The Hector Berlioz Website - Site Hector Berlioz

Lettres de la famille du compositeur

Lettres d’Adèle Berlioz-Suat III:
Lettres 2011.02.197 à 265, 2011.02.298

(Transcriptions littérales, dans l’ordre de l’inventaire)

I.  Transcriptions littérales, lettres R96.260.02, R96.856.1 à 3, 2011.02.116 à 153  
II.  Transcriptions littérales, lettres 2011.02.154 à 196  

Le texte corrigé des lettres d’Adèle Suat se trouve sur des pages séparées: 
I.   1828-1841  
II.  1842-1847  
III. 1848-1858. Lettres de date incertaine 

Texte = mots ou lettres de lecture incertaine
*** = mots ou lettres non déchiffrés
[...] = lacune dans le texte

2011.02.197
et enveloppe
2011.02.198
Lundi 12 janvier 1846


À sa nièce Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé


Image


Un feuillet de quatre pages. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 12 (JANV.) (année illisible); (verso) GRENOBLE, 15 JANV. (18)46.


Vienne Lundi matin

    Je te dois une réponse ma bonne petite Mathilde je n’ai garde de l’oublier, et c’est le cas de te l’adresser aujourd’hui ayant à te faire une relation de nos plaisirs d’hier qui pourra t’interesser je l’espère ; tes cousines t’ont regretté beaucoup à leur réunion elles avaient invités 16 jeunes personnes à gouter, pour tîrer le gateau des rois ; te dire ma bonne petite combien on s’est amusé serait difficile ; depuis deux heures apres midi jusqu’a neuf heures du soir nous avons variés nos jeux à l’infini, jamais mon imagination n’avait été mise à plus forte épreuve mais j’ai eu un succes superbe, j’ai chanté, dansé plus que la plus intrépide ; j’avais il est vrais trois puissantes auxiliaires pour me soutenir, Melle Beranger l’ainée, Marie Pascal, et Antoni Suat [p. 2] et même sa sœur mariée Céline toutes avaient de belles voix qui étaient précieuses pour l’orchestre envain j’avais fait chercher un joueur d’orgue, ou de vieille il y avait fallu se résigner à s’en passer, aussi aujourd’hui j’ai mal à la poitrine ; et pour cause : nous avons goutés à quatre heures et mon immense table offrait un fort joli coup d’œil, la plus petite fille a été reine, rien n’était gracieux et joli comme cette enfant de trois ans la fille de Mr Garcin ; puis venait apres les deux petites Balot dont Marguerite est la bonne elles avaient des toilettes parisiennes délicieuses, nous avons eu a regretter les demoiselles faure elles avaient malheureusement aussi un petit concert hier soir, tu vois ma bonne amie que le carnaval commence bien ici pour les fillettes [p. 3] J’aurai mon tour aussi, mercredi chez la Tante Félicie a une soirée non dansante dit-elle, mais tout le monde s’obstine à croire qu’on danse quand même le 24 je suis invitée à un bal brillant à Lyon chez Mr Ardaillon je ne sais trop encore si nous irons ? comme j’ai une robe à mettre cependant cela pourrait faire pencher la balance, mais nous avons le temps de songer d’ici là.
    puisque le rhume de ta mere est enfin guéri elle doit commencer aussi à sortir un peu, j’espere qu’elle me tiendra au courant de vos plaisirs à son tour
    J’ai reçu une lettre de ton bon papa la semaine derniere ; il allait bien et ne songeait plus à faire une visite à Grenoble ; il m’envoyait la lettre de ton oncle Hector qui j’ai lue avec un grand interet.
    Monique soigne votre Tourterelle de son mieux pour que vous la retrouviez à Paques en bon Etat.
    Adieu Ma chere Mathilde je suis brisée de fatigue ; jamais bal ne m’a fatigueé à ce point le lendemain je me suis couchée à minuit ayant eu [p. 4] ensuite plus tard les dames Beranger et de Loucry pour terminer la soirée la fille cadette de Mr Beranger était une des plus étourdie, et des plus gentilles ; les jeunes gens avaient été exclus sans exception même pour Mr Jacques au grand regret de Josephine qui l’aime beaucoup, mais cela m’aurait obligée à en inviter beaucoup d’autres démons c’etait assez.
    dis à ta mere que j’ai reçu une lettre de ma Tante Auguste sa commission était faite depuis mercredi soir, je lui répondrai, mais j’attends une reponse avant toutes les précautions de prudence ont été prises adieu encore Chere petite le courrier me presse ; Josephine est à sa pension, et Nancy t’embrasse pour toutes deux
    mille chôses à ta mère

A S

[enveloppe]

Mademoiselle
Mademoiselle Mathilde Pal (juge
Rue Neuve
Grenoble

2011.02.199
et enveloppe
2011.02.200
Mardi 26 janvier 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages. Écriture assez négligée. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 26 JANV. (18)47; (verso) GRENOBLE, 28 JANV. (18)47.


    Vienne 26 Janvier

    J’attends une lettre de toi ce matin chere sœur et je commence la mienne quand même, je veus te faire part d’une nouvelle qui aura un peu d’interet pour toi relativement à celui que j’y mets moi même et aussi parce qu’une [mot biffé] juste réparation à une femme calomniée soulage même un indifférent, je pense que tu apprendras avec plaisir la réconciliation complète éclatante étourdîssante de Mme Beranger et de Mme de Loucry, cette charmante et bonne créature s’est conduite avec une générosité sans égale et sa jalouse cousine la reconnue humblement devant témoins !...
Le rôle de cette derniere était tres penible elle me faisait presque pitié aussi lui ai-je aidé de mon mieux, nous nous sommes tous embrassés tres cordîalement [p. 2] comme je le disais en riant à Mme Delporte dont l’éloquence avait triomphée de cette haine ardente et passionnée tout cela fini comme un roman les peres se reconcilient, on s’embrasse en pleurant, et un mariage est la cause et la conclusion !...
    Pour t’expliquer tout cela je te dîrai que Mme et Melle Beranger ont été vaincue par la noble vengeance de Mme de Loucry qui s’est occupé avec un zèle affectueux de marier Melle Mathilde par l’intermédiaire de Mr Delporte sans écouter son juste ressentiment des mauvais procédés de la mere elle a parlé de la fille à propos, et son mariage est conclu avec un Mr d’Haugerouville d’Haugerouville, fils d’un Lieutenant General neveu du Prince de Naplouse et d’autres tres grand seigneurs ce qui flatte extremement Mme Beranger le jeune homme est distingué à l’air modeste et bon il est tres épris de Melle Mathilde [p. 3] il a 31 ans je crois et est a la veîlle d’être nommé Capitaine, sa fortune sera tres convenable, et pour le moment en rapport avec celle de la future, mon mari va faire le contrat, et nous voilà de nouveau au mieux avec Mme Beranger Hier soir j’ai eté témoin de toutes les scènes, et ce soir nous passons la soiree chez Mr Delporte ensemble Mme de Loucry sort d’îci heureuse mais malade des émotions qu’elle a éprouvé hier, je la comprend
Personne ne sait rien encore de tout cela ici, ce sera des coucous à n’en plus finir, mais enfin personne de raisonnable ne peut ridiculiser Mme B il n’est jamais trop tard pour reconnaitre ses torts et c’est un devoir de réhabiliter avec éclat une femme dont a cherché ainsi à perdre la réputation la position sera délicate à maintenir pour Mme de Loucry avec la tete sans cervelle de Mr B. la leçon a été rude ; elle devra avoir une grande resérve [p. 4] assez de mon histoire qui faîre tomber Dada en pamoison.
    Je reçois ta lettres ou plutôt tes lettres à l’instant, comme tu dis il la dentelle est précieuse, notre pauvre Tante ne savait donc que te dire pour écrire deux pages ainsi mais c’est absurde absurde.
Je vais avec elle de déceptions en déceptions ! .... Enfin comme tu dis le dragon de la Tronche fait plus fait de plaisir avec les détails de la reception faite à mon Oncle J’en avais les larmes aux yeux en lîsant ce passage de ta lettre ; pourquoi donc ne t’en parle-t-il pas lui ? Sa femme le bêtifie à ce qu’il parait.
Je vois avec peine partir notre frère pour la Russie il nous donnera encore des inquiétudes à ce sujet, et sa carrière sera bien complète un peu de gloire et pas le sol voila toujours son Lôt, qu’elle vie Bon Dieu ! .....
    Adieu Chere je ne doute pas de tes succès au bal je les connaîssais deja par une lettre de Celine Pion qui en avait reçu une de Mme d’Albeusière mon pere va tres bien m’ecrit elle hier [dans la marge de gauche, de haut en bas] Je vous embrasse tous adieu encore A

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.201
et enveloppe
2011.02.204
Samedi 27 février 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé


Image


Six pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée). Écriture au départ plus ferme et lisible que c’est souvent le cas avec Adèle Suat, mais se dégrade à la fin. Timbres postaux: voir le commentaire sur l’enveloppe.


Vienne Samedi 27 Février

    Au lendemain de bal c’est admirable d’être capable d’ecrire six pages, et de renoncer de plus à une promenade par un beau, et tiéde soleil, merci donc Chere sœur de cette preuve d’amitié, Mr Alfred m’apportat ta lettre en arrivant, il me dit qu’il avait causé longuement avec toi de Vienne, je me doute qu’il a du te dire une foule de chôses plus ou moins éxagerées, il commence à avoir ici une réputation de bavard dangereux par sa legereté et sa présomption
    J’eus la jouissance de lui voir river ses clous il y a quelques jours par une parente de Mme Dutriac momentanément à Vienne et qui l’entendait déblaterer ridiculement sur la famille B et de L. sachant pourquoi sur tout lui répondait admirablement j’en riais en dedans. Le fait est qu’il se conduit mal avec Mme de L. il use, et abuse des renseignements qu’il avait fait prendre sur sa fortune, elle a su [dans la marge de gauche, de haut en bas] Nancy Pion m’a écrit de belles phrases ainsi que sa mère mais suffit !... [p. 2] de Soissons qu’on avait pris des informations et Mr Alfred s’est chargé de lui faire deviner pour qui ? elle est furieuse contre lui ..... quand à sa manière d’être avec ses parentes B, maintenant tout est comme je le désire, elles se voyent peu et tres convenablement il parait que la pauvre femme avait été étourdie par ce changement subit et avait un peu perdu la tête ; ces positions fausses vous entrainent à des maladresses tres souvent ; le jeune menage roucoule tres tendrement, leur position de fortune est convenable d’apres ce que me dis Marc si ce n’est point un mariage brillant ce n’est point non plus une folie et les parents ont agit sagement en acceptant ce jeune homme. Nous avons eu plusieurs réunions tres gentilles en l’honneur des époux chez Mr Delporte et chez Mme de Loucry Jeudi dernier nous abandonnons tout a fait la société Faure Marc ne peut pas s’y souffrir pour plusieurs raisons je le comprends à merveille et il se plait beaucoup au contraîre dans nos petites soirées si gaies, et ou [p. 3] nous sommes accueillis l’un et l’autre avec un empressement affectueux.
Je causai longuement du voyage d’Hector en Russie avec Mme Delporte jeudi soir elle me rassurat complêtement sur les dangers et la longueur de la route d’apres son opinion sur la cour de Russie notre frère reviendrait chargé de roubles, la lettre du roi de Prusse lui sera precieuse pour son introduction aupres de sa sœur, Mr Delporte admire beaucoup le talent de notre frère, et certainement si la famille de sa femme pouvait lui être utile à St Pétersbourg j’oserais lui demander des lettres et des recommandations ; mais Hector est si peu disposé à rien faîre comme un autre que ce ne serait que comme nécèssité que je le lui proposerais ; son souvenir me faît plaîsir, je pense comme toi que le ton affectueux de sa lettre au moment de s’eloigner de son pays vient de sa rupture avec sa prémisse ; je voudrais en avoir la certitude peut être mon Oncle saura-t-il me dire quelque chôse à ce sujet [p. 4] il sera ici du 4 au six, j’ai reçu hier une lettre de lui pour m’annoncer leur arrivée avec sa femme ; ils me donneront un jour en passant, il est d’une tristesse extrème ; le moment de quitter son régiment lui fait éprouver un serrement de cœur affreux, heureusement dit-il, dans cette derniere épreuve si douloureuse pour moi l’excellente amie est et ne me quittera plus ! ......
    Le fait ma chere que sans sa femme que deviendrait ce pauvre Oncle à l’heure qu’il est ? ou irait-il porter sa liberté, et son isolement ? quelle différence de position pour lui nous lui avons menagés au contraire ; une bonne et excellente femme ; un intérieur confortable, une famille empressée et aimable un riche avenir, mais c’est un coup providentiel j’en suis toujours plus convaincue ; je te raconterai longuement toutes les observations que ce jeune ménage m’aura suggeré je l’attends împatîemment
    Je répondis à mon Oncle hier courrier par courrier comme il me le demandait et j’envoyai sa lettre à mon pere par Billiat qui était venu chercher [p. 5] un nouveau chargement de charbon ; ne l’attendant nullement il me fit une horrible frayeur en le voyant entrer à six heures du soir je ne mis pas en doute qu’il ne vint me chercher, et que mon pere était malade J’en gardai de l’animation toute la soirée tu aurais fait comme moi.
    Monique m’a envoyé d’excellentes provisions de beurre et d’œufs que je reçois toujours avec un nouveau plaisir.
    Mon pere m’ecrivait quelques lignes il est un peu enrhumé dit-il mais cependant Billiat me dit qu’il allait au Chuzeau tout les jours et qu’il ne paraissait pas trop triste
    Ce pauvre père a été charmé de la lettre que ma Josephine lui a écrite la semaine derniére le fait est que ce n’etait pas mal pour la premiére, son écriture est déja formée ; je lui dictais les lettres seulement et ce fut tres lestement fait, il fallait voir sa joie et son orgueil de ce chef-d’œuvre et les remerciements de son grand pere hier à ce sujet l’ont achevée.
    [p. 6] Je t’approuves fort de ne point mener Mathilde dans le monde c’est trop tôt encore le voisinage d’Eudoxie doit être précieux pour toi, j’ai aussi pour ma part d’excellentes voisines le dimanche gras Mr Givors nous donnat un thé charmant. Ta belle sœur est venue me voir cette semaine mais j’etais sortie nous sommes toujours sur le même pied ensemble.
    Mr B vient de perdre son procès avec Mme Raymond sœur de Mr Almaros, cette derniere propôsait de traiter îl y a quelques jours mais Casimir son avocat a empeché cet arrangement, il est blâmé par tout le Barreau, parce qu’il ne convenait nullement à sa cliente de courir des chances ; et si Mr B en appelle à Grenoble et à Paris ce sera des frais terribles. Mais Mr Faure ne permet jamais qu’on traite il est comme par tout les gens d’affaires il faut plaider avec lui à mort.
    Je vais apres demain à Lyon pour passer la journée avec Mme Monet qui va repartir pour l’Abergement et qui m’attend avec impatience il y a un siècle que nous ne nous sommes vues.
    Adieu Chere Sœur assez babiller je ne suis pas en reste avec toi, et mes pages se noircîssent avec une incroyable rapidité Marc veut que je le rappelle à ton souvenir et à celui de Camille Je vous embrasse tous ton affectionnée sœur. 

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.202
et enveloppe
2011.02.203
Jeudi 25 mars 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 25 MARS (18)47; (verso) [GRENOBLE], * MARS (18)47 (très peu lisible).


    Vienne Jeudi

    J’ai eu de tes nouvelles par Mme Almaros Chere sœur, j’ignorais son arrivée à Vienne lorsque je la rencontrai par hasard chez sa Tante Casimir, laquelle voulut bien nous engager à passer la soirée avec sa niece avant hier, Mr Almaros vint causer longuement avec moi il s’étendit avec entrainement sur ton esprit et ta bonté, et le charme que ta société donnait à tes reunions de famille ; il fit plus ainsi plus que sa femme il t’accusat d’une charmante pièce de vers envoyée à l’occasion de la fête de Mme Charmeil sans signature !.... tu en est bien capable Chere sœur, aussi n’ai-je pu que répondre que je n’etais point dans le secret de tes poësies anonymes : J’ai trouvé Mme Octavie plus jolie que jamais elle a repris beaucoup, sa santé parait meilleure [p. 2] Je me suis empressée de l’en complimenter sachant par expêrience qu’il y a plus de gens prets à remarquer votre changement en mal qu’en bien.
    Elle doît m’envoyer sa petite fille pour que je lui paye aussi un juste tribut d’admiration ; à propos de fillettes je te dîrai que les miennes ont été très touchées dimanche d’être invitées comme des grandes personnes chez Mme Delporte sans moi, tes charmantes robes paille ont fait leur toilette [mot biffé], elles sont encore tres fraiches ;
Nous allâmes le soir rejoindre nos enfants qui avaient été fort gâtées et choyées et ne voulaient plus s’en aller, Mr et Mme Delporte aiment beaucoup les enfants, ils en ont un charmant, il est impossible d’être plus gracieuse et aimable que cette charmante femme, son mari est rempli d’esprit et de gaîté, il nous fit rire aux larmes jusqu’a minuit, il a beaucoup voyagé, beaucoup vu [p. 3] et j’ai peu rencontré d’hommes aussi précieux dans un salon pour l’animer, ils sont trop aimables tous deux quand ils partiront il nous laîsseront beaucoup de regrets Hier nous sommes allés en caravane avec eux les de Loucry et Béranger faire une longue promenade à la montagne, Mme Delporte est tombée dans un ravin profond elle aurait pu se tuer, j’etais à quelque distances dans ce moment mais Mme d’Haugerouville a eu une frayeur horrible et son mari bien plus encore il en était pâle comme un mort quand nous les rejoignîmes, Heureusement elle n’a eu que la figure un peu écorcheé par des ronces, et c’est dommage elle est si bien, mon oncle et ma Tante en avait été dans l’admiration, à propos de ce couple ils ne m’ont pas donné signe de vie [p. 4] Je ne sais rien encore d’Hector, et me tarde de savoir son arrivée à St Pétersbourg, il me préoccupe souvent si tu as une lettre je te prie Chere sœur de me [..]envoyer bien vite 
    quand à moi je crois qu’il y a oublié mon éxistence depuis long-temps je doute qu’il rencontre jamais cependant une affection plus dévouée que la mienne ; mais quand on oublie sa femme et son fils on peut bien ne se souvenir de personne au monde ? Mon dieu ma chère que cette pensée est triste.
    Sais tu que Mme Julhiet est de retour définitivement à Valence depuis un mois ? ... elle allait bien.
    Je n’ai pas de nouvelles de mon pere mais je pense que le beau temps lui aide à attendre notre arrivée.
    Adieu Chere sœur ma plume me crispe d’autant plus que l’heure de la poste me presse je ne sais si tu pourras me lire enfin c’est ton affaîre.
    Je t’embrasse en courant ainsi que tout ce qui est autour de toi

ton affectionnée sœur
A S

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.205
et enveloppe
2011.02.206
Mercredi 31 mars 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé





Six pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée. Écriture assez négligée. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 31 MARS (18)47; (verso) GRENOBLE, 2 AVRIL (18)47.


