Hamilton Harty

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Chefs d’orchestre: Sir Hamilton Harty (1879-1941)

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Hamilton Harty

Contenu de cette page

Présentation
La carrière de Harty
Harty et Berlioz
Chronologie
Table des exécutions de musique de Berlioz
Extraits du Ménestrel, 1888-1903 et 1922-1940
Illustrations

Cette page est disponible aussi en anglais

Voir aussi: Hamilton Harty on Berlioz (1928) (en anglais)

Abréviations:

Dibble = Jeremy Dibble, Hamilton Harty. Musical Polymath (Londres, 2013)
Plummer = Declan Plummer, ‘Music Based on Worth’: The Conducting Career of Sir Hamilton Harty, Thèse de Doctorat, Belfast 2011 (le texte intégral est disponible en ligne)

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Présentation

    Parmi les chefs d’orchestre du début du 20ème siècle, Hamilton Harty mérite une place à part: il est sans doute le premier chef d’orchestre britannique à avoir activement soutenu la musique de Berlioz en Grande Bretagne, plus tôt semble-t-il que son contemporain exact Thomas Beecham (1879-1961), qui partageait par ailleurs un même enthousiasme pour le compositeur. Avant l’époque de Harty et de Beecham, l’activité musicale en Grande Bretagne était dominée en grande partie par des musiciens allemands, et c’est l’un d’eux, Charles Hallé, un ami de Berlioz, qui fut le premier à faire entendre sa musique dans le pays, à Manchester et à Londres, à partir de 1879. Bien des années plus tard, dans les années 1920, c’est Hamilton Harty qui contribuera par ses exécutions de Berlioz à susciter un nouvel intérêt pour sa musique, qui portera fruit plus tard dans le pays: à témoin notamment les écrits de W. J. Turner (Berlioz, The Man and his Work, 1934) et de Tom S. Wotton (Hector Berlioz, 1935), dont le texte est reproduuit intégralement sur ce site (mais on est surpris de constater que Wotton fait silence sur Harty dans son livre, et ne fait pas ressortir ce que Harty a accompli pour Berlioz).

    Harty ne jouit certes pas de la même réputation que d’autres chefs d’orchestre de son époque, tels que Thomas Beecham, Felix Weingartner (1863-1942), Wilhelm Furtwängler (1886-1954), ou Arturo Toscanini (1867-1957). La maladie met fin prématurément à sa carrière; il meurt avant eux relativement jeune en 1941, avant d’avoir pu donner la pleine mesure de ses capacités. Sur le plan personnel Harty était discret et réservé, et ne recherchait pas la publicité; il avait ses idées à lui sur la musique et les musiciens, et ne se gênait pas pour les exprimer franchement, mais sur son compte personnel il n’était pas bavard. À l’encontre de Beecham ou de Weingartner, par exemple, voire Berlioz lui-même, ce n’est que vers la fin de sa vie, en 1940, qu’il entreprend de rédiger son autobiographie, mais la mort y coupe court et l’ouvrage reste à l’état d’une brève esquisse, qui n’embrasse que ses premières années dans son Irlande natale jusqu’à son installation à Londres en 1901. De plus, la majeure partie de sa carrière après cette date se déroule en Grande Bretagne. À l’encontre encore de Beecham et de Weingartner, il n’entreprend de tournées de concert à l’étranger que relativement tard, en 1931, et la plupart de ses voyages auront pour destination les États-Unis (entre 1931 et 1936), avec un seul voyage en Australie en 1934. Mis à part d’uniques concerts en Espagne et en Belgique (en avril et novembre 1932) il ne fait pas de tournées étendues en Europe (mais il s’y rend souvent à titre privé, et a appris lui-même le français, l’allemand et l’italien). De nombreuses annonces dans l’hebdomadaire Le Ménestrel à Paris, reproduites ci-dessous sur cette page, témoignent de sa grande réputation en France dans les années 1920 et 1930, et en 1926 ce journal évoque l’éventualité d’une visite de sa part à Paris avec son orchestre pour y diriger la Symphonie fantastique de Berlioz, mais ce projet n’aboutira pas (Ménestrel 26/2/1926).

    Ce que Harty a accompli n’en reste pas moins considérable, compte tenu des obstacles auxquels il a dû faire face dès le départ. C’est dans son Irlande natale qu’il se forme, pays qui de son propre aveu ne possédait à l’époque que des ressources musicales restreintes — on n’y trouve pas d’orchestre symphonique digne du nom — et ne pouvait donc lui fournir un champ d’action à la mesure de ses capacités musicales. Il est en grande partie autodidacte, et ne bénéficie pas d’une formation et de diplômes acquis dans un conservatoire de musique ou une université. Son espoir de poursuivre une carrière de pianiste virtuose est entravé par sa constitution: ses pouces sont jugés trop courts pour son instrument. Il est issu d’un milieu social relativement modeste, et manque au départ de relations influentes dans le monde musical anglais. Mais malgré tous ces obstacles, et grâce à un travail acharné et à des dons exceptionnels, il se taille en Grande Bretagne et à l’étranger une place éminente. Musicien complet, il brille dans plusieurs domaines à la fois: d’abord comme accompagnateur qui élève son art à un niveau insoupçonné, puis comme compositeur dont les meilleurs œuvres s’imposent et deviennent populaires, du moins de son vivant, et finalement comme l’un des meilleurs chefs d’orchestre de son temps, avec un répertoire qui s’étend des classiques à la musique contemporaine, et qui est célèbre notamment pour ses interprétations de Berlioz qu’il défend avec conviction.

La carrière de Harty

    Il n’y a pas lieu de tracer sur cette page plus qu’une esquisse sommaire des grandes lignes de la carrière de Hamilton Harty, pour fournir un cadre à son œuvre pour Berlioz (on trouvera un résumé des principales dates dans la Chronologie ci-dessous). La vie et la carrière musicale de Harty ont déjà fait l’objet d’études de fond, notamment dans la thèse de doctorat de l’Université de Belfast de 2011 par Declan Plummer, ‘Music Based on Worth’: The Conducting Career of Sir Hamilton Harty, et dans le livre publié en 2013 par Jeremy Dibble, Hamilton Harty. Musical Polymath. Tous deux ont été d’une grande utilité dans la rédaction de cette page; voir à ce sujet la table d’exécutions ci-dessous. (Remarquons en passant que Dibble ne cite pas la thèse de Plummer dans sa bibliographie ni ailleurs dans son livre, bien que les deux ouvrages traitent du même sujet et se rejoignent sur bien des points.) On renverra aux deux ouvrages simplement par le nom de leurs auteurs (la thèse de Plummer est inédite, mais l’auteur en a généreusement rendu le texte intégral disponible en ligne).

    Dans une interview publiée dans The Musical Times du 1er avril 1920, Harty a esquissé à grands traits sa carrière de musicien, jusqu’à sa nomination en 1920 au poste de chef permanent de l’orchestre Hallé de Manchester. De large extraits de cette interview sont reproduits dans l’original sur la version anglaise de cette page. Résumons ici les grandes étapes de sa carrière.

    Quatrième enfant d’une famille nombreuse de pas moins de dix, Hamilton Herbert Harty est né le 4 décembre 1879 à Hillsborough, dans le comté de Down, près de Belfast. Il naît dans un famille de musiciens, et dès son plus jeune âge il est plongé dans une ambiance où la musique est tout. Sa mère est violoniste et mène le quatuor familial, une de ses sœurs tient la partie de second violon, lui est altiste, et son père joue le violoncelle. Son père est organiste de profession et chef des chœurs à la paroisse de Hillsborough, où il a déménagé de Dublin avec sa famille un an avant la naissance du jeune Hamilton. Musicien complet, son père possède une large bibliothèque de livres de musique et de partitions; autodidacte, il dédaigne l’enseignement universitaire, et exercera une profonde influence sur son fils. Hamilton Harty est lui-même en grande partie autodidacte; doué d’un esprit indépendant, il a un vif sentiment de sa valeur et se fie à son propre jugement, parfois jusqu’à l’obstination.

    Harty naît à une époque où son pays est un, et fait partie de la Grande Bretagne en vertu de l’Acte d’Union de 1801. S’il avait des vues politiques accusées, Harty n’en souffle mot; en pratique l’Union est pour lui un fait acquis, et dans son interview de 1920 il garde un silence prudent sur les troubles qui sévissaient en Irlande à l’époque, et qui mèneront à la création en 1922 de l’État Libre Irlandais (Irish Free State). Pour ce qui est de la musique en Irlande, Harty critique l’indigence des ressources dont dispose le pays, et s’élève contre la paresse et le manque d’ambition des jeunes musiciens irlandais. Mais il restera toujours profondément attaché à son pays d’origine et à ses racines irlandaises. Cela veut dire en premier lieu l’Ulster où il passe ses premières années, mais aussi Dublin, où il va s’établir en 1896 et où il fait connaissance de l’Italien Michele Esposito (1855-1929), professeur de piano à la Royal Irish Academy of Music. Esposito devient un ami à vie et un conseiller intime (il lui dédie plusieurs de ses compositions), et la deuxième influence majeure sur Harty après son père. Par la suite Harty reviendra constamment en Irlande, tant en Uster qu’à Dublin, et sa musique sera pleine de souvenirs irlandais, comme le proclame le titre de plusieurs de ses compositions: par example la Irish Symphony (Symphonie irlandaise) de 1904, le poème symphonique With the Wild Geese (Avec les oies sauvages) de 1910, ou le poème symphonique The Children of Lir (Les Enfants de Lir) de 1939, mais aussi de nombreuses autres compositions sans titre (on trouvera une liste complète de ses compositions dans Dibble, Appendice I, p. 299-307, qui traite en détail de nombre de ses ouvrages). C’était paraît-il l’ambition de Harty de terminer sa carrière en Irlande en aidant à développer la musique dans son pays natal. (Une remarque en passant: à deux reprises Le Ménestrel qualifie Harty, à tort, de chef d’orchestre anglais [17/7/1931; 14/8/1931] — un exemple de la fréquente assimilation des différents peuples des Îles Britanniques aux seuls Anglais, erreur que les critiques aux États-Unis ne commettent pas: pour eux Harty est toujours bien un Irlandais.)

    Au cours du 19ème siècle d’autres musiciens irlandais quittent leur pays pour aller s’installer en Grande Bretagne en quête de débouchés qu’ils ne peuvent trouver chez eux: entre autres Michael Balfe (1808-1870) et Vincent Wallace (1814-1865), tous deux connaissances de Berlioz à Londres, plus tard Charles Stanford (1852-1924), qui occupe pendant des années une chaire de composition au Royal College of Music à Londres. Au début de 1901 Hamilton Harty suit leur exemple et s’installe à Londres. Il se taille rapidement une solide réputation d’accompagnateur d’un talent exceptionnel, et bientôt les meilleurs chanteurs et instrumentistes de l’époque réclament ses services. Ils sont unanimes à vanter ses talents de musicien, la finesse de son jeu et ses dons peu communs: il sait lire et transposer à vue n’importe quelle partition, possède une mémoire exceptionnelle, et semble pouvoir deviner d’avance les intentions de chanteurs et instrumentistes. Il est, comme l’écrit le critique du Musical Times en 1920, le ‘prince des accompagnateurs’, qui a élevé son art à un niveau jusqu’alors inconnu: plus qu’un simple accompagnateur subalterne, il est vraiment un collaborateur dans un concert de musiciens à part entière. Son succès dans ce domaine enrichit son expérience musicale, et lui fournit une préparation essentielle pour sa future carrière de chef d’orchestre. Il le met aussi en rapport avec de nombreux chanteurs et instrumentistes, entre autres l’éminente cantatrice Agnes Nicholls (1877-1959), qu’il épouse en 1904. Ils se produisent en public ensemble pendant bien des années, et il écrit pour elle de nombreuses mélodies. Mais à la longue leur mariage n’est pas heureux; ils n’auront pas d’enfants, et pour finir vivront à part, mais sans jamais divorcer.

