Monodrame lyrique

Paroles de Hector Berlioz


Personnages réels

Lélio, compositeur de musique
Musiciens, Choristes, Amis et Élèves de Lélio

Personnages fictifs

Horatio, ami de Lélio
Un Capitaine de Brigands
Brigands, Spectres

Note:

Cet ouvrage doit être entendu immédiatement après la Symphonie Fantastique, dont il est la fin et le complément. L’orchestre, le chœur et les chanteurs invisibles doivent être placés sur le théâtre, derrière la toile. L’acteur parle et agit seul sur l’avant-scène. A la fin du dernier monologue il sort, et le rideau, se levant, laisse à découvert tous les exécutants pour le Final.
En conséquence, un plancher devra être établi au-dessus de l’endroit ordinairement occupé dans les théâtres par l’orchestre. 
Le rôle de Lélio exige un acteur habile, non chanteur. Il faut en outre un ténor pour la Ballade, un autre ténor pour le Chant de bonheur, et un baryton énergique pour le capitaine de brigands.


Lélio/Le pêcheur
Chœur d’ombres/Lélio
Chanson de brigands/Lélio
Chant de bonheur – Hymne/Lélio
La harpe éolienne – Souvenirs/Lélio
Fantaisie sur "La Tempête" de Shakespeare/Lélio

LÉLIO (encore faible et chancelant)

(Il entre par l’un des côtés de l’avant-scène.)

    Dieu! je vis encore... Il est donc vrai, la vie comme un serpent s’est glissée dans mon cœur pour le déchirer de nouveau... Mais si ce perfide poison a trompé mon désespoir, comment ai-je pu résister à un pareil songe?... Comment n’ai-je pas été brisé par les étreintes horribles de la main de fer qui m’avait saisi?... Ce supplice, ces juges, ces bourreaux, ces soldats, les clameurs de cette populace, ces pas graves et cadencés tombant sur mon cœur comme des marteaux de Cyclopes... Et l’inexorable mélodie retentissant à mon oreille jusque dans ce léthargique sommeil, pour me rappeler son image effacée et raviver la souffrance endormie.

    La voir, l’entendre, elle!! elle!... ses traits nobles et gracieux défigurés par une ironie affreuse; sa douce voix changée en hurlement de Bacchante; puis ces cloches, ce chant de mort religieux et impie, funèbre et burlesque, emprunté à l’Église par l’Enfer pour une insultante parodie!... Et, encore elle, toujours elle, avec son inexplicable sourire, conduisant la ronde infernale autour de mon tombeau!...

    Quelle nuit! au milieu de ces tortures j’ai dû pousser des cris, Horatio m’aurait-il entendu?... Non, voilà encore la lettre que je lui avais laissée; s’il fût entré, il l’eût prise... pauvre Horatio! Je crois l’entendre encore si calme et si tranquille, hier à son piano, pendant que je lui écrivais cet adieu suprême... Il ignorait les déchirements de mon cœur et ma funeste résolution; et de sa voix la plus douce, poète insoucieux des passions cruelles, il chantait sa ballade favorite.


I. Le pêcheur

Ballade de Goethe

Version française de Albert Du Boys

HORATIO (derrière la toile)

L’onde frémit, l’onde s’agite;
Au bord est un jeune pêcheur.
De ce beau lac le charme excite
Dans l’âme une molle langueur.
À peine il voit, à peine il guide
Sa ligne errante sur les flots.
Tout à coup sur le lac limpide
S’élève la nymphe des eaux.

LÉLIO

Il y a cinq ans qu’Horatio écrivait cette ballade imitée de Goethe et que j’en fis la musique. Nous étions heureux alors; son sort n’a pas changé, et le mien... cinq ans! que j’ai souffert depuis lors!

HORATIO

Elle lui dit: Vois la lumière
Descendre dans mes flots d’azur;
Vois dans mes flots Phœbé se plaire
Et briller d’un éclat plus pur.
Vois comme le ciel sans nuage
Dans les vagues paraît plus beau;
Vois! Vois! Vois enfin, vois ta propre image
Qui te sourit du fond de l’eau.

LÉLIO

Sirène! Sirène! Dieu! mon cœur se brise!

HORATIO

L’onde frémit, l’onde s’agite,
Vient mouiller les pieds du pêcheur;
Il entend la voix qui l’invite,
Il cède à son charme trompeur.

