art; c’est volontairement faire acte de vandalisme, ou prouver une absence de sentiment de l’expression qui approche de la stupidité.
[Nombreux exemples chez Berlioz: voir par exemple l’ouverture des Francs Juges, mesure 20 et suivantes, mesure 100 et suivantes; Symphonie Fantastique, 4ème mouvement, mesure 78 et suivantes, 114 et suivantes; 5ème mouvement, mesure 147 et suivantes; Roméo et Juliette, 1er mouvement, mesure 45 et suivantes, 79 et suivantes; 6ème mouvement, mesure 160 et suivantes; Symphonie Funèbre et Triomphale, passim, et notamment le solo du 2ème mouvement; Marche Hongroise de la Damnation de Faust, mesure 94 et suivantes]
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[...] Le timbre de ces sons graves (sc. de l’ophicléïde) est rude, mais il fait merveilles, dans certains cas, sous des masses d’instruments à cuivre. Les notes très hautes ont un caractère sauvage dont on n’a peut être pas encore su tirer parti. Le médium, surtout lorsque l’exécutant n’est pas très habile, rappelle trop les sons du serpent de cathédrale et du cornet à bouquin; je crois qu’il faut rarement les laisser à découvert. Rien de plus grossier, je dirais même de plus monstrueux et de moins propre à s’harmoniser avec le reste de l’orchestre, que ces passages plus ou moins rapides, écrits en forme de solos pour le médium de l’ophicléïde dans quelques opéras modernes: on dirait d’un taureau qui, échappé de l’étable, vient prendre ses ébats au milieu d’un salon.
[Exemples chez Berlioz: ouverture des Francs Juges, mesure 20 et suivantes; Symphonie Fantastique, 5ème mouvement, mesure 127 et suivantes]
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[...] Le bass-tuba très répandu aujourd’hui dans le nord de l’Allemagne, à Berlin surtout, a un immense avantage sur tous les autres instruments graves à vent. Son timbre, incomparablement plus noble que celui des ophicléides, bombardons et serpents, a un peu de la vibration du timbre des trombones. Il a moins d’agilité que les ophicléides, mais sa sonorité est plus forte que la leur et son étendue au grave est la plus grande qui existe à l’orchestre. [...]
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[...] Leur son est rond, pur, plein, égal, retentissant et d’une homogenéité parfaite dans toute l’étendue de l’échelle. Les tons de rechange du saxhorn vont, comme ceux du cornet à pistons, en descendant à partir de l’instrument typique le petit saxhorn suraigu en Ut qui se trouve à l’octave haute du cornet en UT. L’usage s’est introduit en France d’écrire tous ces instruments ainsi que les saxotrombas et les saxtubas, les plus graves et les plus aigus, sur la clef de sol, comme on écrit les cors; avec cette différence seulement que si, pour le cor en UT grave, on doit se représenter le son réel une octave au dessous de la note écrite, sur la clef de Sol, il faut, pour certains instruments très graves de Sax, se le représenter à deux octaves au dessous. [...]
Les notes de l’extrémité inférieure sont d’un assez mauvais timbre et il ne faut guère employer cet instrument au dessous du La bas. Mais rien de plus brillant, de plus net, de plus dépourvu d’aigreur malgré leur éclat, que toutes les notes de la dernière octave. Ce timbre est en outre si clair et si pénétrant, qu’il permet de distinguer un seul saxhorn suraigu au travers d’une masse considérable d’autres instruments à vent. Le saxhorn suraigu en Si b est plus usité que celui en Ut; et bien qu’il se trouve d’un ton plus bas que l’autre, il est déjà difficile, ou du moins très pénible pour l’exécutant de faire sortir les deux derniers sons; il faut donc être peu prodigue de ces notes précieuses et les amener avec art. [...]
[Exemple chez Berlioz: Te Deum, 8ème mouvement; la version originale de la Chasse royale et orage extrait des Troyens était écrite pour des saxhorns, que l’on remplace maintenant par des cors, trompettes et cornets à piston, de même que pour le grand final (Marche Troyenne) de premier acte des Troyens]
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De tous les instruments à percussion, les timbales me paraissent être le plus précieux, celui du moins dont l’usage est le plus général, et dont les compositeurs modernes ont su tirer le plus d’effets pittoresques et dramatiques. Les anciens maîtres ne s’en servaient guère que pour frapper la tonique et la dominante sur un rythme plus ou moins vulgaire, dans les morceaux d’un caractère brillant ou à prétentions guerrières; ils les associaient, en conséquence, presque toujours aux trompettes.
