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Salle Herz

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Présentation

    La Salle des Concerts Herz, ou Salle Herz tout court, ne compte sans doute pas parmi les plus importantes salles de concert de Paris au 19ème siècle, mais elle joue tout de même un rôle non négligeable dans la carrière musicale de Berlioz à Paris. La salle prend son nom de son fondateur, le pianiste Heinrich Herz (1803-1888), musicien de talent qui jouit d’une longue et brillante carrière à Paris et à l’étranger (voir la notice nécrologique ci-dessous). Né à Vienne en 1803, et donc contemporain exact de Berlioz, Herz fait ses premières études dans son pays natal, puis s’établit bientôt en France où il devient citoyen français; il change son prénom de Heinrich à Henri, et Paris devient désormais le centre de sa carrière (on comparera la cas analogue de Charles Hallé avant 1848). Herz poursuit ses études au Conservatoire où il entre en 1816, reçoit un premier prix de piano en 1818, et devient par la suite professeur de piano au Conservatoire de 1842 à 1874. De concert avec son frère Jacques il fonde aussi à Paris l’École spéciale de piano. Parmi ses nombreux élèves on compte des pianistes dont certains seront liés plus tard à Berlioz, entre autres Louise Massart et Marie Jaëll. L’un des pianistes les plus recherchés de son temps, Herz compose aussi beaucoup pour le piano. Il s’intéresse également à la facture de pianos et fonde sa propre fabrique; il expose ses instruments aux Expositions à Paris en 1844 et 1855, et remporte une médaille d’honneur à cette dernière.

    On ne sait exactement de quand date la première rencontre entre Herz et Berlioz, mais dans le monde parisien de l’époque les musiciens ne tardent pas à se connaître. Quoi qu’il en soit, le nom de Herz comme pianiste apparaît pour la première fois dans un feuilleton de Berlioz de la fin de 1840 (Journal des Débats, 23/12/1840, p. 2; Critique Musicale IV p. 409: ‘[son] talent est célèbre à juste titre’). Par la suite Berlioz a très souvent l’occasion d’évoquer les nombreux concerts donnés par Herz à Paris (voir par exemple Journal des Débats 27/1/1852; 17/3/1853; 26/1/1855), et il relate aussi ses tournées à l’étranger (Journal des Débats 27/8/1850 sur son voyage aux États-Unis et au Mexique, et 30/9/1851 sur son retour). Il cite aussi Herz comme facteur de pianos à propos de sa participation aux expositions de 1844 et 1855 (Journal des Débats 23/6/1844; 12/1 et 15/1/1856). Chaque fois que Berlioz parle de Herz, que ce soit du pianiste, du professeur, du compositeur, ou du facteur d’instruments, le ton est toujours amical et élogieux, et parfois même emprunt d’humour, comme dans ses relations des voyages de Herz outre-Atlantique ou ses remarques sur le succès de Herz auprès des jeunes demoiselles (Journal des Débats 19/11/1862). Herz était évidemment d’un abord facile et le succès mondain lui venait facilement. Il reste très peu de sa correspondance avec Berlioz, ce qui n’a rien de surprenant. Ils ne sont jamais devenus amis intimes et, domiciliés tous deux à Paris, ils avaient de nombreuses occasions de se rencontrer. Quelques allusions dans la correspondance de Berlioz laissent entendre qu’ils ont continué à se voir de temps en temps jusque dans les dernières années de Berlioz (cf. CG nos. 2763 en 1863, 3303 en 1867). Dans une lettre à Berlioz Herz lui rappelle sa promesse de parler d’un concert donné par lui (CG no. 2544, 17 mars 1861), et Berlioz s’acquitte dans un feuilleton le mois suivant (Journal des Débats 7/4/1861). À l’occasion de la mort du fils de Berlioz Mme Herz lui écrit une lettre de condoléances sincère au nom de son mari et d’elle-même (CG no. 3257, 2 juillet 1867).

