Partitions de Berlioz

Ouverture: Le Roi Lear (H 53)

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        L’ouverture du Roi Lear fut composée en avril-mai 1831 dans des circonstances peu ordinaires. Berlioz, tout juste arrivé à Rome comme lauréat du Prix de Rome de 1830, partit subitement pour revenir à Paris avec l’intention d’assassiner sa fiancée Camille Moke et sa mère qui avaient annoncé la rupture des fiançailles... Arrivé à Nice Berlioz se ravisa et décida de rester sur place pendant plusieurs semaines, où il composa notamment l’ouverture Le Roi Lear. Berlioz donne de cet épisode un récit allègre dans ses Mémoires (chapitre 34): son séjour à Nice fut, dit-il, "les vingt plus beaux jours de ma vie". Il y reviendra deux fois par la suite, en 1844 et en 1868.

        La découverte de Shakespeare par Berlioz remonte à 1827, mais ce n’est qu’en avril 1831, en route de Rome pour Florence, que Berlioz lut pour la première fois King Lear. L’effet que produisit sur lui la tragédie était donc présent à sa mémoire quand il écrivit l’ouverture. On peut aussi y reconnaître l’influence de Beethoven, notamment dans le rôle des basses au début de l’ouverture et plus tard (cf. le début du dernier mouvement de la 9ème Symphonie).

        Berlioz n’a pas cherché à offrir de commentaire sur le contenu de l’œuvre, mais il supposait évidemment de la part des ses auditeurs une connaissance de la tragédie suffisante pour interpréter l’ouverture. Il est facile de supposer que le thème initial, d’où dérive une bonne partie du matériau thématique de l’ouverture, représente Lear, et que les deux mélodies pour hautbois dans l’introduction (mesure 38 et suivantes) et dans l’allegro (mesure 151 et suivantes), représentent Cordelia. Mais il est clair que Berlioz avait à l’esprit des allusions encore plus précises. Dans ses Mémoires (chapitre 59) il cite avec approbation les commentaires admiratifs du roi de Hanovre en 1854:

C’est magnifique, M. Berlioz, c’est magnifique! votre orchestre parle, vous n’avez pas besoin de paroles. J’ai suivi toutes les scènes: l’entrée du roi dans son conseil, et l’orage sur la bruyère, et l’affreuse scène de la prison, et les plaintes de Cordelia! Oh! cette Cordelia! Comme vous l’avez peinte! comme elle est timide et tendre! C’est déchirant, et si beau!

    Dans une lettre datée du 2 octobre 1858 (Correspondance générale no. 2320), en réponse aux questions du Baron Donop, un autre de ses admirateurs allemands, à propos du roulement des timbales lors du retour du thème principal de l’introduction (mesure 66 et suivantes), il précise:

L’usage était à la Cour de France, encore en 1830 sous Charles X, d’annoncer l’entrée du Roi dans ses appartements (après la messe du dimanche) au son d’un énorme tambour qui battait un rythme bizarre à cinq temps transmis traditionnellement depuis des temps fort reculés. Cela m’a donné l’idée d’accompagner ainsi par un effet de timbales de cette espèce l’entrée de Lear dans son conseil, pour la scène du partage de ses États. Je n’ai eu l’intention d’indiquer sa folie que vers le milieu de l’allegro, quand les basses reprennent le thème de l’introduction au milieu de la Tempête [mesure 340 et suivantes]. Il faut un orchestre de premier ordre pour exécuter cette ouverture. Je ne l’ai pas entendue depuis mon dernier voyage à Hanovre [en 1854]; c’est le morceau favori du Roi.

        L’ouverture figurera assez souvent au programme des concerts de Berlioz à l’étranger. Une exécution particulièrement émouvante eut lieu à la cour du Prince de Hohenzollern-Hechingen à Löwenberg en Silésie en avril 1863: c’était la première fois depuis des années que Berlioz la dirigeait.

        Pour l’allegro la partition de Berlioz porte l’indication de métronome blanche = 168, ce qui paraît trop rapide et est difficile à maintenir (cf. Hugh Macdonald dans Berlioz Studies, ed. Peter Bloom [Cambridge University Press 1992], p. 23). Peu d’exécutions tentent de s’y conformer. Pour la version présente on a adopté comme tempo principal pour l’allegro blanche = 152, ralenti à blanche = 132 pour le second sujet.

        Pour obtenir la durée correcte des notes il a été nécessaire de noter intégralement les triolets des cordes (mesure 37 et suivantes) et les sextolets des bois (mesure 56 et suivantes), et non sous forme abrégée comme dans la partition de Berlioz.

    Ouverture: Le Roi Lear (durée 13'31")
    — Partition en grand format
    (fichier créé le 26.09.2000; révision le 23.12.2001)

© Michel Austin pour toutes partitions et texte sur cette page.

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