    Tout en poursuivant sa carrière d’accompagnateur, Harty continue à composer, et avec un certain succès. La composition d’œuvres pour orchestre a aussi un autre avantage, celui de lui donner l’occasion de diriger sa propre musique. La direction d’orchestre était en effet l’ambition ultime de Harty dès son arrivée à Londres, voire même plus tôt. Il soumet sa Symphonie irlandaise au Feis Ceoil (concours de musique) de Dublin en 1904 et remporte le prix; c’est sa première expérience de chef d’orchestre (il dirige l’ouvrage de nouveau l’année suivante à Dublin). Il dirige de même les premières exécutions de son Ode to a Nightingale (Ode pour un rossignol) au festival de Cardiff en 1907 (avec Agnes Nicholls dans la partie de chant) et de son poème symphonique Avec les oies sauvages au même festival en 1910. Entre temps il a donné son premier concert symphonique complet en 1906 avec le British Symphony Orchestra au Queen’s Hall de Londres. Le mariage avec Agnes Nicholls ouvre aussi la voie à d’autres relations avantageuses; il fait notamment la connaissance du célèbre musicien allemand Hans Richter (1843-1916), chef de l’orchestre Hallé de Manchester de 1899 à 1911 et du London Symphony Orchestra (LSO), nouvellement formé, de 1904 à 1911. Harty dirige le Hallé pour la première fois en 1913 et le LSO en 1911, deux orchestres avec lesquels il va nouer des rapports étroits dans les années à venir. À la veille de la première guerre mondiale Harty s’est taillé pour lui même une avantageuse réputation de chef d’orchestre.

    L’avènement de la guerre aide indirectement la carrière de chef d’orchestre de Harty. Malgré les contraintes de la guerre, l’activité musicale continue en Grande Bretagne sans interruption majeure, mais alors qu’avant la guerre des musiciens allemands tels que Hans Richter avaient joué un rôle de premier plan dans le pays, la Grande Bretagne se voit maintenant obligée de se tourner en premier lieu vers ses propres musiciens, et les Allemands ne sont désormais plus les bienvenus. Harty est l’un des chefs britanniques dont on réclame constamment les services, et c’est pendant ces années de guerre et immédiatement après qu’il noue des rapports étroits avec notamment l’orchestre Hallé et le LSO. Puis au début de 1920 sa grande chance se présente. Pendant les années de guerre le Hallé a dû vivre au jour le jour avec une suite de chefs provisoires, Harty parmi eux. Le besoin de stabilité et d’un chef permanent se fait maintenant sentir, et sur la recommendation de Thomas Beecham, qui avait fait beaucoup lui-même pour soutenir l’orchestre pendant la guerre, et qui appréciait visiblement les talents de Harty, on offre à Harty le poste de chef permanent de l’orchestre à dater de la saison 1920-1921.

    Harty accepte le poste, qu’il va tenir sans interruption pendant plus d’une décennie, d’octobre 1920 à avril 1933. Sa nomination marque un moment capital à la fois dans sa carrière et dans les fortunes du Hallé. Auparavant les chefs permanents du Hallé avaient tous été des Allemands: Charles Hallé, le fondateur de l’orchestre (1857-1895), puis Hans Richter (1899-1911), auquel succède Michael Balling (1911-1914). Sous la direction de Harty l’orchestre redevient rapidement ce qu’il avait été sous Charles Hallé, le premier orchestre du pays, qui se maintient à un niveau que les orchestres de Londres ne parviennent pas à atteindre. L’orchestre ne fait pas de tournées en dehors des Îles Britanniques (Harty emmène l’orchestre de temps en temps en Irlande), mais sa réputation se répand à l’étranger: à témoin les fréquentes mentions de ses activités dans l’hebdomadaire parisien Le Ménestrel au cours des années 1920 (voir notamment Le Ménestrel 3/11/1922, 17/8/1923, 23/11/1928, 29/11 et 27/12/1929). Après des années de pénurie les finances de l’orchestre enregistrent maintenant un bénéfice (Ménestrel 12/9/1924). Outre ses séries régulières de concerts à Manchester et dans les villes avoisinantes, le Hallé se rend aussi fréquemment à Londres (cf. Ménestrel 12/9 et 14/11/1924, 23/11/1928, 10/1 et 28/11/1930). Avec la fondation de la British Broadcasting Company en 1922, nationalisée en 1927 pour devenir la British Broadcasting Corporation (BBC), on commence à partir de 1923 à diffuser de nombreux concerts du Hallé. Dès le début de la nomination de Harty au Hallé l’orchestre commence aussi à faire des enregistrements commerciaux, d’abord avec la technique acoustique plus limitée, puis à partir de 1925 avec la technologie électrique plus avancée, qui permet l’utilisation de microphones et d’orchestres au complet (on trouvera une liste complète des enregistrements de Harty dans Dibble, Appendice 2, p. 308-29; pour ses enregistrements de Berlioz voir ci-dessous). Après le départ éventuel de Harty, l’époque de sa direction du Hallé laissera dans l’esprit tant de ses musiciens que de son public, le souvenir d’un âge d’or qu’on évoquera avec nostalgie. Harty est décoré en 1925 et devient ‘Sir Hamilton Harty’, hommage accordé à la fois au compositeur et au chef d’orchestre.

    Au début des années 1930 les bonnes relations de Harty avec le Hallé commencent à se dégrader, résultat en partie des contraintes suite à la crise financière d’octobre 1929 et de ses répercussions mondiales, et en partie des exigeances croissantes de Harty, qui réclame plus d’autorité et d’indépendance. À l’été de 1931 il fait sa première tournée de chef d’orchestre à l’étranger, qui l’amène aux États-Unis pour une série de concerts au Hollywood Bowl en Californie. S’il continue son contrat avec le Hallé, c’est en fait le début d’une nouvelle phase dans sa carrière, celle de chef d’orchestre itinérant et indépendant. Le succès de sa première tournée en Californie l’incite à renouveler ses visites aux États-Unis dans les années qui suivent. En 1932 il renoue ses rapports avec le LSO à Londres, et en février 1933, au retour d’une nouvelle tournée aux États-Unis, il annonce assez brusquement sa démission du Hallé à dater de la fin de la saison 1932-1933. Il laisse entendre aussi qu’il va assumer la direction permanente du LSO (Ménestrel 21/3/1933). Suivent en 1934 de nouvelles tournées aux États-Unis, et la même année il fait son premier (et unique) voyage en Australie. Entre temps ses rapports avec le LSO commencent à se dégrader, et pour les mêmes raisons qu’avec le Hallé: le LSO ne lui accorde pas la liberté d’action qu’il souhaite, et son contrat permanent avec lui se terminera avec la fin de la saison 1934-1935. Au début de 1935 il se produit pour la première fois à la tête du BBC Symphony Orchestra, le premier d’une série de concerts avec cette formation qui se poursuivra jusqu’à la fin de sa carrière. L’orchestre avait été fondé par la BBC en 1930, et sa fondation sera suivie en 1932 par la création par Thomas Beecham et Malcolm Sargent d’encore un autre orchestre à Londres, le London Philharmonic Orchestra (LPO), avec lequel Harty donnera par la suite des concerts et fera plusieurs enregistrements. Les jours où le Hallé dominait l’activité symphonique en Grande Bretagne étaient bel et bien révolus.

    Entre temps la santé de Harty commence à se ressentir d’un emploi du temps surchargé et de ses nombreux déplacements à l’étranger. 1936 marque la dernière année de ses tournées aux États-Unis, et à l’automne on lui diagnostique une tumeur au cerveau. Par suite d’une opération il perd la vue de son œil droit, et pour toute l’année 1937 et une bonne partie de 1938 il n’est plus en mesure de diriger. Il profite de ce répit forcé pour redevenir compositeur, et en mars et avril 1939 il peut finalement diriger les premières exécutions de ses nouveaux ouvrages, le poème symphonique Les Enfants de Lir et ses Cinq poèmes irlandais. La déclaration de guerre contre l’Allemagne (3 septembre 1939) circonscrit les activités musicales dans le pays. En septembre 1940 le domicile de Harty à Londres est en partie détruit par un bombardement; sa santé empire, il doit se réfugier à Hove dans le Sussex sur la côte sud, et c’est là qu’il meurt le 19 février 1941.

    Bien des années plus tard, en 1975, les papiers de Harty feront l’objet d’un don à la Queen’s University de Belfast par la secrétaire personnelle de Harty, Olive Baguley; elle avait été secrétaire du Hallé à l’époque où Harty dirigeait l’orchestre, puis était entrée au service personnel de Harty en 1933 après sa démission. Le don de ses papiers à l’Université de Belfast était un geste opportun, vu les longues relations de Harty avec Belfast, auquel l’Université avait rendu hommage en lui décernant un doctorat honoris causa en juillet 1933. Un inventaire du legs de Harty est disponible en ligne sur le site internet de l’Université de Belfast.

Harty et Berlioz

    Avant même son entrée en fonctions comme chef permanent du Hallé en 1920, Harty était tout dévoué à la cause de Berlioz. Dans son interview de 1920 pour The Musical Times il proclame son intention de faire entendre beaucoup de sa musique à Manchester, où le public lui semble beaucoup plus ouvert au compositeur qu’à Londres: ‘Berlioz est l’une des idoles de mon Panthéon … Berlioz et Mozart sont mes dieux personnels … ils sont les deux grands compositeurs intuitifs, par opposition aux grands compositeurs logiques’. Au cours des années suivantes il donne suite à son projet et régale le public de Manchester avec un festin de Berlioz tel que la Grande Bretagne n’avait pas connu depuis l’époque de Charles Hallé à Manchester. Au cours des années 1920 et le début des années 1930 Harty et le Hallé vont acquérir la réputation chez eux et à l’étranger d’être les premiers interprètes de Berlioz dans le pays (pour leur réputation en France voir notamment Le Ménestrel 17/9/1926, 4/5/1928, 12/4/1929, 10/1/1930).

