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Berlioz: Pionniers et Partisans

Chefs d’orchestre: Jules-Étienne Pasdeloup

 

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Jules  Pasdeloup

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Présentation

    Dans la période qui va des années 1860 aux années 1880 le chef d’orchestre Jules Pasdeloup (1819-1887) occupe une place très spéciale dans l’histoire des concerts en France, et son influence s’étend bien au delà des frontières de son pays. Éclipsé par la suite par des rivaux plus jeunes et plus doués que lui, tels Édouard Colonne et Charles Lamoureux qui tous deux ont appris et profité de son exemple, c’est néanmoins Pasdeloup qui est à l’origine d’une véritable révolution dans le monde de la musique par la création en 1861 à Paris de ses Concerts populaires. Grâce à lui une large partie du public, qui auparavant n’est pas en mesure ou n’a pas les moyens d’assister aux concerts de musique classique, peut désormais avoir accès à la grande musique, et d’un coup les dimensions du public de Paris qui va aux concerts s’en trouvent considérablement élargies. Non content d’ouvrir à un large public le répertoire classique établi – Haydn, Mozart, Weber, Beethoven, Mendelssohn – Pasdeloup élargit sa programmation pour inclure des œuvres nouvelles de compositeurs contemporains, et sans distinction de nationalité. De jeunes compositeurs français en profitent – Gounod, Saint-Saëns, Bizet et autres – mais aussi des compositeurs étrangers, et même Berlioz et Wagner, les deux plus grands noms de l’époque mais aussi les plus contestés. Le développement remarquable des concerts à Paris et en France dans les années 1870 et 1880 est dû en grande partie à son action, et comme Ernest Reyer et Adolphe Jullien le soulignent tous les deux, c’est en partie grâce à Pasdeloup que Berlioz d’abord et Wagner ensuite sont acceptés et admirés en France.

    Fils d’un ancien chef d’orchestre au Théâtre Feydeau, les premières années de Pasdeloup sont difficiles: son père meurt quand il a 14 ans. Il fait ses études au Conservatoire où il remporte un premier prix de piano à l’âge de 15 ans et par la suite il y devient professeur. Sa carrière de chef d’orchestre semble avoir eu pour origine ses premières ambitions de compositeur: ne pouvant obtenir qu’Habeneck exécute une de ses œuvres au Conservatoire, il forme une société de concerts recrutée à partir d’étudiants du Conservatoire, la Société des jeunes artistes. Elle donne son premier concert le 20 février 1853 et continue à fonctionner pendant neuf ans à la petite Salle Herz à Paris. Dès le début, Pasdeloup exécute des œuvres des maîtres classiques, et aussi de jeunes compositeurs français qui comme lui ont du mal à se faire entendre (il faut dire que Pasdeloup n’utilisera jamais sa position de chef pour mettre en avant sa propre musique). Malgré l’appui de soutiens influents la société fait finalement banqueroute, et en 1861 Pasdeloup se voit obligé de tenter une nouvelle formule: le résultat est la fondation des Concerts populaires, pour lesquels il choisit une nouvelle salle, le vaste Cirque Napoléon (rebaptisé Cirque d’Hiver en 1870 après la chute de Napoléon III) qui peut accueillir 5,000 auditeurs, bien plus que n’importe quelle autre salle à Paris (en comparaison le Conservatoire ne peut en admettre qu’environ 1,200). Qui plus est, le prix des billets est maintenu très bas. D’emblée la musique classique à Paris est rendue accessible à un public beaucoup plus large qu’auparavant. L’entreprise, gageure au départ, est couronnée de succès et les témoignages contemporains, dont celui de Berlioz, font état de l’atmosphère très spéciale et de la fièvre qui accompagnent cette tentative hardie de porter la musique classique aux masses. Les Concerts populaires deviennent une véritable institution qui est bien vite imitée en province. Le succès dure plus d’une décennie et survit à la guerre Franco-Prusse de 1870-1 (le comportement de Pasdeloup à cette occasion lui fera honneur), mais à partir de 1873 la concurrence se développe, d’abord de la part d’Édouard Colonne, puis à partir du début des années 1880 de la part de Charles Lamoureux. Pour finir Pasdeloup décide de se retirer à la fin de la saison 1883-4, mais seulement pour revenir en octobre 1886 avec une nouvelle série de concerts, dont le premier célèbre le 25ème anniversaire de la fondation des Concerts populaires. Mais Pasdeloup est déjà un homme brisé et il meurt en août de l’année suivante.

    Pasdeloup est ni un grand chef d’orchestre ni un grand musicien, comme des critiques ingrats comme Saint-Saëns se plaisent à souligner, et même des témoins bienveillants comme Ernest Reyer et Adolphe Jullien l’admettent volontiers. En privé Berlioz fait peu de cas de son talent de chef d’orchestre, qui ne pouvait se comparer à celui, infiniment plus rigoureux, de Berlioz lui-même. On pourrait dire que ce n’est pas grâce à ses dons musicaux que Pasdeloup réussit mais bien en dépit d’eux. Le personnage était, à ce qu’on dit, bourru, plein d’assurance, arrêté dans ses opinions et peu enclin à accepter des conseils; il pouvait se montrer particulièrement cassant avec les compositeurs qui osaient proférer leur avis aux répétitions. Mais son amour pour la musique était entier et sincère, et il y sacrifiait tout: loin de s’enrichir grâce à son activité de chef d’orchestre il y perdit beaucoup d’argent, et était d’une honnêteté scrupuleuse dans toutes les questions d’argent. Il débordait d’énergie et communiquait sa chaleur aux autres; il avait surtout le sentiment d’avoir une mission, et ses rapports avec son auditoire étaient très personnels. Le fondateur des Concerts populaires ne recherchait pas la popularité avant tout et refusait de se plier aux caprices du public. Il voulait faire entendre la musique qui lui paraissait le mériter, et à cette fin pouvait tenir tête à un auditoire hostile jusqu’à ce qu’il accepte son point de vue (un exemple concerne la première exécution à ses concerts en 1874 du prélude de Tristan et Yseult de Wagner). C’est ainsi que le public finit par accepter bien des compositeurs et bien des ouvrages dont au départ il se méfiait. En somme, pour reprendre les terms d’Adolphe Jullien, Pasdeloup fut le grand « éducateur » musical de la France.

Berlioz et Pasdeloup

    Parmi les chefs d’orchestre qui ont voulu faire entendre la musique de Berlioz Pasdeloup est un cas presque unique: il a non seulement connu Berlioz et l’a entendu diriger, il a même dirigé des œuvres de Berlioz en présence du compositeur. Berlioz a sans doute connu Pasdeloup bien avant sa première mention de lui en 1853: Pasdeloup a été timbalier dans l’éphémère Société Philharmonique de 1850-1851 (CG no. 2077). On sait ce que Berlioz pensait de Pasdeloup d’après plusieurs de ses écrits (tous les passages les plus importants sont réunis sur cette page), mais il faut faire une distinction entre ce que Berlioz dit en public – dans ses feuilletons du Journal des Débats entre 1853 et 1862 – et ses sentiments personnels tels qu’on les lit dans sa correspondance entre 1855 et 1868. La différence entre les deux est souvent frappante, et il convient de les considérer séparément.

    Dans ce qu’il dit en public, Berlioz s’exprime en général de manière positive; il partageait sans doute certains des buts poursuivis par Pasdeloup. En 1853 il fait bon accueil à la nouvelle Société des jeunes artistes, et en 1857 il décrit Pasdeloup, de manière juste et frappante, comme appartenant à une classe de ‘condottieri de la musique’, énergiques et entreprenants, qui ‘en dernière analyse font quelque chose’, même si l’exécution laisse parfois à désirer. Il le loue d’avoir présenté au public parisien pour la première fois et avec succès la première partie de l’oratorio Élie de Mendelssohn. En 1858 et 1859 Berlioz constate les progrès dans le jeu de l’orchestre (à propos d’une exécution de la Symphonie pastorale) et reconnaît les services déjà rendus à la musique par la société. Quant les Concerts populaires sont lancés pour la première fois en octobre 1861, Berlioz est visiblement impressionné et saisit la portée de l’évènement; il vante l’audace et le succès de l’entreprise et donne une description saisissante de l’atmosphère de recueillement qui règne dans le vaste Cirque Napoléon de la part d’un public affamé jusqu’alors de musique classique. Il rend compte de deux concerts ultérieurs, en janvier et novembre 1862, et s’il fait observer dans le premier compte-rendu des défauts dans l’exécution d’une œuvre, il loue dans le second le jeu de l’orchestre dans deux œuvres de Beethoven.

    Les lettres du compositeur, par contre, donnent une image bien moins flatteuse. Berlioz plaisante à ses amis sur le compte de Pasdeloup (CG no. 2071), le considère comme un arriviste à la tête d’un orchestre de second ordre (CG no. 2077), est mécontent de voir que l’entreprise de Pasdeloup dans les années 1850 lui rend plus difficile de donner des concerts lui-même (CG nos. 2077, 2216), et a particulièrement à cœur d’empêcher Pasdeloup de jouer sa musique (CG no. 1930). Il voit d’un mauvais œil la manière cavalière dont les compositeurs sont traités: à deux reprises Pasdeloup ampute la fin de l’Invitation à la valse de Weber dans l’instrumentation de Berlioz, sans le prévenir (CG nos. 2581, 3072), et se propose d’exécuter un fragment pour orchestre de la Fuite en Égypte malgré la mise en garde du compositeur (CG nos. 3122, 3124). Les deux dernières mentions de Pasdeloup dans la correspondance en disent long: Pasdeloup ‘éreinte’ sa musique, et Berlioz ‘a le bonheur’ de ne pas s’entendre exécuter par lui (CG nos. 3241, 3346).

