![]()
Berlioz à Londres
Le Palais de Cristal – Exposition de 1851
En avril 1851 Berlioz fut nommé par le Ministre de l’Agriculture et du Commerce pour représenter la France sur la commission internationale chargée d’examiner les instruments de musique à la célèbre Exposition Universelle à Londres. Il y séjourna de mai à la fin de juillet.
La salle d’exposition, établie à Hyde Park, reçut du journal satirique Punch le sobriquet Le Palais de Cristal (Crystal Palace) à cause de l’énorme quantité de verre utilisée dans sa construction. Depuis ce temps la salle a toujours été connue sous le nom du Palais de Cristal.
La tâche du jury était onéreuse et leur emploi du temps quotidien assez chargé. Ses membres devaient écouter des centaines d’instruments de musique de toutes sortes, exposés par de nombreux pays du monde entier, de l’orient à l’occident. Le jury avait pour mission de décerner des prix aux meilleurs dans chaque catégorie. En juin Berlioz écrit à sa sœur Adèle (Correspondance générale no. 1417, ci-après CG tout court):
Il y a des jours où le découragement me prend et où je suis sur le point de retourner à Paris. On n’a pas d’idée d’une aussi abominable corvée que celle dont je suis spécialement chargé. Il me faut entendre les instruments à vent en bois et en cuivre. La tête me part à écouter ces centaines de vilaines machines, plus fausses les unes que les autres, à trois ou quatre exceptions près.
A part cette corvée, le séjour à Londres fut très agréable. Berlioz fut invité par nombre de personnalités de la haute société – le Maire de Londres, le Maire de Birmingham, des directeurs de théâtres, musiciens, organisateurs de concerts et autres. Il passait parfois les dimanches à la campagne pour se distraire.
L’Exposition l’impressiona particulièrement, come il le raconte dans une lettre à son fils Louis (CG no. 1415, 1er juin):
Cette exposition universelle, ce concours de toutes les nations, et surtout cet immense Palais de Cristal où tout est exposé, sont des merveilles dont je n’essaierai pas de te donner une idée.
La 21ème des Soirées de l’orchestre est entièrement consacrée à ses expériences à Londres pendant son séjour de 1851. Il a très peu à dire de son rôle comme juge d’instruments à musique, mais s’attache aux aspects plus pittoresques, tels la Grande Exposition elle-même, la vie musicale de Londres, and la musique exotique (chinoise en particulier) des quatre coins du monde qu’on pouvait entendre à l’Exposition. Mais le clou de son récit est l’impression extraordinaire faite sur lui par un concert annuel (Anniversary Meeting) des Charity Children qu’il entendit un soir à la cathédrale de St Paul, chanté par un chœur de 6500 enfants. De retour chez lui après le concert il était tellement bouleversé qu’il ne pouvait pas dormir; il décida de se lever et aller à pied au Palais de Cristal des très bonne heure (voyez aussi 27 Queen Anne Street). Le Palais était toujours fermé aux visiteurs, mais, poursuit-il:
La Garde qui veille aux barrières de ce Louvre, accoutumée de me voir à toutes sortes d’heures indues, me laissa passer, et j’entrai. C’était encore un spectacle d’une grandeur originale que celui de l’intérieur désert du palais de l’Exposition à sept heures du matin; cette vaste solitude, ce silence, ces douces lueurs tombant du faîte transparent, tous ces jets d’eaux taris, ces orgues muettes, ces arbres immobiles, et cet étalage harmonieux des riches produits apportés là de tous coins du monde par ces peuples rivaux. Ces ingénieux travaux fils de la paix, ces instruments de destruction qui rappellent la guerre, toutes ces causes de mouvement et de bruit semblaient alors converser mystérieusement entre elles, en l’absence de l’homme, dans cette langue inconnue qu’on entend avec l’oreille de l’esprit. ...
Pendant qu’il se promenait plongé dans la contemplation de la salle, Berlioz entendit soudain quelque chose:
un bruit assez semblable au bruit de la pluie se répandit sous les vastes galeries: c’étaient les jets d’eau et les fontaines auxquels leurs gardiens venaient de donner la volée. Les châteaux de cristal, les rochers factices, vibraient sous le ruissellement de leurs perles liquides; les policemen, ces bons gendarmes sans armes, que chacun respecte avec tant de raison, se rendaient à leur poste...
Le Palais se préparait à recevoir les visiteurs du jour:
Le silence m’avait tenu éveillé, ces rumeurs m’assoupirent; le besoin de sommeil devenait irrésistible; je vins m’asseoir devant le grand piano d’Erard, cette merveille musicale de l’Exposition; je m’accoudai sur son riche couvercle, et j’allais m’endormir, quand Thalberg me frappant sur l’épaule: ‘Eh! confrère! le jury se rassemble. Allons! de l’ardeur! nous avons aujourd’hui trente-deux tabatières à musique, vingt-quatre accordéons et treize bombardons à examiner’.
De retour à Paris Berlioz fut invité à assister à la Fête de Paris, que Berlioz nomme dans une de ses lettres "les fêtes anglo-parisiennes". Cette fête durait une semaine et commençait le 1er août. Le Comité de Direction de l’Exposition, le ‘Lord Mayor’ (Maire) et les ‘Aldermen’ (échevins) de la Cité de Londres, avaient tous été invités par Louis Napoléon et la Ville de Paris. D’après John Davis, la fête comprenait un banquet à l’Hôtel de Ville, une réception offerte par Napoléon à St Cloud, une fête à l’ambassade britannique, une revue au Champ de Mars, et une représentation au Théâtre Français qui comprenait un ballet appelé Le Palais de Cristal (The Great Exhibition, pages 168-9).
Berlioz rédigea par la suite le rapport du Jury sur les instruments à musique, qui fut publié à Paris en 1854 et de nouveau en 1855. Vous trouverez le texte intégral de ce rapport sur ce site dans l’original et dans une traduction anglaise.
Pendant son séjour à Londres Berlioz envisagea la possibilité de monter un Festival de Musique au Palais de Cristal, où il dirigerait plusieurs œuvres y compris son Te Deum, composé en 1848-9 mais pas encore exécuté. Mais le projet n’eut pas de suite.
Pendant sa visite de 1855 Berlioz assista à un concert donné au Palais de Cristal. Ganz cite une lettre de Marie Recio, la seconde femme de Berlioz, dans laquelle elle dit son admiration pour le Palais (Berlioz in London, p. 202; le texte français se trouve dans la CG tome V, p. 123 n.1). A cette date le Palais de Cristal avait été déplacé à Sydenham (voyez ci-dessous), et une grande salle de concert avait été construite dans le transept central du bâtiment. La salle contenait un public tellement vaste que le droit d’entrée pouvait être fixé à un prix très modeste.
On peut mesurer la célébrité de Berlioz à Londres à ce détail intéressant: l’un de ses correspondants (son nom n’est pas connu) lui ayant écrit avec sur l’enveloppe la seule mention ‘à Monsieur Berlioz à Londres’, la lettre parvint néanmoins à son destinataire! Dans sa lettre du 11 juin 1851 Berlioz écrit à cet ami (CG no. 1418):
Je réponds courrier par courrier; ne m’accusez pas de négligence; votre lettre ne portant pour suscription que ces mots: à M. Berlioz à Londres, a couru beacoup avant de me trouver; de là le retard.
Le Palais de Cristal
Cette gravure date du 19ème siècle.
Le Palais de Cristal
Cette gravure datant du 19ème siècle vient de notre
collection.
Le Palais de Cristal
Cette gravure vient de notre
collection.
Le Palais de Cristal
Cette image montre le couvercle d’un pot de pâté daté 1851 et
représentant le Palais de Cristal.
L’original se trouve au Fitzwilliam Museum, Cambridge, Angleterre.
Une des entrées à la salle principale

