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Montmartre

[10 et 12, rue Saint-Denis]

Berlioz à Montmartre  
Choix de lettres de Berlioz: 1834-1836  
Montmartre en images  

Cette page est disponible aussi en anglais

Berlioz à Montmartre

    Rien ne permet mieux de mesurer l’immense essor urbain de Paris depuis le XIXème siècle que les changements intervenus à Montmartre: de nos jours on a peine à concevoir qu’à l’époque de Berlioz Montmartre était un village qui ne faisait pas partie de Paris. Aller à Montmartre, c’était quitter Paris pour se rendre à la campagne. Du versant nord de Montmartre on découvrait un vaste panorama ouvert s’étendant jusqu’à la plaine Saint Denis (maintenant recouverte de constructions). Berlioz et Harriet Smithson habitent à Montmartre pendant plusieurs mois en 1834 puis à nouveau de 1835 à 1836, dans une maison sise rue Saint-Denis (plus tard rebaptisée rue du Mont-Cenis), au carrefour avec la rue Saint Vincent, sur le versant nord de la butte.

    Bien que son séjour y sera relativement court, Montmartre restera chargé pour Berlioz de souvenirs personnels, heureux et tristes, et les lettres datant de cette période nous renseignent sur sa vie sur la butte. On trouvera ci-dessous un choix de la correspondance du compositeur pour les années 1834-1836 (tous les renvois sont à Correspondance Générale, abrégé CG). C’est à Montmartre que les jeunes mariés s’installent avec bonheur et peuvent jouir d’un temps particulièrement idyllique au printemps et au début de l’été 1834 (CG nos. 395, 397). Leur fils Louis naît le 14 août 1834, à la grande joie des deux parents et surtout de Harriet, et est baptisé le 23 août de l’année suivante (CG nos. 409, 454, 458). Pour Berlioz le séjour à Montmartre est une période d’activité intense: c’est là qu’il termine la symphonie Harold en Italie (CG nos. 398, 408), s’attaque à l’opéra Benvenuto Cellini (CG nos. 398, 453), et entreprend la composition d’une vaste Fête musicale funèbre à la mémoire des hommes illustres de la France (CG no. 440), œuvre qui restera inachevée mais qui laissera sans doute des traces dans des œuvres ultérieures: la cantate Le Cinq mai, le Requiem, et la Symphonie funèbre et triomphale. Mais Berlioz se voit forcé de consacrer une grande partie de son temps à son travail de critique musical (CG no. 440), et c’est en 1834 que débute sa longue association avec le Journal des Débats.

    Monmartre offre bien des avantages: le site est idyllique, avec un vaste jardin et une belle vue sur la plaine Saint-Denis, et les lettres de Berlioz y font souvent allusion (CG nos. 385, 389, 394, 395, 435, 445, 458, 474). Le coût de la vie y est plus bas qu’à Paris (CG nos. 385, 435, 445), et l’éloignement de Montmartre abrite les Berlioz des visites importunes (CG nos. 385, 445), tout en rendant possible des réunions qui rassemblent l’élite parisienne (CG nos. 396, 397, 445, 469). Mais Montmartre a aussi ses inconvénients: Berlioz doit se rendre fréquemment à Paris, et les déplacements sont fatigants et onéreux (CG no. 445); en hiver la butte est isolée, la maison des Berlioz est mal chauffée (CG nos. 454, 457, 458), et les domestiques sont une source perpétuelle d’ennuis (CG nos. 439, 457, 458, 464).

    C’est aussi à Montmartre que les Berlioz devront faire face à de tristes réalités: embarras financiers, l’obligation de Berlioz d’écrire des feuilletons au lieu de pouvoir composer (CG no. 440), et l’impossibilité pour Harriet de poursuivre la carrière d’actrice qui l’a pourtant rendue célèbre à Paris (CG nos. 439, 464). Il est donc inévitable que pour finir le couple se verra obligé de retourner à Paris (au 35 rue de Londres).