Dans la plupart des orchestres il n’y a encore aujourd’hui que deux timbales dont la plus grande est destinée au son le plus grave. [...]
Les compositeurs se sont plaints pendant de longues années de la nécessité fâcheuse où ils se trouvaient faute d’un troisième son de timbales, de ne pas employer cet instrument dans les accords dont aucune de ces deux notes (sc. la tonique et la dominante) ne faisait partie; on ne s’était jamais demandé si un seul timbalier ne pourrait pas jouer sur trois timbales. Enfin, un beau jour, celui de l’opéra de Paris ayant démontré que la chose était facile, on osa tenter cette audacieuse innovation; et depuis lors, les compositeurs qui écrivent pour l’opéra ont à leur disposition trois notes de timbales. Il a fallu soixante dix ans pour en venir là!... Il serait mieux encore, évidemment, d’avoir deux paires de timbales et deux timbaliers; c’est ainsi qu’on a procédé dans l’orchestration de plusieurs symphonies modernes [allusion de Berlioz à ses propres symphonies]. Mais le progrès ne marche pas si vite dans les théâtres, il faudra bien vingt cinq ans encore pour obtenir celui-là.
On peut employer autant de timbaliers qu’il y a de timbales dans l’orchestre, de manière à produire à volonté, suivant leur nombre, des roulements, des rythmes et de simples accords à deux, à trois, ou à quatre parties. [...]
[...] Indépendamment du talent spécial que doit posséder le timbalier pour le maniement des baguettes, il doit être encore excellent musicien et doué d’une oreille d’une finesse extrême: voilà pourquoi les bons timbaliers sont si rares.
Il y a trois espèces de baguettes, dont l’emploi change tellement la nature du son des timbales, qu’il y a plus que de la négligence de la part des compositeurs à ne pas désigner dans leurs partitions celles dont ils veulent que l’exécutant fasse usage.
Les baguettes à tête de bois produisent un son âpre, sec, dur, qui ne convient guère que pour frapper un coup violent, ou pour accompagner un grand fracas d’orchestre.
Les baguettes à tête de bois recouverte de peau sont moins dures; elles produisent une sonorité moins éclatante que les précédentes, mais bien sèche encore cependant. Dans une foule d’orchestres ces baguettes sont seul employées et c’est très fâcheux.
Les baguettes à tête d’éponge sont les meilleures, et celles dont l’usage plus musical, moins bruyant devrait être le plus fréquent. Elles donnent aux timbales un timbre velouté, sombre, qui rend les sons très nets, leur accord par conséquent très appréciable, et convient à une foule de nuances douces ou fortes de l’exécution dans lesquelles les autres baguettes produiraient un effet détestable ou au moins insuffisant.
Toutes les fois qu’il s’agit de faire entendre des sons mystérieux sourdement menaçants, même dans un forte, c’est aux baguettes à tête d’éponge qu’il faut avoir recours. Ajoutons que l’élasticité de l’éponge augmentant le rebondissement de la baguette, l’exécutant n’a besoin que d’effleurer la peau des timbales pour obtenir dans le pianissimo des roulements fins, doux et très serrés. Beethoven dans ses symphonies en Si b et en Ut mineur a tiré du pianissimo des timbales un parti merveilleux; ces passages admirables perdent beaucoup à être exécutés avec des baguettes sans éponges, bien que l’auteur dans ses partitions n’ait rien spécifié à cet égard. (Exemples: 4ème symphonie, 2ème mouvement, mesures 96-104; 5ème symphonie, 3ème mouvement, mesures 317-373)
[Exemples chez Berlioz: ouverture des Francs Juges, mesure 310 et suivantes; ouverture de Waverley, mesure 55 et suivantes; Symphonie Fantastique, 3ème mouvement, mesure 177 et suivantes; 4ème mouvement, mesure 1 et suivantes; ouverture du Roi Lear, mesure 67 et suivantes]
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Ont éte introduites dans l’instrumentation pour produire des effets plus dramatiques que musicaux. Le timbre des cloches graves convient seul aux scènes solennelles ou pathétiques; celui des cloches aigues, au contraire, fait naître des impressions plus sereines; elles ont quelque chose d’agreste et de naïf qui les rend propres surtout aux scènes religieuses de la vie des champs. C’est pourquoi Rossini a employé une petite cloche en Sol haut pour accompagner un gracieux chœur du second acte de Guillaume Tell, dont le refrain est "voici la nuit"; tandis que Meyerbeer a dû recourir à une cloche en Fa grave pour donner le signal du massacre des Huguenots, au quatrième acte de l’opéra de ce nom. Il a eu soin, de plus, de faire de Fa, la quinte diminuée de Si bécarre frappé au dessous par les bassons et qui aidé par les notes graves de deux clarinettes en La et en Si bémol lui donnent ce timbre sinistre d’où naissent la terreur et l’effroi répandus sur cette scène immortelle. (Exemple)
