HBsitef

Milan

Cette page est disponible aussi en anglais

    Le séjour de Berlioz à Milan en 1832 n’est qu’un bref arrêt sur sa route de retour de Rome en France. Pendant qu’il est encore à Florence Berlioz n’envisage de s’arrêter à Milan qu’une semaine au plus (CG no. 270, à Ferdinand Hiller, 13 mai, de Florence), mais en fin de compte son séjour ne durera que quelques jours, du 20 au 23 mai. Le lendemain de son arrivée dans la ville il écrit à sa mère (CG no. 271, 21 mai):

[…] Je n’ai demeuré que trois jours à Florence où j’ai trouvé beaucoup de gens de ma connaissance.
Je ne suis ici que depuis hier, et déjà j’ai reçu deux invitations. Milan est une vraie grande ville, c’est presque comme Paris. Me voilà plus près de vous de cent quatre-vingt lieues. Je ne sais combien de temps je m’arrêterai ici, ainsi ne m’y écrivez pas. J’espérais trouver à la poste une lettre d’Adèle, pourquoi n’y est-elle pas?… […]

    Le lendemain il assiste à une représentation à l’opéra, comme il ressort d’une lettre à Horace Vernet datée du 23 mai, lettre qui malheureusement n’est connue que par un résumé, sauf pour un passage qui relate ses impressions de l’opéra (CG no. 272bis [tome VIII]):

[…] Pour la partition [de L’Elisir d’amore de Donizetti] je ne vous en dirai rien. Cuivre, grosse caisse, lieux communs, d’un bout à l’autre. Et en vérité ce serait bien dommage de faire de la bonne musique pour un pareil public; on cause tout haut comme à la Bourse et les dilettanti font avec leurs cannes de jolis accompagnements sur le plancher, fort agréables pour eux peut-être mais qui m’ont mis en fuite tout courroucé. J’aimerais mieux garder les bestiaux dans une ferme ou mesurer du drap chez un marchand de la rue St Denis que d’être obligé d’écrire pour ces butors. Quelle humiliation!!! Pauvre musique!!! […]

    Une lettre à son ami Humbert Ferrand datée du 25 mai, alors que Berlioz est maintenant à Turin et en route pour la France, donne un récit semblable, et évoque aussi le souvenir de Napoléon qui hante Berlioz à plusieurs reprises au cours de son voyage en Italie (CG no. 273):

[…] Quelles superbes et riches plaines que celles de la Lombardie! Elles ont réveillé en moi des souvenirs poignants de nos jours de gloire, “comme un vain songe enfui”.
A Milan, j’ai entendu, pour la première fois, un vigoureux orchestre; cela commence à être de la musique, pour l’exécution au moins. La partition de mon ami Donizetti peut aller trouver celles de mon ami Paccini et de mon ami Vaccaï. Le public est digne de pareilles productions. On cause tout haut comme à la Bourse, et les cannes font sur le plancher du parterre un accompagnement presque aussi bruyant que celui de la grosse caisse. Si jamais j’écris pour ces butors, je mériterai mon sort; il n’en est pas de plus bas pour un artiste. Quelle humiliation! […]

    Le récit donné par Berlioz plus tard dans son Voyage en Italie de 1844, qui sera repris par la suite dans les Mémoires (chapitre 43), confirme les impressions consignées dans ses lettres à l’époque:

[…] En passant à Lodi, je n’eus garde de manquer de visiter le fameux pont. Il me sembla entendre encore le bruit foudroyant de la mitraille de Bonaparte et les cris de déroute des Autrichiens.
Il faisait un temps superbe, le pont était désert, un vieillard seulement, assis sur le bord du tablier, y pêchait à la ligne. — Sainte-Hélène !...
En arrivant à Milan, il fallut, pour l’acquit de ma conscience, aller voir le nouvel Opéra. On jouait alors à la Cannobiana l’Elisir d’amore de Donizetti. Je trouvai la salle pleine de gens qui parlaient tout haut et tournaient le dos au théâtre ; les chanteurs gesticulaient toutefois et s’époumonaient à qui mieux mieux ; du moins je dus le croire en les voyant ouvrir une bouche immense, car il était impossible, à cause du bruit des spectateurs, d’entendre un autre son que celui de la grosse-caisse. On jouait, on soupait dans les loges, etc., etc. En conséquence, voyant qu’il était inutile d’espérer entendre la moindre chose de cette partition, alors nouvelle pour moi, je me retirai. Il paraît cependant, plusieurs personnes me l’ont assuré, que les Italiens écoutent quelquefois. En tout cas, la musique pour les Milanais, comme pour les Napolitains, les Romains, les Florentins et les Génois, c’est un air, un duo, un trio, tels quels, bien chantés ; hors de là ils n’ont plus que de l’aversion ou de l’indifférence. […]

