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Berlioz: Pionniers et Partisans

Chefs d’orchestre: Hans von Bülow

Hans von Bülow

Contenu de cette page

Présentation  
    1852-1869  
    1869-1892  
    Bülow partisan de Berlioz  
    Benvenuto Cellini  
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Table des concerts  
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Présentation

    Hans von Bülow (1830-1894), l’un des plus grands pianistes et chefs d’orchestre de son époque, ne s’est pas imposé comme compositeur autant que certains de ses contemporains qu’il admirait le plus — notamment Liszt son mentor, Wagner, Berlioz, plus tard Brahms — et il a laissé le souvenir avant tout d’un exécutant d’un talent exceptionnel qui a consacré sa carrière à servir la musique d’autres compositeurs, du passé et du présent. Les rapports de Bülow avec Berlioz et sa musique commencent tôt dans sa carrière, à Weimar en 1852, et se poursuivront pendant une quarantaine d’années jusqu’en 1892, peu avant sa mort. Pendant cette période son attitude envers Berlioz évolue sensiblement, mais son admiration pour sa musique ne faiblira pas. À divers moments de sa carrière il joue un rôle important dans la diffusion de Berlioz en Allemagne, mais un rôle, comme on le verra, tout de même moins étendu qu’on aurait pu le supposer. Il va sans dire que cette page est consacrée à un aspect particulier de l’activité de Bülow, ses rapports avec Berlioz et sa musique, et non à l’ensemble d’une carrière complexe et variée.

1852-1869: du vivant de Berlioz

Note: on renverra ci-dessous aux lettres de Bülow d’ordinaire par les initiales HvB (dans quelques cas par les initiales HvBn; voir ci-dessous), suivies de six chiffres (année, mois, jour) qui sont pourvus de liens aux traductions ci-dessous; par exemple HvB 820330 renvoie à une lettre de Bülow du 30 mars 1882.

    Les rapports de Bülow avec Berlioz du vivant de ce dernier suivent une évolution simple: Bülow découvre Berlioz dans les années 1852 à 1854, et cette première rencontre pose le fondement d’une admiration de sa part pour la musique de Berlioz qui durera toute sa vie. Mais sur un plan personnel les relations chaleureuses nouées à Dresde en avril-mai 1854 deviendront peu à peu plus distantes, et après cette date les deux hommes n’auront que peu d’occasions de se revoir. De son côté Berlioz conçoit une opinion très favorable des capacités musicales de Bülow, et en particulier de son talent de pianiste, opinion qui ne changera pas par la suite. Mais à la longue Berlioz ne peut partager l’admiration de Bülow pour la musique de Wagner et de Liszt, et au cours des années 1860 les rapports entre les deux hommes cessent complètement.

    Encore tout jeune Bülow entend Berlioz diriger pour la première fois à Dresde lors de la visite de ce dernier en 1843, mais c’est Weimar et l’activité de Liszt dans cette ville qui forment le véritable point de départ. En 1851 le jeune Hans von Bülow, avec l’encouragement de Wagner et de Liszt, prend la décision de poursuivre une carrière musicale et va s’établir à Weimar pour devenir disciple de ce dernier. Selon Bülow, c’est Liszt qui l’aurait initié à la musique de Berlioz (HvB 820330): en 1852 Liszt forme le projet de ressusciter Benvenuto Cellini, l’opéra de Berlioz qui était tombé à Paris plusieurs années auparavant en 1838. Au départ Bülow avait quelques réserves — ou plutôt quelques préventions — sur Berlioz et sa musique (HvB 520121), préventions qui semblent faire écho aux opinions exprimées ouvertement par Wagner sur Berlioz dès 1841. Mais après avoir assisté à une répétition de Benvenuto Cellini le 8 mars (HvB 520308) puis deux exécutions coup sur coup de l’opéra (20 et 24 mars) il est conquis. Sur l’instigation de Liszt et avec sa collaboration il entreprend non seulement de faire connaître l’ouvrage en Allemagne en publiant deux articles dans la Neue Zeitschrift für Musik qui paraissent en avril, mais aussi en faisant d’importants changements et coupures à l’opéra, notamment au second acte (HvB 520422, 520523). Selon David Cairns, il est possible que les changements aient été déjà mis en place dès une exécution le 17 avril, et non pas d’abord en novembre (voir sur ceci la rubrique Benvenuto Cellini dans la page sur Weimar). Berlioz à ce moment est occupé à Londres; Liszt le consulte par lettre sur les changements proposés et le tient au courant, mais Berlioz ne semble pas être pleinement conscient du rôle joué à l’arrière-plan par Bülow. Sur l’invitation de Liszt Berlioz se rend à Weimar en novembre 1852 où il donne un concert très remarqué, assiste à des exécutions de son opéra sous la direction de Liszt, et est présenté à de nombreux membres du cercle de Liszt, entre autres Hans von Bülow (CG no. 1538), qui publie un compte-rendu enthousiaste de la visite de Berlioz dans le journal Deutschland.

    En novembre 1852 Berlioz et Bülow n’ont pas l’occasion de mieux se connaître, et il faudra attendre pour cela encore deux ans quand Berlioz se rend à Dresde pour une série de concerts en avril-mai 1854. Bülow, agissant de nouveau pour le compte de Liszt, prépare le terrain au cours des mois qui précèdent la venue de Berlioz, comme on peut le lire en détail dans sa correspondance avec Liszt, mais Berlioz n’en est pas conscient (HvB 531105, 531119, 531212, 531223). Les concerts de Dresde donnent enfin l’occasion aux deux hommes de faire mieux connaissance l’un avec l’autre (CG nos. 1717, 1738, 1739, 1748), et constituent en même temps l’apogée du succès de Berlioz en Allemagne; mais l’espoir d’y faire suite en montant Benvenuto Cellini à Dresde et en faisant nommer Berlioz chef d’orchestre à Dresde sera finalement déçu. Sur tous ces événements Bülow rend compte en détail à Liszt et déborde d’enthousiasme pour l’impression faite sur lui par Berlioz comme compositeur et comme chef d’orchestre (HvB 540430, 540506, 540629, 540919). La rencontre de Dresde restera la plus longue et de loin la plus fructueuse de leurs diverses rencontres au cours des années à venir. Entre autres choses Berlioz est mis en mesure d’apprécier le talent exceptionnel de pianiste de Bülow, avec pour résultat que Bülow fait un arrangement pour piano de l’ouverture de Benvenuto Cellini (CG no. 1777; HvB 540506, 540629, 540909) et plus tard de l’ouverture du Corsaire (CG nos. 2098, 2100, 2218; HvB 541119, 541231, 550516, 560907), dont Berlioz dira beaucoup de bien, malgré les réserves qu’on sait qu’il émettait sur ce genre d’arrangements (CG nos. 968, 969). On ajoutera que Berlioz n’entendra jamais Bülow diriger et ne pourra donc apprécier son talent considérable dans ce domaine.

    De son côté Bülow est entièrement acquis à Berlioz et n’en devient que plus résolu à œuvrer pour lui. En 1855 il s’établit à Berlin comme chef de la section de piano de l’école de musique Julius Stern, poste qu’il occupera jusqu’en 1864. Dans sa seule lettre à Berlioz a avoir survécu Bülow exprime son admiration et sa détermination de servir sa cause à Berlin (CG no. 2098, 10 février 1856); en réponse Berlioz propose quelques suggestions (CG no. 2100). En plus de nombreux récitals et concerts de musique de chambre à Berlin, Bülow parvient à organiser quelques concerts en 1858 et 1859 avec au programme de la musique de Berlioz entre autres (plusieurs ouvertures et quelques œuvres pour voix; voir la table des concerts ci-dessous). On possède la réponse de Berlioz à une lettre de Bülow concernant le premier de ces concerts (CG no. 2273, 20 janvier 1858; cf. HvB 580214). Les deux hommes se revoient pour la première fois depuis Dresde en août 1856 à Bade, mais les brèves allusions à cette rencontre dans leurs correspondances respectives sont peu instructives (CG nos. 2163, 2168; HvB 560816).

    Jusqu’alors les rapports de Berlioz-Bülow paraissent sans nuages, mais à l’arrière-plan on peut voir poindre deux problèmes éventuels. Le dévouement de Bülow pour Wagner et sa musique précède d’une décennie sa découverte de Berlioz en 1852 — elle remonte à une exécution de Rienzi à Dresde en 1842 — et Wagner, plus encore que Liszt, restera l’influence déterminante dans la carrière de Bülow jusqu’à la fin des années 1860. La question de l’attitude de Berlioz envers Wagner et sa musique fait déjà brièvement surface dans la toute première lettre de Bülow à parler de Berlioz (HvB 520121) et elle paraît de nouveau vers la fin du compte-rendu que Bülow donne à Liszt des concerts de Dresde en 1854. On a analysé ailleurs comment le différend entre Berlioz et Liszt éclate en février 1856 à Weimar. Le second problème est le refus de Berlioz d’être promu porte-étendard d’une quelconque ‘école’ de compositeurs, point sur lequel Bülow partage le zèle missionaire de son mentor (cf. HvB 580214, 590210). Un exemple de leurs différentes manières de voir en 1857: Liszt insiste pour donner une exécution de l’Enfance du Christ de Berlioz à Aix-la-Chapelle malgré la résistance des musiciens et du public sur place et contre les recommendations expresses de Berlioz (CG nos. 2232, 2233; HvB 570602). Berlioz refusait de se laisser embrigader dans une controverse essentiellement allemande, qui allait d’ailleurs diviser l’Allemagne musicale pendant des années à venir. Ces deux problèmes commencent maintenant à assombrir les rapports entre Berlioz et Bülow, mais pour l’instant leurs relations extérieures restent apparemment cordiales.

    En janvier 1858 on constate le début d’un refroidissement à l’occasion du concert à Berlin mentionné ci-dessus. Il y a un contraste tranché entre le ton cordial de la lettre de Berlioz à Bülow (CG no. 2273) et celle à son fils Louis quelques jours plus tard (CG no. 2274), où il dit de Bülow ‘Ce jeune homme est l’un des plus fervents disciples de cette école insensée qu’on appelle en Allemagne l’école de l’avenir. Ils n’en démordent pas et veulent absolument que je sois leur chef et leur porte-drapeau’. On ne sait de quels termes Bülow s’était servi dans sa lettre pour provoquer cette réaction. Un peu plus tard la même année (2 juin), un article de Joseph d’Ortigue dans le Journal des Débats, où il s’en prend à la ‘musique de l’avenir’ et rejette toute assimilation de Berlioz (et du compositeur Litolff) à cette école, evenime la situation: Bülow suppose que Berlioz est en fait l’instigateur de l’article (HvB 580724). Il refuse en conséquence d’assister au concert de Berlioz à Bade au mois d’août (HvB 580809 et 580809a). On se souviendra que c’est précisément à cette époque (1858-1859) que Bülow est intimement lié à la genèse du Tristan et Yseult de Wagner: il travaille à la réduction pour piano de l’opéra au fur et à mesure qu’il est écrit, et conçoit pour l’œuvre une admiration sans bornes (HvB 590820). Toute critique de son auteur, ouverte ou implicite, ne peut que le blesser profondément.

    Bülow est de retour à Paris l’année suivante pour y donner deux concerts (17 avril et 5 mai 1859), que Berlioz annonce et dont il rend-compte en termes très élogieux dans le Journal des Débats (10 avril et 19 mai 1859). Ils se rencontrent de nouveau à cette occasion, mais seulement brièvement (CG nos. 2380, cf. 2354bis, 2365bis, 2372ter [tome VIII]), et dans sa correspondance Bülow évoque la mauvaise santé de Berlioz et son aspect physique très diminué (HvB 590407, 591109, 600205). En 1860 Bülow revient encore à Paris pour donner une série de concerts entre janvier et mars, et il y voit aussi Wagner qui donne lui-même des concerts et prépare le terrain pour l’exécution de son opéra Tannhäuser. Les feuilletons de 1860 de Berlioz dans le Journal des Débats ne font aucune mention des concerts de Bülow et son nom ne paraît pas dans les lettres connues de Berlioz de cette époque, mais d’après une allusion dans une lettre de Bülow ils se sont probablement vus (HvB 600229). Mais le compte-rendu de Berlioz des concerts de Wagner, publié d’abord dans le Journal des Débats du 9 février 1860 et repris deux ans plus tard dans À Travers Chants, irrite Bülow (cf. HvB 600205, 600226). Bülow est de retour à Paris pour un mois en février-mars 1861 pour assister à la première de Tannhaüser le 13 mars, mais rien ne laisse supposer une rencontre avec Berlioz à ce moment, bien qu’une lettre de Bülow de mai 1861 suggère une correspondance récente entre les deux hommes (HvBn 610501, mais l’allusion à Berlioz n’est pas certaine). Dans deux lettres à Richard Pohl datant des derniers mois de 1861 Bülow exhale sa colère contre Berlioz (HvB 611002, 611203): Berlioz aurait blessé Wagner, et donc Bülow, par sa réaction tardive au don de la partition de Tristan et Yseult au début de 1860. Il faut tout de même souligner que cette information vient sans doute de Wagner lui-même, très lié avec Bülow au cours des années 1850 et 1860 (une lettre de Wagner à Bülow en 1858 en est un autre exemple). On ne connaît pas d’échange de lettres entre Bülow et Berlioz après cela, mais au début de 1864 Bülow aide à présenter le jeune Asger Hamerik à Berlioz.

    Néanmoins Bülow, suivant sa manière, persiste à faire une distinction: il continue à admirer dans Berlioz le musicien et le compositeur (cf. HvB 600226, 611010, 630207, 640131), et s’il ne dirige pas de musique de Berlioz dans les années 1860 il prête son concours pour une exécution de Roméo et Juliette à Bâle le 16 décembre 1866 (HvB 661206, 661222). Dans sa correspondance Berlioz prend acte du fait mais sans commentaire (CG no. 3241), et la seule autre mention de Bülow dans ses lettres des années 1860 est une observation peu flatteuse sur le ‘conciliabule de la jeune Allemagne, présidé par Hans de Bülow’ (CG no. 2888). En fait, Bülow quitte Berlin pour Munich en 1864 à l’insistance de Wagner, et c’est là qu’il dirige les premières représentations de Tristan et Yseult (10 juin 1865) et des Maîtres Chanteurs (21 juin 1868).

    Les récitals de Bülow en 1860 sont les derniers concerts publics qu’il donne à Paris du vivant de Berlioz. Mais il fait une dernière et brève visite à Paris en juillet 1867 quand il est nommé à l’improviste membre d’un jury pour juger des bandes militaires, et il semble bien qu’il ait revu Berlioz à cette occasion (HvBn 670709, 670731). On ne trouve aucun écho de cette rencontre dans les lettres connues de Berlioz, ce qui n’est peut-être pas surprenant: quelques semaines plus tôt Berlioz a appris la mort subite de son unique fils Louis et en est bouleversé. Bülow se déclare enchanté de son voyage à Paris, mais la guerre franco-prusse de 1870 va tout changer. En l’occurrence Bülow ne reviendra qu’une seule fois à Paris, bien plus tard, en avril 1885 (cf. HvB 850415, 850500), et par la suite il évitera complètement la France dans ses tournées de concert.

1869-1892: après la mort de Berlioz

    On ne connaît semble-t-il aucune réaction de la part de Bülow à la mort de Berlioz en 1869, mais il ne faut pas en attendre: c’est précisément au cours des années 1868-1870 que Bülow traverse la crise la plus grave de sa vie. En 1868 la liaison entre sa femme Cosima, l’une des filles de Liszt, et Richard Wagner éclate en public; elle remontait à plusieurs années, et Cosima avait déjà eu deux enfants de Wagner. À la suite du scandale Bülow entame une procédure de divorce contre Cosima en 1869 et met fin à ses relations avec l’homme qu’il admirait et avait servi avec un tel dévouement pendant bien des années; Cosima et Wagner célèbrent leurs noces au mois d’août 1870. Bülow ne reverra jamais Wagner, mais comme toujours il fait la distinction entre sa vie personnelle et sa vie de musicien: par la suite il continuera à exécuter la musique de Wagner et participera même à des collectes de fonds pour le festival de Bayreuth. Il quitte Munich en 1869 et va s’établir d’abord en Italie où il commence à reconstruire sa carrière, comme pianiste virtuose au départ, ensuite aussi comme chef d’orchestre. Il passe l’essentiel de son temps dans les années 1870 à parcourir fièvreusement de nombreux pays où il donne récitals et concerts, notamment l’Italie (1870-1871), l’Allemagne et l’Europe centrale (1872-73), la Grande-Bretagne (1873-75, 1878-79), la Russie (1874), les États-Unis (1875-76), et l’Écosse (1878-79). Ce n’est qu’en 1877 qu’il semble prêt à s’établir de manière durable au théâtre de la cour de Hanovre, mais il démissionne de ce poste dès octobre 1879. Dans sa carrière ultérieure les deux postes qu’il occupe le plus longtemps sont avec l’orchestre ducal de Meiningen de 1880 à 1885, puis avec l’orchestre philharmonique de Berlin de 1886 à 1892; sous sa direction les deux orchestres voient leur niveau monter en flèche et acquièrent une renommée internationale. Jusqu’au bout, et malgré de graves problèmes de santé qui le poursuivent tout au long de sa vie, Bülow poursuit côte-à-côte ses deux carrières de virtuose itinérant et de chef d’orchestre, et revisite à plusieurs reprises les pays où il a déjà voyagé dans les années 1870 (avec l’exception notable de la France).

    Un résultat de la rupture de Bülow avec Wagner est qu’il peut maintenant considérer Berlioz avec plus de recul: l’attitude de Berlioz envers Wagner, motif de discorde pendant les années précédentes, ne joue plus maintenant. La correspondance de Bülow donne quelques indices de son intérêt soutenu — voire même d’un regain d’intérêt — pour Berlioz au début des années 1870. Une lettre de 1872 (HvB 720922) recommande à un jeune aspirant chef d’orchestre d’étudier avec grand soin le traité de Berlioz sur l’art du chef d’orchestre. Quelques lettres de 1873 témoignent de la profonde impression faite sur lui par les Mémoires de Berlioz ‘[qu’il avait] l’intention de lire depuis trois ans’ et qu’il a enfin commencé (HvB 730620, 730624). D’autres lettres des années 1870 s’expriment favorablement sur la musique de Berlioz (HvB 730426, 750327, 770513). À partir de 1873 on voit Bülow inscrire de nouveau à ses programmes quelques œuvres pour orchestre de Berlioz, et l’initiative est couronnée par une série de sept exécutions de Benvenuto Cellini sur la scène du théâtre de Hanovre en 1879. Pendant ses années à Meiningen au début des années 1880 Bülow exécute fréquemment des œuvres plus courtes pour orchestre, ce qu’il continue à faire presque jusqu’à la fin de sa carrière (voir la table des concerts ci-dessous).