[Exemple chez Berlioz: le dernier mouvement de la Symphonie Fantastique, mesure 102 et suivantes]
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Parmi les instruments à percussion dont le son est indéterminable c’est à coup sûr la grosse caisse qui a causé le plus de ravages, amené le plus de non-sens et de grossièretés dans la musique moderne. Aucun des grands maîtres du siècle dernier ne crut devoir l’introduire dans l’orchestre. Spontini le premier la fit entendre dans sa marche triomphale de la Vestale et un peu plus tard dans quelques morceaux de Fernand Cortez; elle était là bien placée. Mais l’écrire comme on le fait depuis quinze ans, dans tous les morceaux d’ensemble, dans tous les finales, dans le moindre chœur, dans les airs de danse, dans les cavatines même, c’est le comble de la déraison et, (pour appeler les choses par leur nom) de la brutalité: d’autant plus que les compositeurs, en général, n’ont pas même l’excuse d’un rythme original qu’ils seraient censés avoir voulu mettre en évidence et rendre dominateur des rythmes accessoires; non, on frappe platement les temps forts de chaque mesure, on écrase l’orchestre, on extermine les voix; il n’y a plus ni mélodie, ni harmonie, ni dessins, ni expression; c’est à peine si la tonalité surnage! et l’on croit naïvement avoir produit une instrumentation énergique et fait quelque chose de beau!.... Inutile d’ajouter que la grosse caisse dans ce système, ne marche presque jamais qu’accompagnée des cymbales, comme si ces deux instruments étaient de leur nature inséparables. Dans quelques orchestres même, ils sont joués tous les deux par un seul et même musicien: une des cymbales étant attachée sur la grosse caisse, il peut la frapper avec l’autre de la main gauche, pendant que de la main droite il fait manœuvrer le tampon de la grosse caisse. Ce procédé économique est intolérable: les cymbales perdant ainsi leur sonorité, ne produisent plus qu’un bruit comparable à celui qui résulterait de la chute d’un sac plein de ferrailles et de vitres cassées. C’est d’un caractère trivial, dépourvu de pompe et d’éclat; c’est tout au plus bon pour faire danser les singes, et accompagner les exercices des joueurs de gobelets, des saltimbanques, des avaleurs de sabres et de serpents, sur les places publiques et aux plus sales carrefours.
La grosse caisse est pourtant d’un admirable effet quand on l’emploie habilement. Elle peut en effet n’intervenir dans un morceau d’ensemble, au milieu d’un vaste orchestre, que pour redoubler peu à peu la force d’un grand rythme déjà établi, et graduellement renforcé par l’entrée successive des groupes d’instruments les plus sonores. Son intervention fait alors merveille; le balancier de l’orchestre devient alors d’une puissance démesurée; le bruit ainsi discipliné se transforme en musique. Les notes pianissimo de la grosse caisse unie aux cymbales dans un andante, et frappés à de longs intervalles, ont quelque chose de grandiose et de solennel. Le pianissimo de la grosse caisse seule, est au contraire, sombre et menaçant (si l’instrument est bien fait de grande dimension); il ressemble à un coup de canon lointain.
J’ai employé dans mon Requiem la grosse caisse forte sans cymbales et avec deux tampons. L’exécutant frappant un coup de chaque côté de l’instrument peut ainsi faire entendre une succession de notes assez rapides, qui, mêlées, comme dans l’ouvrage que je viens de citer, à des roulements de timbales à plusieurs parties, et à une orchestration où les accents de la terreur dominent, donnent l’idée des bruits étranges et pleins d’épouvante qui accompagnent les grands cataclysmes de la nature. (Exemple)
Une autre fois, dans une symphonie pour obtenir un roulement sourd, beaucoup plus grave que ne pouvait l’être le son plus bas des timbales, je l’ai fait faire par deux timbaliers réunis sur une seule grosse caisse placée debout comme un tambour.