    Mais il y a quand même plus. Écrivant à son éditeur au début de 1864 Berlioz semble juger les concerts Pasdeloup convenables pour l’exécution de la version pour orchestre de la Marche troyenne qu’il est en train de composer (CG no. 2827). Berlioz assiste à deux des exécutions de sa musique par Pasdeloup, celle de l’ouverture des Francs-Juges le 22 janvier 1865 et celle du Septuor des Troyens le 7 mars 1866. Dans les deux cas, surtout le second, Berlioz est profondément ému et écrit longuement là-dessus (CG nos. 2970, 2978 sur l’ouverture; CG nos. 3110, 3115, 3117 sur le Septuor). À deux reprises Berlioz laisse entendre qu’il n’est pas mécontent de l’exécution, et au deuxième concert il parle du ‘grand bel orchestre’ de Pasdeloup. Cette dernière exécution sera le dernier grand succès de Berlioz à Paris – les succès encore à venir seront tous à l’étranger – mais s’il avait assisté aux exécutions de Pasdeloup en 1868 on peut se demander si sa simple présence dans la salle aurait galvanisé l’auditoire à de nouvelles scènes d’enthousiasme. Quoi qu’il en soit, le fait que Pasdeloup joue la musique de Berlioz dans les années 1860 et continue à le faire par la suite aide sans doute à préparer le renouveau des années 1870, ce que Berlioz ne pouvait pas alors savoir.

Pasdeloup et Berlioz

    Pasdeloup a très vraisemblablement vu et entendu Berlioz diriger à Paris à bien des reprises, y compris les grands concerts de 1844 et 1845. On est en droit de supposer qu’il admire la musique de Berlioz: en règle générale il ne joue que de la musique qu’il juge belle. Il n’est pas partisan de tel compositeur plutôt que d’un autre et n’a pas de véritable spécialité, à l’encontre de ses rivaux Colonne et Lamoureux; il vise plutôt à présenter à un public plus large toute musique sérieuse qui lui semble digne d’être exécutée, qu’elle soit du passé ou contemporaine, et sans tenir compte de la mode ou des nationalismes. But qu’il poursuit jusqu’à la fin de sa carrière: dans sa dernière saison il consacre un concert à la musique de César Franck, et invite Franck à diriger à ce concert (30 janvier 1887; Le Ménestrel 6/2/1887, p. 79). Son manque de spécialisation est sans doute à la fois sa force et sa faiblesse: il dirige beaucoup de musique, mais ne cherche pas à approfondir chaque compositeur qu’il joue, et la qualité de l’exécution peut varier.

    Le bilan de ses exécutions de la musique de Berlioz, dont la table ci-dessous donne un résumé, en est une illustration (la même analyse pourrait s’appliquer à ses exécutions de Wagner). Dans son tout premier concert avec la Société des jeunes artistes, le 20 février 1853, il inscrit au programme une œuvre de Berlioz, l’ouverture du Carnaval romain, qui figurera plus tard régulièrement à son répertoire (Berlioz assiste au concert, mais on ne sait ce qu’il a pensé de cette exécution). Huit ans plus tard, après la fondation des Concerts populaires en 1861, il revient à Berlioz, d’abord avec l’instrumentation de l’Invitation à la valse de Weber (très prisée du public dans les années 1870 et 1880, mais sans doute avec la coupure de l’andante final dont se plaignait Berlioz), puis avec l’ouverture du Carnaval romain. À partir de ce moment jusqu’à sa retraite en 1884 il tient à jouer au moins un morceau de Berlioz à chaque saison (et souvent plusieurs), et de même dans sa dernière saison en 1886-1887. Si l’on examine sa programmation de Berlioz on peut y reconnaître une démarche voulue: pour emporter l’adhésion de son public il commence par des morceaux uniques ou un extrait d’une œuvre plus développée. Il passe ensuite à de plus longs extraits, et pour finir à l’œuvre intégrale. On peut observer cette progression avec la Damnation de Faust, de la simple Marche hongroise en 1868 jusqu’à l’intégrale de l’œuvre en 1877, le même jour que Colonne. Même démarche avec Roméo et Juliette à partir de 1868, mais Colonne ici le devance avec une exécution complète en décembre 1875, et ce n’est que trois ans plus tard que Pasdeloup peut y répliquer. Avec les deux premières symphonies il suit un parcours différent. Pasdeloup est le premier chef après la mort de Berlioz à tenter la Symphonie fantastique en 1873 (mais à cette occasion, selon Adolphe Jullien, sans le dernier mouvement); l’ouvrage est d’abord accueilli fraîchement, et Pasdeloup n’exécute qu’un seul mouvement de la symphonie plus tard la même année. L’œuvre dans son ensemble est finalement acceptée par le public et figure désormais régulièrement à son répertoire à partir de 1876 (c’est la dernière œuvre de Berlioz qu’il dirige à son dernier Concert populaire le 27 mars 1887). Il est aussi le premier à exécuter intégralement Harold en Italie en 1876, qui réussit dès le premier coup. Mais la concurrence de Colonne est dès lors intense, et Pasdeloup y répond en montant une exécution intégrale au concert de la Prise de Troie en 1879, jamais encore jouée nulle part. Colonne de son côté se sent obligé de suivre son exemple, et s’il ne peut pas d’abord rattraper le retard sur son rival, il a pour finir plus de succès avec l’œuvre. Pasdeloup est en train de perdre la bataille en ce qui concerne la musique de Berlioz, et s’il continue à donner de nombreuses exécutions après cette date, il n’ajoutera plus de titres nouveaux à son répertoire de Berlioz. Mais en public son soutien pour le compositeur ne diminue pas: il est présent à l’inauguration du monument Berlioz à Montmartre le 8 mars 1887 (Le Ménestrel 13/3/1887, p. 117).

    Comme interprète de Berlioz Pasdeloup est capable de diriger des exécutions qui paraissent satisfaisantes même à des amis du compositeur qui l’ont entendu diriger ses œuvres (voir par exemple le compte-rendu par Ernest Reyer d’Harold en Italie en 1876), mais si on lit entre les lignes il n’est pas difficile de remarquer des réserves (par exemple dans le compte-rendu par Auguste Morel d’une intégrale de la Damnation en 1878). Un critique en 1881 compare la direction de Pasdeloup dans la Damnation avec celle de Colonne; la comparaison n’est pas à l’avantage de Pasdeloup. Une comparaison du répertoire Berlioz de Pasdeloup avec celui de Colonne jusqu’à 1884 est tout aussi instructive. Une fois que Colonne a défini son rôle de spécialiste de Berlioz, il s’écarte du chemin battu pour inclure des œuvres que son rival n’a pas abordé: outre des morceaux plus brefs on y trouve les ouvertures de Benvenuto Cellini et du Corsaire, Tristia, la Symphonie funèbre et triomphale, l’intégrale de l’Enfance du Christ, le Requiem, et même Lélio (mais sans le récitant).

    Malgré tout ses défauts Pasdeloup a tout de même fait une contribution immense à la musique de son temps. En 1890, longtemps après l’ascension de Colonne et de Lamoureux, Adolphe Jullien peut encore écrire que Pasdeloup a été le chef d’orchestre le plus populaire qu’il y ait jamais eu en France. Un article de Félix Jahyer datant de 1880, à une époque où l’entreprise de Pasdeloup est déjà menacée, plaide pour un soutien publique à ses efforts. Quand en 1884 Pasdeloup annonce sa retraite, la nouvelle est accueillie avec consternation par des critiques bienveillants (voir les commentaires d’Ernest Reyer, Arthur Pougin et Adolphe Jullien), et sa mort en 1887 suscite à l’époque et pendant des années à venir de chaleureux hommages (voir de nouveau Arthur Pougin, Ernest Reyer et Adolphe Jullien).

Choix de textes

    Les textes sont disposés en trois groupes: (1) Lettres, toutes de Berlioz sauf indication contraire (2) Journaux datant du vivant du compositeur (jusqu’à 1862 tous les articles sont de Berlioz sauf indication contraire) (3) Journaux datant d’après sa mort.