Bülow partisan de Berlioz

    Bülow se considère comme un partisan de Berlioz qui a aidé à faire connaître le compositeur en Allemagne, et il est particulièrement fier de l’avoir été dès les débuts de sa carrière: il se voit donc comme l’un des gardiens d’une tradition qui remonte à l’époque de Berlioz lui-même. C’est ce point de vue qu’il exprime à Édouard Colonne en 1882 quand il envoie une contribution pour la construction d’un monument en honneur de Berlioz à Paris (HvB 820330, 820504, 850500), idée qui se retrouve ailleurs dans la correspondance de Bülow (HvB 831005). Il est visiblement au courant du renouveau d’intérêt pour Berlioz à Paris des années 1870 et connaît le rôle que Colonne y joue. Dans deux autres lettres, pendant et après son dernier voyage à Paris en 1885, il loue la qualité de l’orchestre de Colonne qu’il place au-dessus de son propre orchestre, plus petit, de Meiningen — éloge qui ne manque pas de poids venant d’un critique aussi exigeant et franc que Bülow (HvB 850415, 850500, cf. 891207). Ayant vu et entendu Berlioz diriger quelques-unes de ses œuvres à Weimar en 1852 et à Dresde en 1854 Bülow s’estime en droit d’exiger d’autres chefs d’orchestre un haut niveau dans l’exécution de la musique de Berlioz (HvB 840120, 870630, 880621), et ne ménage pas sa critique envers ceux qui ne lui paraissent pas à la hauteur: parmi les victimes de ses sarcasmes on compte Max Seyfritz à Löwenberg (HvB 770513), Wilhelm Ganz à Londres (HvB 790701), Felix Mottl à Carlsruhe (HvB 880507, mais cf. aussi HvBn 860608, HvB 861217), et Hans Richter à Londres (HvB 880621). Peu de chefs méritent son approbation: Charles Hallé en est un, et il avait hérité de la tradition authentique (HvB 880621). Voué à la polémique dès les débuts de sa carrière Bülow entre volontiers en guerre contre les critiques hostiles à Berlioz (HvB 840213).

    Bülow connaît fort bien l’œuvre de Berlioz, tant littéraire que musical. Il a lu tous les livres publiés par Berlioz et les cite dans sa correspondance: le Traité d’instrumentation (HvB 720922), les Soirées de l’orchestre (HvB 541011), À Travers Chants (HvB 611203, 900206), les Mémoires (HvB 730620, 730624, 850500860220). Tout au long de sa carrière il s’intéresse à donner ou à assister à des exécutions de sa musique, et à mieux connaître telle ou telle œuvre: Béatrice et Bénédict (HvB 630207, 790918, 840523, 900206), la Captive (HvB 901020), le Carnaval romain (HvB 891207), le Corsaire (HvB 841002, 851109), la Damnation of Faust (HvB 540506, 690427, 730630), la Symphonie fantastique (HvB 770513, 910829), le Roi Lear (HvB 840120, 841002, 841204), Harold en Italie (HvB 670714, 910829, 920314), le Requiem (HvB 590700, 611010, 880505, 880507), Roméo et Juliette (HvB 661222, 870630; HvBn 870623), le Te Deum (HvB 780810). (Sur Benvenuto Cellini voir ci-dessous.)

    L’estime de Bülow pour Berlioz ne s’en tient pas à des expressions générales de reconnaissance (HvB 580331) et d’admiration (HvB 730426, 750327). Pour lui Berlioz est une victime de l’injustice de ses contemporains, et il incombe à ses ‘exécuteurs testamentaires’ (HvB 831005) de réparer le tort qu’il a subi (HvB 790203 et la note, HvB 881218). On se demande si Bülow lui-même avait des regrets sur ce chapitre. En tout cas, il semble parfois s’identifier à Berlioz. Il se fait fabriquer du papier à lettres avec pour en-tête le portrait de Berlioz, qu’il semble utiliser quand il veut marquer un point (HvB 831005, 840213). Dans la première période de sa carrière il lui arrive de rattacher les première, troisième et cinquième lettres de son nom à la première lettre des trois compositeurs qu’il admire le plus à ce moment, Berlioz, Liszt et Wagner, pour en faire une signature (par exemple HvB 611002, et une lettre du 7 février 1858 à Felix Draeseke, HvB III p. 156; cf. aussi 771227). En 1888 il tient à diriger un concert le jour anniversaire de Berlioz et en son honneur (HvB 881209; Le Ménestrel20 janvier 1889.

    D’un autre côté on peut se demander si Bülow a jamais été totalement acquis à Berlioz. Dans sa correspondance il lui arrive de souligner en passant que Berlioz est français, et non allemand, comme si ce critère avait une valeur intrinsèque (HvB 520121, 580627, 611002, 880803; HvBn 870623); on ajoutera toutefois que Bülow est souvent impitoyable pour ses compatriotes, surtout quand il est à l’étranger. Né dans une famille aux traditions militaires où la discipline et le bon ordre sont à l’honneur, Bülow a sans doute du mal à entrer dans l’esprit de Berlioz et à partager son amour de la liberté et de ce qui va à l’encontre des conventions. Avec l’âge Bülow admet lui-même être devenu plus réactionnaire dans sa manière de penser. Il estime que Berlioz est capable ‘d’erreurs grossières’ (HvB 880803); des œuvres naguère admirées lui apparaissent sous un jour nouveau: la Symphonie fantastique est une ‘monstruosité excentrique’ (HvB 910829; de même la symphonie Faust de Liszt qu’il avait loué et joué auparavant, HvB 670714), et il conçoit même des doutes sur Harold en Italie, œuvre moins novatrice qu’il admire et exécute par ailleurs (HvB 891209). Quant au Requiem il est ‘outré, fiévreux, magnifique — malgré tous ses côtés baroques’ (HvB 880507), et même Roméo et Juliette est à certains égards ‘excentrique et anti-allemand’ (HvBn 870623) et contient des ‘absurdités’ (HvB 870630). Écrivant à son ancien élève Asger Hamerik en 1889 Bülow émet l’opinion qu’un seul Hector suffit (HvB 890426). C’est sans doute à ce changement de perspective qu’il faut attribuer la réinterprétation par Bülow du concept des ‘trois B’ lancé par Peter Cornelius en 1854 pour comprendre non pas Bach, Beethoven, et Berlioz comme Cornelius l’avait défini, mais Bach, Beethoven, et Brahms, dont Bülow est un partisan convaincu (HvB 831005, 841001, 841002, 841003, 880803). L’Allemagne peut donc revendiquer tous les trois B. Cette réinterprétation peut surprendre ceux pour qui Brahms, malgré toutes ses qualités, ne peut d’une part se mesurer à Bach ou à Beethoven, et de l’autre est, par son respect pour le bon ordre et la tradition, l’antithèse de l’esprit révolutionnaire incarné chacun à leur manière par Berlioz ou par Wagner (dès 1903 Julien Tiersot s’insurge contre cette réinterprétation). Mais tout de même le nom de Berlioz garde pour Bülow l’attrait sentimental d’une passion juvénile qu’il ne peut se résoudre à abandonner (HvBn 860608; HvB 880803, 900206).

    Si l’on considère maintenant le bilan des exécutions par Bülow de la musique de Berlioz, on aboutit à une conclusion imprévue: Bülow a dirigé beaucoup moins de musique de Berlioz qu’on pourrait le supposer d’après ses professions de foi (bien moins que Pasdeloup ou Colonne, par exemple). Avec l’exception de Benvenuto Cellini, qui tient une place à part dans les préférences de Bülow et qu’on étudiera ci-dessous, le répertoire Berlioz de Bülow se limite à un petit nombre de morceaux pour orchestre de moindre ampleur qu’il joue fréquemment. (Comme Berlioz n’a pas écrit de musique pour piano il ne peut donc figurer au programme des innombrables récitals de piano qui constituent une part majeure de la carrière d’exécutant de Bülow.) Malgré l’admiration que professe Bülow pour Berlioz et son intention souvent affirmée de le faire exécuter, on est surpris de constater qu’il n’a pas donné une seule exécution de la plupart des œuvres de plus grande envergure: c’est-à-dire la Symphonie fantastique, la Symphonie funèbre et triomphale, le Requiem, le Te Deum, la Damnation de Faust, l’Enfance du Christ, Tristia, les Nuits d’été, et les opéras Béatrice et Bénédict et les Troyens, soit la majeure partie des grandes œuvres de Berlioz. Il prête son concours pour une seule exécution de Roméo et Juliette à Bâle en décembre 1866, mais ne la dirige pas lui-même. La seule symphonie qu’il dirigera est Harold en Italie, et deux fois seulement, en 1879 à Hanovre et en 1892 à Berlin (ce sera sa dernière exécution de Berlioz, cf. HvB 920314). On sait par ailleurs qu’il a répété Harold pendant ses années à Meiningen, mais sans inscrire l’œuvre au répertoire de ses concerts. Autrement son répertoire régulier consiste en une poignée d’ouvertures: Benvenuto Cellini, le Carnaval romain, le Corsaire, le Roi Lear, moins souvent Béatrice et Bénédict. L’ouverture des Francs-Juges, que Berlioz affectionnait, il ne donne qu’une fois, celle de Waverley jamais, et d’autres morceaux pour orchestre (la Marche troyenne, la Chasse royale et orage) sont de même négligés. D’après quelques témoignages et les réactions de contemporains ses exécutions des ouvertures pouvaient être brillantes et faire grand effet (HvB 771209, 841204, 851109; Le Ménestrel, 25 avril 1886), mais on ne sait comment Bülow aurait interprété les œuvres de grande envergure. Ce n’est pas en dirigeant Berlioz que Bülow a construit sa grande réputation de chef d’orchestre. À l’époque et après sa mort on a discuté sur sa manière de diriger, subjective d’après certains, et sur les libertés qu’il prenait avec les mouvements. L’essai de Weingartner sur l’art du chef d’orchestre en donne un témoigage: Bülow y est souvent critiqué, sans doute à tort — il y avait rivalité entre les deux chefs qui s’affrontent ouvertement à Hambourg en 1887 (voir F. Weingartner, On Conducting, traduction anglaise par Ernest Newman, Londres, 1906). Mais la discussion porte essentiellement sur les interprétations de Beethoven par Bülow, et Weingartner, qui dirigeait lui-même Berlioz, n’évoque pas Bülow comme chef berliozien. On peut donc se demander si la réputation de Bülow comme partisan de Berlioz n’a pas en fait été exagérée, et en partie par Bülow lui-même. Sa prétention d’avoir dès le début de sa carrière favorisé la musique de Berlioz n’est que très relativement confirmée par le bilan de ses exécutions, et fait contraste avec le soutien qu’il accorde à Brahms (il ne donne pas moins de 58 exécutions des 4 symphonies de ce dernier, avec en plus des exécutions fréquentes de tous les concertos, des autres œuvres pour orchestre, et de la musique pour piano et pour voix).

Benvenuto Cellini

    Benvenuto Cellini tient une place à part dans les préférences de Bülow et diffère en cela de toutes les autres œuvres de Berlioz. C’est le premier grand ouvrage de Berlioz que Bülow apprend à connaître de près, grâce aux exécutions dirigées par Liszt à Weimar en 1852 (et non par Berlioz — Liszt tient à diriger l’ouvrage lui-même et ne confie pas à Berlioz même une seule exécution de son opéra, cf. CG no. 2104). Avant cette date Bülow a quelque connaissance de la musique de Berlioz (cf. HvB 520121) mais il n’a sans doute pas eu beaucoup l’occasion d’en entendre au concert. Liszt confie à son disciple la tâche de présenter l’ouvrage au public dans deux articles écrits par Bülow et publiés en avril 1852 dans la Neue Zeitschrift für Musik in April 1852 (disponibles sur ce site dans le texte allemand original et en traduction anglaise et française, toutes deux par Michel Austin). Les préparations pour Benvenuto Cellini à Weimar supposent aussi des révisions de fond de l’ouvrage après les premières exécutions en mars, et notamment une large coupure dans le 4ème tableau du second acte de la version originale. Liszt se charge des négociations en correspondance avec Berlioz, mais une bonne partie du travail de révision est faite par Bülow lui-même, ce dont Berlioz ne semble pas avoir été entièrement conscient (voir pour plus de détails la page sur Weimar). Soulignons au passage l’audace d’un jeune homme de 23 ans qui conseille au compositeur, plus de deux fois plus âgé que lui, de procéder à des révisions et coupures à son propre opéra… Ensemble Liszt et Bülow ressuscitent avec succès une partition que Berlioz avait pratiquement délaissée après l’échec de 1838, ce dont Berlioz sera profondément reconnaissant. Mais en même temps l’esprit de l’original s’en trouve sensiblement modifié et de fort belles pages de musique sacrifiées. La ‘version Weimar’ s’impose pendant des années à venir et ce n’est que bien plus tard que l’original sera remis au jour et que ses qualités propres seront révélées (voir sur ce site les articles de Hugh Macdonald, Pierre-René Serna et Christian Wasselin).

    Dans cette version révisée l’opéra est représenté pour la dernière fois à Weimar le 16 mars 1856; c’est aussi la dernière exécution du vivant de Berlioz, et l’ouvrage ne sera pas entendu de nouveau avant les exécutions de Bülow à Hanovre en 1879. On ne sait quand exactement Bülow en conçoit l’idée, mais elle remonte sans doute au moins à la fin de 1869: c’est alors qu’après sa rupture avec Wagner Bülow quitte Munich pour s’installer à Florence, où il voit pour la première fois la statue de Persée par Cellini (HvB 790203) qui lui rappelle l’opéra de Berlioz. C’est aussi au début des années 1870 que Bülow commence à penser de nouveau à Berlioz (voir ci-dessus). L’occasion de monter l’ouvrage vient subitement en août 1877 quand Bülow accepte à bref délai l’offre de remplir un poste tombé vacant à la direction de l’orchestre de la cour de Hanovre. En correspondance de Glasgow avec son ami Hans von Bronsart, l’intendant du théâtre de Hanovre, Bülow pose comme un des conditions de sa nomination la permission de monter Benvenuto Cellini pour lequel il donnerait ‘volontiers sa dernière goutte de sang’ (HvB 771209, 771222). Les préparations au cours de l’hiver de 1878-79 sont fiévreuses et épuisantes (HvB 781130, 781215, 790119, 790127), mais finalement l’ouvrage est représenté le 2 février 1879, pour la première fois depuis les exécutions de Weimar et de Londres plus de vingt ans avant, et au total 7 représentations seront données entre février et mai. Alors qu’à Weimar en 1852 et 1856 c’est Liszt qui reçoit tous les honneurs et dirige toutes les exécutions, à Hanovre en 1879 tout le mérite en revient manifestement à Bülow et c’est lui qui dirige. C’est une réalisation dont Bülow tirera une grande satisfaction, un acte de réparation pour toutes les injustices subies par Berlioz à l’Opéra de Paris plus de quarante ans plus tôt (HvB 790203, 790205, 840112, 881218; HvBn 860608; sur la réception par la presse allemande voir Kenneth Birkin, Hans von Bülow [2011], p. 277-9).

    Benvenuto Cellini, il faut le souligner, n’est qu’un des nombreux opéras dirigés par Bülow pendant son séjour à Hanovre. Au cours des saisons de 1878 et 1879 il ne dirige pas moins de 110 représentations en tout, 55 chaque année, dont 22 d’opéras de Wagner. Aux 7 représentations de Cellini en 1879 on peut opposer le total de 66 exécutions de 6 opéras différents de Wagner dirigés par Bülow entre 1866 et 1879: Rienzi, Le Hollandais Volant, Lohengrin, Tannhaüser, Tristan, Les Maîtres Chanteurs, et il dirige chacun de ces opéras plus souvent que Benvenuto Cellini. Bülow avait l’intention de faire suivre Benvenuto Cellini par des exécutions de Béatrice and Bénédict à Hanovre, qui auraient nécessité selon lui de nouveaux récitatifs et des changements au dialogue parlé (HvB 790918), mais il démissionne de son poste à la fin octobre 1879. Il dirigera de nouveau des opéras à Hambourg en 1887 et 1888, mais il n’y est pas question de Berlioz. Quant aux Troyens, Bülow ne semble jamais s’y être intéressé.

    L’initiative de Bülow à Hambourg n’en est pas moins très importante pour l’avenir: l’exemple a été donné et sera suivi. Leipzig vient en tête en 1883 quand le jeune Arthur Nikisch dirige plusieurs exécutions de Benvenuto Cellini avec le même ténor dans le rôle principal (Anton Schott) qu’à Hanovre. L’ouvrage suscite un commentaire enthousiaste par la pianiste Marie Jaell, amie et admiratrice de Berlioz, qui est reproduit à Paris dans Le Ménestrel (12 août 1883). Bülow se plaint des coupures infligées à cette occasion à l’ouvrage par rapport à sa version — elle-même coupée! — de l’opéra à Hambourg en 1879 (HvB 840112), mais il a aussi la satisfaction de voir d’autres théâtres allemands suivre son exemple. L’un de ses émules est Felix Mottl, le premier chef d’orchestre dans le monde à avoir dirigé tous les trois opéras de Berlioz, y compris la première exécution complète des Troyens à Carlsruhe en 1890.

Choix de textes

    Les textes sont disposés en deux sections: (1) Lettres (2) Journaux. Cette dernière section ne comporte que peu de textes; par contre les lettres — de Berlioz à divers correspondants, y compris Hans von Bülow dans les années 1854 à 1858, de Hans von Bülow à un grand nombre de correspondants pendant plus de quarante ans, de 1852 à 1892, et d’autres — forment de loin la majeure partie des textes reproduits ici. Les lettres de Bülow sont tirées dans leur majorité du recueil le plus important de sa correspondance, soit les 7 tomes publiés par sa veuve après sa mort entre 1895 et 1908, alors que quelques-unes viennent d’un tome supplémentaire publié en 1927 (voir ci-dessous). Plus de la moitié des lettres de Bülow sont encore inédites (voir Alan Walker, Hans von Bülow: A Life and Times [2010], p. 463). Toutes ces lettres sont présentées ici en tant qu’échantillon pour donner une idée de ce que Bülow a dit de Berlioz dans sa correspondance, et ne constituent pas une collection complète.

    Étonnament doué sous bien des rapports — il donnait tous ses récitals et concerts de mémoire — Hans von Bülow maniait les langues avec aisance: il écrivait en quatre langues: allemand, français, anglais et italien, particulièrement les deux premières (il avait appris le français tôt, et acquit l’italien et l’anglais plus tard au cours de ses voyages). Il lui arrivait même d’utiliser plus d’une langue dans une même lettre. Dans la liste ci-dessous on a relevé dans chaque cas la langue de l’original avec liens s’il y a lieu au texte dans la langue d’origine. Il faut ajouter que l’allemand de Bülow est parfois dense, allusif et même très personnel (il raffolait des jeux de mots), et par conséquent parfois difficile à saisir et à traduire. Les traductions ci-dessous (toutes par Michel Austin) cherchent à rendre le sens général des textes et ne prétendent pas à l’exactitude du mot-à-mot (il en est de même pour les deux articles de 1852 sur Benvenuto Cellini).

