Berlioz à Londres

Le Theatre Royal Covent Garden

    En 1853 Berlioz est invité à revenir à Londres par Frederic Gye pour monter Benvenuto Cellini à l’opéra de Covent Garden dont il était directeur (Covent Garden est maintenant le Royal Opera House). En 1852 Liszt avait remonté l’œuvre à Weimar avec succès pour la première fois depuis son échec à l’Opéra de Paris en 1838, et l’œuvre semblait promise à un nouvel avenir.

    Depuis sa fondation au XVIIIème siècle la gestion de Covent Garden a passé par les mains de différentes compagnies et le bâtiment a aussi été reconstruit ou aménagé plusieurs fois. A l’époque du séjour de Berlioz à Londres pour la représentation de Cellini le bâtiment en était alors à son second état et le Royal Italian Opera s’y était installé depuis 1847. La compagnie avait fait appel à l’architecte Albano pour modifier profondément la disposition intérieure et transformer la salle suivant le plan italien traditionnel en forme de cheval. Le second Theatre Royal, Covent Garden, devint ainsi le Royal Italian Opera, Covent Garden. Il ouvrit ses portes le 6 avril 1847 avec le Semiramide de Rossini, sous la direction de Costa. Son répertoire consistait en grande partie d’œuvres italiennes et les opéras étrangers qui étaient montés devaient être chantés en italien. Le Cellini de Berlioz fut lui aussi traduit en italien. Le bâtiment connu de Berlioz fut détruit par le feu en 1856. Le troisième bâtiment, qui subsiste à l’heure actuelle, fut conçu par Edward Barry et inauguré en 1858. Dans le milieu des années 1990 une restauration important fut entreprise.

    Dans sa correspondance Berlioz donne un récit vivant de l’unique et désastreuse représentation de Benvenuto Cellini le samedi 25 juin 1853 à Covent Garden. La reine Victoria, le prince Albert, le roi aveugle et la reine de Hanovre, étaient présents.

    Les répétitions avaient toutes très bien marché et Berlioz était très satisfait de son Cellini (Tamberlick), de Teresa (Madame Jullienne) et d’Ascanio (Madame Didiée). Mais le soir de la représentation une claque de supporters italiens dans l’auditoire étaient résolus à chuter l’opéra. Dans une lettre datée du 27 juin adressée à Armand Bertin, propriétaire et rédacteur du très influent Journal des Débats, et fidèle soutien du compositeur, Berlioz décrit la soirée (Correspondance générale no. 1608, ci-après CG tout court):

Benvenuto est tombé hier à Covent-Garden tout comme à Paris. Seulement l’opposition s’est manifestée d’avance et de telle sorte qu’on a découvert son plan. Une societé d’Italiens s’était organisée dès jeudi dernier pour mettre à bas l’opéra; ils ont sifflé même l’ouverture du Carnaval romain pendant qu’on l’exécutait. On a néanmoins redemandé plusieurs morceaux entre autres l’air de Fieramosca et celui d’Ascanio, et la première ouverture que, vu sa longueur, je n’ai pas cru devoir recommencer. Voyez l’article du Times, qui n’est pas une analyse de l’ouvrage, mais un compte rendu assez fidèle de la soirée. ... J’ai retiré l’ouvrage le soir même, ne voulant pas m’exposer à la continuation de cette hostilité italique, ni à celle dirigée aussi contre Covent-Garden par les gens du théâtre de la Reine [Her Majesty’s Theatre] mis sur pavé par la ruine de Lumley, ruine dont M. Gye est la cause.

    Dans une autre lettre du même jour à l’éditeur Gemmy Brandus Berlioz écrit (CG no. 1609):

Une formidable armée Italienne organisée depuis quinze jours, sans qu’on n’ait osé m’en avertir, est venue faire scandale pendant toute la soirée de la 1ère représentation de Benvenuto. On chutait les acteurs avant qu’ils eussent ouvert la bouche et on a chuté l’ouverture du Carnaval Romain pendant qu’on l’exécutait. ...On m’annonce que la cabale Italienne est dans l’intention de continuer avec plus de fureur encore si je continue. Ils crient à l’envahissement de Covent-Garden par les étrangers. Parce que Mme Jullienne Française, Mme Didiée Française, Tagliafico Français, Zelger Belge, Formé Allemand, Stigelli Allemand, jouent dans l’opéra d’un Français. En outre ils se sont adjoint les gens de Lumley dépossédés par Gye du théâtre de la Reine.

