Site Hector Berlioz

Partitions de Berlioz

Ouverture: Le Corsaire (H 101)

Cette page est disponible aussi en anglais

    La première version de cette ouverture remonte à un séjour que Berlioz fit à Nice en 1844, son second séjour après celui de 1831, pendant lequel il avait composé l’ouverture du Roi Lear. L’œuvre avait d’abord pour titre La Tour de Nice. La première exécution eut lieu sous la direction de Berlioz au Cirque Olympique à Paris dans un concert le 19 janvier 1845. Selon un critique de l’époque, visiblement désarçonné par l’œuvre nouvelle:

C’est une composition extrêmement originale, pleine d’effets fantastiques et de caprices bizarres. On dirait un conte d’Hoffmann. Cela vous jette dans un malaise indéfinissable; cela vous tourmente comme un mauvais rêve, et remplit votre imagination d’images étranges et terribles. Assurément cette tour de Nice est habitée aujourd’hui par des centaines de hiboux et d’orfraies, et les fossés qui l’entourent sont remplis de couleuvres et de crapauds. Peut-être a-t-elle servi de retraite à des brigands ou de forteresse à quelque tyran du moyen âge; peut-être quelque prisonnier illustre, quelque belle innocente et persécutée y ont-ils expiré dans les angoisses de la faim, ou sous le fer des bourreaux. Vous pouvez tout supposer et tout croire quand vous entendez ces violons qui grincent, ces hautbois qui croassent, ces clarinettes qui gémissent, ces basses qui grondent, ces trombones qui râlent. L’Ouverture de la Tour de Nice est l’ouvrage le plus étrange et le plus curieux peut-être qu’ait jamais enfanté l’imagination d’un musicien.

    Berlioz remania l’ouvrage entre 1844 et 1851, et l’ouverture fut désormais appelée Le Corsaire (titre qui n’a aucun rapport direct avec The Corsair de Byron que Berlioz avait lu en 1831 pendant son séjour en Italie). Publiée en 1852 elle est dédiée à son ami James Davison. La forme suit celle de toutes les ouvertures de Berlioz à partir de celle de Benvenuto Cellini: une allusion rapide à l’allegro principal précède le mouvement lent dont la quasi-immobilité fait contraste avec l’énergie débordante de l’allegro.  Les deux parties sont fondues ensemble par le retour du thème de l’adagio comme second sujet de l’allegro (mesures 196-255, avec une anticipation aux mesures 174-195, puis encore mesures 319-345). Les traits brillants des violons (mesures 1-17, 72-88, 266-282) sont peut-être inspirés par l’exemple de Weber (voyez les ouvertures du Freischütz, d’Euryanthe, et d’Obéron). Il est surprenant de constater que l’ouvrage, l’un des plus brillants de Berlioz, ne reçut que de rares exécutions sous la direction du compositeur de son vivant. Il dirigea la première exécution de l’ouverture dans sa version remaniée à Brunswick en avril 1854, mais n’eut jamais l’occasion de la faire jouer à Paris (une seule exécution de cet ouvrage de son vivant à Paris, le 1er avril 1855, et non sous la direction de Berlioz). Elle était par contre souvent jouée ailleurs en Europe, comme Berlioz le constate dans une lettre datant d’avril 1863. Hans von Bülow en donna de nombreuses exécutions en Allemagne dans les années 1880.

    Ouverture: Le Corsaire  (durée 8’6")
    — Partition en grand format
    (fichier créé le 22.02.2000; révision le 14.09.2001)

© Michel Austin pour toutes partitions et texte sur cette page.

Retour à Partitions de Berlioz