    Pour les lettres on a utilisé les abréviations suivantes:

CG = Correspondance Générale
HvB = Marie von Bülow ed., Hans von Bülow, Briefe und Schriften, 8 tomes, Leipzig 1895-1908, dont les tomes 1-2 et 4-8 sont consacrés à la correspondance, mais en pratique numérotés de 1 à 7. Comme les lettres ne sont pas numérotées de suite on a donné pour chaque lettre un renvoi par tome et par page. Une page séparée donne le texte original des lettres en allemand (la majorité), alors que l’original des quelques lettres en anglais est donné dans la version anglaise de cette page.
HvBn = Hans von Bülow, Neue Briefe, herausgegeben und eingeleitet von Richard Graf Du Moulin Eckhart, Munich 1927.
SB = Richard Wagner, Sämtliche Briefe tomes 1- (Leipzig, 1979- )
WL = Briefwechsel zwischen Wagner und Liszt, 2 tomes (Leipzig, 1910)

 1. Lettres

1852

Hans von Bülow à son père [en allemand], 21 janvier, de Weimar (HvB I, p. 407-18, à la p. 412):

[…] Le 16 février, Benvenuto Cellini, l’opéra de Berlioz qui est plus ou moins tombé à Paris il y a longtemps, va être mis en scène ici; il est probable que le compositeur sera présent. Je me réjouis de faire sa connaissance. Bien que je n’approuve pas les tendances anti-wagnériennes de Berlioz et sa prétention de suivre dans le sillage de Beethoven, son génie évident qui s’est aventuré dans tant de domaines de l’art musical m’intéresse, et les progrès accomplis récemment en musique doivent beaucoup à ses nombreuses inventions techniques, notamment en ce qui concerne l’instrumentation. Berlioz a pris l’initiative en ouvrant de nouvelles voies et a aussi démontré comment on peut en tirer parti — il est vrai qu’il est Français pur sang — et il ne brille que d’un éclat extérieur. Si Liszt monte son opéra c’est en premier lieu par amitié personnelle, mais c’est aussi dans l’intention généralement excellente d’honorer publiquement un homme qui a été méconnu en Allemagne presque plus que dans son propre pays. Une autre raison est celle-ci: il s’agit de relever le niveau des chanteurs et de l’orchestre — race de paresseux, les premiers surtout, dont l’ignorance et l’arrogance n’ont pas d’égal — en les forçant à accomplir des tâches difficiles et inaccoutumées. […]

Hans von Bülow à sa sœur [en allemand], 8 mars, de Weimar (HvB I, p. 428-31, à la p. 431):

[…] J’ai assisté hier à la répétition de l’opéra de Berlioz, qui malheureusement n’est plus en mesure de venir (l’idée première était de donner Benvenuto le 16 février); c’était une délicieuse tasse de chocolat; cela fait bien longtemps que mes oreilles ont eu un pareil régal. […]

Liszt à Wagner, 7 avril (WL no. 70)

Hans von Bülow à Theodor Uhlig [en allemand], 22 avril, de Weimar (HvB I, p. 434-6. à la p. 434):

[…] Les articles sur Benvenuto m’ont pris beaucoup de temps, mais j’avais promis à Liszt — qui vous envoie ses meilleures amitiés — de les écrire, mais naturellement pas de quelle manière. L’opéra, c’est-à-dire la musique de Berlioz, a fait sur moi une impression peu ordinaire. Je me suis fait une opinion beaucoup plus favorable de Berlioz, et j’ai trouvé bien plus à admirer en lui que ne le fait Wagner. Croyez-vous que W[agner] en soit fâché? Je ne lui ai pas écrit depuis longtemps, mais vais le faire enfin très bientôt. […]

Hans von Bülow à sa mère [en allemand], 23 mai, de Weimar (HvB I, p. 436-41, aux pages 436-7):

[…] J’ai eu à faire une série de travaux les uns à la suite des autres; par exemple, j’ai littéralement passé une semaine à ne rien faire d’autre que de recopier une partition de Liszt pour piano et orchestre. L[iszt] avait tant insisté là-dessus, et il est si bon envers moi, que je mets toujours tout de côté pour remplir sur le champ des requêtes ce genre. Un deuxième travail y a fait suite, plus intéressant que le premier, mais qui demandait plus de temps parce qu’il exige plus de réflexion. L’opéra de Berlioz [Benvenuto Cellini] doit être donné de nouveau cette saison, et comme mon opinion sur l’inutilité du dernier acte, qui fatigue et ennuie l’auditeur, coïncide avec celle de Liszt, il a proposé que je me charge du travail de faire les coupures nécessaires et aussi les quelques changements conséquents dans le musique et le texte. J’ai accompli le travail à la satisfaction de Liszt, même si à cette occasion j’ai fait mon début avec des absurdités qui tiennent debout. […]

Wagner à Liszt, 8 septembre (WL no. 79)

Berlioz à Liszt, 30 novembre, de Paris (CG no. 1538)

1853

Hans von Bülow à Liszt [en français], 5 novembre, de Dresde (HvB II, p. 110-15, aux pages 110-11):

[…] Je me sens en vérité terriblement malheureux et accablé de chagrin, de n’avoir pas pu un peu mieux justifier votre confiance dans l’affaire Berlioz.
Madame de Lüttichau est en ce moment tellement indisposée, qu’elle est obligée de garder le lit depuis plusieurs jours et que d’ici à quelque temps encore, elle ne pourra recevoir ni ma visite, ni même celle de ma mère. Sachant de plus par de nombreuses expériences que son influence sur M. de Lüttichau n’outrepassait point les relations matrimoniales, je me suis rendu bravement chez son Excellence, sous le prétexte fort naturel de lui présenter mes hommages. Dans le cours de la conversation j’ai entamé le chapitre Berlioz, en lui faisant l’observation, comme venant de vous, de l’avantage qu’il y aurait à profiter du séjour momentané de Berlioz en Allemagne, en l’engageant pour un concert à Dresde, qui ne pourrait manquer d’éveiller un intérêt immense et général, vu le revirement remarquable de l’opinion des artistes allemands sur Berlioz et les récents et éclatants triomphes de ce dernier à Brunswick et à Hanovre. — La réponse de Son Excellence fut d’abord évasive, puis entièrement négative:
« Concert im Theater ist jetzt ganz unmöglich. Das geht gar nicht an, weil jetzt alle Tage Abonnement ist und die Abonnenten Theater haben wollen und kein Concert. Man muss auf’s Publikum Rücksicht nehmen; wenn das Publikum nicht hineingeht, so kann das Theater nicht bestehen. »
[« Un concert au théâtre est en ce moment tout à fait impossible. C’est hors de question, puisque chaque jour il y a abonnement, et les abonnés réclament du théâtre et ne veulent pas de concerts. Il faut tenir compte du public; si le public ne vient pas, le théâtre ne peut continuer à exister. »]
Néanmoins, il n’y aurait pas encore à désespérer, si le temps n’était pas aussi court. Il aurait aussi fallu préparer ceci moyennant la presse, qui aurait pu être à ma disposition par mes anciennes relations d’université. — Cependant j’irai encore une fois chez Carus, lequel est censé avoir de l’influence en suprême lieu et un certain ascendant sur l’intendant; je l’ai manqué hier. J’irai aussi voir Krebs, auquel je représenterai la jouissance du malaise que ressentirait Reissiger à l’arrivée de Berlioz. Krebs, de plus, a fait exécuter l’hiver passé, dans un concert au théâtre, l’ouverture des « Francs-Juges ». Ce qu’il y aurait de mieux encore serait que Berlioz s’adressât directement à Mr. de Lüttichau, ce qu’il n’a pas encore fait jusqu’à présent, comme vous le supposiez. […]

Hans von Bülow à Liszt [en français], 19 novembre, de Dresde (HvB II, p. 115-19, aux pages 117-18):

[…] Maintenant encore la question Berlioz. Carus a été charmant, — sensible au souvenir de Madame la Princesse à son égard, — mais il paraît ne point avoir l’influence d’une autorité quelconque sur Mr. de Lüttichau, ou, admettant qu’il en ait, il ne désire point en faire usage pour servir vos projets. Il ne déteste pas précisément Berlioz, mais il ne se sent pas non plus de sympathie particulière pour lui, et semble partager au moins la moitié des préjugés répandus à son égard. Quant à la cour, Berlioz n’y éveillerait point d’intérêt; au contraire, on serait assez disposé à le regarder comme un homme dangereux, son nom ayant été si souvent mêlé à celui de Richard [Wagner], et tout le monde sachant qu’il est honoré avec celui-ci de votre protection. Carus cependant prétend, que celui qui exerce le plus d’ascendant en matière musicale sur Lüttichau, est Lipinski. Il serait donc d’avis que Berlioz s’adressât directement à ce dernier, et sollicitât franchement une intervention par son intermédiaire. Le travail de la Chapelle étant aussi un des prétextes de l’Intendant pour un refus catégorique, Lipiński, à qui ses collègues accordent une voix dans leurs affaires, pourrait bien devenir le médiateur. À mon sû, Lipinski est un Polonais sans beaucoup d’énergie, dont l’ardeur de sentiment et d’action montre rarement une ténacité et une constance qui durent plus de 24 heures. Mais cependant l’avis de Carus serait encore ce qu’il y aurait de mieux. […]
Je suis bien fâché — vous n’en douterez point — du peu de résultat que les démarches faites par moi, et les seules qui étaient possibles, ont rapporté.
Si la visite de Berlioz à Leipzig — qu’on annonce sous très-peu — n’est pas un canard, ses négotiations personnelles avec Dresde auraient une base plus solide. […]

Hans von Bülow à Liszt [en français], 12 décembre, de Dresde (HvB II, p. 135-42, aux pages 136-8):

[…] Lipiński a arrangé l’affaire Berlioz. C’est le seul homme qui ait quelque influence auprès de M. de Lüttichau. […] Pour en revenir à Berlioz, — qui est invité par Lüttichau pour la fin d’avril, ou le commencement de mai — ne pourriez vous pas, dans le cas où vous seriez de mon avis, persuader à Berlioz d’écrire un mot aimable et flatteur à Reissiger sans trop de délai? Reissiger, fort sensible à une attention de ce genre, est dans ce moment-ci très acharné contre B[erlioz], auquel il garde encore rancune, à cause de sa lettre sur Dresde dans le « Voyage en Allemagne ». […]

Hans von Bülow à Liszt [en français], 23 décembre, de Hanovre (HvB II, p. 147-50, à  la p. 150):

[…] Pohl me demande ma collaboration pour la brochure « Berlioz » — je la lui ai promise de tout mon cœur. Je suis indigné au suprême degré des infamies qu’on lui fait dans les « Grenzboten ». […]

1854

Hans von Bülow à sa sœur [en allemand], 17 mars, de Hanovre (HvB II, p. 193-5, à la p. 194):

[…] Aujourd’hui j’étudie au piano un morceau de Liszt tiré du Benvenuto Cellini de Berlioz que je n’ai pas encore joué; je vais l’essayer à Brunswick; j’en ai reçu la première épreuve de Litolff hier. […]

Berlioz à Liszt, 31 mars, de Hanovre (CG no. 1717):

[…] J’apprends aussi que M. De Bülow est à Dresde, je serai charmé de le revoir; je sais le grand cas que tu fais de lui, et l’on ne trouve pas partout, assis sur les bornes, de jeunes artistes de sa trempe prêts à vous tendre une main amie. […]

Berlioz à Liszt, 14 avril, de Dresde (CG no. 1738):

[…] Je vois souvent M. De Bülow qui est un digne et charmant gentleman. Il m’a déjà trouvé un si grand nombre de fautes de gravure dans la partition de Faust que je t’avais apportée que je la remporterai à Paris pour les faire corriger. […]

Berlioz à Liszt, 15 ou 16 avril, de Dresde (CG no. 1739):

[…] Mme Pohl arrivera à temps pour la répétition de samedi matin. Et cela lui suffira certainement. Richter ne s’est pas trop mal tiré de la partie de 2ème Harpe ce matin. L’orchestre est merveilleux; le chœur très bon; Fischer est très bon… homme, mais… Bülow te donnera des nouvelles de sa manière d’accompagner et d’enseigner les chœurs. […]

 Berlioz à Liszt, 26 avril, de Dresde (CG no. 1748)

Hans von Bülow à Liszt [en français], 30 avril, de Dresde (HvB II, p. 199-206, aux pages 199-204):

[…] Eh bien! — c’est un moment bien heureux pour moi de pouvoir vous donner les meilleures nouvelles d’un évènement qui ne peut vous tenir plus à cœur qu’à moi, qui ai senti augmenter mon enthousiasme pour Berlioz à chaque audition. La soirée d’hier a été un des plus éclatants triomphes que Berlioz ait célébrés en Allemagne. Une salle pleine, regorgeant de ce qu’il y avait de plus choisi, de plus « esthétiquement » élégant parmi le public de Dresde, a fait un accueil chaleureux au compositeur à son entrée. On a souligné chaque morceau du programme par des applaudissements réitérés, des rinforzandos inouïs à Dresde, depuis la fuite de Wagner; on a redemandé le troisième numéro du mystère mystificatif, et battu des mains avec frénésie lorsque d’une loge du second rang une couronne de lauriers est venu tomber aux pieds du compositeur. Malgré sa fatigue, l’orchestre s’est surpassé lui-même à l’exécution du dernier numéro du programme: l’Ouverture du Cellini. Une ovation préparée en silence par la jeune génération de la Chapelle (Reissiger et même Lipinski s’y étaient opposés le matin, — Reissiger du reste s’est fort bien conduit à l’égard de Berlioz, mais son enthousiasme se fige à la limite de l’envie) a terminé cette mémorable soirée au milieu des applaudissements frénétiques de l’auditoire. Mr. de Lüttichau a tout de suite prié l’artiste de lui accorder une répétition du « dernier » concert qui aura lieu demain, lundi. — Ainsi quatre concerts au lieu de deux — et la perspective presque certaine de la représentation de « Cellini », à laquelle l’exécution des deux Ouvertures de l’Opéra n’auront pas peu contribué. La critique perfide de Mr. Banck a troublé la reprise du Faust. Au second concert il y avait peu de monde, mais il faut ajouter que ce monde appartenait à l’élite du public au point de vue musical, et qu’il s’est montré très expansif. Le remarquable crescendo en nombre de l’auditoire, qui donna hier un si éclatant démenti à la « presse », se serait déjà fait sentir à la reprise du Faust, sans l’œuvre de ces vilains insectes, les critiques. Toute la Chapelle et les chanteurs voguent à pleines voiles dans l’enthousiasme. Ils sont heureux d’apprendre à estimer à leur juste valeur leurs talents et leurs capacités, par cet incomparable chef d’orchestre, qui leur fait sentir la honte et la stérilité des cinq ou six dernières années, et qui tous, à commencer par M. de Lüttichau, qui est radieux à un point que je ne l’aurais jamais cru capable, voudraient retenir Berlioz à Dresde comme maître-de-chapelle. — On peut être content de tout le monde; les meilleures dispositions règnent partout. Mr. Berlioz a dès la première répétition détruit tout germe d’opposition, converti les plus récalcitrants, et Dieu sait combien il y en avait! Enfin — vos prédictions lorsque vous étiez à Dresde l’année passée, pourraient bien s’accomplir sous peu. Mr. de Lüttichau a déjà fait des avances plus qu’allusoires à Mr. Berlioz, il lui a demandé, entre autres, de mettre en scène et de diriger l’Orphée de Gluck, qu’il veut monter la saison prochaine. A l’observation de M. Berlioz qu’il n’y avait pas de place vacante à Dresde, toutes étant fort bien remplies — il a opposé les deux mots assez clairs: qui « sait »!
Figurez-vous qu’il y a huit jours Krebs — à l’église catholique — fit des reproches amers et une réprimande sérieuse à l’orchestre, pour avoir joué si magnifiquement sous la direction d’un « étranger ». Quelle humiliation publique pour les chefs autochthones, sous lesquels il ne leur était jamais arrivé de montrer autant de zèle et d’ardeur! Ceci ressemble à un conte, et pourtant il ne l’est point. Krebs sent instinctivement qu’il se prépare quelque chose d’extraordinaire, qui pourrait bien tourner contre lui. « Malgré » cela il est assez bête pour faire de l’opposition non-équivoque contre la sincère et cordiale admiration, que Reissiger de prime-abord a montré et continue à montrer pour les œuvres de Berlioz. L’autre jour à un dîner chez Mr. de Lüttichau auquel j’assistais — Krebs a brillé d’un éclat inaccoutumé par son absence, relevée par la présence de Reissiger, Fischer, Lipinski, Schubert, Dawison, etc. — A ce dîner, donné en l’honneur de Berlioz, il y avait aussi le ministre de Zeschau. — —
Mr. Berlioz vous écrira probablement lui-même ce matin et vous communiquera ses impressions, ainsi que le degré de sa satisfaction personnelle, — je n’ai donc rien d’intéressant à ajouter à ce chapitre, me réservant toutefois de vous tenir au courant, si vos espérances recevaient une affirmation positive ou approximative.
J’espère que vous avez encore assez bonne opinion de moi, pour ne pas douter que durant le séjour de Berlioz à Dresde, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour rendre des services à ce maître, que j’admire et que je révère de tout mon cœur, en me rappelant avec reconnaissance l’origine de cette admiration. Cela n’a pas été grand’chose; par exemple, je n’ai pu faire qu’un seul article préparatoire dans un journal dont le rédacteur n’a pas accepté mon offre d’écrire gratis la critique des concerts, pour ne pas blesser la susceptibilité de son feuilletoniste régulier. Par contre j’ai enrôlé sous le drapeau de Berlioz, sans ostentation aucune, des enthousiastes parmi les artistes, surtout parmi ceux de l’orchestre. A un certain moment donné, il serait peut-être bon de rappeler à Mr. Berlioz que les premiers et les plus chaleureux amis qu’il a trouvés dans l’orchestre et dans l’auditoire, appartiennent au parti de Wagner et lui appartiennent depuis longtemps. Ces mots, que je viens de tracer — inutilement peut-être — m’ont été suggérés par le souvenir de quelques caquets de Mme Berlioz au sujet de Richard Wagner, qui m’ont assez irrité. Mais elle est, au fond, une excellente femme qui a le défaut d’être un peu bavarde et de raconter une foule de choses auxquelles on aurait tort de prêter grande attention…..
Ritter est enthousiaste de Berlioz. Quoique souffrant à la suite d’une opération, il m’a secondé à la première exécution du Faust, en prenant avec moi une loge à seize personnes, dans laquelle nous avons invité nos amis et connaissances, tout ce qu’il y a de mieux, par exemple Blassmann, Hähnel, etc. […]
Quant au morceau sur Cellini, je l’ai joué à Brunswick. Il me valut un fiasco — ce qui a encore augmenté mon plaisir, plaisir partagé par Litolff, qui assistait à ce concert comme auditeur. […]

Hans von Bülow à Liszt [en français], 6 mai, de Dresde (HvB II, p. 206-9):

[…] Comme vous aurez eu, par l’auteur à Weimar, la communication détaillée de ses impressions — de celles qu’il a produites, en tant qu’elles ont rejailli et réagi sur les siennes — pendant son voyage et son séjour à Dresde, j’aurai peut-être peu à ajouter à ce chapitre. — Mr. de Lüttichau est encore tout-à-fait charmé de la personne et du génie de Mr. Berlioz comme compositeur et comme chef d’orchestre, et ne renoncera sûrement point à la réalisation de son idée, d’attacher votre ami à l’institut musical de Dresde. Un certain entêtement et une certaine ténacité comptent parmi les qualités principales de ce personnage; elle peuvent devenir également vices ou vertus. La Chapelle qui fit preuve à cette occasion d’une indépendance d’opinion et d’un self-government nouveaux et inouïs jusqu’ici à Dresde, a affermi dans l’esprit de Mr. de Lüttichau la conviction de la sagesse qu’il y aurait à accomplir cette prophétie. Il s’agit avant tout pour le moment de se débarasser de Krebs, chose assez difficile à faire. Mais enfin — Berlioz pourrait très bien entrer à la place de Reissiger, qui déjà depuis longtemps a manifesté le désir de se retirer. Nous espérons tous revoir Berlioz en automne. La mise en scène du « Benvenuto Cellini » n’est plus douteuse. Mr de Lüttichau l’a votée sans phrase, et il n’y aura même plus de discussion quand le moment sera arrivé de prendre connaissance du livret et de la partition. Quand je dis : — nous espérons — il me faut presque ajouter, que je m’exclus de ce «nous », supposant bien que je me trouverai alors loin de Dresde et de la Saxe en général, quelque part dans « l’Est ».
Mr Berlioz a eu la complaisance extrême de m’entendre jouer du piano. Il s’est exprimé avec beaucoup de bienveillance à mon égard, et a eu l’amabilité de me promettre son concours pour m’aider à prendre pied à Paris, si j’y allais un jour. Je crains que cela ne soit pas de sitôt. […]
Dans ce moment-ci je savoure autant que possible l’écho de la musique enivrante de Berlioz, qui m’a fait passer trois semaines que je ne voudrais point voir rayées du programme de ma vie. Au baromètre de mon admiration et de ma sympathie pour les œuvres de ce maître, je puis juger maintenant que j’en ai l’intelligence parfaite. Je le comprends et le saisis dans toute l’unité de son individualité, et les nombreux éclairs de son génie qui m’avaient frappé d’abord, ne luisent plus dans des ténèbres que se sont dissipées.
Vous ne connaissez pas encore les deux dernières parties du « Faust ». Ah! combien je vous envie! la quatrième partie surtout est magnifique d’imagination, sublime d’originalité.
J’ai promis à Mr. Berlioz de lui arranger la première Ouverture du « Cellini » pour le piano à quatre mains, afin d’être incorporée dans la partition de piano à publier, comme par exemple pour les opéras de Spohr; comme j’ai le temps maintenant, je voudrais me mettre à l’œuvre sans retard. Mais où prendre la partition, si vous n’avez pas la grande bonté de me prêter la vôtre pour une quinzaine de jours au plus?
S’il se présentait un éditeur — je ferais une brochure sur le « Cellini », pour préparer l’opéra à Dresde. Si vous en connaissez un, et si vous m’y engagez, je suis prêt à le faire. Il est bien entendu que je ne demanderai point d’honoraires. Mr. Berlioz a eu bien du plaisir en se faisant traduire par moi l’article ci-joint d’un journal de Dresde, qui fait grand honneur à l’esprit de son auteur. C’est sur son invitation, que je vous l’envoie. […]

