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Berlioz et la France

MARSEILLE

Contenu de cette page:

Présentation  
Le voyage de 1845  
Conclusion  
Choix de lettres de Berlioz  
Marseille en images  

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Présentation

    La première visite connue de Berlioz à Marseille date de février 1831: lauréat du Prix de Rome de 1830, il est à ce moment en route pour l’Italie, et à cause de la saison il décide d’éviter la traversée des Alpes en hiver pour faire le voyage par mer à partir de Marseille (Mémoires, chapitre 32). Partant de La Côte-Saint-André il passe par Lyon, où il se trouve brièvement le 9 février (CG nos. 208, 209), puis se rend en diligence de Lyon à Marseille qu’il atteint quatre jours plus tard (CG no. 210). La lettre qu’il écrit à sa sœur Adèle de Marseille le 13 février (CG no. 210) fournit un bref témoignage contemporain de son passage dans cette ville. À cette époque Marseille n’est pour lui qu’une étape de son voyage, et s’il a le temps d’assister au passage à un concert au grand théâtre, pendant plusieurs années après son retour à Paris en 1832 Marseille ne figurera pas encore dans son horizon musical (alors que dès 1833 il envisage de donner un concert à Lyon).

    Son attitude envers Marseille commence à évoluer à la fin des années 1830, et ce changement est sans doute à attribuer à une nouvelle amitié que va jouer un rôle important dans sa carrière. En 1836 le jeune Auguste Morel, âgé alors de moins de trente ans, débarque à Paris en provenance de Marseille sa ville natale avec l’intention d’y poursuivre sa carrière, tout comme Berlioz avait quitté sa province et La Côte-Saint-André pour venir faire ses études à Paris. Musiciens, compositeurs, et critiques tous les deux, Berlioz et Morel sont faits pour s’entendre. On ne sait au juste quand leur première rencontre a eu lieu, mais en tout cas ils sont amis dès 1838 (cf. CG nos. 573bis [tome VIII], 604), et cette amitié durera toute leur vie. L’histoire de leurs relations fait l’objet d’une page séparée consacrée aux amis marseillais de Berlioz. Conséquence immédiate de leur rencontre: Morel présente Berlioz à son cercle de connaissances à Marseille, parmi lesquels on compte en particulier Hippolyte Lecourt, avocat maritime qui est aussi un musicien amateur très actif. Dès avant la fin de l’année 1838 il est question d’inviter Berlioz à Marseille pour y diriger un concert (CG no. 612). Paganini, qui en décembre de cette année a rendu hommage publiquement à Berlioz et lui a fait don de 20,000 francs, séjourne à Marseille à cette époque et est en correspondance avec Berlioz (cf. CG nos. 653, 699); il le presse de venir y donner des concerts, mais Berlioz à ce moment n’est pas en mesure d’accepter l’invitation (CG nos. 632, 635). C’est pour Berlioz un grand chagrin que Paganini ne puisse se rendre à Paris pour entendre les premières exécutions en novembre et décembre 1839 de la symphonie (Roméo et Juliette) composée grâce à sa générosité et qui lui est dédiée (CG no. 666); le grand virtuose mourra l’année suivante à Nice. Entre-temps Lecourt s’emploie à Marseille pour faire connaître Berlioz: il aide à organiser une exécution de l’ouverture du Roi Lear dans les premiers mois de 1840 (CG no. 712), et en décembre 1843 il fait jouer le Chant Sacré que Berlioz a instrumenté en réponse à une demande de Marseille (CG no. 867). Jusqu’ici les voyages de Berlioz l’ont mené en Allemagne (1842-3), et non dans les villes de province en France. Pendant son séjour à Nice en septembre 1844 Berlioz a peut-être envisagé un concert à Marseille, mais le projet n’aura pas de suite (CG III p. 200 n. 2). À son retour à Paris à l’automne de 1844 Berlioz est en rapport avec Buy-Fournier, juge de paix à Châlons-sur-Saône et musicien amateur, concernant une participation éventuelle à un festival dans cette ville (CG nos. 922, 939, 956, 976). Le projet, évoqué à plusieurs reprises jusqu’en 1846 (CG no. 1043), n’aboutira finalement pas. Puis, aux alentours de mai 1845, Berlioz reçoit enfin une proposition ferme du directeur du théâtre de Marseille pour venir y donner deux concerts, et cette fois il accepte (CG no. 966). Coïncidence ou non, un festival en l’honneur de Liszt vient d’avoir lieu à Marseille, et Berlioz y fait écho dans un de ses feuilletons du Journal des Débats (17 mai 1845, p. 2; Critique Musicale VI, p. 82-4 [ci-après CM]).

