Other vocal works/Autres œuvres vocales (2)

 

Le Ballet des ombres 
Méditation religieuse 
Quartetto e coro dei maggi 
La Captive 
Le Jeune pâtre breton 
Les Champs 
Sara la baigneuse 
Je crois en vous 
Le Chant des Bretons 
Chansonnette de Mr Léon de Wailly 

Le Ballet des ombres

Albert-Marie Du Boys, d’après Herder

‘Tis now the very witching time of night,
When churchyards yawn, and hell itself breathes out
Contagion to this world...

                                            Shakespeare, Hamlet

Formez vos rangs, entrez en danse
L’ombre descend, le jour s’enfuit.
Ombres, votre règne commence
Dans la sombre horreur de la nuit.
Lorsque le souffle des orages
Agite les vertes forêts,
Il vient aussi dans nos bocages
Faire frémir les noirs cyprès.

Formez vos rangs, entrez en danse,
Ombres, prenez-vous par la main,
Troublez cet auguste silence
Qui règne sur le genre humain!
Pour les rangs point de jalousie,
Ombres de bergers et de rois!
Oubliez que l’orgueil, l’envie
Vous divisèrent autrefois!

L’un n’éprouva que des traverses;
Dans le bonheur l’autre vécut.
Tous ont pris des routes diverses
Pour venir tous au même but.
Ombres, oubliez de la terre
Et les plaisirs et les travaux!
Formez une danse légère
Qui courbe à peine les pavots!

Formez vos rang, entrez en danse!
Mais la lune se lève et luit.
Gagnons l’Élysée en silence,
Et rendons le calme à la nuit!
Mortels, lorsque dans les nuits sombres
Notre voix vous réveillera,
Songez bien qu’à la voix des ombres,
Un jour, la vôtre s’unira!

Pourquoi nous craindre, enfants des hommes?
Ce que vous êtes nous l’étions,
Et vous serez ce que nous sommes.
Au revoir! nous nous reverrons!

Méditation religieuse

Louise Belloc, d’après Thomas Moore

Ce monde entier n’est qu’une ombre fugitive;
il n’est rien de vrai que le Ciel!
L’éclat des ailes de la Gloire est faux et passager;
les fleurs de l’Amour, de l’Espérance, de la Beauté
s’épanouissent pour la tombe.
Il n’est rien de brillant que le Ciel!
Pauvres voyageurs d’un jour orageux,
le flambeau du Génie, celui de la Raison,
ne font que nous montrer les dangers de la route.
Il n’est rien de calme que le Ciel !

Quartetto e coro dei maggi 

Anonyme

Il Redentore è nato!
Gioia! il Redentore è nato!
Speranza e gioia!
Popoli della terra, il Redentore è nato.
Popoli, contento, allegrezza!
O gioia, contento e riso!
Popoli, gioia, speranza!
Il Redentore è nato.

La Captive

Orientale, Victor Hugo 

Si je n’étais captive,
J’aimerais ce pays,
Et cette mer plaintive,
Et ces champs de maïs,
Et ces astres sans nombre,
Si, le long du mur sombre,
N’étincelait dans l’ombre
Le sabre des spahis.

Je ne suis pas Tartare,
Pour qu’un eunuque noir
M’accorde ma guitare,
Me tienne mon miroir.
Bien loin de ces Sodomes,
Au pays dont nous sommes,
Avec les jeunes hommes
On peut parler le soir.

Pourtant j’aime une rive,
Où jamais des hivers
Le souffle froid n’arrive
Par les vitraux ouverts.
L’été, la pluie est chaude;
L’insecte vert qui rôde
Luit, vivante émeraude,
Sous les brins d’herbe verts.

J’aime en un lit de mousses
Dire un air espagnol,
Quand mes compagnes douces,
Du pied rasant le sol,
Légion vagabonde
Où le sourire abonde,
Font tournoyer leur ronde
Sous un rond parasol.