Vienne Mercredi 31 Mars

    J’esperais une lettre de toi ce matin Chere sœur mais la poste ne m’a encore rien apporté, je veux malgré cela t’écrires quelques lignes avant ton départ de Grenoble ; je pense que samedi est toujours le toujours le fixé par toi, et je ne change rien à mes prójets pour Mardi si tu m’envois Antoine.
    J’ai reçu une lettre de mon oncle il y a trois jours, il s’étonne de ton silence à son égard, je pense que depuis il a reçu de tes nouvelles dans tous les cas je lui en aî donné en lui répondant avant hier. Je te dîrai que pour la prémière fois il m’a causée la satisfaction immense de me remercier chaudement de la part actîve que j’avais prise à son mariage ; il a dit que sa femme est adorablement bonne ; et qu’il ne pouvait desîrer une plus douce retraite que celle que nous luî avons ménagée [p. 2] enfin il parait satisfait de son nouveau genre de vie en tout point, je t’assures Chere sœur que ne m’attendant plus à cette expansion de sa part j’en ai été doublement ravie ; le séjour de Mme Augustin à Tournon est à propos aussî dans ce moment il me dit que sa verve et sa gaîté stimule toute la famille elle devait diner chez lui ce jour là, elle a contrebalancé l’influence de la mort de Mr Trachon père.
    J’en étais la de ma lettre quand on vient de m’apporter la tienne ; et je prends la suite de notre conversation sur mon Oncle il n’avait pu résister à m’engager à aller à Tournon ; mais cela d’une manîère si lointaine sî embrouillée que je vois claîrement comme toi combien le pauvre homme souffre de la contrainte qu’on lui impôse à cette occasion ; Louise aussi m’écrivait pour hâter disait-elle la visite que j’avais du promettre, je n’ai rien repondu sur ce chapitre, mon silence [p. 3] tranquillisera ma Tante, la pauvre femme, ignore donc à quel point je suis difficile à déraciner de chez moi ! ..........
    J’esperais que tu aurais des nouvelles de notre frêre, il me préoccupe beaucoup et je me disposais a écrire à son fils également, mais puisque tu l’as fait j’attendrai plus tard il faut 12 jours pour recevoir une lettre de St Petersbourg d’après ce que m’a dit Mme Delporte.
    J’ai reçu samedi un petit carton de la part des dames Pion contenant un caneson pour chacune de mes filles, brodé à application le dessin est mignon ; beaucoup trop joli je t’assures, c’est dommage d’expôser tant de travail sur des épaules si remuantes comme j’écrivais à Celine en la remerciant. Josephine répondait à la lettre de Nancy Pion laquelle lettre avait fait un éffet étonnant, cette attention de la part de ces dames m’aurait fait plus de plaisir sans la sotte [p. 4] conduite de Nancy lors de son voyage à Vienne, je n’aurais pu lui rien écrire d’aimable tellement jai encore sur le cœur sa maussaderie d’enfant gâtée, aussi ai-je preferé adresser mes remerciements à Celine ; Mr Marcel vint nous voir dernierement, il parait qu’il se fixera point à Givors mais à Lyon peut-être ? ....
    Ta belle sœur est donc toujours bien précieuse pour ton salut, ne sois pas jalouse Chère, la mienne ne me dois rien, son petit est [mot biffé] quand elle n’y est fois pas, je viens de la voir, et je m’occupe de la faire habiller, je ne puis m’affranchir long-temps pas plus que toi ... Enfin !...
    J’ignorais le depart de Mr Casimir pour Grenoble ; la petite Almaros est bien Laide conviens-en ?
Son pere m’avait encore parlé bien aimablement de toi en me rendant ma visite, il a un faible pour Mme N. Pal décidement, aussi il a fait ma conquète par ce fait seul ....
[p. 5] Je comptais bien comme toi Chere sœur sur un temps de choix pour cette semaine ; demain sur tout sans préjudice des gelees que la Lune rousse nous reserve pour notre séjour à la Côte ; enfin nous nous chaufferons, et nous parlerons, mais nos pauvres enfants seules en gémiront, dimanche elles ont commencé a être fort chagrines, nous devions les mener en voiture faire une longue promenade aux ruines du Chateau de Montléon Mme Delporte avait arrangé tout cela tres gracieusement, nos deux maris devaient aller à pieds afin que sa voiture put nous contenir avec nos filles ; figure toi que les toilettes étaient faites des robes neuves ; des joies sans fin quand la pluie est arrivée renverser tant de plaisirs en perspectives, Nancy tapait du pied avc une énergie quî me rappelait mes désespoir d’autres fois [p. 6] On se console heureusement du tout une visite aux petites Bâtô a fait diversion ; elles sont fort entrain de leur voyage à la Côte et de voir Mathilde sur tout
    Mon mari viendra nous y chercher seulement il ne pourra nous accompagner, son étude l’occupe, il y a progrès marqués, l’an dernier il a dépassé Mr Gavin ; patience et longueur de temps font beaucoup.
    Adieu chere sœur à bientôt une plus longue causerie ; sais tu que Clemence a perdu son pere ? il lui laisse quatre cents mille francs lui donnant tout ce que la Loi permet ... c’est joliment bien et je m’en réjouis sincèrement pour cette pauvre femme qui a eu une carriere si tourmenteé jusqu’a présent, c’est justice. Allons trève de babillage et adieu définitif

toute a toi
A S

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.207
et enveloppe
2011.02.208
Mardi 20 avril 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé





Trois pages (un feuillet de quatre pages, la dernière vide). Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) LA CÔTE-ST-ANDRE, 21 AVRIL (18)47; (verso) GRENOBLE, 22 AVRIL (18)47.


    La Côte Mardi

Je te remercie des quelques lignes que tu as trouvé le temps de m’ecrire en arrivant chez toi Chere Sœur J’ai vu avec plaisir que [deux mots biffés] les chôses s’étaient arrangés mieux que tu n’esperais en me quittant. Je pense que l’etat de ta belle sœur peut se prolonger beaucoup ainsi, Camille a bien fait de t’engager à profiter du beau temps pour rester a St Vincent.
    Mon mari est arrivé cette nuit je l’attendais avec une impatience fievreuse ; l’ennui m’écrasait bien plus encore depuis ton départ, mon pere n’est pas mal, mais le moment des adieux me serre le cœur et me préoccupe horriblement 
Hîer nous reçumes la lettre d’Hector que je t’envois, comme [p. 2] toujours il est ravi de ses succès ce qu’il y a de positif cette fois c’est les quinze mille francs de bénéfices, encore autant à Moscou ce serait bien beau si surtout il savait ne pas les dévorer.
    Mon pere a été tres heureux de cette lettre ; je te l’envois celles que ton mari t’avait adressé ici nous avons ôté l’enveloppe afin de moins faire de ports.
    Je t’ecris à la hâte mon mari m’attend pour sortir et il y a si long-temps que nous étions séparés que j’ai besoin de réparer une absence toujours si pénible pour moi mon bon Marc m’est arrivé un peu souffrant de la tête la solitude ne lui convient guère pas plus que moi aussi suîs-je toujours tourmentée [p. 3] quand il faut que je le quitte.
    Enfin voila encore une épreuve de passée...
    Les dames Pion vinrent hier soir, la mère étaient tres guindée avec moi, Celine m’a payé ma commission sans insinuations de ma part ce qui avait son prix
    adieu Chere sœur donne moi de tes nouvelles à ton arrivée à Grenoble ; j’aurai a t’ecrire plus longuement aussi de Vienne
    Mes fillettes et mon mari ne veulent pas être oubliés pres de toi, Marc sur tout a été tres attrapé de ne point te trouver ici ainsi que Camille comme il y avait compté
    Nous vous embrassons tous

ton affectionnée sœur
A S 

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.209
et enveloppe
2011.02.210
Vendredi 30 avril 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé





Six pages en tout (une page séparée plus un feuillet de quatre pages). À remarquer que toutes les pages sont numérotées au haut de la page, à droite pour les numéros impairs et à gauche pour les numéros pairs, ce qui semble avec une seule exception pratiquement sans exemple dans les autres lettres d’Adèle de cette collection, et pourrait s’expliquer par les questions de testament et d’héritage familial évoquées dans cette lettre à partir de la page 2, et par la gravité du ton adopté. Le seul autre exemple est la lettre 2011.02.255 qui est numérotée de la même façon, mais sans raison évidente. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 30 AVRIL (18)47; (verso) GRENOBLE, 2 MAI (18)47.


Vienne Vendredi 30 Avril

    Je voulais t’ecrires hier Chere sœur mais mon Marc arrivant de Beaurepaire, je fus dérangée et manquai ainsi l’heure du Courrier, il a laissé sa sœur en assez mauvais état, mais cependant mon imagination était allée plus loin (pour le moment) que le mal, elle se frappe, et s’inquiéte beaucoup de l’avenir de son enfant, la pauvre femme n’a que trop raison ; je ne crois pas possible quelle résiste à l’âge critique ; sa mère y a succombée, et cette idée la préoccupe. Enfin je veus m’étourdir un peu sur toutes ces tristes chôses depuis mon retour de la Côte ; j’en suis écrasée.
    Je t’engage fort ma Chere à t’émanciper un peu avec ta belle sœur, maintenant qu’elle est revenue à son état ordînaire ; ne sois plus si attentionnée autrement tu riverais tes forces, et ta chaine est déja assez lourde ; une journée à St Vincent t’aura fait grand bien pour te rassérener l’esprit la campagne a une influence calmante bien précieuse souvent.
    J’ai reçu une seconde lettre de mon oncle toujours pour ces trop fameux Bracelets îl croit que j’aî voulu lui faire un mensonge officieux en lui disant que 2 orfèvres de Vienne [p. 2] avaient declarés les miens en or et très en or et que ceux de la Côte ne savaient pas leur métier !.... Je suis tenteé de croire que ceux de Tournon sont sur la même ligne puisqu’une Broche de Mme Bergeron a été déclarée fausse aussi ce qui a achevé d’exasperer mon Oncle ; je lui ai donc repondu encore hier en ajoutant la decision de ceux de Grenoble ainsi je pense que ce sera une affaire finie.
    Pour terminer aussi ma chere une autre explication plus grâve au sujet des projets de notre pere ; il nous a semblé clair que votre opinion n’était point conforme à la nôtre sur la nécèssité de le maintenir dans la disposition de ne point faire de Testament puisque Camille ne veut point provoquer une ouverture qu’il lui fera sans nul doutes comme à mon mari .... nous restons convaincus malgré la versatilité des idées de mon pere qu’il cèderait aux observations réunies de ses deux gendres qui seraient pour le bien et l’égalité de tous.
    Quant à ce que tu me dis au sujet de Louis ; nous serions parfaitement disposés aussi à ce qui pourrait assurer l’avenir de ce pauvre enfant, mais mon [p. 3] mais mon mari pense que ce n’est point avec des dispositions Testamentaires qu’il est possible d’assurer la conservation des bîens d’Hector à son fils. On aliéne aussi facilement une rente qu’un capital quand on entend les affaires sur tout comme notre frère qui ne songe jamais qu’au moment présent sans nul souci des conséquences.
    En supposant même qu’il consentit à recevoir censément sans les compromettre les 2,000 f de rentes dont tu parles, cette charge pour l’un de nous ne servirait probablement qu’a lui donner plus de facilité pour satisfaire certains gouts dispendieux, sans être d’aucun profit pour sa femme et son fils ; il faudrait d’autres moyens qu’un Testament je le repéte pour obtenir le resultat désirable.
    Pour un nouveau nous sommes payé pour le redouter notre Lôt dans le précédent était si écrasant malgré l’intention formellement exprimée par mon pere d’être égal pour tous que nous regardons comme impossible qu’aucun de nous n’eut à souffrir de ses illusions de propriétaire.
    Si cependant il devait être assigné à Hector une part exceptionelle, îl me semblerait juste et sage que ton Lôt et le mien fussent tirés au sort, dans ce cas nous serions surs de ne pas [p. 4] récriminer, nos chances étant égales, et cela est si vrai que tu me dis dans ta derniére lettre que la part qui t’etait assignée ne te convenait pas tandîs que nous nous en serions parfaitement contentés.
    Je suis surprise que l’étrange clause de la maison en commun qui vous choquait si fort tous deux jadis ne soit pas dans la Balance un poids pour vous faire desirer comme à nous
    Tu nous a bien mal compris Chere sœur si une phrase de ma lettre a pu te faire croire que nous faisions l’injure (c’est bien le mot certainement) à Camille de vouloir influencer mon pere contre nos intérets, nous connaissons et apprécions sa délicatesse de sentiments mieux que qui que ce soit ; tu n’auras certes jamais à le défendre vîs à vis de nous de chôses pareilles ; nous avons simplement voulu dîre ce que je te repète encore c’est qu’il doit avoir plus de facilités qu’aucun de nous d’agir sur son esprit en émettant certaines îdées génerales d’administration en causant terres, prés et vignes sujet de conversation favori de mon père, il peut juger facilement ainsi des convenances, et appréciations [p. 5] de ton mari et agir en consequence parce qu’il desire lui être agréable avec raison et qu’il a une grande confiance en ses opinions
    Je persiste à regretter qu’il est facheux que vous ne soyez pas complêtement de notre avis, mais aumoins nous avons été francs vis à vis les uns des autres ; et si nous insistons c’est que nous avons deux enfants aulieu d’une dont l’avenir nous préoccupe et aurait été compromis.
    Ta belle sœur est venu me voir dimanche. elle me dit que d’apres ta lettre leur voyage était arreté pour le 31 Mai je pense que cela te vas ?
    Je crois que son mari a été tres vèxé de ce retard, et qu’elle a eu à lutter pour l’y décider ; mais l’essentiel pour toi c’est que tes projets ne soient pas dérangés
    Clemence est de retour j’allai la voir avant hier elle a eu bien de l’ennui pendant son séjour à la campagne ; Mr Corlès vint faire casser le Testament du pere ils vont donc plaider, je comprends les conséquences pénibles que cela aura pour elle et la plains
    [p. 6] J’ai écris à Hector dans un paquet que Mme Delporte adressait à Petersbourg, Mr de Chriptzin lui remettra une lettre si il est encore dans cette ville ; peut être cette famille pourra lui être utile.
    Je viens d’avoir a l’instant des nouvelles de mon pere par Antoine il va bien je lui avais écris dimanche par Laurent Pion.
    Adieu Chere sœur j’ai la main et la tête fatiguée et je finis en t’embrassant affectueusement ainsi que tout les tiens

A S

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.211
et enveloppe
2011.02.212
Lundi 24 mai 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé


Image


Un feuillet de quatre pages; texte parfois incohérent à cause des nombreux ajouts en marge verticalement aux pages 1, 3 et 4. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 24 MAI (18)47;  (verso) GRENOBLE, 25 (MAI) (18)47.


    Vienne Lundi matin

Quelle chaleur atroce Chere sœur, vous devez fondre à Grenoble autant que nous, si ce n’est plus, je te plains de ne pouvoir aller respirer à St Vincent, d’apres les arrangements de Monseigneur l’Evèque tu seras retenue à la ville indéfiniment mais ce que je ne m’explique pas c’est que ta fille n’aye pas été confirmée l’an passé ?...
Ou bien ai-je mal compris et la première communion qui devait avoir lieu à la Trinité est-elle [mot biffé] retardée aussi à cause de l’absence de votre Evèque, et en cela te contrarie pour le renouvellement de Mathilde ? Comme qu’il en soit je comprends combien il est vexant pour toi de ne point aller jouir de tes fleurs et de tes cerises, et de te décharger un peu de Mme Pochin sur tout.
    J’ai vu hîer Mme Félicie, je la retrouverai le soir chez Mme Fornier ou il y a une petite réunion avant le depart de ses filles pour la campagne, Mme Casimir est malade depuis deux mois [dans la marge de gauche, de bas en haut, continuation du texte de la marge de droite de la dernière page] des mines de zinc à la Prepe a 2 kilomètres de Vienne avec 6,000 fr d’appointement fixe [dans la marge de droite, de bas en haut, continuation du texte de la marge de gauche] sa femme n’aura plus d’excuse si elle ne vient pas habiter à Vienne avec lui [p. 2] et maigrie, fondue c’est le mot, on ne voit que ses grands yeux, il parait qu’elle a eu une petite fièvre muqueuse et ne peut que tres difficilement reprendre ses forces, la campagne achevera de la rétablir elle espère ; mais elle se soigne mal ses enfants lui donnent trop de peine, elle abuse de son énergie.
    Je viens de recevoir quelques lignes de mon pere, malgré la chaleur il ne va pas mal, mais elle m’inquiète pour lui, je viens de lui repondre par un homme de la Côte, je lui parle longuement d’une lettre d’Hector que j’ai reçue avant hier à ma grande surprise il avait eue la tienne a son retour a Petersbourg et se plaignait de ton laconisme .... la mienne s’est croisée probablement, il m’en parlerait Son séjour à Moscou a été avantageux il avait donné la veille son second concert ou il y avait salle comble
    La grande duchesse lui avait fait la galanterie de faire executer pour lui une Messe à la chapelle imperiale qui l’avait transporté d’enthousiasme les Chanteurs de la Chapelle Sixtine à Rome [p. 3] sont moins que rien en comparaison les Russes ont des voix et une perfection de méthode impossible à trouver nulle autre part, la pompe et la solennité du culte Grec l’avaient fort impressionnées ses nerfs en étaient encore malades
    Il comptait donner encore un concert avant de quitter la Russie ; il pensait que l’Imperatrice y assisterait
    Le roi de Prusse lui a fait écrire pour l’engager à s’arreter à Berlin pour y faire éxecuter dans la salle de l’Opera qu’il met à sa disposition son dernier ouvrage de Faust ce qu’il accepte avec entrainement.
    Il est question d’une magnifique place pour lui à Petersbourg de Surintendant de la Musique Russe Théatres, Chapelles, etc etc Mais cela offre des difficultés qu’un mot de l’empereur leverait le dira-t-il ? J’en doute notre frere n’est pas chanceux, il n’y faut pas compter.
    Il doit aller a Berlin maintenant, et nous engage a lui écrire poste restante dans cette ville [dans la marge de gauche, de bas en haut] J’avais vu Alexandre Rocher qui m’avait raconté l’affreuse maladie de sa pauvre sœur [p. 4] J’ecrirai a son fils cette semaine Mr Delporte allant passer quelques jours à Rouen me promet de le voir et de le faire sortir à la prefecture, ce sera un bonheur pour le pauvre enfant Nous aurons ainsi de ses nouvelles avec détail, ce qui nous fera plaisir.
Je te remercie Chere sœur des demarches que tu as bien voulu faire pour obtenir une permission de visiter la Bastille, nous avons du temps Mr et Mme Delporte ayant le voyage innatendu de Rouen à faire avant celui de Grenoble.
dis à Mathilde que j’ai insinué le cadeau d’un délicieux mantelet nouveau genre comme j’en ai vu beaucoup à Lyon es*** a des jeunes filles, je ne si le prix ne fera pas reculer l’empressement de sa Tante Félicie, elle se rabattrait alors sur un en mousseline, avec festons ainsi n’achetez rien je vous avertis dans ce genre ; ses nieces ont eu hier un grand succès avec les robes bleues et leurs chapeaux garnis Ydem c’etait à croquer et tres comme il faut je t’ai renvoyé l’honneur de leur toilettes Adieu Chere la chaleur me tue merci de ces details sur Tournon j’en attendais avec empressement [dans la marge de gauche, de haut en has] J’aimerais a savoir tailler la vigne à notre bon Oncle nous vous embrassons tous [dans la marge de droite, de bas en haut] Celine n’accouche point son mari vint hier nous voir il est nommé directeur [le texte continue dans la marge droite de la première page]

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.213
et enveloppe
2011.02.214
Mercredi 16 juin 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé





Six pages en tout (une page séparée plus un feuillet de quatre pages). Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 16 JUIN (18)47; (verso) [LA COTE-ST-ANDRE] (illisible).