    Berlioz ne reviendra jamais habiter à Montmartre par la suite, mais Harriet y retournera en 1848 (rue Saint Vincent) après sa séparation de fait avec Berlioz; elle y restera jusqu’à sa mort le 3 mars 1854, et sera enterrée au petit Cimetière Saint-Vincent, sur le versant nord de Montmartre, pas loin de leur ancienne maison, mais ses restes seront par la suite transférés au cimetière de Montmartre, plus grand (3 février 1864; voyez la Postface des Mémoires).

Choix de lettres de Berlioz: 1834-1836

1834

À sa sœur Adèle, 20 mars (CG no. 385, de Paris):

[…] Nous allons dans huit jours habiter Montmartre, la montagne de Paris; nous avons un petit appartement de 4 pièces, un jardin et la vue de la plaine St. Denis pour 70 fr. par mois. C’est beaucoup moins cher qu’ici et en une demi-heure on est à Paris. Je serai plus tranquille pour travailler, ici les visites nous assomment. […] Notre nouvelle adresse sera rue St. Denis à Montmartre près Paris. […]

À Thomas Gounet, 10 avril (CG no. 389, de Montmartre):

[…] Venez nous voir dimanche si vous pouvez, nous causerons un peu de tout ce qui vous touche, et nous vous montrerons les beautés de notre maison de campagne, qui ne sont pas réellement à dédaigner. […]

À Adèle, 29 avril (CG no. 394, de Montmartre):

[…] Je travaille excessivement; nous sommes si tranquilles ici dans notre hermitage. Il n’y a que les rossignols qui, tout le jour et toute la nuit chantent sous nos fenêtres, commencent à me fatiguer. […]

À Liszt, début mai (CG no. 395, de Montmartre):

[…] Il fait un temps d’Italie, de Rome, de Naples, cette belle plaine est si belle aujourd’hui que je me crois à Tivoli avec sa verdure si jeune, si pure, si fraîche. Venez donc nous voir avant que le vent n’ait poudré cette belle chevelure verte. […]

À Chopin, entre le 1er et le 4 mai (CG no. 396, de Montmartre):

Chopinetto mio, si fa una villegiatura da noi à Montmartre, rue St-Denis no. 10. Spiro che Hiller, Liszt et de Vigny serano accompagnés de Chopin. Enorme bêtise. Tant pis. H.B.

À Adèle, 12 mai (CG no. 397, de Paris):

[…] Je t’écris de chez Alphonse où j’ai dîné avec la famille Rocher. Je vais vite retourner à Montmartre, ma pauvre Henriette est si souffrante qu’elle est restée seule et je ne veux pas la tourmenter pour sortir. Aujourd’hui elle était mieux, Dieu veuille que cela dure. Le hasard a amené dans la maison que nous habitons une dame anglaise qui a plusieurs jeunes enfants et qui lui est d’une grande utilité.
Nous avons eu lundi dernier [5 mai] une espèce de petite partie de campagne. Mes amis sont venus passer une demi-journée chez moi. C’étaient des célébrités musicales et poétiques, MM. Alfred de Vigny, Antoni Deschamps, Liszt, Hiller et Chopin. Nous avons causé, discuté art, poésie, pensée, musique, drame, enfin ce qui constitue la vie, en présence de cette belle nature, de ce soleil d’Italie que nous avons depuis quelques jours. […]

À Humbert Ferrand, 15 ou 16 mai (CG no. 398, de Montmartre):