Le voyage de 1845

    On sait relativement peu sur le séjour de Berlioz à Marseille en 1845, qui en l’occurrence sera sa seule excursion musicale à cette ville. Très peu de lettres ont survécu datant de cette visite (CG nos. 970, 971), et les lettres postérieures ajoutent peu de détails. Il existe cependant un bref document presque contemporain, écrit peu de temps après le passage du compositeur. Quelques années plus tard, en 1848, Berlioz rédigera un récit détaillé de son séjour marseillais, et aussi de ses passages à Lyon en juillet 1845 et Lille en juin 1846. Ces récits adoptent à dessein un ‘ton peu sérieux’, comme Berlioz lui-même le souligne (Mémoires, fin du chapitre 53), comme s’il se refusait à grossir la portée de ces voyages musicaux en France, à l’encontre de la série de lettres écrites et publiées à la suite de ses deux grands voyages en Allemagne et en Europe centrale en 1842-3 et 1845-6, auxquelles il accordera une place de choix dans ses Mémoires posthumes, de même que pour son voyage en Russie en 1847.

    Le projet de voyage à Marseille est mentionné pour la première fois dans une lettre datée du 4 juin (CG no. 966). Deux jours plus tard, quelques jours avant son départ, Berlioz écrit séparément à ses deux sœurs Nanci (CG no. 968) et Adèle (CG no. 969), mais il est frappant de constater que ni à l’une ni à l’autre il ne fait part de son départ imminent pour Marseille, mais par contre il parle d’un voyage à venir à Bordeaux (voyage qui en l’occurrence n’aura pas lieu). Un détour vers La Côte au cours du voyage à Marseille aurait été possible (cf. CG no. 612). Son silence peut s’expliquer en partie par son désir de ne pas encourager l’espoir d’une réunion de famille à laquelle Nanci semble avoir voulu pousser son frère (CG no. 968). Berlioz fera finalement le voyage de Lyon à La Côte en juillet, mais il semble que l’idée de donner un concert à Lyon ne prend forme qu’au cours de son séjour à Marseille en juin; la visite à La Côte serait donc une conséquence du séjour à Lyon. Une autre explication du silence de Berlioz au départ serait peut-être la présence qu’il prévoit de Marie Recio: elle accompagnera Berlioz à Marseille puis à Lyon, comme il ressort de plusieurs allusions dans la correspondance (cf. CG no. 993 pour Marseille, nos. 981, 987, 996 pour Lyon), mais le fait est passé sous silence dans les récits que Berlioz publiera plus tard de ces voyages. Marie Recio se présente désormais ouvertement comme Mme Berlioz, ainsi qu’elle le fera au cours du second voyage en Allemagne en 1845-6.

    Le voyage de Paris à Marseille n’a laissé aucune trace documentaire. La majeure partie du trajet n’a pu être accomplie en chemin de fer: en effet, ce n’est que plus de dix ans plus tard, en 1857, que Paris et Marseille seront complètement reliés par le train. La France à l’époque était de ce point vue en retard sur l’Allemagne (sur ce qui suit on consultera Mathieu-Georges May, L’Histoire du chemin de fer de Paris à Marseille dans la Revue de géographie alpine, XIX no. 2 [1931], p. 473-93). La liaison continue par rail de Paris à Lyon ne sera en place qu’en 1856. Pour se rendre de Paris à Lyon il fallait encore en 1849 presque deux jours et le voyage nécessitait plusieurs changements: départ de Paris à Tonnerre par le chemin de fer (5 heures), puis diligence de nuit jusqu’à Dijon (environ 8 heures), puis train de nouveau de Dijon à Châlons (2 heures), et finalement un bateau à vapeur emmenait les passagers sur la Saône pour atteindre Lyon le soir du second jour (12 heures). Pour aller ensuite de Lyon à Marseille en 1845 il fallait descendre le Rhône jusqu’à Avignon, par bateau ou par diligence, puis prendre la diligence entre Avignon et Marseille: il n’y avait à l’époque aucune ligne de chemin de fer entre Lyon et Marseille. En février 1831 il faut quatre jours à Berlioz pour se rendre de Lyon à Marseille (CG no. 210). En juin 1845 le voyage de Paris à Marseille a dû prendre à Berlioz et Marie Recio presque une semaine en tout, et une partie importante du trajet aura été faite de nuit. On ne sait à quelle adresse ils ont logé à Marseille.

