Gênes

    Berlioz passe deux fois par Gênes en 1831, les deux fois assez rapidement. Le premier séjour (ca 17-18 avril) a lieu après son départ de Florence quand il a pris la résolution de retourner à Paris pour se venger de sa fiancée Camille Moke qui l’a trahi. Le récit des Mémoires (chapitre 34) s’étend avec humour sur les avatars du déguisement féminin que Berlioz avait l’intention de porter pour surprendre à l’improviste Camille Moke et sa mère – ayant perdu le costume en route Berlioz à Gênes est obligé de faire confectionner un remplacement en toute hâte… Mais les Mémoires passent sous silence la tentative de suicide que fait Berlioz à Gênes en se jetant à la mer, tentative connue par une lettre du 18 avril à Horace Vernet, directeur de la Villa Médicis à Rome, que Berlioz veut rassurer sur son sort (Correspondance générale no. 217). Fort heureusement repêché Berlioz continue sa route vers Nice où il passe un mois.

    Sur le chemin du retour vers Rome Berlioz passe à nouveau par Gênes (21-23 mai). Dans plusieurs lettres il parle avec enthousiasme du trajet de Nice à Gênes le long de la route de la corniche qui surplombe la mer à pic (Correspondance générale nos. 230, 234), mais seules les Mémoires donnent un récit de ses expériences pendant son bref séjour dans la ville (chapitre 35):

En repassant à Gênes, j’allai entendre l’Agnese de Paër. Cet opéra fut célèbre à l’époque de transition crépusculaire qui précéda le lever de Rossini.

L’impression de froid ennui dont il m’accabla tenait sans doute à la détestable exécution qui en paralysait les beautés. Je remarquai d’abord que, suivant la louable habitude de certaines gens qui, bien qu’incapables de rien faire, se croient appelés à tout refaire ou retoucher, et qui de leur coup d’œil d’aigle aperçoivent tout de suite ce qui manque dans un ouvrage, on avait renforcé d’une grosse caisse l’instrumentation sage et modérée de Paër; de sorte qu’écrasé sous le tampon du maudit instrument, cet orchestre, qui n’avait pas été écrit de manière à lui résister, disparaissait entièrement.

    Berlioz s’élève également contre la froideur des Génois envers leur illustre compatriote Paganini, et condamne l’absence de tout monument dans la ville en l’honneur d’un autre concitoyen célèbre, Christophe Colomb:

[...] Pendant que je m’ennuyais dans sa ville natale, Paganini enthousiasmait tout Paris. Maudissant le mauvais destin qui me privait de l’entendre, je cherchai au moins à obtenir de ses compatriotes quelques renseignements sur lui; mais les Génois sont, comme les habitants de toutes les villes de commerce, fort indifférents pour les beaux-arts. Ils me parlèrent très froidement de l’homme extraordinaire que l’Allemagne, la France et l’Angleterre ont accueilli avec acclamations. Je demandai la maison de son père, on ne put me l’indiquer. A la vérité, je cherchai aussi dans Gênes le temple, la pyramide, enfin le monument que je pensais avoir été élevé à la mémoire de Colomb, et le buste du grand homme qui découvrit le nouveau monde n’a pas même frappé une fois mes regards, pendant que j’errais dans les rues de l’ingrate cité qui lui donna naissance et dont il fit la gloire.

Gênes dans les années 1840

(Image plein écran)

Cette gravure sur acier des années 1840 est l’œuvre de William Floyd, d’après un dessin de William H Bartlett; elle est dans notre collection.

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