    De retour à Paris, Berlioz écrivit le 10 juillet à Liszt, ardent défenseur de Benvenuto Cellini, pour lui raconter en détail les évènements; il signala aussi le geste de sympathie des musiciens (CG no. 1617):

Les artistes de Covent-Garden et de la New Philharmonic Society ont voulu me donner à cette occasion une preuve de sympathie, en se réunissant au nombre de 220 pour organiser sans frais un immense concert à Exeter Hall; ils ont formé un comité et ouvert une souscription pour les billets du concert, qui bientôt s’est élevé à près de 200£ (5000fr), mais faute de pouvoir obtenir la salle d’Exeter-Hall à l’époque où le concert était possible, il a fallu renoncer à ce projet; les instrumentalistes devant plus tard quitter Londres pour se rendre au Festival de Norwich. Alors les souscripteurs ont declaré ne vouloir pas reprendre leur argent et le Comité a décidé d’appliquer la somme à la publication de ma partition de Faust avec texte anglais.

    Jamais Berlioz n’imputa aux Anglais la responsabilité de l’échec de Covent Garden, comme on peut le voir d’après sa lettre du 16 juillet à sa sœur Adèle (CG no. 1619):

Je suis tout à fait remis de mes fatigues de Londres; mais tu te trompes en accusant les Anglais du scandale de Covent-Garden qui m’a obligé à retirer tout de suite mon ouvrage; ils n’y sont pour rien. C’est une bande Italienne seule et toute la Presse anglaise ne l’a pas caché. Au contraire, les Anglais m’ont fait une galanterie d’une délicatesse extrême. ... Je n’eus jamais plus de partisans à Londres que maintenant et probablement il y aura là une belle position pour moi tôt ou tard. Mais je dérange horriblement certaines autres positions Italiennes surtout. Tu ne te douterais pas de ce qui me fait le plus redouter dans un certain coin très puissant; c’est mon talent de chef d’orchestre, acclamé par tous les artistes. Enfin, j’en aurais trop long à te dire. Ce qui n’empêche que j’aime plus que jamais cette chère partition de Benvenuto plus vivace, plus fraîche, plus neuve (c’est là un de ses grands défauts) qu’aucun de mes ouvrages. Liszt m’écrit qu’on va la remonter avec soin à Weimar.

    D’autres musiciens étrangers de renom se trouvaient à Londres à l’époque de la représentation de CelliniHiller, Molique, Spohr, Lindpaintner, Barret et Vieuxtemps, dont plusieurs étaient déjà très liés avec Berlioz en France. Ils étaient tous invités par John Ella, foundateur de la Musical Union, à assister aux séances et concerts de cette société à Hanover Square. On peut voir Berlioz parmi eux dans une image du groupe dessinée par Charles Baugniet à l’une des séances de la société à Willis’s Rooms – Musical Union.

Toutes les photos modernes reproduites sur cette page ont été prises par Michel Austin; toutes les autres images ont été reproduites d’après des gravures et journaux dans notre collection. ©  Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction reservés.

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Le Theatre Royal Covent Garden au 19ème siècle

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Cette gravure date de 1861.

L’intérieur du Theatre Royal Covent Garden en 1847

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Cette gravure, publiée dans l’Illustrated London News du 10 avril 1847 montre l’ouverture du nouvel Opera House avec un représentation du Semiramide de Rossini.

L’intérieur du Theatre Royal Covent Garden en 1847

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Cette gravure fut publiée dans le Pictorial Times du 3 avril 1847.

Le Theatre Royal Covent Garden en 1850

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L’incendie du Theatre Royal Covent Garden en 1856

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Cette gravure est tirée de l’Illustrated London News du 15 mars 1856.

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