    Dans les citations ci-dessus de la correspondance et des Mémoires, Berlioz fait allusion à un épisode majeur des guerres de Napoléon: la bataille remportée par l’empereur contre l’armée autrichienne au Pont de Lodi, au sud-est de Milan, le 10 mai 1796, bataille qui lui donne le contrôle de la Lombardie. On sait en outre d’après un carnet d’esquisses de 1832-6 (Holoman Catalogue no. 62) que son passage en Lombardie aurait suggéré à Berlioz l’idée d’une symphonie militaire sur le retour de l’armée d’Italie; l’ouvrage était conçu en deux parties, un ‘Adieu du haut des Alpes aux braves tombés dans les champs d’Italie’ suivi par une ‘Entrée triomphale des vainqueurs à Paris’. L’idée prendra forme quelques années plus tard dans la Symphonie funèbre et triomphale de 1840.

    Le souvenir de Napoléon hante Berlioz presqu’au long de son séjour en Italie, comme plusieurs allusions dans sa correspondance le suggèrent (voir notamment CG nos. 216, 230, 244). À Florence en avril 1831 Berlioz assiste aux funérailles d’un neveu de Napoléon (CG no. 216; Mémoires ch. 35). À son retour en 1832 il envisage sérieusement de faire un détour par l’île d’Elbe et la Corse ‘pour se gorger de souvenirs napoléoniens’, mais pour finir il lui faudra renoncer à ce projet (CG nos. 265, 266, 270). On apprend aussi au hasard d’une digression dans un feuilleton de 1861 que c’est à Rome que Berlioz trouve par accident le refrain qui lui permet d’achever sa cantate Le Cinq mai sur la mort de Napoléon (Journal des Débats, 23 juillet 1861, repris dans À Travers Chants).

    Berlioz ne reviendra jamais à Milan, mais par la suite il aura quelques rapports avec des musiciens et éditeurs de la ville, dont la page Berlioz en Italie donne un résumé.

Milan en images 

Les images ci-dessous ont été reproduites d’après des gravures et cartes postales dans notre collection. © Michel Austin et Monir Tayeb. Tous droits de reproduction réservés.

1. Vue générale

Milan en 1840 

(Image plus grande)

2. Teatro alla Scala Milan

Berlioz a très vraisemblablement visité le théâtre de la Scala pendant son séjour à Milan; voir par exemple son feuilleton du 6 février 1853 dans le Journal des Débats: ‘Le théâtre de la Scala, à Milan, est immense ; celui de la Cannobianna est très vaste aussi ; le théâtre de Saint-Charles, à Naples, et beaucoup d’autres que je pourrais citer, ont également d’énormes dimensions’.

 La Scala au début du 18ème siècle

(Image plus grande)

La carte postale ci-dessus reproduit une gravure datant de 1700.

 La Scala au 19ème siècle

(Image plus grande)

La carte postale ci-dessus reproduit une gravure du milieu du 19ème siècle.

3. Napoléon en Lombardie

Passage du Pont de Lodi
le 21 Floréal, An 4

(Image plus grande

Campagne de 1796 – Armée d’Italie

(Image plus grande)

Pages Berlioz en Italie créées le 7 décembre 2003; cette page créée le 1er mai 2012, mise à jour le 1er novembre 2012.

© (sauf indication contraire) Michel Austin et Monir Tayeb pour toutes les images et informations sur cette page. 

Avertissement: Tous droits de publication et de reproduction des textes, photos, images, et partitions musicales sur l’ensemble de ce site, y compris leur utilisation sur l’Internet, sont réservés pour tous pays. Toute mise en réseau, toute rediffusion, sous quelque forme, même partielle, est donc interdite.

Retour à la page principale Berlioz en Italie