Rome

Académie de France La Villa Medici

    Créée en 1666, l’Académie de France changera plusieurs fois de domicile à Rome avant de quitter le Palais Mancini, son premier domicile, pour s’installer à la Villa Medici en 1803. Elle sera désormais attachée à l’Institut de France, et le concours d’admission, le « Prix de Rome », que Berlioz remporte en 1830, est administré par l’Académie des Beaux-Arts. À l’époque du séjour de Berlioz le directeur de l’Académie est le peintre Horace Vernet (1789-1863); nommé en 1828 il sera suivi en 1835 par un autre peintre, Ingres.

    Berlioz arrive à Rome en mars 1831 après une traversée mouvementée de Marseille à Livourne, décrite de manière saisissante dans les Mémoires (chapitre 32) ainsi que dans une longue lettre datée du 6 mai 1831 adressée de Nice à Thomas Gounet et à plusieurs de ses amis parisiens (Correspondance générale no. 223, ci-après CG tout court). Il poursuit ensuite son voyage à Rome par terre en passant par Florence. Le même chapitre des Mémoires décrit la dernière étape du parcours et l’arrivée à Rome par la Piazza del Popolo.

    L’Académie de France, à la Villa Medici, sera pour Berlioz sa base romaine pendant le séjour en Italie de 1831-1832, tout comme pour ses compagnons lauréats du Prix de Rome. Il la décrit en ces termes (Mémoires, chapitre 32):

La villa Medici, qu’habitent les pensionnaires et le directeur de 1’Académie de France, fut bâtie en 1557 par Annibal Lippi; Michel-Ange ensuite y ajouta une aile et quelques embellissements; elle est située sur cette portion du Monte Pincio qui domine la ville, et de laquelle on jouit d’une des plus belles vues qu’il y ait au monde.

À droite, s’étend la promenade du Pincio; c’est l’avenue des Champs-Élysées de Rome. Chaque soir, au moment où la chaleur commence à baisser, elle est inondée de promeneurs à pied, à cheval, et surtout en calèche découverte, qui, après avoir animé pendant quelque temps la solitude de ce magnifique plateau, en descendent précipitamment au coup de sept heures, et se dispersent comme un essaim de moucherons emportés par le vent. [...]

À gauche de la villa, l’avenue du Pincio [maintenant Viale della Trinitá dei Monti] aboutit sur la petite place de la Trinità del Monte, ornée d’un obélisque, et d’où un large escalier de marbre descend dans Rome et sert de communication directe entre le haut de la colline et la place d’Espagne.

Du côté opposé, le palais s’ouvre sur de beaux jardins, dessinés dans le goût de Lenôtre, comme doivent l’être les jardins de toute honnête académie. Un bois de lauriers et de chênes verts élevé sur une terrasse en fait partie, borné d’un côté par les remparts de Rome, et, de l’autre, par le couvent des Ursulines françaises attenant aux terrains de la villa Medici.

En face, on aperçoit au milieu des champs incultes de la villa Borghèse, la triste et désolée maison de campagne qu’habita Raphaël; et, comme pour assombrir encore ce mélancolique tableau, une ceinture de pins parasols, en tout temps couverte d’une noire armée de corbeaux, l’encadre à l’horizon.

Telle est, à peu près, la topographie de l’habitation vraiment royale dont la munificence du gouvernement français a doté ses artistes pendant le temps de leur séjour à Rome. Les appartements du directeur y sont d’une somptuosité remarquable; bien des ambassadeurs seraient heureux d’en posséder de pareils. Les chambres des pensionnaires, à l’exception de deux ou trois, sont, au contraire, petites, incommodes, et surtout excessivement mal meublées. Je parie qu’un maréchal des logis de la caserne Popincourt, à Paris, est mieux partagé, sous ce rapport, que je ne l’étais au palais de l’Accademia di Francia.

[…] Les pensionnaires sont bien tenus d’envoyer tous les ans à l’Académie de Paris, un tableau, un dessin, une médaille ou une partition, mais, ce travail une fois fait, ils peuvent employer leur temps comme bon leur semble, ou même ne pas l’employer du tout, sans que personne ait rien à y voir.

    Berlioz respectera la lettre, sinon l’esprit du règlement: ses envois de Rome à l’Institut de France à Paris comprennent l’ouverture de Rob Roy, le Quartetto e coro dei maggi (qui fut assez froidement reçu), et le Resurrexit de sa Messe solennelle de 1825… Selon les Mémoires (chapitre 39) les académiciens ne s’aperçurent même pas de la supercherie: la partition était déjà ancienne puisqu’elle avait été jouée deux fois à Paris, à Saint-Roch et à Saint-Eustache, plusieurs années avant le Prix de Rome de Berlioz et son voyage en Italie.

    À partir de sa base à la Villa Medici, Berlioz pourra visiter tous les monuments célèbres de Rome, tels Saint-Pierre ou le Colisée; il voyage aussi beaucoup en Italie, vers les villes et bourgs des environs, tels Subiaco et Tivoli qu’il affectionne particulièrement, et plus loin au sud vers la Campanie et le baie de Naples.

    Le règlement imposait aux lauréats du Prix de Rome un séjour de deux ans en Italie. Mais grâce à une autorisation spéciale d’Horace Vernet, l’obligeant directeur de l’Académie, Berlioz peut quitter l’Italie pour la France six mois avant la fin de la durée réglementaire de son séjour. Il part de Rome le 2 mai, mais en fait ne va pas tout droit à Paris: il séjourne cinq mois à La Côte-Saint-André avant d’atteindre finalement Paris le 7 novembre 1832.

