Partitions de Berlioz

Harold en Italie (H 68)

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            I: Harold aux montagnes
           
II: Marche des pélerins
   
         III: Sérénade
           
IV: Orgie de brigands

    Voyez aussi Textes et documents; Berlioz et sa musique: auto-emprunts

    Berlioz écrivit peu de musique pendant son séjour en Italie en 1831-2 comme lauréat du Prix de Rome de 1830, et avait une piètre opinion de l’état de la musique à Rome et dans l’Italie de son temps (cf. ses Mémoires, chapitre 39). Par la suite dans ses tournées de concert en Europe il ne visitera jamais l’Italie. Mais d’un autre point de vue son séjour italien eut une influence décisive sur l’évolution de sa personnalité musicale. Beaucoup de ses œuvres ultérieures garderont le souvenir des impressions formées lors de ses randonnées dans le pays.

    La première en date est la symphonie Harold en Italie, composée en 1834 à la demande de Paganini, achevée à Montmartre et exécutée pour la première fois au Conservatoire la même année. C’est une des œuvres les plus poétiques et les plus détendues du compositeur, et fait contraste en cela avec la Symphonie fantastique de 1830. La mélancolie rêveuse d’Harold est exempte d’angoisse, et même l’Orgie de brigands du dernier mouvement n’a rien de l’atmosphère de cauchemar du Songe d’une nuit de sabbat. Le brigands de Harold sont des créatures humaines, et non des monstres; les dissonances cruelles et les rythmes disloqués de ce vigoureux mouvement ont en contrepartie des passages d’une grande délicatesse (mesures 231-68, 394-440) ainsi que les souvenirs des mouvements précédents au début (mesures 12-98) puis vers la fin du mouvement (mesures 464-500) – procédé adapté par Berlioz du finale de la 9ème Symphonie de Beethoven.

    Berlioz donne dans ses Mémoires (chapitre 45) un récit des origines de l’ouvrage. Citons le passage suivant (texte intégral dans Textes et documents):

J’imaginai d’écrire pour l’orchestre une suite de scènes, auxquelles l’alto solo se trouverait mêlé comme un personnage plus ou moins actif conservant toujours son caractère propre; je voulus faire de l’alto, en le plaçant au milieu des poétiques souvenirs que m’avaient laissés mes pérégrinations dans les Abruzzes, une sorte de rêveur mélancolique dans le genre du Childe-Harold de Byron. De là le titre de la symphonie: Harold en Italie. Ainsi que dans la Symphonie fantastique, un thème principal (le premier chant de l’alto), se reproduit dans l’œuvre entière; mais avec cette différence que le thème de la Symphonie fantastique, "l’idée fixe", s’interpose obstinément comme une idée passionnée épisodique au milieu de scènes qui lui sont étrangères et leur font diversion, tandis que le chant d’Harold se superpose aux autres chants de l’orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère, sans en interrompre le développement.

    Outre l’atmosphère générale qui se dégage de l’œuvre on rencontre dans le troisième mouvement, intitulé ‘Sérénade d’un montagnard des Abruzzes à sa maîtresse’ un écho direct des souvenirs italiens de Berlioz: la musique des ‘pifferari’ qu’il entendit à Rome et dans les montagnes (voyez aussi le premier des trois morceaux pour l’orgue mélodium d’Alexandre).

    L’idée de faire représenter un personnage par un instrument est une invention de Berlioz, suggérée peut-être par l’emploi fréquent dans les opéras de Weber (Der Freischütz, Euryanthe), d’un instrument solo pour accompagner un air caractéristique d’un personnage principal. L’ idée fut reprise plus tard par Rimsky-Korsakov (Schéhérazade) et Richard Strauss (Don Quichotte, La vie d’un héros). Berlioz affectionnait particulièrement l’alto, et fit grand usage de sa sonorité très caractéristique dans nombre de ses œuvres – il avait déjà confié à un alto une partie de solo pour accompagner la ballade de Marguerite (Le roi de Thulé) dans ses Huit Scènes de Faust de 1828-9 (H 33, incorporée plus tard dans la Damnation de Faust, mais transposée de sol en fa).

    Harold en Italie n’est pas un concerto pour alto – d’où la déception première de Paganini quand Berlioz lui montre la partition. La partie d’alto est d’ailleurs exempte de toute recherche de pure virtuosité, que Berlioz évite à dessein dans son écriture instrumentale, même dans une œuvre telle que la Rêverie et caprice pour violon et orchestre. Harold n’est donc pas une synthèse de symphonie et de concerto, mais plutôt de symphonie et de musique de chambre, comme le suggère de nombreux passages où l’instrumentation est délibérement réduite à des proportions intimes (par exemple mesure 38 et suivantes du premier mouvement; mesure 473 et suivantes du dernier mouvement).