    Vienne Mercredi

    D’apres ce que m’a dit de ta part Mr Gagnon Chere Sœur tu seras demain à la Côte ; cette petite visite sera une agréable surprise pour mon pere dont tu me demandes des nouvelles détaillées. 
    J’ai pensé qu’en t’écrivant chez lui ma lettre ferait coup double et serait mieux ainsi.
    Mon mari est mieux aujourd’hui sa tête est plus libre beaucoup et je me sens soulagée d’un poid énorme, car depuis ma derniere lettre j’ai été inquiète et triste plus que je ne voulais dîre les sang-sues avaient beaucoup remués Marc, et îl avait le sang à la tête affreusement ce qui le tourmentait bien fort, maintenant il n’eprouve plus cela le medecin est venu ce matin et m’a dit qu’avec un peu de régime (îl ne mange que de petis potages) dans deux jours il serait à son ordinaire, j’en ai [p. 2] grand besoin Chere sœur car j’etais plus malade que mon bon Marc et bonne à rien. pour me remettre ma belle sœur m’arrivat en surprise Lundi matin, la vue de sa lamentable figure me fit mal bien mal avec mes préoccupations inquiètes, enfin mon mari eut du plaisir à la voir et mieux portante alors le prémier moment passé j’ai été bien aise de sa visite elle est déjà repartie du reste ; je n’avais pas besoin d’embarras extra.
Ma cuisinière se Marie Mercredi je ne m’attendais nullement à cela cette surprise ne m’allait guère ; avant hier elle veut faire faire son contrat a l’Etude ; juge de notre étonnement l’indisposition de mon mari m’a tellement absorbée que je n’ai pu m’occuper d’en chercher une [p. 3] on m’en presente de trop jeunes et je ne sais comment me pourvoir ta Marie ne m’en connaîtrait-elle point a Vizille ?
Il vint hier une nommée Clavel des Meuniéres qui sert ici dans un magasin prie Monique de s’informer d’elle chez Julien ou elle a travaillé Lingère m’a-t-elle dit l’an passé
    Je n’aime pas les filles de la Côte et cela me tentera peu
    Je t’envois Chere sœur deux lettres de Louis tu verras si celle de mon pere peut être remise sans craindre de le contrarier Je ne sais jamais ce qu’îl faut faire à ce sujet depuis les reproches si [mots biffé] que j’avais reçu une fois en ayant cru de faire plaisir.
    Mme Delporte m’a dit que Louis était toujours bien rouge et petit petit ; ... le proviseur est peu [p. 4] satisfait des personnes qu’Hector a chargé de faire sortir son fils une entr’autres m’a dit Mr Delporte a une reputation telle à Rouen qu’il est de la derniere imprudence de lui confier un enfant ce Mr Soubiran le directeur du théatre a une conduite scandaleuse et de plus sa vie est un roman comme on écrit pas c’est un homme tres intrigant tres dangereux, sans aucune probité ; sa femme la veuve d’un general est pire encore n’y a-t-il pas de quoi trembler chere sœur de voir notre pauvre neveu confié a de pareilles gens, et comment empecher cela ? Mr Delporte ne voudrait pas qu’on pu se douter qu’il a parlé de cet homme. J’ai pensé alors que peut être mon Oncle Marmion pourrait écrire a Hector à ce sujet comme [p. 5] en ayant été informé par une de ses connaîssances ; Louis lui a écrit aussi une assez gentille lettre qui je vais lui envoyer.
Mme Delporte a été enchanté de cet enfant sous tous les rapports. elle a été assez bonne pour apporter à mes fillettes deux charmantes robes en batiste rose brodées en blanc avec des Boutons camail et mouchés assorties c’est délîcieux, cette attention m’a confusîonnée ; elle a attaché beaucoup trop de prix aux soins que j’ai prîs de son petit pendant son absence
    Nancy est ravie de sa robe à boutons, comme une dame on gâte ces cheres petites.
    Je pense chere sœur que tu as eu ta part d’embarras pendant quelques jours les invitations n’ont pas manquées à ta belle sœur elle me contera cela 
    [p. 6] Je n’attends pas de lettre de toi avant ton arrivée à la Côte méne tu Mathilde c’est ce que j’ignore.
    Je t’écris en courant, d’ailleurs l’heure du courrier me presse pensant que tu ne feras une tres courte visite à la Côte je ne voudrais pas que ma lettre fut apres toi chez mon pere.
    Adieu je te charge d’embrasser tendrement mon pere mes amitiés aux dames Pion

toute à toi
A S

    J’ai su qu’Hector avait reçu ma lettre à St Petersbourg deux jours avant de quitter cette ville

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
chez Mr Berlioz
La Côte St André

2011.02.215
et enveloppe
2011.02.216
Vendredi 9 juillet 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 9 JUIL (19)47; (verso) GRENOBLE, 10 JUIL. (18)47; VOREPPE, 11 JUIL. (18)4*.


    Vienne Vendredi

Je me persuade que j’aurai peut être une longue lettre de toi ce matin Chere Sœur, et que tu auras profité du calme de ton cher St Vincent pour causer un peu avec moi, je jouis de te sentir sous tes frais ombrages arrosant et soignant tes fleurs si long-temps abandonnées bien contre ton gré, mais qui est ce qui arrange sa vie comme on le voudrait ? ce n’est certe pas moi chere sœur car depuis un mois je me tourmente si fort que je n’en suis plus bonne à rien, depuis ma derniere lettre il y a cependant une grande amélioration dans la santé de Marc, le jour même ou je l’ecrivis la fievre le quitta ... hier il a eu à l’heure ordinaire un leger ressentiment et mal à la tête mais le medecin pretend que ce n’est rien et que la maladie est finie qu’il faut seulement changer d’air absolument et faire un petit voyage en conséquence nous partons demain [p. 2] pour Lyon et probablement nous irons passer quelques jours aux eaux de Charbonniére boire les eaux et prendre l’air de la campagne et de la distraction si necessaire à mon mari dans ce moment il est irrité, impatient ennuié de tout à un point extrème ce déplacement l’impatiente, ses affaires le préoccupent bien que ce soit le moment le plus propice à s’absenter de toute l’année
il change à chaque instant d’avis et je ne sais comment, ni ou nous irons, mais je te promets ma bonne sœur que je suis bien ennuiée, cependant je devrais jouir du mieux de mon mari, mais ce qui me gâte cette jouissance c’est qu’en dépit du medecin il ne se croit pas en convalescence, et se desole de la longueur indétermineé de cette indisposition, comme il souffrait de sa tête encore hier il en etait triste à me nàvrer, il commence un peu à manger de la viande nos promenades en voiture lui [p. 3] font beaucoup de bien et de plaisir ce qui me prouve que le medecin à raison d’insister pour un déplacement Je viens d’ecrire à mon pere avec l’ancre la plus noire et les lettres les plus énormes possible.
Mme Pion est venue avec Nancy cette semaine pour louer un appartement enfin à Céline et acheter son mobilier, elle sera bien à la campagne avec son poupon ; dans une maison un peu plus loin que celle de Clémence chez un jardinier, l’Eté ce sera agréable mais l’hiver un peu loin.
    Croirais-tu que Nancy n’est point venue me voir avec sa mère c’est une grossieretée un peu forte je n’en revenais pas, et je ne comprends pas comment sa mere n’a pas éxigée qu’elle fît cet éffort !. d’autant que les ayant rencontrés le matin je ne pouvais ignorer qu’elle fut à Vienne ; d’honneur cette jeune fille est adorable aussi n’ai-je point dit un mot d’elle à sa mère ......... [p. 4] Je te renvois la lettre d’Hector comme tu le desires les détails qu’elle renferme nous ont interressés mais il est incroyable avec son inquiétude tardive sur son fils, le moyen bien simple d’avoir de ses nouvelles était de lui écrire directement en lui donnant son adresse que le pauvre enfant ignorait.
    Ton beau frere est parti pour Cette Lundi il vint nous voir Dimanche mais nous étions sortis en voiture. Il parait que mon pere n’a pas trouvé à vendre ses cocons et qu’il fait filer je ne comprends pas trop cela.
    On a vendu les nôtres 2 f à Beaurepaire mais ils ont beaucoup diminués ensuite
    Le courrier ne m’apporte rien de toi mais une lettre de mon oncle qui me demande des nouvelles de mon cher mari, il parait decidé à aller à Pointières avec sa femme aux vacances et en attendant cherche un compagnon de voyage pour Beaucaire si cela ne coutait rien nous ferions bien sa partie mais l’argent ce maudit argent met des entraves toujours
    Adieu Chere je te quitte pour lui repondre j’embrasse Mathilde elle doit être bien heureuses au milieu de son troupeau ; je mène Josephine avec nous à ma grande contrariétée mes amitiés à ton mari     toute à toi     A

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Voreppe
près Grenoble
Isère

2011.02.217 Samedi 25 septembre 1847 À son père Louis-Joseph Berlioz Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages avec l’adresse à la dernière. Timbres postaux: VIENNE, 25 SEPT. (18)47 (peu lisible); LA-COTE-ST-ANDRE, 26 SEPT. (18)47.


Vienne Samedi

    Antoine a du vous dire Cher Pere que nous avions fait un excellent voyage ; je l’avais chargé d’un paquet de revues et de deux Musées des familles, il me reste encore deux revues Britanniques et autant de Magasins pittoresques.
    Je voulais vous envoyer du vin de Frontignan par son occasion ; mais j’ai eu la sottise de ne m’en souvenir que lorsqu’il a été parti, j’espère être moins maladroite une autre fois.
    Hector et son fils nous ont quittés Jeudi a 6 heures nous etions allés les embarquer au chemin de fer de Givors pour rester le plus long-temps possible ensemble et faire une promenade agréable les adieux sont chôses si tristes qu’on éprouve le besoin de s’etourdir et de se distraire. j’en ai encore le cœur bien gros.
    Mr Casimir voulait avoir Hector jeudi a déjeuner a Reventin ; mais avec Mr Ponsard et Mr de Frenville [p. 2] mais apres avoir accepté sans reflexions il ecrivit un mot d’excuses ayant trop peu de moments à passer avec nous pour nous en enlever la moitié Louis etait déja tres bien installé chez nous, et ses cousines bien heureuses et bien fiéres de lui faire admirer leurs joujoux, et surtout qu’il daignat en accepter quelques uns pour les emporter. Elles ont pleurés en le voyant partir, ce cher petit etait si bon et si complaisant pour elles.
    Je pense que mon Oncle et sa femme vous font de nombreuses visites cher pere et remplacent tres bien ainsi le vuide des prémieres partant, ils ont un temps à souhaits pour leur séjour à Pointieres ; je regrette bien de n’avoir pu jouir aussi de leur agréable visite ; mais il est rare que les chôses s’arrangent comme je le desirerais ; j’avais pensé vous laisser mes enfants encore quelques jours [p. 3] mais mon mari en paraissant contrarié j’ai cedé à son desir de les ramener avec nous.
    Madame Pion vient de venir me voir, et l’heure de la poste ne me laisse maintenant que le temps de finir en vous embrassant brusquement mais non moins tendrement ainsi que Nancy et Mathilde

votre affectionnée fille
A S

[p. 4] [adresse]

Monsieur
Monsieur Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.218
et enveloppe
2011.02.219
Jeudi 28 octobre 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé





Six pages en tout (une page séparée plus un feuillet de quatre pages). Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 29 OCT. (18)47 (année presque illisible); (verso) LA CÔTE-ST-ANDRÉ, 30 OCT. (18)47.


    Vienne Jeudi

    Je reviens Chere Sœur du Bateau à Vapeur embarquer notre cousin ; hier il ne trouvat pas de place à la diligence et îl a mieux aimé perdre les arrhes de la semaine passée que de courir encore cette chance ce soir les contrariétés ne lui ont pas manquées grace à son espoir tardîf de te voir, il se serait consolé de tout si aumoins il avait fait ta connaissance son voyage a été manqué et aurait été trop complet avec toi, il m’a chargé de te le repeter encore
    Je comprends qu’il n’y avait pas possibilité pour [mot biffé] ce que tu quittasses mon pere dans ce moment, comme tu dis la maladie de Jenny n’est point un chagrin de cœur mais un ennui une suite de chôses hérissée de difficulteés, puis l’etat de cette pauvre jeune fille est un bien triste spectacle sous tes yeux, je comprends que sa mere devaît être prévenue absolument [p. 2] Sa sœur Marguerite voudrait partir pour aller la voir, elle se desole ; mais je n’ose l’y encourager dans la crainte que tant de monde ne trouble encore un peu plus mon pere et Monique Je te felicite d’avoir Mr Rabin les secours comme medecin de notre pauvre pere ne peuvent plus compter avec son état de santé.
    Tiens moi au courant je te prie avec éxactitude de ce qui vous adviendra de tout cela.
    Mon mari est un peu moins souffrant mais au moment ou j’ecrivais cette ligne il rentra en se lamentant de nouveau voila ou j’en suis aussi ma Chere ; pour me remonter le moral ma belle sœur arrive apres demain s’installer ici dans un appartement garni ... je vois à cette occasion se dérouler devant moi une source de tribulations dans l’Etat ou est cette pauvre femme c’est à trembler d’un jour à l’autre ; et je n’aurais pas besoin d’avoir sous les yeux de si tristes chôses dans la disposition de mon esprit [p. 3] comme tu dis à chaque jour suffit sa peine mais la vie passe comme un tourbillon d’orages
    Pour ne point te faire renoncer à aller à Tournon j’avais supprimé deux pages de ma derniere lettre ou je te racontais à mon arrivée l’impression violente que notre Tante avait reçu de la mort de Mr Falconnet, je me suis trouvée excessîvement mal à l’aise chez elle ce jour la et aurait voulu repartir de suite à cause de mon Oncle il fallait lui cacher un peu ce qu’il en était et l’absorber sur tout soit pour laisser à sa femme la liberté de sa douleur soit pour qu’il n’en eprouvat pas lui même une facheuse impréssion ....
Ma Tante ne voulait pas me dire un mot de son chagrin je n’insistai pas, [mot biffé] ses sœurs me questionnaient beaucoup pour savoir si mon Oncle m’avait dit quelque chôse à cette occasion, mais lui non plus ne disait rien notre pauvre cousine venait dans [p. 4] me faire part aussi de ses observations et de son desir de repartir avec moi ma Tante malgré tout son empire sur elle était dans un Etat à faire pitié elle ne mangeait plus rien et avait l’air d’avoir la fiévre je la voyais très peu sortant beaucoup avec ses sœurs et mon Oncle exprès le matin je restais jusqu’au déjeuner dans ma chambre ... Je crois que ce qui l’avait affecté beaucoup c’etait d’avoir eu une réunion chez elle le dimanche même ou il était mort (elle l’ignorait) à sa place j’aurais été aussi tres navrée d’une pareille coincidence. 
Il serait trop long ma Chere de te mettre au courant de tout ce que j’ai éprouvé à cette occasion ; dans la fausse position ou je me trouvais dans l’anxieté de la famille etc etc enfin deux jours plus tard j’aurais été à l’abri de tout cela, l’apropos était vexant, peut être pour mon Oncle notre présence a été opportune la famille le regardait ainsi je crois je voulais devancer mon depart, impossible [dans la marge de gauche, de haut en bas] Je pense que ta belle sœur arrive car je viens de voir son appartement ouvert [p. 5] mon Oncle s’obstinait, et mon embarras était si grand que je ne pu lui resister .... Louise a du prévoir tout cela et t’en parler, je lui répondraî dans quelques jours quand elle sera installée chez elle 
Notre cousin était aussi tres curieux de la voir en ayant tant entendu parler à mon Oncle et à tous mais sa mauvaise Etoile devait tout arranger autrement, il ne s’arrête point à Tournon comme tu penses aujourd’hui. il s’est chargé avec grand empressement d’acheter le vin de Frontignan de mon pere le marchand de mon mari n’en ayant plus l’occasion était à souhait d’autant mieux qu’il connait des personnes quî feront cela sur place aussi bien que possible, le tonneau de 50 Bouteilles environ sera expedié directement à Vienne d’ou Billiat pourra l’emporter en venant chercher du charbon prochainement, Marc a recommandé d’expedier de suite, mais ce ne [p. 6] ne sera peut être pas avant quinze jours ou trois semaines, en attendant j’enverrai encore des notres à mon pere s’il veut mais nous n’en avons pas 25 comme il le voudrait.
Les marrons ont du être expedié aujourd’hui mais ils sont tres très cher comme j’avais prévenu ; je n’ai pas la note éxacte ma belle sœur me l’apportera ...
J’ai reçu à Tournon une lettre de Louis dont j’ai été fort peu satisfaite ; il se plaint beaucoup et ne veut rien faire tant qu’il sera à Rouen ? je puis tres fort présumer d’apres sa lettre qu’il y a eu à son départ quelques scènes à son occasion entre son pere et sa mère ; il me dit que cette derniere est malade, et qu’a cause de cela elle voulait le garder à Paris ; îl croit que son pere pourrait obtenir ce changement
    Je devais lui répondre pour le raisonner à ce sujet et le prendre par les sentîments pour le faîre travailler comme il me l’avait tant promis en partant.
    Adieu Chere je vous embrasse tous [dans la marge de gauche, de haut en bas] Je viens d’apprendre que Marguerite est partie je lui aurais donné ma lettre

[enveloppe]

Madame
Madame Pal chez Mr Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.220
et enveloppe
2011.02.221
Dimanche 21 novembre 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé


Image


Un feuillet de quatre pages. Écriture plus régulière et lisible que d’ordinaire. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 21 NOV. (18)47; (verso) LA CÔTE-ST-ANDRÉ, 22 NOV. (18)47.


Vienne Dimanche 21

    Je te remercie Chere sœur de m’avoir envoyé la lettre d’Hector, elle m’a fait grand plaisir, je redoutais pour lui des déceptions et son début à Londres en a été aumoins éxempt esperons que la suite sera de même je pense qu’il a donné de ses nouvelles à son fils et que le pauvre enfant sait maintenant ou adresser ses lettres
    Mon pere a du être satisfait des détails donnés par Hector il a pu s’y interesser d’autant plus que d’apres ce que tu me dis sa santé est un peu moins mauvaise et sa tristesse moins écrasante ; je n’ôse trop me féliciter de cette bonne nouvelle dans la crainte qu’a l’heure qu’il est il n’en soit déja plus ainsi, ton départ va être une grande épreuve ; je pense que la fin de la semaine te verra installée à Grenoble il doit te tarder de prendre tes quartiers d’hiver chere sœur, ta bonne chambre bien chaude bien gaie te sera douce en quittant celle que tu occupes à la Côte si triste et si incommode.
[p. 2] nous eumes un instant hier soir Mr Alfred il partait pour Grenoble pour aller voir son frère, mais le colonel revenu d’afrique sans être nommé Maréchal de Camp c’est une si cruelle déception pour cette famille qu’on a glissé sur ce sujet si fécond ordinairement d’une manière tres sîgnificatîve il s’étendait avec plus de plaisir sur la maniére somptueuse dont son cousin le Procureur General s’installait à Grenoble, et sur ses brillants projets de receptions cet hîver.
    Je crois Chere qu’il faut te résigner à la nomination de Mr Almiras à Lyon, il parait qu’elle sera prochaine on en parle beaucoup ici comme d’une chôse positive ; te voila une maison agréable de moins pour tes soirées intimes et cela ne se remplace pas facilement ; Meline absorbée aussi par ses trois marmots îra moins souvent les voir malgré son amour de société ; quand tu la verras dis lui je te prie mille chôses affectueuses de ma part, et combien j’ai appris avec interet sa delivrance [p. 3] elle gardera probablement sa mère une partie de l’hîver ; le voila bien commencé nous avons de la neige ici aujourd’hui j’avais le projet d’aller voir Mme Paret cette apres midi mais c’est un peu loin avec un temps pareil il faut une volonté bien arretée pour s’y decider, les deux dernieres fois qu’elle est venue me voir j’étais sortie, mais elle aumoins ne viens pas expres à la ville Sa mère ne doit pas tarder à venir
    Dimanche nous sommes allés diner à la campagne chez Mme Dutriac avec les dames de Loucry, cette petite réunion a été tres agréable le temps nous a favorisé plus que nous devions l’esperer, et nous ne sommes revenus qu’a onze heures du soir ; les maîtres de la maison sont si gracieux si empressés à vous retenir qu’on reste toujours tard chez eux malgré les mauvais chemins qu’il faut ensuite traverser pour revenir à la ville et on y traite si bien les cochers aussi qu’il sont souvent un peu entrains ce qui n’est pas très rassurant.
    Ma belle sœur ne va pas mal, décidement mes soirées sont sauvées elle a pris ses habitudes en conséquence, elle ne peut pas se plaindre de ne pas nous voir malgré cela je t’en répond [p. 4] dans quelques jours je prierai mon pere de faîre payer nos trente francs au couvent comme tu me le propôses quand Monique trouvera une occasion pour m’envoyer le linge que j’avais laissé à la Côte elle me fera plaisir
    Elle a su probablement que Jenny était de nouveau en convalescence de sa rechute Marguerite était partie pour St Jean sa sœur est restée trois jours sans parole ..... on la croyait bien perdue pour cette fois mais sa jeunesse a encore triomphé Je me préoccupe beaucoup de sa remplaçante chez mon pere ; j’aurais voulu connaître ici une fille convenable mais envain j’ai mis mon esprit à la torture je voudrais bien savoir si tes recherches à la Côte ont été plus heureuses. tiens moi au courant de tout cela je te prie chere sœur, notre pauvre père va cruellement gémir cette semaine en te voyant faire tes préparatifs de départ j’en souffre pour lui et pour toi plus que je ne saurais dire.
    Adieu Chere embrasse Mathilde pour moi et ses cousines, Josephine commence le pîano avec une ardeur incroyable ; elle veut que je te le dises

Ton affectionnée sœur
A S. 

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
chez Mr Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.222 Avril 1848 (?) À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages. L’enveloppe 2011.02.223 ne peut appartenir à la lettre 2011.02.222, puisque la lettre suppose que le Dr Berlioz, qui mourut le 28 juillet 1848, est toujours en vie (voir la chronologie). Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 16 OCT. (18)49; (verso) VOREPPE, 17 OCT. 18)49.


