Other vocal works/Autres œuvres vocales (3)

 

Le Cinq mai 
Aubade 
L’Apothéose (Symphonie funèbre et triomphale) 
La Mort d’Ophélie 
La Belle Isabeau 
Hymne à la France 
Le Chasseur danois 
Zaïde 
Chant des chemins de fer 
Prière du matin 

Le Cinq mai 

Pierre-Jean de Béranger 

Des Espagnols m’ont pris sur leur navire,
Aux bords lointains où tristement j’errais.
Humble débris d’un héroïque empire,
J’avais dans l’Inde exilé mes regrets.
Mais loin du Cap, après cinq ans d’absence,
Sous le soleil, je vogue plus joyeux.

Pauvre soldat, je reverrai la France;
La main d’un fils me fermera les yeux.

Dieu! le pilote a crié: Sainte-Hélène!
Et voilà donc où languit le héros!
Bons Espagnols, là finit votre haine;
Nous maudissons ses fers et ses bourreaux,
Je ne puis rien, rien pour sa délivrance;
Le temps n’est plus des trépas glorieux.

Pauvre soldat, je reverrai la France;
La main d’un fils me fermera les yeux.

Il fatiguait la Victoire à le suivre;
Elle était lasse; il ne l’attendit pas;
Trahi deux fois, ce grand homme a su vivre;
Mais quels serpents environnent ses pas!
De tout laurier un poison est l’essence;
La mort couronne un front victorieux.

Pauvre soldat, je reverrai la France;
La main d’un fils me fermera les yeux.

Dès qu’on signale une nef vagabonde,
"Serait-ce lui?" disent les potentats,
"Vient-il encor redemander le monde?
Armons soudain deux millions de soldats." 
Et lui, peut-être accablé de souffrance,
A la patrie adresse ses adieux.

Mais que vois-je au rivage? 
Un drapeau noir!
Quoi! lui mourir! ô gloire, quel veuvage!
Autour de moi pleurent ses ennemis,
Loin de ce roc nous fuyons en silence;
L’astre du jour abandonne les cieux.

Pauvre soldat, tu reverras la France;
La main d’un fils te fermera les yeux.

Aubade

Alfred de Musset 

Assez dormir, ma belle,
Ta cavale Isabelle 
Hennit sous tes balcons. 

Vois tes piqueurs alertes, 
Et sur leurs manches vertes 
Les pieds noirs des faucons. 

L’Apothéose (Symphonie funèbre et triomphale) 

Antoni Deschamps et anonyme (ajout version 2)

VERSION 1

Gloire et triomphe à ces héros!
Venez, élus de l’autre vie!
Changez, nobles guerriers,
Tous vos lauriers
Pour des palmes immortelles!
Suivez les Séraphins,
Soldats divins
Dans les plaines éternelles!
A leurs chœurs infinis
Soyez unis!
Anges radieux,
Harmonieux,
Brûlants comme eux,
Entrez, sublimes
Victimes!

Gloire et triomphe à ces héros!
Ils sont tombés aux champs de la patrie!
Gloire et respect à leurs tombeaux!
Venez, élus de l’autre vie!

 

VERSION 2

Gloire et triomphe à ces héros!
Ils sont tombés aux champs de la patrie!
Gloire et respect à leurs tombeaux !
Venez, élus de l’autre vie!
Changez, nobles guerriers,
Tous vos lauriers
Pour des palmes immortelles!
Suivez les Séraphins,
Soldats divins
Dans les plaines éternelles!
A leurs chœurs infinis
Soyez unis!
Anges radieux,
Harmonieux,
Brûlants comme eux,
Entrez, sublimes
Victimes!

Gloire et triomphe à ces héros!
Ils sont tombés aux champs de la patrie!
Gloire et respect à leurs tombeaux!
Venez, élus de l’autre vie!

Que leurs drapeaux sanglants
Au front des cieux resplendissent!
Qu’en un splendide accord
Les trompes d’or retentissent!
Ils ont payés de tout leur sang
La liberté, l’honneur de la patrie.
Qu’ils soient admis au premier rang
Des demi-dieux; l’œuvre est finie!
Que les drapeaux sanglants
De ces vaillants
Au front des cieux resplendissent!
Qu’en un splendide accord
Les trompes d’or
Devant leurs pas retentissent!
Entrez morts immortels;
De mille autels
Pour vous lumineux
Jusques aux cieux
Montent des vœux,
Chantons, phalanges
D’archanges!