    Le nom de Herz est aussi associé à une salle de concert qu’il ouvre au public le 12 décembre 1838, sans doute dans l’intention de se munir d’une salle adaptée à ses propres concerts, mais aussi dans l’idée que la salle pourrait attirer des musiciens à Paris désireux d’organiser des concerts de moindre ampleur. L’annonce précise de l’inauguration est publiée dans l’hebdomadaire Le Ménestrel (9/12/1838, p. 3):

M. Henri Herz donnera mercredi soir [12 décembre] un grand Concert d’inauguration, dans la nouvelle salle qu’il vient de faire construire chez lui. Outre plusieurs morceaux nouveaux de M. H. Herz, on entendra MM. Lafont, J. Herz [frère du pianiste] et Mlle Bertuccat. La partie vocale sera remplie par Mmes Perugini, Placci, Drouart, Laty, MM. Masset, Perugini et Ruggiero. S’adresser, pour les billets, chez M. H. Herz, 38, rue de la Victoire, et chez les marchands de musique.

    On remarquera l’adresse indiquée au 38 rue de la Victoire, ce qui s’accorde avec une lettre de Berlioz de 1844 concernant l’utilisation de la salle pour un concert où figure la première exécution de l’ouverture du Carnaval romain (CG no. 879, 18 janvier). La rue a manifestement fait l’objet d’un renumérotage par la suite, puisque l’adresse de la Salle Herz est donnée plus tard comme étant le 48 rue de la Victoire (voir ci-dessous l’affiche de la première de l’Enfance du Christ en 1854). Après la première annonce Le Ménestrel donne la semaine suivante un bref compte-rendu du concert d’inauguration (16/12/1838, p. 3):

C’est mercredi dernier que M. Henri Herz a inauguré sa belle salle de concerts, rue de la Victoire. Tous les assistants ont admiré la riche décoration du local et la distribution commode des places. MM. Herz, Lafont et Mlle Bertuccat ont remporté les honneurs de cette soirée. Le programme de la partie vocale était moins remarquable ; cependant Mlle Drouart et Mme Laty se sont fait applaudir avec justice. Si M. Henri Herz n’élève pas trop haut sa location, nous garantissons à cette charmante salle une fructueuse clientèle musicale.

    Effectivement le succès de la salle ne se fait pas attendre. Berlioz y mentionne un concert pour la première fois dans un feuilleton de 1839 (Journal des Débats 22/3/1839, p. 2; Critique Musicale IV p. 46), et l’on retrouve de nombreuses annonces du même genre par la suite tout au long de sa carrière de critique musical jusqu’en 1863 (voir par exemple Journal des Débats 16/4/1845). Mais la salle a ses défauts, comme Berlioz l’explique longuement dans un feuilleton de 1847 (Journal des Débats 14/2/1847, p. 1; Critique Musicale VI p. 290):

La dimension des salles de concerts est en général proportionnée à l’amour que l’on suppose au public pour la musique, et leur disposition intérieure est en rapport avec le genre de musique qui doit y être exécutée. Aussi n’avons-nous point de grande salle de concerts à Paris. On a des salles de banquets, des salles de bals, des salles pour le tirage de la conscription, etc., mais nous n’avons pas une seule salle de concerts digne de ce nom, que l’on puisse louer quand on en a besoin. De là l’impossibilité de faire exécuter certaines compositions, si les théâtres ne veulent ou ne peuvent se transformer en salle de concerts, surtout pendant la saison d’hiver, où le privilége exclusif de la salle du garde-meuble de la Couronne, salle déjà très petite, est accordé à la Société du Conservatoire. Il y a quelques années M. Herz en fit bâtir une excellente pour les concerts de demi-caractère, c’est-à-dire pour ceux où l’on doit entendre des virtuoses et des chanteurs accompagnés par le piano ou par un petit orchestre. Mais outre que la scène en est mal disposée pour recevoir même un groupe de quarante musiciens, on est dans l’impossibilité d’y placer le grand orchestre moderne ; à plus forte raison ne faut-il pas songer à y introduire un véritable chœur. La ville de Paris étant trop peu musicale pour subvenir aux frais de construction d’un local convenable et digne, on devrait donc s’estimer heureux d’avoir celui de M. Herz, si des expériences multipliées n’eussent prouvé que cette salle, trop petite pour les grands concerts, était en même temps trop vaste pour le petit public que les demi-concerts y attirent. Elle contient huit cents personnes…. Comment réunir maintenant, excepté pour les concerts gratuits, huit cents auditenrs autour d’un violoniste, d’un pianiste ou d’un chanteur ?… C’est ce que M. Sax a bien compris en faisant construire sa nouvelle salle. Elle est de moitié moins grande que celle de M. Herz ; on n’y peut placer, bien entendu, qu’un embryon d’orchestre, mais au moins il n’y a que quatre cents places pour le public, ce qui donne la chance de la voir quelquefois pleine quand un virtuose d’un talent extraordinaire et très célèbre s’y fera entendre. Elle est d’une bonne sonorité, bien décorée, d’un abord facile, placée dans le meilleur quartier de Paris, et d’un prix de location fort modique.