  Lettres

Les renvois sont tous à la Correspondance Générale (abrévié CG)

1855

À Gaetano Belloni [l’agent de Liszt] (CG no. 1930; 28 mars, de Bruxelles):

Voulez-vous me faire le grandissime plaisir d’aller tout de suite chez Pasdeloup, le prier de ma part et très énergiquement de ne pas exécuter à son concert de Dimanche prochain [1er avril] mon ouverture du Corsaire. Son orchestre n’est pas de force, je n’ai pas encore moi-même fait exécuter cette ouverture en France et vous concevrez que je ne sois pas bien aise de la faire entendre ainsi pour la première fois. […]

À Toussaint Bennet, Théodore Ritter et le quatuor Chevillard (CG no. 2071; 23 décembre, de Paris):

[…] Vous savez que Girard vient d’être nommé Sénateur; Pas de loup est en courses pour obtenir son archet (l’archet de Girard) à l’Académie Impériale de Musique. Il l’aura; à moins qu’il n’entre lui aussi prochainement au Sénat; au quel cas il ne pourra pas décemment (du moins c’est l’opinion de notre public à préjugés) remplir des fonctions rythmiques dans un théâtre. Ce serait dommage; et j’espère que Pas de loup ne sera pas Sénateur. Les intérêts de l’art avant tout.
Il a conduit un concert à la cour dernièrement dans un salon voisin de celui où se tenait l’auditoire; la porte de la salle de musique était ouverte. Pas de loup commence une symphonie, l’Empereur entre et, en entendant ce bruit, se hâte de faire fermer la porte. […]

1856

À Auguste Morel (CG no. 2077; 9 janvier, de Paris):

[…] Je ne puis rien tenter en musique à Paris d’un peu important; obstacles en tout et partout. Pas de salle! pas d’exécutants (de ceux que je voudrais). Il n’y a pas même un dimanche dont je puisse disposer pour donner mon petit concert. Les uns sont pris pas la Société des concerts, les autres par la Société Pasdeloup [la Société des Jeunes Artistes], qui a retenu la salle Herz pour toute la saison.
Je suis forcé de me contenter d’un vendredi. Pasdeloup est notre ancien timbalier qui s’est posé chef d’orchestre, à réuni sous ses ordres une bande de gamins du Conservatoire, et, à force de frétiller, est parvenu à avoir le patronage de M. de Nieuwerkerke et de la princesse Mathilde, à diriger les concerts de l’Hôtel de Ville; et finira par être maître de chapelle de l’Empereur. (Vous le verrez.) A part le petit Bennet, Théodore Ritter, qui est un enfant admirable en l’avenir duquel je crois sincèrement, Camille Saint-Saëns, un autre grand musicien de 19 ans, et Gounod qui vient de produire une très belle messe, je ne vois s’agiter que des Éphémères au-dessus de ce puant marais qu’on appelle Paris. […]

1857

À la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein (CG no. 2216; 18 mars, de Paris):

[…] Je vois tant d’horribles absurdités se produire et s’agiter dans notre monde musical, que je me sens un désir de jour en jour plus grand de me retirer de la mêlée. J’ai eu pourtant une velléité de donner ici une grande exécution de Faust que les Parisiens ne connaissent presque pas; je n’ai pu trouver ni salle ni chanteurs. N’y pensons plus. Depuis que la petite société d’élèves du Conservatoire s’est formée sous la direction comique de Pasdeloup et sous le patronnage de la princess Mathilde, toute musique d’ensemble est devenue à peu près impossible à Paris pendant la saison musicale. […]

1861

Sur la lettre CG no. 2580 à Auguste de Gasperini, voir la note ci-dessous sur CG no. 3072

À sa nièce Joséphine Suat (CG no. 2581; 27 novembre, de Paris):

[…] Quant au morceau dont tu me parles et qui a été bissé par les cinq mille auditeurs qui remplissaient le cirque Napoléon, je ne suis pas coupable de la suppression que m’a si spirituellement reprochée un critique. J’ai bien instrumenté le morceau de Weber tout entier; c’est le chef d’orchestre qui, sans m’en prévenir, a supprimé le petit andante final, pour ne pas empêcher les applaudissements. […]

À Stephen de la Madelaine (CG no. 2582; 1er décembre, de Paris):

[…] Vous citez un journal, la Réforme musicale. Ce journal assure que l’Invitation à la Valse a fait au concert de Pasdeloup une fort vilaine figure, quand ce morceau a été redemandé, au contraire, par plus de quatre mille auditeurs et répété au milieu des plus vives acclamations. Vous ignoriez le fait, je n’en doute pas; mais pourquoi accueillir si aisément les assertions d’un journal qui m’attaque parce que je n’ai pas pu, ainsi que beaucoup d’autres, reconnaître l’utilité et l’excellence de la méthode Chevé? […]

[Sur Berlioz et la méthode Chevé voir Journal des Débats 19 février 1861]

1864

À Antoine Choudens (CG no. 2827; 19 janvier, de Paris):

[…] J’ai commencé aussi l’instrumentation et le développement de la marche troyenne pour les concerts; je crois que cela fera un morceau splendide et qui sera jouable avec un grand effet, au Conservatoire, chez Pasdeloup, chez Arban, partout. Je suis capable de donner un concert pour le faire entendre, ainsi que la chasse avec un orchestre comme il en faut un et dirigé à ma façon. […]

À Toussaint Bennet (CG no. 2843; 15 mars, de Paris):

[…] Pasdeloup a donné une scène [le Septuor] des Troyens au dernier concert de l’Hôtel de Ville et ne m’a même pas averti de la répétition. […]

1865

À Estelle Fornier (CG no. 2970; 20 janvier, de Paris):

[…] On exécute après-demain ici, au Cirque de l’Impératrice, avec l’immense orchestre de Pasdeloup, mon ouverture des Francs-Juges. A la répétition d’avant-hier, m’a-t-on dit, les musiciens lui ont fait un succès monstre. […]

À Estelle Fornier (CG no. 2978; 16 février, de Paris):

[…] Je vous disais dans ma dernière lettre qu’on allait exécuter au concert du Cirque mon ouverture des Francs-Juges et que M. Gasperini allait faire une conférence sur ma partition des Troyens. De plus, M. Deschanel dans une autre salle a fait aussi une conférence sur le Roméo et Juliette de Shakespeare où il m’a cité à cause de ma grande symphonie avec chœurs sur ce sujet. Les deux orateurs ont été très applaudis. Quant à l’ouverture, elle a produit une espèce d’émeute. Après la dernière mesure une acclamation immense a éclaté, et après la troisième salve, mes trois siffleurs fidèles n’ont pas manqué, suivant leur coutume depuis deux ans, de pousser deux vigoureux coups de sifflet. Alors les applaudissements de redoubler, quatre mille paires de mains fonctionnaient avec fureur, on agitait les mouchoirs, les chapeaux. Le cirque présentait un spectacle curieux. En sortant on m’a arrêté sur le boulevard, des inconnus venaient me serrer la main, des dames se faisaient présenter et me complimentaient. L’une d’elles m’a dit: « Quelle verve! et quelle expérience de l’orchestre il y a là-dedans; on voit que vous venez d’écrire cet ouvrage. — Hélas, madame, ai-je répondu, cet ouvrage a été écrit il y a trente-sept ans; c’est mon premier morceau de musique instrumentale. »
Voilà le public de Paris; on trouve des gens qui n’y connaissent rien de l’histoire de l’art qu’ils disent aimer. Pour eux on écrit sur l’eau, ou au moins sur le sable.
Le but de mes trois siffleurs acharnés n’est pas d’entraîner le public après les exécutions de mes ouvrages, mais seulement de pouvoir faire dire dans les journaux hostiles: « On a joué à tel endroit tel morceau de M. Berlioz, ce morceau a été sifflé. » Et c’est vrai. Et leur but auprès des lecteurs de ces journaux est réellement atteint. J’ignorerai probablement toujours ce qui m’a valu cette haine fidèle qui depuis deux ans se manifeste ainsi à l’Opéra, au th. lyrique, au conservatoire, au cirque, partout.
Je ne voulais pas assister à ce concert, le chef d’orchestre m’avait tant prié d’y venir que je n’ai pas pu le lui refuser. J’avais mis de côté pour vous les envoyer plusieurs journaux qui racontent la chose, mais il m’a semblé puéril de céder à ce désir. […]

À Auguste de Gasperini (CG no. 3072; 17 décembre, de Paris):

Je viens de lire dans le Ménestrel [17 décembre 1865, p. 19-20] votre article sur les concerts de la semaine dernière et j’y ai trouvé avec surprise cette phrase: Je regretterai toujours que l’Invitation à la valse, orchestrée par Berlioz, s’arrête à l’andante qui termine cette belle page de Weber. Je ne sais si Berlioz a, de propos délibéré et en vue d’un effet de concert, passé cette dernière partie de la valse, mais j’en doute fort, etc.
Eh bien il ne fallait pas DOUTER; vous n’êtes pas de ces gens qui peuvent me croire capable de manquer de respect à un belle œuvre et à un grand maître, dans l’intérêt puéril de ce qu’on appelle en France et en Italie l’effet. J’ai orchestré le morceau de Weber tel qu’il est, sans en supprimer une mesure; les parties d’orchestre gravées dont on se sert partout en font foi; et quand j’ai eu l’occasion de faire exécuter sous ma direction cette ravissante fantaisie si caractérisée, en France, en Angleterre et en Allemagne, on n’a jamais supprimé l’andante final. […]

[Note: Pasdeloup avait déjà exécuté le même morceau au concert du 3 novembre 1861, là aussi sans l’andante final. Ceci ressort de la lettre CG no. 2581 citée ci-dessus, qui montre aussi qu’un critique non identifié avait attiré l’attention sur la coupure faite. La lettre ci-dessus à Gasperini est reproduite en termes identiques dans CG sous le no. 2580 avec la date du 10 novembre 1861, mais il est fort peu vraisemblable que Berlioz ait écrit exactement la même lettre à cinq ans d’intervalle; il s’agit sans doute d’un doublet de CG no. 3072, dont la date est fixée au 17 décembre 1865 par sa publication une semaine plus tard dans le Ménestrel du 24/12/1865, p. 27-28, ainsi que par l’article de Gasperini publié le 17 décembre]

1866

À Humbert Ferrand (CG no. 3110; 8 mars, de Paris):