Charles Hallé

    Il était tout à fait indiqué que ce fût à Manchester que cet événement ait lieu, et avec l’orchestre Hallé comme instrument: l’orchestre avait été fondé en 1857 par Charles Hallé (1819-1895 - voir son portrait ci-dessous). Né en Allemagne, puis établi à Paris de 1836 à 1848, Hallé avait été un ami intime de Berlioz. La révolution de 1848 le contrait à aller s’installer en Angleterre, où il se fixe bientôt à Manchester et transforme la scène musicale dans cette ville: ‘Cet Allemand énergique a fait plus pour la musique dans le nord de l’Angleterre que tous ses prédecesseurs et successeurs réunis’, comme l’écrit Thomas Beecham (A Mingled Chime [1944], chapitre 4). Chef de l’orchestre qu’il a fondé, Hallé donne à Manchester les premières exécutions de plusieurs grands ouvrages de Berlioz: la Symphonie fantastique (9 janvier 1879), la Damnation de Faust (5 février 1880), l’Enfance du Christ (30 décembre 1880), et Roméo et Juliette (29 décembre 1881; voir le programme ci-dessous). Par la suite il rejoue ces ouvrages dans les villes avoisinantes et à Londres: Hallé établit l’usage d’emmener son orchestre à Londres, malgré les frais encourus. Voir par exemple sur ce site un compte-rendu de Faust à Londres en mai 1880, un compte-rendu d’une autre exécution de Faust à Manchester en janvier 1882, le programme ci-dessous de Faust à Bradford le 3 mars 1882, le compte-rendu d’une autre exécution de Faust à Londres en 1892, et les remarques ajoutées par le fils de Hallé aux mémoires de son père publiées en 1896. L’hebdomadaire Le Ménestrel fait mention plusieurs fois de ces exécutions de Berlioz à Manchester et à Londres, et souligne la volonté de Hallé de faire entendre la musique de son ami, et son insistance à faire venir son orchestre à Londres (Ménestrel 30/11/1890, 6/12/1891, 17/1/1892, 26/2/1893).

    Il ne semble pas possible de déterminer si Harty a suivi de propos délibéré l’exemple de Charles Hallé: Harty lui-même ne souligne pas le rapport, et il est en fait muet sur quand et comment son enthousiasme pour Berlioz est né. Il semble peu probable que la collection de partitions de son père ait contenu beaucoup d’œuvres de Berlioz, qui devaient être difficiles à obtenir en Irlande à l’époque et étaient rarement entendues. On sait qu’un orchestre régional a fait entendre à deux reprises la Damnation de Faust à Belfast en 1896, mais on ne sait si Harty a assisté ou même participé à l’une ou l’autre de ces exécutions (Dibble, p. 10-11). Ce n’est sans doute qu’après sa venue à Londres qu’il aurait eu accès plus facilement aux partitions publiées de Berlioz, et la nouvelle édition de Breitkopf et Härtel des œuvres de Berlioz ne commence à paraître qu’en 1900 (elle est en vente libre en Grande Bretagne, mais pas en France).

Hans Richter

    La place de Hallé à la tête de l’orchestre de Manchester échoit finalement à un autre musicien allemand, Hans Richter (1843-1916 - voir son portrait ci-dessous), qui va diriger le Hallé de 1899 à 1911 (cf. Le Ménestrel 23/10/1898). Richter est connu en premier lieu pour ses liens étroits avec Richard Wagner et le festival de Bayreuth: il dirige les premières représentations de l’Anneau des Nibelungen à Bayreuth en 1876 et se produit régulièrement à Bayreuth pendant des années à venir. Richter est réputé avant tout comme interprète du répertoire allemand, en particulier Beethoven, Wagner et Brahms, mais malgré le dédain qu’il affichait pour la musique française, il fait une exception pour Berlioz. Dès le début de sa nomination à la tête de la philharmonique de Vienne en 1875 il inscrit des œuvres de Berlioz à ses programmes. Bientôt il se met à visiter régulièrement Londres et d’autres villes anglaises, et y fait entendre certaines des grandes œuvres de Berlioz: la Symphonie funèbre et triomphale en 1885 (Wotton, Hector Berlioz ch. 7 p. 159), le Requiem au Festival de Birmingham en 1888 (Le Ménestrel 22/7 et 23/9/1888), la Damnation de Faust à Londres en 1888 et 1889 (éloge de Bernard Shaw, mais critique de Hans von Bülow), le Te Deum au Festival de Birmingham en 1894 (Le Ménestrel 7/10/1894).

    Nous n’avons pu préciser quelle place Richter a pu faire à la musique de Berlioz dans ses concerts du Hallé à Manchester et à Londres (comme Charles Hallé avant lui, il emmenait son orchestre à la capitale, cf. Le Ménestrel 29/3/1903). Du moins Berlioz figurait parfois dans ses concerts à Londres avec le London Symphony Orchestra (LSO) qui venait d’être fondé, et dont il fut le chef de sa fondation en 1904 à 1911. Deux exemples en sont l’ouverture du Carnaval romain le 25 octobre 1909 (voir le programme de ce concert ci-dessous) et deux fragments symphoniques de Roméo et Juliette le 13 février 1911 (voir le programme de ce concert ci-dessous). On sait aussi qu’il a dirigé la Damnation de Faust au Festival de Birmingham le 8 octobre 1909 (Le Ménestrel, 9/10/1909, p. 326). On ne sait si Harty a assisté à ces concerts ou à d’autres exécutions de Berlioz à cette époque, mais il a certainement dû être conscient des célébrations à Londres pour le centenaire de la naissance du compositeur en 1903. Il est sans doute caractérisque que pour l’essentiel elles furent le fait de chefs allemands: Hans Richter lui-même (la date n’est pas établie), Felix Weingartner le 12 novembre (Le Ménestrel 8/11, 15/11 et 22/11/1903), et Richard Strauss le 11 décembre (Le Ménestrel 6/9/1903); une seule manifestation ne semble pas avoir reçu la participation de musiciens allemands (Le Ménestrel 20/12/1903).

    D’après les informations disponibles, ce n’est qu’après le début de la guerre en 1914 que Harty a commencé à inscrire des œuvres de Berlioz à ses programmes de concert, pour la première fois en 1915 (voir la Table d’exécutions ci-dessous). Jusqu’à 1917 il ne s’agit que de morceaux plus brefs (ouvertures et fragments symphoniques); un concert (le 10 mars 1917) comprend la mélodie Absence avec Agnes Nicholls, ce qui suggère que ses années de travail comme accompagnateur ont pu donner à Harty l’occasion de se familiariser avec les mélodies de Berlioz. En 1918 (8 octobre) il donne pour la première fois à Manchester une intégrale de la Damnation de Faust; il remplace à cette occasion Thomas Beecham qui n’est pas disponible, mais cela laisse entendre qu’il avait déjà une bonne connaissance de l’ouvrage. Puis en 1919 (qui se trouvait être le cinquantenaire de la mort du compositeur) le nombre d’exécutions de Berlioz données par Harty augmente sensiblement: il donne pour la première fois une intégrale de la Symphonie fantastique (5 avril) et une autre intégrale de la Damnation de Faust (22 novembre). Les deux ouvrages sont visiblement bien reçus et sont donc redonnés avant la fin de l’année (18 et 22 décembre). C’est sans doute à cela que Harty fait allusion quand il évoque en avril 1920 le bon accueil réservé par le public de Manchester à ses exécutions de Berlioz, qui l’encourage à poursuive dans cette voie quand il assume la direction permanente de son orchestre.

Le répertoire Berlioz de Hamilton Harty

   ‘Pendant les neuf ou dix dernières années la plupart des œuvres majeures de Berlioz ont été présentées par moi à Manchester’, écrit Harty en décembre 1928. C’est exact dans l’ensemble, mais avec quelques restrictions. Au cours de sa période à Manchester Harty exécute au moins une fois (et souvent plusieurs) toutes les ouvertures à l’exception de Waverley (ainsi que de Rob Roy, ouvrage condamné par Berlioz lui-même). Il donne aussi des intégrales des quatres symphonies (en plus des fragments symphoniques de Roméo et Juliette), la Damnation de Faust intégralement (en plus des 3 morceaux pour orchestre), le Requiem, le Te Deum, et donne en version de concert les Troyens à Carthage en 1928, en plus de fréquentes exécutions des morceaux pour orchestre, la Chasse royale et la Marche troyenne, tirés de l’opéra. (On précisera que Les Troyens sont chantés en traduction anglaise, ce qui semble la pratique usuelle de Harty pour toutes les œuvres vocales qui ne sont pas en latin.)

    On relevera quelques lacunes parmi des œuvres qu’on aurait pu s’attendre à voir figurer au répertoire de Harty. Il est surprenant qu’il n’ait jamais fait entendre l’Enfance du Christ, qui ne nécessite que des effectifs modestes (par rapport à la Damnation de Faust, par exemple). Il affectionnait particulièrement l’un de ses morceaux (le Repos de la Sainte Famille), dont il fit un arrangement pour violoncelle et piano qu’il fit souvent entendre à ses concerts de chambre (Dibble p. 198 n. 42); on sait par ailleurs qu’il a envisagé de donner une intégrale de l’œuvre, qui n’eut cependant pas lieu (lettre du 20 décembre 1934, parmi les papiers de Harty à Belfast). Les opéras constituent la lacune majeure de son répertoire. Harty émettait de sérieuses réserves sur l’opéra comme forme d’art, et, à l’encontre de Thomas Beecham, la majeure partie de sa carrière de chef d’orchestre a pour cadre les concerts symphoniques et non l’opéra (il fait de rares apparitions à Covent Garden in 1913). Mais il donne de temps à autre plusieurs opéras en version de concert (par exemple Carmen). Il le fait une fois avec les Troyens à Carthage, mais délaisse la Prise de Troie et les deux autres opéras de Berlioz, Benvenuto Cellini et Béatrice et Bénédict, dont il joue cependant très souvent les ouvertures. On relève de rares extraits vocaux de Benvenuto Cellini (1927), mais aucun de Béatrice (le duo nocturne des deux femmes à la fin du premier acte était très populaire aux concerts à Paris avant la guerre de 1914). Il ne donne pas non plus Les Nuits d’été intégralement, mais seulement parfois deux mélodies du cycle (1917, 1930). Avec ces restrictions il n’en reste pas moins que le répertoire Berlioz de Harty à la fin des années 1920 était plus étendu que celui de n’importe quel chef en Grande Bretagne avant lui, sans excepter Charles Hallé.

    Le répertoire Berlioz de Harty est pratiquement complet avant même la fin de sa période avec le Hallé; le seul ouvrage qu’il semble ajouter par la suite est la Marche funèbre pour la dernière scène d’Hamlet, mais c’était pour une occasion spéciale (un concert le 19 mars 1934 pour commémorer la mort d’Elgar). Les ouvrages qu’il exécute avec divers orchestres de Londres à partir de 1932 viennent tous de son répertoire courant, et il en est de même avec ses voyages à l’étranger (principalement aux États-Unis). Son répertoire Berlioz dans ces voyages consiste presque exclusivement en morceaux pour orchestre plus brefs qui avaient bonne chance d’être populaires, avec une seule exception, une intégrale de la Symphonie fantastique à Rochester en 1935. Mais d’un autre côté après Manchester Harty reste comme avant entièrement acquis à la cause de Berlioz. Il donne une exécution radiodiffusée très remarquée du Requiem et de la Symphonie funèbre avec l’orchestre de la BBC le 4 mars 1936. Après s’être remis de la maladie qui interrompt sa carrière de chef d’orchestre pendant presque deux ans, il continue à faire exécuter des symphonies de Berlioz dans les premiers mois de 1940, après la déclaration de la guerre.