Vienne Vendredi

    Je crois que je suis un peu en retard avec toi Chere Sœur, mais je deviens d’une paresse sans égale pour écrire depuis quelque temps cependant tu m’avais donné le bon exemple par une immense lettre pleine de détails interessants sur bien des gens de notre connaissance ; mon Oncle m’a écrit depuis aussi une relation du mariage Bergeron, telle, que je lui ai repondu qu’a part les Bannières, et le Char de triomphe rien ne devait manquer ; plaisanterie à part ce jeune couple devait te faire plaisir à voir chere sœur, c’est si rare les gens heureux par le temps qui court, qu’ils jouissent bien cela dure si peu et c’est si doux ! ....
    Je suis seule complètement aujourd’hui mon mari est absent pour une affaire et mes fillettes sont restées hier soir à la campagne chez une dame de mes voisines ou je les avais menés, et qui a voulu absolument les garder jusqu’a demain matin ; elles auront été bien heureuse avec ce beau temps aujourd’hui leur bonne est avec elles sans cela je ne serais pas tranquille 
[p. 2] Je suis un peu lasse de cette course d’hier deux heures pour aller et un peu moins pour revenir, par un petit chemin charmant le long du Rhone il est vrais, bien que Nancy eut fait ce trajet tres gaillardement j’avais peur pour le retour, et c’est ce qui m’a rendu si facile a ceder aux instances de leur petite amie.
    Nous faisons souvent d’immenses promenades depuis mon retour de la Côte, et je trouve tres commode d’avoir de bonnes jambes faute de voiture ....
    J’espere que Marc aura pu passer à la Côte et voir mon pere Monique a ma demande m’avait fait ecrire par Mme Guichard en même temps a peu pres que Mme Pion t’en donnait des nouvelles, elles étaient peu satisfaisantes, puisque ce pauvre pere mangeait à peine et restait au lit mais sans être plus malade d’apres Mr Rabin et Monique malgré les souvenirs de chôses de ce genre que j’ai vue pendant mon séjour aupres de lui je t’avoue que j’attends d’autres nouvelles avec anxietèe, je desire vivement que [p. 3] Marc puisse y passer et je l’attends demain avec une double impatience.
J’ai appris avec grand plaisir que Mme Gagnon était hors de danger cette pauvre femme a du te tourmenter je te comprends chere sœur tu l’apprecie beaucoup puis ses souffrances devaient être cruelles
    J’espere aussi qu’on ne vous enlèvera point votre cour et votre Ecole de droit, ce serait une ruine par trop complête pour Grenoble ; les projets du Gouvernements tiennent à un fil et tout le monde prédit un nouveau bouleversement « La Republique est grosse d’un roi » c’est le mot du jour mais dieu seul sait ce qui surgira de tout cet abominable cahos, on use un homme en huit jours et même moins ; voila deja Mr Crémieux exterminé à fond la séance d’hier était étonnante à son occasion ; tout cela ne nous donne pas du repos et de l’argent voila toujours mon refrain et celui de bien d’autres a propos d’argent connais tu ces mauvaises affaires de Mr de Ventavon le mari de la comtesse de je ne sais quoi [p. 4] Mr Casimir y perd une dizaine de mille francs a ce que me racontat sa femme il y a quelques jours, ce qui la rendait fort dolente je la connais, sa santé est déplorable toujours, et les impressions penibles ont plus d’effet sur elle qu’autre fois.
    J’ai eu Jeudi passé l’abbé Faivre et mon neveu, que j’ai trouvé tres bien portant, tres content et ayant deja gagné beaucoup depuis qu’il est en de si bonnes mains, ce dont nous nous félicitons tous les jours Marc et moi en dépit des gens interessés à nous blamer sur tout ce que nous faisons pour ce pauvre enfant peu importe du reste
    Adieu Chere Sœur l’heure et mon papier me disent de finir J’ai une commission à faire avant la nuit et je jetterai ma lettre à la poste en sortant
    Je t’embrasse tendrement ainsi que Mathilde

toute à toi
A

    Tu es peut être à St Vincent ou à la veille d’aller t’y installer d’après tes projets, ne laisse pas passer les roses et les cerises

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Voreppe
par Grenoble
Isère

2011.02.224 Vendredi 14 juillet 1854 À son beau-frère Camille Pal Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe.


    Vienne Vendredi 14 juillet

    Je vous remercie mon cher beau frère de l’affectueuse lettre que vous m’avez écrite pour nous ôffrir l’hospitalité ; grâce à dieu nous n’en sommes pas à prendre la poste pour fuir le choléra et j’aime à me persuader qu’il n’arrivera pas jusqu’a nous, on parle cependant de quelques cas a Lyon mais rien n’est moins sur, et c’est peut être des gens du midi ? à Coudrieux il n’y a pas eu de nouveaux malades, et les medecins Lyonnais envoyés sur les lieux n’étaient pas très sur que ce fut le choléra asiatique ici on en parle le moins possible dans la peur de prendre peur, vous savez qu’une vive préoccupation de ce fléau est déja un danger de plus.
    Je voudrais bien avoir des nouvelles de Mme Boutaud et de Raoul, toutes les personnes qui devaient aller comme elle aux Bains de Mer y renoncent [p. 2] après des informations précises, comment alors Mme Boutaud s’expôserait-elle ? Mon oncle ne m’écrit point et doit être à Vichy et j’ignore son adresse, je crois ma Tante à Anjou mais quand je saurai pôsitivement où les trouver je leur écrirai pour être rassurée
    Je vous remercie de me donner des nouvelles d’Hector je m’etonnais de n’en pas recevoir et prévoyait un nouveau départ pour l’Allemagne ; vous ne me dites point si son séjour doit y être long ? et si Louis luî donne signe de vie ? ce pauvre enfant me tourmente beaucoup, entre la guerre et le choléra on varie ses inquiétudes : vous êtes bien tranquille dans votre solitude de St Vincent sous vos frais ombrages on pourrait même dire humides car la pluie cèsse si peu, que je ne puis me persuader que nous sommes au mois de juillet ? on commence à moissonner cependant dans nos environs je vis cela hier avec surprise en allant avec mes filles faire une visite à Reventin à la famille Faure [p. 3] ces pauvres jeunes filles sont bien tristes et bien seules, leur frère est accablé, il renonce à plaider jusqu’à la rentrée mais l’hiver prochain on espère qu’il recommencera ; que ferait-il de son activité ?
    Je ne crois pas qu’il songe à aller habiter Grenoble ; ses filles tiennent à ce pays ci et sauf un mariage pour l’une d’elles n’en sortiront certainement point autrement ; nous avions pris l’omnibus pour faire cette course en revenant nous le manquâmes, et revînmes très lestement à pied pour la plus grande gloire de Nancy très fière d’une si longue promenade aumoins huit kilomètres
    D’après ce que vous me dites mon cher beau frère votre sœur se trouve heureuse à la campagne ; je vous prie de lui faire mes compliments, puisquelle est en bonne disposition d’esprit et de santé sa visite ne fatiguera point Mathilde au contraire cette chere petite sera moins seule, la solitude est mauvaise à son age 
    [p. 4] Mon mari pense vous trouver à la Côte à la fin de ce mois comme cela avait été convenu pour le celèbre proces Pion et compagnie ; il doit voir Mr Gentil à ce sujet du reste si vous voulez lui parler à Grenoble il y sera le 18 pour le mariage de son beau frere avec une demoiselle Désayes d’Allevard je crois
    J’ai fait avec plaisir la connaissance de Mme Gentil elle est gracieuse et simple au possible ; si vous tenez à joindre son mari il sera chez sa mère notre jeune et belle sbstitute Mme Callin est malade assez serieusement.
    Mmes Alméras Coutet et Charmeil devaient faire une caravane cette semaine aux grottes de la Balme Mme Charmeil a passé deux jours îcî avec son frère je ne l’ai point vue Je m’étonne que ses filles ne soient point venues avec elle à Reventin ? 
Adieu mon cher beau frère mon mari se joint à moi pour vous renouveler mille remerciements de votre amicale invitation nous vous embrassons ainsi que Mathilde

Votre dévouée sœur
A S 

2011.02.225 Dimanche 14 décembre 1856 À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe.


Vienne Dimanche 14 Decembre

    Je reçois ta lettre Chere niéce au moment où je me dispôsais a t’ecrire pour m’informer de vos nouvelles, j’avais appris hier indirectement que la nourrice de ton petit garçon avait été très malade et que tu avais été forcée de t’en procurer une autre ; inquiéte de ce changement pour le pauvre enfant j’avais hâte de savoir comment il l’avait supporté
    Je ne me doutais pas de la complication de sollicitudes que tu avais eue dans le même moment Chere niece, c’etait trop à la fois, enfin grâce a dieu ton mari n’a pas été plus grâvement malade et le marmot va bien ; je comprends que tu ne devais savoir où donner de la tête, je regrette beaucoup cette femme de Soutanil, elle m’avait semblée bonne nourrice et gentille à avoir dans la maîson ; je desire que celle qui la remplace soit aussi bien sous tous les rapports, tu me diras mieux ce que tu en penses dans ta prochaine lettre 
[p. 2] Je n’ai pas très bien compris vos projets de séparation ; prendrez vous un appartement l’hiver prochain pour vous ? ou resterez vous encore chez ton beau pére ou chez ton père ? tes explications n’etaient pas très claires, tu avais trop de chôses à m’apprendre pour entrer dans les détails.
Je n’avais point de nouvelles de ma cousine depuis long-temps et la pauvre femme n’a pas été sans embarras non plus, dis lui je te prie mille chôses de ma part, elle doit attendre Ernest prochainement ; Mon oncle et ma Tante l’auront encore trouvé à Montpellier îls sont partis Mercredi laissant à Tournon toute leur famille assez bien portante même Mr Bergeron un peu mieux Mme Boutaud attend Raoul pour ses Etrennes avec un galon à sa manche ; il ne voulait pas revenir sans cela en congé il prend sa pôsition à cœur. Je félicite beaucoup ton mari Chère niece de son projet de se créer une pôsition de travail, encourage le dans cette voie, plus tard vous vous en féliciterez [p. 3] l’un et l’autre dans l’intérêt de vos enfants. A propos d’enfant tu sais peut être déja que Mme Ausias est accouchée ici d’un garçon vendredi dernier, huit jours après être arrivée, elle a peu souffert, et va à merveille. on Baptisera le nouveau né ce soir, son mari grâce au Télegraphe a pu arriver îci quelques heures seulement après la délivrance de sa femme
    Emy est très heureuse de sa nouvelle dignité de Tante, mes filles regrettent tous les jours que ton petit garçon soit si loin, elles seraient si contentes de le caresser et le porter à qui mieux mieux tu sais comme elles adorent les poupons est-il toujours aussi mignon ?
Madame Couturier voudrait bien le pareil elle n’est toujours pas grosse à sa grande désolation, elle est encore a Chasse ainsi que sa mere mais reviennent cependant cette semaine ; son mari vient de vendre sa propriété de St Julien à sa grande satisfaction mais à présent comme le tien il songe sérieusement à s’occuper ailleurs 
[p. 4] J’ai reçu ce matin de la musique pour Josephine de la part de ton Oncle Hector îl est rempli d’attentions aimables pour mes filles, aussi elles travaillent avec zèle depuis un mois a lui broder des pantoufles et un sac de voyage avec son chiffre, Josephine veut joindre à l’envoi un paté froid de sa façon sachant que son oncle les aime fort. elle fait des tourtes aussi dont elle voudrait te faîre juger ; les journées ne sont pas assez longues pour elle, son Italien, son chant, son piano et le reste l’absorbent complétement ; je viens de la forcer à venir avec sa sœur promener un peu au beau soleil .... maintenant je te quitte Chere niece pour aller à Vepres et au sermon nous allons avoir cette semaine une retraite prechée pour les dames dans la chapelle de l’hôpital par le père Ducreux de Lyon, et il faut bien assister à l’ouverture ce soir Adieu donc Chère Mathilde mille chôses três amicales à ton mari, ton oncle t’embrasse ainsi que tes cousines, elles n’oublient pas le poupon adieu adieu

2011.02.226 Lundi 20 juillet 1857 À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe.


    Vienne Lundi 20 Juillet

    Je suis bien aise Chere niece que tu ailles un peu cette semaine respirer le bon air de St Vincent, avec l’affreuse chaleur que nous avons ton petit Camille y sera mieux qu’a la ville, ce joli mignon aurait besoin de se fortifier à la montagne jusqu’a l’Automne ; il te donnera des sollicitudes étant en retard pour sa dentition
    Tout le monde me dit des merveilles de sa beauté, on m’assure que c’est tout le portrait de sa grand mere Nancy et je ne puis te dire chere niece combien j’ai hâte de juger de cette ressemblance si chère à mon cœur, comme au tien sans doute ?.. j’avais très spécialement chargée Emy de le regarder avec soin pour m’édifier sur ce point, et elle m’a confirmée l’opinion de notre cousine, mais comme cette derniere aussi elle te trouve bien maigre, cela me [en haut de la page, dans l’espace entre l’adresse et le début de la lettre, écrit de côté] Mon oncle et ma Tante son a Cautterets ou ils s’ennuient horriblement ma tante à la suite de son petit rhume se croyait perdue et vite on est allé aux eaux : mon oncle regrette Allevard et surtout Plombieres je viens de lui repondre pour doubler ses regrets [dans la marge de gauche, de haut en bas] fais mes compliments a la famille Gagnon je te prie [p. 2] préoccupe, soignes toi donc mieux mon enfant a present que mère de famille à ton tour tu es nécèssaire à plus de gens, et à plus de chôses, les embarras ne feront que grandir pour toi quand tu seras a ton ménage ; a propos de cela pourquoi ne prierais tu pas Mme Boutaud de ton emplette de toiles ? elle le fera avec soin et plaisir certainement et si tu ne veux pas lui ecrire directement pour cela repond moi et je m’en chargerai, c’est une occasion à saisir elle est encore a Plombieres pour près de quinze jours ; mais hâte toi si tu veux de me donner tes instructions et de me dire la quantite et les prix ... Si tu tu en veux pour des draps de maitres ou de domestiques tu pourrais lui laisser la décision suivant l’occurence et dans de certaines limites, tu sais qu’elle est femme entendue et économe s’il en fut, je t’écris vite aujourd’hui pour cela en joignant à ma lettre un échantillon [dans la marge de droite, de haut en bas] Tes cousines esperent aller a la Chartreuse cette automne avec Odile [p. 3] que j’avais pour te donner une idée des prix ... il était de 2f 20c le mètre et avait 1m 20c de large ce qui est convenable ... cette finesse pour le prix est très jolie, on en vend même de plus fins mi-roux plus avantageux plusieurs dames en ont acheté ainsi pour les payer moins chers, avec le projet de les faire servir momentanement aux domestiques avant qu’ils fussent blancs
    Il est possible que les toiles ayent un peu augmentées comme tout le reste
    Reponds moi si tu desires que j’ecrive a ce sujet a Mme Boutaud ?. 
    J’en ai reçu une longue lettre cette semaine et une autre ce matin de Mme Blachier, toutes deux ont la bonté de me donner des détails sur Plombieres et la bonté plus grande encore de m’y regretter ... Mon frere et sa femme y sont aussi depuis Samedi, et logés par les soins de ces deux dames chez Mme Lippmann avec elles comme l’an dernier a 6 f par personnes logement et nourriture ce n’est pas trop cher mais avec chambres modestes [p. 4] a leur arrivée la grande table étant comble a cette pension ils ont obtenus d’en avoir une dans un petit salon à part ou ils sont seuls très agréablement réunis en petit comité que ne suis-je là aussi comme j’y ferais bien ma partie ! vraiment chere niece je regrette fort ce voyage cette année dans de si bonnes conditions ... l’Impératrice y a passée quelques jours, et il y a eu de belles fètes à son occasion dont Marthe était ravie les grands personnages y affluent plus encore que l’an dernier ... mais la chaleur n’est pas moindre ... ouf ... ici c’est à en mourir ... votre cavalcade a du fondre hier littéralement ... nous avons eu ces jours ci quelques petites réunions en l’honneur de quatre dames de Nancy amies de Mme Dutriac et fort aimables ..... il y avait de plus un des Secretaires de l’Empereur ici chez son pere, jeune homme charmant, plus son frere venant d’Ajaccio ... ces Messieurs sont bons musiciens, et Josephine a osé jouer et chanter tout doucement devant eux enfin cela la stimule un peu .... Leonie est décidément enceinte, grande joie mais triste mine ... je ne te souhaite pas de suivre son exemple de si tot aumoins Adieu chere petite mon papier finit, tes cousines et ton oncle t’embrassent et moi de même A

2011.02.227
et enveloppe
2011.02.228
Samedi 24 juin 1854 (?)


À sa nièce Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 2*  JUIN (?) (18)54 (? pratiquement illisible); (verso) VOREPPE, 28 JUIN (18)54


    Vienne Mardi 24 Juin

    Ta derniere lettre était triste Ma Chere Mathilde je crains que le séjour de St Vincent ne t’inspire mal, tu y es trop seule cela me préoccupe, je vois que même ton jardin n’est plus une distraction comme les autres années ranime toi Chere petite je ne te permets point de voir l’avenir avec tant de découragement, j’espère pour toi au contraire un établissement brillant, la providence te dédommagera ainsi de t’avoir enlevé ta pauvre Mère ; je comprends ta sympathie pour les demoiselles Faure, comme toi elles sentiront toujours davantage leur isolement, elles sont à la campagne depuis quelques jours Mme Alizou n’a pu s’y arreter mais Mme St Rome doit venir la remplacer quelques jours aupres de ces pauvres enfants. 
[p. 2] J’ai reçu hier une lettre de ton oncle Marmion ; il a vu plusieurs fois mon frère et déjeunait chez lui ce matin à son retour il pourra me donner bien des détails j’espère il ne ne me parle pas de Louis je viens de lui repondre et de lui en faire le reproche ; il compte partir pour Vichy la semaine prochaine Ma Tante renonce décidement à aller au Montdor cette année, Mme Boutaud ira à Marseille prendre les bains de mer, plusieurs dames de ma connaissance y vont également, d’autres partent pour Vîchy pour Uriage Mmes Dutriac sont à la campagne la ville se dépeuple absolument. Hier j’eus la visite de Mme Recourdon elle me donna des nouvelles de la Côte sa sœur va à Allevard Mr Joseph est décidement mieux mais il a donné sa démission au grand regret de sa famille. Melle Asine se marie avec un des [p. 3] fils Déplagnes de Balbins, je ne sais si c’est l’ainé qui est controleur il est très bien je le connais, mais ce qui me fait croire que c’est son frere c’est qu’il va habiter la Côte l’appartement de Mr Joseph Lacroix voila Monsieur Camille heureux de garder sa niece près de lui, bien que le mariage ne soit pas très brillant il vaut mieux que si elle avait épousée Mr Gerbolet à mon avis.
Mon mari a reçu la lettre de ton pere pour notre nouveau procès, il a fait ce qu’il fallait dis le lui je te prie d’après le journal de Grenoble la procession de dimanche a été magnifique il parle beaucoup d’un reposoir extraordinaire, ou trônait le pere éternel, les anges des Bergers, des capucins et des animaux de toute espèce, il me semble que c’est bien étrange et bien primitif pour une ville d’une civilisation si avancée ... 
[p. 4] J’ai reçu la semaine derniere une lettre de notre cousine Odile pour me prier de faire des démarches pour faire rentrer un jeune homme renvoyé du collège de Vienne auquel elle s’interresse j’ai inutilement fait plusieurs tentatives et je vais lui écrire pour lui exprimer mes regrets de mon non succès.
J’en suis à ma quatrième lettre ce matin je me trouve sublime ni plus ni moins car avec la chaleur et ma paresse c’est énorme
    Adieu Chere petite tes cousines t’embrassent bien affectueusement
    nos amitiés à ton pere
    mes compliments aux dames Gagnon
    raconte moi ce que tu fais et ce que tu lis.

A S

[enveloppe]

Mademoiselle
Mademoiselle Mathilde Pal
Voreppe
près Grenoble
Isère

2011.02.229
et enveloppe
2011.02.230
Lundi 24 juillet 1854


À sa nièce Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé


Image


Six pages en tout (une page séparée plus un feuillet de quatre pages). Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) (Vienne), illisible; (verso) VOREPPE, 25 JUIL. (18)54.


