Lille

Chronologie

1838 (25 juin) – exécution du "Lacrymosa" du Requiem sous la direction de Habeneck

1846 (juin) – visite d’une semaine, pendant laquelle Berlioz dirige la première exécution de sa nouvelle cantate Le Chant des chemins de fer et l’"Apothéose" de sa Symphonie funèbre et triomphale

1851 (30 juin) – exécution du "Lacrymosa" du Requiem sous la direction de Girard

Cette page est disponible aussi en anglais.

1838

    Parmi les villes de France visitées par Berlioz, Paris excepté, Lille fit sur lui la meilleure impression: "Lille est la ville la plus musicale de France," dit-il.

    Ses premiers rapports avec Lille remontent à une exécution du "Lacrymosa" de son Requiem, dirigé par Habeneck le 25 juin 1838, qui lui fit part de son succès après coup. Mais Berlioz n’avait pas été invité à assister au concert. Il raconte l’évènement en ces termes dans ses Mémoires (chapitre 47):

[En 1838] la ville de Lille ayant organisé son premier festival, Habeneck fut engagé pour en diriger la partie musicale [concert du 25 juin 1838]. Par un de ces caprices bienveillants, qui étaient assez fréquents chez lui, malgré tout, et peut-être pour me faire oublier, s’il était possible, sa fameuse prise de tabac, il eut l’idée de proposer au comité du festival, entre autres fragments pour le concert, le Lacrymosa de mon Requiem. On avait placé également dans ce programme le Credo d’une messe solennelle de Cherubini. Habeneck fit répéter mon morceau avec un soin extraordinaire et l’exécution, à ce qu’il paraît, ne laissa rien à désirer. L’effet aussi en fut, dit-on, très grand, et le Lacrymosa, malgré ses énormes dimensions, fut redemandé à grands cris par le public. Il y eut des auditeurs impressionnés jusqu’aux larmes. Le comité lillois ne m’ayant pas fait l’honneur de m’inviter, j’étais resté à Paris. Mais après le concert, Habeneck, plein de joie d’avoir obtenu un si beau résultat avec une œuvre si difficile, m’écrivit une courte lettre ainsi conçue ou à peu près:

Mon cher Berlioz,

Je ne puis résister au plaisir de vous annoncer que votre Lacrymosa parfaitement exécuté a produit un effet immense.

Tout à vous,

HABENECK
Lille

La lettre fut publiée à Paris par la Gazette musicale [voyez Correspondance générale no. 556]. A son retour Habeneck alla voir Cherubini et l’assurer que son Credo avait été très bien rendu. "Oui! répliqua Cherubini d’un ton sec, mais vous né m’avez pas écrit à moi!" [En note: Je lui avais bien dit qu’il saurait mon nom quelque jour] […]

1846

    En 1846 Berlioz est en visite officielle à Lille pour y diriger sa nouvelle cantate Le Chant des chemins de fer. Il y passe une semaine et dirige aussi l’"Apothéose" de sa Symphonie funèbre et triomphale.

    La cantate de Berlioz Le Chant des chemins de fer résulte d’une commande de juin 1846 par la ville de Lille à l’occasion de l’inauguration du chemin de fer Paris-Lille. Jules Janin, ami intime et collègue de Berlioz au Journal des Débats, était chargé de fournir le texte (le texte intégral de la cantate est disponible ailleurs sur ce site). Berlioz à l’époque travaillait à sa légende dramatique La Damnation de Faust, qu’il dut interrompre pour écrire la cantate. Dans une lettre à August Wilhelm Ambros datée du 8 juin 1849, Berlioz écrit (Correspondance générale no. 1044):

Je suis très occupé de Faust, cependant je viens d’être forcé de m’interrompre pour écrire plusieurs feuilletons et une cantate que je vais diriger à Lille à la fête de l’inauguration du chemin de fer du Nord.

   Berlioz écrivit la cantate en trois nuits et une semaine plus tard, le 14 juin, il dirigea la première exécution à l’Hôtel de Ville de Lille, qui occupait alors l’ancien Palais Rihour. Il décrit en ces termes la soirée à sa sœur Nanci dans une lettre du 29 juin (Correspondance générale no. 1045; cf. 1044bis [tome VIII], à Robert Griepenkerl):

Je viens encore de courir un peu pour m’entretenir les jambes. D’abord j’ai été pendant huit jours habitant de Lille, et l’un des plus occupés, et certainement le plus sérénadé, car j’ai dû essuyer quatres sérénades dont trois instrumentales et une vocale. Les habitants de la grande place sur laquelle j’étais logé ont dû trouver mon voisinage tant soit peu importun. En somme l’apothéose [le final de la Symphonie funèbre et triomphale] a bien marché, et les 250 musiciens militaires ont fait crânement leur devoir; la cantate a été chantée avec une verve peu commune et des voix fraîches que nous ne pouvons pas trouver à Paris pour nos chœurs. Mais pendant que je causais dans le salon voisin avec les Ducs de Nemours et de Montpensier qui m’avaient fait appeler on m’a volé mon chapeau, d’abord, puis toute la musique de la cantate, partie d’orchestre, des chœurs et une partition. De sorte que voilà un ouvrage perdu car je ne me sens pas le courage de recommencer. C’est tout ce que m’a rapporté cette étourdissante fête dont le patron était M. Rothschild et pour laquelle on est venu me chercher à Paris, et pour laquelle j’ai dû passer trois nuits à composer la cantate.