Hamilton Harty dirige Berlioz

    Dans une conférence prononcée en octobre 1931 à l’Université de Liverpool, Harty range les chefs d’orchestre de son temps en deux catégories (citation d’après Plummer p. 376-7 et Dibble p. 215; nous traduisons):

Il y a ceux dont l’unique but est de suivre ce qu’ils prennent pour la pensée du compositeur, en prêtant l’attention la plus scrupuleuse à chaque détail, et qui s’efforcent de ne pas trahir le moindre signe des émotions que la musique provoque en eux, et ceux dont les interprétations sont un reflet fidèle des impressions personnelles qu’ils reçoivent. Chaque école a ses partisans. Pour ma part, je penche plutôt vers ce dernier groupe, pour la raison que je préfère quelque chose de vivant même si parfois inexact, à quelque chose de parfaitement correct mais dénué de vie.

    Pour simplifier on pourrait distinguer d’après Harty entre deux manières d’envisager l’interprétation musicale, l’une ‘objective’ et l’autre ‘subjective’. Parmi les contemporains de Harty Toscanini serait un exemple de la manière ‘objective’  et Furtwängler un de la manière ‘subjective’, mais la différence remonte en fait à bien avant l’époque de Harty, et on pourrait remonter jusqu’à l’opposition entre Berlioz et Wagner. Une différence fondamentale entre eux consistait dans leur manière d’interpréter les mouvements: Berlioz insistait sur des mouvements réguliers (mais sans rigidité), alors que Wagner les interprétait de manière beaucoup plus libre, ce qui déplaisait à Berlioz (voir la lettre CG no. 1991 de juillet 1855). Il n’est plus possible de nos jours de se faire une idée objective des manières de diriger de Berlioz, Wagner et d’autres chefs de leur temps, mais quand on atteint les années 1920 les techniques d’enregistrement avaient suffisamment avancé pour permettre aux générations suivantes de former une impression directe de comment Harty et autres chefs de son époque dirigeaient.

    Pour ce qui est de la musique de Berlioz Harty a laissé un nombre certes modeste d’enregistrements, mais néanmoins révélateur. La liste ci-dessous a été établie en partie d’après des rééditions des originaux, et en partie d’après les tables fournies par Plummer (Table 11 suivant la p. 180) et Dibble (p. 309-10). Seuls les enregistrements électriques sont inclus (Harty fit tôt des enregistrements de la Marche hongroise et de l’ouverture du Carnaval romain utilisant la technique acoustique, mais les refit plus tard avec la technique électrique). Les abréviations sont les mêmes que dans la Table d’exécutions plus bas.

Liste d’enregistrements

Date Œuvre Orchestre Compagnie
30 avril 1927 Marche hongroise Hallé Columbia
30 avril 1927 Valse des Sylphes Hallé Columbia
30 avril 1927 Roméo IV Hallé Columbia
10 avril 1931 Chasse royale Hallé Columbia
18 février 1932 Carnaval Hallé Columbia
7 & 9 septembre 1933 Roméo II LPO Columbia
9 novembre 1934 Béatrice ouverture LPO Columbia
9 novembre 1934 Corsaire LPO Columbia
26 avril 1935 Marche funèbre pour la dernière scène d’Hamlet LPO Columbia
16 octobre 1935 Lear LSO Decca
16 octobre 1935 Marche troyenne LSO Decca

    Ceci ne représente bien entendu qu’un modeste échantillon du répertoire Berlioz de Harty. Il s’agit uniquement de morceaux pour orchestre, sans aucune œuvre pour voix; dans l’enregistrement de la marche pour la dernière scène de Hamlet le chœur sans paroles est remplacé par des instruments, ce qui malheureusement détruit un effet saisissant dans une exécution par ailleurs d’un profond sentiment. Ce sont aussi de brefs morceaux (ouvertures ou fragments symphoniques, mais pas de symphonie intégrale). Il manque en particulier un enregistrement de la Symphonie fantastique, parmi toutes les œuvres majeures de Berlioz celle que Harty faisait entendre le plus souvent. Et cependant Harty a par ailleurs enregistré des symphonies intégrales (entre autres la Symphonie italienne de Mendelssohn et la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak), et Weingartner avec déjà fait un enregistrement de la Symphonie fantastique dès octobre 1925. Cet enregistrement avait été réalisé par la compagnie Columbia, avec laquelle Harty était également sous contrat; on peut supposer que la compagnie hésitait à se faire elle-même concurrence avec un deuxième enregistrement de la même œuvre, quand le premier avait déjà eu beaucoup de succès.

    Il est parfois difficile d’écouter objectivement des enregistrements faits il y a plusieurs générations: les modes et les conventions évoluent, et ce qui est considéré normal à une époque peut paraître affectation démodée à une autre. Par exemple, un trait qu’on remarque dans les enregistrements de Berlioz réalisés par Harty dans les années 1920 et au début des années 1930, est l’usage fréquent du portamento dans le jeu des cordes, notamment dans les mouvements lents: l’emploi de glissements audibles de la main gauche sur la corde quand on passe d’une note à une autre, utilisé dans un but expressif. On en trouve des exemples dans l’introduction lente de Roméo II, de l’ouverture du Carnaval romain, et dans la Valse des Sylphes de Faust. De nos jours cette pratique n’est plus utilisée, à moins que le compositeur l’inscrive dans sa partition (comme par exemple parfois Mahler dans ses symphonies). En général, on prise maintenant beaucoup plus ‘l’authenticité’: on attache de l’importance à l’emploi d’instruments et d’un style de jeu qui se rapprochent plus de ce qui était courant à l’époque du compositeur. En outre, les progrès des techniques, qui permettent de rejouer sur le champ même de menus détails d’un enregistrement, ont sans doute influencé sur ce que l’auditeur attend d’une exécution et sa manière d’écouter la musique. Tout cela aurait été difficile à imaginer à une époque où la seule manière de ressentir la musique était d’assister à un concert.

    En général, les enregistrements de Berlioz faits par Harty saisissent par leur sincérité, leur conviction et leur vitalité; ils témoignent de manière frappante de la volonté de Harty de faire vivre la musique, et de rendre l’esprit de cette musique tel qu’il le concevait, même s’ils s’écartent parfois de la lettre de ce que Berlioz a écrit. Harty suit parfois les indications métronomiques de Berlioz, et parfois il s’en écarte, et en général il interprète les mouvements avec plus de liberté que Berlioz semble avoir envisagé.

    Les enregistrements accusent des traits communs: mouvements lents expressifs et éloquents, qui mettent constamment en valeur le génie mélodique de Berlioz. Harty adopte parfois des mouvements un peu plus lents que ceux indiqués par le compositeur, par exemple dans l’Andante du l’ouverture du Carnaval romain (plus lent que noire = 52), l’Adagio sostenuto de l’ouverture du Corsaire (plus lent que croche = 84), et dans le Larghetto qui ouvre la Chasse royale et orage (plus lent que noire = 76). Il se sert aussi souvent du rubato dans les mouvements lents, par exemple dans l’ouverture du Carnaval romain; dans l’ouverture de Béatrice il commence l’Andante un poco sostenuto au mouvement indiqué (noire = 52), mais ralentit pour l’unisson des cordes (à partir de la mesure 48), pour revenir ensuite au mouvement initial.

    Les mouvements rapides sont immanquablement vifs et entraînants. Harty suit parfois de près le mouvement indiqué, ainsi dans les ouvertures du Corsaire et de Béatrice, et dans la Marche troyenne. Dans d’autres cas il prend les mouvements plus rapidement que dans la partition de Berlioz, notamment dans l’Allegro principal de Roméo II (plus vite que blanche = 108, qui est déjà rapide). Il lui arrive aussi de modifier le mouvement une fois lancé. Dans le Carnaval romain il ralentit le mouvement de l’Allegro assai  pour le retour du thème de l’Andante (mesure 304, non indiqué dans la partition), pour revenir ensuite au premier mouvement. Dans Roméo IV (La reine Mab) il ralentit pour les fanfares des cors de chasse (à partir de la mesure 475, non indiqué dans la partition), puis accélère plus tard. Une autre tendance fréquente de Harty est de presser les mouvenents rapides quand ils approchent de leur fin: ainsi dans les ouvertures de Béatrice, du Corsaire et du Carnaval romain, la Marche troyenne, et dans Roméo II (excessivement dans ce dernier cas). Dans la partie principale de la Chasse royale il commence l’Allegretto plus lentement que l’indication de la partition (croche = 112) — comme d’ailleurs presque toutes les exécutions — mais imprime ensuite à la musique une accélération presque frénétique pour l’orage, bien plus rapide que dans la partition, quitte à ralentir ensuite considérablement jusqu’à la fin du mouvement. Dans presque tous les cas les interprétations de Harty emportent la conviction de l’auditeur, en dépit des divergences d’avec l’original. La seule déception est l’enregistrement de la Marche hongroise, prise plus rapidement que le mouvement mesuré de Berlioz (blanche = 88), avec l’inévitable (et inutile) accelerando vers la fin de la marche. Cette (més)interprétation de la partition de Berlioz semble s’être enracinée à la fin du 19ème siècle, quand le morceau, devenu très populaire, était souvent joué en fin de concert: tradition néfaste qui a eu la vie longue (Colin Davis était l’un des rares chefs à exécuter le morceau tel que Berlioz l’avait écrit, ce qui en augmentait grandement l’effet).

    Avec cette seule exception les enregistrements de Berlioz de Harty n’ont toujours rien perdu de leur fraîcheur et de leur vitalité. On pourrait signaler tout particulièrement l’interprétation remarquable de l’ouverture de Béatrice, pétillante de jeunesse, d’esprit et de délicatesse. C’était à bon droit l’une de ses partitions préférées de Berlioz et qui figurait le plus souvent à ses concerts. On ne peut que regretter la disparition prématurée de Hamilton Harty, avant d’avoir pu léguer à la postérité un témoignage durable et plus complet de son dévouement pour Berlioz.

Note: Comme on l’a vu ci-dessus, l’affinité particulière qu’avait Harty pour la musique de Berlioz était largement reconnue de son temps. On est par conséquent surpris de constater que l’un des premiers spécialistes de Berlioz de l’époque, Tom S. Wotton, ne souffle mot de Harty dans son livre sur Berlioz publié en 1935 (le texte complet en est disponible sur ce site). Wotton mentionne plusieurs chefs éminents de son temps, dont quelques-uns ont défendu Berlioz: entre eux Jules Pasdeloup, Hans von Bülow, Édouard Colonne, Artur Nikisch, Hans Richter, Arturo Toscanini, Thomas Beecham et Felix Weingartner, mais pas Hamilton Harty (voir l’Index de ce livre). Et cependant Wotton devait être au courant des activités de Harty, grâce à ses concerts, ses émissions à la radio, et les journaux. Wotton collaborait à plusieurs revues de musique, entre autres The Musical Times, qui publie en 1920 un article détaillé sur Harty (voir des extraits de cet article sur la version anglaise de cette page). Wotton lui-même rédige un compte-rendu dans cette revue d’un colloque sur Berlioz tenu à Londres en 1928 auquel Harty participe, mais Wotton ne mentionne nommément aucun des participants à ce colloque (‘A Berlioz Conference’, Musical Times 1er avril 1929, p. 318-20). Cet article n’est pas recensé dans la bibliographie du livre de Wotton qui n’en dit mot par ailleurs, pas plus que de la publication complète du colloque en 1929. On a du mal à expliquer et à justifier ce silence de la part de Wotton sur l’un des premier défenseurs de Berlioz de son époque.