Hans von Bülow à Liszt [en français], 29 juin, de Dresde (HvB II, p. 209-16, aux pages 210-11):

[…] Je vous prie d’abord, en vous renvoyant la partition de l’Ouverture de « Benvenuto », de bien vouloir excuser le retard que j’y ai apporté.
L’arrangement à quatre mains m’a pris plus de temps que je ne croyais. Je l’ai refait plusieurs fois avec conscience, et même avec pédanterie. Je n’en suis pas assez mécontent, puisqu’il est très pratique. Si vous pouviez me faire savoir l’adresse exacte de Berlioz en ce moment (peut-être par Cornelius), je vous serais très reconnaissant, car je voudrais lui envoyer mon arrangement le plus tôt possible — selon ma promesse.
Mr. Fischer, que je viens de rencontrer ce soir au théâtre, n’a pu me donner de nouvelles positives sur la représentation du Cellini dans le courant de l’automne; il en doute même. On fait cependant copier la partition de piano. Mr. de Lüttichau, qui sous peu part pour Teplitz où il passera quelques semaines, est, à mon sû, encore fidèle à son engouement pour le compositeur et surtout pour le chef d’orchestre Berlioz. — Vous pensez bien que je n’ai pas manqué d’aller voir Tichatschek à son retour, et de tâcher de l’intéresser au « Cellini ». Quant à ma brochure sur le « Cellini » — j’en ai abandonnée, ou plutôt différé l’exécution. J’y étais peu disposé pendant tout le temps qui vient de s’écouler, — je l’aurais écrite d’un point de vue trop individuel, trop indépendant, pour m’en promettre du succès.
Après y avoir réfléchi encore, je préfère aussi la faire paraître comme première livraison de la collection d’articles et d’analyses des œuvres de Berlioz que Pohl se propose de faire publier par Wigand à Leipzig, qui en outre lui donnera des honoraires, — tandis qu’il me répugnerait de la voir publiée par un libraire à « Weimar ». […]

Berlioz à Hans von Bülow, 28 juillet, de Paris (CG no. 1777):

C’est une charmante surprise que vous m’avez faite là, et votre manuscrit est arrivé d’autant plus à propos que l’Editeur Brandus, qui grave en ce moment Cellini, avait déjà choisi un assez obscur tapoteur de Piano pour arranger l’ouverture. Votre travail est admirable, c’est d’une clarté et d’une fidélité rares, et aussi peu difficile qu’il était possible de le faire sans altérer ma partition. Je vous remercie donc de tout mon cœur. Je vais voir Brandus ce soir et lui porter votre précieux manuscrit. […]

Berlioz à Hans von Bülow, 1er septembre, de Paris (CG no. 1785)

Hans von Bülow à Richard Pohl [en allemand], 9 septembre, de Dresde (HvB II, p. 221-5, à la p. 223):

[…] Entretemps j’ai aussi reçu deux lettres de Berlioz — l’une d’elle très flatteuse à propos de mon arrangement [CG no. 1777], qui va être imprimé dès que Brandus se sera un peu remis. Je te communique sur son compte ce qu’il y a d’intéressant. — — […]

Hans von Bülow à Liszt [en français], 19 septembre, de Dresde (HvB II, p. 228-32, aux pages 231-232):

[…] L’opéra de Berlioz est de nouveau ajourné « in infinitum ». La première station de cette éternité se nomme le printemps de 1855. On ne peut pénétrer dans ces mystères de paresses et d’intrigues théâtrales. Cependant il n’y a pas à désespérer encore. — — […] Quant à la partition du « Cellini », j’irai la remettre à M. Pohl au moment de mon départ, pour qu’il vous la rende. J’ai été jusqu’ici d’une impuissance atroce pour ce travail, mais je n’y renonce pas encore. Mais je vais me mettre à faire quelques extraits de l’instrumentation, etc. pour m’orienter dans la partition, afin de pouvoir travailler à Posen en connaissance de cause. — — […]

Hans von Bülow à Richard Pohl [en allemand], 11 octobre, de Chocieszewice (HvB II, p. 256-9, à la p. 259):

[…] C’est bien que tu vas aussi traduire les Soirées de l’orchestre de Berlioz. Le livre est une bible pour une quantité de dogmes en matière d’art, et sa relecture m’a donné quelques heures de répit après m’être esquinté avec les Études de Czerny et avoir suffisamment tourmenté mes quatre murs. […]

Hans von Bülow à sa sœur [en allemand], 19 novembre, de Chocieszewice (HvB II, p. 284-7, aux pages 285, 287):

 […] Malheureusement je n’ai pas reçu le Journal des Débats, qui m’intéresse bien plus que le journal de musique. Puisque tu as l’obligeance de m’envoyer assez souvent des imprimés de ce genre, je te prie de m’envoyer le plus tôt possible l’article de Berlioz. […]
Quand aura lieu l’exécution de la trilogie sacrée de Berlioz [L’Enfance du Christ]? À quel concert sera-t-elle entendue? […]
Madame Berlioz doit aussi avoir ses bons côtés.
[…] Dis bien des choses à Berlioz et demande-lui si je dois faire un nouvel arrangement pour piano à quatre mains de l’ouverture du Carnaval romain (l’arrangement de Pixis n’est pas pratique) — et pour l’ouverture du Corsaire qu’il ait la bonté de faire appel à mes services; ce genre de travail m’assurerait de la publicité, surtout ici.
Demande-lui aussi combien mes premiers concerts à Paris pourraient me coûter, où je dois jouer en premier lieu, etc. Donne-moi aussi là-dessus des détails aussi précis que tu peux obtenir de lui. Tu me renderais grandement service! […]

Hans von Bülow à sa sœur [en allemand], 31 décembre, de Chocieszewice (HvB II, p. 322-6, à la p. 325):

[…] Est-ce que Berlioz pourrait m’envoyer le plus tôt possible un exemplaire de la grande partition de l’ouverture du Corsaire? […]

1855

Hans von Bülow à sa sœur [en allemand], 16 mai, de Berlin (HvB II, p. 366-9, à la p. 369):

[…] J’aimerais bien avoir la grande partition de l’ouverture du Corsaire de Berlioz. Sa photographie est tout à fait superbe. Si par hasard tu le rencontres, demande-lui si l’arrangement de l’ouverture de Cellini va paraître. […]

1856

Hans von Bülow à Berlin à Berlioz à Weimar [en français], 10 février (CG no. 2098)

Berlioz à Weimar à Hans von Bülow à Berlin, 12 février (CG no. 2100)

Hans von Bülow à Julius Stern [en allemand], 16 août, de Bade (HvB III, p. 50-2, à la p. 51):

[…] Je vous envoie le programme du grand concert d’hier, dont la responsabilité est à attribuer non à Berlioz mais uniquement à Sa Majesté Bénazet II. D’ailleurs la soirée a été extrêmement intéressante, et Madame Viardot m’a appris que je suis encore capable de perdre la tête quand il s’agit de virtuosité. Quelle personne géniale, magnifique et sans pareil! — — Le chœur du théâtre de Carslruhe est le meilleur que j’aie jamais entendu. J’ai été complètement pris de court par la pureté, la sûreté et la perfection de l’exécution. Berlioz a fait de véritables merveilles avec un orchestre moyen. Tout l’Opéra-comique de Paris est ici depuis quinze jours et rabâche une épouvantable opérette de Clapisson nommée Le Sylphe, qu’on donne ici pour la première fois. Voilà les seuls divertissements auxquels on est exposé ici et les quelques nouvelles que je puis vous donner. […]

Hans von Bülow à Richard Pohl [en allemand], 7 septembre, de Berlin (HvB III, p. 52-55, à la p. 55):

[…] Donne mes amitiés à Berlioz quand tu lui écriras. Mon arrangement de l’ouverture du Corsaire a été expédié hier. —

1857

Berlioz à Jakob Melchior Rieter-Biedermann, 21 mars, de Paris (CG no. 2218):

[…] L’Ouverture du Corsaire est très bien éditée et parfaitement arrangée par M. De Bülow; faites-lui mille compliments de ma part à ce sujet, si vous savez où il est. […]

Hans von Bülow à la princesse Sayn-Wittgenstein [en français], 2 juin, d’Aix-la-Chapelle (HvB III, p. 90-93, aux pages 90-1):

J’ai demandé et obtenu la permission du Bon Grand Liszt, de vous faire part de la bonne nouvelle, que je voudrais pouvoir télégraphier et crier aux quatre coins du monde. La victoire est à lui. Le succès de la deuxième journée a été éclatant pour les bien-pensants, foudroyant pour les méchants. Notre joie à tous a été d’autant plus vive que nous ne nous y attendions guère.
La répétition avait été fort orageuse ou plutôt fort nuageuse. L’orchestre et les chœurs commençaient à méditer une révolte. « L’Enfance du Christ », qui semblait leur répugner davantage à chaque répétition, a provoqué ce matin chez eux des démonstrations d’hostilité les plus inconvenantes. La salle était comble à cette répétion générale et, quelqu’un s’étant avisé de donner un signe de satisfaction en applaudissant, les membres de l’orchestre et des chœurs d’homme ont chuté et même trépigné des pieds. — Le personnage principal manquant par la lacune que l’enrouement subit de la basse-taille Dalle Aste avait causé et que son remplaçant Mr Reinthaler était incapable de remplir — Liszt s’est vu forcé d’abandonner la propagande de Berlioz. J’aurais vivement désiré, qu’il eût même retranché « La Fuite en Égypte » dont l’exécution se ressentait de la très mauvaise volonté des exécutants. Mais un peu d’ombre n’a rien gâté; et il y a eu même un instant de satisfaction pour nous dans la Nemesis qui cette fois-ci a fait tomber Berlioz, et qui offrait une consolation rétrospective pour Carlsruhe. — […] (Selon Bülow le reste du concert a été réussi, et Liszt a brillé comme chef d’orchestre) […]

1858

Berlioz à Hans von Bülow, 20 janvier, de Paris (CG no. 2273)

Berlioz à son fils Louis, 24 janvier, de Paris (CG no. 2274)

Wagner à Hans von Bülow, 10 février (SB IX, no. 118)

Hans von Bülow à la princesse Sayn-Wittgenstein [en français], 14 février, de Berlin (HvB III, p. 156-9, à la p. 158):

[…] Je suis en correspondance assez suivie avec Berlioz et Wagner, ce qui me rend fort heureux et me donne une distraction nécessaire de mes innombrables ennuis. Mon concert a du reste l’avantage de poser Wagner sur un pied ferme et inébranlable — on le cite à chaque moment contre Berlioz. Celui-ci m’a écrit une lettre si ravissante et si émouvante [CG no. 2273], que j’étais un peu tenté de vous la communiquer — mais la crainte de votre mâle et désillusionnante critique me retient. Que pensez-vous d’un article contre l’école? Il faut une purification pour nous débarasser de quelques amis ridicules et nuisibles, dont on rend plus ou moins responsable notre auguste chef. […]

Berlioz à la princesse Sayn-Wittgenstein, 20 février, de Paris (CG no. 2279)

Hans von Bülow à un correspondant non identifié [en allemand], 31 mars, de Berlin (HvB III, p. 166-73, aux pages 168-9):

[…] Il y a de nombreux artistes auxquels je dois une profonde dette de reconnaissance en ce qui concerne la musique. En premier lieu, et à tous les points de vue et dans chaque domaine de l’art, mon actuel beau-père Liszt, dont j’ai épousé la fille cadette, née Cosima Liszt à Côme en 1837, le 18 août 1857 après m’être fait naturaliser Prusse. Ensuite et particulièrement Richard Wagner, auquel je suis lié par les liens d’une amitié profonde noués dès 1848 à Dresde. Et puis Berlioz à Paris; sa visite à Dresde en 1854, les exécutions des opéras de Wagner dans cette ville, la direction magistrale de Wagner d’œuvres dramatiques et instrumentales, et finalement les concerts de Liszt, auquel j’avais déjà été présenté pour la première fois par Lipinski cette année-là, ont tous eu une influence tout à fait décisive et durable sur ma personnalité musicale. Ces trois hommes m’ont vraiment formé comme musicien et c’est aussi grâce à eux que j’ai appris pour la première fois à connaître et aimer les trésors du passé. […]

Hans von Bülow à Alexander Ritter [en allemand], 7 mai, de Berlin (HvB III, p. 174-6, à la p. 175):

[…] — « Alléluia » ! Celui qui n’est pas sensible à Berlioz se condamne à être un buveur de cidre pour le reste de sa vie. […]

Hans von Bülow à Felix Draeseke [en allemand], 27 juin, de Berlin (HvB III, p. 178-81, à la p. 181):

[…] Vous serez enchanté de l’opéra comique de Cornelius [Le Barbier de Baghdad]. C’est un petit chef-d’œuvre de l’école de Berlioz, mais une œuvre indépendante et allemande, dans la mesure où cela est possible sans être absurde. […]

Hans von Bülow à Richard Pohl [en allemand], 24 juillet, de Zürich (HvB III, p. 183-90, aux pages 188-9):

[…] D’après une lettre de Paris de ma belle-sœur [Blandine], elle a vertement pris à partie M. d’Ortigue et l’a tellement secoué pour sa honteuse nouvelle attaque et la terrible souillure infligée à son activité jusqu’alors honorable de critique, qu’il est devenu tout penaud et à promis de réparer à la première occasion ce qu’il avait fait. Selon lui, ce n’est que sur l’insistance furieuse de Berlioz qu’il s’y serait décidé [sc. à écrire l’article dans le Journal des Débats du 2 juin 1858, p. 1-2]. La comtesse d’Agoult m’a donné la version suivante des dessous de l’affaire: le feuilletoniste de La Presse avait vertement critiqué Berlioz et Litolff après le concert bien connu au Conservatoire [le 2 mai, dirigé par Berlioz, comprenant des œuvres de Litolff et Berlioz], et dans son manuscrit avait utilisé l’épithète ‘berliozienne’ pour caractériser la musique de Litolff et toute cette tendance. L’éditeur de La Presse, qui est un ami de Berlioz, efface le mot utilisé par le critique et exige son remplacement par un autre, et l’expression à la mode ‘école de l’avenir’ semblait convenir tout à fait. L’article de d’Ortigue dans les Débats n’est qu’une réponse à celui de La Presse (et n’est pas venu tout de suite), parce que Berlioz ne le laissait pas tranquille. Voilà. […]

Hans von Bülow à Richard Pohl [en allemand], 9 août, de Zürich (HvB III, p. 190-2, à la p. 190):

[…] Il ne m’est pas possible d’assister au concert de Berlioz. En outre je suis encore trop sous le coup de mon indignation au sujet du comportement de d’Ortigue et de Berlioz, et ne suis donc pas en mesure de voir dans ce dernier seulement le compositeur et non aussi le journaliste. De plus il serait extrêmement ennuyeux d’avoir à rendre visite à l’éléphant blanc [Mme von Kalergis] et d’assister à bien d’autres choses encore. […]

Hans von Bülow à Julius Stern [en allemand], 9 août, de Zürich (HvB III, p. 193-4, à la p. 194):

[…] Une autre tentation qui se présenterait de vous être infidèle pour plus longtemps, pour aller savourer le concert de Berlioz à Bade le 27 août, n’a cette fois que peu d’attrait pour moi. Mon humeur me rend peu réceptif aux ‘plaisirs artistiques’. […]

1859

Hans von Bülow à Richard Wagner [en allemand], 1er janvier, de Berlin (HvBn no. 278, p. 416-20, à la p. 417):

[…] Puis-je causer avec toi de mon concert?
On commence avec Die Ideale de Liszt. — Suit un concerto pour violoncelle joué par Coßmann, puis un air de Cellini chanté par Mme von Milde, ensuite le concerto en sol majeur de Beethoven (le plus beau de ses concertos pour piano — op. 58), pour lequel j’ai composé pour mon usage deux cadences fameuses. La deuxième partie commence avec le prélude de Lohengrin, pour apprendre à Taubert comment il doit le diriger le 18 janvier, le jour de la première exécution. Ensuite Mme Milde devrait chanter la prière d’Élisabeth (NB intégrale). Comme introduction j’ai arrangé 12 mesures du chœur des pèlerins pour bassons, clarinettes et cors à peu près comme à la fin de l’introduction de l’ouverture [de Tannhäuser]. De la conclusion je ne retiens que ce qui est vraiment essentiel. — Pour finir Coßmann joue un autre solo, Mme Milde chante deux mélodies de Liszt et on termine avec l’ouverture des Francs-Juges ou du Corsaire de Berlioz. Je passe par des alternatives d’excitation et d’épuisement, qui naturellement ne pourront prendre fin avant le 14 janvier ou plutôt après le 18 janvier. […]

Hans von Bülow à la princesse Sayn-Wittgenstein [en français], 10 février, de Berlin (HvB III, p. 212-17, à la p. 213)

[…] Notre cause est très élevée! Bien que nous ne pensions guère vouloir changer le monde, ni même amoindrir le nombre des sots et des méchants, nous tendons cependant à poser des limites au terrorisme de la vile multitude. Certes le « mob » restera toujours le même — les Beethoven, Liszt, Wagner, Berlioz ne trouveront jamais et nulle part dès l’abord — pour ne pas dire de leur vivant — l’admiration universelle à laquelle ils prétendent à juste titre. Mais il s’agit d’ôter à la foule lente, tardive et inerte les auxiliaires dans la soi-disant « Intelligenz », qui les confirment dans leur ignorance dédaigneuse. […]

Hans von Bülow à sa mère [en allemand], 7 avril, de Paris (HvB III, p. 227-32, à la p. 230):

[…] Malheureusement j’ai peu vu Berlioz; il est souffrant et est très occupé avec les préparations pour son concert qui doit avoir lieu le 23 (L’Enfance du Christ et quelques autres fragments). […]

Berlioz à la princesse Sayn-Wittgenstein, 20 juin, de Paris (CG no. 2380)

Hans von Bülow à Richard Pohl [en allemand], début juillet, de Berlin (HvB III, p. 239-43, aux pages 240-1):