[…] Je voulais vous parler de ce qui s’est passé hier à un grand concert extraordinaire, donné avec les prix triplés, au cirque Napoléon, au bénéfice d’une société de bienfaisance, sous la direction de Pasdeloup.
On y jouait pour la première fois le Septuor des Troyens. Mme Charton chantait; il y avait 150 choristes et le grand bel orchestre ordinaire. À l’exception de la marche de Lohengrin de Wagner, tout le programme a été terriblement mal accueilli par le public. – L’ouverture du Prophète de Meyerbeer a été sifflée à outrance; les sergents de ville sont intervenus pour expulser les siffleurs…… Enfin est venu le Septuor. Immenses applaudissements; cris de bis. Meilleure exécution la seconde fois. On m’aperçoit sur mon banc, où je m’étais hissé pour mes trois francs (on ne m’avait pas envoyé un seul billet); alors, nouveaux cris, rappels, les chapeaux, les mouchoirs s’agitent: « Vive B… ! levez-vous ! on veut vous voir ! » Et moi de me cacher de mon mieux ! A la sortie on m’entoure sur le boulevard. Ce matin, je reçois des visites, et une charmante lettre de la fille de Legouvé. Liszt y était, je l’ai aperçu du haut de mon estrade; il arrive de Rome et ne connaissait rien des Troyens. Pourquoi n’étiez-vous pas là? Il y avait au moins trois mille personnes. Autrefois cela m’eût donné une grande joie…
C’était d’un effet grandiose; surtout le passage avec ces bruits de la mer, que le piano ne peut pas rendre,
    « Et la mer endormie
    Murmure en sommeillant les accords les plus doux. »
J’en ai été remué profondément. Mes voisins de l’amphithéâtre, qui ne me connaissaient pas, en apprenant que j’étais l’auteur de la chose, me serraient les mains et me disaient toute sorte de remerciements… Curieux. Que n’étiez-vous là !….. C’est triste, mais c’est beau !

Regina gravi jamdudum saucia cura. […]

[Cette dernière ligne est une citation du début du livre IV de l’Énéide]

Auguste Morel à Berlioz (CG no. 3115; 13 mars, de Marseille)

À Auguste Morel (CG no. 3117; 15 mars, de Paris)

À Humbert Ferrand (CG no. 3122; 22 mars, de Paris):

[…] On va jouer au Conservatoire, le dimanche de Pâques [1er avril], les trois morceaux de La Fuite en Egypte. En attendant, voilà mon nigaud de Pasdeloup qui annonce pour dimanche prochain [25 mars] l’ouverture de La Fuite en Egypte, c’est-a-dire la petite symphonie sur laquelle les Bergers sont censés arriver auprès de l’étable de Bethléem. Je viens de lui écrire pour le prier de n’en rien faire ; mais je parie qu’il s’obstinera. Cela est absurde, le morceau ne peut se séparer du chœur suivant. […]

Jules Pasdeloup à Berlioz (CG no. 3124; 25 mars, de Paris):

 Ce n’est qu’après avoir mûrement réfléchi que je fais mes programmes; la meilleure réponse que j’aie pu faire à votre lettre, c’est de vous avoir joué aujourd’hui. L’ouverture de La Fuite en Egypte est un morceau de gourmet et j’ai assez de confiance dans mon public à présent pour ne craindre certaines témérités.
L’ouverture a eu un légitime succès et si on n’avait pas crié Bis il n’y aurait pas eu la moindre protestation; ainsi donc soyez content car je le suis. […]

1867

À Auguste Morel (CG no. 3241; 12 mai, de Paris):

[…] On a joué il y a quelque temps Roméo et Juliette à Bâle en Suisse; de Bülow dirigeait le directeur. Mme de Bülow m’a écrit cela. On a joué avant-hier L’Enfance du Christ à Copenhague, on l’avait donné un mois auparavant à Lausanne en Suisse. On me joue un peu partout maintenant, même en Amérique; excepté à Paris. Pourtant Pasdeloup y éreinte quelques-uns de mes morceaux de temps en temps. […]

1868

À Vladimir Stasov (CG no. 3346; 1er mars, de Paris):

[…] P.S. En ce moment ce buffle de Pasdeloup exécute à son concert la Fête de Roméo et Juliette, et cela va dieu sait comme… Je suis dans mon lit et j’ai le bonheur de ne pas l’entendre. […]

  Journaux du vivant de Berlioz

Abréviations: Débats = Journal des Débats; Ménestrel = Le Ménestrel

1853

Débats 17 mars, p. 3 […] Je dois ajouter en finissant qu’une nouvelle association musicale vient de se former, sans craindre les deux préexistantes ; ce qui porte maintenant à trois les Sociétés de cette nature, en tête desquelles il faut toujours placer la Satiété des concerts du Conservatoire. La nouvelle a été formée par une réunion de jeunes artistes que dirige avec talent M. Pasdeloup. Celle-là a pour but de faire entendre spécialement les œuvres des jeunes compositeurs et de s’exercer en public à la gymnastique musicale. Ces élèves, parmi lesquels on compte, il faut le dire, un certain nombre de professeurs, ont débuté d’une façon brillante, en exécutant avec ensemble la première symphonie en ut majeur de Beethoven et une grande et belle ouverture de M. Lacombe. […]

1857

Débats 14 décembre, p. 2 […] M. Pasdeloup, le directeur et chef d’orchestre de la Société des jeunes artistes, appartient à cette classe de condottieri de la musique, bohêmes de l’art si l’on veut, mais bohêmes vivants, agissant énergiquement, et qui en dernière analyse font quelque chose. Or je ne suis pas de l’avis de ceux qui pensent qu’il vaut mieux ne rien faire que de faire quelque chose d’imparfait. Si cette opinion dominait dans le monde des arts, des sciences et de l’industrie, nous n’aurions à cette heure ni la photographie, ni les chemins de fer, ni la navigation à la vapeur, ni les télégraphes électriques, ni vingt autres merveilleuses conquêtes de l’esprit humain qui furent fort loin, dans l’origine, de ressembler à ce qu’elles sont aujourd’hui.

D’abord il s’y prit mal, puis un peu mieux, puis bien,
    Puis enfin il n’y manqua rien,

a dit le fabuliste. Mais pour parvenir à s’y prendre bien, il me semble évident qu’il faut commencer par s’y prendre de quelque façon. S’il s’agit de musique, on égorge bien par-ci par-là quelques chefs-d’œuvre, mais il y a de ces chefs-d’œuvre qui guérissent de leurs blessures et doivent, après tout, à leurs honnêtes assassins d’être plus tard appréciés et connus. Tâchons pourtant d’assassiner le moins possible.

    Ceci, qui aurait pu avoir trait à M. Pasdeloup il y a quelques années, ne lui est plus appliquable aujourd’hui. Il a voulu tout récemment faire quelque chose, produire une grande œuvre inconnue des Parisiens, l’Elie de Mendelssohn ; et il y est parvenu. Il en a fait entendre, du moins, la première partie. Il a fallu pour cela trouver une vaste salle ; la salle du Cirque obtenue, il a fallut en combattre la détestable sonorité, empêcher le roulement des ondes sonores, découvrir enfin la disposition particulière de l’orchestre et des chœurs qui seule pouvait faire arriver à ce résultat. La salle du Cirque, telle que M. Pasdeloup l’a fait arranger en y construisant une estrade pour l’orchestre et en plaçant un réflecteur derrière les derniers rangs des choristes échelonnés sur des gradins derrière l’orchestre, est maintenant le meilleur local que je connaisse pour les grands concerts. L’Exeter-Hall de Londres ne saurait même lui être comparé.

    Cela a coûté beaucoup d’argent, il est vrai, mais la recette du festival mendelssohnien a couvert à peu près les frais de cette mise en train d’une grande machine musicale. Il faut applaudir à cet élan de curiosité qui a fait affluer la foule au Cirque des Champs-Elysées, dimanche dernier [6 décembre]. L’ensemble de ce nombreux auditoire et de cette masse d’exécutants, si ingénieusement disposée, était d’un aspect magnifique. L’exécution en outre a été à peu près irréprochable. L’orchestre, dans les airs et duos d’Elie, a souvent accompagné beaucoup trop fort, défaut inévitable dans un grand ensemble instrumental tel que celui-là, si on laisse jouer dans les accompagnemens la bande entière des instruments à cordes, au lieu de la réduire à un petit orchestre d’accompagnement. Mais les instruments à vent sont restés irréprochables, et l’effet des voix, dans ces pompeuses périodes chorales, a frappé tout l’auditoire par sa majesté. […]

1858

Débats 6 janvier, p. 2 […] La Société des Jeunes Artistes, dirigée par M. Pasdeloup, vient de recommencer la série de ses concerts dans la salle Herz. Le premier a été fort beau et on y a signalé un progrès notable dans l’exécution de l’orchestre. La dramatique ouverture de Struensée, de Meyerbeer, que M. Arban avait déjà fait entendre aux Concerts Parisiens quelques jours auparavant, offrait plus d’un danger au jeune orchestre de M. Pasdeloup. C’est un morceau difficile, pour les violons surtout. Ils l’ont rendu néanmoins sans accident et avec beaucoup de feu et de précision. […] L’orchestre de M. Pasdeloup a très bien dit aussi la symphonie en mi bémol de M. Gounod, œuvre excellente, dont l’andante principalement a produit le plus grand effet. […]