Chronologie

    La chronologie présentée ici ne donne qu’un raccourci des principales dates dans la carrière de Hamilton Harty. Pour un exposé complet avec renvoi aux sources on consultera le livre publié en 2013 par Jeremy Dibble (voir ci-dessus).

1879

4 décembre: naissance de Hamilton Herbert Harty à Hillsborough, dans le comté de Down, près de Belfast

1894

12 février: Harty est nommé organiste et chef des chœurs à la paroisse de Brookmount, à l’âge de 14 ans

1895

21 novembre: Harty est nommé organiste à l’église de St Barnabé à Belfast

1896

20 mars: exécution à Belfast de la Damnation de Faust à laquelle Harty a pu assister
6 novembre: Harty est nommé organiste à Christ Church, Bray, à environ 20 km au sud de Dublin

1897

Fondation à Dublin du An Ceis Feoil, festival annuel de musique irlandaise qui comprend des concours de composition

1898

7 et 8 mars: concerts à Dublin par le Hallé Orchestra dirigé par Frederic Cowen
15 et 16 novembre: concerts à Dublin par le Hallé Orchestra dirigé par Hans Richter

1900

Le quatuor no. 1 de Harty remporte un prix au Ceis Feoil

1901

20 février: Harty quitte Dublin pour Londres pour commencer une carrière comme accompagnateur

1902

Automne: Harty fait la connaissance de la soprano Agnes Nicholls

1903

23 septembre: Harty et Agnes Nicholls se produisent pour la première fois en public

1904

Mai: Harty dirige An Irish Symphony au Feis Ceoil à Dublin, son premier essai comme chef d’orchestre; la symphonie remporte le prix
15 juillet: Harty épouse la soprano Agnes Nicholls

1905

18 avril: Harty dirige de nouveau An Irish Symphony à Dublin
Octobre 1905 à janvier 1906: tournée aux États-Unis et au Canada avec la violiniste Marie Hall

1906

5 avril: premier concert de Harty comme chef d’orchestre, avec le British Symphony Orchestra à Queen’s Hall, Londres

1907

25 septembre: Harty dirige la première exécution de son Ode to a Nightingale au festival de Cardiff, avec Agnes Nicholls dans la partie de chant

1910

Mai-juin: Harty participe aux Promenade Concerts de Birmingham
23 septembre: Harty dirige la première exécution de son poème symphonique With the Wild Geese au festival de Cardiff

1911

20 mars: à l’invitation de Hans Richter, Harty dirige son With the Wild Geese avec le LSO (London Symphony Orchestra) à Queen’s Hall, Londres
9 mai: Harty est invité par Hans Richter à diriger un concert entier avec le LSO

1913

6 mars: Harty se produit pour la première fois avec le Hallé Orchestra
2 octobre: Harty dirige la première exécution de The Mystic Trumpeter au festival de Leeds
9 novembre: Harty dirige pour la première fois à l’opéra (Tristan et Yseult, à Covent Garden)
29 novembre: Harty dirige Carmen à Covent Garden

1914

23 avril: Harty dirige le Hallé Orchestra à Westmoreland dans The Mystic Trumpeter
4 août: la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne

1915

28 janvier: concert avec le Hallé Orchestra à Manchester, le premier d’une série au cours de la guerre

1916

Juin: Harty commence une période comme volontaire au service de la Royal Navy, et est posté à Aberdour dans le Fife en Écosse

1918

22 mai: Harty est démobilisé de la Royal Navy pour cause de santé
1er novembre: mort du père de Harty
11 novembre: armistice qui met fin à la guerre

1920

Janvier: sur la recommendation de Thomas Beecham, Harty est nommé chef permanent du Hallé Orchestra à partir de la saison 1920-1921
1er avril: article sur Hamilton Harty dans The Musical Times
14 octobre: premier concert dans la série régulière des concerts Hallé dirigés par Harty, au Free Trade Hall à Manchester

1923

15 mars: Harty joue son Concerto pour piano à un concert Hallé dirigé par Thomas Beecham

1925

Janvier: concerts avec le Hallé à Dublin et Belfast
Juin:  Harty reçoit le titre de chevalier (‘Sir Hamilton Harty’) (Ménestrel 19/6/1925)

1926

28 janvier: première radiodiffusion d’une œuvre de Berlioz par le Hallé (Symphonie fantastique)

1929

19 février: mort en Italie du mentor de Harty Michele Esposito

1931

Juin-août: premier voyage aux États-Unis comme chef d’orchestre, concerts à Boston (20 juin), en California au Woodland Theatre (6-11 juillet), et au Hollywood Bowl (14-25 juillet) (cf. Ménestrel 19/6, 17/7, 14/8 et 18/9/1931)

1932

19 février: Harty dirige le LSO à Londres pour la première fois depuis 1920 (cf. Ménestrel 18/3/1932)
Avril: voyage en Espagne pour un concert avec l’orchestre philharmonique de Madrid
Juin-juillet: voyage aux États-Unis, concerts en California au Woodland Theatre et au Hollywood Bowl (Ménestrel 29/7/1932)
Novembre: voyage en Belgique pour un concert; début d’une série de 6 concerts avec le LSO au cours de la saison 1932-1933

1933

Janvier-février: voyage aux États-Unis, concerts avec le Cleveland Orchestra (5, 7, 12, 14 janvier) et avec le Rochester Philharmonic Orchestra
5 février: Harty donne sa démission du Hallé à partir de la fin de la saison
23 mars: dernier concert de Harty avec le Hallé à Manchester
Juillet: L’Université de Belfast décerne à Harty un grade honoris causa
Juillet-août: voyage aux États-Unis, concerts au Hollywood Bowl et à Chicago (Ménestrel 25/8/1933)
Automne: début d’une série de 8 concerts avec le LSO au cours de la saison 1933-1934

1934

Janvier-février: voyage aux États-Unis, concerts à Chicago (9, 11, 12 janvier) et Rochester (19 et 25 janvier, 8 février)
Avril: voyage en Australie
Mai-juin: concerts en Australie à Melbourne (19, 23, 26, 30 mai) et Sidney (9, 13, 16, 20, 22 juin)
Juillet: voyage en Californie en partant de Sidney
Juillet-août: aux États-Unis, concerts au Hollywood Bowl (24, 26, 28, 31 juillet et 2, 4 août), puis Chicago (12-24 août) (Ménestrel 3/8/1934)
Septembre: retour en Angleterre
Automne: 4 concerts avec le LSO au cours de la saison 1934-1935
29 décembre: départ pour les États-Unis

1935

Janvier-février: voyage aux États-Unis, concerts à Rochester (10-21 janvier) et Chicago (24 et 25 janvier)
Fin février-début mars: Harty se produit pour la première fois avec le BBC SO

1936

Janvier-février: dernier voyage de Harty aux États-Unis, concerts à Chicago (23, 24, 28 janvier) et Rochester (30 janvier, 12 février)
2 mars: Harty donne une causerie sur Berlioz à la BBC pour présenter un concert radiodiffusé le 4 mars qui comprend le Requiem et la Symphonie funèbre et triomphale (Ménestrel 13/3/1936)
Octobre: un diagnostique révèle que Harty est atteint d’une tumeur au cerveau; des suites d’une opération il perd son œil droit
Décembre: Harty malade doit renoncer à diriger une exécution de Roméo et Juliette

1937

1938

23 décembre: radiodiffusion d’un concert en studio avec le BBC SO, le premier concert de Harty depuis octobre 1936

1939

1er mars: première apparation en public depuis 1936, à l’occasion d’un concert au Queen’s Hall avec le BBC SO; première exécution de son nouvel ouvrage The Children of Lir (Ménestrel 18/3/1939)
8 avril: exécution radiodiffusée des Five Irish Poems

1940

Harty entreprend la rédaction de son autobiographie, qui restera cependant à l’état d’esquisse inachevée de ses premières années jusqu’à son départ pour Londres
Février: participation au festival de Bournemouth (cf. Ménestrel 8/3/1940)
Septembre: la maison de Harty à Londres est bombardée; il va s’installer à Hove sur la côte dans le Sussex
1er décembre: dernier concert de Harty, avec le BBC SO à Tunbridge Wells

1941

19 février: mort de Hamilton Harty

Table des exécutions de musique de Berlioz

    La table ci-dessous a été établie pour la majeure partie à partir des tables précieuses fournies par Declan Plummer dans sa thèse de doctorat de 2011 (voir ci-dessus), et notamment la Table 7 (après la p. 110, concerts de Harty pendant la guerre), Table 8 (après la p. 131, concerts de Harty après la guerre), Table 9 (après la p. 134, concerts d’après-guerre de Harty avec le Hallé), et l’Appendice I (p. 450-537): Concerts du Hallé, 1920-1933. Quelques données supplémentaire ont été ajoutées d’après le livre de Dibble de 2013 (voir aussi ci-dessus), auquel on a ajouté des renvois quand il y a lieu (mais à l’encontre de l’ouvrage de Kenneth Birkin, Hans von Bülow. A Life for Music [Cambridge, 2011], Dibble ne fournit pas une liste des concerts donnés par Harty telle que celle fournie pour Hans von Bülow par Birkin dans son Appendice p. 387-699, et ne mentionne pas non plus l’ouvrage de Plummer). On précisera que la liste ci-dessous ne prétend pas être complète et comporte sans doute des erreurs (Plummer ne donne pas un relevé complet des concerts de Harty après son départ de l’orchestre Hallé).

   Abréviations d’œuvres de Berlioz: Béatrice = Béatrice et Bénédict, Benvenuto = Benvenuto Cellini, Carnaval = ouverture du Carnaval romain, Chasse royale = Chasse royale et orage des Troyens, Corsaire = ouverture du Corsaire, Damnation = la Damnation de FaustFantastique = Symphonie fantastique, Francs-Juges = ouverture des Francs-Juges, Harold = Harold en Italie, Invitation = Invitation à la valse (Weber, orch. Berlioz), Lear = ouverture du Roi Lear, Marche hongroise = de la Damnation, Menuet = Menuet des Follets de la Damnation, Roméo = Roméo et Juliette, Roméo II = Roméo seul. Tristesse. Concert et Bal. Grande fête chez Capulet, Roméo III = Scène d’amour, Roméo IV = La reine Mab, ou la fée des songes, Valse = Valse des Sylphes de la Damnation.

