Journal des Débats   Recherche Débats

FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS

DU 7 AVRIL 1861 [p. 1-2].


THÉATRE DE L’OPÉRA-COMIQUE.

Première représentation de Maître Claude, opéra-comique en un acte, de MM. de Saint-Georges et de Leuven, musique de M. J. Cohen.

    Ce maître Claude n’est autre que le peintre, célèbre aujourd’hui sous le nom de Claude Lorrain. Il tient une auberge je ne sais où, peint de merveilleux paysages à ses momens perdus, et emploie presque tout le reste de son temps à surveiller sa femme dont il est horriblement jaloux, et qui pourtant lui est fidèle. Ses tableaux, selon l’usage, lui sont achetés à vil prix par des brocanteurs. Il subit tant et tant d’humiliations à ce sujet que, découragé, dégoûté, révolté, il va jeter ses pinceaux dans le fourneau de sa cuisine, quand survient le duc d’Aiguillon, colonel d’un régiment en garnison dans le voisinage. Le sergent Bouton-de-Rose parle à son colonel du talent de l’aubergiste et lui avoue en même temps qu’il est le fiancé de la belle-sœur de ce dernier. — « Est-elle jolie, ta fiancée ? — Mais… oui, non, mon colonel… Ah ! mon Dieu, j’ai fait une sottise ; M. le duc va lui faire la cour. » Et voilà notre sergent plus jaloux de sa future que maître Claude ne l’est de sa femme. Pourtant le duc le rassure un peu en lui jurant qu’il a des principes, qu’il se garderait de mettre à mal une innocente et qu’il ne s’adresse jamais qu’aux femmes mariées. En conséquence, quand maître Claude, informé de ce beau scrupule, est forcé de comparaître avec sa famille devant le duc, il s’avise de lui présenter sa femme comme sa belle-sœur et sa belle-sœur comme sa femme. Double quiproquo, alarmes du pauvre sergent, coquetterie de sa fiancée, qui passe pour Mme Claude. Tout en faisant le vert-galant, le duc d’Aiguillon désireux de savoir à quoi s’en tenir sur le talent de Claude, le met à l’œuvre en lui demandant de portraire un soleil couchant. Claude obéit, et en quelques coups de brosse produit un radieux paysage. Le duc enthousiasmé le proclame un grand artiste, se déclare son protecteur, renonce à courtiser l’une ni l’autre des deux jeunes femmes ; Bouton-de-Rose rassuré épouse sa fiancée, Claude reprend courage, et tout le monde est content.

    Ce petit ouvrage est gai, amusant, bien disposé pour la musique, et le jeune compositeur qui a eu la chance de l’obtenir pour son début au théâtre en a tiré un bon parti. Son style mélodique, en général, est net et élégant, sinon toujours original. Son harmonie respecte l’oreille, c’est une qualité à signaler aujourd’hui ; il écrit l’orchestre selon la méthode parisienne, en employant tous les instrumens, quel que soit le caractère du morceau qu’il s’agit d’accompagner ; mais au moins les emploie-t-il souvent avec talent. Son ouverture, remarquable sous ce rapport, contient un solo qui a valu à M. Baneux, le premier cor de l’Opéra-Comique, un succès très flatteur. L’allegro succédant à cet andante m’a paru développé avec un art qu’on trouve bien rarement chez les débutans. On a beaucoup applaudi un quatuor, des couplets de Claude, ceux que Mlle Marimon a si bien fait valoir, l’air chanté par Troy, et surtout le morceau si expressif du rôle de Claude : « Je rêvais. » D’autres morceaux ont été redemandés. La partition est riche, trop riche, et le compositeur semble avoir éprouvé un peu de fatigue en approchant de la fin. Mais les musiciens qui pour la première fois ont entre les mains un livret d’opéra-comique croient ne pouvoir jamais assez le bourrer de musique, et ne laisseraient point de place au dialogue si l’auteur de la pièce les écoutait. Un chanteur, élève du Conservatoire, si je ne me trompe, débutait dans le rôle de Claude. Il se nomme Gourdin, sa voix de baryton est belle, sympathique, il la conduit habilement, sans efforts ; il chante. Son succès a été promptement décidé. C’est là, pour l’Opéra-Comique, une précieuse acquisition.

