Nice

    C’est pendant son séjour à Florence en avril 1831 que Berlioz reçoit la nouvelle de la trahison de Camille Moke sa fiancée et décide de se précipiter à Paris pour se venger d’elle. Quelques années plus tard Berlioz donnera de cette aventure un récit plein d’humour dans ses Mémoires (chapitre 34), mais à l’époque la blessure était cruelle. Passant par Gênes il arrive à Nice, mais en cours de route Berlioz revient à de meilleurs sentiments et renonce à ses projets vengeurs. Il s’arrête à Nice où il passe un mois et compose l’ouverture du Roi Lear: il venait juste de lire la tragédie de Shakespeare pendant son passage à Florence.

    "Les vingt plus beaux jours de ma vie", dira Berlioz plus tard de son séjour niçois et il gardera toujours le souvenir de cette période heureuse. Deux fois par la suite il y reviendra. D’abord en septembre 1844 quand, surmené et sur l’avis de son ami le docteur Amussat, il passe quelques semaines à Nice pour se remettre: il peut revoir avec émotion les lieux auquels se rattachaient tant de souvenirs (Mémoires, chapitre 53): 

Je ne revis pas sans émotion les lieux où je m’étais trouvé treize ans auparavant, lors d’une autre convalescence, au début de mon voyage d’Italie... Je nageai beaucoup dans la mer; je fis de nombreuses excursions aux environs de Nice, à Villefranche, à Beaulieu, à Cimiez, au Phare. Je recommençai mes explorations des rochers de la côte, où je retrouvai, toujours dormant au soleil, de vieux canons de ma connaissance; je revis des anses fraîches et riantes, tapissées d’algues marines, où je me baignais autrefois. La chambre où j’avais, en 1831, écrit l’ouverture du Roi Lear, étant occupée par une famille anglaise, j’étais allé me nicher dans une tour appliquée contre le rocher des Ponchettes, au-dessus de la maison.

    Pendant ce séjour il compose la première version d’une ouverture, appellée d’abord La Tour de Nice; remaniée par la suite entre 1846 et 1851 elle deviendra finalement Le Corsaire.

    Dans une lettre à son oncle Marmion, datée du 12 mars 1867 (Correspondance générale no. 3227), Berlioz évoque ses séjours heureux à Nice:

Votre lettre m’a fait bien plaisir, j’ai partagé le bonheur que vous éprouvez à vivre tranquille sur le bord de la mer dans cette adorable ville de Nice; et, si je le pouvais, j’irais bien vous y tenir compagnie. J’y suis allé déjà deux fois; mon quartier était celui des Ponchettes. J’habitais, la 1ère fois, la maison Clerici, et la deuxième, la tour qui est bâtie au-dessus contre le rocher. C’est là que j’ai écrit, sinon composé (je composais toujours au bord de la mer) mon ouverture du Roi Lear, il y a trente-cinq ans. Hélas ! Hélas ! elle est encore jeune mais l’auteur est bien vieux. […]

    Le dernier voyage, presque exactement un an après cette lettre, tournera par contre mal. Berlioz, de retour à Paris après son dernier voyage en Russie en février 1868 insiste pour revoir une fois encore le soleil de Nice, mais à peine arrivé début mars il tombe sur les rochers puis est atteint d’une attaque cérébrale. Obligé de revenir à Paris il ne se remettra jamais complètement.

    Berlioz admirait les paysages aux alentours de Nice (à l’époque de sa première visite en 1831 Nice faisait partie de l’Italie). Dans une lettre à ses amis à Paris du 6 mai il écrit (Correspondance générale no. 223):

[…] J’ai un appartement délicieux dont les fenêtres donnent sur la mer. Je suis tout accoutumé au continuel râlement des vagues; le matin, quand j’ouvre ma fenêtre, c’est superbe de voir les crêtes accourir comme la crinière ondoyante d’une troupe de chevaux blancs. Je m’endors au bruit de l’artillerie des ondes, battant en brèche le rocher sur lequel est bâtie ma maison.

Nice, par sa position, est une petite ville vraiment charmante; fraîches et rosées sont la mer et les montagnes. Je fais quelquefois, au risque de me rompre les membres, des excursions dans les rochers; j’ai découvert l’autre jour les ruines d’une tour bâtie sur le bord du précipice; il y a une petite place devant, je m’y étends au soleil et je vois arriver au large de lointains vaisseaux, je compte les barques de pêcheurs et j’admire ces petits sentiers rayonnants et dorés qui (à ce que dit Th[omas] Moore) doivent conduire à quelque île heureuse et paisible.* C’est, parbleu! en nature le sujet de la lithographie de nos mélodies; Gounet, c’est tout à fait cela. […]

    * Note: on trouvera le text original complet de ce poème dans la version anglaise de cette page.

Sauf indication contraire, toutes les images sur cette page ont été reproduites d’après des cartes postales et livres dans notre collection. © Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction réservés.

Nice au 19ème siècle

(Image plus grande)

Cette gravure vient de Promenade des Anglais, Nice 1833-1933.

Les Ponchettes en 1845

(Image plus grande)

La gravure ci-dessus vient de Promenade des Anglais, Nice 1833-1933. La route qui mène à la Tour des Ponchettes (voyez ci-dessous) est maintenant dans la vieille ville de Nice, bordée de belles maisons à toits plats et de galeries d’art.

Les Ponchettes

(Image plus grande)

La Tour des Ponchettes (vers 1835),
qui surplombe la maison habitée par Berlioz en 1831

(Image plus grande)

La lithographie ci-dessus est l’œuvre de Paul-Emile Barbéri (c. 1835) et se trouve au Musée Masséna, Nice. Dans ses Soirées de l’Orchestre Berlioz nomme cette tour la Tour des Ponchettes, mais elle est connue sur place sous le nom de Tour Bellanda. La route qui mène à la tour et le rocher auquel elle est adossée portent toujours le nom des Ponchettes.

La Tour Bellanda d’origine fut démolie par le roi Louis en 1844. Quand Nice devint française en 1860 une nouvelle tour fut bâtie; elle abrite maintenant le musée maritime.

La Tour Bellanda bâtie en 1860

(Image plus grande)

Cette photo de la Tour Bellanda vient de Promenade des Anglais, Nice 1833-1933.

Plaque sur la Tour Bellanda commémorant le séjour de Berlioz à Nice en 1831 et 1844

(Image plus grande)

Nous remercions vivement M. Ian Woolf de nous avoir envoyé la photo ci-dessus, prise par lui-même.

Le buste de Berlioz dans le Jardin Albert Premier à Nice

(Image plus grande)

Nous remercions vivement M. Ian Woolf de nous avoir envoyé la photo ci-dessus, prise par lui-même.

Le buste est dû au sculpteur français Henri Blattès et a été érigé en 1948. Nous remercions vivement M. Christopher Follett pour cette information.

© 2003-2012 (sauf indication contraire) Michel Austin et Monir Tayeb pour toutes les images et informations sur cette page. 

Avertissement: Tous droits de publication et de reproduction des textes, photos, images, et partitions musicales sur l’ensemble de ce site, y compris leur utilisation sur l’Internet, sont réservés pour tous pays. Toute mise en réseau, toute rediffusion, sous quelque forme, même partielle, est donc interdite.

Retour à la page principale Berlioz en Italie

Retour à la page principale Berlioz et la France