Remarquer aussi:
BBC SO = BBC Symphony Orchestra
Hallé = Hallé Orchestra
LPO = London Philharmonic Orchestra
LSO = London Symphony Orchestra

Date Œuvre Orchestre et/ou lieu Notes
1915
15 février Carnaval Hallé, Manchester, Midland Hall Dibble p. 119
27 février Marche hongroise Hallé, Manchester Promenade Concerts Dibble p. 118
30 octobre Cellini, ouverture Hallé, Manchester Promenade Concerts  
13 novembre Carnaval Hallé, Manchester Promenade Concerts  
1916
11 janvier Roméo IV Birmingham Orchestral Concerts  
1917
5 février Cellini, ouverture LSO, Queen’s Hall, Londres  
5 mars Carnaval LSO, Queen’s Hall, Londres  
10 mars Cellini, ouverture, Absence (Agnes Nicholls) Hallé, Manchester Promenade Concerts  
1918
23 février Béatrice, ouverture Hallé, Regular Series  
2 octobre Carnaval Hallé, Manchester Promenade Concerts  
8 octobre Damnation intégrale Hallé, Manchester Promenade Concerts Dibble p. 154 n. 53; remplaçant Beecham
8 novembre Béatrice, ouverture LSO, Wigmore Hall, Londres  
7 décembre Carnaval Hallé, Regular Series  
1919
4 mars Cellini, ouverture LSO, Queen’s Hall, Londres  
22 mars Romance de Marguerite de la Damnation (Gladys Ancrum) Hallé, Regular Series  
5 avril Fantastique Hallé, Regular Series Dibble p. 136-7
15 mai Roméo IV LSO, Queen’s Hall, Londres  
18 octobre Marche hongroise Leeds Orchestral Concerts  
19 octobre Marche hongroise LSO, Palladium, Londres  
22 novembre Damnation intégrale Hallé, Regular Series  
30 novembre Marche hongroise, Menuet, Valse LSO, Palladium, Londres  
7 décembre Cellini, ouverture LSO, Palladium, Londres  
11 décembre Cellini, ouverture Hallé, Regular Series  
18 décembre Fantastique Hallé, Regular Series Dibble p. 140
22 décembre Damnation intégrale Manchester Dibble p. 139
28 décembre Invitation LSO, Palladium, Londres  
1920
8 février Carnaval LSO, Palladium, Londres  
15 février Corsaire LSO, Palladium, Londres  
25 mars Menuet, Valse, Marche hongroise Hallé, Regular Series  
28 octobre Béatrice, ouverture Hallé  
25 novembre Damnation intégrale Hallé  
3 décembre Béatrice, ouverture LSO, Queen’s Hall, Londres  
4 décembre Cellini, ouverture Hallé  
1921
17 février Fantastique Hallé  
3 novembre Menuet, Valse, Marche hongroise Hallé  
1922
12 janvier Carnaval Hallé  
9 février Béatrice, ouverture Hallé  
16 février Corsaire Hallé  
9 mars Chasse royale Hallé  
19 octobre Fantastique Hallé  
2 novembre Te Deum Hallé  
23 novembre Lear Hallé  
1923
11 janvier Roméo IV Hallé  
13 janvier Marche hongroise Hallé  
15 février Harold, Chasse royale Hallé  
15 mars Chasse royale, Marche hongroise Hallé Concert dirigé par Beecham avec Harty en soliste dans son Concerto pou piano
22 mars Roméo IV Hallé  
8 novembre Chasse royale Hallé  
13 décembre Symphonie funèbre et triomphale Hallé Première exécution à Manchester; le dernier mouvement exécuté sans chœur
1924
10 janvier Cellini, ouverture Hallé  
24 janvier Corsaire Hallé  
[Février] Damnation intégrale Hallé, Albert Hall, Londres Ménestrel 22/2/1924
28 février Carnaval Hallé  
9 avril Sans précision Hallé Radiodiffusion d’un concert au Central Hall, Londres; Dibble p. 174
6 novembre Damnation intégrale Hallé  
11 novembre Carnaval Hallé, Queen’s Hall, Londres Ménestrel 14/11/1924; Dibble p. 177
13 novembre Béatrice, ouverture Hallé  
25 novembre Fantastique Hallé, Queen’s Hall, Londres Dibble p. 177
1925
12 février Carnaval Hallé  
19 mars Carnaval Hallé  
5 novembre Lear Hallé  
12 novembre Requiem Hallé Première exécution à Manchester; Dibble p. 185
3 décembre Chasse royale Hallé  
1926
28 janvier Fantastique Hallé Premier ouvrage de Berlioz à être diffusé par l’orchestre Hallé
4 mars Béatrice, ouverture Hallé  
18 mars Cellini, ouverture Hallé  
21 octobre Marche troyenne Hallé  
8 novembre Damnation intégrale Hallé, Muncipal Concert  
11 novembre Requiem, Roméo III et IV, Marche hongroise Hallé Concert pour le jour de l’Armistice; Dibble p. 185
22 novembre Carnaval Hallé, Muncipal Concert  
16 décembre Francs-Juges, ouverture Hallé  
1927
13 janvier Carnaval Hallé  
20 janvier Requiem Hallé, Albert Hall, Londres Radiodiffusé à la demande de la BBC;
Ménestrel 11/2/1927; Dibble p. 185-6
17 février Harold Hallé  
3 mars Corsaire Hallé  
7 novembre Mais qu’ai-je donc? air de Cellini (Annie Packman) Hallé, Muncipal Concert  
17 novembre Chasse royale Hallé  
1er décembre Roméo intégrale Hallé Concert radiodiffusé
5 décembre Cellini, ouverture Hallé, Muncipal Concert  
1928
9 février Cellini, ouverture Hallé  
23 mars Fantastique Hallé, à Londres Ménestrel 6/4/1928, 4/5/1928; Dibble p. 191
1er novembre Les Troyens à Carthage (version de concert) Hallé Concert radiodiffusé
Voir le compte-rendu de Richard Capell (en anglais)
10 décembre Marche hongroise Hallé, Muncipal Concert  
13 décembre Roméo III, IV, II Hallé  
1929
17 janvier Corsaire Hallé  
4 février Carnaval Hallé, Muncipal Concert  
1er mars Damnation intégrale Hallé, Londres Concert radiodiffusé; Ménestrel 12/4/1929;
Dibble p. 198
21 mars Valse, Menuet, Marche hongroise Hallé, Pension Fund Concert  
14 novembre Cellini, ouverture Hallé  
28 novembre Corsaire Hallé  
12 décembre Roméo III, IV, II; Béatrice, ouverture Hallé  
1930
20 janvier Carnaval, Chasse royale Hallé, Muncipal Concert  
20 février Damnation intégrale Hallé Radiodiffusion des trois premières parties; voir le programme ci-dessous
27 février Béatrice, ouverture Hallé  
20 mars Carnaval Hallé, Pension Fund Concert  
13 novembre Requiem, Carnaval, Absence et L’Île inconnue (Parry Jones), Chasse royale, Marche troyenne Hallé Concert Berlioz; Ménestrel 28/11/1930;
Dibble p. 207-9
14 novembre Même programme que le 13 novembre Hallé, Queen’s Hall, Londres Voir le programme ci-dessous; Dibble p. 207-9
1931
5 février Fantastique Hallé Ménestrel 20/2/1931
Juillet Carnaval Hollywood Bowl Concerts avec le Los Angeles PO Cf. Ménestrel 19/6, 14/8 et 18/9/1931
21 juillet Cellini, ouverture Hollywood Bowl Concerts avec le Los Angeles PO  
25 juillet (?) Chasse royale, Marche troyenne Hollywood Bowl Concerts avec le Los Angeles PO  
23 novembre Fantastique II et IV; Absence et L’Île inconnue (Isobel Baillie); Valse, Menuet et Marche hongroise; Carnaval Hallé, Municipal Concert Concert Mozart-Berlioz; voir le programme ci-dessous
3 décembre Béatrice, ouverture Hallé  
1932
14 janvier Harold (Lionel Tertis, alto) Hallé Dibble p. 212
15 février Carnaval LSO, Londres  
29 février Béatrice, ouverture, Roméo IV LSO, Londres  
3 mars Roméo IV ?  
10 novembre Fantastique ? Concert radiodiffusé
1933
12 et/ou 14 janvier Chasse royale Cleveland Orchestra, Cleveland (Ohio) Dibble p. 223
9 mars Corsaire Hallé Concert radiodiffusé
29 juillet Carnaval Hollywood Bowl Concerts  
3 août Cellini, ouverture Hollywood Bowl Concerts  
6 août Marche hongroise Hollywood Bowl Concerts  
4 décembre Sans précision LSO, Londres Dibble p. 225
1934
11 et 12 janvier Corsaire Chicago SO, Chicago  
19 ou 25 janvier ou 8 février Béatrice, ouverture Rochester PO, Rochester (NY)  
19 mars Marche funèbre pour la dernière scène d’Hamlet LSO, Londres Concert à la mémoire d’Elgar; Dibble p. 227
Mai Valse, Marche hongroise Melbourne, Australie  
Entre le 24 juillet et le 4 août Marche hongroise, Valse, Menuet, Marche troyenne, Carnaval Hollywood Bowl Concerts Cf. Ménestrel 3/8/1934
22 novembre Béatrice, ouverture LPO, Londres Dibble p. 242-3
3 décembre Sans précision LSO, Londres Dibble p. 245
1935
10 janvier Chasse royale Rochester PO, Rochester (NY)  
17 janvier Fantastique Rochester PO, Rochester (NY)  
24 et 25 janvier Béatrice, ouverture Chicago SO, Chicago  
En février-début mars Sans précision BBC SO, Londres Dibble p. 247
8 avril Harold (Lionel Tertis, alto) LSO, Londres Barzun, Berlioz and the Romantic Century I (1950), p. 248; Dibble p. 247
Octobre Chasse royale Torquay, avec un ensemble municipal Dibble p. 250
1936
Janvier/février Roméo II et IV Chicago ou Rochester  
4 mars Requiem, Symphonie funèbre et triomphale BBC SO, Queen’s Hall, Londres Concert radiodiffusé; cf. Ménestrel 13/3/1936; Barzun, Berlioz and the Romantic Century I (1950), p. 354-5; Dibble pp. 255-8
1937
     
1938
     
1939
     
1940
14 février Harold (Lionel Tertis, alto) BBC SO, Bristol Dibble p. 289
Vers la fin mars Fantastique BBC SO, Bristol Dibble p. 289

 

Extraits du Ménestrel, 1888-1903 et 1922-1940

    Sur Le Ménestrel voir la présentation de la page Felix Mottl: textes et documents.

1888-1903

1888

Le Ménestrel 22/7/1888, p. 238: — Un important festival de musique, qui commencera le 28 août pour durer quatre jours, sera célébré cette année à Birmingham, sous la direction de Hans Richter. On y exécutera les ouvrages suivants: Elie, de Mendelssohn, le Stabat mater de Dvorak, un nouvel oratorio du Dr Hubert Parry, intitulé Judith et Holopherne, la Légende dorée, de Sullivan, l’inévitable Messie de Haendel, le Magnificat de Bach, le Requiem de Berlioz, une nouvelle cantate du Dr Mackenzie, the Cottars Saturday Night, et une autre du Dr Bridge, Callirhoé.