[…] En attendant, j’ai fait un choix, pour un opéra comique en deux actes, de Benvenuto Cellini, dont vous avez lu sans doute les curieux Mémoires et dont le caractère me fournit un excellent texte sous plusieurs rapports. […]
J’ai achevé les trois premières parties de ma nouvelle symphonie avec alto principal; je vais me mettre à terminer la quatrième. Je crois que ce sera bien et surtout d’un pittoresque fort curieux. J’ai l’intention de le dédier à un de mes amis que vous connaissez bien, M. Humbert Ferrand, s’il veut bien me le permettre. Il y a une Marche de pèlerins chantant la prière du soir, qui, je l’espère, aura, au mois de décembre, une réputation. Je ne sais quand cet énorme ouvrage sera gravé; en tout cas, chargez-vous d’obtenir de M. Ferrand son autorisation. […]

À Humbert Ferrand, 31 août (CG no. 408, de Montmartre):

[…] Il y a deux mois, et je crois vour l’avoir écrit, que ma symphonie avec alto principal, intitulée Harold est terminée. Paganini, je le crois, trouvera que l’alto n’est pas traité assez en concerto; c’est une symphonie sur un plan nouveau et point une composition écrite dans le but de faire briller un talent individuel comme le sien. Je lui dois toujours de me l’avoir fait entreprendre; on la copie en ce moment; elle sera exécutée au mois de novembre prochain au premier concert que je donnerai au Conservatoire. […]

1835

À son père, 6 mai (CG no. 435, de Paris):

[…] Nous allons dans peu remonter à Montmartre dans un local délicieux et fort peu dispendieux. Le jardin est immense, la vue sur la plaine St-Denis magnifique, et tout y est moins cher que dans Paris à cause des droits d’entrée dont nous sommes exempts. […]

À sa sœur Adèle, 2 août (CG no. 439, de Montmartre):

[…] Henriette se désole de me voir ainsi esclave, d’autant plus qu’elle ne peut rien faire elle-même; nous avons été un instant sur le point de partir pour l’Amérique du Nord, mais des incertitudes sur le sort qui pourrait lui être offert et la trop grande jeunesse de Louis nous ont retenus. Vraiment c’est elle qui a besoin de courage, car après tout je m’occupe moi, je produis, j’agis, je m’étourdis; mais elle! tourmentée toute la journée par les domestiques qui nous volent, inquiète à en devenir folle à la moindre indisposition de l’enfant, environnée d’un monde pour lequel elle n’a pas été faite et qui ne parle même pas sa langue, inactive quand elle se sent un immense talent qui pourrait nous enrichir si les circonstances étaient différentes, il faut convenir que ses accès de désespoir sont bien motivés. Il n’y aura dans quelques années, plus, ou à peu près plus de théâtre en France (excepté les théâtres de boulevard); il n’y en a plus en Angleterre, tous les acteurs de quelque mérite dans la haut poésie dramatique s’enfuient en Amérique. […]

À Humbert Ferrand, après le 23 août (CG no. 440 [voir le tome VIII], de Montmartre):

[…] Je travaille comme un nègre pour quatre journaux qui me donnent mon pain quotidien. Ce sont le Rénovateur qui paye mal, les Débats qui payent bien, le Monde Dramatique et la Gazette musicale qui payent peu. Avec tout cela, j’ai à combattre l’horreur de ma position musicale; je ne puis trouver le temps de composer. J’ai commencé un immense ouvrage intitulé: Fête musicale funèbre à la mémoire des hommes illustres de la France; j’ai déjà fait deux morceaux, il y en aura sept. Tout serait fini depuis longtemps si j’avais eu seulement un mois pour y travailler exclusivement; mais je ne puis disposer d’un seul jour en ce moment sous peine de manquer du nécessaire peu de temps après. […]

À Adèle, 23 septembre (CG no. 409, de Montmartre; la lettre date de 1835 et non 1834):