Débats 5 mars, p. 1 […] L’autre institution, la Société des Jeunes Artistes, que dirige avec zèle et dévouement M. Pasdeloup, n’a pas de local qui lui appartienne en propre. Ses séances ont lieu dans la salle de M. Herz, rue de la Victoire, dont elle paie le loyer, et où l’on a grande peine à placer un orchestre de soixante musiciens et un chœur d’une quarantaine de voix. La Société des Jeunes Artistes ne peut même faire dans ce local le petit nombre de répétitions indispensables pour chaque concert, elle est obligée d’en avoir un autre pour ces études préliminaires. Les musiciens associés retirant des six ou sept séances annuelles un très mince bénéfice, et obligés de vivre de leur talent en l’employant ailleurs de toutes façons, sont rarement exacts aux répétitions. Il n’arrive presque jamais qu’à ces séances préparatoires l’orchestre soit complet. Il manque tantôt deux cors, tantôt les trois trombones, une autre fois il n’y a que deux contre-basses, les flûtes arrivent deux heures trop tard. Il y a eu un bal la nuit précédente ; ces messieurs se sont couchés à cinq heures du matin. Il faut bien dormir un peu. Tel a des leçons à donner, tel autre est retenu par une répétition de son théâtre, etc., etc. Et franchement, on ne peut pas leur en vouloir. Mais quel tourment pour le directeur chef d’orchestre de la Société ! et pour l’auteur qu’on exécute, s’il est présent ! Il peut être présent, en effet, la Société des Jeunes Artistes, tout en prouvant son respect pour les illustres morts, n’ayant pas déclaré la guerre aux vivants. Loin de là, il faut reconnaître qu’avec ses ressources restreintes elle a déjà rendu à l’art moderne des services importants. […]

1859

Débats 18 février, p. 3 […] Il faut pourtant faire une honorable exception en faveur des virtuoses d’un certain rang, qui presque tous recourent, pour leur concert, à l’orchestre de la Société des Jeunes Artistes, dirigé par M. Pasdeloup. Cette collection d’instrumentistes compte beaucoup de vrais talents, et mérite tout à fait le nom d’orchestre. A leur première matinée de cette année, les jeunes artistes ont même exécuté d’un façon remarquable et digne d’éloges la symphonie pastorale de Beethoven. Comme les poèmes antiques, si beaux, si admirés qu’ils soient, pâtissent à côté de cette merveille de la musique moderne ! […]

1861

Ménestrel 10 novembre, p. 399 (compte-rendu non signé): […] Le grand succès de la matinée appartient à l’Invitation à la valse, de Weber, orchestrée par Berlioz. Ce chef-d’œuvre, enlevé avec une vigueur, un ensemble des plus remarquables, a été unanimement redemandé. […]

Débats 12 novembre, p. 2 M. Pasdeloup vient d’avoir une idée hardie dont le succès peu vraisemblable a dépassé toutes ses espérances. Il a voulu savoir quel serait l’effet produit par les œuvres des maîtres sur un auditoire à peu près inculte comme celui qui fréquente les théâtres du boulevard. En conséquence, à ses risques et périls, il a loué le Cirque-Napoléon, on y a élevé une estrade pouvant contenir une centaine de musiciens et là il donne les dimanches, à deux heures, des concerts populaires à bas prix, dans lesquels on entend exclusivement les chefs d’œuvre de Beethoven, de Mozart, de Weber, de Mendelssohn, enfin de la grande musique instrumentale de style. La foule y est accourue avec empressement, avec passion même ; et l’on ne saurait, avant d’en avoir été témoin, se faire une idée du bonheur avec lequel ces quatre ou cinq mille auditeurs écoutent des ouvertures, des symphonies dont ils ne peuvent, certes, apprécier la valeur réelle, mais dont les grandes pensées et la forme les frappent d’étonnement et excitent en eux de véritables transports.

    Le silence est religieux et profond sur ces nombreux gradins circulaires occupés jusqu’au dernier. Un vaste murmure, rapidement comprimé, s’y élève seul parfois quand l’émotion musicale devient trop intense dans certains passages. Mais jamais d’interruption, on attend que la dernière note ait retenti ; alors seulement éclatent des acclamations et des applaudissements dont la sincère énergie est peu connue dans nos théâtres et dans nos salles de concerts. C’est ainsi que M. Pasdeloup a pu faire goûter en deux séances, à près de dix mille personnes, la Symphonie pastorale et celle en ut mineur de Beethoven, l’ouverture de la Flûte enchantée de Mozart, l’Invitation à la valse de Weber et plusieurs morceaux merveilleux dont ce public ne soupçonnait pas l’existence et encore moins le charme saisissant. Je renonce à décrire les acclamations et les trépignements qui ont accueilli Alard après le concerto de Mendelssohn, et Jacquart après celui de Molique. Les deux virtuoses, tant fêtés partout, ne le furent jamais nulle part à ce point. Déjà, attiré par les concerts eux-mêmes sans doute, mais aussi par la nouveauté de ce spectacle, le monde élégant se porte au Cirque-Napoléon. M. Pasdeloup a la joie et le mérite d’avoir fondé une belle institution qui nous manquait ; la partie est gagnée.

1862

Débats 28 janvier, p. 1 […] Les concerts populaires du Cirque Napoléon continuent d’attirer une foule immense ; mais, à vrai dire, ils n’ont plus de populaire que le nom. Les blouses ont disparu, on n’y voit que des fracs noirs et d’élégantes toilettes. Le beau monde, lui aussi, aime la musique à bon marché. La raison principale, la vraie raison qui fait courir chaque dimanche quatre ou cinq mille amateurs au boulevard des Filles-du-Calvaire, c’est qu’on peut y entendre des chefs-d’œuvre de l’art symphonique pour 75 centimes. L’avant-dernier concert [le 19 janvier] offrait un programme dont toutes les parties n’ont pas également satisfait l’auditoire. L’ouverture de Médée [de Cherubini] a produit peu d’effet. Chaque morceau de la symphonie en de Beethoven, au contraire, a excité des orages d’applaudissements. L’enthousiasme de cette immense foule semblait ne pouvoir assez se donner carrière ; quand un des côtés du Cirque avait fini d’applaudir, l’autre recommençait. […]

    Les fragments de la symphonie de Haydn [no. 52] ont paru bien décolorés à côté de la grande œuvre de Beethoven ; et l’ouverture solennelle de Ries avec sa bouffissure, son entassement de modulations sans but, ses phrases un peu vulgaires, a déplu à la majorité du public qui a cru devoir manifester son mécontentement. Les trompettes d’ailleurs n’étaient pas d’accord avec le reste de l’orchestre, et leurs notes hautes d’un diapason trop élevé ont fait endurer aux oreilles sensibles une véritable torture : nous signalons ce fait à l’attention de M. Pasdeloup. […]

Débats 19 novembre, p. 1 […] C’est cette ouverture [Coriolan, de Beethoven] que M. Pasdeloup nous a fait entendre dimanche dernier [16 novembre]. Et le public de Paris a entrevu pourtant que c’était beau, car le vaste amphithéâtre circulaire a retenti d’une assez respectable acclamation après le dernier accord du chef-d’œuvre. Mais tous les transports de l’auditoire, ses bis enthousiastes ont été pour le joli rigodon du Dardanus, de Rameau, et pour le final d’une symphonie de Haydn [no. 29]. L’ouverture, néanmoins, avait été bien exécutée dans le vrai mouvement, avec toute la fougue et la rudesse voulues. […]

    Dans le même concert, on a entendu le concerto de piano en mi bémol de Beethoven, exécuté par M. Jaell d’une manière large et simple, chaleureuse, sans divagations rythmiques et avec une énergie toujours exempte de brutalité. M. Jaell est un grand pianiste et un musicien distingué. On le savait, mais il en a donné là une nouvelle et éclatante preuve. Son succès a été complet ; on l’a acclamé et rappelé plusieurs fois. L’orchestre aussi dans ce vaste concerto-symphonie s’est montré irréprochable. […]

[Note: le compte-rendu par J. Lovy dans le Ménestrel du 23/11/1862 p. 415 s’accorde de près avec le verdict de Berlioz sur la réaction de l’auditoire]

1865

Ménestrel 22 janvier, p. 70 (compte-rendu non signé): — A la dernière matinée des Concerts populaires, une certaine opposition s’est manifestée contre l’ouverture des Francs-Juges, d’Hector Berlioz ; mais l’on doit à la vérité de constater que la très-grande majorité du public s’est déclarée pour cette œuvre par ses applaudissements. Il ne manquait peut-être aux opposants pour devenir des approbateurs, que de connaître mieux le sujet dont le compositeur s’est inspiré.