    Vienne Lundi 26 Juillet

    La chaleur est si accablante depuis quelques jours Ma Chere Mathilde, qu’il me faut faire un éffort de courage pour prendre la plume écrire est un travail pénible, à peine si on trouve la force de sortir à huit ou neuf heures du soir pour chercher un peu d’air au bord du Rhône, mon aiguille se rouille dans mes doigts, je m’endors sur mon livre aussi j’en ai déja assez de l’Eté quelque tardif qu’il soit cette année ... Les récoltes en avaient grand besoin, et les preneurs d’Eaux commencaient à désesperer, mon oncle m’a écrit de Vichy la semaine derniere qu’on avait quitté les paletôts d’hiver que la veille ; sa santé etait bonne malgré cela ; il me disait que Mme Boutaud était à Marseille, sans parler de Raoul depuis lors îl est probable qu’elle sera revenue à cause du choléra ; il est fini à Avignon ou à peu près dit-on, tranquille sur ce point la pauvre femme reviendra chez elle sans regretter les bains de [p. 2] mer, quand j’aurai des détails plus complets je t’en ferai part, pour passer à une autre cause d’inquiétude j’ai reçu une longue lettre de Louis pleine de détails très interèssants sur les évenements où il s’est trouvé ; son batiment (le Phlégeton) est celui qui s’est approché le plus de Cronstad, il avait eté envoyé prendre des plans à portée de canon pas un Boulet n’a été lancé heureusement à leur grande surprise le branle bas de combat était fait à bord des frégates anglaises et francaises ... il parait que le moment de la réunion des deux flottes a été un spectacle magnifique elle a eu lieu à Borasund petite ile déserte au bruit de la musique et des canons, Louis a pu admirer l’arrivée de 47 navires sans compter ceux des Russes qui étaient à três petites distances ... il parait três enchanté de sa position, et ne dit rien du choléra qui d’après les Journaux ferait de grands ravages dans la Baltique Il pense retourner sous peu au mouillage (ou est-il je l’ignore) on ne fera rien à Cronstad cette année il faut [p. 3] attendre les chaloupes canonnieres qui ne sont pas encore finies ... peut être ira-t-on bombarder Revel ? on regarde le retour en France comme fixé au mois de 7bre le rève de ton cousin serait d’etre libre quelques jours pour venir avec son pere complèter notre réunion de famille je la desirerais vivement ...
Il était très fier d’avoir reçu une lettre de l’amiral Cecile, et de celle qu’il avait ecrite à son commandant pour le lui recommander chaudement, avec des protections et les circonstances favorables je commence à esperer que Louis réussira dans sa carriere, je lui ai repondu de suite comme il me le demandait si affectueusement, il me chargeait de le rappeler à ton souvenir. Il n’y a pas besoin d’être sur le théatre de la guerre pour voir sa vie en danger, notre bonne Monique a failli être tuée il a y en hier huit jours par une voiture à la porte de la maison ; le cheval lancé au grand trot l’a renversée contre le mur ou elle s’est crue écrasée [p. 4] on poussait des cris affreux autour d’elle enfin on est parvenu à temps à renverser ce terrible cheval, mais sa frayeur avait été si forte que pendant plus d’une heure cette pauvre fille est restée comme stupéfiée .... on l’avait portée chez sa niece ou les soins ne lui ont pas manqués ... on hésitait à la soigner, elle a été malade toute la semaine mais grâce à une érruption de Boutons elle va bien, je ne puis te dire Ma chère Mathilde combien j’etais émue en lisant ces détails ce matin, j’aime cette pauvre Monique comme un des membres de la famille, et si elle avait péri d’un accident pareil je n’aurais pu m’en consoler, remercions Dieu qui l’a sauvée Mon mari et ton pere la verront Lundi 31 le Tribunal est toujours decidé à faire ce jour là sa descente de lieux ton oncle a vu hier Mr Gentil pour cela quand à l’autre procès Baujean mon mari fit donner il y a long-temps l’assignation l’avoué adverse est constitué ; il faudra que ton pere réunisse les papiers les titres concernant cette sotte affaire pour les remettre à mon mari [p. 5] il pense se rendre à la Côte Dimanche soir si ton pere était libre aussi, il serait bien que ces Messieurs eussent le temps de se concerter avant l’arrivée du Tribunal.
    Je présume que ta Tante restera à St Vincent pour te tenir compagnie pendant l’absence de ton père ; je regrette beaucoup pour elle et toi le refroidissement de l’amitié Gagnon, mais le nuage est peut être dissipé à l’heure qu’il est, ce n’est pas le prémier et ce ne sera probablement pas le dernier. En l’honneur du prémier jour de beau temps nous allâmes il y a dimanche huit jours passer la journée chez Melle Tisserandôt à Tornoy près Grigny où son pere à loué le Chateau de l’ancien républicain Bertholon ton pere doit connaitre cela ? cette habition est très belle tes cousines étaient bien heureuses de cette campagne qui fut une surprise ; Nancy était ravie de traverser le Rhône en bateau tout ce qui est nouveau la transporte dans l’après midi Melle Tisserandôt les fit pécher à la ligne autre nouveauté et juge de sa joie du prémier coup elle prit une carpe d’une livre et demie ? ... [p. 6] elle poussait de tels cris que nous fûmes éffrayés nous courûmes, Josephine aussi émue que sa sœur éssayait en vain de decrocher la pauvre bête voila une impréssion qui fera époque dans leurs souvenirs ... comme nous n’étions pas attendus et que la bande d’amis était nombreuse chacun avait porté son plat, poulets pâté etc. l’accueil le plus aimable ne nous a pas manqué plus que l’appétit et la partie a été charmante.
    Voila ma chère petite une lettre immense j’ai vidé mon sac à fond, dans ta solitude je sais que tu n’est pas trop difficile, les distractions sont rares, tu travailles donc beaucoup je t’en felicite, Josephine vient de me broder un magnifique col, Nancy termine les Manches nous te montrerons ces chefs-d’œuvres adieu chère petite à bientôt les vacances arrivent à grands pas je ne sais comment l’Eté aura passé ? ...
    Donne je te prie de bonnes nouvelles de mes domestiques à leurs parents, mes compliments à ton pere et a Mme Pochin
    Nous t’embrassons tous

A S

[enveloppe]

Mademoiselle
Mademoiselle Mathilde Pal
Voreppe
par Grenoble
Isère

2011.02.231
et enveloppe
2011.02.232
Vendredi 18 août 1854


À sa nièce Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 18 AOUT (18)54; (verso) VOREPPE, 19 AOUT (18)54.


    Vienne 18 aout

    Je suis peut être un peu en retard avec toi Chere petite, mais mon mari voulait repondre à ton pere au sujet de notre procès et comme il est assez souffrant depuis huit jours ni lui ni moi n’avons pris la plume, l’influence cholérique est tres génèrale ici on se soigne et se préoccupe cent fois plus qu’en temps ordinaires ton oncle a eu de violentes coliques, elles ont cèssés maintenant mais il est au régime, et ne mangeant pas n’a pas beaucoup de courage ; l’humidité du soir est très pernicieuse cette année ; mercredi j’étais allés à un grand diner chez Mr Tisserandôt à Tornoy et très tourmentée de laisser mon mari ; il voulut venir le soir à ma rencontre dans l’omnibus jusqu’à Givors pour me rassurer il faisait très frais et cela a augmenté ses malaises, j’espère [en haut de la page, dans l’espace entre l’adresse et le début de la lettre, écrit de côté] on nous a dit que le General et sa femme étaient au Chevallon fais leur nos empressés compliments Mme Dutriac et sa fille sont à Uriage depuis quinze jours notre substitut Mr Callin est nommé juge d’Instruction a Gap Je sais grâce à dieu que vous n’avez plus de cas de cholera a Grenoble [p. 2] qu’en évitant de nouvelles expériences il sera parfaitement d’ici à quelques jours à quelque chôse malheur et bon, cette nuit on est venu sonner à notre porte ce qui m’a fort bouleversée on venait chercher ton oncle pour aller faire le Testament d’un voyageur malade dans un hôtel place St Maurice, il hésitait à y aller, mais il était facile de prouver quelle imprudence il y aurait à sortir aussi mal dispôsé on a renvoyé le domestique chez un autre notaire à ma priere et ce malade de cette nuit a été enterré ce matin à dix heures j’en suis encore à ne pas le croire ? c’est un medecin de Rive de Gier mort du choléra ...... hier à 7 heures du soir il était au café il arrivait ...... on dit qu’il avait soigné admirablement les cholériques [ajouté entre les lignes vers le bas de la page] dans un petit village près St Chamond (il était venu ici attendre sa femme arrivant [suite du texte original] de Marseille), le pauvre homme dieu lui en tiendra compte j’espère [p. 3] Je puis t’assurer ma Chère enfant que ce matin en voyant passer ce convoi et en apprenant ces tristes détails j’ai été aussi bouleversée que le 1er jour de la République en voyant un drapeau et un Bonnet rouge !! quelles horribles fléaux nous sommes condamnés à subir ?. La mort de ce medecin a fait une très vive sensation dans notre ville la crainte de l’infection a fait précipiter ses obsèques ... il avait sa femme avec lui dit-on comprends tu cette horrible position ? Je ne saurais te parler d’autre chôse ma pauvre enfant excuse moi.
    Mercredi notre diner de Tornoy eut été fort agréable sans la contrarieté d’être forcée d’y aller sans ton oncle le temps était superbe la réunion choisie, nous avions un ingénieur Mr Lacordaire cousin du dominicain homme très aimable, très original et causant beaucoup
    [p. 4] J’ai vu il y a huit jours notre oncle Marmion à son retour de Vichy se rendant à Avignon il allait à merveille, et ne songeait qu’a faire des projets pour les vacances ... il attendra le signal du rendez-vous general avec impatience je ne reçois point de lettre de mon frère, je vais lui en demander raison je sais qu’il est à Paris par Mr Dufeux chez qui il etait allé sans le rencontrer la semaine derniere ... Tes cousines ne seront en vacances qu’a la fin du mois, mais à part notre réunion à la Côte les pauvres petites probablement n’iront pas ailleurs cette année il faut rester chez soi, et sur tout ne pas se séparer sous peine de n’avoir pas une minute de repos, toutes ces préoccupations sont bien tristes ... Notre procès en est toujours là il ne se jugera pas avant la rentrée, ce que mon mari avait craint un moment et c’est pour cela qu’il avait demandé à ton père l’acte de Mr Paret afin de coordonner notre position vis à vis de ce dernier avec celle que nous aurait faite le jugement si mon mari en croit notre avocat (qui se garde d’en parler la paresse de Mr Masclet pourrait nous conduire jusqu’au mois de juillet prochain époque à laquelle nous pourrons faire expliquer Mr Paret en éxigeant notre payement échu ... personne n’a fait aucune demarche pour traiter comme ton pere le croyait d’après sa lettre si l’occasion se montrait mon mari s’y prêterait certainement par l’intermediaire de notre avocat. Voila tout ce que je puis te dire à ce sujet adieu chere niece fais nos compliments à ton pere

[enveloppe]

Mademoiselle
Mademoiselle Mathilde Pal
Voreppe
près Grenoble
Isère

2011.02.233
et enveloppe
2011.02.234
Lundi 28 août 1854


À sa nièce Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé


Image


Un feuillet de quatre pages. Écriture plus agitée que dans les lettres précédentes. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 29 AOUT (18)54; (verso) VOREPPE, 29 AOUT (18)54.


    Vienne Lundi 28

Je viens de recevoir Ma chère Mathilde une lettre de mon frère qui me cause un grand étonnement, il prétend avoir prévenu ton pere qu’il ne viendrait qu’au mois de novembre ... comme tu ne m’as pas parlé de cela je suppôse que peut être il s’est trompé en écrivant et aurait mis novembre pour octobre — en consequence je viens de lui ecrire sans perdre un instant pour qu’il s’explique ... Notre contrariété serait grande à tous si notre réunion d’affaîres ne pouvait avoir lieu comme nous comptions depuis si long-temps !.
    Il venait de recevoir une lettre de Louis écrite avant et après le bombardement de Bomarsund, il en est sorti sain et sauf heureusement, ton oncle a été affreusement tourmenté à son sujet.
    Il vient d’échouer à l’Académie des beaux atrts ; pour cette présentation [p. 2] il avait renoncé à son voyage en Allemagne voila donc qui sera à recommencer à la prémiere vacance ; il est de toutes les Académies de l’Europe comme il me dit et ne pourra peut être jamais être de celle de France.
    Le Tribunal sans crier gare a jugé notre procès, après avoir seulement prévenu la veille les Avocats que le jugement serait prononcé sans plaidoirie
    Il a ordonné que les travaux de réparation seraient faits sous la direction du voyer qui habite la Côte et que l’entretien à l’avenir aurait lieu suivant le titre c’est à dîre par les Pions et Paret ... il a mis à notre charge les trois quarts des frais du procès et un quart à celle des Mssi Pion et enfin il a ordonné que les reparations seraient supportées dans cette même proportion.
    Mon mari ne s’explique pas bien encore si les trois quarts des réparations mises à notre charge sont les trois quarts [p. 3] de la moitié que nous prétendions faîre supporter aux Messieurs Pion ou si c’est les trois quarts de la totalité des réparations.
    Marc attend que le jugement soit couché pour s’édifier complêtement en attendant il se garde de soulever cette question prudemment il se propôse même dans le cas ou cela serait à notre avantage de bien vite faire expédier le jugement pour qu’aucune modification ne fut possible
    voila donc une sotte affaire terminée
Les chôses ne s’arrangent en rien comme nous voudrions pour les vacances si mon frere ne vient qu’en novembre que ferons nous ? pourrons nous l’attendre ?.. quelles complications commises pour tous ... mon oncle m’ecrivait ce matin aussi et brule de recevoir le signal sa femme perd la tête de peur du choléra et voulait se sauver on a fini par lui prouver qu’il etait [p. 4] impossible de savoir où aller et que le plus sage était de rester à Anjou la pauvre femme doit être bien a plaindre avec sa monomanie dans ce moment.
    Je viens de repondre à mon oncle que nos projets étaient moins arretés que jamais ... Mon mari est mieux mais point complêtement rétabli. J’espère que trois prises de quinine lui auront coupés sa fievre nerveuse venue à la suite de ses coliques
    Voila trois semaines que j’ai passé bien tristement ma chere Mathilde ton oncle a des vapeurs comme une jolie femme, je ne puis le quitter un instant sans être tourmentée, il sort cependant même par ordonnance du medecin ... aujourd’hui il va bien
    Si cela continue je serai peut être au bout de mes peines .... Je n’aurais pu songer à aller à la Côte si cet état de malaise avait continué.
Tes cousines seront demain en vacances
    Adieu Chere niece je te transmettrai la reponse de mon frere de suite et nous aviserons alors seulement
    nos amitiés à ton pere

Je t’embrasse
A

[enveloppe]

Mademoiselle
Mademoiselle Mathilde Pal
Voreppe
près Grenoble
Isère

2011.02.235 Mercredi 15 novembre 1854 À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. Lettre bien écrite dans l’ensemble, se dégrade au bas de la dernière page.


    Vienne Mercredi 15 Novembre

Je ne sais ma chère Mathilde si cette lettre te trouvera encore à St Vincent, je l’y adresse croyant la prolongation de votre séjour plus probable qu’un départ anticipé, ton père n’aime pas l’imprévu ; ta réponse à Josephine est arrivée pendant que nous avions ici ton cousin, sa visite m’a fait un plaisir immense, mais elle a été par trop courte il arriva ici mardi matin y repartit le lendemain pour Tournon d’où il ne me revint que le vendredi 10 pour repartir en toute hâte le samedi à deux heures sur un ordre imprévu de son commandant ; son nouveau bâtiment le Laplace s’embarquant pour la Mer Noire le 14 il n’y avait pas un instant à perdre. Je te dirai ma chere petite que nous avons été tous enchantés de notre jeune marin il est très bien et ressemble à son pere d’une maniere incroyable c’est le mot, son de voix, geste, démarche enfin un je ne sais quoi à prendre l’un pour l’autre si les cheveux du fils était aussi bruns que ceux du pere ; il a une tournure et des manieres de très bonne compagnie [p. 2] et m’a semblé avoir des gouts et des idées très Aristocratiques ... il cause bien, et raconte sans forfanterie tous les dangers qu’il a courus dans ses divers voyages, il aime son Etat malgré toutes les épreuves qui en sont inséparables Je lui crois du sang froid un genre de courage Anglais sî je puis m’expliquer ainsi .... l’annonce du départ pour le théatre de la guerre en Orient l’a enchanté et moi bien attristeé je t’assure J’aime ce jeune homme comme je t’aime ma fille, pour l’un comme pour l’autre je me sens un cœur de mère, et vous ne sauriez courir un danger sans m’y associer beaucoup trop pour mon repos .... Je regrettais de n’avoir pas mes quatre enfants réunis la semaine derniere, et j’avais eu (le croirais tu ?) la stupidité d’esperer un peu que ton pere nous ferait la charmante surprise de t’amener en venant à la Côte, ce voyage coincidait si bien avec l’arrivée de Louis !.. La visite de ce dernier a fait grand bien à mon mari il est reellement bien mieux depuis lors, je respire un peu et j’en avais trop besoin après tant de sollicitudes, il continue le traitement ordonné par son medecin.
    [p. 3] — Mais à l’instant une lettre on ne peut plus affectueuse de ton oncle Hector pour m’annoncer le départ de Louis pour Cherbourg et me remercier du tendre accueil que nous lui avions fait les uns et les autres, mon oncle et ma Tante l’ont comblés, mon oncle luî a donné deux cents francs, c’est un joli cadeau venant fort à propos pour s’équiper avant une nouvelle campagne j’en ai été aussi joyeuse que si je les avais recus moi même ; et j’aurais voulu pouvoir être aussi génereuse.
    Mon frere me raconte que l’Amiral Cecile était venu la veille leur faire une visite, dans la quelle il a expliqué à Louis avec les plus grands détails les diverses etapes de sa carriere, en l’assurant avec la plus cordiale bienveillance de l’interet avec lequel il la suivait de l’œil, et de son empressement à l’appuyer en toute occasion ... j’ai copié ce passage de la lettre textuellement ... tu vois que ton oncle a raison d’être heureux d’avoir pu obtenir à son fils un si excellent protecteur.
    Le grand duc de Weimar l’attend pour le prémier janvier c’est son patron à lui, qui a bien son prix aussi ?... on doit jouer à Paris le 10 decembre son nouvel ouvrage la Trilogie sacrée il en espère du succès comme en Allemagne Voila de longs détails sur le pere et le fils. changeant de sujet pour abréger Chere niece je prierai ton père de vouloir bien remettre en avance sur nos comptes futurs 100 au père Maffi de la part de ses filles [p. 4] pour réparer et ajouter sa petite maison, elles trouvent à leur convenance de faire ce placement sans interets pour le bien de la famille, leur sœur de Voiron se joint à elles également ; comme il n’est pas facile d’envoyer de l’argent j’ai pensé que ton pere voudrait bien se préter à cet arrangement pour simplifier. Je te prie alors de dire à Maffi d’ecrire à ses filles après ce payement, sa lettre leur servira de recu et de titre pour l’avenir ......
Je pense aller peut être à Lyon la semaine prochaine et m’occuperai de tes commissions avec le plus grand soin tu peux y compter.
    Mon mari me charge de vous dire au sujet du procès Pion qu’îls veulent en appeler malgré les conseils de leur Avocat ; la signification du jugement n’a pu être faite parce que le nôtre ayant perdu sa fille unique ne veut en aucune façon s’occuper d’affaires, et qu’on n’a pu obtenir de lui la rédaction des quotités du jugement cependant mon mari a penetré jusqu’a lui a grand peine et il a été convenu que ton pere enverrait les conclusions qu’il avait prises sauf a les modifier sur celles prises par nos adversaires s’il y a opportunité de le faire. Voila ma chere tout ce que je puis le mieux expliquer sur cet ennuieux chapitre.
    J’ai diné hier avec Mesdames Dutriac, mais elles sont encore à la campagne et n’etaient venues qu’en courant pour des affaires ; les delles Faure sont installées à la ville je les ai vues aussi hier les unes et les autres se rappelent à ton souvenir
    Adieu chere niece dis moi si tu as commence les rideaux en tricot, moi je me lance on ne peut mieux
    Ton oncle et tes cousines t’embrassent, nos compliments à ton pere

2011.02.236
et enveloppe
2011.02.237
Dimanche 10 décembre 1854


À sa nièce Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé


Image


Un feuillet de quatre pages. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 11 DEC. (18)54; (verso) GRENOBLE, 11 DEC. (18)54. Premier exemple dans cette collection d’un timbre collé sur l’enveloppe.