[…] D’abord, sois tranquille, notre garçon est baptisé. Il ne s’appelle pas Hercule, Jean-Baptiste, César, Alexandre, Magloire, mais Louis tout simplement. Il n’est pas criard du tout, le jour, mais bien la nuit, ce dont se plaignent un peu sa mère et sa nourrice. Pour moi, je dors tranquillement dans ma chambre où je dors sans rien entendre et me repose comme un sauvage après l’accouchement de sa femme. Il est charmant, très fort, des yeux bleus superbes, une petite fossette imperceptible au mention*, des cheveux d’un blond un peu ardent comme je les avais dans mon enfance, un petit cartilage pointu aux oreilles comme ceux que j’ai, et le bas du visage un peu court**. Voilà tous les points de ressemblance avec son père, malheureusement il n’a absolument rien de sa mère. Henriette en est plus folle qu’une folle. Elle est bien rétablie à présent; quand je vais à Paris elle vient avec son fils et la nourrice m’attendre au milieu de la descente de Montmartre, sous une allée d’arbres, où bien souvent, il y a sept ans, je venais contempler Paris en rêvant à elle. Si on nous eût dit, à l’un et à l’autre, qu’en 1834, nous viendrions nous asseoir en famille sur ces rochers…

Hier, comme elle m’y attendait, plusieurs dames anglaises sont venues à passer; la nourrice était à quelques pas avec le petit. Ces dames se sont approchées pour voir l’enfant qu’elles ont trouvé superbe***. A toutes leurs questions faites en mauvais français, Marie [la nourrice] ouvrait de grands yeux sans comprendre un mot; Henriette écoutait avec ravissement toutes leurs exclamations et leurs a parte, mais ne pouvant y tenir elle a répondu en anglais, moitié riant moitié pleurant, qu’il n’avait que cinq semaines, qu’il était Français, né à Montmartre et qu’ELLE ÉTAIT SA MÈRE. Elle éclate de fierté en me racontant ça. C’est l’évènement du jour. […] Dans huit jours nous serons à Paris, rue de Londres no. 34. Nous avons pris un appartement non garni, ce qui au bout de l’année devient beaucoup plus économique; mais c’est rude au premier moment; il faut acheter des meubles, du vin, du bois, mille autres bêtises auxquelles on ne songe pas dans les maisons meublées. […]

[…] Ce matin de bonne heure nous avons fait Henriette et moi une grande promenade dans la plaine Saint-Denis et nous parlions de ce jeune Prosper qui ne craint pas le grand air, en voyant les vols d’alouette qui se levaient autour de nous. […]

* Par ordre de sa mère, je mets ici une note pour ajouter qu’il a un très beau front, ce qui est vrai.
** Deuxième note par ordre de la mère; il est fait au tour, ses membres sont admirables.
*** Troisième ordre par ordre d’Henriette: Beaucoup d’autres dames françaises et des femmes de Montmartre se sont également arrêtées pour admirer Louis.

À sa mère, 18 octobre (CG no. 445, de Paris):

[…] Nous sommes dans une maison peu éloignée de Paris, mais dont les abords sont assez pénibles; il faut pour y arriver gravir puis redescendre la montagne. La vue de la plaine Saint-Denis avec son tombeau des rois de France à l’horizon, les coteaux de Saint-Germain, Montmorency, etc., est vraiment magnifique. Et quand Adèle me disait dans une de ses lettres qu’elle voudrait pour moi le bon air, elle me souhaitait ce dont je suis loin de manquer. Notre jardin est fort grand; le salon de notre appartement était jadis un pavillon bâti par Henri IV pour la charmante Gabrielle, c’est une antiquité intéressante que nous avons un peu restaurée à la moderne. Malgré la fatigue extrême que me causent mes allées et venues à Paris, nous garderons ce logement pour l’hiver. Outre le site et le bon marché, il offre un autre avantage en nous affranchissant de la servitude des visites; les oisifs y regardent à deux fois avant de venir me relancer et me faire perdre mon temps.