    Adolphe Sax est le célèbre facteur d’instruments que Berlioz a appuyé tout au long de sa carrière. Sa salle de concert est sise au no. 10 rue Neuve-Saint-Georges, siège aussi de sa fabrique. Le chiffre donné par Berlioz pour la capacité de la Salle Herz (800) est trop élevé: Berlioz l’a manifestement arrondi pour faire contraste avec la Salle Sax, plus petite. Dans une lettre au violoniste Prosper Sainton au sujet d’un concert que Sainton se propose de donner à Paris avec sa fiancée Charlotte Dolby, Berlioz donne, d’après sa propre expérience, une estimation des frais de location de la Salle Herz en vue d’un concert, et donne le chiffre de 600 pour la capacité de la salle (CG no. 2081, 16 janvier 1856, cf. 2082). Le chiffre exact est 668 (selon Critique Musicale VI p. 290 n. 12). Dans d’autres lettres il fait part de ses réserves quant aux contraintes imposées par les dimensions modestes de la salle, tant sur le plan des effectifs qu’on peut y déployer que sur celui du nombre d’auditeurs. Dans une lettre à Liszt on lit: ‘Je donne un concert ici le 25 janvier [1856] chez Herz; sa salle est la seule dont je puisse obtenir la disposition. Quand on y emploie le chœur il est presque impossible d’y employer en même temps un orchestre complet. Je m’en tire avec l’Enfance du Christ, parce que dans cette partition il n’y a que deux cors, et pas de trompettes, ni de cornets, ni de 3ème et 4ème Bassons, ni d’ophicléides, ni d’instr. à percussion’ (CG no. 2074, 31 décembre 1855; de modestes parties de cornets et de trombones seront ajoutées à la partition par la suite). Dans une lettre à Auguste Morel peu de temps après Berlioz exprime sa déception: ‘Quant aux Parisiens, c’est toujours la même chose inerte et glacée en général; le petit public de la salle Herz est si peu puissant que son influence est presque nulle’ (CG no. 2077, 9 janvier 1856). Malgré tout Berlioz se sert de la salle puisqu’elle est plus facilement disponible (après 1843 il n’a plus accès au Conservatoire). Elle tombe à point en 1844 quand il lui faut un local pour des répétitions partielles pour son grand concert du Festival de l’Industrie le 1er août (Le Ménestrel 21/7 et Journal des Débats 23/7), et de nouveau l’année suivante pour ses concerts au Cirque Olympique (CG no. 944, 22 février).

    En l’occurrence c’est à la Salle Herz que deux ouvrages de Berlioz seront entendus pour la première fois: l’ouverture du Carnaval romain et l’oratorio l’Enfance du Christ.

