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Le Palais de l’Industrie – Exposition Universelle 1855

Présentation 
L’Exposition Universelle et le Palais de l’Industrie en images

Cette page est disponible aussi en anglais

Présentation

    En 1855 Berlioz prend part à l’Exposition Universelle de deux manières: d’abord comme membre d’un jury qui juge les instruments de musique exposés, puis comme organisateur et chef d’orchestre de trois concerts à grande échelle.

    L’Exposition Universelle de 1855, tenue aux Champs-Élysées du 15 mai au 15 novembre, est imaginée par Napoléon III pour faire pendant à la Grande Exposition de Londres de 1851, la première de son genre; le vaste Palais de l’Industrie est construit pour rivaliser avec le Palais de Cristal de Londres. L’organisation de l’exposition, qui attirera un vaste public, est confiée au Prince Napoléon, cousin de l’empereur. Berlioz participe aux deux expositions en premier lieu comme membre d’un jury international chargé de juger les instruments de musique exposés par leurs fabriquants (son rapport sur son travail de 1851 est reproduit ailleurs sur ce site). En 1855 son travail de juré occupe Berlioz pendant une bonne partie d’août et de septembre, et il publiera son rapport sous forme de trois feuilletons dans le Journal des Débats, le 9 janvier, 12 janvier et 15 janvier 1856. Dans le second de ces articles Berlioz dresse la liste des médailles décernées aux concurrents couronnés; nous possédons dans notre collection les deux médailles décernées aux facteurs d’instruments Alexandre père et fils.

    La tâche des jurés est ardue et prenante, et peu de lettres de Berlioz sont connues pour cette période; elle donnent néanmoins quelques aperçus sur son travail. D’abord une lettre au poète Heinrich Heine, en réponse à l’envoi d’un recueil intitulé Poèmes et Légendes qui venait de paraître (CG no. 2001, 16 août): 

Excusez-moi de n’être pas encore allé vous remercier de vos délicieux et merveilleux poèmes; j’ai le terrible honneur d’être membre du Jury pour les Instruments de musique de l’Exposition et de neuf heures du matin à cinq heures tous les jours, je suis obligé, au lieu d’entendre un grand poète, d’écouter d’affreux pianos et des facteurs plus affreux encore. Mais j’irai malgré tout vous voir, peut-être même aujourd’hui si notre corvée se borne à l’audition d’une cinquantaine d’instruments. […]

    Quinze jours plus tard à sa sœur Adèle (CG no. 2009, 2 septembre):

[…] Nous avançons dans cette assommante tâche de juger les instruments de musique; mais nous en aurons encore pour huit jours au moins. Et quelles scènes maintenant! quelles fureurs! quelles désolations! Les exposants se battent dans le foyer du conservatoire pendant que nous sommes en séances; on crie à la barbarie! que nous voulons ruiner les maisons célèbres pour en élever de nouvelles sur leurs débris! Mme Erard est au désespoir.
Halévy qui a des parents intéressés dans la maison Pleyel, voulait avant-hier nous faire écrire que Pleyel avait été mis par nous hors concours, comme trop supérieur aux autres, quand c’est précisément le contraire. J’ai dû, pour entraîner les autres et aidé seulement par Fétis, parler rudement contre cette étrange proposition. Et enfin force est restée à la justice et au bon sens.
« Ah voilà ce que c’est, disait naïvement Halévy, que d’entendre des instruments sans savoir de qui ils sont ! »
Cela dérange bien des combinaisons; mais tout le monde nous approuve. […]

    Finalement au compositeur Camille-Marie Stamaty (CG no. 2029bis, fin septembre):

[…] J’y serais à cette heure [sc. à St Valéry en Caux] si le Jury de l’Exposition ne m’eût réduit en esclavage. Nous avons entendu 387 pianos, au moins 400 instruments de cuivre, sans compter des paquets de flûtes, des fagots de hautbois et d’autres fagots encore vulgairement nommés bassons [calenbour sur le mot allemand pour basson, Fagott], et des troupeaux bêlants de mélodiums, d’harmoniums; nous sommes exposés maintenant au vent des orgues et à celui de la calomnie. Nous aurons souffert le martyre pendant deux mois, et c’est tout ce qui nous en reviendra. […]

    Avec l’achèvement de son travail de juré Berlioz peut supposer que sa participation à l’Exposition est maintenant terminée. Mais trois semaines plus tard, nouveau rebondissement: le Prince Napoléon demande à Berlioz d’organiser trois grands concerts, comme il l’écrit à sa sœur Adèle (CG no. 2035, 21 octobre):

