Le Monde Illustré

Site Hector Berlioz

 

LES TROYENS

OPÉRA D’HECTOR BERLIOZ

LE DÉCOR DU 5e ACTE. — LE BÛCHER.

Le Monde Illustré, 14 novembre 1863, p. 310

Le Monde Illustré

 

     Cette page donne la transcription d’un compte-rendu contemporain du 5e Acte des Troyens (le 4 novembre) par Charles Yriarte. Ce compte-rendu et l’image qui l’accompagne parurent dans le numéro du 14 novembre 1863 du Monde Illustré, dont un exemplaire est dans notre collection. En règle générale nous avons reproduit le texte original tel quel, sauf correction d’évidentes coquilles ou fautes d’orthographe.

    On remarquera que pour les exécutions de 1863 Berlioz divisa Les Troyens à Carthage en cinq actes.

    Un compte-rendu de la première des Troyens le 4 novembre 1863 (probablement par Albert de Lasalle) parut dans le même numéro du Monde Illustré, page 319.

Première répresentation, au Théâtre Lyrique, de l’opéra les Troyens, d’Hector Berlioz. — 5e acte. La Mort de Didon

Les Troyens 5e acte

LES TROYENS

OPÉRA D’HECTOR BERLIOZ

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LE DECOR DU 5e ACTE. — LE BUCHER.

    Les Troyens ont été le grand événement de la semaine, celui qui a ranimé les ardentes discussions des Gluckistes et des Piccinistes et nous a fait sortir de la torpeur fatale où nous étions plongés depuis quelques temps.

    Singulières destinées que celles de l’auteur des Troyens ! On professe pour ses œuvres le fanatisme le plus ardent ou la plus vive répulsion, mais personne, j’entends ceux qui s’intéressent aux choses de l’art, ne reste indifférent en entendant une de ses œuvres symphoniques ou dramatiques.

    Voyez l’attitude de la critique à son égard, les uns saluent en M. Berlioz l’un des inifiniment rares musiciens susceptibles de faire grand, les autres n’ont même pas pour lui ces respectueuses réticences qu’on doit au compositeur qui a écrit l’Enfance du Christ et tant d’autres belles pages. L’un d’eux, heureusement peu écouté d’ordinaire, interprète avec irrévérence les clameurs classiques : Italiam ! Italiam ! qui sait même si, à quelques pages de nous, notre ami M. Albert de Lasalle, notre critique ordinaire, amoureux convancu des mélodistes, ne sera pas sévère pour l’œuvre nouvelle : mais, pour l’honneur du journalisme, à chacun la responsabilité de sa critique.

    On reproche amèrement à l’auteur des Troyens de distiller l’ennui, mais n’avons nous pas vu les mêmes spectateurs bâiller à la Vestale, à l’Orphée, à l’Alceste et dormir paisiblement à Oberon et à Euryanthe ?

    On ne discute pas une impression, celle que nous avons subie est immense. Qui croirait que ces grandes âmes de bronze ont des tendresses indicibles et des chastetés inconnues, comme celles qui se rélèvent dans le duo de Didon et d’Enée ! Nous regrettons de ne pouvoir laisser déborder ici notre enthousiasme, cet article est surtout destiné à expliquer la scène que nous avons reproduite, et le côté plastique de la pièce est le seul qui nous soit dévolu.

    Didon est abandonnée par le chef des Troyens, elle se laisse aller à un sombre désespoir qui s’exhale en un récitatif plein de trouble et de fureur, et ordonne aux prêtres de Pluton de faire dresser un bûcher, elle y monte et entrevoit, dans une sublime inspiration, le vengeur Annibal. Le mot ROME se détache en lettres lumineuses sur la toile de fond.

    La mise en scène de l’opéra des Troyens est splendide. M. Carvalho s’est montré digne des sympathies qui l’entourent, il a beaucoup fait pour l’art et a eu foi dans le génie du grand artiste.

    Madame Charton-Demeur est belle et touchante comme la Didon de l’Enée, elle a merveilleusement rendu cette figure épique. Quelle que soit l’amertume de certaines critiques, M. Berlioz saura que son œuvre a causé le plus grand enthousiasme dans les régions artistiques. Je n’en veux pour preuve que la spontanéité avec laquelle, à la troisième représentation, quelques artistes ont organisé une souscription au foyer du public pour lui offrir une couronne d’or.

CHARLES YRIARTE.

Voyez aussi sur ce site:

La première des Troyens en 1863   
Le Théâtre-Lyrique Impérial
  
Les caricatures parues dans le Journal amusant du 28 novembre 1863

Site Hector Berlioz créé le 18 juillet 1997 par Michel Austin et Monir Tayeb; cette page créée le 10 avril 2007.

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