   La première du Carnaval romain a lieu le 3 février 1844. Il existe une lettre de Berlioz à J.-L. Heugel, l’éditeur du Ménestrel, où Berlioz lui demande d’insérer une annonce pour ce concert, ce que Heugel fait quelques jours plus tard: l’annonce reproduit pratiquement mot pour mot la lettre de Berlioz (CG no. 879, 18 janvier 1844; cf. Le Ménestrel 21/1/1844 p. 4). Huit jours après le concert Le Ménestrel publie un compte-rendu fort élogieux du concert, dont on trouvera le texte intégral ci-dessous. L’exécution eut lieu après seulement une répétition mais remporte néanmoins un vif succès: l’ouverture est bissée. Berlioz évoque ce concert dans ses Mémoires (chapitre 48; le récit a paru auparavant dans le Monde illustré du 7 mai 1859); Charles Hallé lui fait aussi allusion des années plus tard, mais il semble confondre deux concerts donnés à un an d’intervalle et son affirmation que l’exécution aurait eu lieu sans aucune répétition ne s’accorde pas avec le récit de Berlioz (voir aussi CG no. 881).

   La première exécution de l’Enfance du Christ a lieu à la Salle Herz le 10 décembre 1854, sous la direction du compositeur: là aussi grand succès (cf. CG nos. 1843, 1844, 1846, 1847, 1848, 1851 et le compte-rendu par Léon Gatayes dans Le Ménestrel du 17 décembre), et Berlioz redonne l’ouvrage à deux reprises peu après dans la même salle (24 décembre 1854 et 28 janvier 1855). Suivent des exécutions à l’étranger, une à Weimar (février 1855) et trois à Bruxelles (mars 1855), puis d’autres dans les années à venir, à Paris et ailleurs, dont une avec des effectifs d’une importance inusitée à Strasbourg en juin 1863. Il ne fait pas de doute que le succès de l’ouvrage auprès du public de Paris facilita grandement l’élection de Berlioz à l’Institut en juin 1856. Pour la première exécution le choix de la salle avait été dicté par des considérations pratiques: la Salle Herz pouvait accueillir une œuvre pour chœur et orchestre de dimensions modestes, comme la lettre à Liszt citée ci-dessus le souligne (CG no. 2074).

    La Salle Herz continue à être utilisée pendant bien des années, du moins jusqu’en 1885. En 1886 elle est fermée pendant quelque temps pour cause de réparations (Le Ménestrel 11/4/1886, p. 151), mais après sa réouverture elle semble, d’après les rares mentions dans Le Ménestrel, avoir été utilisée beaucoup moins souvent qu’auparavant. Une nouvelle salle lui fait aussi concurrence, nommée d’après un autre Herz (Salle Philippe Herz), ouverte dans une autre rue de Paris au début de 1885 (Le Ménestrel 4/1/1885, p. 39). Par la suite la Salle Herz sera démolie, mais nous n’avons pu établir la date exacte.

    Herz meurt au début de 1888: il aura survécu presque vingt ans à son contemporain Berlioz; la notice nécrologique du Ménestrel est reproduite ci-dessous. Après sa mort sa veuve fonde en son honneur un prix de piano nommé le Prix Henri Herz, et décerné chaque année à la meilleure élève de la classe au Conservatoire qui avait été celle de Herz (Le Ménestrel 7/7/1889, p. 224). Deux ans plus tard elle vend la fabrique de pianos Herz à un autre facteur de pianos à Paris, la firme Amédée Thibout et Compagnie (Le Ménestrel 12/7/1891, p. 224).

Textes

Le Ménestrel 11/2/1844, p. 1-2: compte-rendu du concert du 3 février 1844 (non signé)

    Parlons d’abord du concert de M. Berlioz, donné le samedi 3 de ce mois. Ici tout est grandiose et souvent excentrique. Mais cette fois le succès du bénéficiaire a été trop bien constaté pour que nous ne mêlions pas notre voix au bruit enthousiaste de la salle entière.