[…] Je profite d’un instant de liberté pour t’écrire; je n’en aurai plus de longtemps. Le Prince Napoléon m’a envoyé chercher hier et m’a proposé de me charger de la direction et de l’organisation d’un concert Babylonien qui aura lieu au Palais de l’Exposition le jour de la distribution des récompenses par l’Empereur le 15 novembre. J’ai demandé qu’on m’en donnât le temps; (il s’agit d’un orchestre de mille musiciens) alors le prince a appelé tout le personnel de la Commission Impériale pour décider les principales questions sans désemparer et cela fait: « Vous voyez Messieurs (leur a-t-il dit) que M. Berlioz a la bonté de se charger de cette immense affaire, il est donc bien convenu qu’en tout ce qui concerne la musique, tout le monde ici est à ses ordres. »
Ce n’est pas le gouvernement qui paye, c’est un entrepreneur [Ernest Ber], qui ne voulait pas non plus accepter le fardeau de l’entreprise sans ma collaboration.
Il y aura trois concerts (2 après celui de la cérémonie). […]

    Le vaste programme mis sur pied par Berlioz comprend des extraits de sa musique: trois mouvements du Te Deum (Te Deum laudamus, Tibi omnes, et la marche finale), qui avait été exécuté pour la première fois quelques mois plus tôt à Saint-Eustache, le dernier mouvement (Apothéose) de la Symphonie funèbre et triomphale, et la cantate l’Impériale en honneur de Napoléon III, qui recevra sa première exécution à cette occasion. Au programme également l’ouverture du Freischütz de Weber, une scène de l’Armide de Gluck, les trois derniers mouvements de la cinquième symphonie de Beethoven, la prière de Moïse en Égypte de Rossini, la Bénédiction des poignards des Huguenots de Meyerbeer, l’Ave verum de Mozart et le chœur ‘Chantons victoire’ de Judas Maccabée de Haendel. On comparera ce programme avec celui du grand concert donné par Berlioz au Festival de l’Industrie une décennie plus tôt, le 1er août 1844. Aux concerts de 1855, le programme complet ne sera joué qu’au concert du 16 novembre, le lendemain de la cérémonie où l’on ne peut exécuter que l’Impériale en partie et l’Apothéose; le programme complet est ensuite répété au troisième concert, le 24 novembre.

    Une lettre de Berlioz à la princesse Sayn-Wittgenstein datée du 6 novembre donne une idée de l’ampleur des préparatifs en cours (CG no. 2044):

[…] Vous savez dans quelle fournaise je grille en ce moment… J’ai à diriger et organiser la partie musicale de la fête qui aura lieu au palais de l’Exposition le 15 de ce mois, pour la distribution des récompenses par l’Empereur. De plus, il y aura deux reproductions publiques de cet immense concert à 12000 [?1200] musiciens. J’ai commencé hier mes répétitions, mes batailles avec les architectes, avec les copistes, etc., etc. J’en ai encore pour neuf jours à rester le bâton à la main de neuf heures du matin à quatre heures du soir, étant obligé de faire des répétitions spéciales pour chaque partie vocale et instrumentale. […]

    Berlioz consacrera plus tard un paragraphe de ses Mémoires au récit de ces concerts (Postface); sa correspondance fournit quelques détails supplémentaires. Après les deux premiers concerts il écrit à Liszt (CG no. 2046, 17 novembre), et le même jour à sa sœur Adèle en termes semblables (CG no. 2047):

Je t’écris six lignes pour te dire que me voilà à la tête de deux immenses batailles gagnées. Avant-hier et hier, mon orchestre géant a fonctionné comme un quatuor.
Hier surtout, devant une foule dont on n’a jamais eu le spectacle à Paris. (La recette s’est élevée à soixante mille et quelques cents francs!) Quant à la beauté de la cérémonie Impériale, à l’aspect de cette salle Babylonienne décorée comme le palais d’Aladin; quant à l’aspect de ces quarante mille spectateurs-auditeurs, à ces costumes, à ces uniformes de tous pays étagés sur un triple amphithéâtre, à ces lustres, à ces trophées, à ce bruissement d’enthousiasme qui roulait comme le bruit de la mer, je n’essayerai pas de t’en donner une idée.
Je sais que l’empereur et le Prince Napoléon qui avaient si grand’peur au sujet de la réussite de mon projet, sont très satisfaits. Je verrai probablement le Prince ce soir à la soirée du Préfet de la Seine.
Je suis moulu, éreinté, je marche comme un somnambule. […]

    Après le troisième concert Berlioz écrit de nouveau brièvement à Liszt: ‘Le dernier [concert] a été magnificent. Grâce à mon métronome électrique j’ai littéralement tenu dans la main cet immense mamouth musical’ (CG no. 2056, 30 novembre). L’allusion est au métronome électrique que Berlioz utilise pour maintenir la cohésion avec plusieurs sous-chefs d’orchestre. L’instrument est l’invention du belge Verbrugghen, qui est venu de Bruxelles à Paris à l’invitation de Berlioz pour installer son appareil. Son emploi pique la curiosité de la presse: une caricature du journal satirique Charivari du 2 décembre 1855 montre ‘M. Berlioz profitant de son bâton électrique pour diriger un orchestre qui aura ses exécutants dans toutes les régions du globe.’