LÉLIO

Oui, oui, je ne l’ai que trop écoutée!

HORATIO

Elle disait d’une voix tendre,
D’une voix tendre elle chantait;
Sans le vouloir, sans se défendre,
Il suit la nymphe, il disparaît.

LÉLIO

    Étrange persistance d’un souvenir! Hélas! ces vers qui contiennent une allusion évidente à mon fatal égarement, cette musique, cette voix qui retentissent obstinément en moi, ne semblent-ils pas me dire que je dois vivre encore pour mon art et pour l’amitié?

    Vivre!... mais vivre, pour moi, c’est souffrir! et la mort, c’est le repos. Les doutes d’Hamlet ont déjà été une première fois sans force contre mon désespoir; seraient-ils plus puissants contre la lassitude et le dégoût? Je ne cherche pas à approfondir quels seront nos songes quand nous aurons été soustraits au tumulte de cette vie, ni à connaître la carte de cette contrée inconnue d’où nul voyageur ne revient... Hamlet!... profonde et désolante conception!... que de mal tu m’as fait! Oh! il n’est que trop vrai, Shakespeare a opéré en moi une révolution qui a bouleversé tout mon être. Moore, avec ses douloureuses mélodies, est venu achever l’ouvrage de l’auteur d’Hamlet. Ainsi la brise, soupirant sur les ruines d’un temple renversé par une secousse volcanique, les couvre peu à peu de sable et en efface enfin jusqu’au dernier débris.

    Et pourtant j’y reviens sans cesse, je me suis laissé fasciner par le terrible génie... Qu’il est beau, vrai et pénétrant, ce discours du spectre royal, dévoilant au jeune Hamlet le crime qui l’a privé de son père! Il m’a toujours semblé que ce morceau pouvait être le sujet d’une composition pleine d’un grand et sombre caractère. Son souvenir m’émeut en ce moment plus que jamais... Mon instinct musical se réveille... Oui, je l’entends...

    Quelle est donc cette faculté singulière qui substitue ainsi l’imagination à la réalité... Quel est cet orchestre idéal qui chante en dedans de moi?...

    (Il médite.)

    Une instrumentation sourde... une harmonie large et sinistre... une lugubre mélodie... un chœur en unissons et octaves... semblable à une grande voix exhalant une plainte menaçante pendant la mystérieuse solennité de la nuit...

    (Il semble écouter pendant les premières mesures du morceau suivant. Puis il prend sur une table un volume, l’ouvre et va s’étendre sur un lit de repos, où il reste pendant tout le Chœur d’ombres, tantôt lisant, tantôt méditant.)

II. Chœur d’ombres

CHŒUR

Froid de la mort, nuit de la tombe,
Bruit éternel des pas du temps,
Noir chaos où l’espoir succombe,
Quand donc, quand donc finirez-vous?
Vivants! toujours, toujours la mort vorace
Fait de vous un nouveau festin,
Sans que sur la terre on se lasse
De donner pâture à sa faim
Sans qu’on se lasse
De donner pâture à sa faim.
Quand donc, nuit de la tombe,
Bruit éternel des pas du temps,
Noir chaos où l’espoir succombe,
Quand donc, quand donc finirez-vous?

LÉLIO (assis sur un lit de repos, tenant un livre à la main)

    Ô Shakespeare! Shakespeare! toi dont les premières années passèrent inaperçues, dont l’histoire est presque aussi incertaine que celle d’Ossian et d’Homère, quelles traces éblouissantes a laissées ton génie! Et pourtant que tu es peu compris! De grands peuples t’adorent, il est vrai; mais tant d’autres te blasphèment! Sans te connaître, sur la foi d’écrivains sans âme, qui ont pillé tes trésors en te dénigrant, on osait naguère encore dans la moitié de l’Europe t’accuser de barbarie!...