    À Marseille Berlioz donne deux concerts, le 19 et 25 juin, avec sans doute des programmes identiques où sa musique occupe une place importante; ils ont lieu au Grand Théâtre. Les répétitions sont fatigantes, comme il ressort d’une lettre écrite peu après (CG no. 972), mais Berlioz peut au moins compter sur le dévouement de son ami Lecourt. L’orchestre comporte de bons instrumentistes, comme le premier violon Pascal (CG no. 1357) et le hautboïste allemand Wacker que Berlioz recommande sans tarder à Liszt (CG no. 970 [tome VIII]) et à Mendelssohn (CG no. 971); il y a aussi l’excellente basse Alizard que Berlioz a soutenu dès le début de sa carrière (cf. CG nos. 977, 993), et la participation de la Société Trotebas, académie de chanteurs hommes qui jouit depuis des années d’un certain renom à Marseille. Mais le succès des concerts reste sans doute en deça de son attente (cf. CG no. 972): Berlioz estime l’auditoire du premier concert à environ 800, et celui du second a sans doute été moindre (comme il arrivera le mois suivant à Lyon). Le premier récit du concert consiste en une brève annonce dans le Journal des Débats à Paris le 9 juillet 1845 (p. 2). L’entrefilet, non signé, a sans doute été écrit par Berlioz et inséré à sa demande:

M. Berlioz vient de donner deux brillans concerts à Marseille. Le Cinq Mai, supérieurement chanté par Alizard; l’Hymne à la France et l’apothéose de sa Symphonie triomphale ont surtout produit un très grand effet. Après le premier concert, les quatre-vingts choristes de la Société Trotebas, qui avaient exécuté avec un ensemble et une chaleur remarquables les grands chœurs du programme, sont venus donner à M. Berlioz une sérénade qui avait attiré sous ses fenêtres une foule immense.

    Le seul récit complet du voyage à Marseille sera rédigé par Berlioz trois ans plus tard; il porte la date du 14 juillet 1848, et doit donc avoir été écrit au cours du premier séjour de Berlioz à Londres. Il est publié dans la Revue et gazette musicale le 10 septembre de cette année [CM VI p. 399-408], et sera reproduit en 1859 par Berlioz dans les Grotesques de la musique, mais avec quelques coupures. On en lira le texte intégral sur ce site.

    On remarquera que Berlioz ne dit rien du deuxième concert, et au lieu de donner le détail des programmes des concerts il relate longuement les commérages de la foule après le premier concert, d’après ce que lui aurait raconté le cocher d’un fiacre à Marseille… D’où il ressort qu’outre les œuvres mentionnées dans la notice du Journal des Débats le programme comportait également des extraits d’Harold on Italie (2ème mouvement) et de la Symphonie fantastique (3ème mouvement), et sans doute aussi d’autres œuvres.

    Berlioz quitte Marseille le 1er juillet au plus tard: le 2 il est à Avignon en route pour Lyon, avec l’intention d’y donner un concert qu’il a commencé à organiser pendant son séjour à Marseille (CG no. 972).

Conclusion

    Par la suite Berlioz ne reviendra pas à Marseille. Ses expériences de 1845 ont probablement eu pour effet de fortifier sa conviction qu’en France les villes de province ne pouvaient se mesurer musicalement avec Paris; pour Berlioz, ses nombreuses randonnées à l’étranger, en Allemagne, en Europe centrale, en Russie, ou à Londres, ont infiniment plus d’importance et de valeur que les voyages en France en dehors de Paris. Dès 1837 il constate qu’une tentative d’exécution de l’ouverture des Francs-Juges à Marseille s’est soldée par un échec (CG no. 493). Une lettre de 1842 à sa sœur Nanci suppose un jugement négatif sur les capacités musicales de Marseille (CG no. 771). En 1853 Berlioz fait part d’une demande venue de Marseille de monter son opéra Benvenuto Cellini, mais il refuse: Marseille, selon lui, n’en a pas les moyens (CG no.1619; il ne précise pas qui aurait fait la proposition – peut-être Morel lui-même?). Quand son ami Auguste Morel quitte Paris en 1850 pour aller s’installer à Marseille, Berlioz ne peut s’empêcher de dire à Morel et à Lecourt que la place de Morel est vraiment dans la capitale et non en province (CG nos. 1357, 1399, 1496), remarque qu’il a déjà faite dans le cas du chanteur Alizard en 1845 (CG no. 993). Quand en avril 1857 Morel veut faire exécuter le 2ème mouvement de Roméo et Juliette Berlioz met en doute les capacités de l’orchestre de Marseille (CG no. 2225).