Sauf indication contraire, toutes les photographies reproduites sur cette page ont été prises par Michel Austin en mai 2007; toutes les autres images ont été reproduites d’après des gravures et livres dans notre collection. © Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction réservés.

Portraits de Berlioz à Rome

    On doit au séjour romain de Berlioz les premiers portraits authentiques du compositeur. Berlioz y fait allusion dans la lettre de Nice du 6 mai 1831 citée ci-dessus:

À propos de lithographie, ils ont fait mon portrait à Rome; il ne vaut rien; mais un sculpteur a fait ma médaille, et fort ressemblante, en plâtre de demi-grandeur.

    Le portrait, par Émile Signol, ne fut en fait achevé que vers la fin d’avril de l’année suivante (CG no. 269).

Portrait peint par Émile Signol

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Ce portrait se trouve à l’Académie de France, Villa Medici. Il a fait partie de l’exposition spéciale à la Bibliothèque nationale de France en 2003 pour marquer le bicentenaire de la naissance de Berlioz.

Médallion fait par Dantan à Rome en 1831

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L’original de cette image est à la BNF.

La Villa Medici

    La Villa Medici a fait l’objet de travaux de rénovation dans les années 1960 et 1970 sous son directeur à l’époque, Balthasar Klossowski de Rola, connu sous le nom de Balthus (1960-1977).

La Villa Medici
vue de la colline du Janicule de l’autre côté du Tibre

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La Villa Medici 
– vue de la Viale della Trinitá dei Monti

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La Villa Medici – l’entrée principale

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La Villa Medici
– vue de la fontaine de l’autre côté de la rue

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La Villa Medici
vue de Rome à partir de l’entrée principale

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Vue de Rome au XIXe siècle à partir de l’entrée principale

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Ce tableau, La fontaine de l’Académie de France, Rome, avec Saint Pierre au loin, est dû à Jean-Baptiste-Camille Corot. Il se trouve au Municipal Gallery of Art, Dublin, Irelande.

Lintérieur de la Villa Medici
– e
scalier d’entrée et statue de Louis XIV

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Cet escalier mène aux jardins, aux bureaux et aux chambres des pensionnaires.

La Villa Medici – vue des jardins

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La Villa Medici en 1835
– vue des jardins

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La Villa Medici – vue des jardins

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La Villa Medici – vue des jardins

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L’obélisque original fut transporté à Florence en 1764-1788. Joseph Suvée (1792-1807), alors directeur de l’Académie, le remplaça avec une statue de Vénus, qui resta en place jusqu’à 1960. En 1961 le directeur Balthus fit remplacer la statue par une copie de l’obélisque original en résine.

La Villa Medici
– la terrasse qui donne sur les jardins

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    Les soirs, après la visite de rigueur au Café Gréco, Berlioz et ses amis pensionnaires se réunissaient parfois sur cette terrasse pour chanter des airs d’opéras, suivant le récit des Mémoires (chapitre 36):

Ceux qui rentraient vertueusement à la caserne académique [sc. après la visite au Café Gréco], se réunissaient quelquefois sous le grand vestibule qui donne sur le jardin. Quand je m’y trouvais, ma mauvaise voix et ma misérable guitare étaient mises à contribution, et assis tous ensemble autour d’un petit jet d’eau qui, en retombant dans une coupe de marbre, rafraîchit ce portique retentissant, nous chantions au clair de lune les rêveuses mélodies du Freyschütz, d’Obéron, les chœurs énergiques d’Euryanthe, ou des actes entiers d’Iphigénie en Tauride, de la Vestale ou de Don Juan; car je dois dire, à la louange de mes commensaux de l’Académie, que leur goût musical était des moins vulgaires.

    Une lettre à sa famille datée du 24 juin 1831 donne un récit sur le vif d’une de ces soirées (CG no. 232):

Avant-hier soir, j’ai, pour première fois, éprouvé une véritable émotion dans notre couvent. Nous étions quatre ou cinq assis au clair de lune autour du jet d’eau qui se trouve sur le petit escalier du jardin, on tire au sort pour aller chercher ma guitare, et comme l’auditoire était composé du petit nombre de pensionnaires que je puis souffrir je ne me suis pas fait prier pour chanter. Comme je commençais un air d’Iphigénie en Tauride, M. Carle Vernet [le père d’Horace Vernet] arrive; au bout de deux minutes il se met à pleurer, à sangloter tout haut, et, n’y tenant plus, il se sauve dans le salon de son fils, en criant d’une voix étouffée: « Horace! Horace, viens donc! — Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est? — Nous pleurons tous! — Comment, comment, qu’est-il arrivé? — C’est M. Berlioz qui nous chante Gluck; oui, monsieur, comme vous dites, c’est à se prostener (me dit-il); allez, vous êtes un caractère mélancolique, je vous comprends, moi, il y a des gens qui… » — Il n’achève pas; et pourtant personne n’a ri.

La Villa Medici
– le vestibule derrière la terrasse qui donne sur les jardins

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La Villa Medici
– l’entrée du Grand Salon sur le vestibule

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Cette porte pourrait être celle du réfectoire des pensionnaires.

La Villa Medici
– vue de la terrasse qui donne sur les jardins

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La Villa Medici – vue sur les jardins

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La Villa Medici – vue sur les jardins

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La Villa Medici – une statue au bout d’une allée

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Les jardins comportent de nombreuses allées au bout desquelles on découvre souvent une statue sur un piédestal de marbre, comme dans la photo ci-dessous. Ces statues furent installées dans les années 1960 dans le cadre du grand projet de rénovation de la Villa Medici mené par Balthus.

La Villa Medici
–  vue de Rome
à partir des terrains de la Villa

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On aperçoit Saint-Pierre à droite.

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