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Villes visitées par Berlioz
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Ce n’est qu’assez tard dans sa carrière (1847) que Berlioz fait son premier voyage en Russie: à cette date il a déjà fait deux grands voyages d’exploration en Allemagne, en 1842-3 et encore en 1845-6. Le succès de sa première entreprise allemande encourage Berlioz à regarder plus loin: l’idée d’un voyage en Russie apparaît pour la première fois dans une lettre du compositeur à sa sœur Nanci en septembre 1843 où il plaisante: ‘Si l’Empereur de Russie me veut je me vends à lui; il faut que je prenne des informations…’ (Correspondance générale no. 847, ci-après abrégée CG). Le projet prend une forme plus concrète au début de l’été de 1845 quand Berlioz confie à plusieurs de ses correspondants son intention de se rendre en Russie à l’automne (CG nos. 962, 985-6). La même année Berlioz dédie la première édition de la Symphonie Fantastique au Tsar Nicholas Ier de Russie, probablement avec la perspective du voyage à venir. Pour finir c’est pour Vienne qu’il part en octobre, avec l’intention certes de poursuivre sa route vers la Russie, mais le succès du voyage en Europe centrale a pour résultat de repousser le projet russe à l’année suivante.
Ce n’est pas en étranger que Berlioz va arriver en Russie, et de multiples liens le rattachent déjà au pays avant même sa venue. Il a déjà recontré le compositeur russe Glinka (1804-1857) pendant son séjour italien en 1832. Par la suite Glinka s’installera à Paris en 1844 pendant un an et les deux hommes se vouent une estime réciproque — Berlioz fait exécuter de la musique de Glinka dans ses concerts et consacre un article élogieux au compositeur russe. La Russie d’ailleurs accueille les musiciens de partout en Europe, et beaucoup y travaillent — lors du premier voyage de Berlioz en 1847 la plupart des musiciens de l’orchestre à St Pétersbourg sont en fait allemands. Des amis et connaissances de Berlioz ont fait avant lui le voyage en Russie, tel Liszt qui y laisse un vif souvenir. Avant même son arrivée la musique de Berlioz attire l’attention, et ses voyages en Europe dans les années 1840 l’ont rendu célèbre. Son Requiem est joué à St Pétersbourg dès 1841 et fait grande impression. Heinrich Romberg dirige l’œuvre; comme bien d’autres il avait fait ses études au Conservatoire à Paris. Romberg sera d’un précieux secours à Berlioz lors de son séjour de 1847. A l’époque en Russie l’aristocratie avait un véritable engouement pour tout ce qui se rapportait à la France: Berlioz était sûr d’être bien reçu (sur le contexte russe des voyages de Berlioz on se reportera aux articles — en anglais — de Elena Dolenko et Linda Edmonson sur ce site).
Berlioz s’est rendu deux fois en Russie à vingt ans d’intervalle (en 1847, puis en 1867-8). Les deux voyages font date dans la carrière de Berlioz, mais de manière différente. Le premier voyage, médité déjà depuis quelque temps, résulte en partie de l’échec des deux premières exécutions de La Damnation de Faust à Paris en décembre 1846, échec qui laisse le compositeur ruiné et le décide à partir. Berlioz espérait grâce au voyage rétablir sa situation financière: le succès ira bien au delà de ses espérances, et Berlioz n’oubliera jamais que c’est à la Russie qu’il doit son salut (cf. Mémoires, chapitre 59 [fin], daté du 18 octobre 1854). Le voyage est enrichissant aussi à d’autres points de vue. Berlioz y fait de nombreux amis — entre autres Berthold Damcke, qui s’installe par la suite à Paris (1859) et reste un ami fidèle; la Princesse Carolyn Sayn-Wittgenstein, qui plus tard convaincra Berlioz d’entreprendre la composition des Troyens; et le jeune écrivain et critique Vladimir Stasov qui devient l’un de ses plus fermes soutiens en Russie. C’est à Stasov que Berlioz confiera en 1862 le manuscrit autographe du Te Deum pour le compte de la bibliothèque municipale de St Pétersbourg où il est resté depuis (CG no. 2650). Autre impression durable qu’il reçoit du séjour à St Pétersbourg: la qualite extraordinaire des chœurs de la chapelle impériale. Peu après Berlioz fait un arrangement de deux œuvres pour chœur de Bortniansky (Holoman nos. 122-3). L’idée du Te Deum a peut-être aussi son origine dans cette expérience.