    Dans le même ordre d’idées, on constate que Berlioz ne s’est pas pressé pour écrire et publier le récit de ses voyages à Marseille et à Lyon en 1845, et à Lille l’année suivante, alors qu’après son premier voyage en Allemagne en 1842-3 il rédige et publie sans attendre une série de dix lettres qui donnent un récit très circonstancié de ces voyages. De même en août 1845, quelques semaines après ses voyages à Marseille et à Lyon, il ne tarde pas à consigner par écrit les impressions de sa visite à Bonn pour les célébrations en honneur de Beethoven, récit qu’il achève avant même son retour à Paris et publie ensuite sans délai. Mais ce n’est que pendant son séjour à Londres dans la première moitié de 1848, quand il a besoin d’argent et doit publier pour gagner sa vie, qu’il entreprend la rédaction de ses voyages en France.

    S’il ne revient pas à Marseille, Berlioz n’en suit pas moins le fil des activités musicales de la ville grâce à ses amis sur place, et il s’en fait l’écho de temps en temps dans ses feuilletons du Journal des Débats (9 février et 26 juillet 1853; 25 novembre 1854; 24 septembre et 19 décembre 1856; 17 février 1858; 16 février, 2 juin, 20 octobre et 24 novembre 1860). Il écrit des recommendations pour quelques cantatrices en vue qui vont se produire à Marseille (CG nos. 1428 [Mme Charton-Demeur], 2421 [Mme Meillet]). Et surtout il reste en contact régulier avec Marseille grâce à plusieurs amis sur place, dont deux, Hippolyte Lecourt et surtout Auguste Morel, méritent particulièrement qu’on s’attarde à eux; entre autres services ils seront d’un grand secours au fils de Berlioz, Louis, au début de sa carrière dans la marine. Les rapports de Berlioz avec ces amis et d’autres connaissances marseillaises font l’objet d’une page séparée sur ce site.

Choix de lettres de Berlioz

    Un certain nombre de lettres concernant les rapports de Berlioz avec Marseille sont reproduites sur la page Berlioz et Marseille: amis et connaissances. Seules les lettres qui ont directement trait au sujet de cette page sont reproduites ici.

1831

À sa sœur Adèle (CG no. 210; 13 février, de Marseille):

[…] Je suis parti le lendemain de mon arrivée à Lyon. Le bateau à vapeur devant demeurer plus longtemps en route que d’ordinaire à cause de son séjour de nuit à Valence et à Avignon, j’ai préféré prendre les diligences qui nous ont fait languir en route quatre jours.
Je partirai demain soir si le capitaine tient parole, car ils sont fort sujets à caution. Je ne vais que jusqu’à Livourne, de là j’irai à Rome par terre ou par mer facilement. […]
J’ai trouvé ici beaucoup de connaissances du Conservatoire de Paris, on m’a tout de suite donné mes entrées au grand théâtre, sans quoi je n’aurais su que devenir le soir; j’ai été reconnu par quelques musiciens de l’orchestre de mon dernier concert, ma musique avait fait un bruit ici, on m’a fait beaucoup de fêtes, c’est vraiment une rencontre singulière.
Marseille est superbe, sans le tumulte affreux de mes pensées je l’aurais admirée. […]

1837

À Humbert Ferrand (CG no. 493; 11 avril, de Paris):

[…] Les Francs Juges (ouverture) viennent d’être exécutés à Leipzig avec un énorme succès, puis en France, ils ont été aussi heureux, à Lille, à Douai et à Dijon; les artistes de Londres et ceux de Marseille n’ont pu, au contraire, en venir à bout après plusieurs répétitions et les ont abandonnés. […]

1838

À Édouard Rocher à La Côte (CG no. 612; 28 décembre, de Paris):

[…] J’irai peut-être en Allemagne si je suis assez bien rétabli, ou encore à Marseille où l’on voudrait m’avoir pour quinze jours. Ces négociations ne sont pas terminées; si j’allais à Marseille nous nous verrions au passage.