    Mais les plus cruels ennemis du génie ne sont pas ceux auxquels la nature a refusé le sentiment du vrai et du beau; pour ceux-là même, avec le temps, la lumière se fait quelquefois! Non, ce sont ces tristes habitants du temple de la routine, prêtres fanatiques, qui sacrifieraient à leur stupide déesse les plus sublimes idées neuves, s’il leur était donné d’en avoir jamais; ces jeunes théoriciens de quatre-vingts ans, vivant au milieu d’un océan de préjugés et persuadés que le monde finit avec les rivages de leur île; ces vieux libertins de tout âge qui ordonnent à la musique de les caresser, de les divertir, n’admettant point que la chaste muse puisse avoir une plus noble mission; et surtout ces profanateurs qui osent porter la main sur les ouvrages originaux, leur font subir d’horribles mutilations qu’ils appellent corrections et perfectionnements, pour lesquels, disent-ils, il faut beaucoup de goût. Malédiction sur eux! ils font à l’art un ridicule outrage! Tels sont ces vulgaires oiseaux qui peuplent nos jardins publics, se perchent avec arrogance sur les plus belles statues, et, quand ils ont sali le front de Jupiter, le bras d’Hercule ou le sein de Vénus, se pavanent fiers et satisfaits comme s’ils venaient de pondre un œuf d’or.

    (Il se lève, et frappe la table avec son livre en l’y déposant.)

    Oh! une pareille société, pour un artiste, est pire que l’enfer!

    (Avec une exaltation sombre et toujours croissante.)

    J’ai envie d’aller dans le Royaume de Naples ou dans la Calabre demander du service à quelque chef de Bravi, dussé-je n’être que simple brigand... J’y ai souvent songé... Oui! de poétiques superstitions, une madone protectrice, de riches dépouilles amoncelées dans les cavernes, des femmes échevelées, palpitantes d’effroi, un concert de cris d’horreur accompagné d’un orchestre de carabines, sabres et poignards, du sang et du lacryma-christi, un lit de lave bercé par les tremblements de terre, allons donc, voilà la vie!...

    (Il sort un instant et revient, tenant à la main un chapeau de brigand romain, avec la cartouchière, la carabine, le sabre et les pistolets. Pendant l’exécution de la Chanson de Brigands sa pantomime exprime la part qu’il prend en imagination à la scène qu’il croit entendre.)

III. Chanson de brigands

LE CAPITAINE

J’aurais cent ans à vivre encore,
Cent ans et plus, riche et content...

CHŒUR

La la le ra, la la la le ra la.

LE CAPITAINE

J’aimerais mieux être brigand
Que pape et roi que l’on adore.
Franchissons rochers et torrents!

CHŒUR

Franchissons rochers et torrents!

LE CAPITAINE

Ce jour est un jour de largesses.
Nous allons boire à nos maîtresses
Dans le crâne de leurs amants!

CHŒUR

Allons, ces belles éplorées
Demandent des consolateurs;
En pleurs d’amour changeons ces pleurs,
Formons de joyeux hyménées!
A la montagne, au vieux couvent
Chacun doit aller à confesse
Avant de boire à sa maîtresse
Dans le crâne de son amant.

LE CAPITAINE

Zora ne voulait pas survivre
A son brave et beau défenseur.

CHŒUR (éclats de rire)

Ah! ah! ah! ah! ah! ah!

LE CAPITAINE

"Le Prince est mort, percez mon cœur!
Au tombeau laissez-moi le suivre!"
Nous l’emportons au roc ardent.

CHŒUR

Au roc ardent!

LE CAPITAINE (avec ironie)

Le lendemain, folle d’ivresse,
Elle avait noyé sa tristesse
Dans le crâne de son amant.

LE CAPITAINE ET LE CHŒUR

Fidèles et tendres colombes,
Vos chevaliers sont morts!
Eh bien! Mourir pour vous fut leur destin.
D’un pied léger foulez leurs tombes!
Pour vous plus de tristes moments,
Gloire au hasard qui nous rassemble!
Oui, oui, nous allons boire ensemble
Dans le crâne de vos amants.
Tra la la la la la la la la la lera.
Quittons la campagne!
Le vieil ermite nous attend.
Au couvent!

CHŒUR

Capitaine, nous te suivons, nous sommes prêts.

LE CAPITAINE ET LE CHŒUR

Allons! à la montagne!