Grand succès donc que ce premier voyage dont Berlioz revient couvert d’éloges et de cadeaux. Mais d’un autre côté l’influence directe de sa musique sur la musique se fait encore attendre, sauf en ce qui concerne Glinka, déjà acquis à Berlioz.
Bien différent est le second voyage sous ce rapport ainsi que d’autres. On peut s’étonner que ce voyage ait pu avoir lieu. Vieilli, désabusé, et malade, Berlioz ne s’est pas remis des représentations tronquées de son chef d’œuvre Les Troyens, ni du manquement de l’éditeur Choudens à publier la grande partition comme il s’y était engagé. Berlioz vient aussi de subir le choc le plus cruel de sa vie, la mort de son unique fils Louis en juin 1867. À ses correspondants il souligne les raisons financières qui le poussent au voyage (par exemple CG no. 3290, à la Princesse Sayn-Wittgenstein); mais les raisons musicales sont sans doute déterminantes. Peu après avoir reçu l’invitation en Russie (18 septembre 1867) il refuse une offre encore plus avantageuse du facteur de pianos Steinway de se rendre à New York pour une somme de 100,000 francs (CG no. 3279). L’offre faite par la Grande Duchesse Elena Pavlovna de donner six concerts à St Pétersbourg moyennant un salaire de 15,000 francs, avec 6,000 d’avance, est une offre qu’il estime peut-être ne pas pouvoir refuser. Outre les conditions généreuses les circonstances matérielles sont maintenant bien meilleures qu’en 1847. Il y a aussi maintenant un groupe de jeunes musiciens russes dévoués à sa musique qui réclament sa présence, entre eux Mili Balakirev et César Cui: le mois précédent Cui presse Berlioz de lui permettre de faire une copie de quelques parties des Troyens (CG no. 3268). Peu après son arrivée à St Pétersbourg Berlioz écrit d’ailleurs à son ami Damcke à Paris lui demandant d’envoyer une copie manuscrite de la grande partition de l’œuvre que tout le monde veut connaître (CG no. 3308): on ne sait ce qu’il est advenu de cette copie en Russie (cf. CG nos. 3356, 3359, à Stasov et Cui). Ses admirateurs russes restent fidèles jusqu’au bout. Parmi les toutes dernières lettres reçues par Berlioz on en trouve une de Balakirev et une autre de Stasov (septembre et octobre 1868) où ils évoquent la profonde impression faite par le passage de Berlioz et supplient le compositeur de ne pas renoncer à composer de la musique (CG nos. 3374-5).
Mais surtout le voyage donne l’occasion à Berlioz de faire jouer par l’orchestre du Conservatoire de St Pétersbourg, jeune formation de première valeur, la musique de ses idoles, surtout Beethoven et Gluck, ce dernier peu connu du public russe. Sa première idée est de consacrer les cinq premiers concerts à leur musique et à celle de quelques autres (notamment Weber), et seulement le dernier concert à sa propre musique: on le presse cependant de se faire entendre plus. Concerts révélateurs, selon les témoignages contemporains. Le voyage est en quelque sorte un manifeste de tout ce que Berlioz vénère, mission musicale mais aussi voyage d’adieu: c’est en fait la fin de sa longue carrière et Berlioz en revient épuisé. Il ne dirigera plus et il ne lui reste qu’à peine un an à vivre.
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Nombre de photographies et de détails concernant l’histoire de plusieurs bâtiments se rapportant aux voyages de Berlioz en Russie nous ont été fournis par Pepijn van Doesburg (pour Saint-Pétersbourg), Elena Dolenko, Natalia Oleneva et V. Poljakov (pour Moscou). Nous les remercions tous de leur aide et de leurs conseils qui nous ont été précieux pour la rédaction de ces pages.