1866

Ménestrel 25 février, p. 100 (A. de Gasperini): […] Pendant ce temps, M. Pasdeloup va de l’avant. Il cherche, il invente, il hasarde. On lui dit qu’il sera sifflé : il va toujours ; que le public se lassera de le suivre : il va plus vite et plus haut. Or, il arrive que le public s’associe à lui, le soutient, le pousse; et, dans ces applaudissements dont il salue chaque hardiesse nouvelle, une large part, la plus cordiale, est pour le chef d’orchestre lui-même, pour sa persistance à élargir les voies et à secouer les entraves de la routine. […]

Ménestrel 11 mars, p. 117 (A. de Gasperini): […] Mercredi dernier [7 mars], M. Pasdeloup a donné, au Cirque Napoléon, un grand concert au bénéfice de l’Œuvre des Faubourgs. Ce concert dont le programme contenait les noms des premiers maîtres du temps, avait attiré une affluence énorme. Je voudrais pouvoir en parler longuement, mais l’espace me manque, et je ne veux qu’en rappeler deux épisodes qui ont leur prix.
    On venait de jouer l’ouverture au Prophète, œuvre discutable assurément, mais où la main du maître est marquée à chaque pas, quand un monsieur quelconque crut devoir protester contre les applaudissements de la salle par un coup de sifflet.
    Indignation générale, cris, tumulte, vociférations. « On ne siffle pas Meyerbeer ! » crie un des assistants, et on va faire un mauvais parti au siffleur.
    La police arrive ; on saisit mon homme, on allait le faire disparaître dans le couloir, quand M. Pasdeloup s’approche du bord de l’estrade, au milieu d’un vacarme effroyable, et jette ces mots : « Messieurs ! les opinions sont libres ! » Il est applaudi à outrance, et je suppose que le siffleur a pu rentrer dans la salle.
    Le superbe septuor des Troyens a été bissé. On n’imagine pas l’effet irrésistible de cette page sur un public impressionnable, haletant, tout ému par le voisinage des grandes œuvres au milieu desquelles il plongeait ce jour-là. Quelqu’un appelle par son nom Berlioz, fort peu en vue dans sa stalle et qui ne s’attendait probablement pas à ce débordement d’enthousiasme. Son nom passe de bouche en bouche ; on se lève, on bat des mains ; la salle entière le salue. Berlioz s’incline et balbutie quelques mots de remercîment. Son émotion était grande ; un éclair de joie ineffable venait de traverser cette vie de lutte et de tourments. Ceux qui le touchaient de plus près virent que Berlioz avait pleuré ; il n’était pas le seul dans la salle.
    Liszt, l’abbé Liszt avait applaudi avec frénésie !

Ménestrel 25 mars, p. 134 (non signé): — A propos de M. Legouvé, nous devons à sa bonne obligeance les quelques lignes suivantes. Elles relatent un fait également raconté par l’Événement : « A l’issue de son ovation au concert Pasdeloup, Hector Berlioz a reçu une lettre signée de cinq personnes, et pleine de la plus vive sympathie. Un sentiment de surprise se mêle à sa satisfaction, pendant qu’il lit cette lettre. Il croit la reconnaître, il croit l’avoir lue déjà quelque part. Enfin, à force de chercher, il se rappelle que ces lignes si sympathiquement enthousiastes sont précisément celles qu’il a écrites lui-même, il y a un grand nombre d’années, à Spontini, après une représentation de la Vestale, et qu’il a publiées dans ses mémoires. C’est là que ces jeunes gens avaient été les chercher. N’y a-t-il pas quelque chose de charmant à couronner un grand artiste avec la couronne même qu’il avait posée, étant jeune, sur le front d’un maître immortel ? »

    [Note: il s’agit sans doute de la lettre CG no. 752, datée du 27 août 1841, envoyée par Berlioz à Spontini après une exécution de Fernand Cortez (et non pas la Vestale), et publiée par lui une première fois dans son Voyage musical en Allemagne et en Italie, tome I (1844) p. 403-4 puis de nouveau dans ses Soirées de l’orchestre, 13ème soirée. Elle ne paraît ni dans les Mémoires d’un musicien ni dans les Mémoires posthumes]

1868

Ménestrel 27 décembre, p. 30 (compte-rendu non signé): — Très-beau et très-intéressant le dernier concert populaire [20 décembre]. L’ouverture de Sémiramis, qui ouvrait le programme, a été exécutée de façon irréprochable par l’orchestre de Pasdeloup. — La Romanza et le Scherzo de la symphonie en mineur de Robert Schumann [no. 4] sont de la belle et forte musique, qui ne peuvent manquer de faire impression sur toute âme de musicien. Nous aimons moins l’introduction et le finale de cette même symphonie, où les idées se succèdent et s’amoncellent sans trêve ni relâche trop hachées et trop nuageuses.— Le fragment de Roméo et Juliette (scène d’amour), de H. Berlioz, est également œuvre de grand penseur, surtout la première moitié, avec sa phrase de violoncelles, si puissante, si inspirée. — L’air de ballet de Prométhée a été bissé comme à son ordinaire. — Quant au Largo de Haydn, qui terminait le concert, il faut avoir le courage d’avouer qu’il a quelque peu vieilli.

  Journaux après la mort de Berlioz

Note: les textes qui ont déjà été reproduits dans la page d’articles et de comptes-rendus pour les années 1869 à 1884 sont mentionnés dans la table des concerts ci-dessous mais ne sont pas répertoriés ici; on en trouvera tout le détail dans cette page et dans les tables chronologiques de la page Paris et Berlioz: le Renouveau.

1874

Ménestrel 22 novembre, p. 406: — Grand tapage et grands bravos dimanche au Concert populaire [15 novembre]. Les bravos furent pour M. Sarasate, qui a supérieurement exécuté le concerto de Beethoven. On ne peut, à propos de ce nouveau succès, que répéter les éloges décernés ici-même dimanche dernier à ce jeune virtuose, au sujet du concerto de Mendelssohn. Le tapage a été soulevé par le prélude de Tristan et Iseult de Richard Wagner, qui paraissait pour la première fois sur le programme de ces concerts. Il y a longtemps que M. Pasdeloup aurait dû nous faire entendre cette page remarquable, digne pendant du prélude de Lohengrin et qui arrivera bien vite, comme ce dernier morceau, à être compris par la partie impartiale du public et à être bissée sans opposition. En présence de l’hostilité soulevée par les auditeurs qui voulaient faire recommencer le prélude, soit qu’ils l’admirassent, soit qu’ils jugeassent une seconde audition nécessaire pour comprendre une œuvre aussi élevée, M. Pasdeloup a pris la parole et a annoncé qu’il redirait ce morceau à la fin de la séance, et que ceux qui voulaient l’entendre n’auraient qu’à rester, tandis que les autres sortiraient sans rien perdre du concert. Néanmoins, presque tous sont demeurés jusqu’à la fin du concert, et se sont remis à siffler dès que M. Pasdeloup a levé l’archet pour recommencer. En présence du calme montré en cette circonstance par le chef d’orchestre, qui a clairement fait entendre qu’il donnerait le signal seulement lorsque le calme serait entièrement rétabli, les siffleurs ont dû se taire ou déguerpir, et le morceau a été réexécuté au milieu d’un silence attentif. On peut évaluer à un tiers des auditeurs le nombre des personnes qui sont restées pour cette seconde audition.

1880

Félix Jahyer, ‘Jules-Étienne Pasdeloup, fondateur des Concerts-populaires’, Camées Artistiques 8 juillet 1880, p. 1-2.

1884

Débats 11 mai, p. 3 (Ernest Reyer):

Ménestrel 11 mai, p. 188-9 (Arthur Pougin): C’est avec un regret très profond, très vif, très sincère, que nous avons accueilli la nouvelle qui nous apprenait la détermination prise par M. Pasdeloup de renoncer, après vingt-trois ans d’une lutte brillante et pleine d’éclat, à l’entreprise des Concerts populaires. Cette entreprise, à laquelle il peut être fier d’avoir attaché son nom, a produit tous les fruits qu’on en pouvait attendre, mais, par un de ces hasards de la destinée qui ne sont pas rares en de telles matières, celui qui en fut le promoteur et l’organisateur n’aura pas recueilli de ses fruits les plus riches et les plus savoureux, et M. Pasdeloup, fatigué peut-être avant le temps, car il n’est encore âgé que de soixante-trois ans, renonce à porter davantage un fardeau qu’il juge trop lourd pour ses épaules.

    L’excellent artiste n’en a pas moins, il faut se le rappeler et lui en être reconnaissant, rendu un immense et signalé service à l’art musical. A une époque où la musiquette avait tout envahi, où l’art de pacotille s’étalait de toutes parts avec effronterie, il a eu foi dans l’esprit public, il a cru qu’une œuvre saine, réconfortante, pleine de grandeur et de noblesse, avait des chances de succès, il a voulu réagir contre des tendances débilitantes et funestes, et ce succès qu’il recherchait, un succès immense, enthousiaste, indescriptible, l’a récompensé de ses vaillants efforts. Grâce à son intelligente initiative, M. Pasdeloup — et c’est là sa plus noble récompense — a pu voir une modification profonde s’introduire dans nos coutumes artistiques, une heureuse évolution s’opérer de toutes parts, enfin l’art, le public et les artistes profiter du mouvement de rénovation salutaire qu’il avait si courageusement provoqué. Grâce à lui, l’art musical en France ne s’est plus uniquement confiné au théâtre, il a révélé les tendances les plus diverses, les plus vastes, les plus élevées, et toute une école de jeunes musiciens, qui n’existerait pas sans lui, a prouvé qu’en dehors de la scène nos artistes pouvaient produire des œuvres dignes de la plus haute estime et parfois de la plus sincère admiration.

    Ce n’est pas tout. Le mouvement qu’il suscitait à Paris s’est étendu bientôt, non-seulement à la France entière, mais à l’étranger, non-seulement à l’Europe, mais au Nouveau-Monde, et l’on peut dire qu’aujourd’hui il a envahi tout l’univers. Tandis que nos villes de province, parfois si indolentes, si paresseuses, si tardives à se lancer dans le courant qui leur est indiqué par la capitale, suivaient pourtant à l’envi M. Pasdeloup dans la large voie qu’il ouvrait à tous, tandis qu’on voyait des concerts populaires s’organiser successivement à Bordeaux, à Toulouse, à Lyon, à Lille, à Marseille, à Nantes, à Angers, les grandes villes étrangères suivaient le mouvement à leur tour, et sur tous les points de l’Europe on voyait fleurir les rameaux de l’arbre vigoureux que l’artiste avait ici planté. On vit donc s’établir aussi des concerts populaires à Bruxelles, à Londres, à Turin, à Gênes, à Florence, à Milan, à Madrid, à Birmingham, à Moscou, que sais-je ? et bientôt, traversant les mers, l’institution prit place en Amérique et s’installa victorieuse à New-York et dans d’autres villes des États-Unis. Voilà ce qu’à fait M. Pasdeloup, voilà ce qu’on doit pas oublier, ce que la postérité enregistrera, et voilà pourquoi le nom du fondateur des Concerts populaires a désormais sa place marquée dans les plus nobles annales de l’art.