Cependant hier M. le Maire de Lille m’a envoyé au nom de sa ville une très belle médaille d’or portant pour suscription: Inauguration du chemin de fer du Nord, la ville de Lille à M. Berlioz. ...

   Plus tard, dans un article de la Revue et Gazette Musicale du 19 novembre 1848 Berlioz raconte l’histoire de la commande de la cantate; il donne aussi un récit détaillé des évènements concernant le concert du 14 juin dans ses Grotesques de la Musique (publiées pour la première fois en 1859).

   La partition fut en fait retrouvée quelques années plus tard, on ne sait exactement dans quelles circonstances. Berlioz publia en 1850 une version avec accompagnement de piano (dûe à son ami Stephen Heller), mais la grande partition ne parut pas du vivant du compositeur (elle est disponible maintenant dans la New Berlioz Edition, tome 12b).

 

1851

    En 1851 le comité organisateur du Festival du Nord projette d’inviter Berlioz à diriger deux de ses œuvres dans le cadre du festival en juin, d’après ce que Berlioz écrit à sa sœur Adèle dans une lettre du 17 mars (Correspondance générale no. 1392). Mais arrivée la date du concert prévu Berlioz se trouve maintenant en mission en Angleterre comme membre de la commission chargée de représenter les intérêts des exposants français d’instruments de musique à la célèbre exposition universelle de Londres de 1851. Dans une lettre de Londres datée du 1er juin 1851 à son fils Louis il évoque une invitation qu’il vient de recevoir du comité de Lille pour venir y entendre une exécution du Lacrymosa du Requiem (Correspondance générale no. 1415); en fait il ne peut s’y rendre. En l’occurrence le Lacrymosa est exécuté le 30 juin sous la direction de Girard et soulève d’immenses acclamations.

 

Sauf indication contraire, toutes les images ci-dessous ont été reproduites d’après des gravures et cartes postales dans notre collection datant du 19ème ou du début du 20ème siècle. © Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction reservés.

La première page du manuscrit de la cantate
Le Chant des chemins de fer

(Image plein écran)

Le manuscript de la cantate se trouve à la Bibliothèque nationale de France, Paris.

 Lille – La gare au début du XXème siècle

(Image plein écran)

Cette vieille carte postale vient de notre collection.

Palais du Rihour en 1834

(Image plein écran)

Cette gravure vient de notre collection.

À l’époque de la visite de Berlioz à Lille, l’Hôtel de Ville occupait l’ancien Palais Rihour, situé sur l’actuelle Place Rihour (voyez ci-dessous). Commencé en 1453 par Philippe le Bon, Duc de Bourgogne, le Palais Rihour fut achevé par son fils Charles le Téméraire. Il consistait en quatre ailes disposées autour d’une cour centrale, avec dans un des angles une chapelle munie d’un escalier menant vers l’extérieur. Acheté par le maire en 1664 le palais fit à partir de cette date office d’Hôtel de Ville. C’est dans ce bâtiment qu’eut lieu la première exécution de la cantate de Berlioz en 1846 – la seule du vivant du compositeur. Un an plus tard on entreprit la reconstruction des quatres ailes dans un style néo-classique, d’après des plans de Charles-César Benvignat. La reconstruction fut achevée en 1859. L’annexe avec la chapelle ne fut pas modernisée. En 1916 l’ensemble fut détruit par un incendie, et remplacé par l’actuelle Place Rihour. Un nouvel Hôtel de Ville fut construit sur un autre emplacement. La chapelle avec son escalier échappa cependant à l’incendie et sont tout ce qu’il reste du bâtiment connu de Berlioz.

Nous remercions bien vivement notre ami Pepijn van Doesburg de nous avoir fourni les précisions sur l’histoire de l’Hôtel de Ville de Lille ainsi que ses photos originales du bâtiment qui subsiste.

Restes du Palais Rihour

(Image plein écran)

Restes du Palais Rihour

(Image plein écran)

Sur cette photo on peut voir à droite un pan de voûte qui subsiste de l’Hôtel de Ville néo-classique de 1847-1859.

Place Rihour

(Image plein écran)

Voir aussi sur ce site: 

Biographie de Berlioz

Chant social et chemins de l’utopie

Discographie de Berlioz

Livrets de Berlioz

Berlioz : liste de ses œuvres musicales

On peut télécharger un enregistrement de cette cantate à cette adresse: Le chant des chemins de fer (en version MP3)

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