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Note: la chronologie des séjours de Berlioz en Russie est compliquée du fait que la Russie a continué à utiliser le calendrier julien jusqu’en 1918, calendrier qui était en retard de 12 jours par rapport au calendrier grégorien utilisé dans la partie ouest de l’Europe depuis création en 1582. Pour tenir compte de ce fait on a donné ci-dessous les dates suivant les deux calendriers: la première renvoie au calendrier grégorien, la deuxième (entre parenthèses) renvoie au calendrier julien.
Avant le premier voyage
1832
Janvier-mars: Berlioz rencontre le compositeur russe Glinka à Rome
1841
1 mars: première exécution du Requiem à St Pétersbourg, sous la direction de Heinrich Romberg (qui fournira son assistance à Berlioz à St Pétersbourg en 1847)
1844
4 août: Glinka s’établit à Paris pendant un an
1845
16 mars: Berlioz fait jouer plusieurs œuvres de Glinka à un concert au Cirque
Olympique
25 mars: Berlioz écrit à Glinka pour lui demander des renseignements
biographiques pour un article qu’il est en train d’écrire sur lui (CG no. 953)
6 avril: Berlioz fait jouer d’autres œuvres de Glinka à un concert au Cirque
Olympique
16 avril: Berlioz consacre un article entier à Glinka dans le Journal des
Débats
Mai: Première édition de la Symphonie Fantastique, dédiée au tsar
Nicolas Ier de Russie
Été: Berlioz à l’intention de voyager en Russie à l’automne
Octobre: Berlioz part pour Vienne, avec l’intention de se rendre ensuite en
Russie (ce dernier projet n’aboutit pas)
1846
6 et 20 décembre: les deux premières exécutions de La Damnation de Faust in Paris laissent Berlioz gravement endetté
Janvier: Berlioz décide de faire un voyage en Russie, avec l’appui
financier de plusieurs amis et suivant les conseils de Balzac
14 février: Berlioz quitte Paris pour la Russie, et voyage semble-t-il seul
15-17 février: Berlioz s’arrête à Bruxelles
18-20 février: Berlioz s’arrête à Berlin, où il reçoit du Roi de Prusse
une lettre de recommendation à sa sœur la Tsarine
21-27 février: Berlin voyage de Berlin à St Pétersbourg: les quatre derniers
jours de voyage se font en traîneau
28 février (16 février): Berlioz arrive à St Pétersbourg et loge dans une
maison privée sur la Perspective Newski
14 mars (2 mars): Le prince Odojevsky publie un article sur “Berlioz à St
Pétersbourg” dans le Sankt-Peterburgskie Vedomosti
15 mars (3 mars): Premier concert de Berlioz à St Pétersbourg
25 mars (13 mars): Deuxième concert de Berlioz à St Pétersbourg, avec le
même programme; les concerts rapportent beaucoup à Berlioz et lui permettent
de liquider ses dettes
27 mars (15 mars): Exécution du dernier mouvement (Apothéose) de la Symphonie
funèbre et triomphale à un festival pour le bénéfice des invalides
31 mars (19 mars): Berlioz quitte St Pétersbourg pour Moscou en traîneau; le
voyage prend quatre jours
Vers le 5 avril (24 mars): Berlioz arrive à Moscou
Vers le 10 avril (29 mars): Concert de Berlioz à Moscou; le Moskovskiye
Vedomosti nomme Berlioz le Victor Hugo de la musique
Avril (fin mars - début avril): A Moscou Berlioz assiste à une représentation
du premier opéra de Glinka, La Vie pour le Czar
20 avril (8 avril): Berlioz revient à St Pétersbourg
Avril - début mai (avril): Idylle avec une jeune choriste russe
4 mai (22 avril): Berlioz rencontre pour la première fois la Princesse
Sayn-Wittgenstein
5 mai (23 avril): Troisième concert de Berlioz à St Pétersbourg: intégrale
de Roméo et Juliette
au Théâtre Impérial, avec l’ouverture du Carnaval
romain et les deux premiers mouvements d’Harold
en Italie
6 mai (24 avril): Berlioz assiste à un messe spéciale à la Chapelle
Impériale
12 mai (30 avril): Quatrième concert de Berlioz à St Pétersbourg: deuxième