Mais surtout quand la brise
Me touche en voltigeant,
La nuit, j’aime être assise,
Être assise en songeant,
L’œil sur la mer profonde,
Tandis que, pâle et blonde,
La lune ouvre dans l’onde
Son éventail d’argent.

Le Jeune pâtre breton

Chanson du pays, Auguste Brizeux 

Dès que la grive est éveillée,
Sur cette lande encor mouillée 
Je viens m’asseoir
Jusques au soir;
Grand’mère de qui je me cache,
Dit: Loïc aime trop sa vache. 
Oh! Nenni da! 
Mais j’aime la petite Anna. 

A son tour Anna, ma compagne, 
Conduit derrière la montagne, 
Près des sureaux,
Ses noirs chevreaux;
Si la montagne où je m’égare,
Ainsi qu’un grand mur, nous sépare, 
Sa douce voix 
Sa voix m’appelle au fond du bois. 

Oh! Sur un air plaintif et tendre, 
Qu’il est doux au loin de s’entendre, 
Sans même avoir
L’heure de se voir! 
De la montagne à la vallée 
La voix par la voix appelée 
Semble un soupir 
Mêlé d’ennuis et de plaisir. 

Ah! retenez bien votre haleine, 
Brise étourdie, et dans la plaine, 
Parmi les blés
Courez, volez!
Dieu! la méchante a sur son aile 
Emporté la voix douce et frêle, 
La douce voix 
Qui m’appelait au fond du bois. 

Les Champs

Pierre-Jean de Béranger

Rose, partons! voici l’aurore!
Quitte ces oreillers si doux!
Entends-tu la cloche sonore
Marquer l’heure du rendez-vous?
Cherchons, loin du bruit de la ville,
Pour le bonheur un pur asile!

Viens aux champs couler d’heureux jours;
Les champs ont aussi leurs amours!

Viens aux champs fouler la verdure!
Donne le bras à ton amant!
Rapprochons-nous de la nature
Pour nous aimer plus tendrement!
Des oiseaux la troupe éveillée
Nous appelle sous la feuillée.

Viens aux champs couler d’heureux jours;
Les champs ont aussi leurs amours!

Allons visiter des rivages
Que tu croiras des bords lointains!
Je verrai sous d’épais ombrages
Tes pas devenir incertains.
Le désir cherche un lit de mousse.
Le monde est loin, l’herbe est si douce.

Viens aux champs couler d’heureux jours;
Les champs ont aussi leurs amours!

C’en est fait ! Adieu, vains spectacles!
Adieu, Paris où je me plus,
Où les beaux-arts font des miracles,
Où la tendresse n’en fait plus!
Rose, dérobons à l’envie
Le doux secret de notre vie!

Viens aux champs couler d’heureux jours;
Les champs ont aussi leurs amours!

Sara la baigneuse

Victor Hugo 

Sara, belle d’indolence,
Se balance
Dans un hamac au-dessus
Du bassin d’une fontaine
Toute pleine
D’eau puisée à l’llyssus.

Et la frêle escarpolette
Se reflète
Dans le transparent miroir,
Avec la baigneuse blanche
Qui se penche,
Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle,
Qui chancelle,
Passe à fleur d’eau dans son vol,
On voit sur l’eau qui s’agite
Sortir vite
Son beau pied et son beau col.

Elle bat d’un pied timide
L’onde humide
Qui ride son clair tableau;
Du beau pied rougit l’albâtre;
La folâtre
Rit de la fraîcheur de l’eau.

Reste ici caché! Demeure!
Dans une heure,
D’un œil ardent tu verras
Sortir du bain l’ingénue
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras!

Car c’est un astre qui brille
Qu’une fille
Qui sort du bain au flot clair,
Cherche s’il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée au grand air!

Mais Sara la nonchalante
Est bien lente
A finir ses doux ébats;
Toujours elle se balance
En silence,
Et va murmurant tout bas:

"Oh! si j’étais capitane
Ou sultane,
Je prendrais des bains ambrés
Dans un bain de marbre jaune,
Près d’un trône,
Entre deux griffons dorés!