Par-ci par-là mes amis viennent passer une demi-journée à la maison; dernièrement pour l’anniversaire de la naissance de Louis [14 août], nous avons eu une réunion brillante. L’élite de la jeune littérature contre révolutionnaire, c’est-à-dire celle qui a secoué le joug de Victor Hugo, s’y trouvait. Nous avons joué aux barres dans le jardin comme de vrais écoliers. […]

À Humbert Ferrand, 16 décembre (CG no. 453, de Montmartre):

[…] J’ai un opéra reçu à l’Opéra; Duponchel est en bonnes dispositions; le libretto, qui cette fois, sera un poème, est d’Alfred de Vigny et Auguste Barbier. C’est délicieux de vivacité et de coloris. Je ne puis encore travailler à la musique, le métal me manque comme à mon héros (vous savez peut-être déjà que c’est Benvenuto Cellini). […]

À Adèle, 24 décembre (CG no. 454, de Montmartre):

[…] Remercie maman pour l’offre qu’elle m’a faite d’un tonneau de vin. Nous ne sommes pas sûrs de demeurer encore longtemps à Montmartre, et, en tout cas, l’embarras de le mettre en bouteilles, de le garder des voleurs dont nous n’avons pas peu à nous plaindre sous tous les rapports, le déboursé de l’achat des bouteilles et du port, tout cela réduit à peu près à rien l’avantage et l’économie qui résulteraient de cet envoi. Pour les confitures, au contraire, elles seront les bienvenues; Louis les aime énormément. Cet enfant grandit et se fortifie rapidement; il ne parle pas du tout encore. Henriette cependant prétend qu’il dit très distinctement en montrant sa robe « Tante » et je suis chargé de te le dire.
Adieu; j’ai à courir demain tout le jour, j’ai un mal de tête fou, causé par l’odeur du charbon de terre que nous brûlons […]

1836

À sa mère, 4 janvier (CG no. 457, de Montmartre):

[…] Le froid est épouvantable, cette année, mais il a surtout à Montmartre une action terrible. D’ailleurs les maisons de campagne comme celle où nous sommes étant mal disposées pour l’hiver, nous ne savons comment réchauffer les appartements. Malgré cela nous allons assez bien, à part moi qui ne suis pas trop à mon aise depuis quelque temps. Louis grandit et se fortifie, mais ne parle toujours pas. […] Nous vivons bien seuls cet hiver, toutes les invitations que nous recevons étant inutiles, à cause de l’éloignement et de la presqu’impossibilité de venir en voiture sur notre montagne. D’ailleurs toutes ces courses sont dispendieuses et ma pauvre femme par cette raison les évite toujours. Et puis c’est une affaire que de la séparer pour une soirée entière de son fils, et, on peut si peu compter sur les domestiques de Paris! Oh voilà un fléau, les domestiques de Paris! Vous ne pouvez vous faire une idée de leur improbité, de leur paresse et de leur insolence! C’est quelque chose de prodigieux. Henriette prétend que c’est plus fort depuis la révolution de juillet, je crois qu’elle a raison. Vous êtes bien heureux d’avoir Monique! Ajoutez à cela qu’ils sont fort dispendieux, qu’il leur faut du café, etc., etc. Nous avons changé maintes fois, c’est toujours de même; et de guerre lasse, nous gardons ceux que nous avons. […] Si vous pouviez trouver à la Côte quelque brave femme qui put nous convenir, ce serait peut-être le meilleur parti que nous eussions à prendre de la faire venir. […]

À Édouard Rocher, 23 janvier (CG no. 458, de Montmartre):

[…] Nous sommes seuls ici, dans une maison isolée, de l’autre côté de la butte Montmartre; dans l’été nos amis viennent bien nous voir, mais l’hiver les abords sont si rudes qu’on s’abstient volontiers d’encourir l’embourbage. Nous avons une vue superbe sur la plaine St-Denis et un grand jardin où notre garçon court, crie et rit de toutes ses forces. […]

À sa sœur Nanci, 21 février (CG no. 464, de Montmartre):