THÉATRE LYRIQUE.

Reprise de Gil-Blas.

    Mlle Girard, dans cet ouvrage, a succédé à Mme Ugalde, et le succès ne lui a pas fait défaut. On lui a redemandé plusieurs airs qu’elle a dits avec beaucoup de charme et de finesse. Mlle Girard est douée d’une voix charmante ; elle chante naturellement, n’élève point de ces prétentions irritantes qui déparent le talent de tant d’autres cantatrices ; elle se borne à bien comprendre et à bien rendre la lettre et l’esprit de ses rôles, sans y rien ajouter ni changer. On se souvient de la façon intelligente et gracieuse avec laquelle, dans Obéron, elle chantait la musique de Weber. A mon sens, cette jeune artiste n’avait pas encore été appréciée à sa juste valeur.

CONCERTS.

MM. Damcke, Schuloff, E. Forgues, Th. Ritter, Lubeck, Armingaud, Jacquard, Maurin, Chevillard, Nabich, Bottesini, H. Herz, Auer. — Concert de Félicien David, concerts des Jeunes Artistes, concerts du Conservatoire : Massol, Mlle Rey. — Les maîtres corrigés par des inconnus, les maîtres corrigés par leurs pairs, les maîtres corrigés par les chanteurs. — Irrévérences, inconséquences, insolences.

    L’un des concerts les plus importans de ce mois-ci a été celui de M. Damcke, dans lequel ce savant professeur a fait entendre plusieurs de ses nouvelles productions, entre autres le beau trio pour piano, violon et basse dont j’ai déjà parlé. De plus, sa fugue à quatre mains, composition dans le style de S. Bach, malgré la sévérité d’un genre avec lequel le public parisien est loin d’être familier, a été chaleureusement accueillie. On a redemandé un morceau dont le titre m’échappe. Cette soirée a fait le plus grand honneur à M. Damcke, et l’a placé très haut dans l’estime des connaisseurs.

    Parmi les virtuoses, nous avons à signaler le célèbre pianiste Schuloff, au jeu à la fois brillant et doux, pour qui le clavier est un vaincu adorant son vainqueur. M. Schuloff a donné trois concerts auxquels se pressait une foule élégante. Cet artiste voyageur n’a fait, selon son usage, que passer à Paris ; on y conservera longtemps son souvenir.

    M. Emile Forgues, pianiste français, s’est fait entendre une fois seulement dans le salon de Mme Erard. Il a, lui aussi, des doigts puissans et agiles ; il connaît toutes les ressources de son instrument, se joue des plus grandes difficultés. Je crains qu’il n’ait plus d’éclat que de profondeur, plus de mécanisme que de sensibilité ; il faudrait l’entendre dans quelque chef-d’œuvre de maître.

    C’est en exécutant dignement les grandes œuvres consacrées par l’admiration générale que les virtuoses en général, et les pianistes en particulier, peuvent acquérir une renommée solide et obtenir des suffrages sérieux.

    Ainsi Théodore Ritter, déjà classé depuis longtemps parmi les premiers artistes, a grandi encore dernièrement dans l’opinion du public musical par sa glorieuse exécution de la sonate en ut majeur (n° XXI) de Beethoven. C’est que pour interpréter ainsi un pareil ouvrage, il faut être non seulement un grand pianiste, mais de plus un musicien doué des plus rares facultés.

    Lubeck se fait de jour en jour une place plus belle, par sa collaboration aux soirées de quatuors de MM. Armingaud et Jacquard, en y exécutant Mozart et Beethoven. A l’une des dernières séances de cette intéressante Société, digne émule de la Société Maurin et Chevillard, où les derniers quatuors de Beethoven sont si admirablement exécutés et compris, Mme Massart et M. Jacquard ont fait entendre la sonate en la de Beethoven, pour piano et violon. J’avoue qu’en écoutant les deux virtuoses il ne m’a pas été possible de découvrir le moindre défaut dans leur exécution ; ils étaient l’un et l’autre à la hauteur de l’œuvre. S’il y a quelque chose en musique que l’on puisse appeler parfait, c’est une interprétation pareille.