LÉLIO

    (Long silence. – Sa furieuse exaltation semble se dissiper... Il quitte ses armes. L’attendrissement le gagne peu à peu. Il pleure à sanglots. Puis son émotion s’adoucit... Il rêve quelque temps, soupire, et enfin, essuyant ses larmes, il dit avec plus de calme:)

    Comme mon esprit flotte incertain!... De ce monde frénétique il passe maintenant aux rêves les plus enivrants. La douce espérance rayonnant sur mon front flétri, la force de se tourner encore vers les cieux... Je me vois dans l’avenir, couronné par l’amour; la porte de l’enfer, repoussée par une main chérie, se referme; je respire plus librement; mon cœur, frémissant encore d’une angoisse mortelle, se dilate de bonheur; un ciel bleu se pare d’étoiles au-dessus de ma tête; une brise harmonieuse m’apporte de lointains accords, qui me semblent un écho de la voix adorée; des larmes de tendresse viennent enfin rafraîchir mes paupières brûlantes des pleurs de la rage et du désespoir. Je suis heureux, et mon ange sourit en admirant son ouvrage; son âme noble et pure scintille sous ses longs cils noirs modestement baissés; une de ses mains dans les miennes, je chante, et son autre main, errant sur les cordes de la harpe, accompagne languissamment mon hymne de bonheur.

    (Il s’assied près de la table sur laquelle il s’accoude plongé dans sa rêverie, pendant l’exécution du Chant de bonheur.)

IV. Chant de bonheur – Hymne

LA VOIX IMAGINAIRE DE LÉLIO (derrière la toile, à voix éteinte)

Ô mon bonheur, ma vie,
Mon être tout entier, mon Dieu, mon univers!
Est-il auprès de toi quelque bien que j’envie?
Je te vois, tu souris, les cieux me sont ouverts!
L’ivresse de l’amour pour nous est trop brûlante,
Ce tendre abattement est plus délicieux.
Repose dans mes bras, repose cette tête charmante!
Viens! Viens! ô ma rêveuse amante,
Sur mon cœur éperdu. Viens clore tes beaux yeux!

LÉLIO (Toujours assis près de la table. Sa sombre tristesse semble le reprendre.)

    Oh! que ne puis-je la trouver, cette Juliette, cette Ophélie, que mon cœur appelle! Que ne puis-je m’enivrer de cette joie mêlée de tristesse que donne le véritable amour; et un soir d’automne, bercé avec elle par le vent du nord sur quelque bruyère sauvage, m’endormir enfin dans ses bras d’un mélancolique et dernier sommeil!... L’ami témoin de nos jours fortunés creuserait lui-même notre tombe au pied d’un chêne, suspendrait à ses rameaux la harpe orpheline, qui, doucement caressée par le sombre feuillage, exhalerait encore un reste d’harmonie. Le souvenir de mon dernier chant de bonheur se mêlant à ce concert funèbre ferait couler ses larmes, et il sentirait dans ses veines un frisson inconnu, en songeant au temps... à l’espace... à l’amour... à l’oubli...

    (Il écoute d’un air profondément mélancolique le morceau suivant.)

V. La harpe éolienne – Souvenirs

(orchestre seul)

LÉLIO (se levant)

    (avec une certaine animation)

    Mais pourquoi m’abandonner à ces dangereuses illusions? Ah! ce n’est pas ainsi que je puis me réconcilier avec la vie... La mort ne veut pas de moi... je me suis jeté dans ses bras, elle m’en repousse avec indifférence.

    Vivons donc, et que l’art sublime auquel je dois les rares éclairs de bonheur qui ont brillé sur ma sombre existence, me console et me guide dans le triste désert qui me reste à parcourir! Ô musique! maîtresse fidèle et pure, respectée autant qu’adorée, ton ami, ton amant t’appelle à son secours! Viens, viens, déploie tous tes charmes, enivre-moi, environne-moi de tous tes prestiges, sois touchante, fière, simple, parée, riche, belle! Viens, viens, je m’abandonne à toi.

    Pourquoi réfléchir?... je n’ai pas de plus mortelle ennemie que la réflexion, il faut l’éloigner de moi. De l’action, de l’action, et elle va fuir. Écrivons, ne fût-ce que pour moi seul... Choisissons un sujet original d’où les couleurs sombres soient exclues... J’y pense, cette Fantaisie sur le drame de "La Tempête", dont le plan est déjà esquissé... je puis l’achever.