    Vienne Dimanche

Je suis bien paresseuse chère petite mais pardonne, je ne puis écrire souvent sans en être fatiguée ; hier une réponse trop tardive à notre cousine Odile et une à mon oncle étaient tout ce que je pouvais faire, aussi avais-je prié la prémiere d’aller te donner de nos nouvelles, et te rassurer sur la réception du Billet de 101 f 50 ... elle a du te dire que nous allions mieux ton oncle et moi je commence à reprendre les habitudes de tout le monde, à respirer un peu, il s’en faisant plus que temps je t’assure chère niece car j’ai cruellement souffert depuis quelques mois ..... aussi suis-je devenue si impréssionable que ton oncle voudrait m’environner de soins les plus minutieux, les rôles sont changés dans notre menage ; il me gâte ; il se tourmente à mon sujet aut fais plus qu’il ne faudrait souvent Il faut esperer que je n’abuserai pas et pourvu que sa maudite gastralgie le laisse [en haut de la page, dans l’espace entre l’adresse et le début de la lettre, écrit de côté] On a parlé de cas de choléra dans le midi et ma Tante effrayée a ecrit pour bien savoir la vérite ils devaient partir hier, leurs malles sont deja en route que feront-ils ? ........ [p. 2] aumoins reprendre haleine jusqu’a la saison des eaux de Plombieres ; nous nous tirerons encore de ce triste hiver si mal commencé ... mais je n’ôse me flatter de rien et vis au jour le jour dans la crainte et le tremblement ..... ce qui ne m’empèche pas ma chere enfant de m’occuper de ceux que j’aime, et de toi très particulierement ...
Ta cousine ne me disait plus un mot de la proposition de M Mou .... j’ai hésité hier à lui en demander la raison ... puis j’avais cru plus convenable de rester sur la réserve .... il parait cependant d’après ta lettre qu’on revient à la charge ... a t-on donné de meilleurs renseignements d’argent passe encore sur la cohabition avec la mère comme tu le dis tres serieusement il y a des mais par tout, mais les revenus étaient plus que médiocres, sans Etat ... et les dettes du pere cela me semble louche va doucement ma fille, ton avenir est long, ta position bonne ne t’inquiètes pas ta mère veille sur toi, et souvent au moment ou l’on croit le moins au bonheur il vous arrive ... je te comprends, et te blame beaucoup de ton peu de foi en ton Etoile [p. 3] Tiens moi au courant de toute cette importante affaire ... les V... ne se sont donc point avancés ? on dit que Mr Boscati est nommé substitut à Gap peut être l’autre viendra-t-il le remplacer ici .. et il attend ....
Je viens de recevoir une lettre de mon frere qui a l’heure qu’il est donne son concert, le cœur me bat en songeant à ses émotions du moment. Que je voudrais qu’il eut un brillant succès ! Il aurait grand besoin de cela pour le remettre des sollicitudes que son fils vient de lui donner Par une fatalité inouie, et des incidents qu’il serait trop long d’enumérer, il était arrivé après le départ de son navire à Cherbourg !.. on luî donna l’ordre d’aller à ses frais le rejoindre à Toulon .... Tu peux te fîgurer l’inquiétude de son pere à cette occasion ... l’Amiral est intervenu enfin le voila embarqué ... mais ses effets avaient été laissés à son insu à Cherbourg sur le Stationnaire .... il croyait les retrouver sur le Laplace à Toulon juge de sa désolation en se voyant obligé de partir pour une rude campagne sans effets que le peu qu’il avait dans un sac de nuit, et sur tout sans manteau ! ce malheureux enfant me tourmente plus que tu ne saurais l’imaginer ..... S’il a été étourdi, il paye cruellement sa peine [p. 4] Que les fils donnent donc de tourments et je remercie dieu de ne m’en avoir point donné .... Raoul est en route pour revenir en France au camp de Lyon, son régiment dumoins, et lui ira à Saumur probablement J’ai lu dans le Salut public d’avant hier beaucoup de détails sur le passage à Turin du 11ème cependant sa mere n’a point de lettres de lui et s’inquiéte excessivement de ce silence, le service de la poste est mauvaîs en Italie pretend mon oncle et cela explique ce retard ... la pauvre Mme Boutaud a dans ce moment pour surcroit de préoccupation son cousin Marc Rocher três malade chez elle Mr Mme Hypolyte et Brin y sont depuis jeudi ... voila encore un jeune homme qui ne laisse pas un moment de repos à sa famille ... Mme Laroche doit être bien tourmentée S’il se rétablit on l’emmenera à tout jamais planter ses choux à la Côte ... comment faire mieux ? .. Mme Amélie n’allait pas trop bien et le voyage ne la guerira pas des ses idées noires Mon mari vous fait ses amitiés et prie ton pere de voir Mr Picot pour notre affaire de moulin îl a fait une pétition en arrivant ici, et n’en a point de reponse, ton pere nous obligerait beaucoup de vouloir bien obtenir une reponse écrite pour faire titre, si cela est possible mille pardon de la peine Notre avocat a empechement sur empechements et cela retarde notre malencontreux procès Pion ce dont j’enrage. Adieu chere petite merci de tes ôffres de soins. J’y compterais bien mais il faut esperer que nous n’en aurons pas besoin ... Je t’embrasse Ad

[enveloppe]

Mademoiselle
Mademoiselle Mathilde Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.238
et enveloppe
2011.02.239
Vendredi 22 décembre 1854


Joséphine et Adèle Suat 
à leur cousine/nièce Mathilde Pal

Texte corrigé


(Image)


Un feuillet de quatre pages écrites, les trois premières de la main de Joséphine et d’une encre différente, très soigneusement écrites et présentées d’une main très fine mais parfaitement lisible. Tampon en haut à gauche de la première page aux initiales J S. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 22 DEC. (18)5*; (verso) GRENOBLE, 22 DEC. (18)54.


[Pas d’adresse ou de date]

[De la main de Joséphine Suat]

    Je viens vite te remercier, chère cousine du joli cadeau que tu nous a envoyé. Tu es vraiment trop bonne : tu nous brodes de charmants mouchoirs de poche ; tu nous envoies des robes superbes ; tu ne nous oublies jamais. Nous avons été très-surprises en arrivant de la pension, de voir cette robe sur le lit de maman. Nous en désirions beaucoup une pour cet hiver, on allait arranger à Nancy notre rose et noir, et à moi la robe changeante et à mille raies que j’aime tant comme tu sais. La tienne ne pouvait venir plus à propos ; mais elle est si jolie, qu’il faut absolument que tu te maries pour l’inaugurer ; maman nous fait un chapeau blanc pour cette occasion. Dépêche-toi, ne nous fais pas trop attendre. Maman nous a déjà donné [p. 2] notre cadeau du jour de l’an ; c’est un manchon en petit-gris, doublé de satin gris et que nous désirions depuis deux ans. Nous sommes donc très-contentes de tout cela, chère cousine ; nous ne nous attendions à rien cette année, et nous sommes très-agréablement surprises. Il faut à présent que tu viennes nous voir ; voilà l’hiver, et tu te souviens de ta promesse. Tu sais aussi que je t’aime bien, et qu’il me tarde de te revoir.
    Papa et maman sont toujours un peu souffrants ; il y a cependant un grand mieux. Le mauvais temps de ces jours derniers les avait un peu fatigués ; mais le froid qui revient, les rétablira j’espère. Maman aurait besoin de distraction ; il faut venir, tu la guériras, j’en suis sûre.
    Tu apprends à danser, chère Mathilde et moi à chanter ; je veux devenir ce qui s’appelle une musicienne, et j’aurai de jolis morceaux à te jouer à ta prochaine visite.
    [p. 3] Ta tante Félicia doit être une grande ressource pour toi ; tu dois la voir souvent. Ta couverture est-elle finie ? celle de maman est très-avancée ; elle a remonté ses fleurs qui font une très-jolie corbeille.
    Adieu, chère cousine, je te remercie un million de fois, et je t’embrasse autant. J’ai peur que tu sois obligée d’emprunter les lunettes de ton père pour lire ma lettre.

Ta cousine qui t’aime
J

    PS Tu nous demandes si nous n’aurons pas assez d’ouvrage pour notre robe mais il y en a énormément, je te remercie, il en restera même.
    Mon oncle Hector nous a répondu hier une lettre charmante il a poussé la bonté jusqu’à ce point. Nous en sommes très-heureuses aussi nous la conserverons religieusement.

[p. 4] [De la main d’Adèle Suat]

Je te prie de gronder ton pere ma chere Mathilde de faire de si beaux cadeaux à mes filles, ses robes sont charmantes et je le remercie beaucoup ainsi que toi de cette aimable attention, si tu avais vu leurs tranports de surprises et de joies tu en aurais ri ... Nancy était folle. Nos santés s’améliorent chere niece mais je ne puis pas sortir des impréssions tristes, hier la mort d’une dame qui demeure en face de chez moi m’avait bouleversée Mme Turin la tante de Mme Léon Teissier une mère de cinq enfants, un mari à peu pres paralytique ... cette malheureuse femme est morte en trois jours d’un transport au cerveau ; elle était folle à l’attacher quatre hommes ne pouvaient la retenir dans son lit, c’etait affreux cette famille fait pitié pitié, Je ne sais pourquoi je te parle de cela chere niece ... Ton oncle nous a écrit hier une lettre délicieuse des lettres plutôt ... il a eu 500 f de benefice et aura bien davantage probablement au second concert ... c’est reellement un succès adieu chere niece. Je n’aime pas les mysteres de Mr Mou .. 

Je t’embrasse tendrement
A S

[enveloppe de la main de Joséphine Suat]

Mademoiselle
Mademoiselle Mathilde Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.240 Jeudi 4 janvier 1855 À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe.


Vienne 4 Janvier 1855

Je te remercie Chere niece de tes tendres souhaits de nouvel an pour moi et tous les miens, je te les retourne très affectueux et très multipliés de moitié avec ton pere ; esperons que nos santés et nos affaires nous donneront moins de sollicitudes ; je suis allée passer les derniers jours de cette penible année à Lyon pour revoir mon medecin et de plus faire arracher un sur-dent à Josephine, corvée que je redoutais horriblement Je me sens soulagée quelle soit faite ma visite à ma pauvre amie Mme Monet me peinait aussi beaucoup, je l’ai trouvé encore plus désesperée que je ne le pensais, d’autres visites d’amis m’ont un peu fait diversion et j’en avais besoin. J’ai rencontré Mr Boutaud à mon hôtel qui m’a donné de bonnes nouvelles de sa femme et de son fils, lequel était arrivé à Tournon depuis trois jours et il allait l’accompagner à Saumur le lendemain ; j’esperais donc voir ce beau dragon, mais il a malencontreusement prolongé d’un jour son sejour près de sa mère et je l’ai manqué ainsi. 
[p. 2] parlons vite maintenant Chere Niece de ta grande affaire manquée pour une cause si imprévue j’en suis très contrariée puisque cela te convenait, le jeune homme m’avait semblé bien, et la fortune était convenable ; cette pauvre mère est bien malencontreusement venue se mettre à la traverse, tu me raconteras cette affaire en détail à ta prochaine visite sur laquelle je compte positivement chere petite d’après ce que tu écrivais à Josephine ; mais il me l’a faut de quelques jours aumoins, ou je n’en veux point .... Mon mari va pas trop mal maintenant il irait mieux encore si mes idées noires ne le peinaient pas ; il me gâte outre mesure pour m’en distraire ; il m’a fait venir un superbe manteau pour mes Etrennes, son attention m’a touchée plus que je ne saurais te dire .... mais je suis toujours dans un état d’ébranlement nerveux très penible dans le genre de ce que Mme Hypolite éprouvait pendant notre séjour à la Côte 
    à propos de la Côte, nous avons appris ce matin que nos granges ont failli bruler ... celles de Mr Paret et la [p. 3] la petite maison de charité ont été consumées tu peux croire chere niece que je regrette fort que le dommage ne soit pas tombé sur notre caserne les assurances nous auraient bien payés et tout aurait été pour le mieux nous n’avons point de chances
 J’ai reçu hier une lettre de ton oncle Hector il est accablé de demandes pour aller monter son dernier ouvrage a Londres a Bruxelles en Allemagne et ne sait comment tout concilier enfin il sera le 20 a Bruxelles pour commencer, puis le Théatre Italien lui fait des ôffres pour la Semaine Sainte etc etc etc de ce brillant succès il résultera bien aussi des résultats d’argent à ce qu’il parait. Il y avait Vendredi dernier un feuilleton de Théophile Gauthier sur la presse qui était un éloge d’un bout a l’autre il n’y a que la revue des deux mondes qui l’injurie c’est le mot d’une maniere scandaleuse ..... c’est de la haine furieuse et il ne sait pas pourquoi ?... ne connaissant nullement Mr Scudo qui fait les articles Musique [p. 4] mon Oncle Marmion était éxasperé de ce style à ce qu’il m’ecrivait hier ..... il avait su par des lettres de gens de Paris très bien informés que le succès avait été incontesté et incontestable cependant.
    ma Tante allait bien comme lui il me demandait beaucoup de tes nouvelles il se plaignait de n’en recevoir jamais que par moi chere petite paresseuse Mme Maistre était venu les voir, et reviendra passer quelques temps à Montpelier avec Flavie qui ne se marie pas non plus ; elle a le droit comme toi d’être difficile et on aime mieux attendre .... Je te prie d’aller de ma part faire une visite à notre bonne cousine Odile pour lui faire mes souhaits de nouvel an, et la féliciter de la nomination d’Auguste à Lons-le-Saunier tu lui diras de m’excuser si je ne lui ecris pas, mais une lettre est une fatigue pour moi souvent très grande ...
Mr Almaros vient d’être décoré je crois qu’il en sera bien aise ; mes compliments à sa femme si tu la vois .. ne m’oublie pas auprès de Melle Clapier non plus je te prie
    Adieu Chere Niece nous t’embrassons tous très affectueusement

A S

2011.02.241
et enveloppe
2011.02.242
Dimanche 1er et lundi 2 avril 1855


Joséphine et Adèle Suat 
à leur cousine/nièce Mathilde Pal

Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages écrites, les trois premières de la main de Joséphine et d’une encre différente (mais avec ajouts en marge de la main d’Adèle), la dernière de la main d’Adèle. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 3 AVRIL (18)55; (verso) GRENOBLE, 3 AVRIL (18)55.


[De la main de Joséphine Suat]

    Vienne 1er avril 55.

    Il nous tardait, chère Mathilde, de savoir de tes nouvelles, et si tu avais fait bon voyage, aussi, ta lettre était attendue avec impatience. Ton départ nous a rendues bien tristes je t’assure ; nous nous étions si vite habituées à t’avoir au milieu de nous, que ton absence nous fait un grand vide, nous nous trouvons seules à présent ; mon père n’est pas encore de retour, nous l’attendions aujourd’hui, ou au moins une lettre qu’il devait écrire dans le cas où il prolongerait son séjour ; il n’est pas arrivé et il n’a rien fait dire, j’espère qu’il sera ici demain matin.
    Maman est toujours très enrhumée ; elle n’est sortie que pour aller à la messe, et pour faire ta commission. Mr Gentil est parti aujourd’hui pour Grenoble, ce qui est fort contrariant. Ta coupe est emballée dans une [p. 2] caisse, mais il faudra attendre une occasion, ou, si tu le préfères, maman te l’enverra par la diligence ; elle a pris du vernis blanc, ce que la marchande lui a conseillé, et une planche fort jolie ; en faisant ta potiche il faudra bien appuyer la main en collant et faire attention à ce que ta gomme soit de bonne qualité et ni trop claire ni trop épaisse. C’est un article important. Il serait même bien de tremper chaque dessin dans l’eau avant d’y mettre la gomme. Tu auras soin encore d’espacer les dessins les uns des autres et de ne pas te guider sur la planche qui est très-serrée pour pouvoir en contenir davantage. Quand tu auras collé tous tes petits papiers, en ayant soin de mettre les objets les plus mignons, tels que les papillons, les mouches etc sur les endroits non plats de ton suspensoir, il faudra repasser une autre couche de gomme sur tout l’intérieur du verre sans craindre de le barbouiller, puisque le vernis fait disparaître tout cela. Dernière observation et la plus essentielle. Après [dans la marge de gauche, de bas en haut, de la main et de l’encre d’Adèle] Tu auras du vernis de reste et des desseins également Léonie doute de ton succès n’ayant pas le moyen de te faire montrer, elle me charge de mille souvenirs tres affectueux pour toi [p. 3] avoir collé tous les dessins, tu devras les laisser sécher pendant 2 ou 3 jours avant de mettre le vernis. Voilà, ma chère Mathilde une pencarte d’avis qui te guideront, ton bon goût et ton adresse feront le reste. Maman t’envoie également les cordons. Tu trouveras peut-être le tout un peu cher, maman t’avais dit que sa marchande de modes donnait à moitié prix ; elle y est alleé, mais il n’y avait que des vases et point de suspensoirs. Il me tarde ma chère de voir ton ouvrage qui sera je crois fort joli ; pour une dizaine de francs tu t’en passeras la fantaisie. J’ai le projet d’apprendre aussi, et de faire une grande coupe de dessert et celle de nous deux qui réussira le mieux, la concurrence est ouverte.
    Adieu, chère et bonne cousine, nous ne t’oublions pas, et nous t’embrassons toutes trois bien tendrement.

Joséphine.

    Léonie, que je viens de voir me charge pour toi d’un gros baiser. 
[dans la marge de gauche, de bas en haut, de la main et de l’encre d’Adèle] Je reçois à l’instant quelques lignes de mon oncle il m’annonce qu’ils vont bien et arriveront aujourd’hui 2 avril à Tournon. La pauvre Mme Donnat a son enfant très malade de la scarlatine ! .......

[p. 4] [De la main d’Adèle Suat]

    Lundi

La lettre de Josephine n’ayant pu partir hier soir chere niece je la reprends ce matin après l’arrivée de mon mari pour te faire ses amitiés et les miennes, ma solitude m’a paru longue ; tu me fais un grand vide chere niece on s’accoutume si vite à être ensemble, et il en coute beaucoup de se séparer, mais je comprends aussi combien il tardait à ton père de te retrouver
Ton Oncle a fait bon voyage à la Côte et à Beaurepaire, en voila j’espere pour quelques mois maintenant ... Monique n’allait pas mal de l’avis même de Mr Rabin ... Mmes Laroche et Rocher très bien ... on parlait beaucoup de la banqueroute enorme de Mr Gourjin qui ne m’a nullement étonnée, mais peinée pour sa femme et sa famille Mme Blanc y avait trente mille francs mais sous la caution de Mr Victor Blanchet elle ne perdra rien heureusement.
    Point de nouvelles toujours de notre oncle Mme Almiros est partie pour Paris, et m’a écrit pour me prier de demander à mon frere un billet pour les concerts du Conservatoire Je vais lui écrire pour cela il est de retour de Bruxelles depuis deux jours. Adieu chere petite je t’enverrai demain par la diligence ta potiche, la caisse serait un peu volumineuse pour en charger quelqu’un

[enveloppe de la main de Joséphine Suat]

Mademoiselle
Mademoiselle Mathilde Pal
Chez Mr Pal juge
Grenoble
Isère

2011.02.243 Mardi 6 mai 1856 À son neveu J.-A. Masclet Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites; pas d’adresse ou d’enveloppe.


    Vienne 6 mai

    Je m’empresse Mon Cher neveu de repondre à votre affectueuse lettre, et de vous faire mon sincère compliment sur la grossesse de Mathilde ; je comprends toute la joie que vous devez en éprouver l’un et l’autre ; un début aussi heureux doit vous rassurer pour les suites, soignez bien cette chere niece ne lui laissez point faire d’imprudence, J’aurais hâte de savoir Madame votre Mère de retour à Grenoble pour vous aider de ses conseils dont vous devez avoir besoin dans cette circonstance ; il ne faudrait peut être pas trop abuser des courses en voiture au commencement surtout.
    Consultez ma cousine Burdet de temps en temps, elle ignorait encore quand elle est venue nous voir cette grande nouvelle on m’en avait parlé de plusieurs côtés, mais je n’y croyais pas présumant que Mathilde m’en aurait écrit connaissant la tendresse toute maternelle que je lui porte, mais je comprends maintenant qu’elle [p. 2] preferait attendre une certitude complète. mon mari et mes filles se joignent à moi pour lui faire leurs plus tendres félicitations et vous remercier tous deux de l’empressement que vous auriez à nous recevoir si vous étiez à votre ménage, nous vous verrons cette automne chez ma cousine certainement
    Je ne sais encore si je serai forcée d’aller à Plombieres, j’espère que non, mais dans le cas contraire je remettrais Josephine avec sa sœur en pension comme l’année derniere, les leçons ne seraient point interrompues, et je serais très tranquille ma fille est fort raisonnable et m’engage à ne pas hésiter à reprendre ce moyen qui est le plus simple sous tous les rapports.
    Veuillez mon cher neveu remercier votre femme des ôffres empressêes qu’elle a bien voulu me faire à cette occasion Si je ne puis les accepter je n’en suis pas moins reconnaissante croyez le bien
    Mon frere est à Paris dans ce moment il a changé d’appartement à son grand regret, mais on lui demandait une augmentation si énorme qu’il n’y avait pas a hésiter, il en a un maintenant très très petit au cinquiéme [p. 3] Rue Vintimille 17 et que je trouve encore dans ces conditions là d’un prix fabuleux les propriétaires de maisons doivent se faire cette année à Paris de beaux revenus ; il faudrait bien qu’elles eussent un peu de cette valeur à la Côte j’en ai reçu des nouvelles ce matin, la gelée n’y a pas fait le mal que nous redoutions grace a dieu ; esperons que le soleil va enfin nous revenir comme il doit être au mois de mai
    Adieu Mon Cher neveu embrassez bien votre femme de ma part il me semble que mes cheveux vont blanchir encore un peu plus vite maintenant que je vais être une respectable grande Tante c’est effrayant ... mais je n’en suis pas moins votre bien affectionnée et Toute dévouée

A Suat

2011.02.244 Mercredi 1er novembre 1854 (?)  À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages, pas d’adresse ou d’enveloppe.