    Bazzini, le violoniste italien au jeu si suave et si expressif, a fait une courte mais brillante apparition à Paris ; on l’a accueilli comme un artiste aimé qu’on ne se lasse pas d’entendre.

    M. Nabich est un tromboniste de première force, qui joue de son redoutable instrument avec passion. Il l’a dompté, il en a fait son esclave ; il le contraint, quand il lui plaît, à chanter, à murmurer, à oublier son naturel rugissant. M. Nabich d’ailleurs est un virtuose de style, et sa phraséologie est toujours de bon goût. Il exécute sur le trombone à coulisse des traits qui seraient difficiles même sur le trombone à pistons. Malheureusement son rare talent, ses persévérantes études, son amour et sa foi ne pourront pas faire que le trombone cesse d’être le trombone, c’est-à-dire un puissant instrument d’orchestre, peu propre à la musique intime et aux concerts de salon. Pas plus que Bottesini, l’incomparable contre-bassiste ne changera la nature du sien. On n’applaudit tant Bottesini, en effet, on ne l’écoute avec tant de plaisir, que lorsqu’il chante en sons harmoniques dans les régions des sons les plus aigus, c’est-à-dire quand, imitant le violoncelle, sa contre-basse cesse d’être une contre-basse.

    Je n’ai pas pu assister au concert de Henri Herz, mais j’ai su que, malgré le great excitement causé par une soirée antimusicale qui avait lieu à la même heure, la salle de Herz n’a pu contenir tous les auditeurs que l’affiche de son concert avait attirés. J’ai su que le nouveau concerto de piano de Herz avait obtenu un brillant succès. Tout se sait, malgré les efforts de certains artistes à dérober leurs triomphes à la connaissance du public.

    Le concert donné par Félicien David à l’Opéra a été splendide sous tous les rapports ; le grand orchestre et le grand chœur, on ne peut mieux disposés sur la scène, ont exécuté le Désert, des fragmens de Christophe Colomb et le final de Moïse au Sinaï avec un ensemble irréprochable. Disons en outre que David dirige avec une clarté et une précision rares, qui n’ont pas peu contribué à donner de l’assurance à ses exécutans. La recette était énorme, et le beau public courtois qui se pressait dans la salle a fait à l’auteur du Désert le plus chaleureux accueil. Mme Lauters a chanté avee une pureté digne des plus grands éloges les couplets de Christophe Colomb. On les lui a redemandés. On a applaudi dans les autres solos Cazaux et Dufresne.

    Deux violonistes se sont fait entendre avec des fortunes différentes, l’un au concert du Conservatoire, l’autre à celui des Jeunes Artistes, dirigés par M. Pasdeloup. Le dernier, M. Auer, de Vienne, appartient à une excellente école, il a une belle longueur d’archet, un son pur et doux sans manquer de puissance, et il joue juste. Le public l’a très favorablement accueilli, malgré la froideur du concerto de Spohr, dans lequel le virtuose avait voulu se produire.

    L’autre violoniste n’a pas eu le même bonheur ; le parterre du Conservatoire s’est montré à son égard rigoureux et même cruel. Dans cette séance où figurait la merveilleuse symphonie en si bémol de Beethoven, Massol a encore obtenu un succès en chantant la grande scène du Siége de Corinthe et le duo d’Armide (Esprits de haine) avec Mlle Rey. Ce duo perd beaucoup à être exécuté au concert, surtout dans une salle où l’orchestre est placé tout près des chanteurs, à cause des grands cris de trombones qui trop souvent y couvrent les voix. Ces trombones ont été ajoutés à Paris par je ne sais qui, et d’une manière assez plate ; on en a ajouté bien plus encore dans le même ouvrage à Berlin. Or, il n’est pas inutile de dire à ce sujet que, pour Armide comme pour Iphigénie en Aulide, Gluck n’a pas écrit une seule note de trombone. Il ne faut pas répondre que, s’il s’est abstenu d’employer cet instrument dans Armide, c’est qu’il n’y avait pas alors de trombones à l’orchestre de l’Opéra, car ils jouent un grand rôle dans Alceste, il y en a dans Orphée, partitions qui l’une et l’autre furent représentées avant Armide.