    Par malheur, en toutes choses, les inventeurs arrivent rarement à la fortune. C’est le fait de M. Pasdeloup. Après vingt-trois années de combats incessants, de travail assidu, d’énergie infatigable, il laisse à des rivaux heureux le soin de perpétuer une œuvre si bien commencée par lui, et il se retire sans même pouvoir jouir de cette aurea mediocritas rêvée par le poète. C’est que, au contraire de ce qui se produit à l’ordinaire, plus il avançait, plus était grand le succès moral de cette œuvre, et plus la lutte devenait pour lui difficile. Non-seulement des concurrences lui étaient nées, créées par des artistes habiles, mais tandis qu’il y a vingt ans le Cirque-d’Hiver était le seul rendez-vous offert à ceux qui voulaient prendre, dans la journée du dimanche, une distraction intelligente, vingt théâtres aujourd’hui se disputent, dans des matinées hebdomadaires, un public qui n’a que l’embarras du choix et que chacun sollicite de son côté. Le combat est donc incomparablement plus rude qu’il ne l’était alors, et M. Pasdeloup, après tant d’efforts, se voit obligé d’y renoncer. Ce n’est pas à dire, fort heureusement, qu’il doive se retirer sans obtenir, au point de vue matériel, la modeste récompense à laquelle il a des droits si légitimes. L’un de ses émules, M. Colonne, et l’un de ses admirateurs les plus affectueux, M. Faure, se sont chargés spontanément d’organiser pour le 31 mai, dans la salle du Trocadéro, un grand festival qui prendra le nom de Festival de retraite de M. Pasdeloup, et promet d’être merveilleux. C’est là une idée généreuse, à laquelle tout le monde applaudira sans exception, et ce n’est pas une banalité de dire que cette fois la salle du Trocadéro sera beaucoup trop petite pour contenir tous ceux qui voudraient être admis. Cet hommage de reconnaissance et de sympathie était bien dû au fondateur des Concerts populaires, à l’artiste ardent, convaincu, à qui l’on doit de si inappréciables services, à celui qu’on peut appeler, sans exagération aucune, le rénovateur de l’art musical en France. Pour sa part, celui qui signe ces lignes ne se rappelle pas sans quelque plaisir qu’au temps de ses plus jeunes années, et avant même la création des Concerts populaires, il a fait partie de l’orchestre que M. Pasdeloup avait formé sous le nom de Société des jeunes artistes du Conservatoire, et il en conserve un heureux souvenir.

ARTHUR POUGIN.

Adolphe Jullien (juin 1884): ‘La retraite de M. Pasdeloup

1886

Ménestrel 24 octobre, p. 380: — Voici le programme que M. Pasdeloup annonce pour le 25e anniversaire de la création des Concerts populaires, dimanche prochain 31 octobre, à 2 heures, au Cirque d’hiver: 1. Symphonie en majeur, de Mozart ; — 2. Andante du troisième quatuor de Tschaïkowski, par tous les instruments à cordes ; — 3. Symphonie en ut mineur [no. 5], de Beethoven ; — 4. Tarentelle (1re audition), de C. Chaminade ; — 5. XVe rapsodie de Liszt, par M. Blumer ; — 6. Fragments de l’opéra des Maîtres Chanteurs, de R. Wagner. — Ce programme prouve que M. Pasdeloup, fidèle à ses habitudes, tout en conservant pour base la musique classique et les œuvres modernes des maîtres, n’oubliera pas les jeunes compositeurs.

1887

Ménestrel 11 septembre, p. 293 (Arthur Pougin):

Nos Morts

    Il est dit qu’on ne saurait s’absenter quelques semaines de Paris sans trouver à son retour des amis à regretter, des morts à pleurer, des deuils à enregistrer ! Cette fois, la grande faucheuse s’est montrée particulièrement cruelle, et c’est d’une pierre noire que l’art doit marquer ce terrible mois d’août 1887, qui nous a enlevé toute une série d’artistes distingués ou célèbres. Pasdeloup, Mme Suzanne Brohan, Mme Peschard et tant d’autres à qui j’ai la douloureuse mission d’adresser dans ce journal un dernier adieu. C’est le cœur serré que j’écris ces lignes, en pensant à ceux que je connaissais, que j’aimais, que j’estimais, dont rien ne me faisait prévoir une perte si prochaine, et que je ne reverrai plus !
    Commençons toutefois ce bulletin funèbre, en exprimant l’espoir qu’il ne s’augmente pas bientôt de nouveaux chagrins et de nouveaux deuils.

PASDELOUP

    Celui-ci était célèbre, on peut le dire, non seulement en France, non seulement par toute l’Europe, mais dans le monde entier. La création hardie des Concerts-Populaires, qui a donné à l’art musical un si immense essor, lui avait fait une renommée universelle et légitime, et le courage, l’énergie, la ténacité, l’audace dont il avait fait preuve dans cette création lui avaient valu de la part du public parisien une sympathie reconnaissante et qui ne s’est jamais démentie.

    Pasdeloup avait été presque un enfant prodige, car il n’avait pas quinze ans lorsqu’il remporta au Conservatoire, comme élève de Zimmermann, un brillant premier prix de piano. Toutefois, ce n’est ni à son talent d’exécutant, ni à ses qualités de compositeur qu’il dut la notoriété qui s’est si justement attachée à son nom. Ce n’est même pas à son habileté de chef d’orchestre, car sous ce rapport il avait été bien dépassé par les rivaux que lui-même s’était créés. C’est son titre de fondateur et de directeur des Concerts populaires qui lui assignera une place à part et digne d’envie dans l’histoire de l’art musical français.

    Je crois bien que l’idée avait germé dans son esprit dès l’époque où il organisait, à la salle Herz, les séances de la « Société des jeunes artistes du Conservatoire (1851). » Toujours est-il que, désireux de doter son pays d’une institution qui lui manquait encore malgré les essais faits en ce genre, à diverses reprises, par plusieurs artistes distingués, il en vint à rêver la fondation d’une entreprise de concerts à bon marché, grâce à laquelle on pourrait mettre à la portée de tous, pour un prix modique, les grands chefs-d’œuvre de la musique classique, dont l’audition était alors le privilège d’un petit nombre. Au point de vue pratique, la difficulté principale était de trouver une salle assez vaste pour contenir un public nombreux, afin que, malgré la modicité du prix des places, le chiffre des recettes permît de supporter, avec les dépenses d’un orchestre considérable, tous les autres frais inhérents à une telle entreprise. C’est alors qu’il eut l’idée de s’installer au Cirque d’Hiver, qui, à défaut d’avantages acoustiques, lui assurait au moins cet avantage matériel.

    Il donna sa première séance le dimanche 27 octobre 1861, et ceux qui ont assisté à ce concert d’inauguration peuvent se rappeler à quel point le succès fut immense et spontané. Jamais en France on n’avait vu pareille chose. Bien avant l’heure fixée pour l’ouverture des bureaux, la foule se pressait aux portes du Cirque, et la salle, frémissante d’impatience, était littéralement comble lorsque Pasdeloup donna le signal de l’attaque de la chevaleresque ouverture d’Oberon. Une, deux, trois salves d’applaudissements frénétiques éclatèrent de tous les points de la salle lorsque le morceau fut terminé, et l’enthousiasme ne fit que s’accroître jusqu’à la fin de la séance. De ce jour, l’avenir des Concerts populaires était assuré, et Pasdeloup, en rendant un éclatant service à la musique, en mettant les classes bourgeoise et laborieuse à même de connaître ses plus admirables chefs-d’œuvre, en propageait le goût d’une façon incalculable et créait une institution qui marquera dans l’histoire de l’art. Bientôt, et à son imitation, la plupart de nos grandes villes de province organisèrent des concerts populaires, et il en fut de même à l’étranger, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Espagne, et jusqu’en Russie et en Amérique. Là est la vraie gloire de Pasdeloup, son titre d’honneur aux yeux de la postérité, qui se rappellera son nom en constatant qu’il a su faire cette chose, jusqu’alors réputée impossible : démocratiser la musique et populariser ses chefs-d’œuvre.

    Quant à nos jeunes compositeurs, on sait les services qu’il leur a rendus en mêlant leurs noms, sur ses programmes, à ceux de tous les maîtres immortels, et en exécutant leurs œuvres avec tout le soin, tout le zèle dont il était capable. Ceux-là n’avaient en France, en dehors du théâtre, aucun moyen de se faire connaître ; il les accueillit, leur donna une large hospitalité, et produisit ainsi tour à tour MM. Massenet, Ernest Guiraud, Saint-Saëns, Georges Bizet, Edouard Lalo, Salvayre, Lenepveu, Bourgault-Ducoudray, Joncières et tant d’autres dont les noms m’échappent. Pasdeloup a donc créé un grand courant musical, a activé la production chez nos jeunes artistes, en a révélé plusieurs qui sans lui fussent restés obscurs, et a prouvé à la France elle-même qu’elle possédait une jeune et forte école musicale, capable et digne de lutter victorieusement contre quelque pays que ce soit.