L’original de cette gravure se trouve au Guildhall Library,
City of London / The Bridgeman Art Library.

Cette gravure de l’entrée de la salle principale est
reproduite avec la permission du Dr John Davis à partir de la page x de son
livre The Great Exhibition.
Une fontaine de verre dans la salle principale

Une copie de cette gravure se trouve à la Bibliothèque nationale de France.
Une galerie de l’exposition – objets domestiques

L’original de cette gravure se trouve au BBC Hulton Picture
Library.
Page de titre d’un album de musique
commémorant l’Exposition

L’original de cette gravure se trouve au BBC Hulton Picture Library.
La salle des concerts au Palais de Cristal

Cette gravure représentant le Festival
Haendel fut publiée dans l’Illustrated London News en 1859.
La salle des concerts au Palais de Cristal

Cette photo représente un grand "Festival Concert",
sans doute l’un des "Handel Triennial Fests", donné dans la salle
des concerts sous la direction de Frederic Hymen Cowen; elle fut publiée dans
le Musica
(Tome III, 1905; Publications Pierre Lafitte, Paris). Nous remercions très
vivement notre ami Gene Halaburt de nous avoir envoyé cette photo.
Le Palais de Cristal à Sydenham en 1905
Cette vieille carte postale vient de notre collection.
![]()
© 2002-2007 Michel Austin et Monir Tayeb pour toutes photos, gravures et informations sur toutes les pages Berlioz à Londres.