Une lettre autographe d’Édouard Alexandre à Édouard Colonne

1877

Présentation / Introduction

    Cette page présente l’image d’une lettre autographe du facteur d’instruments Édouard Alexandre (1824-1888), datée du 20 mai 1877 et adressée au chef d’orchestre Édouard Colonne, avec une transcription du texte et une traduction anglaise par Michel Austin. L’original de cette lettre se trouve dans les collections du Musée Hector Berlioz. Nous remercions vivement le Musée de nous avoir accordé la permission de la reproduire sur cette page. Tous droits de reproduction reservés.

    La lettre complète était jusqu’alors inédite, mais son contenu était déjà connu d’après une notice dans l’hebdomadaire Le Ménestrel du 10 juin 1877 qui est reproduite ailleurs sur ce site. Malgré sa briéveté cette lettre évoque bien des souvenirs berlioziens. Jacob Alexandre (1804-1876), père d’Édouard, avait fondé une fabrique d’orgues en 1829 qui devait prospérer plus tard. À un certain moment il se lie d’amitié avec Berlioz, et la première indication en est la composition par Berlioz en 1844 de 3 pièces pour un instrument inventé par Alexandre, l’orgue-mélodium (CG no. 924). Il reste peu de la correspondance entre Berlioz et les Alexandre père et fils (CG no. 3315 en est un des rares exemples), mais ils étaient certainement très liés. Les Alexandre donnent leur soutien à Berlioz à divers moments de sa carrière, et Berlioz de son côté loue souvent dans ses feuilletons l’orgue-mélodium et le talent de ses inventeurs (voir par example le Journal des Débats 23 juin 1844; 12 janvier et 3 mai 1856; 14 mai 1863). À l’Exposition Universelle de 1855 à Paris on décerne aux Alexandre une médaille d’honneur. Plus tard Berlioz nomme Édouard Alexandre un de ses deux exécuteurs testamentaires, et comme la lettre ci-dessous l’indique il lui lègue trois bâtons de chef d’orchestre offerts au cours de ses tournées à l’étranger. Le don public d’un de ces bâtons à Colonne dès mai 1877, visiblement en réaction aux six exécutions de suite de la Damnation de Faust du 18 février au 25 mars 1877, représente donc une consécration de la plus haute importance pour le jeune chef d’orchestre dans sa campagne pour faire connaître la musique de Berlioz à Paris. (Les deux autres bâtons de Berlioz furent donnés par Alexandre, à Henri Litolff (en 1869) et Jules Pasdeloup (en 1884): voir Adolphe Jullien, Hector Berlioz [1888], p. 315 n. 2 avec les remarques d’Ernest Reyer dans son compte-rendu du livre de Jullien.)

    Édouard Alexandre continuera à défendre la mémoire de Berlioz de différentes manières. Il est l’un de ceux qui travaillent à faire ériger un monument en honneur de Berlioz à Paris, monument qui sera finalement inauguré en octobre 1886, en présence d’Alexandre qui prend la parole à cette occasion. L’année suivante il rédige de sa propre main des invitations pour l’inauguration du monument funéraire de Berlioz au cimetière de Montmartre et assiste en personne à la cérémonie.

Introduction

    This page presents the scanned image of an autograph letter of the instrument-maker Édouard Alexandre (1824-1888), dated 20 May 1877 and addressed to the conductor Édouard Colonne, together with a transcription of the text and an English translation by Michel Austin. The original autograph is in the collections of the Hector Berlioz Museum. We are most grateful to the Museum for granting us permission to reproduce the letter on this page. All rights of reproduction reserved.

    Though the complete letter was previously unpublished, its contents were known already from an entry in the weekly journal Le Ménestrel dated 10 June 1877 which is reproduced elsewhere on this site. Though brief the letter is rich in Berliozian associations. Alexandre’s father Jacob Alexandre (1804-1876) had founded an organ manufacture in Paris in 1829 which eventually prospered; at some point he became friendly with Berlioz, and the earliest indication of this is the composition by Berlioz in 1844 of 3 pieces for an instrument Alexandre had invented, the melodium-organ (CG no. 924). Though there is little preserved correspondence between Berlioz and Alexandre father and son (CG no. 3315 is a rare example), they obviously became very close. Father and son supported Berlioz at different stages of his career, and Berlioz on his side frequently praised in his feuilletons the melodium-organ and the talent of its inventors (see for example Journal des Débats 23 June 1844; 12 January and 3 May 1856; 14 May 1863). At the Great Exhibition of 1855 in Paris the Alexandres were awarded a medal of honour. Berlioz later appointed Édouard Alexandre one of his two testamentary executors, and as the letter below mentions he bequeathed to him three batons he had been presented with during his foreign tours. The public gift of one of these batons to Colonne as early as May 1877, clearly in response to the sensational run of six consecutive performances of La Damnation de Faust between 18 Feburary and 25 March 1877, was therefore a gesture of considerable significance for the rising young conductor and champion of Berlioz. (The two other batons of Berlioz were given by Alexandre, to Henri Litolff (in 1869) and Jules Pasdeloup (in 1884): see Adolphe Jullien, Hector Berlioz (1888), p. 315 n. 2 and the comments of Ernest Reyer in his review of Jullien’s book.)

    Édouard Alexandre continued to defend the memory of Berlioz in other ways. He was one of the moving figures behind the decision to build a monument in honour of Berlioz in Paris. It was eventually inaugurated in October 1886; Alexandre was present and spoke. The following year he issued hand-written invitations for the inauguration of the funeral monument of Berlioz at Montmartre and was present at the occasion.

Lettre autographe

© Musée Hector Berlioz

Transcription

106 rue Richelieu

20 mai 1877

Monsieur E Colonne à Paris

Monsieur

    Permettez-moi, comme exécuteur testamentaire de Berlioz de vous offrir un des bâtons de chef d’orchestre qu’il m’a légués, et qui lui rappelaient ses plus doux souvenirs.

    La façon dont vous interprétez ses œuvres, la grandeur magistrale avec laquelle vous les faites exécuter par votre admirable orchestre ; vous rendent digne de tenir en main un souvenir de gloire de notre cher et bien regretté Maître.

    Agréez Monsieur l’assurance de mes sentiments les plus sympathiques.

Edouard Alexandre
facteur d’orgues.

English translation

106 rue Richelieu

20 May 1877

Monsieur E Colonne in Paris

Monsieur

    Allow me, as testamentary executor of Berlioz, to offer you one of the conductor’s batons which he bequeathed to me, and which reminded him of his fondest memories.

    The way in which you interpret his works, the masterly grandeur with which you make your wonderful orchestra perform them, make you worthy of holding in your hand a memento of the glory of our dear and much lamented Master.

    Assuring you of my warmest feelings,

Édouard Alexandre
Organ manufacturer

Site Hector Berlioz créé le 18 juillet 1997 par Michel Austin et Monir Tayeb; cette page créée le 1er mars 2013.
The Hector Berlioz Website was created on 18 June 1997 by Monir Tayeb and Michel Austin; this page created on 1 March 2013.

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