    Mon intention n’est point d’écrire une biographie de Pasdeloup, j’ai voulu simplement rappeler sa grande œuvre, ses bienfaits artistiques, rendre hommage à ses hautes qualités, à son amour de l’art, à l’honnêteté et à la probité de sa vie, à son infatigable activité, qui ne s’est jamais ralentie un instant. Car Pasdeloup, on peut le dire, est mort sur la brèche, luttant encore avec vaillance, malgré ses 68 ans, et prêt à de nouveaux efforts s’il n’avait été surpris par la mort. C’est à la fois un honnête homme, un galant homme et un artiste convaincu qui viennent de disparaître en sa personne.

ARTHUR POUGIN.

1890

Adolphe Jullien (septembre 1890): ‘Pasdeloup et M. Saint-Saëns

1894

Débats 10 novembre, p. 2 (Ernest Reyer)

Table des concerts

La table ci-dessous donne une liste chronologique de toutes les exécutions connues de musique de Berlioz données par Pasdeloup à Paris pendant sa carrière de chef d’orchestre de 1853 à 1887, avec renvois aux sources et aux comptes-rendus de ces concerts pour les périodes de 1853 à 1868 et 1886-1887. La liste se veut aussi complète que possible mais peut cependant comporter des lacunes ou des erreurs. Pour le détail des années 1869 à 1884 on se reportera aux tables chronologiques de la page Paris et Berlioz: le Renouveau; seuls les liens aux comptes-rendus de concerts de Pasdeloup pour cette période sont donnés ici. Sauf indication contraire tous les concerts ont éte donnés aux Concerts populaires dans le Cirque Napoléon, rebaptisé fin 1870 Cirque d’Hiver.

Dans la colonne des œuvres exécutées on a utilisé les abréviations suivantes. Carnaval = ouverture du Carnaval romain, Damnation = la Damnation de Faust, Enfance = l’Enfance du Christ, Fantastique = Symphonie fantastique, Francs-Juges = ouverture des Francs-Juges, Harold = Harold en Italie, Invitation = l’Invitation à la valse (Weber, orch. Berlioz), Marche = Marche hongroise de la Damnation, Menuet = Menuet des Follets de la Damnation, Trio = Trio pour 2 flûtes et harpe de l’Enfance, Valse = Valse des Sylphes de la Damnation. Quand le titre est cité sans autre mention (par ex. Damnation) il indique une exécution intégrale de l’ouvrage.

Date Œuvre Sources et comptes-rendus
1853
20 février Carnaval (Salle Herz, Société des Jeunes Artistes) Jullien (1890), p. 327; cf. Débats  17/3
1861
3 novembre Invitation (Cirque Napoléon) CG nos. 2581, 2582 et la note sur CG no. 3072; Ménestrel 3/11 p. 386 et 10/11 p. 399
29 décembre Invitation Holoman Catalogue p. 243
1862
2 mars Carnaval Ménestrel 16/3 p. 125
30 novembre Invitation Holoman Catalogue p. 243
1863
22 novembre Invitation Holoman Catalogue p. 243
1864
28 février Invitation Holoman Catalogue p. 243
27 mars Troyens, Septuor (Hôtel de Ville) CG no. 2843
1865
22 janvier Francs-Juges CG nos. 2970, 2978; Ménestrel 22/1 p. 62
2 avril Troyens, Septuor (Hôtel de Ville) Holoman Catalogue p. 385
10 décembre Invitation CG no. 3072 et la note
1866
4 février Carnaval Ménestrel 4/2, p. 79
7 mars Troyens, Septuor  CG nos. 3110, 3115, 3117; Ménestrel 11/3, p. 117 et 25/3, p. 134
25 mars Enfance, IIe partie, ouverture CG nos. 3122, 3124; Ménestrel 25/3, p. 136
1867
1er décembre Francs-Juges Ménestrel 1/12, p. 7
1868
19 janvier Marche Ménestrel 19/1, p. 63
1er mars Roméo IIe partie CG no. 3346; Ménestrel 1/3, p. 110
7 mars Marche (Hôtel de Ville) Ménestrel 15/3, p. 126
5 avril Roméo IIIe partie; Invitation Ménestrel 5/4, p 151
6 décembre Invitation Holoman Catalogue p. 243
20 décembre Roméo IIIe partie Ménestrel 20/12, p. 23 et 27/12, p. 30
1869
7 février Carnaval Anon.
14 novembre Le Roi Lear Jullien
1870
9 janvier Menuet, Valse, Marche Jullien
16 janvier Invitation
5 novembre Menuet, Valse
1871
3 décembre Marche
1872
7 janvier Menuet, Valse Anon.
3 novembre Damnation (extraits)
1873
5 janvier Francs-Juges
23 février Fantastique Reyer
2 mars Damnation (extrait)
16 mars Roméo (extraits)
26 octobre Roméo (extraits) Reyer
2 novembre Fantastique (4e mouvement)
1874
4 janvier Invitation
1er février Carnaval
25 octobre Harold (2e mouvement)
8 novembre Menuet, Valse, Marche
22 novembre Roméo IIe partie
1875
21 février Francs-Juges
21 novembre Menuet, Valse, Marche
5 décembre Invitation
26 décembre Enfance (extraits)
1876
9 janvier Harold Morel, Reyer
30 janvier Damnation (Invocation)
20 février Carnaval
12 mars Harold
3 décembre Menuet, Valse, Marche
31 décembre Fantastique
1877
14 janvier Fantastique Anon.
11 février Damnation Ière et IIe parties Morel
18 février Damnation Moreno
4 mars Carnaval
18 mars Fantastique
28 octobre Fantastique
25 novembre Invitation
9 décembre Roméo (extraits) Anon.
30 décembre Fantastique
1878
20 janvier Francs-Juges
17 mars Harold Pougin
31 mars Damnation /Morel
7 avril Damnation
10 octobre Fantastique Anon.
17 octobre Valse, Marche
20 octobre Invitation, Damnation (extraits)
1er décembre Invitation
15 décembre Roméo 
29 décembre Carnaval
1879
16 février Menuet, Valse, Marche
2 mars Fantastique
20 avril Harold (2e mouvement)
9 novembre Fantastique
23 novembre Prise de Troie Acte I Reyer
30 novembre Prise de Troie Actes II & III
7 décembre Prise de Troie Actes I-III Moreno, Reyer
[21 décembre] (n’a pas eu lieu) [Prise de Troie Actes I-III]
1880
1 février Carnaval
15 février Fantastique
26 mars Rêverie et caprice
17 octobre Roméo IIe partie
5 décembre Harold Morel
26 décembre Trio (?)
1881
6 février Invitation
13 février Prise de Troie (air, duo)
6 mars Damnation  Darcours
13 mars Damnation 
27 mars Fantastique
10 avril Damnation (extraits)
28 mai Damnation (extraits) (Trocadéro)
[20 novembre] [Damnation, annulée]
27 novembre Damnation  Pougin (?)
4 décembre Damnation 
1882
12 février Carnaval
12 mars Roméo IIe partie
29 octobre Valse, Menuet, Marche
1883
14 janvier Invitation
9 mars Roméo (strophes) (Salle Pleyel)
2 June Roméo (extraits) (Eden)
21 octobre Carnaval
16 décembre Fantastique Barbedette
23 décembre Fantastique
1884
2 mars Invitation
9 mars Roméo Barbedette
16 mars Roméo de Bricqueville
1886
28 novembre Carnaval Ménestrel 28/11, p. 419; 5/12, p. 7
1887
27 mars Fantastique Ménestrel 20/3, p. 128; 27/3, p. 135; 3/4, p. 143

Illustrations 

Sauf indication contraire, toutes les images sur cette page ont été saisies à partir de gravures, cartes postales, journaux et autres publications dans notre collection. Les photos modernes ont été prises par  Michel Austin en mai et juin 2013. Tous droits de reproduction réservés.

1. Jules Pasdeloup

Jules Pasdeloup

La photo ci-dessus, prise par J. M. Lopez, fut publiée dans les Camées Artistiques du 8 juillet 1880.

Jules Pasdeloup

Cette gravure datant de la fin du 19e siècle, faite d’après la photo par J. M. Lopez, vient de notre collection. Elle fut publiée dans un livre ou un journal dont nous ignorons la date exacte.

2. Locaux

2.1 Le Cirque d’Hiver (l’ancien Cirque Napoléon)

Le concert de Pasdeloup du 3 novembre 1861
Concert 3/11/1861

 

Cirque Napoléon

 

Le Cirque d’hiver
Cirque d'hiver

 

Le Cirque d’hiver en 2013
Cirque d'hiver

 

Cirque d'hiver

 

Place Pasdeloup

Le Cirque d’hiver se trouve sur le Boulevard du Temple. La Place devant le Cirque est nommée d’après Pasdeloup.

2.2 L’Hôtel de Ville

Pasdeloup a exécuté le Septuor des Troyens à deux concerts à l’Hôtel de Ville le 27 mars et le 2 avril 1864.

L’Hôtel de Ville en 1828
Hôtel de Ville

 

L’Hôtel de Ville en 1863
Hôtel de Ville

 

L’Hôtel de Ville au milieu du XIXème siècle
Hôtel de Ville

 

L’intérieur de l’Hôtel de Ville en 1828
Hôtel de Ville

Site Hector Berlioz créé par Monir Tayeb et Michel Austin le 18 juillet 1997;
Page Berlioz: Pionniers et Partisans créée le 15 mars 2012; cette page créée le 15 mars 2012, et augmentée le 1er août 2013.

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