[Exemples chez Berlioz: ouverture des Francs Juges, mesure 299 et suivantes; Symphonie Fantastique, 5ème mouvement; Marche Hongroise de la Damnation de Faust, mesure 84 et suivantes; Chasse royale et orage extrait des Troyens, mesure 207 et suivantes, 239 et suivantes]
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Les cymbales s’emploient fort souvent unies à la grosse caisse, mais, ainsi que je viens de le dire pour celle-ci, on peut les traiter isolément avec le plus grand succès dans mainte occasion. Leurs sons frémissants et grêles, dont le bruit domine tous les autres bruits de l’orchestre, s’associent on ne peut mieux dans certains cas, soit aux sentiments d’une férocité extrême, unis alors aux sifflements aigus des petites flûtes et à des coups de timbales ou de tambour, soit à l’exaltation fiévreuse d’une bacchanale où la joie tourne à la fureur. [...]
Un rythme vigoureux et bien marqué gagne beaucoup dans un immense chœur ou air de danse orgiaque, a être exécuté, non par une seule paire de cymbales, mais par quatre, six, dix paires, et même davantage, selon la grandeur du local et la masse des autres instruments et des voix. Le compositeur doit toujours avoir soin de déterminer la durée qu’il veut donner aux notes des cymbales suivies d’un silence; dans le cas où il veut que le son se prolonge, il faut qu’il écrive des notes longues et soutenues avec cette indication: laissez vibrer; dans le cas contraire, il mettra une croche ou une double croche avec ces mots: étouffez le son, ce que l’exécutant obtient en rapprochant de sa poitrine les cymbales aussitôt après les avoir frappées. On se sert quelquefois d’une baguette de timbales à tête d’éponge, ou d’un tampon de grosse caisse pour faire vibrer une cymbale suspendue par sa courroie; cela produit un frémissement métallique d’une assez longue durée, sinistre, sans avoir l’accent formidable d’un coup de tam-tam.
[Exemples chez Berlioz: Berlioz utilise les cymbales fréquemment mais toujours avec beaucoup de retenue et avec une grande variété de nuances. L’ouverture du Carnaval Romain en est un bon exemple. Dans la Symphonie Fantastique les cymbales n’interviennent qu’à la fin du 4ème et du 5ème mouvements (le dernier accord). Citons le Menuet des Follets de la Damnation de Faust comme exemple de l’utilisation variée de l’instrument au cours du même morceau]
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Le tam-tam ou gong ne s’emploie que dans les compositions funèbres et les scènes dramatiques où l’horreur est portée à son comble; ses vibrations, mêlées dans le forte à des accords stridents d’instruments de cuivre (trompettes et trombones) font frémir; les coups de tam-tam à peu près à découvert ne sont pas moins effrayants par leur lugubre retentissement. M. Meyerbeer l’a prouvé dans la magnifique scène de Robert, la résurrection des nones. (Exemple)
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Les tambours proprement dits, appelés aussi caisses claires, sont rarement bien placés ailleurs que dans les grands orchestres d’instruments à vent. Leur effet est d’autant meilleur et s’ennoblit d’autant plus qu’ils sont en plus grand nombre; un seul tambour, surtout quand il figure au milieu d’un orchestre ordinaire, m’a toujours paru mesquin et vulgaire. Disons cependant que M. Meyerbeer a su tirer une sonorité particulière et terrible de l’association d’un tambour avec les timbales pour le fameux roulement en crescendo de la bénédictions des poignards, dans les Huguenots. Mais huit, dix ou douze tambours et plus, exécutant dans une marche militaire des accompagnements rythmés ou des crescendo en roulements, peuvent être pour les instruments à vent de magnifiques et puissants auxiliaires. De simples rythmes, sans mélodie, ni harmonie, ni tonalité, ni rien de ce qui constitue réellement la musique, destinés seulement à marquer le pas des soldats, deviennent entraînants, exécutés par une masse de quarante ou cinquante tambours seuls. Et c’est peut être l’occasion de signaler le charme singulier autant que réel qui résulte pour l’oreille de la multiplicité des unissons, ou de la reproduction simultanée par un très grand nombre d’instruments de même nature, du bruit quelconque qu’ils produisent. [..