intégrale de Roméo et Juliette au Théâtre Impérial, avec en outre la
IIème partie de La Damnation de Faust
Vers le 20 mai (8 mai): Concert d’adieu de Berlioz à St Pétersbourg, avec la
Symphonie Fantastique et d’autres morceaux
22 mai (10 mai): Berlioz quitte St Pétersbourg pour Riga
Vers le 24 mai - 2 juin: Berlioz séjourne à Riga
29 mai: Berlioz donne un concert à Riga, avec Harold en Italie, des
extraits de La Damnation de Faust et d’autres morceaux
Vers le 4 juin: Berlioz arrive à Berlin
19 juin: Berlioz joue La Damnation de Faust à Berlin
Vers le 25-30 juin: Berlioz est de retour à Paris
1862
11 septembre: Berlioz fait don à Vladimir Stasov de la partition autographe du Te Deum pour la bibliothèque municipale de St Pétersbourg
1867
Début août: César Cui demande à Berlioz la permission de faire une copie
de plusieurs morceaux de la partition des Troyens
18 septembre: Berlioz accepte une invitation de la Grande Duchesse Elena
Pavlovna pour donner une série de 6 concerts à St Pétersbourg
27 septembre: Berlioz refuse une offre de Steinway de faire une tournée à New
York pour la somme de 100,000 francs
2 octobre: Wieniawksi, premier violon de l’orchestre de la cour de St
Pétersbourg, demande à Berlioz de lui laisser jouer la Rêverie
et caprice et la partie d’alto dans Harold en Italie à un
concert à St Pétersbourg (CG no. 3282; cette
dernière demande n’aura pas de suite)
Octobre: Préparations pour le voyage en Russie
12 novembre: Berlioz quitte Paris pour la Russie
14 novembre: Berlioz s’arrête à Berlin
15 novembre: Berlioz quitte Berlin pour St Pétersbourg
17 novembre (5 novembre): Berlioz arrive à St Pétersbourg et loge au Palais
Michel
26 novembre (14 novembre): Berlioz écrit à Damcke à Paris lui demandant d’envoyer
une copie de la grande partition des Troyens
28 novembre (16 novembre): Premier concert de Berlioz à St Pétersbourg
7 décembre (25 novembre): Deuxième concert de Berlioz à St Pétersbourg
11 décembre (29 novembre): Célébration de l’anniversaire de Berlioz à St
Pétersbourg; il est fait Membre Honoraire de la Société Musicale Russe
14 décembre (2 décembre): Troisième concert de Berlioz à St Pétersbourg
28 décembre (16 décembre): Quatrième concert de Berlioz à St Pétersbourg
1868
1 janvier (20 décembre 1867): Berlioz quitte St Pétersbourg pour Moscou
8 janvier (27 décembre 1867): Premier concert de Berlioz à Moscou
11 janvier (30 décembre 1867): Second concert de Berlioz à Moscou
12 janvier (31 décembre 1867): Réception en l’honneur de Berlioz
13 janvier (1 janvier 1868): Berlioz quitte Moscou pour St Pétersbourg
25 janvier (13 janvier): Cinquième concert de Berlioz à St Pétersbourg
5 février (24 janvier): Berlioz assiste à une représentation de La Vie
pour le Czar de Glinka mais sort avant la fin du IIème acte
8 février (27 janvier): Sixième et dernier concert de Berlioz à St
Pétersbourg
13 février (1 février): Berlioz quitte St Pétersbourg
17 février: Berlioz est de retour à Paris
21 août: Dernière lettre de Berlioz à Stasov (CG no.
3373)
22 septembre (10 septembre): Lettre de Balakirev à Berlioz
17 octobre (5 octobre): Lettre de Stasov à Berlioz
1869
8 mars: Mort de Berlioz
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[Voyez aussi Concert au Manège (en traduction anglaise) et Концерт в Манеже (dans l’original russe)]
Riga (en Russie à l’époque de Berlioz)
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Voyez aussi sur ce site:
Index des lettres de Berlioz citées
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Site Hector Berlioz créé par Michel Austin et Monir Tayeb le 18 juillet
1997;
Les pages Berlioz en Russie créées le 7 décembre 2003.
© 2003-2009 (sauf indication contraire) Michel Austin et Monir Tayeb pour toutes photos, gravures et informations sur les pages Berlioz en Russie.