Berlioz à Londres

Exeter Hall

    Cette salle, construite entre 1829 et 1831 sur l’emplacement des jardins de l’ancienne résidence des Earls d’Exeter, ouvrit ses portes le 29 mars 1831. Quoique destinée à des réunions de sociétés religieuses et charitables, la Sacred Harmonic Society y donna des concerts en 1834 dans la plus petite de ses deux salles. Après la création en 1841 de classes de chant dans la salle, la décennie de 1840 à 1850 vit une série de concerts populaires les mercredis, avec au programme entre autres des symphonies de Haydn et Mozart. La New Philharmonic Society, fondée en 1852, y donna ses premiers concerts.

    La gravure ci-dessous représente l’extérieur de cette grande salle, qui pouvait accueillir un auditoire de 3000 personnes. L’inscription en haut devrait se lire Philadelpheion (en caractères grecs), mais le texte de la gravure est erroné. Le mot signifie littéralement "Lieu d’amour fraternel".

    Pendant ses visites à Londres Berlioz dirigea un certain nombre de concerts dans cette salle, et en particulier six concerts en 1852 au cours desquels il dirigea l’orchestre de la New Philharmonic Society (le 24 mars, 14 avril, 28 avril, 12 mai, 28 mai, et 9 juin). Au programme figuraient quelques unes de ses propres œuvres: des extraits de Roméo et Juliette aux 1er et 3ème concerts, l’ouverture des Francs-Juges et son orchestration de l’Invitation à la valse de Weber au 5ème, et des extraits de la Damnation de Faust au 6ème.

    Parmi les autres compositeurs une place de choix était réservée à ses idoles des années 1820. Des extraits d’Iphigénie en Tauride de Gluck figuraient au 1er et 2ème concerts, et au 3ème des extraits d’Armide. Berlioz avait tenu à inscrire au programme du 3ème concert le finale de La Vestale de Spontini, en présence de la veuve du compositeur; elle lui avait fait don à cette occasion du bâton de chef autrefois utilisé par Spontini lui-même (Spontini était mort l’année précédente en 1851). Weber figurait aussi: ouverture d’Obéron (1er concert), le Morceau de concert [Konzertstück] pour piano et orchestre (3ème concert; Camille Pleyel, née Moke, était soliste: Berlioz et elle avait été fiancés pendant un brève période au début des années 1830), ouverture du Freischütz (4ème concert, mais non sous la direction de Berlioz), l’orchestration par Berlioz de l’Invitation à la valse de Weber (5ème concert), et l’ouverture Jubel (6ème concert). Beethoven était représenté dans tous les 6 concerts: Triple concerto (1er concert), 5ème symphonie (2ème concert), ouverture d’Egmont (3ème concert) 9ème symphonie (4ème et 6ème concerts), ouverture de Léonore no. 2 (5ème concert).

    La correspondance de Berlioz nous renseigne en détail sur plusieurs de ces concerts. Le lendemain du premier concert le 25 mars il écrit par exemple à son ami Joseph d’Ortigue (Correspondance générale no. 1461, ci-après CG tout court):

Je t’écris trois lignes pour que tu saches que j’ai obtenu hier soir un succès pyramidal. Redemandé, je ne sais combien de fois, acclamé et tout comme compositeur et comme chef d’orchestre. Ce matin je lis dans le Times, le Morning Post, le Morning Herald, l’Advertiser et autres, des dithyrambes comme on n’en écrivit jamais sur moi.

    Et quelques jours plus tard à Liszt (CG no. 1462, 29 mars):

Je viens d’avoir un grandissime succès à Exeter Hall, et cela à l’heure même où tu dirigeais à Weimar la seconde représentation de Benvenuto. La New Philharmonic Society a un orchestre immense et magnifique: 20 1ers violons, 18 seconds, etc... et tout cela marche comme un bon quatuor.

    La pièce de résistance du 4ème concert le 12 mai était la 9ème symphonie de Beethoven. L’exécution fut foudroyante et galvanisa l’auditoire et la critique; ils saluèrent la portée de l’évènement et Berlioz fut comblé d’éloges. Pour James Davison du Times "c’était le plus grand triomphe remporté jusqu’alors par la New Philharmonic Society"; selon le compositeur irlandais Howard Glover, écrivant dans le Morning Post, c’était "la meilleure exécution par un orchestre jamais entendue dans ce pays" (nous traduisons; citations en anglais dans Ganz, Berlioz in London, p. 143).

    Écrivant le 22 mai à d’Ortigue Berlioz décrit l’exécution en ces termes (CG no. 1488):

La Symphonie avec chœurs qui n’avait jamais pu bien marcher ici a produit un effect miraculeux, et j’ai eu un succès de conducteur très grand. On m’a rappelé après la 1ère partie du concert. C’était un tel évènement, que bien des gens doutaient que nous vinssions à bout à notre honneur de cette œuvre terrible et merveilleuse.

   Le sixième et dernier concert de la série eut lieu le 9 juin. Quelques jours avant de repartir pour Paris Berlioz écrit à d’Ortigue (CG no. 1495, 12 juin):

Je ne t’écris que trois lignes pour te dire que notre dernier concert a eu lieu mercredi dernier avec un succès extravagant, une foule immense et une grosse recette. J’ai été rappelé quatre ou cinq fois. Deux morceaux de Faust ont été bissés avec des cris et des trépignements, les journaux anglais déclarent qu’on n’a pas d’exemple à Londres d’un succès musical de cette violence. Enfin c’est mirobolant. Après le Chœur des Sylphes on m’a jeté une couronne; il y a donc à ce succès lauriers comme disent les guerriers, chênes, et toutes les herbes de la St Jean.

    Pendant sa visite en 1855 Berlioz donna deux autres concerts avec l’orchestre de la New Philharmonic Society à Exeter Hall. Ce fut sa dernière visite à Londres.

   En 1882 le bâtiment, qui avait cessé d’être rentable comme salle de concert, fut vendu à la Young Men’s Christian Association et pour finir démoli en 1907. Le Strand Palace Hotel fut construit sur son emplacement où il se trouve encore à l’heure actuelle, comme on peut le voir sur les deux dernières photos sur cette page.

Les photos modernes reproduites sur cette page ont été prises par Michel Austin; toutes les autres images ont été reproduites d’après des gravures, cartes postales et livres dans notre collection. © Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction réservés.

Exeter Hall en 1830

(Image plein écran)

Cette carte postale date de 1905.

Exeter Hall au 19ème siècle

(Image plein écran)

L’intérieur de L’Exeter Hall en 1840 

(Image plein écran)

Le bâtiment actuel sur l’emplacement d’Exeter Hall (Strand Palace Hotel)

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Le même bâtiment de l’angle opposé

(Image plein écran)

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