    Vienne 1er Novembre

    J’esperais recevoir des nouvelles de votre bonne arrivée à St Vincent avant de vous donner des nôtres Ma chere Mathilde mais je présume que tu as été trop occupée à câser tes meubles et que de plus tu as voulu attendre ton retour de Grenoble afin de me dire ce que tu aurais appris de notre cousine, Marie a écrit hier à Nancy et annonce leur retour à la ville pour le dix, Ernest ne repartira qu’a la fin novembre, et nous verra au passage peut être sa mère l’accompagnera jusqu’a Lyon.
    Nous voila donc enfin revenu les uns et les autres à une vie ordinaire J’ai retrouvé ma bonne et jolie chambre avec délice, je présume Chère niece que tu as eu comme moi mille petites jouissances de ce genre ; malgré nos prévisions peu [p. 2] encourageantes au départ, notre voyage a eu lieu sans encombre, et apres avoir terminé tout ce que je voulais faire avant de quitter cette triste maison dévastée, à Beaurepaire également grace au beau temps nous pûmes aller à nos fermes, et en revenir avec force poulets, marrons etc etc le petit cheval d’Antoine nous avait conduit jusque la parfaitement
    Mr et Mme Michel voulaient nous ramener à Vienne, mais je leur confié seulement Josephine, ayant encore plusieurs personnes à voir et craignant de les géner nous préférâmes garder notre modeste équipage et avoir plus de temps ; le cheval bien repôsé nous ramena très brâvement jusqu’a notre porte à huit heures du soir, Josephine était installée depuis sîx et avait fait faîre bon feu et à souper deux chôses excellentes apres une journée de fatigues ; notre chargement [p. 3] de meubles n’est arrivé que Lundi matin et tout est maintenant en ordre autour de moi, rien n’avait été cassé grace aux emballages de Jean
    Voila Ma chère petite la conclusion d’un bien pénible voyage, le mauvais état de santé de ton oncle était une douloureuse complication pour moi, la moindre contrarietée luî faîsait tant de mal que je ne vîvaîs pas tellement mon anxiété était grande de ne pouvoir lui en épargner ; pour moi mes cheveux auraient du achever de blanchir à la suite de cette rude campagne, mais je l’oublierai bien vite si je puis me tranquilliser sur la santé de mon mari, je le soigne comme un enfant gâté depuis notre retour, il en avait grand besoin J’espère que dans quelques jours j’en aurai de bons résultats.
    Tes cousines rentreront demain ou Lundi, Josephine a retrouvé son piano avec bonheur Nancy son moineau [p. 4] et la pension ne les éffraye nullement leurs petites amies y sont déja rentrées
    Depuis mon retour je n’ai vu que des gens tristes, Mme Marchand désesperée de la mort de sa petite fille, Mme Alizon les delles Faure Mme Donnat dont le mari est très grâvement malade ; j’ai déja une si grande disposition aux îdées noires que ce n’est pas ce qui me faudrait pour m’aider à distraire ton oncle il souffre souvent et s’inquiéte encore plus souvent, je suis bien usée ma bonne petite, un peu de repos d’esprit me serait nécèssaire mais je n’en espère pas dans ce moment loin de la, depuîs troîs mois je n’ai pas eu trois jours de bons sans éxagération enfin dieu m’aidera je l’espère
    Adieu Chere enfant pourquoi attrister ta belle jeunesse pleine d’avenir pardonne moi et embrasse moi fais nos compliments à ton pere tes cousines te regrettent tendrement

adieu pense à nous tous
A S

2011.02.245 Mercredi 28 mai 1856 À sa nièce Mathilde Pal-Masclet

Enveloppe d’une lettre non retrouvée, qui n’a certainement aucun rapport avec la lettre 2011.02.244. Timbres postaux: (recto) VIENNE, 28 MAI (18)56; (verso) VOREPPE, 29 MAI (18)56.

Madame
Madame Mathilde Masclet
chez Monsieur Pal juge
Voreppe
près Grenoble
Isère

2011.02.246 Lundi 23 juin 1856 À son frère Hector Berlioz Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites; pas d’adresse ou d’enveloppe.


    Vienne Lundi 23 Juin

Que je t’embrasse donc apres tout le monde Cher frère puisque a la distance ou nous sommes je n’ai pu le faire avant Enfin .. Enfin justice est faite, te voila membre de l’Institut.
Le facteur vient de me remettre ta lettre au moment même ou mon mari heureux de m’apporter cette bonne nouvelle, accourait le journal à la main ... Je redoutais ce matin de m’informer, mon anxieteé était si grande que j’aimais mieux attendre sans aller au devant d’une déception Je m’impatientais d’esperer !!.
    Josephine avait revé avant hier que tu étais nommé ; la voila triomphante ... que ne sommes nous plus près cher frere pour nous réjouir en famille, quel beau bouquet tes nieces t’auraient portés aussi, a quel bon petit diner j’aurais [p. 2] voulu te convier avec force Champagne pour boire à la santé du nouvel Elu 
    tes amis sont plus heureux que nous cher frere a cette occasion, je leur envie les premieres embrassades, et la charmante inspiration d’orner ton escalier de fleurs ... Je comprends si bien l’émotion de ta femme que jamais je n’aurais eu le courage d’aller sur les lieux attendre ma sentence ... tu étais plus calme qu’elle certainement ... prie la d’accepter mes [mot biffé] sincères compliments.
    Louis doit se rejouir aussi a l’heure qu’il est de ton succès ; il m’a repondu de Marseille à mon ôffre d’argent en me demandant 150 f que je lui ai envoyés vendredi (20) ; il attendait de Bordeaux un grand navire sur lequel il va s’embarquer pour les Indes avec le titre de Lieutenant, mais il ne dit pas avec quels appointements ?.. il parait assez raisonnable, et assez satisfait dans cette lettre, ce qui ne lui arrive [p. 3] pas souvent ... que Dieu le garde dans ce long voyage
Je vais écrire à notre oncle que j’ai quitté jeudi très impatient de savoir comme moi si tu réussirais
    Adieu chere frère Marc veut une mention tres partîculiere auprès de toi à cette occasion Josephine et Nancy en sautaient de joie elles t’embrassent à t’étouffer, et moi pour t’achever je ne te ménage pas, mille chôses encore à ta femme

toute à toi toujours
A S

    Il reste a Louis environ 500 f

2011.02.247 Dimanche 30 août 1857 À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. L’écriture se dégrade à la fin de la lettre. Tampon aux initiales AS en haut à gauche de la première et de la troisième page.


    Vienne Dimanche 30 aout

J’etais presque inquiète de toi Chère niece tellement tu as tardé à répondre à ma lettre où je te rendais compte de ta commission de Linge, je craignais sur tout que ton petit camille ne fut souffrant heureusement il ne va pas trop mal malgré la fin des chaleurs, j’espère que tu as enfin trouvé une bonne convenable pour lui, et qui te donnera plus de satisfaction que sa bête de nourrice ; tu ne seras pas malgré cela sans un peu d’embarras pour le sevrer, notre cousine te donnera de bons conseils pour cette grande affaire, je me réjouis de l’espoir de te trouver chez elle à la Balme ; mon projet (sauf avis contraire de sa part) est de m’y rendre vers le 9 ou 10 septembre ; j’ai eu tant à faire depuis huit jours à cause de l’arrivée de Louis que cela m’a mise en retard pour mes petits préparatifs de départ. J’ai eu beaucoup de plaisir à revoir ce cher neveu et à m’occuper de le ravitailler pour me servir de ses expressions Il est revenu bien portant et très satisfait de son long voyage (10 mois en mer) [en haut de la page, dans l’espace entre l’adresse et le début de la lettre, écrit de côté] dis je te prie à ton pere que mon frère est à Paris rue de Calais 4 [p. 2] Il venait de Bombay directement sans avoir touché terre une seule fois, aussi dieu sait comme il avait besoin de Linge propre et autres vêtements, n’ayant à bord ni tailleurs ni blanchisseuses .... aussi toute ma maison a été activement occupée pour lui comme il avait hâte d’aller embrasser son père je me dépèchais le plus possible, et il est parti pour Paris hier soir pourvu de tout ce qui lui fallait ... à son passage, au retour il prendra le reste de ses éffets que je ferai faire et réparer en attendant, il ne pense avoir un congé que d’un mois ou six semaines
    Son capitaine a été charmant pour lui, le Batiment (La belle Assises) est excellent il avait cent francs par mois et nourri confortablement, enfin ce voyage a été très heureux sous tous les rapports, il a appris beaucoup ... sa raison s’est murie
    Mon mari et moi avons trouvé un grand changement en bien ...... deux ans sont énormes pour transformer les jeunes gens ... il a un cœur excellent [p. 3] qui le rend très attachant, j’avais le cœur gros hier en lui disant adieu, mais j’espère l’arreter au passage encore quelques jours
    Je ne puis te dîre chère niece combien il nous a interressé par la relation de ses voyages, il a apporté nombre de petits objets curieux, tes cousines s’en amusaient beaucoup .... Victoire ne s’occupait que de lui, il animait toute la maison par sa gaité, et ses histoires de l’autre monde nous en savons long maintenant sur les termes de marine ...
    Mr Raymond que tu as vu chez moi et qui déssine en véritable artiste a voulu faire le portrait de Louis, et a tres bien réussi J’ai été très reconnaissante de cette charmante attention ... Tu vois chère niéce qu’en dix jours j’ai pu faire faire beaucoup de chôses mais j’ai deployé une activité féroce et je me repôse aujourd’hui avec plaisir
    Je regrettais bien que notre réunion de famille ne fut qu’incomplète Mon oncle a été souffrant et n’a pu venir comme il l’avait promis .... [p. 4] a son retour des eaux il a été pris d’une espèce de dyssenterie, qui j’espère bien va mieux maintenant je vais lui écrire pour m’en informer ... Louis ne le verra alors qu’en revenant a Marseille J’aurais voulu mener aussi ce dernier à la Côte mais le temps me manquait, il a ecrit à Monique une affectueuse lettre ainsi que tes cousines pour lui en exprimer le regret, cette pauvre fille en a été très touchée ... elle est toujours de même
    Nancy est en vacance depuis Jeudi dernier, elle a eu cinq prix et celui de sagesse en prémiére ligne ...
    comme sa sœur elle compte les jours jusqu’au départ pour la Balme et le voyage à la Grande Chartreuse encore plus ........ nous avons eu plusieurs diners à la campagne cette semaine Louis y était fort entouré, et questionné, nous avons vu aussi Mme Teisseire, et Mme Robert chez Mme Michel, et ces dames riaient beaucoup de ses Boutades de marin tu conviendras que c’est un triomphe que de dérider Mme Robert !.. J’en étais stupéfaite
    Adieu chère petite mon papier fini, a bientôt je t’embrasse de moitié avec ton mari et ton camille

Adele

2011.02.248 Dimanche 27 décembre 1857 À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. Écriture régulière, bien lisible et bien espacée.


    Vienne Dimanche 27 Décembre

J’ai eu de bonnes nouvelles de toi ma Chère niéce par notre cousine Burdet à son retour de Lons-le-Saulnier la Semaine derniere ; elle me dit que ton séjour à l’Arsenal rendait un peu difficile d’aller t’y voir, c’est trop loin, de ton côté tu redoutais les chiens enragés pour sortir ce qui m’a fort divertie, tu as donc toujours des terreurs de ce genre ma pauvre enfant ? quand ton fils sera grand tu seras bien obligée de t’en guérir pour ne pas le rendre aussi pusillanime, ce qui serait plus grâve pour un jeune homme ; en attendant tu cherches une nouvelle bonne et un domestique, tu n’es pas heureuse depuis que tu as quitté Henriette, plus tu iras plus tu apprendras combien il est difficile d’avoir de la securité sur ce chapitre important [en haut de la page, dans l’espace entre l’adresse et le début de la lettre, écrit de côté] Martin n’est pas venu à Vienne et ne nous a pas envoyé d’argent [p. 2] quand tu seras à ton ménage peut être auras tu moins de chôses a concilier, tu ne tarderas pas à démenager je crois, et je t’en fais mon compliment puis que ton nouvel appartement sera si agréable.
    J’ai reçu de bonnes nouvelles de mon oncle à son arrivée a Hyères, sa santé est enfin tout a fait rétablie, ils ont trouvé un bel appartement tout meublé à neuf très luxueusement pour 800 f pour six mois dans un superbe quartier Boulevart des Iles d’or 6 ...
Le beau monde afflue cet hiver à Hyères et j’avais tort de redouter pour eux l’isolement car ils ont en arrivant trouvés des gens de leur connaissance les voilà donc casés dans les meilleures conditions ... en passant à Marseille mon oncle a pu visiter l’avant veille de son départ pour Bombay le bâtiment de mon neveu
    Il m’écrit que la ville de Vienne danserait à l’aise dans ses vastes flancs, il est de trois mille Tonneaux tu peux juger de ses dimensions, après [p. 3] l’Atlantique et le fameux Léviathan c’est le plus grand navire qui existe ; Louis aura la une bonne pôsition mais aussi bien plus de responsabilité. Son pere est à Paris travaillant à terminer son grand ouvrage, il espère n’en avoir plus que pour deux ou trois mois, et ne fera aucun voyage avant de finir son cinquieme acte.
    Sa santé n’est pas trop mauvaise.
    Te dispôses tu ma chère niéce a bien employer ton carnaval ? peut être la danse ne conviendrait-elle pas beaucoup à l’indispôsition dont tu me parlais dans ta derniere lettre, soignes toi mieux qu’a ton habitude je t’en prie il ne faut pas jouer avec les maux des femmes ..... 
ton petit garçon doit commencer à te donner moins d’embarras, à marcher certaînement, les plus menus sont ceux qui se lancent le plus vite.
Mme Léonie Couturier est enceinte et doit accoucher fin février, sa [p. 4] sa grossesse est excellente à la fin, c’est une grande joie dans la famille. Sa mère est seulement venue de la campagne îl y a huit jours, nous voyons souvent ces dames ainsi que notre bonne voisine Mme Savoye ... notre hiver s’annonce aussi triste que celui de l’annèe derniere, nos autorités font des Economies ridicules ... chacun vit chez soi ... pour moi peu m’importe Mes filles sont trop jeunes, et je ne les aurais pas menées dans le monde nous restons sans nous ennuier une minute nos longues soirées en famille à lire et à travailler ... la musique de Josephine nous distrait aussi souvent, nos santés ne sont pas mauvaises point essentiel
    Voila chere nièce comment nous terminons l’année ton oncle et tes cousines se joignent à moi pour te faire ainsi qu’a ton mari nos affectueux souhaits pour 1858 nous embrassons Camille aussi bien fort à cette occasion adieu adieu soignes toi bien

Ton affectionnée Tante

2011.02.249 Vers la mi-août 1857 À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé

Deux pages, mais le début de la lettre manque; pas d’adresse ou d’enveloppe.


[Le début de la lettre manque]

Nous parlerons de tout cela et de chôses plus amusantes au mois de 7bre à Claix où j’espere bien te voir Chère niéce, mon projet est d’y aller vers le 8 ou le 9 .... J’attends d’ici là mon neveu, il s’arretera quelques jours au passage a son retour des Indes Son pere a quitté Plombieres en même temps que Mme Boutaud, ses eaux lui ont fait grand bien il allait de là à Bade ou il sera me dit-il royalement payé pour le concert qu’il va y diriger ... il sera le 26 a Paris pour y attendre Louis avec impatience
    Mon Oncle et ma Tante Marmion sont de retour de Cauteret, j’en ai reçu une longue lettre hier ... ils vont bien se repôser avant d’aller à Anjou finir la belle Saison ...
    Ton petit camille doit attendre l’automne comme nous avec impatience les chaleurs abiment les enfants, j’ai hâte d’admirer ce joli bijou ... j’espère qu’il se tirera bien de son sevrage ... et que tu ne l’ammeneras pas à Crémieux avant de me le montrer
    Je te felicite d’avoir vendu la Côte [p. 2] et assez avantageusement a ton gré, mon mari ira peut être demain pour faire un nouveau Baïl avec Mr Murys, de tous le prémier cette fois, mais je tremble en me rappelant toutes les exigeances plus ou moins absurdes qu’il avait il y a trois ans ... c’était à rendre fou, et je plains mon mari .... Monique est toujours plus affaiblie, mais elle peut vivre encore long-temps ainsi la malheureuse martyre, ses besoins augmentent n’oublie pas chère niéce de lui faire très régulierement payer sa pension comme nous le faisons avec plus de soins que jamais je m’arreterai pour la voir au mois de 7bre
    Mme Boutaud part pour Pointieres la semaine prochaine je l’y trouverai
    Adieu Chère petite mes amitiés à ton mari je te prie nous embrassons tous le charmant Baby sans t’oublier cependant

Ton affectionnée Tante
A S

    Les chaleurs m’ont affreusement fatiguées j’en suis encore un peu malade, mais aumoins je respire !.. c’est beaucoup

2011.02.250 Dimanche 21 mai 1848 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages, mais la fin de la lettre manque; pas d’adresse ou d’enveloppe.


La Côte Dimanche

    J’ai vu avec plaisir par ta derniére lettre Chere Sœur que tu avais repris ta sérènité d’esprit depuis ton retour chez toi, le beau temps, des charmantes promenades aux environs de Grenoble tout cela te faisaient grand bien, tu en avais besoin ; ton séjour ici ayant par trop ébranlé tes pauvres nerfs.
    Que te dîrai-je de notre bon père ? hier et aujourd’hui il est dans son état ordinaire ; il arrive du Chuzeau et vient de se recoucher autant pour tuer le temps que pour se repôser. il a mangé un énorme morceau de moëlle de bœuf et de la soupe au bouillon gras ; c’est bien !
    Jeudi et Vendredi il n’avait rien voulu manger, s’étant bourré de saucisses et de porc-frais la veille je ne pouvais voir se régime sans trembler .... aussi jurait-il après qu’on ne l’y prendrait-plus hélas ! je ne le crois pas. [p. 2] Vendredi il paraissait si abattu dans son lit, il nous disait des chôses sî navrantes et sur tout Monique était sî montée que j’etais cruellement ennuiée, mais tu connais mieux que moi chere sœur ces épreuves [mot biffé] douloureuses.
    Il faut que notre pauvre pere soit de fer pour résister à son regime d’opium, et de purgations tous les deux jours ; son idée fixe est qu’il ne peut aller du ventre et dieu sait qu’il ne reste pas long-temps sans s’en mettre des pieds a la tête il raconte ces détails à haute voix, dans la rue ...
    Je ne puis me résigner à cette décadence morale chere sœur cela m’attriste profondément.
    Mes enfants l’ont ranimé les prémiers jours, mais ce moyen est usé et moi bien plus encore j’ai passé deux heures hier à la pluie sur la galerie à parler de tout ce que je pouvais [p. 3] mais mes ressources sont à [mot biffé] bout, je m’éteins à vue d’œil ; comme tu le dis Chere Sœur quand on parvient par hasard à faire plaisir à cet excellent pere on jouit beaucoup, mais cela dure si peu, et cela est si rare !.. Je lis le journal avec plaisir aumoins on sert à cela !... les évenements de la semaine étaient de nature à intérésser, nous l’avons manqués belle avec le gouvernement Blanqui, Barthès, et compagnie qu’elle scène que l’envahissement de l’assemblée ! ... nos pauvres représentants ont du passer par de terribles émotions ; ils ont été calmes, et dignes honneur à eux ! bien plus encore à la Garde Nationale qui a sauvé le pays et maintenu l’ordre ...
    On vient de me dire qu’a Lyon on a voulu tuer le substitut du procureur de la République qui n’avait pas voulu délivrer deux ouvriers prisonniers ! ... il y a eu des Barricades à la [p. 4] Croix-Rousse, de grâves désordres à cette occasion ; et cela n’est pas encore terminé dit-on !....
    Mr Froussard a été mal traité à Paris j’ai été assez méchante pour dire tant mieux ... cela le guérira un peu de son ardent amour pour la canaille ! ... à Vienne il avait été stupide avec les ouvriers ...
    Mon mari n’a pu venir me voir comme il en avait le projet ; et j’ai été obligée [4 mots biffés] à grand peine à me résigner à l’attendre jusqu’a demain soir, il restera je pense deux jours puîs nous repartirons ensemble Jeudi ... j’ai perdu appêtit et sommeil ici ; comme toi je me ranimerai bien vite une fois chez moi avec Mon Cher Mari, à qui le temps dure cruellement tout seul en dépit des nombreuses et aimables invitations qu’il reçoit à Vienne et dont je suis bien reconnaissante ici je dine seule à mon aise [la fin de la lettre est perdue]

2011.02.251 Jeudi 6 novembre 1845 (?) À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages avec l’adresse à la dernière. Écriture très hâtive. Timbres postaux: VIENNE, 6 NOV. (année illisible); (LA COTE ST-ANDRE), 7 (/) NOV. (année illisible).