    Il est singulier qu’un compositeur, si grand qu’il soit, ne puisse pas écrire son orchestre comme il l’entend, et surtout qu’il ne soit pas libre de s’abstenir de l’emploi de certains instrumens quand il le juge convenable. D’illustres maîtres eux-mêmes ont pris maintes fois la liberté de corriger l’instrumentation de leurs prédécesseurs, à qui ils faisaient ainsi l’aumône de leur science et de leur goût. Mozart a instrumenté les oratorios de Handel. La justice divine a voulu que plus tard les opéras de Mozart fussent à leur tour réinstrumentés en Angleterre et qu’on bourrât Figaro et Don Juan de trombones, d’ophicléides et de grosses caisses. Spontini m’avouait un jour avoir ajouté, avec bien de la discrétion il est vrai, des instrumens à vent à ceux qui se trouvent déjà dans l’Iphigénie en Tauride de Gluck. Deux ans après, se plaignant avec amertume devant moi des excès de ce genre dont il était témoin, des abominables grossièretés ajoutées à l’orchestre de pauvres morts qui ne pouvaient se défendre contre de telles calomnies, Spontini s’écria : « C’est indigne ! affreux ! Mais on me corrigera donc aussi, moi, quand je serai mort ?… » — Ce à quoi je répondis tristement : « Hélas ! cher maître, vous avez bien corrigé Gluck ! »

    Le plus grand symphoniste qui ait jamais existé n’a pas échappé lui-même à ces inqualifiables outrages. Sans compter l’ouverture de Fidelio trombonisée d’un bout à l’autre en Angleterre, où l’on trouve que Beethoven dans cette ouverture a employé les trombones avec trop de réserve, on a déjà commencé ailleurs à corriger l’instrumentation de la SYMPHONIE EN UT MINEUR….

    Je vous dirai quelque jour, dans un travail spécial, le nom de tous ces ravageurs de chefs-d’œuvre……. Il faut, en attendant, que je signale un fait consolant. Dernièrement Mlle Marchisio chantait Mathilde dans Guillaume Tell dont on exécutait ce jour-là le second acte ; Arnold était chanté par Gueymard. A mon entrée dans la salle on commençait le duo : « Il est donc sorti de son âme » ; je m’apprêtais à subir avec le plus de résignation possible mais ognor fremente, les mutilations infligées depuis si longtemps par tous les chanteurs à ce beau duo ; la phrase se déroule :

Oui, ma flamme répond à sa flamme,
Dût-elle nous perdre tous deux !

Jugez de mon étonnemeni et de ma joie, j’en entends la touchante conclusion absolument telle que Rossini l’a écrite : Mlle Marchisio et Gueymard ont bien voulu nous la rendre. Je ne l’avais pas entendue depuis vingt-deux ans…….

Partition de piano et chant de l’Olympie de Spontini.

    Cette belle œuvre causa bien des chagrins à son auteur. Des circonstances politiques, suites de l’assassinat du duc de Berri, interrompirent le cours de ses premières représentations ; reprise plusieurs années après pour la soirée de retraite de Mme Branchu, elle eut à lutter contre l’enthousiasme rossinien qui éclatait alors à Paris et qui se montrait hostile jusqu’à la fureur à tout ce qui tenait de près ou de loin à l’ancienne école de musique dramatique. En outre, les auteurs d’Olympie, en redonnant cet ouvrage au bénéfice et à la représentation de retraite de Mme Branchu, avaient, sans l’avouer, conservé l’espoir que cette artiste serait autorisée à rester quelque temps encore à l’Opéra pour y jouer le rôle de Statira, dans lequel elle était admirable, et consolider ainsi le succès de l’ouvrage. Il n’en fut pas ainsi ; prières, supplications, tout échoua contre la volonté de M. le surintendant des Beaux-Arts, et il resta interdit à la grande tragédienne lyrique de reparaître sur la scène de l’Opéra.