Gloire et triomphe à ces héros, etc.

La Mort d’Ophélie

Ballade 

Ernest Legouvé, d’après Shakespeare

Auprès d’un torrent Ophélie 
Cueillait, tout en suivant le bord,
Dans sa douce et tendre folie,
Des pervenches, des boutons d’or, 
Des iris aux couleurs d’opale,
Et de ces fleurs d’un rose pâle 
Qu’on appelle des doigts de mort. 

Ah! 

Puis, élevant sur ses mains blanches
Les riants trésors du matin, 
Elle les suspendait aux branches, 
Aux branches d’un saule voisin. 
Mais trop faible le rameau plie, 
Se brise, et la pauvre Ophélie 
Tombe, sa guirlande à la main. 

Quelques instants sa robe enflée 
La tint encor sur le courant 
Et, comme une voile gonflée, 
Elle flottait toujours chantant, 
Chantant quelque vieille ballade, 
Chantant ainsi qu’une naïade 
Née au milieu de ce torrent. 

Mais cette étrange mélodie 
Passa, rapide comme un son. 
Par les flots la robe alourdie 
Bientôt dans l’abîme profond 
Entraîna la pauvre insensée, 
Laissant à peine commencée 
Sa mélodieuse chanson. 

Ah!

La Belle Isabeau

Alexandre Dumas père 

Dans la montagne noire,
Au pied du vieux château,
J’ai ouï conter l’histoire
De la jeune Isabeau.
Elle était de votre âge,
Cheveux noirs et l’œil bleu.

Enfants, voici l’orage!
À genoux! Priez Dieu!

La belle jeune fille
Aimait un chevalier.
Son père sous la grille
La tint comme un geôlier.
Le chevalier volage
L’avait vue au saint lieu.

Un soir, dans sa cellule
Isabeau vit soudain,
Sans crainte et sans scrupule,
Entrer le paladin.
L’ouragan faisait rage,
Le ciel était en feu.

Enfants, voici l’orage!
À genoux! Priez Dieu!

De frayeur Isabelle
Se sentit le cœur plein; 
"Où donc est, disait-elle,
Le sire chapelain?"
Il est, suivant l’usage,
À prier au saint lieu.

Venez! avant l’aurore
Nous serons de retour.
Hélas! son père encore
L’attend depuis ce jour.

Enfants, voici l’orage!
À genoux! Priez Dieu!

Hymne à la France

Henri-Auguste Barbier 

Ô belle France, ô noble enfant du ciel!
Chère patrie, ô tendre et bonne mère,
Toi qui n’as point ta pareille sur terre,
Et dont le nom est plus doux que le miel,
Jusqu’au moment où doit fuir l’existence,
Sois notre amour et l’objet de nos chants!
Répétons tous en chœur ces mots touchants:

Dieu protège la France!

Du plus beau lys l’éclatante blancheur
N’égale pas celle de ta figure.
À pleines mains sur ton front la nature
A répandu la grâce et la fraîcheur.
Dans tes yeux bleus brille l’intelligence,
Et la gaîté de ses rubis en feux,
Divin bandeau, couronne tes cheveux.

Dieu protège la France!

Dieu t’a donné la gloire des combats,
Dieu t’a donné la palme des batailles,
Et le sang pur de tes chaudes entrailles
Incessamment enfante des soldats.
Ton cœur ardent est sensible à l’offense,
Au noir courroux prêt à s’abandonner.
Il est aussi prêt à tout pardonner.

Dieu protège la France!

Et toi, grand Dieu, toi, qui du haut des cieux,
De l’univers tiens en main la fortune,
Sur ton enfant, notre mère commune,
Avec amour daigne jeter les yeux!
Dans l’avenir fais toujours qu’elle avance,
Grande parmi les grandes nations,
Et qu’à genoux toujours nous répétions:

Dieu protège la France!

Le Chasseur danois 

Adolphe Ribbing de Leuven 

Entendez-vous dans la bruyère?
Déjà chante le coq des bois.
Allons, allons, réveillez-vous, mon père!
Volez à de nouveaux exploits!

En chasse! et que Dieu vous protège,
Et toi qui chantes là-bas,
Ce soir tu ne chanteras pas.

Entendez-vous la voix fidèle
De votre épagneul favori?
Il se fait tard, il vous appelle,
Pour que vous partiez avec lui.

En chasse, etc.