"J’aurais le hamac de soie
Qui se ploie
Sous le corps prêt à pâmer;
J’aurais la molle ottomane
Dont émane
Un parfum qui fait aimer.

"Je pourrais folâtrer nue
Sous la nue,
Dans le ruisseau du jardin,
Sans craindre de voir dans l’ombre
Du bois sombre
Deux yeux s’allumer soudain.

"Puis je pourrais, sans qu’on presse
Ma paresse,
Laisser avec mes habits
Traîner sur les larges dalles
Mes sandales
De drap brodé de rubis."

Ainsi se parle en princesse,
Et sans cesse
Se balance avec amour
La jeune fille rieuse,
Oublieuse
Des promptes ailes du jour.

Et cependant des campagnes
Ses compagnes
Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s’envole
En se tenant par la main.

Chacune, en chantant comme elle,
Passe, et mêle
Ce reproche à sa chanson:
– Oh! la paresseuse fille,
Qui s’habille
Si tard un jour de moisson!

La la la, etc.

Je crois en vous

Léon Guérin 

Quand mon âme ravie
N’ose en rêvant de vous comprendre le trépas,
Ne me demandez pas
Si je crois dans les cieux et dans une autre vie!
Je suis à vos genoux,
Je prie,
Je crois en vous.

Quand doucement m’effleure
Votre paupière où vient une larme aborder,
Pourquoi me demander
Si j’en crois pour toujours les larmes de cette heure?
Je suis à vos genoux,
Je pleure,
Je crois en vous.

Quand ce chant qui soupire,
Du reflet de vos yeux se plaît à s’inonder,
Pourquoi me demander
Si je crois dans les arts que l’amour seul inspire?
Je suis à vos genoux,
J’admire,
Je crois en vous.

Quand votre voix amie,
A l’heure où je souffrais, a bien voulu m’aider,
Pourquoi me demander
Si j’en crois le passé qui tourmenta ma vie?
Je suis à vos genoux,
J’oublie,
Je crois en vous.

Quand ce jour de mystère
A sur vos pas tremblants mesuré tous mes pas,
Ne me demandez pas
Si j’en crois désormais un avenir prospère!
Je suis à vos genoux,
J’espère,
Je crois en vous.

Quand je vois que vous-même,
Vous devinez mon cœur en soupirant tout bas,
Ne me demandez pas
Si je crois en l’amour comme en un bien suprême!
Je suis à vos genoux
Je t’aime,
Je crois en vous.

Le Chant des Bretons

Auguste Brizeux 

Oui, nous sommes encor les hommes d’Armorique,
La race courageuse et pourtant pacifique,
La race sur le dos portant de longs cheveux,
Que rien n’a pu dompter quand elle a dit: "Je veux."

Nous avons un cœur franc pour détester les traîtres;
Nous adorons Jésus, le Dieu de nos ancêtres.
Les chansons d’autrefois, toujours nous les chantons.
Non! nous ne sommes pas les derniers des Bretons!

Le vieux sang de tes fils coule encor dans nos veines,
Ô terre de granit, recouverte de chênes!
Pays des vieux Bretons, à toi seul notre amour!
Des bois sont au milieu, la mer est à l’entour.

Chansonnette de Mr Léon de Wailly

Léon de Wailly 

Au levant là-bas est une île;
Je la découvris l’autre jour,
Elle a bien trente pas de tour.
Quand la mer est blême et tranquille,
On l’entrevoit à l’horizon;
J’y veux bâtir une maison.

Toute en nacre, en plumes de cygnes,
De martins pêcheurs et de paons,
De coraux aux festons grimpants
Au lieu de myrthes et de vignes.
Nacre et corail, voilà nos fleurs
A nous autres maîtres pêcheurs.

Mon amour, je veux t’y conduire,
Et lorsque la nuit ma Pierra
A la fenêtre je mettrai,
Les marins sur l’eau voyant luire
Ses grands yeux et son teint vermeil
Diront: "Tiens, voilà le soleil!"

© 2003-2014 Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction réservés.

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