1839

À Hippolyte Lecourt (CG no. 632; 28 février, de Paris):

Donnez-moi des nouvelles de Paganini; je lui ai écrit il y a un mois et je n’ai point de réponse. […] Morel est toujours un excellent ami, je le vois souvent et nous parlons toujours beaucoup de vous. […]
Est-ce vous qui avez fait l’article sur les concerts de Marseille qui a paru dans la Gazette musicale? […]

À sa sœur Adèle (CG no. 635; 1er mars, de Paris):

[…] Paganini vient de m’écrire pour m’engager très vivement à aller à Marseille où il m’a préparé deux concerts. Je suis obligé de lui répondre que je ne partirai pas. Ce serait une insigne extravagance. Tu ne sais rien et ne peux rien savoir des mille difficultés et des dangers de ma position. […]

À Hippolyte Lecourt (CG no. 666; 23 septembre, de Paris):

Je n’ai que le temps de vous écrire dix lignes pour vous remercier de votre complaisance. Vos deux partitions m’ont fait le plus grand plaisir. Veuillez remercier aussi M. de Rémusat pour la peine qu’il a bien voulu prendre de copier cette immense et magnifique ouverture de Beethoven. […]
[…] Si vous étiez ici vous me feriez une fière contrebasse, Morel jouera de l’alto. Mais vous voilà marié et beaucoup moins voyageur sans doute: j’aurai aussi le crève-cœur de ne pas avoir Paganini pour m’encourager par sa présence. S’il est encore à Marseille, allez je vous prie le voir de ma part et lui dire tout ce que [vous] pourrez imaginer de plus affectueux et lui porter mes souhaits les plus ardents pour son prompt rétablissement; j’ai peur de l’ennuyer avec mes lettres. Dites-moi où il se dirigera en quittant Marseille, pour que je puisse dans quelque temps l’informer du sort qu’éprouve mon ouvrage. Je lui enverrai le livret quand il sera imprimé, en attendant que je puisse lui envoyer la partition. Il pourra d’après les paroles se former une idée à peu près juste du plan général de la composition. Vous en recevrez un aussi. […]
Je vous prie en grâce, si vos violons ont peur des la aigus, ne leur faites pas éventrer mon ouverture de Benvenuto: je m’en apercevrais d’ici. Je la donnerai à mon second concert, pour faire un peu voir aux autres comment il faut l’exécuter et ce que ça dit quand on sait le faire parler. […]

1840

À Hippolyte Lecourt (CG no. 712; 19 avril, de Paris):

 Je vous en remercie trente-sept millions de fois, de tout ce que vous avez fait pour cette grande ouverture endiablée! [le Roi Lear] Dites à Messieurs les artistes et amateurs et au chef d’orchestre en particulier combien je suis reconnaissant du soin et de la patience qu’ils ont mis à l’étudier. C’est énormément difficile; et quand vous la redonnerez faites comme moi pour Roméo et Juliette […] [il donne des conseils sur les répétitions partielles] […]. Ce n’est que par ce moyen que la musique actuelle peut être exécutée.
Votre article est brûlant, calcinant, torréfiant! je vous en remercie encore.
Morel vous écrit; M. Double vous écrit; je vous écris; et je vous envoie en bloc toutes ces écritures. […]
Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni! [la cause des vainqueurs plut aux dieux, celle des vaincus à Caton]
C’est là ce que vous pensez ou du moins ce que vous dites. Et je me flatte que vous me dites ce que vous pensez.

1842

À sa sœur Nanci (CG no. 771; 5 juillet, de Paris):

[…] Je me figure parfaitement ce que peut être la musique religieuse que tu as subie dans la cité Phocéenne, qui pourtant a de grandes prétentions au sentiment de l’harmonie. Au reste ton éducation n’était pas faite et tu ne savais pas encore très probablement, que la musique religieuse classique était pour les esprit incultes comme les nôtres, tout ce qu’il y a de plus grossièrement antireligieux. Il y a des centaines de morceaux de grands maîtres qui (même bien exécutés) seraient aussi beaux (ou aussi laids) pour toi et pour moi que la fugue du Monsieur de Marseille. […]

1843

À Hippolyte Lecourt (CG no. 867; 21 novembre, de Paris):