Allons, allons sans plus attendre.
Mon père, levez-vous enfin!
Allons, allons!
La voix d’un fils, ne pouvez-vous l’entendre?
Vous dormez bien tard, ce matin.

En chasse, etc.

Ainsi disait dans la chaumière
Un jeune enfant. Vœux superflus!
Le vieux chasseur, son pauvre père,
Hélas! ne répètera plus:

En chasse, etc.

Zaïde

Boléro

Roger de Beauvoir 

"Ma ville, ma belle ville, 
C’est Grenade au frais jardin;
C’est le palais d’Aladin, 
Qui vaut Cordoue et Séville!

Tous ses balcons sont ouverts 
Tous ses bassins diaphanes;
Toute la cour des sultanes 
S’y tient sous les myrthes verts!"

Ainsi près de Zoraîde, 
A sa voix donnant l’essor, 
Chantait la jeune Zaïde, 
Le pied dans ses mules d’or. 

"Ma ville, etc. 

La reine lui dit: "Ma fille, 
D’ou viens-tu donc?" – "Je n’en sais rien." 
– "N’as-tu donc pas de famille?" 
– "Votre amour est tout mon bien!
Ô ma reine, j’ai pour père 
Ce soleil plein de douceur. 
La sierra, c’est ma mère, 
Et les étoiles, mes sœurs! 

"Ma ville, etc. 

Cependant sur la colline, 
Zaïde à la nuit pleurait: 
"Hélas! je suis orpheline;
De moi qui se chargerait?"

Un cavalier vit la belle, 
La prit sur sa selle d’or. 
Grenade, hélas! est loin d’elle, 
Mais Zaïde y rêve encor!

"Ma ville, etc. 

Chant des chemins de fer 

Jules Janin 

C’est le grand jour, le jour de fête,
Jour du triomphe et des lauriers.
Pour vous, ouvriers,
La couronne est prête.
Soldats de la paix,
C’est votre victoire;
C’est à vous la gloire
De tant de bienfaits.

C’est le grand jour, etc.

Les cloches sonnent dès l’aurore,
Et le canon répond sur les remparts.
Sous l’oriflamme tricolore
Le peuple accourt de toutes parts.

C’est le grand jour, etc.

Que de montagnes effacées!
Que de rivières traversées!
Travail humain, fécondante sueur!
Quels prodiges et quel labeur!

C’est le grand jour, etc.

Les vieillards, devant ce spectacle,
En souriant descendront au tombeau;
Car à leurs enfants ce miracle
Fait l’avenir plus grand, plus beau.

C’est le grand jour, etc.

Des merveilles de l’industrie
Nous, les témoins, il faut chanter
La paix! Le Roi! L’ouvrier! La patrie!
Et le commerce et ses bienfaits!

C’est le grand jour, le jour de fête,
Jour du triomphe et des lauriers.

Que dans les campagnes si belles
Par l’amitié les peuples plus heureux
Élèvent leurs voix solennelles
Jusqu’à Dieu caché dans les cieux!

C’est le grand jour, etc.

Prière du matin 

Chœur d’enfants

Alphonse de Lamartine 

Ô Père qu’adore mon père!
Toi qu’on ne nomme qu’à genoux!
Toi, dont le nom terrible et doux
Fait courber le front de ma mère!

On dit que ce brillant soleil
N’est qu’un jouet de ta puissance;
Que sous tes pieds il se balance
Comme une lampe de vermeil.

On dit que c’est toi qui fais naître
Les petits oiseaux dans les champs,
Et qui donne aux petits enfants
Une âme aussi pour te connaître!

On dit que c’est toi qui produis
Les fleurs dont le jardin se pare,
Et que, sans toi, toujours avare,
Le verger n’aurait point de fruits.

Mon Dieu, donne l’onde aux fontaines,
Donne la plume aux passereaux,
Et la laine aux petits agneaux,
Et l’ombre et la rosée aux plaines!

Donne au malade la santé,
Au mendiant le pain qu’il pleure,
À l’orphelin une demeure,
Au prisonnier la liberté!

Mets dans mon âme la justice,
Sur mes lèvres la vérité;
Qu’avec crainte et docilité
Ta parole en mon cœur mûrisse!

Et que ma voix s’élève à toi
Comme cette douce fumée
Que balance l’urne embaumée
Dans la main d’enfants comme moi!

© 2003-2014 Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction réservés.

Back to Berlioz Libretti main page

Retour à la page principale Livrets de Berlioz