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Partitions de Berlioz

L’Enfance du Christ: extraits (H 130)

Cette page est disponible aussi en anglais

I. Marche nocturne [extrait de la Ière partie]
II. Danse des devins [extrait de la Ière partie]
III. Ouverture
à La Fuite en Egypte [extrait de la IIème partie]
IV. Prélude instrumental
au Repos de la Sainte Famille [extrait de la IIème partie]
V. Trio pour 2 flûtes et harpe
[extrait de la IIIème partie]

    Voyez aussi Livrets de Berlioz

    À l’encontre des autres œuvres de grande envergure de Berlioz, l’Enfance du Christ ne fut pas conçue d’emblée comme un tout, mais évolua presque par hasard pendant plusieurs années. La deuxième partie, La Fuite en Égypte (H 128), fut écrite la première en 1850, dans des circonstances que Berlioz raconte dans ses Grotesques de la musique (Correspondance philosophique. Lettre adressée à M. Ella, directeur de l’Union musicale de Londres, au sujet de La fuite en Égypte, fragments d’un mystère en style ancien). La troisième partie, L’Arrivée à Saïs, fit suite fin 1853 et début 1854, et la première partie, Le Songe d’Hérode, fut écrite la dernière en 1854. Le succès du Repos de la Sainte famille (extrait de la IIème partie) dans des exécutions en 1853, détermina Berlioz à élargir et compléter le noyau primitif, comme il l’écrit à sa sœur Adèle de Leipzig le 30 novembre 1853 (Correspondance Générale no. 1657):

[…] J’ai entendu pour la Ière fois ce matin (en entier) mon Mystère de la Fuite en Égypte, dont le morceau Le repos de la Sainte famille a eu tant de succès à Londres et dans toutes les villes allemandes que je viens de visiter. Vraiment c’est bien, c’est naïf et touchant (ne ris pas), c’est dans le genre des enluminures des vieux missels. Tout le monde dit que j’ai parfaitement saisi la couleur convenable à cette Légende Biblique; et l’on me presse de continuer cet ouvrage en faisant maintenant La Ste famille en Égypte. Je le ferai volontiers, car ce sujet me charme, quand j’aurai trouvé les documents qui me manquent sur le séjour de Jésus en Égypte; c’est moi qui fais aussi les paroles. Si je trouve mon affaire, voilà une partition toute convenable pour être dédiée à mes nièces; et cette raison seule me déterminerait à l’écrire, puisqu’il leur est agréable de voir leur nom sur une de mes œuvres. […]

    La première partie sera effectivement dédiée à Joséphine et Nanci, nièces du compositeur.

    La première exécution de l’ouvrage complet eut lieu à Paris (Salle Herz) en décembre 1854 et eut d’emblée un grand succès, ce qui suscita de la part de Berlioz des sentiments très partagés: le succès de l’Enfance du Christ était “même calomnieux pour mes compositions antérieures” (Mémoires, chapitre 54, note de 1858), notamment La Damnation de Faust, dont l’échec en 1846 éprouva Berlioz cruellement. ‘Plusieurs personnes ont cru voir dans cette partition [l’Enfance du Christ] un changement complet de mon style et de ma manière. Rien n’est moins fondé que cette opinion. Le sujet a amené naturellement une musique naïve et douce, et par cela même plus en rapport avec leur goût et leur intelligence, qui, avec le temps, avaient dû en outre se développer. J’eusse écrit l’Enfance du Christ de la même façon il y a vingt ans’ (Mémoires, Post-Scriptum de 1856). Berlioz dirigea l’œuvre plusieurs fois en France et à l’étranger au cours des années suivantes – une exécution particulièrement remarquée eut lieu à Strasbourg en juin 1863, avec des effectifs plus importants que de coutume et devant un auditoire de 8000 personnes.

    En composant L’Enfance du Christ Berlioz a sans doute tiré sur ses souvenirs de jeunesse – notamment ce qu’il appelle dans ses Mémoires (chapitre 1) sa ‘première impression musicale’ lors de sa première communion à La Côte-Saint-André, ainsi que son admiration juvénile pour les oratorios de son maître Lesueur dont il loue ‘le coloris antique’ tout en critiquant ‘la pauvreté de sa trame musicale, son obstination à imiter […] l’ancien style dramatique italien, et la faiblesse enfantine de son instrumentation’.