[…] Maintenant voici le Chant Sacré qu’on m’a demandé de Marseille pour un concert que vous donnez à ce qu’il paraît le mois prochain. J’ai instrumenté cela de mon mieux, c’est très facile, il ne vous manquera que les Clarinettes Basses, mais elles sont ad libitum, veillez seulement à ce que le cor en ut ne me fasse pas de si b là où j’ai mis des si bécarre bouchés et à ce que le coup de grosse caisse de la fin ne soit pas donné fort mais bien à un tiers de force, un peu plus sonore que le piano précédent.
Il faudra, si vous avez 150 voix comme on me l’annonce mettre
    25 premiers Soprani 25 seconds
    25 premiers Ténors 25 seconds
    25 premières basses 25 seconds
et doubler, si l’on peut, les flûtes, hautbois, clarinettes et bassons.
Adieu, excusez-moi auprès de la personne qui m’a fait l’honneur de m’écrire pour me demander d’orchestrer ce morceau, je ne puis lui répondre, j’ai perdu sa lettre et je ne me souviens pas de son nom.
Mille et mille amitiés
Donnez-moi des nouvelles du morceau quand on l’aura exécuté et renvoyez moi ma partition le plus tôt possible après en avoir pris toutefois une copie. […]
Recommandez aussi aux deux timbaliers de ne pas se servir de baguettes de bois, qui produiraient ici un désastreux effet mais bien de baguettes à tête d’éponge; ils doivent en avoir.

1845

À P.-J. Hetzel (CG no. 966; 4 juin, de Paris):

Excusez-moi de vous [faire] attendre encore un peu ce maudit Conservatoire. Une proposition assez avantageuse que je reçois du directeur du théâtre de Marseille m’oblige à faire un voyage de quelques semaines. Pendant ce temps les répétitions et préparatifs de mes concerts me laisseront très peu de liberté, je ne pourrai donc m’occuper qu’à mon retour de ce petit travail, pour lequel du reste j’ai rassemblé déjà quelques notes. […]

À sa sœur Nanci (CG no. 968; 6 juin, de Paris):

[…] Tu me fais mal en parlant d’une réunion de famille et en admettant la possibilité que j’en sois peu désireux. Je n’ai point de liberté, point de loisir, point d’aisance, je suis toujours sur la brèche. Je m’attriste profondément avec toi de l’isolement de notre père, heureusement cet isolement lui plaît, et nous le plaignons à tort. Je crois même qu’il le préfère aux relations sociales que chacun recherche. Il y a beaucoup d’ennui, de dédain et de découragement dans son fait. […]
Je vais faire ces jours-ci un petit voyage à Bordeaux où j’ai l’espérance de monter quelques concerts fructueux. Je t’écrirai à mon retour. […]

À Felix Mendelssohn à Leipzig (CG no. 971; 29 juin, de Marseille):

[…] M. Wacker joue le hautbois et le cor anglais d’une belle manière, il est en outre excellent musicien; allemand d’ailleurs, et il désire rentrer dans son pays. J’ai apprécié tout récemment sa valeur musicale à mes concerts de Marseille. […]

Marseille en images

Sauf indication contraire toutes les images sur cette page ont été saisies à partir de gravures, cartes postales et autres publications dans notre collection. © Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction réservés.

1. Vues générales de Marseille autrefois

La ville et le vieux port en 1833

(Image plus grande)

Marseille en 1848

(Image plus grande)

La gravure ci-dessus montre l’Abbaye de Saint-Victor et le Bassin de carénage.

La ville et le vieux port en 1860

(Image plus grande)

La ville dans les années 1880

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Le vieux port: vue prise du phare

(Image plus grande)

La ville: rue de la République

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2. Le Grand Théâtre
(maintenant l’Opéra municipal de Marseille)

Construit avant la Révolution, le Grand Théâtre d’origine que Berlioz a connu est inauguré le 31 octobre 1787. Au début du 19ème siècle, on y joue de nombreux ballets et opéras, avec en particulier des œuvres de Halévy et de Meyerbeer; on y accueille aussi le jeune Liszt, enfant prodige. À l’époque le Grand Théâtre (connu aussi sous le nom d’Opéra de Marseille) fait de Marseille la deuxième ville de France après Bordeaux à avoir son propre théâtre lyrique.

Le bâtiment est gravement endommagé par un incendie en 1919, et seuls les colonnes du péristyle aux effets imposants et les murs maîtres survécurent. Reconstruit presque complètement, l’Opéra de Marseille est inauguré en 1924 avec l’opéra d’Ernest Reyer, Sigurd. Après la 2ème guerre mondiale il est rebaptisé Opéra municipal de Marseille.

Le Grand Théâtre vers la fin du 19e siècle

(Image plus grande)

L’Opéra municipal de Marseille au milieu du 20e siècle

(Image plus grande)

Voir aussi:

Berlioz et Marseille: amis et connaissances  
Auguste Morel: documents sur sa carrière

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Page Berlioz et Marseille créée le 11 décembre 2010.

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