    Le début de la symphonie – le thème des basses – fait sans doute écho au début de la Symphonie fantastique (mesure 3). L’alternance d’un demi ton, avec la note supérieure ou inférieure, se rencontre d’ailleurs fréquemment chez Berlioz. Elle revient partout dans la symphonie (par exemple mesures 112-14, 135-6, 205 et suivantes du premier mouvement; mesures 18-20 du second; mesures 4-6, 51 du troisième; mesures 83, 87, 91, 129 et suivantes, 167-9, 207 et suivantes du quatrième).

    Le thème d’Harold – réutilisé par Berlioz avec d’autre musique de l’ouverture rejetée de Rob Roy – est présenté d’abord au premier mouvement dans le monde mineur (mesure 14 et suivantes) avant d’être repris dans le mode majeur par l’alto solo (mesure 38 et suivantes). Le thème est de coupe très régulière, inusitée pour Berlioz – deux groupes symétriques de quatre mesures, avec un intervalle descendant dans les deux premières, suivi par deux mesures d’un arpège ascendant puis descendant. On pourra constater qu’une bonne partie du matériel thématique de la symphonie dérive de ce thème: ainsi les premiers et second sujets du premier mouvement, la sérénade du troisième, et le thème principal du dernier.

    Quelques remarques d’ordre technique.
    Premier mouvement: Pour le début du premier mouvement Berlioz donne comme indication métronomique croche = 76. Comme l’a souligné Hugh Macdonald (Berlioz Studies, ed. Peter Bloom [Cambridge University Press 1992], p. 23-4) ce tempo, convenable d’abord, peut paraître trop lent à partir de l’entrée de l’alto (mesure 38). Dans la version présente on a fait subir au tempo une très légère accélération à partir de la mesure 13 pour atteindre l’indication: croche = 80 à la mesure 38.
    Deuxième mouvement: pour obtenir l’effet voulu il a été nécessaire de noter intégralement les arpèges de l’alto solo aux mesures 169-247, et non sous forme abrégée. D’autre part on n’a pas cherché d’équivalent sonore spécial pour le sul ponticello de ce passage.
    Troisième mouvement. Ce mouvement est écrit entièrement en 6/8, mais avec deux tempi différents, le premier (Allegro assai, noire pointée = 138) étant le double du second (Allegretto, noire pointée = 69); à la fin du mouvement Berlioz superpose les deux. Les tempi de Berlioz sont plus rapides que ce que l’on entend souvent au concert. Pour permettre à l’auditeur de juger on a présenté ici ce mouvement dans deux versions, la première avec les mouvements de Berlioz, la second avec des tempi un peu plus lents (noire pointée = 126 et 63).
    Quatrième mouvement: (1) Pour obtenir la durée correcte des triolets et sextolets dans plusieurs passages il a été nécessaire de les noter intégralement et non sous forme abrégée (mesures 38-40 [altos], 107-9 [violons 1 & 2], 175-6 [cordes], 278-9 [cordes], 338-9 [cordes], 449-52 [1ers violons]). (2) Berlioz ne donne pas d’indications de tempo ou de métronome pour la fin du mouvement après la mesure 449. Dans cette version on s’est conformé à l’usage courant de ralentir pour le rappel de la marche des pélerins pour revenir ensuite au mouvement initial (mesures 464-505). On a aussi accéléré le mouvement à partir de la mesure 514 pour atteindre blanche = 112, sans quoi la musique risque de piétiner.

     Harold en Italie I: Harold aux montagnes (durée 15'14")
    — Partition en grand format
     (fichier créé le 28.05.2000; révision le 5.12.2001)

    Harold en Italie II: Marche des pélerins (durée 7'2")
    — Partition en grand format
     (fichier créé le 27.07.2000; révision le 23.12.2001)

    Harold en Italie III: Sérénade (durée 5'17" et 5'46")
   
     (a) Avec les tempi de Berlioz
        — Partition en grand format
        (b) Avec des tempi plus lents
        — Partition en grand format
   
(fichiers créés le 12.11.2000)

    Harold en Italie IV: Orgie de brigands (durée 11'54")
    — Partition en grand format

     (fichier créé le 1.1.2001)

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