[…] Ces dernières semaines je me suis attaqué au Requiem de Berlioz; il m’a fait l’honneur récemment de m’envoyer un exemplaire de l’édition de Milan [par Ricordi]. C’est une œuvre magnifique, d’une profondeur immense, mais en même temps claire. Je crois que ce serait une bonne idée que de la populariser. Si seulement j’avais la volonté et le temps de m’occuper d’un arrangement de quelques mouvements pour deux pianos (à quatre ou huit mains); du moins les numéros 1. Requiem et Kyrie, 6. Lacrymosa et 9. Sanctus sont possibles. Est-ce que Klemm serait enclin à les publier, et quel honoraire serait-il prêt à payer? Si tu rencontres Klemm peut-être pourrais tu rester muet et ne rien lui dire là-dessus. Mais si tu le fais, ne tire de lui qu’une réponse qui ne l’engage à rien; au cas où il serait bien disposé je pourrais commencer le travail pour rien.
Plaisanterie à part — on pourrait faire un arrangement très amusant du Lacrymosa. Mon Dieu, si je pouvais un jour monter l’ouvrage ici, ou seulement quelques mouvements séparés! Dire qu’il va falloir attendre peut-être encore vingt ans pour cela, peut-être plus encore! Merde! [sic]
Si je peux supporter les frais, je donnerai bien entendu de nouveau cet hiver quelques concerts symphoniques. Au quatrième on donnerait Harold [de Berlioz] avec David — ton épouse me prêterait peut-être son concours? […] [Mme Pohl était harpiste]

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], vers le 20 août, de Berlin (HvB III, p. 253-5, à la p. 254):

[…] Pendant le jour je sue à réduire au piano le deuxième acte de Tristan de Wagner. Quelle musique extraordinaire — grandiose, mais aussi mal adaptée au piano que n’importe quoi de Berlioz. […]

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 9 novembre, de Berlin (HvB III, p. 278-81, à la p. 280):

[…] Tu as peut-être su aussi que Berlioz est très souffrant. Quel malheur; je crois qu’il est — fini. […]

1860

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 5 février, de Cologne (HvB III, p. 293-7, à la p. 297):

[…] Berlioz se comporte mal. Mais le pauvre homme est tellement déchu qu’on ne peut ressentir que de la pitié pour lui. Physiquement il est en très mauvais état et souffre atrocement. […]

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 26 février, de Paris (HvB III, p. 299-301, aux pages 300-1):

[…] Crois-moi, Wagner est un digne homme; il fera preuve de plus de reconnaissance envers Liszt que — — Berlioz, pour lequel on peut, on doit même ressentir une pitié profonde, car il souffre terriblement à tous les égards. Son destin est d’un tragique effrayant!
As-tu vu la réponse de Wagner à l’article de Berlioz? [Journal des Débats, 9 et 22 février 1860] Sans doute non, alors je t’envoie ci-joint un exemplaire du Journal des Débats et te demande si tu pourrais peut-être le faire traduire par Markull dans la Danziger Zeitung. Tu verras tout de suite ce dont il s’agit, et que c’est important pour tous les coins de l’Allemagne. […] Mme Pleyel donne un concert le 5 mars; je la vois de temps en temps, et j’ai assisté récemment avec elle à Orphée, dans une interprétation de Mme Viardot d’une beauté et d’une noblesse admirables. D’ailleurs la représentation dans son ensemble était excellente, de même que la mise en scène — c’est à Berlioz que le mérite en revient. […]

Hans von Bülow à Joachim Raff [en allemand], 29 février, de Paris (HvB III, p. 302-3, à la p. 302):

Ce n’est vraiment pas par manque de bonne volonté que je n’ai pas eu de succès dans ma tentative de donner suite à ta requête avec Wagner et Berlioz. Mais tu ne dois pas en tenir grief ni à l’un ni à l’autre. […] Berlioz m’a assuré qu’il n’avait rien de disponible dans son tiroir qui pourrait servir à l’album. Son respect pour Schiller l’empêche d’offrir quelque chose qui pourrait paraître insignifiant, et il ne peut rien composer, car il est occupé par la révision de son opéra Les Troyens, qui va être donné l’année prochaine comme opéra d’ouverture du nouveau Théâtre lyrique. (Le bâtiment n’est pas encore construit, mais les travaux devraient commencer incessamment et être achevés dans six mois.) — — […]

1861

Hans von Bülow à Richard Wagner [en allemand], 1er mai, de Berlin (HvBn no. 288, p. 451-4, aux pages 453-4):

[…] J’ai demandé à Baudelaire de venir me voir; il m’a vraiment ranimé. Si tu vois B. [Berlioz?] tu serais très aimable de lui demander de ma part s’il n’a pas reçu ma réponse. Il m’avait demandé quelque chose, et je lui ai tout de suite fait savoir que j’étais à sa disposition et je n’attends que le pas suivant de sa part. Contente-toi de ce signe de vie et ne me réponds que si cela ne coûte pas d’effort. […]

Hans von Bülow à Richard Pohl [en allemand], 2 octobre, de Berlin (HvB III, p. 434-9, aux pages 435-7):

[…] Il y a seulement une chose que je te demande de ne pas oublier — je l’ai malheureusement longtemps négligé et cela m’a coûté cher. Ta bienveillante compréhension m’incite à m’exprimer avec la franchise la plus totale.
Il est hors de question de faire de la propagande d’un seul et même souffle pour Dieu, le Fils, et le Saint-Esprit. Personne jusqu’ici n’a réussi à travailler à la fois pour plus d’un grand homme. Notre esprit et notre cœur sont largement ouverts, ce qui est beau, et nous avons le droit d’en être fier. Mais nous ne pouvons regarder dans deux directions à la fois: cela trouble notre vision et déroute le public. Nous ne pouvons consacrer notre ardeur et notre activité à la Trinité tout en même temps. C’est à l’avenir qu’il appartient de discerner l’Unité au sein de la Trinité. Nous devons accomplir les tâches qui concernent le monde contemporain et même donner priorité à la barrière mesquine de la nationalité. En ce moment Wagner et Liszt nous sont beaucoup plus proches. Je jouerai des morceaux de Berlioz dans mes concerts, et Bronsart fera de même. — Cela est tout à fait suffisant. Ne te méprends pas sur mes sentiments si j’évoque une question personnelle; je n’y attache pas plus d’importance qu’il est objectivement raisonnable. Mais nous ne pouvons passer sous silence qu’entre les deux (en tant qu’homme le troisième [Liszt] ne peut être comparé aux deux autres) c’est Berlioz qui s’est comporté de la manière la plus ingrate et égoïste. Je ne connais rien de plus blessant (et à l’époque ce fut pour l’autre [Wagner] un coup de poignard au cœur) que le silence de trois semaines qui fut la seule réponse au don d’une partition dont la page de titre portait ces mots:

« À Roméo et Juliette
leurs reconnaissants
Tristan et Iseult. »

Il y a aussi d’autres choses qui sont difficiles à excuser chez un homme qui n’est pas tout à fait ignoble, que je laisse de côté ici pour ne pas m’égarer dans de vains commérages, choses dont l’allemand [Wagner] n’aurait jamais pu se rendre coupable!
Assez de cela. Tout ce que je voulais te dire, c’est qu’il n’est plus possible maintenant de s’entendre avec Berlioz. Sa partialité contre Wagner peut être justifiée dans une certaine mesure par ses expériences à Paris. En outre il est assez vaniteux, voire pédant — mais si l’on ne devait tenir compte que des fautes d’un homme il faudrait l’abattre tout de suite comme un chien enragé. L’idéal serait de prendre les gens par leurs bons côtés et d’aider à les développer. […]
Pour en revenir à la question générale: ne perdons pas de vue le moment important où nous devons intervenir pour L[iszt] et pour W[agner] dans notre patrie ‘étroite’. […]
Comme Berlioz s’est mal comporté envers moi à Paris! Certes, il n’a pas blessé mon amour-propre, mais j’étais loin de m’attendre à tous ses manques d’égard envers moi. Mais au diable toutes ces considérations! […]

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 10 octobre, de Berlin (HvB III, p. 439-40, à la p. 440):

[…] P.S. Demande donc à Riedel s’il s’intéresse toujours au Requiem de Berlioz. Si oui, mon exemplaire de la grande partition est à sa disposition, mais d’ordinaire je n’aime pas m’en séparer. Il me l’a demandé à Weimar. Mais il faut qu’il y mette du sérieux. Après les Messes de Bach, Beethoven et Liszt, c’est ce qu’il y a de plus élevé en musique religieuse. Un bon morceau de qualité moyenne est le Psaume de Vierling (Les Eaux de Babylone). La partition est publiée par Leuckart à Breslau.

Hans von Bülow à Richard Pohl [en allemand], 3 décembre, de Berlin (HvB III, p. 498-502, aux pages 499-501):

[…] Ta proposition de laisser tomber la traduction est peut-être la meilleure, À Travers Chants etc.
C’est affreux de voir un génie devenir bête et ordinaire! Quelle humiliation pour toi que d’avoir à assumer ces tâches de traducteur. À ta place — et pour ton propre compte, et non celui de Wagner — je refuserais et dirais au ‘Roi’ la vérité. En tout cas dis-lui que dès que la traduction paraîtra je tomberai sur lui comme une hyène affamée et que je déchirai l’auteur à belles dents comme je ne l’ai jamais fait avec personne!
On ne doit pas refuser son respect à l’artiste, mais je vais malmener l’homme de telle façon que… vous allez voir ce que vous allez voir! Cela fait longtemps que ne j’ai pas mordu, mais mes dents sont toujours acérées!
Mais ne vas pas croire que je cherche à te terroriser!
À mon avis il n’y pas pour toi de pire manière d’employer ton temps. Je ne le ferais pas, je préférerais donner des leçons de piano pour quelques sous.
Quelle déplorable illusion! Au fond l’homme mérite avant tout la pitié. Son entêtement avec ces misérables calembours de boulevard est bien caractéristique. Et cette étroitesse d’esprit, d’exiger que la langue allemande trouve des équivalents adéquats pour l’‘esprit’ de chansons populaires! […] [Bülow propose ensuite des équivalents allemands pour plusieurs expressions françaises citées par Pohl dans sa lettre]
Au diable tout cela! Rien ne me vient à l’esprit, mais peut-être que, comme Falstaff, ces suggestions te donneront des idées. Si par hasard je trouve une perle à l’aveuglette, je t’enverrai un télégramme — mais à tes frais! Mais à chaque instant je m’attends à ce qu’un élève arrive dans le couloir et interrompe ma lettre. […]

[1862]

1863

Hans von Bülow à Richard Pohl [en allemand], 7 février, de Berlin (HvB III, p. 511-13, à la p. 511):

[…] Dingelstedt m’a écrit à propos de ta traduction [de Béatrice et Bénédict]. Je suis heureux que tu la fasses — mais ne te casse pas la tête, laisse passer les trivialités. Pour le dialogue tu y mettras tout le soin qu’on attend de toi. À part cela laisse la musique faire le reste. […]

1864

Hans von Bülow à Adolf Jensen [en allemand], 31 janvier, de Berlin (HvB III, p. 574-6, à la p. 575):

[…] Rien ne me ferait plus plaisir — mais pour moi les anciens maîtres viennent avant les nouveaux. Cette année je n’ai pas pu jouer une seule note de Berlioz, et de même pour Wagner. Les circonstances sont trop peu favorables — la bataille contre la presse cause trop de problèmes — le public manque tellement d’impartialité, et il y a tant d’obstacles à chaque pas! […]

Berlioz à Auguste Morel, 21 août, de Paris (CG no. 2888)

[1865]

1866

Hans von Bülow à Joachim Raff [en allemand], 6 décembre, de Bâle (HvB IV, p. 159-62, à la p. 161):

[…] Le 16 au soir on va donner une exécution presque complète de Roméo et Juliette de Berlioz. […]

Hans von Bülow à Alexander Ritter [en allemand], 22 décembre, de Bâle (HvB IV, p. 162-4, à la p. 163):

[…] Dieu merci — nous avons bien ici trois journaux (tous trois d’une meilleure tenue que ceux de Munich), mais aucun feuilletoniste. Quant aux comptes-rendus — il n’y en a pas. En conséquence le public est moins corrompu ou susceptible de l’être, et s’il réagit à Berlioz avec indifférence (voir le texte ci-joint), du moins il n’a pas été civilisé au point de trouver ‘chic’ de siffler. […]

1867

Berlioz à Auguste Morel, 12 mai, de Paris (CG no. 3241)

Hans von Bülow à Carl Bechstein [en allemand], 9 juillet, de Munich (HvBn no. 149, p. 221-3, à la p. 222):

[…] Hier j’ai reçu un nouvel honneur. Le consul de Bavière à Paris a écrit à l’actuel Ministre de la Guerre et a demandé que je sois le représentant de la Bavière au jury pour la distribution des prix le 21 juillet. (Il y a concours entre les musiques militaires autrichiennes, prusses, belges, françaises, espagnoles et bavaroises.) Je pars le 19 et suis de retour le 23. Répétion générale le 24, première exécution de Tannhäuser le 25. Deuxième exécution le 28, le 31 troisième exécution de Lohengrin. 1er août: départ pour une cure en Suisse. (St Moritz.) Maintenant j’ai deux demandes à vous faire, cher ami. D’abord vous auriez peut-être la bonté de placer la nouvelle de ma mission dans les journaux de Berlin. Rien de pareil ne me serait jamais arrivé à Berlin. Les Ministres de la Guerre et du Commerce m’envoient comme autorité à Paris! Wieprecht devrait se tenir sur ses gardes — ‘notre’ musique militaire bavaroise est épatante et se mesure aux Prussiens comme l’opéra de la cour de Munich à celui de Berlin. Mais je ne veux pas me vanter — demandez seulement à notre ami Betz, quand il sera de retour, comment les choses se présentent ici quand je travaille.
Et puis une autre demande: je ne vais pas à Paris pour rendre visite à de la famille ou à des connaissances — je n’en ai pas le temps. Où avez-vous logé à Paris? Les musiques militaires ont lieu au Palais de l’Industrie, mais je ne sais pas où les séances du jury auront lieu. Y a-t-il un bon hôtel à proximité du Palais? […]

Hans von Bülow à Alfred Holmès à Paris [en français], 14 juillet, de Munich (HvB IV, p. 200-2):

— — M. Richard Wagner ne brigue nullement l’honneur de figurer comme compositeur symphoniste. Les morceaux qu’il a écrits pour orchestre seul se rattachent toujours plus ou moins à l’idée principale de ses œuvres dramatiques, et pour être justement appréciés et même entendus exigent une connaissance assez intime du grand drame musical auquel ils sont liés presque indissolublement. […]
[…] Abstraction donc faite de M. Wagner, je ne trouve, pour ma part, comme aptes à la présentation d’œuvres indiquant le sommet atteint par l’art symphonique actuel en Allemagne que la sinfonie (sic) de Faust par Franz Liszt ou une des dernières œuvres instrumentales de Joachim Raff […]
Mais excusez-moi, monsieur, tout ce que je vous dis là, est peut-être dicté par un faux point de vue. Car en relisant vos lignes, je ne reviens pas de mon ébahissement en voyant que le comité à Paris balance entre une œuvre aussi élevée que le Harold de Berlioz, que la postérité, réparatrice de l’injustice des contemporains, va ranger parmi les chefs-d’œuvre classiques, et une puérilité aussi vieillie et insignifiante sous tous les rapports que le Désert de M. David! […]

Hans von Bülow à Carl Bechstein [en allemand], 31 juillet, de Munich (HvBn no. 150, p. 223-5, à la p. 223):

Paris était céleste! Je suis plein de regrets — j’aimerais bien habiter là. L’exposition est encore plus magnifique que la campagne ‘allemande’ de l’année dernière. Mais malheureusement je n’ai presque rien pu voir! Les hommes étaient trop intéressants: Berlioz, Rossini, Rubinstein, Lassen et autres. Les Américains m’ont aussi beaucoup accaparé — Remack et Steinway — et — je n’ai pas à m’en plaindre, car ils étaient très aimables. De vos pianos je n’ai vu que l’extérieur qui est des plus intéressants! […]

[1868]

1869

Hans von Bülow à Lorenz von Düfflipp [en allemand], 27 avril, de Munich (HvB IV, p. 288-9):

J’ai l’honneur de vous envoyer ci-joint pour le compte de Sa Majesté le Roi le texte de la légende de la Damnation de Faust de Berlioz, que j’avais commandé de Vienne suivant les indications de M. le Baron de Perfall. Sa Majesté sera peut-être déçue dans ses plus hautes espérances — du fait de l’incontestable nullité du gâchis qu’est le livret. Par contre la musique est du plus haut intérêt, riche en épisodes de grande valeur et même de haut style. L’auteur a d’ailleurs composé la musique sur un texte français — traduit de l’original de Goethe — qui a dû être retraduit mutilé en allemand. Malgré ses nombreux voyages en Allemagne Berlioz n’a jamais maîtrisé la langue allemande. C’est pourquoi, quand la traduction en allemand a été faite il n’a pas pu adapter les notes de la musique pour se conformer au texte original.

[1870]

[1871]

1872

Hans von Bülow à Louise von Welz à Munich [en allemand], 22 septembre, de Wiesbaden (HvB V, p. 30-2, aux pages 31-2):

[…] Je souhaite à M. votre fils succès dans son début comme chef d’orchestre ainsi que pour le Benedictus (qui abit in nomine Dei); en ce qui concerne la direction d’orchestre et la technique de battre la mesure, je recommande instamment qu’il étudie avec soin et à fond le chapitre du Traité d’instrumentation de Berlioz qui a pour titre ‘L’art du chef d’orchestre’. Si je ne me trompe, je lui ai déjà déjà remis récemment l’exemplaire de ma bibliothèque — si non il pourrait obtenir le livre seulement des mains de M. Eugen Spitzweg.
C’est seulement sur la question de la mesure à 6/8 que la méthode française ne convient pas. La manière de Wagner est préférable. Elle consiste à indiquer la première, troisième, quatrième et sixième croche de la même manière que quand on bat une mesure ordinaire à quatre temps: il faut indiquer la deuxième et la cinquième croche avec les mêmes mouvements que la première et la quatrième (c’est-à-dire comme la première et la troisième noire de la mesure à 4/4). […]

1873

Hans von Bülow à Louise von Welz [en allemand], 26 avril, de Londres (HvB V, p. 76-8, à la p. 77):

[…] Au dessous de 17 degrés Réaumur [= 21.25 C] la bonne musique commence à me laisser froid (la musique de Berlioz atteint au moins 40 degrés Réamur [= 50 C]; demandez à Beppe!). […]

Hans von Bülow à Louise von Welz [en allemand], 20 juin, de Bade (HvB V, p. 85-6):

[…] Un grand merci pour les poèmes, que je vais lire et méditer dès que je pourrai aller faire une promenade seul. En ce moment je suis plongé dans les Mémoires de Berlioz, que j’avais l’intention de lire depuis trois ans, mais en vain. Cela donne vraiment l’impression d’une tragédie! J’en suis tout affligé — mais il faut que je les lise à fond en non les parcourir superficiellement. […]
[Dans une lettre à Dannreuther le même jour Berlioz écrit: ‘Quelle tragédie, non seulement dans son ensemble mais aussi dans le détail — Schopenhauer pense que dans le détail la vie d’un individu est souvent une comédie. Mais lisez-donc ce gros livre — mais avec votre femme — car il est difficile de supporter seul la terrible mélancolie qui ne manquera pas de vous saisir. Mais où ai-je la tête? Vous avez tellement la chance d’être d’une autre trempe que moi, vous êtes moins impressionable.’]