[…] Je suis très heureux d’avoir la meilleure et la plus aimée femme du monde, mais je souffre beaucoup de toutes les privations que je lui vois subir sans se plaindre, de son isolement et surtout de la perte de son immense talent (son inaction forcée la tue). Il n’y a plus de haut drame en Angleterre, l’art y est mourant. Ici le théâtre anglais est mort et toutes les tentatives seraient inutiles pour le ressusciter. Elle a dans son fils une consolation toujours présente; mais elle ne prend pas assez son parti sur les travaux que je suis forcé de faire à la maison et dehors, et qui m’obligent à la laisser seule. Les domestiques la tourmentent. Elle ne va plus à Paris une fois tous les trois mois; mais nous irons ensemble après-demain, pour la première fois depuis le milieu de décembre, il s’agit de la première représentation de la Saint-Barthélémy [les Huguenots] à l’Opéra et Meyer-Beer ne veut pas qu’elle y manque. D’ailleurs ça la distraira un peu. […]

À Auguste Brizeux, 22 avril (CG no. 469, de Montmartre):

[…] Voulez-vous me faire un grand plaisir? C’est de m’indiquer le jour où vous pourrez venir à Montmartre passer une heure ou deux avec moi et faire la connaissance de Legouvé qui désire fort faire la vôtre. […]

À sa sœur Adèle, 1 juillet (CG no. 474, de Montmartre):

[…] Notre jardin est magnifique, on ne se lasse pas du coup d’œil de cette plaine St-Denis; dernièrement nous sommes allés à pied à St-Ouen et Louis était transporté de joie à la vue de la pièce d’eau. Il n’y a rien de si beau en Dauphiné, à moins de voir la vallée des hauteurs de la frontière de Savoie. […]

Montmartre en images

Sauf indication contraire, toutes les photos modernes reproduites sur cette page ont été prises par Michel Austin en juin 2001 et juin 2008; toutes les autres images ont été reproduites d’après des peintures, photos, gravures, lithographies, reproductions et cartes postales dans notre collection. © Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction réservés.

1. La Butte Montmartre autrefois

La Butte Montmartre en 1820

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Cette carte postale est une reproduction d’une gravure de 1820.

La Butte Montmartre en 1820

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Cette carte postale est une reproduction d’une gravure de 1820.

Le versant nord de la Butte Montmartre en 1840

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Cette carte postale est une reproduction d’une gravure de 1840 qui montre les carrières sur le versant nord.

2. La maison de Berlioz à Montmartre

    La correspondance de Berlioz donne deux adresses pour la maison de Montmartre. D’après les lettres d’avril et de mai 1834 c’est le no. 10 rue Saint-Denis (CG nos. 389, 392, 396, 399); Berlioz et Harriet y séjournent jusqu’à fin septembre ou début octobre 1834 quand ils déménagent au no. 34 rue de Londres (CG nos. 409, 410). En mai 1835 ils retournent à Montmartre où ils restent jusqu’à septembre 1836 quand ils s’installent au no. 35 rue de Londres (CG no. 478-9), mais Berlioz continue à utiliser l’adresse de Montmartre jusqu’à novembre 1836 (CG no. 482). Les lettres de 1835 et 1836 donnent régulièrement l’adresse de Montmartre comme étant le no. 12 rue Saint-Denis (CG nos. 436, 437, 439, 441, 467, 468, 477). Rien dans la correspondance de Berlioz suggère que les nos. 10 et 12 rue Saint-Denis seraient deux maisons différentes (le site est toujours décrit en termes semblables), et le témoignage des images et peintures porte également à croire qu’il s’agit d’une seule et même maison. Il est vraisembable qu’un renumérotage de la rue a eu lieu vers la fin de 1834: une lettre datée avec certitude de septembre 1834 (elle fait allusion au baptême imminent de Louis) porte pour la première fois l’adresse no. 12 rue Saint-Denis (CG no. 408ter, tome VIII).