Le Ménestrel 23/9/1888, p. 309: […] L’intérêt principal du festival [de Birmingham] n’était pas centralisé dans les nouveautés, mais dans l’exécution de chefs-d’œuvre tels que le Stabat Mater de Dvorak, la symphonie en ut mineur de Beethoven, dont je ne me rappelle pas une plus belle exécution, et surtout la Messe de Requiem de Berlioz. Cet effort gigantesque d’imagination est un exemple frappant des grands effets qui peuvent sortir des petites causes. […] Dans la Messe de Requiem, les limites ordinaires de l’art sont outrepassées et, par conséquent, la phrase technique fait défaut. On se croirait au seuil d’un nouvel art, offrant de nouveaux aspects de grandeur poétique et pittoresque. […]

1890

Le Ménestrel 30/11/1890, p. 381: […] On sait que M. Charles Hallé dirige depuis une trentaine d’années, à Manchester, un orchestre de tout premier ordre: le seul en Angleterre, à l’exception peut-être de celui du Crystal Palace, qui, grâce à un travail incessant de répétitions, soit arrivé à des exécutions d’une correction et d’un coloris remarquables. Or, déjà l’hiver dernier, M. Charles Hallé a eu l’audace de transporter à quatre reprises sa vaillante phalange de cent musiciens à Londres, et malgré des programmes fort bien composés, la foule n’est accourue qu’à la dernière audition. Sans se décourager devant la tiédeur de cet accueil (au point de vue financier bien entendu, parce que le succès artistique avait été éclatant), M. Charles Hallé a voulu renouveler l’expérience cet hiver, et son premier concert a été de nouveau donné devant une demi-salle. […] L’entreprise de M. Hallé est d’autant plus intéressante, que son éclectisme fait appel aux belles œuvres de toutes les écoles et de toutes les originalités. Camarade de jeunesse de Berlioz à Paris, il a été l’initiateur de la musique du grand maître français en Angleterre. Tous les vrais amateurs lui sauront gré d’avoir fait figurer sur ses prochains programmes de Londres la Symphonie fantastique et Harold en Italie.

1891

Le Ménestrel 6/12/1891, p. 389-90: — Sir Charles Hallé et son magnifique orchestre de Manchester ont repris leurs excursions périodiques à Londres. Le programme de leur concert de demain comprend une sérénade de Saint-Saëns, le concerto en mi de Vieuxtemps et la symphonie de Berlioz, Roméo et Juliette.

1892

Le Ménestrel 17/1/1892, p. 22: — Sir Charles Hallé a transporté la semaine dernière de Manchester, en plus de son orchestre, deux cents choristes choisis, ce qui lui a permis d’offrir au public de la capitale deux auditions superbes de la Damnation de Faust. Sir Charles Hallé a profité de l’occasion pour rétablir les véritables mouvements du chef-d’œuvre de Berlioz, fort maltraité souvent par certains de nos chefs d’orchestre.

1893

Le Ménestrel 26/2/1893, p. 70: Il faut admirer la persistance de sir Charles Hallé à nous faire entendre son superbe orchestre de Manchester, malgré l'indifférence relative du public payant de la capitale. Pour l'unique audition de cette saison, tous les amateurs de musique symphonique s'étaient donné rendez-vous hier à Saint-James Hall. Programme des plus éclectiques: ouvertures du Freyschütz et des Maîtres chanteurs, concerto pour violon et violoncelle de Brahms, suite d'orchestre de Dvorak et, comme pièce de résistance, le grande symphonie en ut mineur de Beethoven. Inutile d'ajouter que ces divers morceaux furent exécutés avec la cohésion, le brio et la belle sonorité qui font de l'orchestre Hallé le premier de son genre en Angleterre. Aussi, le public ne ménagea pas les ovations à son éminent chef. La partie vocale était confiée au baryton Santley, qui devrait se montrer plus soucieux de sa réputation méritée en imitant l'exemple de son camarade et contemporain Faure. Excellent début pour Mlle Landi, qui a chanté d'une façon charmante la Captive de Berlioz, avec un joli sentiment de nuances très apprécié par tous les connaisseurs.

1894

Le Ménestrel 7/10/1894, p. 319: Au grand festival musical de Birmingham qui vient d’avoir lieu, on a joué le fameux Te Deum de Berlioz sous la direction magistrale du docteur Hans Richter, de l’Opéra impérial de Vienne. Cette œuvre, que Berlioz a conduite en personne une seule fois à Paris, dans l’église Saint-Eustache, en avril 1855, est dédiée, comme on sait, au défunt mari de la reine Victoria, promoteur de la première Exposition universelle, et c’est à cette dédicace que Berlioz doit l’honneur posthume d’une production de son œuvre au festival de Birmingham. On a, du reste, joué son Te Deum beaucoup plus souvent en Angleterre qu’en France. La Société chorale Bach, de Londres, l’a interprété pour la dernière fois en 1891. En dehors de la première audition parisienne, en 1855, nous ne connaissons en France d’exécution intégrale que celle de Bordeaux en 1883. L’œuvre, supérieurement rendue, a eu en 1884 un grand succès à Vienne.

1898

Le Ménestrel 23/10/1898, p. 342: — M. Hans Richter a quitté Londres et est retourné à Vienne; il ne reviendra pas en Angleterre avant le mois de mai pour diriger, comme d’ordinaire, ses concerts de Londres. Après une longue négociation avec les différents intéressés, il a été convenu que M. Richter ne prendra pas la direction des concerts symphoniques de Manchester, autrefois dirigés par sir Charles Hallé, avant le mois d’octobre 1899. Ces concerts de Manchester ne l’empêcheront pas de donner deux fois par an ses séances ordinaires à Londres et de faire une grande tournée en province tous les ans. M. Richter quittera l’Opéra impérial de Vienne en 1899 après avoir acquis les droits à sa retraite entière; son contrat de Vienne l’y autorise absolument.

1903

Le Ménestrel 29/3/1903, p. 102: — Une tentative hardie vient de réussir parfaitement à Londres. M. Hans Richler, qui est, comme on sait, depuis un an à la tête de l’orchestre Hallé, de Manchester, vient de donner au Queen’s Hall de Londres un grand concert symphonique avec son orchestre de Manchester. Le succès a été énorme, et M. Richter se propose à présent de venir donner régulièrement des concerts à Londres. M. Hallé avait fait jadis la même tentatve, mais sans succès, et les musiciens de Manchester n’étaient plus revenus à Londres.
[Voir par contre ci-dessus Le Ménestrel 30/11/1890, 6/12/1891, 17/1/1892 et 26/2/1893]

Le Ménestrel 6/9/1903, p. 287: — C'est à sa vraie date, le 11 décembre 1903, qu’on célébrera à Londres, par un grand concert donné au Queen's Hall, le centenaire d’Hector Berlioz. Le programme de ce concert, qui sera dirigé par M. Richard Strauss, est ainsi composé: 1. Ouverture du Roi Lear; 2. Rêverie et Caprice pour violon et orchestre; 3. Ouverture du Carnaval romain; 4. Trois chansons, Nuits d’été; 5. Symphonie fantastique.

Le Ménestrel 20/12/1903, p. 406: — On nous écrit de Londres : « Le centenaire de Berlioz a été célébré au Collège royal de musique de Kensington, par l’exécution de Roméo et Juliette et de la Marche funèbre pour la dernière scène d’Hamlet; le second ouvrage, tout à fait inconnu ici, a paru présenter une noblesse, une élévation de pensée peu communes, un intérêt soutenu, une beauté, une dignité, une puissance extraordinaires. »

1922-1940

1922

Le Ménestrel 3/11/1922, p. 443: Émoi dans la presse. M. Hamilton Harty, le conductor du fameux Hallé Concerts, a déclaré, parlant de l’école moderne en Angleterre, que sa musique est « mauvaise, sans originalité ni sincérité ». On l’accuse, là-dessus, d’être mauvais camarade et de manquer aux devoirs du loyalisme national. Conçoit-on Bernard Shaw parlant ainsi des auteurs dramatiques, ses confrères? Puisqu’il a si triste opinion de la musique anglaise, pourquoi donc, se demande-t-on, M. Hamilton Harty conduit-il si fréquemment la sienne?

1923

Le Ménestrel 10/3/1923, p. 113: Mariage de la Princesse Marie. — Le mariage de la princesse Marie ne fut pas seulement un événement politique, ce fut aussi un festival de musique où les compositeurs anglais et français occupaient la plus grande place. Un goût très sûr avait présidé au choix des morceaux qui furent exécutés: ce fut un ensemble remarquable de fraîcheur, de jeunesse et de gaîté contenue. […] Sur la demande de la princesse Marie, on a joué une Suite tirée de the Water Music de Haendel, qui est célèbre pour avoir fait rentrer le compositeur dans les bonnes grâces de son ancien protecteur, devenu roi d’Angleterre, et qui est resté toujours cher à la famille royale. M. Hamilton Harty fut chargé de choisir parmi les vingt et un mouvements de la Water Music et de les adapter à un orchestre moderne; la Suite comprenait un Allegro (fortement restauré), un Air, une Bourrée, une Hornpipe, un Andante et un Final.

Le Ménestrel 17/8/1923, p. 353: — L’une des meilleures chanteuses d’opéra, miss Agnès Nicholls, femme de M. Hamilton Harty, le conductor du fameux Halle Orchestra, a reçu du roi, ces jours-ci, la Birthday decoration.

1924

Le Ménestrel 22/2/1924, p. 85: — A l’Albert Hall exécution, dirigée par M. Hamilton Harty, de la Damnation de Faust de Berlioz.

Le Ménestrel 12/9/1924, p. 393: — Le Hallé Orchestra de Manchester, l’un des plus renommés de Grande-Bretagne, a pour chef Hamilton Harty.
Un chef habile, un chef heureux: depuis trois ans la saison de cet orchestre s’est close deux fois par un bénéfice, une fois par un harmonieux équilibre de budget. C’est un exemple, constate mélancoliquement le Musical News, que la métropole n’arrive pas à suivre. Le Hallé Orchestra a 67 années d’existence.
En octobre et novembre il donnera trois concerts à Londres.

Le Ménestrel 14/11/1924, p. 477: Le great event de ces derniers jours est la visite qu’a faite à Londres le fameux Hallé Orchestra dont la fondation par Charles Hallé remonte à 1857. Il est actuellement dirigé par Hamilton Harty.

1925

Le Ménestrel 19/6/1925, p. 273: — La presse musicale salue la récente décoration de Hamilton Harty méritée au double titre de compositeur et de chef du fameux Hallé Orchestra.

Le Ménestrel 18/12/1925, p. 526: — Sir Hamilton Harty s’afflige que les orchestres de cuivres, militaires ou civils, ne jouent la plupart du temps que des œuvres mauvaises ou médiocres. Il en attribue la faute première aux compositeurs et aux éditeurs. Il estime que certaines œuvres qui relèvent moins de la « couleur, » que du « rythme », les œuvres de Bach, par exemple, pourraient et devraient être interprétées par ces orchestres, et qu’il serait bon de fonder à leur intention des bibliothèques où leurs programmes s’alimenteraient.

1926

Le Ménestrel 26/2/1926, p. 101: — Peut-être le Hallé Orchestra viendra-t-il exécuter à Pans, sous la direction de son chef, Sir Hamilton Harty, la Symphonie fantastique de Berlioz. Les statuts de la Société ne lui permettent pas d’employer ses fonds à des concerts donnés hors de Manchester. Mais il se peut que des libéralités individuelles y suppléent cette fois.

Le Ménestrel 17/9/1926, p. 398: Dans The Music Teacher, article plein d’admiration de Sir Hamilton Harty sur Berlioz.

Le Ménestrel 8/10/1926, p. 423: — Les fameux Hallé Concerts publient leur programme général. Ils annoncent la première audition d’une œuvre de Granville Bantock, The Song of Songs. C’est une œuvre chorale de grandes proportions. Tout un concert lui sera réservé.
Autres œuvres modernes : L’English Symphony d’Ernest Bryson et l’lrish Symphony d’Hamilton Harty.