Hans von Bülow à Louise von Welz [en allemand], 24 juin, de Bade (HvB V, p. 83-5, à la p. 85):

[…] Ne m’en voulez pas si après vous avoir dit adieu je me laisse distraire et je reprends Berlioz [c’est-à-dire ses Mémoires] que j’avais mis de côté pour vous à un endroit intéressant (tout y est intéressant).

Hans von Bülow à B. Ullman [en allemand], fin juin, de Bade (HvB V, p. 87-8, à la p. 88):

[…] J’ai besoin de la grande partition de la Damnation de Faust de Berlioz, qui coûte 60 fr. Dès qu’il vous sera possible, pourriez-vous demander aux gens de m’envoyer l’ouvrage directement par colis payé d’avance? — —

[1874]

1875

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 27 mars, de Londres (HvB V, p. 260-1, à la p. 261):

[…] D’ailleurs la ‘Sainte’ m’a déjà coûté tellement de temps, d’argent et de patience dans ma vie que tu me pardonneras si je ne puis plus lui vouer un culte ardent. Berlioz serait le seul que je désirerais entendre, mais cependant pas sous la direction de gredins tels que tes chefs d’orchestre. J’ai un affreux mal de tête — pardonne-moi. […]

[1876]

1877

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 13 mai, de Ver [Canton de Vaud] (HvB V, p. 399-402, à la p. 400):

[…] Liszt dirigeant la Symphonie fantastique — c’est une idée merveilleuse, bien dans ta manière! Bravo! Imagine maintenant ce que moi, invité mais non appelé, je dois ressentir de loin, moi qui n’ai vu cette œuvre légendaire exécutée qu’une seule fois, et sans le Final, par Seyfritz barbabionda [à la barbe blonde] à Löwenberg, qui suait en la parcourant avec circonspection! Ah pauvre de moi! […]

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 9 décembre, de Glasgow (HvB V, p. 476-9, aux pages 476, 478):

[…] Ah si tu avais éte ici hier soir, tu aurais été transporté comme moi! Le Carnaval romain de Hector (de) Berlioz était incroyable — du Cliquot comme on n’en trouve qu’à la cour de St Pétersbourg — Strauss bien plus viennois qu’il ne sera jamais à Vienne. L’orchestre m’appartient maintenant, il est entièrement mien — le moindre mouvement de mon bras suffit pour les jeux de steeple-chase les plus risqués. Ne crois pas que je me vante: les rubati les plus spontanés et raffinés marchent le soir du concert, j’en reste la bouche et les yeux béants (mes oreilles sont bien sûr ouvertes tout le temps) — j’en deviens plutôt présomptueux. […] Dans ce monde Hanovre est irremplaçable pour moi, puisque… tu m’as promis Cellini pour 1878/79 (Draufgeld 1877/78 Glinka.) Je donnerais volontiers ma dernière goutte de sang pour pouvoir exécuter cet ouvrage. […]

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 22 décembre, de Glasgow (HvB V, p. 485-7, à la p. 487 ):

[…] Permets-moi d’évoquer les principales conditions qui me semblent désirables alors que j’entre en fonctions comme chef d’orchestre (Kapellmeister) à Hanovre. La permission:
1. De nettoyer le répertoire actuel de l’opéra en le débarassant d’ouvrages de dilettantes protégés et d’autres médiocrités, sauf en cas de considérations financières particulières.
2. De substituer Une Vie pour le Czar de Glinka, ouvrage digne à tous les points de vue du jour de fête du 22 mars et relativement neuf, à la place de l’Aida de Verdi qui était envisagé jusqu’à présent mais qui ne me paraît pas convenir, et pas seulement pour des raisons musicales.
3. De monter au cours de l’année à venir un des mes opéras favoris, le Benvenuto Cellini de Berlioz, qui ne pose pas de difficultés d’ordre ‘wagnérien’.

Hans von Bülow à Jessie Laussot [en allemand], 27 décembre, de Glasgow (HvB V, p. 480-1, à la p. 481):

[…] Si Borgia n’avait pas été possible, j’aurais demandé la tête de Berlioz. Il utilisait la tête de Beethoven comme sceau, and je me servirais de la sienne. La lettre B est la mienne. Ceci me rappelle ma responsabilité pour l’album de Bellini qui n’a pas encore été effacée. — —

1878

Hans von Bülow à un correspondant non identifié [en allemand], 10 août (HvB V, p. 527-8, à la p. 527):

[…] Je me rétablis maintenant à l’aide du Te deum de Berlioz (partition difficile à lire!) — exécuté à Paris en 1855, pas aussi grandiose que le Requiem, mais en vaut cependant bien la peine. […]

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], fin novembre, de Brighton (HvB V, p. 535-6, à la p. 535):

[…] Avant-hier j’ai reçu une lettre de Toni [le ténor Anton Schott] de l’Altenburg dont je dois te faire part. Je crains qu’il ne veuille faire ajourner l’exécution de Cellini! Mais son objection et son excuse à propos de la petite voix de Mme B. P. (Bißlipußli?) me semblent avoir un certain poids. Mais la dame tient follement au rôle, elle est berliozienne de toute son âme; elle est devenue pâle quand j’ai laissé entendre que Mlle Linde pourrait chanter le rôle de Teresa, et sans beaucoup d’effort. Je t’en prie, amène Toni à la raison, au cas où mon inquiétude serait fondée; ce n’est que pour le récompenser de chanter le rôle de Cellini que je l’amène à Londres, auquel il attache une importance immense. Quel bonheur quand on trouve un moyen d’avoir prise sur les gens. […]

Hans von Bülow à Jessie Laussot [en allemand], 15 décembre, de Hanovre (HvB V, p. 541-3, à la p. 542):

[…] Il y a deux choses qui m’enchantent en ce moment: une nouvelle prima donna, plus rythmique, assidue et docile que la première, et les répétions au piano de Cellini qui avancent très joliment (certainement fin janvier). […]

1879

Hans von Bülow à Eugen Spitzweg [en allemand], 19 janvier, de Hanovre (HvB V, p. 546):

Terriblement occupé avec toutes sortes de coups d’état sur place: la réorganisation de l’Académie de Musique et de la Sociéte de Musique de Chambre en supprimant des comités inutiles etc. En même temps l’heure de l’exhumation solennelle du Cellini de Berlioz approche: un peu plus de quinze jours à compter d’aujourd’hui, le 2 février. Quand ce sera fini j’aurai à nouveau le temps de penser à vous.

Hans von Bülow à Eugen Spitzweg [en allemand], 27 janvier, de Hanovre (HvB V, p. 546):

— — En pleine fièvre de musique — Cellini — donc aucune possibilité de manier la plume — surtout sans donner ombrage — comme il est arrivé récemment. Tenez moi pour une bête — je ne proteste pas. C’est comme cela, et j’en suis fier; car, si je n’étais pas fier, cela ne changerait rien, alors je préfère en être fier. — — […]

Hans von Bülow à Jessie Laussot [en allemand], 3 février, de Hanovre (HvB V, p. 547-8):

Mon honorée amie!
Pourquoi n’y étais tu encore pas?
La fonte a réussi — hier soir ma restauration a été justifiée.
En 1869 j’ai vu Persée pour la première fois à la Loggia dei Lanzi [à Florence]; hier, après presque dix ans, j’ai aidé à sa fonte.
‘Un grand exploit artistique dans les annales de l’art’ a dit Rubinstein hier soir dans son toast en honneur de Bronsart et de moi-même (Bronsart le mérite autant que moi); Rubinstein était venu de Berlin avec d’autres.
C’était splendide et le succès, malgré le combat, décisif. Mercurio chiamato molte volte! Félicite-moi — et nous!
Le 15 Saint-Saëns va jouer ici. Le concert comprend uniquement des compositeurs français — dans la deuxième partie la symphonie Harold de Berlioz. — Rubinstein joue le 1er mars. Est-ce que Hanovre n’est pas devenu une métropole musicale? — — […]

Note: Marie von Bülow raconte (HVB V, p. 547) que Bülow lui dit le 5 février 1879: ‘Un péché par le monde de la musique contre un grand génie, maintenant mort et tourmenté au cours de son existence, une nature de Prométhée comme il en existe peu — avoir fait amende comme porte-parole de la postérité pour un péché commis il y a plus de quarante ans par le monde présent’. Elle cite aussi un sonnet lu au dîner par Bronsart en l’honneur de la résurrection par Bülow de Cellini, qui n’est pas traduit ici.

Hans von Bülow à Eugen Spitzweg [en allemand], 5 février, de Hanovre (HvB V, p. 546-7):

— — Le succès de Cellini a été surprenant, si bien que la presse locale, qui n’est pas bienveillante, est forcée de l’admettre. Schott a été tout à fait superbe — il devient de mieux en mieux tous les mois. Dieu soit loué! Je suis assez fatigué de tout ce travail. — —

Hans von Bülow à Edmund Jates, Esqre, Éditeur de « The World »,  1er juillet, à Londres [en anglais] (HvB V, p. 576-77)

Monsieur,
N’ayant pas eu le déplaisir d’assister à l’exécution de la symphonie de Berlioz [la Symphonie fantastique] à laquelle The World du 30 avril fait allusion, je ne puis porter témoignage sur ce qui s’est passé à cette occasion, mais d’après mon expérience personnelle de M. Ganz comme batteur de mesure, je n’ai aucune hésitation à admettre que le fond de cette critique ne fait qu’énoncer la vérité exacte.
En réponse à votre question, à savoir si je me suis abstenu de jouer au dernier concert de la New Philharmonic à cause ‘de l’incapacité de M. Ganz’, tout ce que je peux dire est que son incapacité à lire une partition est telle qu’il ne saurait même corriger les parties d’un seul instrument, bien qu’il n’avait qu’à jeter un coup d’œil à la partition devant lui comportant des indications (en allemand nous les appelons Eselsbrücken [ponts des ânes]) ajoutées par moi au cours d’une leçon privée de deux heures et demie dans ma chambre, dans l’intention de le mettre au moins ‘au pied de l’arbre’. Je dois à mon ami Tchaikovsky, le compositeur du concerto, de ne pas me faire complice du meurtre de son ouvrage sous la direction d’un chef qui semble incapable de lire un accompagnement d’orchestre de la moindre importance, incapable d’être dirigé lui-même par un ensemble très intelligent et qui comprend vite, et encore plus incapable de le diriger du tout.
J’ai dû donc me retirer, tout en laissant attribuer, par sentiment de ‘charité malordonnée’, mon absence à une indisposition subite. Comme certains semblaient enclins à interpréter ce sentiment comme indiquant un manque de respect de ma part pour le public, je saisis l’occasion de dire la vérité pure et simple.

Hans von Bülow à Hugo Bock à Berlin [en allemand], 18 septembre, de Hanovre (HvB V, p. 588):

[…] Bien que Béatrice et Bénédict me soit particulièrement cher, il devra attendre encore un an. À part le fait qu’il m’est pratiquement impossible pendant la saison de trouver le loisir pour ajouter les récitatifs que je projette dans le style de l’auteur, il faudrait d’abord faire appel à une main habile pour améliorer complètement et aussi raccourcir les dialogues. — —

[1880]

[1881]

1882

Hans von Bülow à Édouard Colonne à Paris [en français], 30 mars, de Meiningen (HvB VI, p. 149-50):

Monsieur,
Ne veuillez point repousser, je Vous en prie, l’humble offrande ci-jointe d’un musicien tudesque, pour le monument de Votre grand compatriote Hector Berlioz, dont Vous Vous êtes constitué le noble instigateur. Je puis revendiquer l’honneur d’avoir été parmi les enthousiastes ‘de la veille’ du Michel-Ange de la musique française, ayant été initié à ses principales œuvres par mon illustre maître Franz Liszt, dès 1852, à Weimar. Depuis lors, je n’ai point discontinué, dans la mesure de mes faibles moyens, de faire la propagande de mon admiration, tant par des articles de journaux que par la direction de ses œuvres dans des concerts donnés ad hoc, et je crois avoir contribué à élargir le cercle de ses adhérents dans ma patrie.

Hans von Bülow à Saint-Saëns [en français], 4 mai, de Christiana en Norvège (HvB VI, p. 170-1, à la p. 171):

[…] Mon admiration pour votre digne ami [Lalo] ne date point depuis hier; ma lettre de l’autre jour à Mr. Colonne, accompagnée d’une légère contribution pour le monument du grand Hector en fait foi de même. — — […]

1883

Hans von Bülow à Mathis Lussy [en français], 5 octobre, de Meiningen (HvB VI, p. 226-8) [reproduit dans Le Ménestrel du 14 octobre 1883, où il est précisé que la lettre est écrite sur papier à en-tête avec portrait de Berlioz]: 

Vos aimables lignes d’avant-hier me rendent enfin à même de Vous exprimer mes très vifs remercîments de l’envoi de Votre théorie du rhythme [Le Rythme musical], ouvrage des plus méritoires, par lequel Vous Vous êtes acquis un droit imprescriptible à l’admiration de la république internationale des lettres et sons. Agréez l’hommage du respect, qu’un Berlioziste de la veille offre à l’un des exécuteurs testamentaires de ce grand maître d’outre-Rhin, dont les tourments terrestres dérivaient pour la plupart de ce monstrueux Chaos, père de tous les non-sens, de toutes les difformités et défectuosités de l’exécution musicale, que Votre humble serviteur s’efforce pour son humble part à combattre depuis plus d’un quart de siècle dans la « pratique » — le musiquement sans connaissance ni conscience du rhythme, ce Dieu-père de la trinité musicale.
[…] J’ai été bien aise de recevoir Votre livre à une époque où, voué aux soins d’une longue convalescence après une année de souffrance, mes loisirs n’étaient nullement entravés par mes études pratiques de pianiste et de chef d’orchestre. Je crains devoir ajourner l’étude de Votre « Traité de l’Expression musicale », que Vous avez l’insigne bonté de vouloir m’envoyer également, vu que mes diverses obligations pendant la saison des concerts ne me laisseront que peu de répit. — — Une traduction en allemand me semblerait extrêmement désirable. Oserai-je Vous conseiller, qu’en vue d’une telle traduction Vous voudriez bien réviser, purger les illustrations, les citations? Les Laybach, Lyssberg, Thalberg et tutti quanti « minimorum » seraient très avantageusement remplacés par des Berlioz, Brahms et d’autres « majorum ». Ensuite — quoique je sois très disposé d’approuver Vos rectifications du mode de notation dans quelques exemples de Mendelssohn, il serait peut-être prudent (en vue des lecteurs allemands), de choisir plutôt des exemples d’un auteur moins impeccable, comme Schumann [p. ex.], lequel par sa manie des syncopes poussée jusqu’à l’absurde […], a largement contribué à la déplorable tendance antirhythmique dont nous souffrons, surtout en Allemagne, et qui nous force trop souvent de recourir à des contrepoisons cueillis dans la musique slave. […]

1884

Hans von Bülow à H. Eichel à Hanovre [en allemand], 12 janvier, de Nürnberg (HvB VI, p. 238). (Note: deux mesures de musique d’une interprétation incertaine sont insérées dans le texte de la lettre; elles sont reproduites séparément ci-dessous après le texte.)

Je vous remercie chaleureusement de votre amical souvenir pour mon anniversaire. De mon côté j’ai aussi pensé à vous récemment avec plaisir alors que je répétais l’ouverture de Cellini avec mon orchestre.
Vous vous souvenez, c’était un dimanche matin, vous étiez en train de me jouer le solo de cor anglais, et le Grand-Maître Liszt est entré. Oui, vous voyez, je n’étais pas tellement [exemple 1 ici] à vouloir infliger l’opéra de Berlioz à d’affreux bourgeois comme ces braves messieurs du folâtre Courier l’affirmaient. Leipzig est venu à la suite, Vienne fait quelque chose de semblable, Weimar aussi a l’intention de ressusciter l’ouvrage. Le héros peut bien chanter avec des voix différentes [exemple 2 ici], l’ouvrage méconnu est maintenant à l’honneur, avec retard, il est vrai — mais d’avoir pu en faire l’expérience! Mais attendez! L’automne dernier j’ai entendu Cellini à Leipzig avec des coupures fatales, pour ne pas dire absurdes, par exemple dans la stretta du grand finale en mi bémol [à la fin du premier acte]. Quand j’ai exprimé mon étonnement à Nikisch le chef d’orchestre, il m’a répondu que les parties étaient venues de Hanovre et que les coupures passaient pour avoir été très certainement faites par moi!
Voilà qui est trop fort. Je n’ai pas l’habitude de me parer de crayons étrangers rouges ou bleus. Faites-moi le plaisir d’aller démentir dans le Musikalischer Wochenblatt de Fritzsche cette ‘paternité’ qu’on m’attribue à tort. J’y tiens beaucoup. — —

[Une note dans le Musikalischer Wochenblatt no. 6 du 31 janvier 1884, p. 79 précise que quand Bülow avait donné Cellini à Hanovre au printemps de 1879 aucune coupure n’avait été faite, alors qu’à Leipzig on avait supprimé tout l’air de Fieramosca au 2ème acte et en plus quelque 300 mesures de musique.]

         

Note: ceci doit renvoyer à l’andante du début de l’ouverture du Carnaval romain; il n’y a ni cor anglais ni solo de cor anglais dans l’ouverture de Benvenuto Cellini.

Hans von Bülow à Max Schwarz à Francfort [en allemand], 20 janvier, de Mayence (HvB VI, p. 244-5, à la p. 245):

[…] Prenez bien soin pour moi de l’ouverture du Roi Lear de Berlioz — si elle ne réussit pas, le soussigné se tournerait en Orlando furioso, mais autrement il vous envoie ses meilleures amitiés et se dit votre tout dévoué etc.

Hans von Bülow au critique musical Gustav Erlanger à Francfort [en allemand], 13 février, de Meiningen (HvB VI, p. 251-2):

[…] Monsieur, depuis que vous vous êtes si chaleureusement signalé à mon attention par les ‘roses’ que vous avez dispersées tout récemmment sur la tombe du ‘Grand Aigle’ dont le portrait illustre cette lettre [Berlioz], j’ai cru qu’il importait que je fasse connaissance avec vous de la manière la plus approfondie. Cela m’a coûté beaucoup de peine, comme j’ai déjà eu l’honneur de vous l’avouer, mais j’ai réussi, et j’espère avoir l’occasion de vous le démontrer. […]

Hans von Bülow à Hugo Bock à Berlin [en allemand], 23 mai, de Meiningen (HvB VI, p. 274-6, aux pages 275-6):

[…] Après des répétitions des plus satisfaisantes, l’ouverture de Béatrice et Bénédict de Berlioz a définitivement été inscrite au répertoire des concerts de mon orchestre de la chapelle ducale, et de même pour la Sicilienne de l’opéra.
Je recommande instamment:
1. De faire des tirages corrects de la partition des deux morceaux,
2. De faire des arrangements libres pour piano à deux et quatre mains.
M. Alexander Ritter, un membre de notre orchestre ducal, qui a démontré son habileté dans les arrangements de ce genre (pour piano, harmonium, violon et violoncelle) — Schott et Härtel en ont publié des quantités de sa plume — est tenté d’en faire un de ce genre pour le célèbre duo des femmes (Notturno). Si vous êtes disposé à y réfléchir, M. Ritter demanderait qu’on lui prête la partition à titre provisoire.