    Le nom d’origine de la rue, rue Saint-Denis, est changé en 1868 pour devenir l’actuelle rue du Mont-Cenis. La maison de Berlioz continuera d’exister jusque dans les années 1920; elle fera l’objet de plusieurs tentatives au début du XXème pour la préserver et en faire un Musée Berlioz, projets qui n’aboutiront pas mais qui méritent d’être rappelés. En 1908 un groupe de partisans de Berlioz, à leur tête Henri Martin le père de Jacques Barzun, crée la Fondation Berlioz, dont la première action est un pèlerinage à la maison du compositeur à Montmartre le 13 décembre 1908, jour anniversaire de sa naissance, pour y inaugurer une plaque commémorant son séjour sur la butte. Ce pèlerinage devient annuel; pour l’année 1910 on trouvera sur ce site deux récits du pèlerinage de cette année, l’un de Libre Parole du 12 décembre et l’autre du Petit Journal  du 13 décembre, où il est aussi question pour la première fois d’un projet de transformer l’ancienne maison en un Musée Berlioz. Quelques années plus tard, en 1919, le projet est évoqué de nouveau par Jean de Massougnes au nom de son père Georges de Massougnes, partisan de Berlioz de longue date qui venait de mourir: il propose le rachat de la maison par souscription pour en faire un Musée Berlioz. Le projet n’a pas de suite dans l’immédiat, mais en 1922 Mlle Barbier, qui avait déjà racheté la maison de Balzac pour en faire un musée consacré à l’écrivain, achète aussi l’ancienne maison de Berlioz dans la même intention. Le fait est relaté brièvement dans un article de Comœdia du 4 août, et plus longuement dans un article des Annales du 27 août qui évoque le risque d’expropriation par l’État dont Mlle Barbier est menacée, et plaide avec chaleur pour la préservation de cette maison à laquelle tant de souvenirs historiques se rattachent. Peine perdue: la maison est démolie en 1925 pour faire place à un grand immeuble moderne dépourvu de caractère. 

    Le site de la maison de Berlioz est maintenant au no. 22 au carrefour de la rue du Mont-Cenis avec la rue Saint Vincent, et porte une plaque commémorative. Cette plaque date de 1984 et remplace la plaque d’origine inaugurée en 1908. Plusieurs médaillons au 2ème étage de l’immeuble représentent une petite maison de campagne et semblent inspirés par une peinture du XIXème siècle qui représente la maison habitée par Berlioz.

2.1 La maison de Berlioz à Montmartre autrefois

La maison au 10/12, rue Saint-Denis en 1825

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Cette peinture de Sahut représente la maison où Berlioz habitait dans les années 1830 telle qu’elle existait 10 ans plus tôt. L’original se trouve maintenant au Musée Hector-Berlioz à La Côte Saint-André. 

Nous remercions vivement l’Association nationale Hector Berlioz de nous avoir accordé la permission de reproduire cette image tirée du livre de Jean-Pierre Maassakker, Berlioz à Paris, publié par l’Association nationale Hector Berlioz en 1992.

Un dessin par Eugène Delacroix de la maison de Berlioz

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 Nous remercions vivement M. Kirst Hulspas de nous avoir envoyé une image de ce dessin dans sa collection, et de nous avoir accordé la permission de la reproduire sur cette page.

La maison au no. 10/12 rue Saint-Denis, avant sa destruction

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Cette vieille lithographie est de Maurice Tourneur. On aperçoit sur le mur sous la fenêtre la plaque commémorative installée en 1908.

 

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La photo originale ci-dessus date des annés 1920.

La maison au 10/12, rue Saint-Denis vers 1920, avant sa destruction

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La maison de Berlioz par Maurice Utrillo – 1910
(vue de la rue Saint Vincent)

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Ceci est une reproduction d’une des peintures d’Utrillo.

La maison de Berlioz par Maurice Utrillo – 1923

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Nous remercions vivement notre amie Fumie Sakurai de nous avoir envoyé une reproduction de cette peinture.