1927

Le Ménestrel 11/2/1927, p. 66: Exécution radiophonique de la Messe des Morts de Berlioz, sous la direction de Hamilton Harty, conductor du fameux orchestre de Manchester.

Le Ménestrel 1/3/1927, p. 115: — Le Music and Letters, revue trimestrielle, consacrera son numéro du 28 mars à Beethoven. On y trouvera des articles, entre autres, de Hugh Allen, Mac Ewen, Hamilton Harty, E. J. Dent, Brent Smith, Ernest Newman.

1928

Le Ménestrel 6/4/1928, p. 162: — Le Hallé Orchestra sous la direction de sir Hamilton Harty a donné la Symphonie fantastique de Berlioz.

Le Ménestrel 4/5/1928, p. 200: Une expérience orchestrale de premier ordre fut l’interprétation de la Symphonie Fantastique de Berlioz par l’orchestre Hallé de Manchester sous la direction de Sir Hamilton Harty, qui est remarquable dans sa compréhension étonnante de ce génie.

Le Ménestrel 23/11/1928, p. 496: — Récital de violoncelle par miss Béatrice Harrison. Au programme la Sonate sans accompagnement de Kodaly et quelques œuvres nouvelles : Suite pour violoncelle de Sir Hamilton Harty et trois morceaux de Mr Basil Maine, accompagnés au piano par l’auteur.
— Au Queen’s Hall, le concert du Hallé Orchestra suscite un parallèle avec l’orchestre allemand. « Mêmes qualités de discipline, mêmes défauts de grandeur. » Sir Hamilton Harty aurait cependant montré, dans Beethoven, plus de vie que son collègue de Berlin Furtwängler.

1929

Le Ménestrel 12/4/1929, p. 170: Au précédent concert, Radio nous donnait la Damnation de Faust, sous la direction de Sir Hamilton Harty à la tête de l’orchestre Hallé de Manchester, l’un et l’autre célèbres pour leur culte berliozien.

Le Ménestrel 29/11/1929, p. 518: — Sir Hamilton Harty dirige le Hallé Orchestra, « le meilleur orchestre que l’Angleterre ait possédé ».

Le Ménestrel 27/12/1929, p. 567: — L’excellent Hallé Orchestra, toujours en progrès, se fait entendre sous la direction de Hamilton Harty. Au programme, le Rio Grande de Constant Lambert.

1930

Le Ménestrel 10/1/1930, p. 16: L’orchestre Hallé de Manchester, conduit par Sir Hamilton Harty, continue ses visites à Londres. C’est l’orchestre le mieux discipliné dans le pays, mais non pas le meilleur en fait de sonorité. Sa force réside en Berlioz, une spécialité de Sir Hamilton qui aime et comprend ce Maître comme pas un autre chef d’orchestre.

Le Ménestrel 28/11/1930, p. 511: Sir Hamilton Harty, venu de Manchester où il conduisit un programme Berlioz, le répéta à Londres avec l’orchestre et le chœur de la Société Hallé.

1931

Le Ménestrel 20/2/1931, p. 86: — Le Hamilton Harty Concert donne deux aspects contrastés du Romantisme allemand et français avec le Concerto pour piano en ré mineur de Brahms et la Symphonie Fantastique de Berlioz. Au piano: Bakhaus.

Le Ménestrel 6/3/1931, p. 111: Sir Hamilton Harty avec l’orchestre Hallé de Manchester fit réentendre, après une dizaine d’années, la Cinquième Symphonie de Sibelius, un maître dont on commence à reconnaître ici la profonde signification.

Le Ménestrel 19/6/1931, p. 272: — Le 21 juin s’ouvrira la saison en plein air du Théâtre de la Nature à Hillsborough, dans un des plus beaux sites de la Californie. Les concerts, patronnés par la Société Philharmonique du Comté de San Mateo, seront dirigés par Walter Damrosch, chef régulier, et par Sir Hamilton Harty, du Manchester Hallé Orchestra, notre compatriote Pierre Monteux, Alexandre Smallens et Arthur Rodzinski comme guest conductors (Chefs invités).

Le Ménestrel 17/7/1931, p. 323: — Sir Hamilton Harty, le chef d’orchestre anglais [sic], a fait ses débuts en Amérique à Boston, le 20 juin.

Le Ménestrel 14/8/1931, p. 358: — Sir Hamilton Harty, le chef d’orchestre anglais [sic], se trouve à Hollywood, où il dirige plusieurs concerts.

Le Ménestrel 18/9/1931, p. 399: — Sir Hamilton Harty, qui fut l’hôte des Etats-Unis où il dirigea plusieurs orchestres, est reparti pour l’Angleterre.

Le Ménestrel 9/10/1931, p. 425: — Sir Hamilton Harty, son séjour aux Etats-Unis terminé, a emporté en Angleterre nombre de compositions d’auteurs américains.

1932

Le Ménestrel 18/3/1932, p. 133: Sir Hamilton Harty dirige le L. S. O. (London Symphony Orchestra) dont les progrès, dûs en grande part à sir Thomas Beecham, en font à l’heure actuelle le meilleur orchestre que l’Angleterre ait jamais eu.

Le Ménestrel 29/7/1932, p. 322: — Sir Hamilton Harty dirige le San Francisco Orchestra au Woodland Theater, dont l’amphithéâtre à ciel ouvert contient un très vaste public.

1933

Le Ménestrel 21/3/1933, p. 170: — Dernier concert également pour cette saison du London Symphony Orchestra, sous la baguette de Sir Hamilton Harty, qui assumera l’an prochain la direction régulière de cet orchestre.

Le Ménestrel 25/8/1933, p. 344: — Sir Hamilton Harty et Alfred Hertz se partagent la baguette au pupitre de l’Hollywood Bowl Orchestra. Le premier y dirige son Irish Symphony et nombre d’œuvres de Berlioz, un de ses compositeurs favoris.

1934

Le Ménestrel 3/8/1934, p. 287: — A Los Angeles, la treizième saison des Hollywood Bowl Concerts est favorablement commentée. Ces concerts sont donnés par l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles à ses risques et périls. Au pupitre, Sir Henry Wood (10 au 21 juillet); Sir Hamilton Harty (24 juillet au 4 août) […]

Le Ménestrel 12/10/1934, p. 337: — Une symphonie inédite de William Walton sera présentée par le London Symphony Orchestra sous la baguette de Sir Hamilton Harty.

1935

Le Ménestrel 1/11/1935, p. 330: — La Sixième Symphonie de Bax sera jouée pour la première fois par le Royal Philharmonie sous la baguette de Sir Hamilton Harty le 21 novembre.

Le Ménestrel 22/11/1935, p. 355: — Le B. B. C. Orchestra, dirigé par Sir Hamilton Harty, donne pour la première fois la Symphonie de Walton en son entier. La quatrième partie en était inédite. Ernest Newman loue cette composition où « les dissonances les plus osées n’altèrent pas la netteté du plan ».

1936

Le Ménestrel 13/3/1936, p. 87: ANGLETERRE. Sir Hamilton Harty, retour d’Amérique où il dirigea la nouvelle Symphonie de William Walton, monte au pupitre de la B. B. C. pour le Berlioz Concert, qui comprend le Requiem et cette œuvre fort peu connue en Angleterre, la Symphonie funèbre et triomphale, op. 15 (1840).

1937

1938

1939

Le Ménestrel 18/3/1939, p. 70: — Après avoir été absent des concerts depuis l’automne de 1936, sir Hamilton Harty reprend la baguette au pupitre du B. B. C. Orchestra pour y diriger une de ses nouvelles compositions Children of Lir.

1940

Le Ménestrel 8/3/1940, p. 46: [Angleterre]
Du 25 février au 3 mars, le Bournemouth Festival a donné les six concerts inscrits à son programme et que dirigèrent Basil Cameron, Malcolm Sargent, Sir Henry Wood, Sir Hamilton Harty, Weingartner et Richard Austin. En raison des circonstances, le Municipal Orchestra avait été réduit de 60 à 35 musiciens. « Economie de guerre » disent les journaux.

Illustrations

    Tous les programmes de concert reproduits ci-dessous viennent de notre collection.

Charles Hallé

Charles Hallé

Sur Charles Hallé voir ci-dessus.

Première exécution de Roméo et Juliette à Manchester, 29 décembre 1881

Hallé 1881

 

La Damnation de Faust à Bradford, 3 mars 1882

Hallé 1882

 

Hans Richter (1843-1916)

Hans Richter

    Sur Hans Richter voir ci-dessus. Richter jouissait de son temps d’une grande réputation internationale; pour un point de vue différent on pourrait citer le verdict de Thomas Beecham (A Mingled Chime [1944], chapitre 6; nous traduisons):

À cette époque [après sa nomination à la tête du Hallé] Richter jouissait d’un prestige souverain qui devait plus à ses rapports personnels avec Richard Wagner qu’à son talent qui avait des limites évidentes. Pour certains ouvrages ses interprétations étaient admirables, pour beaucoup d’autres elles n’étaient que passables, et pour tout le reste pires que celles de n’importe quel autre chef éminent dont j’ai jamais eu connaissance. Mais ses interprétations de Beethoven et Wagner étaient sacro-saintes, et contre elles on n’avait aucun droit d’appel.

Concert du LSO sous la direction de Hans Richter, 25 octobre 1909

Richter 1909a    Richter 1909b

 

Concert du LSO sous la direction de Hans Richter, 13 février 1911

Richter 1911a    Richter 1911b

 

Sir (Herbert) Hamilton Harty (1879-1941)
Hamilton Harty

 

Hamilton Harty

 

Un enregistrement de Berlioz par Hamilton Harty et le London Philharmonic Orchestra
Romeo

    Cet enregistrement du deuxième mouvement de Roméo et Juliette fut réalisé le 7 & 9 septembre 1933.

La Damnation de Faust, 20 février 1930

Harty   Harty

    Ce concert faisait partie de la série régulière (Regular Series) des concerts Hallé qui avaient lieu les jeudis soir à 19h30 au Free Trade Hall à Manchester.

Concert Berlioz, 14 novembre 1930

Harty   Harty

    Ce concert fut l’un des nombreux donnés par le Hallé au Queen’s Hall à Londres.

Concert Mozart-Berlioz, 23 novembre 1931

Harty

    Ce concert faisait partie de la série de Municipal Concerts, qui avaient lieu les lundis soir à 19h30 au Free Trade Hall à Manchester. Ces concerts bénéficiaient d’une subvention de la Ville de Manchester et s’adressaient en premier lieu à un public populaire. La première partie de ce concert était consacrée à Mozart et comprenait l’ouverture de la Flüte enchantée, l’air Dove sono du Mariage de Figaro (chanté par Isobel Baillie), la Symphonie en sol mineur (no. 40), et l’ouverture du Mariage de Figaro. Tous les morceaux pour voix, l’air de Mozart et les extraits des Nuits d’été (dans la deuximème partie du programme), furent chantés en traduction anglaise, comme c’était l’habitude aux concerts Hallé.

Site Hector Berlioz crée par Monir Tayeb et Michel Austin le 18 juillet 1997;
Page Berlioz: Pionniers et Partisans créée le 15 mars 2012; cette page créée le 1er août 2019.

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