Hans von Bülow à Hermann Wolff à Berlin [en allemand], 1er octobre/18 septembre, de Meiningen (HvB VI, p. 296):

[…] Comme je vous l’ai déjà dit, je suis à votre disposition pour diriger des œuvres pour orchestre de Beethoven et de Brahms; Berlioz et Raff me sont aussi acceptables, car je connais suffisamment ces maîtres et je suis initié à eux. — — […]

Hans von Bülow à Albert Gutmann à Vienne [en allemand], 2 octobre (HvB VI, p. 298-300, aux pages 298-9):

Conformément aux moyens modestes de Son Altesse, l’orchestre de la cour ducale ne dispose que d’un personnel au nombre très modeste. […]
Nos programmes sont adaptés à nos ressources en ce qui concerne le nombre d’instrumentistes, et je ne peux donc que vous donner à choisir parmi les œuvres que nous avons déjà répétées et pouvons exécuter d’une manière dont je puisse répondre artistiquement en tant que chef d’orchestre.
Notre spécialité est Beethoven et Brahms. Dans ce domaine, de l’avis bienveillant de ce dernier maître, nous n’avons aucune concurrence à redouter. Comme le ‘grand’ public, dont vous êtes obligé de tenir compte dans cette entreprise, pourrait éventuellement trouver cette spécialité monotone (ce que je ne me sens pas capable de juger) et donc manquant de l’attrait souhaitable, je me suis donc permis de vous nommer diverses autres œuvres: de Berlioz (par exemple les ouvertures du Corsaire et du Roi Lear, toutes deux pratiquement neuves à Vienne), Raff (son ouverture dramatique op. 127, la quatrième symphonie en sol mineur, la Suite hongroise op. 194) — je réponds de leur succès autant que de leur valeur — et Rheinberger (la symphonie de Wallenstein), auxquelles nous pourrions faire appel. […]

Hans von Bülow à Albert Gutmann à Vienne [en allemand], 3 octobre (HvB VI, p. 300-1):

[…] Vous nous demandez des morceaux qui ne font pas partie de notre répertoire, puisque la ‘musique de l’avenir’ comme on la nomme n’est pas cultivée à Meiningen, ce que j’avais supposé bien connu. Vous rejetez comme ne convenant pas à Vienne des morceaux que nous aimons jouer et jouons avec succès partout, par exemple Berlioz et Raff. Malheureusement il n’y a donc pas entre nous de terrain d’entente. Compte tenu de cette circonstance fâcheuse je vous propose de chercher et parvenir à nous entendre en restreignant les concerts de la chapelle ducale de Meiningen à des œuvres de Beethoven et Brahms (c’est-à-dire notre ‘spécialité’).
Je regrette beaucoup de ne pas avoir le temps de prendre plaisir à poursuivre une correspondance, et j’ai peu de goût pour les échanges de lettres parlementaires. Mais je dois me permettre encore une remarque: les œuvres de Wagner sont parfaitement exécutées à Vienne, par un grand et brillant orchestre et sous la direction de chefs qui sont wagnériens par excellence. Par contre les très rares exécutions de morceaux de Berlioz et de Raff laissent, je le sais, énormément à désirer; rien d’étonnant, donc, à ce que le public de Vienne n’y ait pas encore pris goût. Mais come je vous l’ai dit, je ne tiens absolument pas à essayer d’enrichir ou d’‘éduquer’ le goût des Viennois.

Citation du journal de Vienne Die Presse du 4 décembre 1884 (HvB VI, p. 122):

Bülow est tout à fait dans son élément dans la musique romantique et pleine d’humour. On ne saurait désirer des exécutions plus animées, expressives et naturelles que celles des ouvertures du Freischütz (Weber), du Corsaire (Berlioz) et de Faust (Wagner). Elles donnaient l’impression d’images stéréoscopiques transparentes et illuminées. […]

1885

Hans von Bülow à August Steyl à Francfort [en allemand], mi-avril, de Paris (HvB VI, p. 355):

[…] — NB. Le concert de dimanche était tout vendu. Le succès était tel que celui de dimanche prochain ne fait pas de doute. L’orchestre et la direction [de Colonne] étaient de tout premier ordre! L’ouverture de Cellini au début était si belle, que Meinigen n’aurait pu y faire concurrence. […]

Hans von Bülow à Édouard Colonne à Paris [en français], mai (publié sans date ou indication d’origine dans Le Ménestrel, 24 mai 1885, p. 200):

« Mon cher Monsieur Colonne,

» Si à Londres les musiciens n’ont pas le temps de faire de la musique, — comme le constatait notre grand maître Hector [Berlioz — Mémoires, chapitre 49], il y a de cela déjà plus de quarante ans, à Paris le généralissime de l’armée symphonique Edouard n’a point de loisir pour autre chose. Je ne devrais pas être aussi égoïste que de m’en plaindre; cependant, tout en félicitant vos concitoyens de votre activité sans relâche, je ne puis m’empêcher de vous exprimer tous mes regrets d’avoir dû quitter Paris sans vous serrer la main, sans jouir de quelques moments de causerie avec le grand artiste, qui m’a fait l’insigne honneur de me présenter à l’élite du public européen dans ses magnifiques concerts du Châtelet. Veuillez donc, je vous en prie, agréer.... de morte voix…. mes plus vifs remerciements d’avoir bien voulu réaliser le rêve que je caressais depuis un petit quart de siècle : celui d’apparaître une fois dans ma vie chez vous dans un rôle quelque peu moins modeste que comme simple témoin du désastre de Tannhäuser au Grand-Opéra [en mars 1861].
» Faut-il ajouter à cette protestation d’éternelle gratitude la banalité de mes compliments les plus chaudement admiratifs pour votre création, votre orchestre modèle ? Il vient de me donner des impressions encore supérieures à celles qu’autrefois j’ai ressenties à la délicieuse interprétation de la symphonie pastorale de Beethoven par le Conservatoire impérial.
» Mais il convient d’ajouter qu’à cet orchestre idéal il manquait le souffle vivifiant d’une puissante personnalité dirigeante. Il en est des chefs d’orchestre comme des... rôtisseurs. Il faut naître rôtisseur, d’après Brillat-Savarin, tandis que tout le monde peut devenir musicien, je veux dire... cuisinier. Pour cent appelés un seul élu. Enfin j’en viens de voir un tel en votre personne : un véritable chef d’orchestre de par la grâce de Dieu et — Dieu merci — confirmé, sanctionné comme tel aussi par l’intelligence nationale.
» Néanmoins, le prestige de votre infaillibilité me semble un peu menacé par une généreuse imprudence de votre part. Ne voilà-t-il pas que vous m’avez désigné en public comme un des plus gros souscripteurs du monument Berlioz ? Mais non, ça ne se peut pas. Permettez-moi, mon cher collègue, de vous épargner un démenti en vous suppliant de vouloir bien joindre le billet de mille francs ci-inclus à ma première offrande d’il y a trois ans pour la glorification de l’antipode de Jacques Offenbach et de ses plus sérieux mais moins doués rivaux.
» A bas la musiquette ! Vive la musique ! Vivent les Delibes, les Fauré, les Lalo, les Massenet, les Saint-Saëns présents et à venir !
» Sur ce, salut et fraternité.
» Votre tout dévoué serviteur,

» HANS DE BULOW. »

Hans von Bülow à Marie von Bülow [en allemand], 9 novembre, de Düsseldorf (HvB VI, p. 389):

— — Le journal de Cologne a apporté tôt ce matin un compte-rendu enthousiaste d’Essen. Dans le froid Elberfeld j’ai finalement réussi à chauffer les gens un peu. L’orchestre a ‘volé’ — les innombrables directeurs de musique des environs semblaient ‘paff’ de notre dynamisme. Le Corsaire est parti comme un coup de pistolet, et la symphonie de Raff a aussi électrisé l’auditoire. […]

1886

Hans von Bülow à Marie von Bülow [en français], 20 février, de Neuchâtel (HvB VII, p. 23-5, aux pages 24-5):

[…] Mais il faut que j’ouvre ici une parenthèse en faveur d’une confession. En 1867 — tu ne venais d’accomplir que ta dixième année — est-ce que j’en savais quelque chose alors? — j’ai schwärmé [je me suis épris] pour la mère [d’une jeune femme de 19 ans qui chantait des mélodies de Brahms] (voyez la carte ci-incluse) pendant cinq semaines à St. Moritz dans l’Engadin. C’était une blonde, svelte, transparente, plutôt froide, mais vive, enjouée et très gracieuse — elle ne m’en a jamais rien dit, mais j’ai lieu de penser qu’elle a gardé de mes hommages d’il y a 19 ans un petit souvenir tendre — elle a maintenant les cheveux un peu grisonnants — mais elle est toujours charmante — j’ai dû songer au dernier chapitre des Mémoires de Berlioz — tu te rappelles sa désespérante mélancolie ….. fermons la parenthèse. Il est temps de mettre la cravate blanche.

Hans von Bülow à sa fille Daniela [en allemand], 8 juin, de Lausanne (HvBn no. 397, p. 634-6, à la p. 635):

[…] Dimanche il y a huit jours [le 27 mai] j’étais à Carlsruhe, pour presser de nouveau aux oreilles de mon cœur Cellini, cette vieille passion sans rides de ma jeunesse. C’était une des meilleures actions à laquelle j’ai pris part ces dernières années: je ne pouvais arrêter d’exulter. Avec quel génie correct (pour moi il n’y a là plus de contradiction) le fortuné Felix [Mottl] a traité l’infortuné Hector. À l’âge de 57 ans il faut mettre frein à l’extravagance. […]

Hans von Bülow au Allgemeine Musikalische Zeitung [en allemand], 17 décembre, de Meiningen (HvB VII, p. 70-1, à la p. 70):

[…] Si j’ai eu l’honneur de diriger la première exécution de Tristan en 1865 (avec de nouvelles exécutions plus tard en 1869 et 1872) et aussi des Maîtres Chanteurs en 1868 à Munich, cela me donne l’antériorité dans le temps mais non dans le rang. L’exécution du Cellini de Berlioz par M. le Kapellmeister Mottl à Carlsruhe m’a enseigné qu’il est capable de représenter cette spécialité au moins aussi bien que je l’ai fait de mon temps à Hanovre. De même et compte-tenu de la direction ces derniers temps de la Walkyrie etc. par M. Sucher, je peux avouer qu’il me semble plus que superflu de vouloir lui faire concurrence pour l’imagination, l’énergie et la précision. […]

1887

Hans von Bülow à sa fille Daniela [en allemand], 23 juin, de Wiesbaden (HvBn no. 409, p. 649-50, à la p. 650):

[…] En ce qui concerne la dernière question (le festival de musique), Berlioz est pour moi ce qui compte le plus; j’assisterai aussi à la répétition générale mercredi; s’il t’est du tout possible, fais en sorte que tu viennes aussi — tu éprouveras une jouissance, c’est-à-dire une compréhension qui ne sera pas trop incomplète. Mais nous parlerons de ces préparatifs après-demain soir. Surtout soigne bien ta santé! Je te ferai aussi envoyer de Francfort un extrait pour piano du couple de Vérone [c’est-à-dire Roméo et Juliette] — non pour le jouer — ce n’est pas possible, mais pour la lecture avant, pendant et après l’exécution. Malgré tout ce qu’il y a d’excentrique et d’anti-allemand dans cette œuvre prise dans son ensemble (mais certaines parties atteignent le sommet de la perfection artistique) l’ouvrage reste un chef-d’œuvre d’inspiration symphonique et d’individualité monumentale. Je suis enchanté que tu l’entendes! […]

Hans von Bülow à Marie von Bülow [en allemand], fin juin, de Bonn (HvB VII, p. 114-16):

[…] Mon principal but était d’entendre le Roméo et Juliette de Berlioz — deux fois — à la répétition générale et au concert le soir — ce but a été atteint et avec des résultats positifs. La lecture de Wüllner était aussi merveilleusement correcte qu’elle était fausse dans son ‘esprit’ — ce qui réveilla mes souvenirs de l’interprétation par l’auteur lui-même — 33 ans se sont écoulés depuis — et me dicta la mission d’essayer de rendre plus familier aux oreilles et aux esprits de nos imbéciles de compatriotes cet ouvrage des plus remarquables, dans lequel les beautés l’emportent de loin sur les absurdités, que ce soit sur les rives de l’Alster ou de la Spree [= à Hambourg ou à Berlin] — sans doute à cette dernière, puisque le brave Siegfried Ochs partage mon sentiment là-dessus.
Il y a une occasion artistique et sans doute aussi pratique de servir les mânes de Berlioz avec Roméo. — […] À cause de cette exécution de Berlioz hier j’étais constamment comme dans un rêve, je n’entendais rien que Roméo sans arrêt dans toutes mes fibres; c’est un véritable opium que la musique. — — […] (La même lettre continuée le lendemain; il entend un chœur d’hommes chanter dans les jardins de l’hôtel) […] Le chant de ces gens est pur, bien rythmé, et leur diction allemande provient des deux parties du pays, l’accent allemand général et l’accent typiquement prusse. Quel dommage que je ne puisse écouter avec plaisir ce qu’ils chantent, car j’entends toujours dans ma tête le martèlement fiévreux de Berlioz d’il y a deux jours — un tohu-bohu comme au troisième acte de Tristan. Assez, assez! — — […]

Hans von Bülow à Hermann Wolff à Berlin [en allemand], 14 septembre, de Hambourg (HvB VII, p. 135-6, à la p. 136):

[…] Servir uniquement d’accompagnateur — au piano — cela je dois catégoriquement refuser. La seule exception que je ferais est pour Davidow. Mais s’il n’accepte de jouer Berlioz op. 8 [Rêverie et caprice] qu’en contrepartie d’une ‘sucette’ comme son deuxième solo, alors je renonce volontiers à l’op. 8. En aucun cas dirigerais-je des morceaux du genre de la Ronde des lutins ou des Zigeunerweisen.

1888

Hans von Bülow à Marie von Bülow [en allemand], 5 mai (HvB VII, p. 196):

— — Le dernier bain m’a tellement secoué que le médecin m’a prescrit un arrêt de travail de deux jours. Tanto meglio [Tant mieux] — je peux enfin satisfaire une envie que je caresse désespérement depuis 30 et même 35 ans: d’entendre le Requiem de Berlioz, à Carlsruhe, où je me rends aujourd’hui par vapeur. Tôt demain matin je serai de retour dans la peau noire de l’ours. — —

Hans von Bülow à Marie von Bülow [en allemand], 7 mai (HvB VII, p. 196-7):

[…] Le Requiem à Carlsruhe valait le voyage (et le temps était magnifique). L’ouvrage est outré, fiévreux, magnifique — malgré tous ses côtés baroques etc. Comme cela pourrait marcher sous la direction de votre serviteur! L’exécution, surtout par sa qualité, était parfois vraiment pitoyable. Des chœurs crus, sans pureté, traînants, un orchestre indolent — une direction souvent incertaine et fautive. — Oui, oui! Je ne l’ai d’ailleurs pas caché à Mottl, et je lui ai fait remarquer toutes ses erreurs — et — et cela a eu pour effet de le calmer: il m’a humblement ‘remercié’ de lui avoir passé un savon. — —

Hans von Bülow à Hermann Wolff à Berlin [en allemand], 21 juin, de Londres (HvB VII, p. 200-1, à la p. 201):

[…] Avec [Hans] Richter mon sentiment est — — celui de Heckmann envers le sacré Hiller. Personne n’a l’admiration aussi facile et aussi joyeuse que moi, mais — — comparé à ce qu’il était — à mon avis — il est méconnaissable — il me rappelle le vieux Lachner, qui était cependant — en tant que musicien — d’une autre trempe. Son exécution de la Damnation de Faust a été une torture pour moi: aucun mouvement de correct (j’ai entendu plusieurs fois l’ouvrage sous la direction de l’auteur déjà en 1852 à Weimar et en 1854 à Dresde) — aussi l’ouvrage a-t-il complètement manqué l’effet qu’il avait produit auparavant sous Hallé, qui fut le premier à le faire entendre [à Londres]. Mais Hallé était en possession de la tradition. — —

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 3 août, de Scheveningen (HvB VII, p. 205-8, à la p. 206):

[…] Pour les questions esthétiques je suis donc devenu pour ainsi dire réactionnaire, bien que mon ardente sympathie pour Berlioz semble être en contradiction avec cela. Mais peut-être m’accorderas tu une chose qui joue un rôle ici: l’absence totale de faux semblant même dans ses barbarismes — ceux d’Hector. Même si je crois pouvoir reconnaître toute la fièvre enivrante du — Français — chez Brahms, particulièrement dans ses symphonies, mais avec un caractère allemand idéal, organisé de manière artistique, et donc purifié et hellénisé, le contact avec mon ancien amour est cependant pour moi une nécessité irrésistible, en partie à cause du charme de la variété dont chacun, et moi surtout, ont besoin pour vivre du fait d’être mortel, mais aussi à cause des Tours de Babel que la ‘jeune Allemagne’ s’obstine à bâtir fréquemment, contre lesquelles Berlioz a toujours été pour moi remède efficace. […]

Hans von Bülow à Marie von Bülow [en allemand], 9 décembre, de Berlin (HvB VII, p. 231-2, à la p. 232):

[…] Mardi est l’anniversaire d’Hector.
Je le célèbre en dirigeant un concert populaire le soir. Il faut que tu y sois. Les frais sont une mauvaise plaisanterie. N.B. Pas de billet aller et retour.

Hans von Bülow à Hans von Bronsart [en allemand], 18 décembre, de Hambourg (HvB VII, p. 234):

[…] Il y a dix ans nous avons agi ensemble en accomplissant l’acte de réparation envers Hector — plus tard (il y a cinq ans?) tu m’as devancé avec Gudrun — et maintenant je t’ai suivi avec la tragica — pour notre vieux camarade Felix [Draeseke]. […]

1889

Hans von Bülow à Asger Hamerik à Baltimore [en anglais], 26 avril, de New York (HvB VII, p. 249):

— Quand à votre ‘protégé’ j’ai le regret de dire — mais ma déplorable franchise ne vous sera pas inconnue — que j’ai parcouru nombre de ses ‘compositions’ (orchestre, musique de chambre, morceaux pour piano) et que je me sens trop âgé et trop vieux jeu pour pouvoir prendre le moindre goût à une musique si laide, absurde et contrefaite. Je ne nie pas qu’il pourrait être doué — vous devez le savoir mieux que moi — mais je pense qu’avant tout il a besoin de connaissances, et si quelqu’un s’intéresse à son avenir de compositeur, il devrait l’envoyer tout droit à une institution musicale orthopédique. Ce n’est pas l’extravagance qui produit les ‘Berlioz’ — et fra di noi [entre nous] je crois que le monde musical a largement assez d’un seul Hector. Auriez-vous l’amabilité de préparer votre ‘protégé’ à comprendre qu’il ferait mieux d’éviter ma critique?