La maison de Berlioz avant sa destruction  vue du jardin

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La maison de Berlioz avant sa destruction  vue du jardin

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La maison de Berlioz en 1919 – côté du jardin

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Maison de Berlioz en 1919 – le jardin et son puits historique

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C’est dans ce jardin que Berlioz reçoit l’élite artistique et littéraire de Paris, entre autres Chopin, Liszt, Hiller, de Vigny, Janin, Dumas et Deschamps (CG nos. 395, 396, 397).

La maison de Berlioz en 1924 – le jardin

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La maison au 10/12, rue Saint-Denis vers 1920, avant sa destruction

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Une copie de cette photo se trouve au Musée Hector Berlioz à La Côte Saint-André.

Une peinture plus ancienne de la vue ci-dessus 
avant 1920

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Ceci est une reproduction d’une des peintures d’Utrillo, sur une carte postale. Utrillo a représenté la rue avec le mur à gauche encore existant.

Une autre peinture de la vue ci-dessus

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L’original de cette peinture (gouache sur papier fort et crème), non signée, est dans notre collection. Il s’agit d’une imitation du tableau d’Utrillo.

Plaque commémorative de 1908, maintenant remplacée

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Cette plaque fut d’abord installée en 1908 sur le mur de la maison de Berlioz, et plus tard installée de nouveau sur le mur du nouvel immeuble qui le remplaça (on remarquera que la date de 1837 est inexacte et devrait être 1836). Elle sera remplacée par une nouvelle plaque en 1984.
Nous remercions M John Winterbottom de nous avoir envoyé cette photo.

2.2 Le site de la maison de Berlioz à Montmartre de nos jours (2001, 2008)

La plaque au 22, rue du Mont-Cenis – 2001

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Cette plaque date de 1984 et remplace la plaque d’origine de 1908. L’information sur la plaque n’est pas tout à fait exacte: la composition d’Harold en Italie commence en janvier 1834 avant l’installation à Montmartre, et Benvenuto Cellini ne sera achevé qu’en 1838, longtemps après le départ de Montmartre.

La plaque au 22, rue du Mont-Cenis – 2001

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Un des médaillons au 2ème étage de l’immeuble actuel 2001

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Ce médaillon est adapté d’une peinture de Sahut représentant la maison telle qu’elle existait en 1825. (Voyez ci-dessus)

L’angle de la rue du Mont-Cenis et de la rue Saint Vincent – 2001

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Cette vue fait face en diagonale au site de la maison de Berlioz.

La rue Saint Vincent – 2001

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La vue de la rue du Mont-Cenis vers Saint Denis 2001

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La rue Saint Vincent – 2008

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Les nos. 11 et 11bis rue Saint Vincent, qui occupent le site de la maison de Berlioz, sont juste à droite de cette image (voyez la photo suivante).

Les nos 11 et 11bis rue Saint Vincent – 2008

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Le bâtiment est au carrefour de la rue Saint Vincent et de la rue du Mont-Cenis (anciennement rue Saint-Denis); la plaque qui commémore la maison de Berlioz est au coin droit de cette image (voyez l’agrandissement de la photo suivante).

Les nos 11 et 11bis rue Saint Vincent – 2008

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La plaque commémorative est au coin de la rue du Mont-Cenis sur le mur du no. 22.

 La rue du Mont-Cenis (anciennement rue Saint- Denis), vue ascendante – 2008

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Comparez cette photo avec le tableau de Tourneur ci-dessus, qui montre la rue du Mont-Cenis avant la construction de l’escalier. Le no. 22 est le premier immeuble sur la gauche de cette image.

 La rue du Mont-Cenis (anciennement rue Saint- Denis), vue descendante – 2008

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Page Montmartre créé le 26 juin 2001 et augmentée le 1er août 2009, le 1er février 2014, et 1er juillet 2016.

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