    Le rôle de Statira, confié en conséquence, dès la seconde représentation, à une femme d’un talent fort médiocre, perdit tout son prestige, et la partition d’Olympie succomba. Le succès qu’elle obtenait à Berlin put à peine faire oublier à Spontini tant de déboires, et après sa réinstallation à la tête de la chapelle royale de Prusse, il demeura de longues années sans venir à Paris. Jusqu’à présent la partition de piano et chant d’Olympie n’avait existé dans le commerce de musique qu’avec les paroles allemandes. Les éditeurs français, MM. Brandus et Dufour, viennent d’avoir la bonne idée de nous en donner enfin une édition soignée, avec le texte original. Beaucoup d’amateurs et d’artistes français pourront maintenant compléter ainsi leur collection des œuvres de Spontini et joindre cette partition à Milton, à la Vestale et à Fernand Cortez. Ces amateurs et ces artistes n’ont pas besoin, j’imagine, que nous citions ici les belles pages d’Olympie. Tous, j’en suis sûr, les ont encore présentes à la pensée ; quant à moi, je me rappelle aujourd’hui, comme si je sortais de la répétition générale, l’ouverture si impétueuse, la pompe asiatique de la marche triomphale, le beau morceau d’ensemble religieux : « Dieux auteurs de mon être ! » ; la furibonde bacchanale dans le temple d’Ephèse ; l’air descriplif : « O souvenir épouvantable ! » ; le récitatif d’Olympie, d’un accent si virginal :

O vous que ma reconnaissance
Va bientôt appeler du titre le plus doux ;

le grand final :

O jour de deuil, affreux mystère !

dont le thème est construit sur un rhythme ternaire et dans lequel le compositeur a fait des périodes à trois temps succéder à des périodes à quatre temps d’une façon si hardie et si dramatique ; et enfin l’air de Statira :

Implacables tyrans, ennemis de mon sang

où Spontini s’est élevé à une hauteur d’expression dramatique, à une force d’accens qu’il n’avait pas atteintes jusque-là. J’entends encore Mme Branchu, sanglotant d’indignation, lancer avec sa voix stridente les dernières phrases de cet air terrible :

Vous m’immolez au crime et vous le couronnez !

    C’était une de ces audaces de l’art inspirées quelquefois par l’emportement d’une passion indomptable à certains artistes exceptionnels, qui seuls peuvent les faire réussir.

Salle de la rue Cadet.

CONCERT AU BÉNÉFICE d’ARBAN.

    Un très bel orchestre, où se trouvent des artistes de premier ordre, tels que MM. Demersman, Prinz et quelques autres, dirigé avec verve, je dirai même avec fougue, par Arban ; l’ouverture d’Euryanthe de Weber bien exécutée ; un solo de cornet joué par Arban, qui se moque de l’impossible, dont les poumons sont des soufflets de forge, qui reprend haleine seulement pour ne pas effrayer ses auditeurs ; un succès de trépignemens. La symphonie chinoise de M. Genée, chef de musique militaire à Mayence, très ingénieuse, décelant un grand harmoniste, pleine de piquantes bouffonneries. Une partie du public prend mal cette spirituelle charge et siffle. Jolie valse nouvelle d’Arban. Symphonie et tyrolienne de l’avenir, composées par M. J. Offenbach. (!!!!) Solo de flûte par M. Demersman ; exécution d’une habileté prodigieuse. Interminables applaudissemens. Deux jeunes chanteurs doucereux faisant des gestes pour suppléer à l’insuffisance de leur voix. Femmes sensibles qui n’écoutent pas le ramage de ces oiseaux. Fumée de tabac exaspérant les amateurs de musique. Musique obstinée exaspérant les amateurs de fumée. Grosse recette.

H. BERLIOZ.

Site Hector Berlioz créé le 18 juillet 1997 par Michel Austin et Monir Tayeb; page Hector Berlioz: Feuilletons créée le 1er mars 2009; cette page ajoutée le 1er juillet 2009.

© Michel Austin et Monir Tayeb. Tous droits de reproduction réservés.

Retour à la page principale Berlioz: Feuilletons – Journal des Débats 1834 - 1863 
Retour à la Page d’accueil

Back to main page Berlioz: Feuilletons – Journal des Débats 1834 - 1863 
Back to Home Page