Hans von Bülow à Max Brode à Königsberg [en allemand], 7 décembre (cited HvB VI, p. 83 n. 1):

[…] Non — ma conscience ne peut se mesurer à la vôtre! Autrement je n’aurais jamais pu faire le Carnaval romain de Berlioz, si j’avais voulu attendre d’avoir 15 premiers violons, 10 (12) suffisent, 8 (10) seconds, 6 altos, 6 violoncelles, 4 contrebasses — enfin, ce que vous pouvez fournir par ailleurs. […]

Hans von Bülow à Marie von Bülow [en allemand], 9 décembre (cited HvB VII, p. 286 n. 1):

[…] C’est avec autant de douleur que de surprise que j’ai cru voir dans Harold en Italie de Berlioz une sorcière-magicienne flétrie. Impossible! Puis on a attaqué la deuxième [symphonie] de Brahms: quelle impression différente elle a fait sur moi, et sur nous tous! Vive Hambourg! […]

1890

Hans von Bülow à Hans von Bronsart à Weimar [en allemand], 6 février, de Hambourg (HvB VII, p. 286):

Il est vrai que Berlioz a dit
les théâtres sont les mauvais lieux de la musique
Mais il y a des lieux désignés pour la musique qui sont sans doute encore pires, ou du moins plus désagréables, comme par exemple ceux où l’on ergote sur la musique au lieu de l’écouter en silence. Ce serait donc con molto piacere [avec beaucoup de plaisir] que j’entendrais jeudi soir une exécution de Cellini, sans coupures si possible, sous ta direction, c’est-à-dire sous celle de ton dévoué. Mais j’accueillerais aussi bien volontiers Béatrice et Bénédict.
Tu as jugé mon goût tout-à-fait justement en estimant moins convenable de saluer mon arrivée dans Athènes au bord de l’Ilm [Weimar] avec le choix d’un opéra d’un ‘Être Supérieur’ (mais sans doute le Dr. Otto Reißel de Cologne?). Mais de mon point de vue l’épigone Berlioz domine d’une hauteur de Chimborazo les ‘progones’ allemands. D’ailleurs on reste fidèle à ses amours de jeunesse, tant que les objets de cet amour ne se ratatinent pas en une caricature. — —

Hans von Bülow à Hermann Wolff à Berlin [en allemand], 20 octobre, de Hambourg (HvB VII, p. 308-9, à la p. 309):

[…] Par contre la Captive de Berlioz était extrêmement poétique, techniquement parfaite et par conséquent saisissante bien au delà de mon attente.
L’orchestre était vraiment mortel. — — Mais malheureusement le plus mortel de tous est l’auteur de ces lignes. — — […]

1891

Hans von Bülow à Hermann Wolff à Berlin [en allemand], 29 août, de Hambourg (HvB VII, p. 342-3, à la p. 343):

[…] Le Faust (?) de Liszt ou la Fantastique (?) de Berlioz, en un mot: excentrique. Mais j’ai le sentiment que ces monstruosités (c’est en effet ce qu’elles sont) reviendront d’elles-mêmes — tu les proposes de nouveau d’année en année et ce n’est que pour cela — pour couper court à la discussion — que cette fois je les mets sur la liste proprio motu [de mon propre mouvement].
Néanmoins le programme suivant serait concevable: […] (il propose diverses œuvres de Schubert, Dvorak, et Saint-Saëns, et ajoute:) […] Berlioz: Harold (moins anachronique que la Fantastique). — —

1892

Hans von Bülow à Marie von Bülow [en allemand], 14 mars, de Berlin (HvB VII, p. 376):

[…] P.S. La répétition a été à souhait. Mais Harold est du pur 93, surtout dans le finale, qui pour Hambourg est beaucoup trop terroriste — mais tout à fait splendide. Wirth — fou de plaisir!

 2. Journaux

1852

Hans von Bülow, deux articles sur Benvenuto Cellini, publiés d’abord en allemand dans la Neue Zeitschrift für Musik tome 36, no. 14, 2 avril 1852, p. 156-9 et no. 18, 30 avril 1852, p. 204-8; reproduits sur ce site dans l’original en allemand, en traduction anglaise et en traduction française (transcription et traduction de Michel Austin).

1858

Extrait d’un feuilleton de Joseph d’Ortigue dans le Journal des Débats, 2 juin 1858, p. 1:

[…] Et cependant un mot a été murmuré: « Musique de l’avenir. » C’est l’expression dont on se sert aujourd’hui pour désigner une forme d’art tellement inouïe qu’elle est à la fois la négation de la notion d’art et la négation de la notion de forme. Et comme les inventeurs de cette forme d’art (si l’on peut appliquer le mot d’invention à une simple négation), et ceux qui s’en sont constitués les prôneurs et les propagateurs, n’ont pu réunir à ce jour d’autres suffrages que les leurs, ils en appellent, en désespoir de cause, à l’avenir qui les vengera de l’indifférence des contemporains. […]
Serait-il vrai cependant qu’en Allemagne cette école de l’avenir a prétendu exploiter à son profit les noms de MM. Berlioz et Litolff? En ce cas je dirais que si cette école défait [?] jusqu’ici preuve d’impuissance en fait d’art, elle a fait au moins preuve de discernement et d’habileté en fait de conduite et de tactique. En voulant attirer à elle des noms tels que MM. Berlioz et Litolff, elle a parfaitement vu ce qui leur manquait. Ecole de l’avenir tant qu’on voudra! mais en attendant il est bon de se faire une petite place dans le présent. […]
Mais en quoi, s’il vous plaît, la musique de M. Litolff et la musique de Berlioz peuvent-elles justifier cette qualification de « musique de l’avenir ? » La musique de l’avenir, dit-on, et je le dis aussi, est ce qu’il y a au monde de plus dépourvu d’idée, de plan, de dessin, d’ordre, d’unité, de logique, de développement, de mélodie, d’harmonie, de sentiment, d’imagination. Nous sommes tous d’accord sur ce point. […]

1859

Extrait d’un feuilleton de Berlioz dans le Journal des Débats, 10 avril 1859, p. 2:

[…] Permettez-moi maintenant de vous annoncer et de vous recommander un concert fort intéressant, celui de M. Hans de Bulow. Ce grand virtuose, élève et gendre de Liszt, est depuis longtemps déjà célèbre en Allemagne, où il est apprécié en outre comme écrivain critique et comme chef d’orchestre. C’est un de ces artistes sans reproche et sans peur qui n’hésitent pas à dire leur fait à des préjugés rarement bravés en face. Je veux vous laisser le plaisir de la surprise que ne peut manquer de vous causer sa merveilleuse puissance d’exécutant. Je dois seulement rassurer les amateurs et les facteurs de piano, en affirmant qu’il ne brise pas les instruments, qu’il est sonore sans être creux, énergique et non brutal, délicat et gracieux sans minauderie. C’est un maître maître. Le concert de M. de Bulow aura lieu le 17 avril, chez Pleyel.

Extrait d’un feuilleton de Berlioz dans le Journal des Débats, 19 mai 1859, p. 2:

[…] M. Hans de Bulow a donné dans la même salle sa seconde soirée, avec un succès éclatant, devant un nombreux et brillant auditoire, et cela presque sans affiches ni réclames ni annonces, sans le patronage d’aucun salon. Tel avait été le retentissement de son premier concert. M. de Bulow est sorti de cette deuxième épreuve en véritable triomphateur. On l’a acclamé, applaudi, redemandé. On reconnaissait en lui un de ces artistes de race pour qui les difficultés du mécanisme de leur instrument n’existent pas, qui ne font aucun cas des tours de force, et, dans leur interprétation des belles œuvres, se préoccupent seulement d’en pénétrer le sens intime, d’en faire briller la flamme de vie. Ce mérite si rare est évidemment celui de M. de Bulow. Il entre dans le cœur du maître quel qu’il soit dont il se fait l’interprète ; il s’assimile son style. Il vous dit : Voilà Mozart ! voilà Bach ! voilà Liszt ! voilà Chopin ! Et il dit vrai ; et dès les premières mesures on reconnaît les qualités dominantes, les traits caractéristiques de chacun d’eux. On lui a fait redire la gigue de Mozart, et la fantaisie de Liszt sur des thèmes hongrois a produit un effet immense. […]

1883

Le Ménestrel, 12 août 1883, p. 294:

Nous recevons de Leipzig la correspondance enthousiaste qui suit, et nous l’insérons sans commentaires, en laissant toute la responsabilité au signataire, une artiste de grande valeur qui a assurément tous les droits d’exprimer librement sa pensée :
« Le Benvenuto Cellini, l’œuvre dramatique capitale de Berlioz a provoqué à sa première exécution à Leipzig, vendredi le 3 août, un enthousiasme indescriptible. Cette œuvre prodigieuse, étonne, charme, séduit. Dès le lever du rideau on est captivé par la nouveauté absolue de tout ce qu’on entend. Certes en résumant toutes les œuvres de Berlioz connues à Paris, on n’arriverait pas à se faire une idée du génie déployé par lui dans sa partition de Benvenuto Cellini, où il y a une profusion de beautés, d’invention, de verve qui tient du prodige. Mélange étonnant de nouveauté hardie et de noblesse, le Benvenuto Cellini est un opéra comme il n’en existe pas un second au monde.
» Il y a là des chœurs d’un coloris inouï, d’une bouffonnerie irrésistible dans lesquels le comique s’élève au sublime. Berlioz déploie dans cette partition, une science inconnue ailleurs des demi-teintes dans les ensembles d’un mouvement frénétique, d’une allure endiablée, et en tire des effets nouveaux, inimaginables. Parfois l’on croit vraiment être sous le coup d’un ensorcellement. On arrive à douter si ce qu’on entend est possible, si c’est vrai, et l’on finit par conclure que Berlioz, dans son Benvenuto Cellini, est autant magicien que musicien. Voici donc une des gloires de l’art français consacrée par un succès immense à l’étranger ! Quand le sera-t-elle en France ? Pour que rien ne manquât à cette solennité musicale, Liszt, venu exprès de Weimar pour donner un nouveau témoignage de son admiration pour cette œuvre de génie, assistait à la représentation.
» L’exécution était en tout point excellente. Le ténor Schott qui créa le rôle de Cellini, sous la direction de Hans de Bulow, à Hanovre, a remporté de droit la plus grande part du succès. Quant au jeune chef d’orchestre Viennois, M. Nikisch, il a été comblé de lauriers et d’applaudissements et a dû reparaître, à différentes reprises, sur la scène aux acclamations enthousiastes du public. Quand on montera le Cellini à l’Opéra-Comique on rendra un grand service à l’art français, et alors seulement on connaîtra en France le génie merveilleux de Berlioz, auquel chacun aujourd’hui tient à rendre hommage. MARIE JAELL. »

1886

Le Ménestrel, 25 avril 1886, p. 165 (César Cui):

— Le 3 avril, huitième concert symphonique de la Société Impériale musicale russe [à Saint-Pétersbourg]. Programme : 1° Le Corsaire, ouverture de H. Berlioz. Dans cette ouverture on rencontre les défauts ordinaires de ce grand maître, des contours mélodiques brisés et tourmentés, des harmonies et des modulations étranges ; mais cette œuvre est écrite avec un tel feu, une telle fougue dans une progression ininterrompue, que sous la direction hors ligne de H. de Bülow, elle produit un grand effet. Et puis, dans ses défauts mêmes, Berlioz est original et plein d’intérêt. C’est le plus grand des compositeurs français, et son génie est incontestable.

1889

Le Ménestrel, 20 janvier 1889, p. 21:

L’anniversaire de la naissance de Berlioz, qui a passé inaperçu à Paris, n’a pas été oublié à Berlin, où un concert de circonstance a été donné, sous la direction de M. Hans de Bülow [11 décembre 1888]. L’enthousiasme provoqué par l’exécution des œuvres du maître français s’est élevé à un tel degré, que M. de Bülow a cru devoir adresser la parole au public pour lui exprimer ses remerciements.

Table des concerts

Cette table a été établie à partir des listes inestimables fournies par Kenneth Birkin, Hans von Bülow. A Life for Music (Cambridge, 2011), p. 387-699, Appendix: Bülow performance chronology, from 1848 to 1893. On a ajouté des renvois aux allusions à des exécutions particulières dans les lettres citées ci-dessus.

Date Œuvre Lieu Renvois
1857
18 novembre Rêverie et caprice (violon et piano) Berlin
1858
14 janvier Ouverture de Benvenuto Cellini, Romance Le jeune pâtre breton Berlin, Liebig’sche Kapelle CG nos. 2273, 2274
1859
14 janvier Ouverture du Corsaire, air de Benvenuto Cellini, ouverture des Francs-Juges Berlin HvBn 590101
27 février Ouverture du Carnaval romain Berlin
12 mars Ouverture de Benvenuto Cellini Prague
— 
1866
16 décembre Roméo et Juliette (surveille les répétitions mais ne dirige pas le concert) Bâle CG no. 3241; HvB 661206, 661222
— 
1873
29 mars Ouverture du Carnaval romain Amsterdam
16 avril Ouvertures de Benvenuto Cellini et du Carnaval romain Carlsruhe
21 juillet Danse des sylphes de Faust, Liszt-Berlioz Marche de Rákóczi Bade
7 août Ouverture du Carnaval romain Wiesbaden
24 octobre Ouverture de Béatrice et Bénédict Kassel
1874
6 janvier Ouverture du Carnaval romain Meiningen
11 décembre Liszt-Berlioz Ronde des Lutins (piano) Dundee
— 
1877
8 décembre Ouverture du Carnaval romain Glasgow HvB 771209
24 décembre Danse des sylphes, Marche de Rákóczi de Faust Édimbourg
26 décembre Danse des sylphes, Marche de Rákóczi de Faust Glasgow
1878
2 février Air de Benvenuto Cellini Hanovre
12 octobre Ouvertures de Benvenuto Cellini et du Carnaval romain Hanovre
1879
2 février Benvenuto Cellini (intégrale) Hanovre HvB 790203, 790205
9 février Benvenuto Cellini (intégrale) Hanovre
15 février Harold en Italie Hanovre HvB 790203
27 février Benvenuto Cellini (intégrale) Hanovre
5 mars Benvenuto Cellini (intégrale) Hanovre
20 mars Benvenuto Cellini (intégrale) Hanovre
7 avril Benvenuto Cellini (intégrale) Hanovre
8 mai Benvenuto Cellini (intégrale) Hanovre
1880
5 mai Ouverture de Benvenuto Cellini Leipzig
— 
1882
2 avril Berlioz/Weber Invitation à la valse Meiningen
1883
11 novembre Ouverture du Roi Lear Meiningen
2 décembre Ouverture du Roi Lear Meiningen
26 décembre Ouverture du Carnaval romain Meiningen
1884
6 janvier Ouverture du Roi Lear Eisenach
21 janvier Ouverture du Roi Lear Francfort
3 février Ouverture du Roi Lear Meiningen
19 février Ouverture du Roi Lear Hambourg
24 février Ouverture de Benvenuto Cellini Hambourg
26 février Ouverture du Roi Lear Berlin
27 février Ouvertures de Benvenuto Cellini et du Carnaval romain Berlin
26 octobre Ouverture du Corsaire Meiningen
31 octobre Ouverture du Corsaire Würzburg
4 novembre Ouverture du Corsaire Francfort
6 novembre Ouverture du Corsaire Wiesbaden
8 novembre Ouverture du Corsaire Strasbourg
13 novembre Ouverture du Corsaire Stuttgart
14 novembre Ouverture du Roi Lear Stuttgart
18 novembre Ouverture du Corsaire Munich
21 novembre Ouverture du Roi Lear Preßburg
24 novembre Ouverture du Corsaire Budapest
28 novembre Ouverture du Roi Lear Graz
2 décembre Ouverture du Corsaire Vienne HvB 841002, 841003, 841204
4 décembre Ouverture du Corsaire Prague
5 décembre Ouverture du Corsaire Dresde
14 décembre Ouverture de Béatrice et Bénédict, Rêverie et caprice, Sicilienne (de Béatrice et Bénédict) Meiningen
1885
24 janvier Ouverture de Benvenuto Cellini St Pétersbourg
12 mars Ouverture du Corsaire Brême
15 mars Ouverture du Corsaire Hambourg
16 mars Ouverture du Corsaire Rostock
20 mars Ouverture du Corsaire Danzig
22 mars Ouverture du Corsaire Königsberg
28 mars Ouverture du Corsaire Berlin
29 mars Ouverture du Corsaire Leipzig
6 novembre Ouverture du Roi Lear Essen
8 novembre Ouverture du Corsaire Elberfeld HvB 851109
13 novembre Ouverture du Roi Lear Amsterdam
14 novembre Ouverture du Corsaire La Hague
18 novembre Ouverture du Roi Lear La Hague
23 novembre Ouverture du Roi Lear Cologne
1886
3 avril Ouverture du Corsaire St Pétersbourg Le Ménestrel, 25 avril 1886
— 
1888
5 mars Ouverture du Carnaval romain Berlin
9 novembre Ouverture du Corsaire, Danse des Sylphes, Sérénade de Méphisto de Faust Berlin
14 novembre Ouverture du Corsaire Hambourg
20 novembre Ouverture du Corsaire Brême
11 décembre Ouverture de Benvenuto Cellini, Danse des Sylphes de Faust,
Rêverie et caprice, ouverture du Carnaval romain
Berlin HvB 881209; Le Ménestrel20 janvier 1889
1889
7 janvier Rêverie et caprice Berlin
7 février Ouverture de Benvenuto Cellini Hambourg
26 février Ouverture de Benvenuto Cellini Brême
4 mars Ouverture de Benvenuto Cellini Berlin
27 mars Ouverture de Benvenuto Cellini New York
1890
16 janvier Ouverture du Carnaval romain Königsberg
22 janvier Rêverie et caprice, ouverture du Carnaval romain Hambourg
3 mars Ouverture du Roi Lear Berlin
4 mars Ouverture du Roi Lear Berlin, Garnisonkirche
20 octobre La Captive Hambourg HvB 901020
1891
30 novembre Ouverture du Roi Lear Hambourg
1892
29 février Ouverture de Béatrice et Bénédict Berlin
7 mars Ouverture de Béatrice et Bénédict Hambourg
14 mars Harold en Italie Berlin HvB 920314
[4 avril] [La Fuite en Egypte] [Berlin] [Dirigé par Ochs et non par Bülow]

Illustrations

Sauf indication contraire, toutes les images sur cette page viennent de notre collection.

Hans von Bülow c. 1855

 La peinture ci-dessus, par Wilhelm Streckfuss, vient de Alan Walker, Hans von Bülow: A Life and Times. Oxford University Press, 2010, page 84.

La gravure ci-dessus, publiée par Baumgärtner en 1880, vient de la Bibliothèque nationale de France.

La photo ci-dessus montre Bülow à Berlin. L’image ici vient de Alan Walker, Hans von Bülow: A Life and Times. Oxford University Press, 2010, page 89.

La photo ci-dessus, publiée d’abord en 1880, vient de The Golden Treasury of Music, publié par N. G. Hamilton en 1895.

Hans von Bülow c. 1887

La gravure ci-dessus fut publiée dans le Illustrirte Zeitung, 14 mai 1887.

Hans von Bülow

La photo ci-dessus fut publiée dans Hans von Bülow, Neue Briefe, herausgegeben und eingeleitet von Richard Graf Du Moulin Eckhart, Munich 1927.

Hans von Bülow dirige l’Orchestre de Meiningen au Théâtre de Meiningen

La photo ci-dessus fut publiée dans Heinrich Reimann, Hans von Bülow: sein Leben und sein Wirken. Harmonien, 1908. L’image ici vient de Kenneth Birkin, Hans von Bülow: A Life for Music, Cambridge University Press, 2011, page 294.

Récital de Piano à la Salle du Musée Littéraire de Göttingen 
Jeudi, 18 décembre 1884, à 19h

Au récital Hans von Bülow a exécuté des œuvres de Bach, Beethoven, Brahms, Joachim Raff, Chopin, Schubert, Schubert-Liszt et Liszt. 
L’image ci-dessus vient de la Bibliothèque nationale de France.

Voir aussi sur ce site: Hans von Bülow, Deux articles de 1852 sur Benvenuto Cellini 

Site Hector Berlioz crée par Monir Tayeb et Michel Austin le 18 juillet 1997;
Page Berlioz: Pionniers et Partisans créée le 15 mars 2012; cette page créée le 15 juillet 2012, et mise à jour le 15 septembre et le 25 octobre 2012.

© Michel Austin et Monir Tayeb. Tous droits de reproduction réservés.

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