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Berlioz à Londres
Theatre Royal Drury Lane
Le Theatre Royal Drury Lane fut construit en 1663; détruit par le feu ou démoli plusieurs fois, il connut trois autres états depuis sa fondation. Le quatrième bâtiment, qui existe encore à l’heure actuelle, était celui que Berlioz connaissait. Conçu par Wyatt, et situé dans le West End de Londres, il ouvrit ses portes le 10 octobre 1812. Son répertoire actuel consiste presque uniquement en comédies musicales et on n’y monte plus d’opéras. Le dernier opéra entendu là remonte probablement à l’hiver de 1958 quand Gorlinsky donna pendant deux mois une saison d’opéras italiens.
Le premier voyage de Berlioz à Londres, entre novembre 1847 et juillet 1848, fut le plus long de ces cinq voyages. Il vint à la suite d’une invitation du directeur du Drury Lane Theatre, Louis-Antoine Jullien, français d’origine, connu simplement sous le nom de Jullien. Berlioz était engagé pour diriger des concerts et l’orchestre du grand opéra anglais (Grand English Opera) que Jullien ambitionnait de fonder au Royal Theatre. À ce moment de sa carrière cet engagement offrait à Berlioz la possibilité d’améliorer sa situation financière, perspective que Paris ne pouvait plus lui assurer. Comme Berlioz le dit dans ses Mémoires (chapitre 57), Jullien "avait engagé un admirable orchestre, un chœur du premier order, une assez convenable collection de chanteurs". Tout semblait d’abord très prometteur, et les lettres de Berlioz à ses amis et à sa famille reflètent sa joie et son optimisme à l’époque. Le 10 novembre 1847 il écrit au violoncelliste Tajan-Rogé (Correspondance générale no. 1135, ci-après CG tout court):
Vous n’avez pas une idée exacte de mon existence dans cette infernale ville [Paris], qui prétend d’être le centre des arts. Je viens d’y échapper enfin. Me voilà en Angleterre avec une position indépendante (financièrement parlant) et telle que je n’avais pas osé l’ambitionner. Je suis chargé de la direction de l’orchestre du grand opéra anglais qui va s’ouvrir à Drury-Lane dans un mois; de plus, je suis engagé pour quatre concerts composés exclusivement de mes ouvrages, et en troisième lieu pour écrire une opéra en trois actes destiné à la saison de 1848. […] Jullien (le directeur) est un homme d’audace et d’intelligence qui connaît Londres et les Anglais mieux que qui ce soit. Il a déjà fait sa fortune et il s’est mis en tête de construire la mienne. Je le laisse faire, puisqu’il ne veut, pour y parvenir, employer que des moyens avoués par l’art et le goût.
La saison à Drury Lane débuta le 6 décembre avec Lucia di Lammermoor de Donizetti sous la direction de Berlioz et eut un grand succès; à son entrée à la fosse de l’orchestre l’auditoire reçut Berlioz chaleureusement et plusieurs morceaux furent bissés.
Mais les conséquences de la mauvaise gestion de Jullien, tant sur le plan artistique que financièrement, ne tardèrent pas à s’étaler au grand jour. Dès la mi-janvier 1848 Jullien avait perdu beaucoup d’argent et tout son crédit à Londres. Berlioz et d’autres musiciens n’avaient touché aucun salaire malgré leur travail. Comme il le dit à son ami Auguste Morel (CG no. 1162, 14 janvier):
Je fais ici un métier de cheval de moulin, répétant tous les jours de midi à 4 heures et conduisant les soirs l’opéra de 7h. à 10.
Il continua son travail au théâtre jusqu’à la fin de la saison de trois mois, qui comprenait le 7 février le premier de quatre concerts consacrés entièrement à sa musique. Au programme: Le Carnaval romain, Le jeune pâtre breton, Harold en Italie, les deux premières parties de La Damnation de Faust, et des extraits de Benvenuto Cellini, du Requiem et de la Symphonie funèbre et triomphale. Le concert fut bien reçu, comme il l’écrit à Morel le 12 février (CG no. 1173):
Ma musique a pris sur ce public anglais comme le feu sur traînée de poudre, j’ai été rappelé après le concert, […] tout ce qui a quelque importance musicale dans Londres était à Drury-Lane ce soir-là, et la plupart des artistes de quelque valeur sont venus après le concert au théâtre me féliciter. Ils ne s’attendaient à rien de pareil; ils croyaient à une musique diabolique, incompréhensible, dure, sans charme....
(Voyez aussi un compte-rendu contemporain ainsi qu’un article sur Berlioz, publiés tous deux dans l’Illustrated London News.)
En avril Jullien, déclaré en faillite, fut mis en prison; jusqu’alors Berlioz logeait chez lui au 76 Harley Street, mais déménagea le 20 avril au 26 Osnaburgh Street, Regent’s Park. Quelques jours plus tard il explique dans une lettre à Morel (CG no. 1191, 24 avril):
J’ai dû quitter la maison de Jullien il y a quatre jours, une nouvelle saisie y ayant été operée au nom de la reine pour la queen-tax qu’il n’avait pas payée.
Libéré de ses obligations Berlioz donna un concert à Hanover Square Rooms le 29 juin, quinze jours avant son départ pour Paris.
En 1848, pendant son séjour à Londres, la révolution do 1848 éclata en France (février), et Berlioz entreprit la rédaction des ses Mémoires (21 mars 1848). Il écrit dans la préface: "L’Angleterre, depuis que je l’habite, a exercé à mon égard une noble et cordiale hospitalité". Au chapitre 4, il interrompt son récit du passé et dans un paragraphe daté du 12 juillet 1848, la veille de son retour en France, il écrit:
Je repars maintenant pour le malheureux pays qu’on appelle encore la France, et qui est le mien après tout. Je vais voir de quelle façon un artiste peut y vivre, ou combien de temps il lui faut pour y mourir, au milieu des ruines sous lesquelles la fleur de l’art est écrasée et ensevelie. Farewell England!
Toutes les photos modernes
reproduites sur cette page ont été prises par Michel Austin; toutes les autres
images ont été reproduites d’après des gravures, livres et reproductions dans
notre collection. © Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de
reproduction reservés.
Le Theatre Royal Drury Lane en 2002



Ce café, situé juste en face de l’entrée principale du théâtre de l’autre côté du petit square, date de longtemps avant le théâtre; Berlioz l’aura peut-être fréquenté.
Le côté gauche du théâtre avec la porte d’entrée des artistes.

Autre vue du même

Le Theatre Royal Drury Lane – Entrée des artistes


L’intérieur du Theatre Royal Drury Lane en 1812

Cette gravure fut publiée dans La
Belle assemblée, tome vi (supplément), 1813. Le théâtre avait ouvert ses portes en 1812.
Le Theatre Royal Drury Lane en 1821

Le Theatre Royal Drury Lane en 1850

Une copie de cette gravure se trouve à la
bibliothèque de l’Opéra de Paris.
Drury Lane au soir

Ceci est une reproduction de la peinture par G H Powell (1876-1934).
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