    Une lettre de Berlioz à son beau-frère Marc Suat donne une vue d’ensemble du succès des trois concerts (CG no. 2057, 2 décembre):

[…] Je suis encore un peu éclopé et malade des fatigues terribles causés par les concerts de l’Exposition. Le dernier a été splendide, on n’a jamais entendu en France, ni ailleurs probablement, une pareille exécution, par un pareil peuple de musiciens. Le succès s’est étendu au loin, dans tous les coins de l’Europe, les journaux Le Constitutionnel, le Pays, La Patrie, Les Débats, La Gazette Musicale, La Presse, l’ont constaté avec éclat. Le Siècle a écrit comme à l’ordinaire un article aigre-plat. Les musiciens m’ont fait un succès monstre aux trois séances. Le prince Napoléon à la soirée du Préfet est venu me serrer la main; je sais depuis hier qu’il m’a proposé à l’Empereur pour la croix d’officier de la Légion d’honneur. […]

    En l’occurrence, Berlioz devra attendre plusieurs années pour recevoir cet honneur: ce n’est qu’en août 1864 qu’il devient Officier de la Légion d’Honneur.

LExposition Universelle et le Palais de l’Industrie en images

Toutes les images sur cette page ont été reproduites d’après des gravures, photos, journaux (en particulier des numéros de L’Illustration de 1855), livres, médailles et autres objets du XIXème siècle dans notre collection. © Michel Austin et Monir Tayeb. Tous droits de reproduction réservés.

1. Le Palais de l’Industrie

Le Palais de l’Industrie fut construit en 1853 par l’architecte Vial sur un grand espace vide utilisé jusqu’alors comme carré de jeux, pour abriter l’Exposition Universelle de 1855. C’était un bâtiment imposant, long de 200 mètres, large de 47 et haut de 35, avec 408 fenêtres, qui occupait une partie de l’actuelle avenue Alexandre-III et faisait face au palais de l’Elysée. Inauguré le 1er mai 1855, le bâtiment fut utilisé par la suite pour les Expositions Universelles de 1878 et 1889, puis servit, jusqu’en 1897, à diverses expositions et céremonies publiques. Il a été démoli en vue de l’Exposition Universelle de 1900; une partie du Grand-Palais, du Petit-Palais, de la place Georges-Clemenceau et de l’avenue Alexandre-III sont sur son emplacement (d’après Jacques Hillairet, Dictonnaire historique des rues de Paris, tome A/K, p. 299).

Le Palais de l’Industrie en 1856

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Le Palais de l’Industrie en 1859

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La gravure ci-dessus fut publiée dans Le Monde Illustré du 5 mars 1859.

Le Palais de l’Industrie en 1860

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Cette gravure de 1860 vient de Jacques Hillairet, Dictonnaire historique des rues de Paris, tome A/K, p. 298.

Le Palais de l’Industrie en 1860
vue à vol d’oiseau

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Cette gravure de 1860 vient de Harmsworth History of the World, tome VII (Londres, 1909, p. 5017). Elle montre le Palais de l’Industrie sur l’Avenue des Champs-Élysées, en direction de la Place de la Concorde (et son obélisque de Luxor), et plus loin les Jardins des Tuileries et le Louvre. On peut voir aussi la Madeleine, à gauche de la Place de la Concorde.

Le Palais de l’Industrie vers 1898

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La photo ci-dessus fut publiée dans John L. Stoddards Lectures, Volume V – Paris La Belle France and Spain, par John L. Stoddard (Balch Brothers, 1898), dont un exemplaire est dans notre collection.

2. L’Exposition Universelle de 1855

Cérémonie d’inauguration de l’Exposition Universelle au Palais de l’Industrie – le 15 mai 1855

  

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L’intérieur du Palais de l’Industire – photo stéréoscopique de 1855

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Vue intérieure de la galerie-annexe de l’Exposition – 1855

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L’appareil Loysel pour le café – 1855

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Exposition des produits de Prusse 1855

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Une partie du transept – 1855

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Exposition des produits de l’Algerie – 1855

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Clôture de l’Exposition Universelle au Palais de l’Industrie
Distribution des récompenses aux Exposants – le 15 novembre 1855

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Cette lithographie fut dessinée et lithographiée par Philippe Benoist et Auguste Bayot, et publiée par Nantes, Lith Charpentier Edit – Paris Quai des Augustins, 55.

3. Médailles de l’Exposition Universelle de 1855

3.1. Les deux médailles décernées aux facteurs d’instruments Alexandre père et fils

Face

Revers


3.2. Les médailles commémoratives

 

Face

Revers


4. Memorabilia

Un écusson

On lit sur l’écusson:
cercle extérieur: MULL A LA SUISSE
cercle intérieur: EXPOSITION UNIVERSELLE  AGRICULTURE INDUSTRIE BEAUX ARTS  PARIS 1855

Cet écusson a peut-être été découpé d’un programme ou d’une autre publication officielle; le nom de la propriétaire, qui était l’arrière-grand-mère de la personne à laquelle nous l’avons acheté, est écrit au verso.

© Michel Austin et Monir Tayeb pour toutes les images et informations sur cette pages.

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