    Oui, un magicien qui trouble et apaise à son gré les éléments, de gracieux esprits qui lui obéissent, une vierge timide, un jeune homme passionné, un sauvage stupide, tant de scènes variées terminées par le plus brillant dénouement, arrêtent ma pensée sur de plus riants tableaux. Des chœurs d’esprits de l’air capricieusement jetés au travers de l’orchestre adresseront, dans une langue sonore et harmonieuse, tantôt des accents pleins de douceur à la belle Miranda, tantôt des paroles menaçantes au grossier Caliban; et je veux que la voix de ces sylphes soit soutenue d’un léger nuage d’harmonie, que brillantera le frémissement de leurs ailes.

    Justement voici l’heure où mes nombreux élèves se rassemblent; confions-leur l’exécution de mon esquisse! L’ardeur de ce jeune orchestre me rendra peut-être la mienne; je pourrai reprendre et achever mon travail. Allons! que les esprits chantent et folâtrent! que la tempête gronde, éclate et tonne! que FERDINAND soupire! que MIRANDA sourie tendrement! que le monstrueux CALIBAN danse et mugisse! que PROSPERO commande en menaçant, et (avec un accent religieux) que SHAKESPEARE me protège!

    (Il sort, la toile se lève. Au lever de la toile, les musiciens sont déjà sur leur estrade; mais le chœur s’avance un peu sur le plancher établi au-dessus de l’endroit qu’occupe ordinairement l’orchestre pour les représentations dramatiques. Les choristes se rangent à droite et à gauche, debout, leur musique à la main. Lélio entre alors et dit:)

    Laissez la place pour le piano! ici! ici!... vous ne comprenez donc pas qu’ainsi tournés les pianistes ne verront pas le chef d’orchestre!... Encore plus à droite... bien...

    (à l’orchestre)

    Nous allons essayer ma Fantaisie sur "La Tempête" de Shakespeare. Regardez le plus souvent possible les mouvements de votre chef; c’est le seul moyen d’obtenir cet ensemble nerveux, carré, compact, si rare même dans les meilleurs orchestres.

    (au chœur)

    Les chanteurs ne doivent pas tenir leur cahier de musique devant leur visage; ne voyez-vous pas que la transmission de la voix est ainsi plus ou moins interceptée?... N’exagérez pas les nuances, ne confondez pas le mezzo-forte avec le fortissimo! Pour le style mélodique et l’expression, je n’ai rien à vous dire; mes avis seraient inutiles à ceux qui en ont le sentiment, plus inutiles encore à ceux qui ne l’ont pas... Encore un mot: Vous, Messieurs, qui occupez les derniers gradins de l’estrade, tenez-vous en garde contre votre tendance à retarder! Votre éloignement du chef rend cette tendance encore plus dangereuse. Les quatre premiers violons et les quatre seconds violons soli ont des sourdines?... Bien, tout est en ordre... Commencez!

VI. Fantaisie sur " La tempête " de Shakespeare

CHŒUR D’ESPRITS DE L’AIR

Miranda! Miranda!
Vien’ chi t’è destinato sposo,
Conoscerai l’amore.
Miranda, d’un novello viver
L’aurora va spuntando per te.
Miranda, addio, addio, Miranda!
Miranda! e desso, e tuo sposo, sii felice!
Caliban! Horrido mostro!
Temi lo sdegno d’Ariello!
O Miranda, ei t’adduce, tu parti!
O Miranda, no ti vedrem, ormai
Delle piaggie dell’aura nostra sede,
Noi cercarem invano
Lo splendente e dolce fiore
Che sulla terra miravan.
No ti vedrem ormai, dolce fiore.
Addio! Addio! Miranda, addio!

LÉLIO

    Assez pour aujourd’hui! Votre exécution est remarquable par la précision, l’ensemble, la chaleur; vous avez même reproduit plusieurs nuances fort délicates. Vos progrès sont manifestes; je vois que vous pouvez aborder maintenant des compositions d’un ordre beaucoup plus élevé que cette faible esquisse. Adieu, mes amis! je suis souffrant; laissez-moi seul!

    (Une partie de l’orchestre et tout le chœur sortent. Quand le devant de la scène est dégagé, la toile se baisse de nouveau. Mais Lélio doit se retrouver isolé sur l’avant-scène. Après un instant de silence, l’orchestre idéal fait entendre derrière la toile l’idée fixe de la Symphonie fantastique. Lélio s’arrête, comme frappé au cœur d’un coup douloureux, écoute, et dit:)

    Encore!

    Encore, et pour toujours!...

    (Il sort.)

FIN

© 2003-2014 Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction réservés.

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