    Pourtant le concert de M. Berlioz n’a pu se garantir de la grippe et des rhumes qui sévissent en ce moment parmi le peuple des chanteurs. Mme Nathan devait dire plusieurs fragments d’Alceste, et Mme Dorus est venue chanter à sa place la romance de Robert et l’air de Charles VI ; Mme Beausire devait interpréter une scène de Faust, et il a fallu substituer aux plaintes de Marguerite les accents d’Hérold ; vous allez dire que nous n’avons pas perdu au change, et qu’il y avait là une compensation plus que suffisante. — Eh bien ! non, tout merveilleux que soit le gosier de Mme Dorus, qui du reste a été ravissante, tout inspirés que soient les accords de la Marche des Pèlerins, nous aurions mieux aimé les fragments de Gluck et surtout la scène de Faust, que nous ne connaissons pas. C’est partie remise.

    Mlle Reccio a interprété avec talent l’Absence, mélodie si pleine de charme dans la bouche de Duprez [dans un concert au Conservatoire le 19 novembre 1843]. — Le Bal de Roméo, la scène d’amour, et surtout le Scherzo de la reine Mab ont produit leur effet accoutumé, c’est-à-dire ont été applaudis à outrance. On entend trop peu souvent cette admirable symphonie de Roméo ; est-ce que M. Berlioz ne songe point à nous en gratifier, non plus par fragments, mais dans son entier ? — Nous n’avons pas grand’chose à dire de la ballade d’Hélène, qui nous a semblé monotone et de nul effet ; peut-être ce morceau a-t-il besoin d’être entendu plusieurs fois, et puis l’exécution était loin de lui être favorable. — Un hymne d’un beau caractère, spécialement composé pour les instruments inventés ou perfectionnés par M. Sax, à fait autant de plaisir que causé de surprise. Cette brillante sonorité, ces voix d’un timbre si varié et qui pourtant se marient si bien, tout cela a fort étonné d’abord et ensuite ravi le public ; on a principalement admiré la clarinette basse et le saxophone, dont quelques phrases en solo permettaient d’apprécier la rondeur, l’égalité, la puissance et la majestueuse gravité ; la victoire remportée ce soir-là par M. Sax répond mieux à ses détracteurs que tous les articles et toutes les raisons du monde. — Nous avons gardé pour le bouquet l’ouverture du Carnaval romain, composée sur Benvenuto Cellini. Quelque admiration que nous professions pour la première ouverture portant le titre de cet opéra, nous sommes forcé de convenir que celle-ci la laisse bien loin en arrière, et l’auditoire partage sans doute notre avis, à en juger du moins par les bravos frénétiques et les cris de bis mille fois répétés qui l’ont accueillie. Il faut renoncer à peindre toute la poétique mélancolie du cantabile, toute la joyeuse folie de l’allegro ; ce sont des effets dont on ne peut se faire une idée qu’après les avoir entendus. Ici l’amour soupire et se plaint, là le plaisir agite ses grelots, partout débordent la passion et la fantaisie ; Berlioz a été souvent aussi chaleureux, aussi dramatique, aussi original, jamais nous ne l’avons trouvé aussi clair et plus complet. Le premier trio est emprunté au beau trio du premier acte ; quant au second, nous ne savons quel passage de l’opéra le réclame [il vient en fait de la scène du Carnaval au Ier acte]. Le concert de M. Berlioz laissera de longs et de brillants souvenirs. Pour notre part, nous souhaitons vivement le retour d’une pareille fête.

Le Ménestrel 8/1/1888, p. 16: notice nécrologique sur Henri Herz.

