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Berlioz en Allemagne

MANNHEIM

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    Il y a relativement peu à dire de la visite de Berlioz à Mannheim en janvier 1843, l’une des étapes moins réussies du premier voyage en Allemagne. Dans ses Mémoires Berlioz ne s’étend pas longuement sur cette partie de son voyage (Premier Voyage en Allemagne, Troisième Lettre) et la correspondance du compositeur ajoute peu au récit qu’il en donne.

    Mannheim ne figure pas sur la liste de cités qu’il envisage de visiter avant son départ en décembre 1842 (Correspondance Générale no. 791, ci-après CG tout court). Le séjour est semble-t-il improvisé en route au début de 1843. D’après sa correspondance Berlioz, de retour à Stuttgart après un détour par Hechingen, envisage d’abord de se rendre à Vienne (CG no. 795, 3 janvier) avant de continuer sur Weimar (CG no. 796, 4 janvier). Un jour plus tard il semble avoir changé d’avis: il n’est plus question de Vienne et Berlioz est sur le point de prendre le chemin de Karlsruhe pas loin avec l’intention d’y donner un concert (CG no. 798, 5 janvier); il part pour Karlsruhe le 7 janvier (CG 798bis [tome VIII], la veille du départ). Mais selon les Mémoires le théâtre de Karlsruhe n’est pas disponible pendant plus d’une semaine, et Berlioz se dirige donc vers la ville voisine de Mannheim où il arrive vers le 9 janvier.

    La seule lettre de Berlioz qui subsiste du séjour à Mannheim donne le ton dès l’arrivée (CG no. 799, à J. C. Lobe à Weimar, 10 janvier):

[…] Je m’ennuie horriblement ici, et je désire bien vivement arriver bientôt à Weimar. Il fait un temps affreux; puis j’ai vu hier le théâtre où je vais donner mon concert [le 13 janvier]: il est grand comme un chapeau; il a un petit avorton d’orchestre; cela me rend prodigieusement triste. […]

    Quelques mois plus tard Berlioz rédige le récit qui sera repris par la suite dans les Mémoires, et ses impressions restent les mêmes:

[…] [Mannheim] est une ville bien calme, bien froide, bien plane, bien carrée. Je ne crois pas que la passion de la musique empêche ses habitants de dormir. […]

[…] Je me suis beaucoup ennuyé à Mannheim […] C’est qu’il est aisé de voir aux allures des habitants, à l’aspect même de la ville, qu’on est là tout à fait étranger au mouvement de l’art, et que la musique y est considérée seulement comme un assez agréable délassement dont on use volontiers aux heures de loisir laissées par les affaires. En outre, il pleuvait continuellement […]

    Mais son verdict sur le théâtre et l’orchestre est tout de même plus flatteur: ‘un assez bon théâtre et un petit orchestre très intelligent’, écrit-il. Avant son arrivée à Mannheim il ne connaît personne sur place, mais le chef d’orchestre Lachner le jeune, frère du célèbre compositeur, se montre très secourable:

[…] C’est un artiste doux et timide, plein de modestie et de talent. Il m’eut bien vite organisé un concert. Je ne me souviens plus de la composition du programme; je sais seulement que j’avais voulu y placer ma deuxième symphonie (Harold) en entier, et que dès la première répétition je dus supprimer le finale (l’Orgie) à cause des trombones manifestement incapables de remplir le rôle qui leur est confié dans ce morceau. […] Les trois premières parties de la symphonie furent bien rendues et produisirent sur le public une vive impression. La grande-duchesse Amélie, qui assistait au concert, remarqua, m’a-t-on dit, le coloris de la Marche des pèlerins, et surtout celui de la Sérénade dans les Abruzzes, où elle crut retrouver le calme heureux des belles nuits italiennes. Le solo d’alto avait été joué avec talent par un des altos de l’orchestre, qui n’a cependant pas de prétentions à la virtuosité. […]

    Une lettre à Joseph d’Ortigue plus d’un mois après le concert y fait une brève allusion (CG no. 816, 28 février):

[…] à Mannheim, ce sont les deux morceaux d’Harold, la Marche des Pèlerins et la Sérénade qui ont eu les honneurs, quant au final nous n’avons pas essayé de le donner, l’orchestre n’étant pas de force […]

    Outre les trois premiers mouvements de Harold en Italie, le concert comprend aussi l’ouverture du Roi Lear, la mélodie Le Jeune Pâtre breton et des airs d’autres compositeurs. Les souvenirs incomplets de Berlioz sur le programme ont sans doute une explication personnelle: on sait d’après une autre lettre que c’était Marie Recio qui chantait, exécution qui aurait paru insupportable à Berlioz (CG no. 800, 16-17 janvier). Le lendemain du concert (14 janvier) Berlioz est en route pour Francfort où il tente sans succès de fausser compagnie à Marie: elle le rejoint sans tarder à Weimar (CG no. 815, 18 février; l’épisode sera raconté en détail quelques années plus tard par Ferdinand Hiller, ami de Berlioz – voyez Michael Rose, Berlioz Remembered [Londres, 2001], 143f.). Mais avec l’arrivée à Weimar s’ouvre un chapitre beaucoup plus positif du voyage de Berlioz en Allemagne.

Elle s’appelait en fait Stéphanie, comme Berlioz l’indique au début de la lettre suivante.

Page Berlioz à Mannheim créée le 1er septembre 2006.

© Michel Austin et Monir Tayeb

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