Les Troyens

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La première des Troyens en novembre 1863

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Berlioz: le troisième siècle

 

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Présentation

    Le chef d’œuvre de Berlioz a été monté sur nombre de grandes scènes dans le monde. Mais Paris, la ville d’adoption du compositeur, a dû attendre Octobre 2003 pour assister enfin à une représentation intégrale des Troyens, donnée au Théâtre du Châtelet, sous la direction de John Eliot Gardiner, presque exactement 140 ans après la première représentation dans une version tronquée, au Théâtre-Lyrique, rebaptisé depuis le Théâtre de la Ville, et situé exactement en face du Théâtre du Châtelet de l’autre côté de la place.

    Cet évènement est à l’origine de cette page dans laquelle nous présentons une remarquable série de gravures peintes dues à A. Casse et qui datent de 1863. Elles remontent aux maquettes de décor conçues pour les représentations des Troyens en 1863 (en l’occurence les deux premiers actes ne furent pas représentés). Les originaux se trouvent à la National Library of Scotland, à Edimbourg (Collection Hopkinson). Elles firent l’objet d’une publication dans l’édition de 1989 du livre de M. Christian Wasselin, Berlioz, les Deux Ailes de l’âme (Paris, 1989; nouvelle édition décembre 2002). Nous sommes très reconnaissants à M. Wasselin de nous avoir accordé la permission de reproduire ces gravures d’après son livre.

Les premières reprèsentations

    Les Troyens furent montés pour la première fois le 4 novembre 1863, au Théâtre-Lyrique tout nouvellement achevé; il y eut en tout 21 représentations jusqu’au 20 décembre. Succès très relatif, qui permit au moins à Berlioz de se débarrasser une fois pour toutes du fardeau de critique musical qu’il supportait à grand peine. Mais ce n’était pas l’œuvre rêvée par Berlioz: Les Troyens avaient été conçus pour l’Opéra, seul théâtre à Paris disposant des ressources pour monter dignement l’ouvrage. Les représentations au Théâtre-Lyrique, plus petit, n’étaient qu’un compromis peu satisfaisant, qui fit beaucoup de tort à l’ouvrage et greva son avenir pendant de longues années. L’opéra fut présenté sous forme tronquée, amputé de ses deux premiers actes (que Berlioz n’entendit jamais), rebaptisé Les Troyens à Carthage, et avec de nombreuses coupures dans les trois actes qui furent représentés. 

    Pour les exécutions de 1863 Berlioz divisa Les Troyens à Carthage en cinq actes, comme il le dit à son ami Humbert Ferrand dans une lettre du 4 juin 1863:

“... J’ai dû consentir à laisser représenter les 3 derniers actes seulement, qui seront divisés en 5 et précédés d’un Prologue que je viens de faire. Le théâtre n’étant ni assez riche ni assez grand pour mettre en scène la prise de Troie. […]” (Correspondance générale, No. 2733)

    Dans ses Mémoires (Postface) Berlioz donne un récit détaillé du calvaire qu’il dut subir. Citons ici un extrait des Mémoires à propos de ces représentations:

“La première représentation des Troyens à Carthage eut lieu le 4 novembre 1863, ainsi que Carvalho [directeur du Théâtre-Lyrique] l’avait annoncé. L’ouvrage avait besoin encore de trois ou quatre sérieuses répétitions générales, rien ne marchait avec aplomb, sur la scène surtout. Mais le directeur ne savait de quel bois faire flèche pour alimenter son répertoire, son théâtre était vide chaque soir, il voulait sortir au plus vite de cette triste position. En pareil cas, on le sait, les directeurs sont féroces. Mes amis et moi nous pensions que la soirée serait orageuse, nous nous attendions à toutes sortes de manifestations hostiles; il n’en fut rien. Mes ennemis n’osèrent pas se montrer; un coup de sifflet honteux se fit entendre à la fin lorsqu’on proclama mon nom, et ce fut tout. L’individu qui avait sifflé s’imposa sans doute la tâche de m’insulter de la même façon pendant plusieurs semaines, car il revint, accompagné d’un collaborateur, siffler encore au même endroit, aux troisième, cinquième, septième et dixième représentations. D’autres péroraient dans les corridors avec une violence comique, m’accablant d’imprécations, disant qu’on ne pouvait pas, qu’on ne devait pas permettre une musique pareille. Cinq journaux me dirent de sottes injures, choisies parmi celles qui pouvaient en moi blesser le plus cruellement l’artiste. Mais plus de cinquante articles de critique admirative, en revanche, parurent pendant quinze jours, parmi lesquels ceux de MM. Gasperini, Fiorentino, d’Ortigue, Léon Kreutzer, Damcke, Joannes Weber, et d’une foule d’autres, écrits avec un véritable enthousiasme et une rare sagacité, me remplirent d’une joie que je n’avais pas éprouvée depuis longtemps. Je reçus en outre un grand nombre de lettres, les unes éloquentes, les autres naïves, toutes émues, et qui ne manquèrent pas de me toucher profondément. A plusieurs représentations j’ai vu des gens pleurer. Souvent, pendant les deux mois qui suivirent la première apparition des Troyens, j’ai été arrêté dans les rues de Paris par des inconnus qui me demandaient la permission de me serrer la main et me remerciaient d’avoir produit cet ouvrage. N’étaient-ce pas là des compensations aux insultes de mes ennemis? ennemis que je me suis faits, moins encore par mes critiques, que par mes tendances musicales; ennemis dont la haine ressemble à celle des filles publiques pour les femmes honnêtes et dont on doit se trouver honoré. La muse de ceux-là s’appelle ordinairement Lais, Phryné, très rarement Aspasie, [en note: Aspasie avait trop d’esprit.] celle que les nobles natures et les amis du grand art adorent, s’appelle Juliette, Desdémone, Cordelia, Ophelia, Imogène, Virgilia, Miranda, Didon, Cassandre, Alceste, noms sublimes qui éveillent des idées de poétique amour, de pudeur et de dévouement, quand les premiers ne rappellent qu’un bas sensualisme et la prostitution.”

Maquettes de décor pour Les Troyens

Acte I

Acte II

Acte III

Acte IV

Acte V

Voir aussi sur ce site :

Compte-rendu des premières représentations des Troyens, Le Ménestrel 8 et 15 novembre 1863, p. 391-2 et 399-400
Première représentation des Troyens, de M. H. Berlioz, Journal des Débats, 9 novembre 1863, p. 1-2
Un compte-rendu de la première des Troyens, Le Monde Illustré, 14 novembre 1863, p. 319
Un compte-rendu du  5e Acte des Troyens, Le Monde Illustré, 14 novembre 1863, p. 310
Le Roman de la Momie de Gautier : Une Source Méconnue des Troyens ? 
Les Troyens: extraits pour orchestre 
Marche Troyenne
Livret des Troyens
Extraits des Mémoires de Berlioz
Le Théâtre-Lyrique à Paris

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