    Nous avons le vif regret d’enregistrer la mort d’un artiste remarquable, qui a occupé chez nous, pendant près d’un demi-siècle, une situation importante et presque exceptionnelle. Henri Herz, le pianiste distingué, le virtuose élégant, le compositeur fécond qui fut, à partir de 1830, le lion des concerts parisiens, est mort jeudi dernier, à l’âge de 84 ans, laissant un excellent souvenir à tous ceux qui ont pu le connaître et l’approcher. Herz était né à Vienne en 1803. Élève de son père et de Hunten dans sa patrie, de Pradher au Conservatoire de Paris, sa carrière, on le sait, fut brillante et constamment heureuse. Nous n’entreprendrons pas de la retracer ici, de rappeler ses voyages, ses triomphes, les ovations dont il fut partout l’objet, non seulement en France, non seulement par toute l’Europe, mais jusqu’en Amérique, où il excita un enthousiasme indescriptible. Artiste distingué sous tous les rapports, Herz fut aussi un professeur recherché, et l’on sait que sa classe au Conservatoire de Paris a produit un grand nombre d’élèves remarquables. Il avait, depuis 1874, renoncé à cet enseignement, après avoir, quelques années auparavant, publié sous ce titre : Mes Voyages en Amérique (Paris, Faure, 1866, in-12), un récit assez curieux de ses impressions de voyage, récit qui avait paru précédemment dans les colonnes du Moniteur universel. On sait que cet artiste, très actif, très laborieux, avait fondé naguère une manufacture de pianos qui prit aussitôt une grande extension et porta son nom dans les deux mondes. Comme compositeur, il ne laisse pas moins de deux cents œuvres de tout genre, consistant en concertos, airs variés, fantaisies, transcriptions, études, etc. dont le succès en un temps fut vraiment prodigieux. Sous divers rapports, Herz a été l’un des artistes les plus remarquables et les plus remarqués des deux premiers tiers de ce siècle. — Les obsèques ont été célébrées hier samedi, à l’église Notre-Dame-de-Lorette, où notre grand chanteur Faure a chanté le Pie Jesu. Grande affluence de notabilités musicales.

Illustrations

Sauf indication contraire, les photos modernes reproduites sur cette page ont été prises par Michel Austin; toutes les autres images ont été reproduites d’après des gravures et autres publications dans notre collection. © Monir Tayeb et Michel Austin. Tous droits de reproduction réservés.

Les trois images de Henri Herz ci-dessous viennent de la Bibliothèque Nationale de France.

Henri Herz au piano dans un salon vers 1830

Henri Herz

 

Henri Herz vers 1834

Henri Herz

 

Henri Herz vers 1840

 

L’affiche de la première représentation de 
L’Enfance du Christ à la Salle Herz

Programme 1854

[Image plus grande]

Nous remercions vivement notre ami Gene Halaburt de nous avoir envoyé une copie éléctronique d’un fac-similé de l’affiche du concert de 1854, reproduite ci-dessus.

Salle Herz en 1843

Salle Herz

[Image plus grande]

La gravure ci-dessus fut publiée dans L’Illustration du 10 juin 1843, dont un exemplaire se trouve dans notre collection.

Un article intitulé “Salle de concerts de la rue de la Victoire” donne quelques détails sur l’intérieur de la Salle Herz:

“C’est M. Henri Herz, l’habile et célèbre pianiste, qui en est propriétaire, et qui l’a fait construire il y a peu d’années. Elle n’a rien de commun avec celle du Conservatoire, dont nous faisions remarquer naguère l’extrême simplicité. Celle-ci, au contraire, est brillante, somptueuse et tout-à-fait mondaine ; de vives peintures la décorent ; d’élégantes arabesques l’enveloppent de leur replis onduleux ; l’or y étincelle de toutes parts, à la clarté de mille bougies…… Mais que vais-je faire ? essayer de la peindre avec des paroles ? Dieu m’en préserve ! Pour en donner au lecteur une idée complète, l’Illustration a des moyens bien plus sûrs que la description la plus exacte et la plus détaillée.

Donc, en ce lieu si richement et si coquettement orné, l’élite de la société parisienne se réunit chaque hiver toutes les fois qu’un artiste français ou étranger vient invoquer son suffrage.”

L’auteur de l’article nomme ensuite quelques artistes éminents qui s’y sont produits, et conclut avec un compte-rendu détaillé d’un concert qui a eu lieu à la Salle Herz.

Les photos reproduites ci-dessous ont été prises par Michel Austin.

L’emplacement de la Salle Herz

Salle Herz

[Image plus grande]

Le no. 48 est le second bâtiment à droite.

Salle Herz

[Image plus grande]

Le no. 48 est le second bâtiment à gauche.

 © (sauf indication contraire) Michel Austin et Monir Tayeb pour toutes les images et informations sur cette page. Page revue et augmentée le 1er août 2013 et le 1er novembre 2016.

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