    I. Marche nocturne. Les œuvres de Berlioz comportent de nombreuses marches, mais parmi elles la Marche nocturne est l’une des plus originales. Très finement écrite pour petit orchestre, elle commence et finit ppp, et comme le reste de l’Enfance du Christ procède par allusions et sous-entendus. Nous sommes dans une rue de Jérusalem; la marche représente l’approche puis le départ d’une ronde de nuit de soldats Romains, dont le dialogue fait penser par avance au duo des sentinelles au Vème acte des Troyens. La musique évoque à la fois des impressions multiples: une marche, une scène de nuit dans le monde Méditerranéen, une époque très reculée dans le temps, et le sentiment vague de l’imminence d’un grand évènement dont on ne devine pas la nature, et qui suscite à la fois espoir et crainte. Elle prépare ainsi les scènes suivantes, l’air d’Hérode, son entrevue avec les devins, et sa décision de massacrer les enfants nouveaux-nés.
    Note: dans cette version le dialogue entre Polydorus et le centurion est à dessein rendu silencieux, puisque la reproduction sonore des paroles du texte est impossible. À la fin du récitatif la musique reprend normalement avec le retour de l’orchestre.
    II. Danse des devins. Ce bref morceau (qui ne porte pas de titre dans la partition de Berlioz) est extrait de la scène entre Hérode et les devins juifs qui fait suite à la marche. Les devins, interrogés par Hérode au sujet d’un songe qui le trouble, ‘font des évolutions cabalistiques et procèdent à la conjuration’. Parmi toutes les compositions de Berlioz de caractère ‘satanique’, c’est l’une des plus originales. La tonalité évolue sans cesse de manière inquiétante, et le rythme hésite entre une mesure à trois et une à quatre temps, sans jamais pouvoir se décider. Il y a peut-être un écho dans ce mouvement de la première Danse de la Haine de l’Armide de Gluck, ainsi que des souvenirs de la scène dans la Gorge du loup dans le Freischütz de Weber.
    III. Ouverture à La Fuite en Egypte.  Comme presque tout le reste de l’œuvre, cette ouverture est écrite pour petit orchestre et dans un ton très atténué. On remarquera que le thème principal de cette ouverture dérive de la marche (voyez les mesures 3-4, 12, 22 etc. de la marche), comme d’ailleurs d’autres parties de l’ouvrage.
   
IV. Prélude instrumental au Repos de la Sainte Famille. Ce bref prélude pour petit orchestre précède le récit du ténor solo qui conclut la deuxième partie de l’ouvrage, dans lequel il évoque le Repos de la Sainte Famille pendant leur fuite en Egypte.
    V. Trio pour 2 flûtes et harpe. Ce morceau, l’un des rares exemples de musique instrumentale chez Berlioz, est extrait de la IIIème Partie, Scène II. Le Père de Famille Ismaélite vient d’accueillir Josèphe et Marie chez lui et invite ses fils à jouer ce morceau pour réjouir ses hôtes fatigués: ‘toute peine cède à la flûte unie à la harpe thébaine’. On remarquera que Berlioz écrit ce morceau pour deux flûtes – les solos de flûte remplis de fioritures et dont on raffolait à l’époque lui inspiraient une profonde aversion.

        I. Marche nocturne (durée 7'50")
        — Partition en grand format
          (fichier créé  le 24.11.2000)

        II. Danse des devins (durée 1'22")
       
— Partition en grand format
         (fichier créé le 3.05.2000; révision le 29.11.2001)

        III. Ouverture à La Fuite en Egypte (durée 5'14")
        — Partition en grand format
        (fichier créé le 31.01.2000; révision le 29.11.2001)

        IV. Prélude au Repos de la Sainte Famille (durée 2'32")
        — Partition en grand format
         (fichier créé le 31.01.2000; révision le 29.11.2001)

        V. Trio pour 2 flûtes et harpe (durée 6'18")
        — Partition en grand format
         (fichier créé le 2.01.2000; révision le 4.09.2001)

© Michel Austin pour toutes partitions et texte sur cette page.

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