    Vienne Jeudi matin

    Il me tardait ma Chere Sœur de te donner de bonnes nouvelles de notre voyage, qui a été favorisé par un temps superbe que j’ai bien apprécié je t’assures ; nous arrivâmes avant hier soir pour diner Mr Jourdan le pere nous avait donné les chevaux ainsi tout avait été tres simplifié ; ma belle sœur nous attendait à Vienne depuis deux heures, en arrivant j’ai eu un coup de feu d’embarras digne de tout l’activité que j’avais économiseé à la Côte, mais le bonheur de retrouver mon Cher Marc me dédommage de tout le reste il m’attendais avec une impatience égale à mon empressement, à une grande distance de Beaurepaire il était venu à notre rencontre Je l’ai trouvé bien portant et tout à fait remonté pour les affaires, ainsi mon arrivée a été [p. 2] bien douce je t’assures.
    à Anjou Marc a joué un rôle de conciliateur qui a eu un plein succès, il y a eu un excellent dejeuner pour réunir les parents brouillés avant notre départ, et tout le monde nous a fait un accueil d’un empressement tres affectueux.
    Hier j’ai couru toute la journée pour les commissions de ma belle sœur, cette bonne et excellente femme a tant besoin d’appui, et d’affection que je néglige rien de ce qui peut lui rendre service, je ferai puis plus tard mes affaires ; elle est ici jusqu’a dimanche.
    Son petit rentre ce soir en pension. Nous dinons tous en famille chez notre cousin Suat sa fille et son gendre y seront aussi
    Je me precipite ma lettre a été interrompue troîs fois [p. 3] et le courrier n’attend pas les heures passent comme des minutes tu le comprendras certainement chere sœur.
    J’ai trouvé ma maison propre comme un bijou d’un bout à l’autre, ma cuisiniere s’était distinguée elle est d’une humeur charmante, c’est toujours autant de pris en passant
    Adieu Chere mille choses affectueuses à mon bon pere [.] ton mari et a ta fil[..]
    Mes fillettes tout de moitié vous font les embrassements que je vous envois ma Nancy ma fait endiabler en route et m’a victimée tres agréablement

vite vite adieu encore
toute a toi
A

[p. 4] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
chez Mr Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.252 Mardi 28 juillet 1846 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. Écriture hâtive.


    Vienne Mardi 28 Juillet

    J’ai eu de tes nouvelles par Mr Alfred Chere Sœur, tu devais me dit-il lui envoyer une lettre et un bouquet, puis la pluie torrentiele de dimanche soir fut cause sans doute que je n’ai rien reçu de toi.
    J’aurais eu besoin d’être distraite cependant de la si pénible impréssion que m’a faite la mort foudroyante de Mr Jourdan ainé, tu l’as apprise sans doute par ton Journal ?
    Nous ne pouvons y croire ; Marc en est malade ; il apprit cela au moment du dejeuner dimanche matin il en fut si bouleversé qu’il en devint blanc comme un linge, pour moi je pleurais sîncèrement ce bon et excellent homme, toujours si excellent pour moi mais mon cœur se brisait en pensant à sa malheureuse femme qui l’avait laissé seul à Paris depuis trois jours à peine, tres bien portant, elle avait pris les devant pour le recevoir le 28 et préparer la réunion de famille !. [p. 2] a peine arriveè à Anjou, elle apprend par une nouvelle Telegraphique que son mari est mourant ...
    Elle part seule et arrive à Paris 6 heures apres la mort de son mari !... c’est epouvantable à penser Chere Sœur une arrivée pareille comment ne pas en mourir sur le coup ? .... et songer qu’elle l’a laissé, qu’il est mort seul en demandant sa femme et ses enfants c’est horrible horrible et il devait être ici le 28 ... qu’elle fatalité ; ....
    Toute cette famille est dans la consternation je ne sais comment on aura osé apprendre cette nouvelle au vieux père ? ce fils était son dieu son orgueil ! .. la providence l’a frappé juste à l’endroit le plus sensible, il doit être comme un Lion furieux ; il me fait grande pitié, mais la pauvre femme bien plus encore ; elle adorait son mari, et arriver sans recevoir un dernier adieu ! ........
    Mr Pierre et sa femme etait [p. 3] parti pour aller la rejoindre ; mais son pauvre frere est tombé malade à Lyon et n’a pu aller plus loin Mr Donnat le jeune homme est partie à sa place pour voler au secours de cette malheureuse femme et ramener sans doute le cercueil de son Oncle.
    Mme Jourdan est douée comme tu sais d’une energie et d’un sang froid rare mais je défie qu’elle n’aye pas été anéantie par un coup de tonerre pareille.
    Je ne sais si Mr et Mme Nicolas etaient à Paris et qui aura pu l’entourer et la recevoir à son arrivée ? l’isolement de Paris est bien horrible quelque fois, et le pauvre homme accoutumée comme il l’etait à un si nombreux entourage de famille a du souffrir plus qu’un autre à sa derniere heure loin de tout ce qu’il aimait ; il parait qu’il est mort d’une colique de misereré nous n’avons aucuns détails tout le monde a perdu la tête dans la famille et je le comprends bien. [p. 4] Marc a voulu prendre un petit deuil voulant aller faire notre triste visite a Anjou un de ces jours ; j’avais ce qu’il me fallait .... Je redoute extremement ce voyage je crains qu’il ne fasse bien mal à mon mari encore si faible je voudrais temporiser à cause de cela
    Sa mine m’éffraye par moment il souffre de sa tête, le medecin me dit qu’il n’y a rien à faire que de continuer son vin de quina apres une interruption de quelques jours et un régime soigné
    Je t’assures chere sœur que je suis brisée ! ...... il est vrai que j’avais repris haleine à Charbonnières Marc s’y trouvait si bien ....
    Mon pere m’ecrit ce matin il charge Marc de son affaire, mais il faut vite vite tout de suite en finir ... comme si on faisait marcher les gens d’affaire comme on veut ? .. Marc ne peut les joindre seulement il a déja fait dix courses inutiles pour cela et ne négligera rien.
    Mon pere ne s’etonne point de la petite rechute de mon mari apres une penible émotion et lui conseille de même que son medecin
    Quand donc aurai-je l’esprit tranquille ? Je ne puis quitter une heure Marc sans être torturée, l’evenement de Mr Jourdan augmente encore cette angoisse d’esprit si penible
    Adieu Chere ne t’ennuie pas trop de la pluie et porte toi bien toute à toi

2011.02.253 Vendredi 30 janvier 1846 (?) À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; la suite de la lettre manque après la p. 4, mais 2011.02.254 semble être la fin de la lettre (papier, encre et écriture semblent être identiques). Pas d’adresse ou d’enveloppe.


    Vienne 30 Janvier

Je me repôse avec plaisir pour toi Chere sœur de tes fatigues de cette semaine, deux diners un bal et le reste c’est trop pour des femmes comme nous ? ...
J’ai fait pas mal de chôses extra aussi de mon côté, mon voyage à Lyon aurait réussis à souhait sans la pluie la boue et les commissions hors de saison mais ma jolie soirée m’a dédommagée de tout le reste, c’etait un coup d’œil ravissant, jamais je n’avais vu un si grand nombre de jolies femmes, plus fraîchement parées, tant de diamants de lumiéres et de fleurs m’éblouissaient le salon décoré avec une magnificence princiere, la salle à manger était un bosquet en fleur, la chambre de Madame une délicieuse fantaisie qu’on ne pouvait assez admirer, le gout le plus exquis avait presidé à l’ameublement ; pour quarante mille francs on peut avoir un joli mobilier La veille du bal j’avais diné chez ces dames et j’avais ainsi pu admirer en détail ce délicieux appartement, le lendemain il y avait tant de monde, que je n’aurais rien vu [p. 2] J’ai admiré toutes les Lionnes de [mot biffé] Belcour, toute la haute finance, Géneraux Colonels rien ne manquait ; j’etais tres bien placée pour dominer la foule Madame d’Arloz m’avait pris dans sa voiture de bonne heure, afin que je fusses mieux et que je fus voir arriver tout ce monde, toute cette famille m’accablait d’attentions affectueuses ; ma toilette était simple mais bien pour passer dans la foule et ne m’avait pas donné la moindre peine le coïffeur ne m’avait pas fait attendre et m’avait parfaitement coiffée à mon air les bandeaux bouffants me vont bien
    Madame Jourdan m’avait envoyé sa femme de chambre pour m’habiller, j’etais prète sans me presser (chôse toute nouvelle pour moi) dix minutes avant que la voiture fut à la porte de l’hôtel, enfin j’etais dans la plus heureuse disposition d’esprit pour jouir de tout, aussi me suis-je franchement amusée
    J’oubliais encore un agrément, c’est que j’étais agréablement placée à coté de Mme de Perrou la femme du general qui commandait à St Etienne tres jolie et tres aimables, comme nous [p. 3] avions beaucoup de connaissances communes les sujets de conversations étaient faciles à gauche une dame d’un certain age tres amusante dans le genre de Mme Augustin, et avec qui nous avons fait de bons éclats de rires sans nous connaitre peu importe.
    On a dansé beaucoup la Mazurka c’etait charmant à voir, de gracieuses jeunes filles s’en tiraient à ravir Le Cotillon a terminé la soirée dont je garderai un charmant souvenir.
    Voila une longue relation Chere sœur à ton tour maintenant de me conter les succes de tes diners somptueux
Nous sommes toujours dans les indécisions cependant nous avons fait des plans pour une petite soirée, peut être nous deciderons nous ? ....
Comme il y a un grand bal le 10 à l’Hôtel de Ville qui est le sujet de toutes les conversations dans ce moment nous attendrons plus tard.
J’ai envoyé des invitations aux dames Pion que je te dises le tour qu’elles m’ont joués, ne m’ont-elles pas écrit au moment ou je partais pour Lyon de leur acheter une robe de soie pour Celine, sans une précision ni l’étoffe, ni la couleur, ni le prix et avec cela des conditions à l’infini ! J’etais d’une humeur massacrante [p. 4] Moi qui pour ne pas courir à Lyon emportait tout de Vienne même gants et souliers je n’avais qu’une fleur à acheter que je trouvais parfaitement à deux pas, au lieu de cela obligée d’aller aux Terreaux, avec une pluie battante avoir des indecisions sans fin pour cette malheureuse robe :
que je te dise vite à propos que j’ai trouvé un mêtre vingt de satin marron comme tu le désirais quand au morceau pour Mathilde il y en avait en fabrique ; mais comme c’était le lendemain dimanche je n’ai pu l’avoir, mais on le mettra de côté chez Mr Montessuy c’est tout comme ; à la prémiere occasion je le ferai prendre.
    Le lendemain avant de partir nous fîmes plusieurs visites d’amis et eumes encore le temps d’aller au Musée voir l’exposition et y admirer le fameux tableau portrait du frere Philippe d’Horace Vernet c’est admirable, saisissant, il se détache de sa toile à faire peur je ne pouvais m’en arracher malgré la foule qui se ruait sur moi sans pitié, et une foule du dimanche c’est tout dire. [le reste de la lettre semble perdu]

2011.02.254 [Vendredi 30 janvier 1846 (?)] À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Les deux dernières pages d’une lettre plus longue, qui est très probablement 2011.02.253 (papier, encre et écriture semblent identiques). Pas d’adresse ou d’enveloppe. Écriture assez hâtive.


[Le début de la lettre manque]

Parles moi donc de votre scandale du moment le roman Bizillon ; je comprends la colère du fils, et du gendre de Mme Gizoux une femme si respectable, et si malheureuse devrait être à l’abri de pareilles insultes c’est une infâmie ; Mr Bizillon devrait être chassé ignominieusement de tous les salons, je suis charmée qu’il lui en coute dix mille francs pour retirer son ouvrage ce sera une leçon un peu chère.
    Je n’ai point vu ta belle sœur depuis plusîeurs jours ; elle a eu la bonté de venir me voir à mon retour, mais j’etais sortie, si je puis j’irai cette apres midi Je me serine en projet, le temps me manque tous les jours pour les exécuter
    Madame Béranger a sa fille cadette malade de la rougeole depuis dix jours, et je me prive à regret d’aller la voir de peur de la contagion.
    Ma cuisiniere est malade d’un rhume dans le genre du tien et je ne puis la faire soigner ce qui est îrritant, il me serait impossible d’avoir un diner à cause d’elle je n’ose rien lui commander, et elle ne veut pas que je prenne une femme pour faire son ouvrage les domestiques malades sont toutes de même [p. 2] Je lui ai fait mettre de force un vessicatoire hier d’apres l’avis du medecin, et j’aime à me flatter qu’il la guérira
    J’avais chargé Victor de te donner provisoirement de mes nouvelles j’avais eu cinq lettres urgentes à écrire à mon arrivée, et ma paresse demandait grâce ;
    Nous voyons de temps en temps Mr Gagnon ; il est notre voisin, toujours content de lui, prenant la vie du meilleur côté, c’est un heureux garçon qui fera son petit chemin à merveille, mais qui n’est pas plus dangereux que de mon temps à mon avis dumoins.
    Mathilde a du s’amuser beaucoup à la soirée de Mme Dupuis je m’en suis réjouie pour cette chere petite embrasse la de ma part tendrement si elle travaille ?
    Adieu Chere sœur assez bavarder il faut encore que j’écrive à ma belle sœur, j’ai un remors affreux à son sujet, demain je ferai sortir son petit
    Mon mari te dis mille chôses amicales il appréciait infiniment les jolies femmes de Lyon il trouvait qu’on ferait un voyage à moins, Camille aurait sans doute été du même avis, faute de mieux je l’embrasse affectueusement, mes compliments à Mme Pochin puisqu’elle ne tourmente pas trop fort

2011.02.255 Vendredi 13 février 1846 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Huit pages en tout (un feuillet de quatre pages, plus deux pages séparées). Les sept premières pages sont numérotées de la même manière que la lettre 2011.02.209 mais la page numérotée 7 est en fait la dernière et devrait porter le numéro 8 tandis que la véritable page 7 n’a pas de numéro. Pas d’adresse ou d’enveloppe.


    Vienne Vendredi 13 Fevrier

    Je me lève une heure plus matin pour avoir le temps de t’écrires aujourd’hui Chere Sœur, je craindrais qu’en prolongeant mon silence tu ne fusses inquiéte, et bien a tors car mes plaisirs seuls absorbent mon temps, depuis dix ans je n’avais pas abusé à ce point de bal, et de reunion, et ce qui m’étonne c’est que cela m’emeus encore aussi franchement, J’ai une nombreuse soirée apres demain, et je suis dans tout le feu des préparatifs n’ayant pu m’y preparer au commencement de la semaine Josephine a été indisposée elle a eu une fievre de rhume jointe à son ancienne irritation d’estomac, je la croyais déja bien malade, redoutais la rougeole etc etc La moitié de nos invitations étaient faites, nous ne savions s’il fallait envoyer les autres ou [p. 2] contremander les premiéres nous avons déliberés dimanche et Lundi matin enfin Mr Boissat riant de mes inquiétudes avec raison puisque Josephine va bien, décidat la question et nous voila lancés 
    Pour complêter mes agitations de dimanche ma belle sœur m’arrivat avec sa fille et son domestique ; non seulement je ne l’attendais pas, mais lui avais ecrit l’avant veille pour la prier de ne pas venir avant le carême, attendant du monde d’ici là chez moi et ayant des engagements de tous côtés ! .... Juge de ma mauvaise humeur
    Mon mari dinait dehors
    J’avais une soirée chez Mme Tornier ma petite un peu souffrante enfin, j’etais éxaspéree de voir qu’on ne tenait aucun compte de ma géne au contraire ma pauvre belle sœur tourne à la Pochin d’une maniere desesperante ; quand elle sait [p. 3] qu’elle nous genera, c’est une raison pour qu’elle arrive expres voila la troîsiéme fois qu’elle fait cela, et Marc en est irrité autant que moi, plus nous faisons pour elle et ses enfants moins elle est satisfaite et irritée, enfin sa position l’excuse ; mais c’est peu encourageant pour nous
    Changeant de conversation je te dirai que la soirée de Mme Guidon samedi a été charmante, et celle de l’hôtel de ville superbe ; j’y ai mené Celine Paret, et l’ai reçu chez moi cette pauvre jeune femme est dans un état de santé bien déplorable ; elle tousse affreusement sa mere ne sachant plus qu’imaginer pour la rétablir a voulu éssayer d’un petit voyage a Vienne et a Lyon elle y est aujourd’hui, je ne sais si elle restera pour notre visite dimanche à son retour mais je ne pourrai la loger attendant Mme Richard, je ne perdrai rien au change car la pauvre Celine [p. 4] est un peu emplâtre (entre nous soit dit elle ne pense à rien absolument il faut s’en occuper pour tout la dorloter, la chauffer comme une enfant, je ne m’étonne plus qu’elle ne puisse vivre loin de sa mere ; elle l’a gâtée, si je n’avais fermé ses malles et tout rangé dans sa chambre elle aurait manqué dix fois le chemin de fer, son mari aussi tranquille qu’elle ne songeait pas mieux, je ne pouvais m’imaginer rien de pareil je t’assure Marc n’en revenait pas..
    Les dames Roche de Lyon etaient venu pour le bal de mardi et ont été charmantes pour moi elles sont encore ici chez Mme Revillou Je voulais les avoir dimanche mais elles partent samedi ces demoiselles ne se marient point c’est grand dommage a propos de mariage tu m’avais parlé du fils de Lassasssalle pour Melle Ardaillon ; je crois qu’il aurait des chances d’être accepté ayant tâté le terrain à ce sujet [p. 5] pendant que j’etais à Lyon, et Mr Ardaillon ayant ecrit depuis à mon mari pour lui demander des renseignements sur un Marquis de Vivens, je crois qui habite le Dauphiné, mais dont je n’ai jamais entendu parler, à cette occasion il revenait adroitement sur mes insinuations, demandant minutieusement toutes sorte de détails auxquels nous n’avons point répondu encore ne pouvant savoir si Mr Lassasssalle la mettrait en avant Melle Corinne aura je pense comme sa sœur deux cents mille francs comptant précise donc les fait un peu mieux quand tu t’occupes de négociations de ce genre ; pour Victor tu m’avais induite en erreur d’apres les lettres de ma Tante qui indiquaient une fortune plus considerable à son fils que toi il n’en faut pas souvent davantage pour faire manquer un mariage tu ne me disais pas si le fils Lassasssalle aurait encore des esperances, et quel âge il a ? [p. 6] on tiendrait je crois à le raprocher de Lyon avec des protections comme il en a la chôse serait possible mais je présume que cette condition ne serait pas rigoureuse, il me semble que ce mariage pourrait aller répond moi si tu as le projet de lui en parler je te prie
    Jeudi Mr Beranger entrainé par notre exemple donne une soirée ce sera la clôture je présume mes ressources de toilettes sont a bout, les danseurs ne m’ont pas manqué ayant eu la bonne precaution de faire inviter les jeunes gens samedi chez Mme Guidon dans cette intention ; j’ai fait fureur pour cette raison, et je ne puis en être fiére comme tu vois. que je te dise qu’a Lyon j’ai fort bien dansé impertinente qui en doute ! ..... Ma robe de moire rose etait ma toilette a Lyon et ici mardi ; samedi j’avais un costume espagnol tout en noir chez Mr Billard ma robe en barrage bleu que je remettrai chez moi, chez ta belle sœur en velour et je fais faire pour la soirée Beranger une robe en Organdi brodé a manches cerises [p. 7page sans numéro] avec double jupe, et Berthe double de la même étoffe.
J’aurai dimanche 36 a 40 dames pour orchestre un piano excellent que me prête ma voîsine Mme Givors ; et deux violons. Clemence me fournira des fleurs mon salon sera charmant
    Mlle Schovest qui est une excellente musicienne est d’une complaisance rare, un professeur de piano et un capitaine notre voisin me promettent un concours precieux malgré tout cela, par moments je me trouble de mon entreprise j’ai peur que tout n’aille pas comme je desirerais et je serai charmée quand ce sera fait, que n’es tu la chere sœur pour me venir en aide mais de ton côté tu mènes un vie tres agitèe aussi va venir bientôt le carême pour nous remettre à nos habitudes ordinaires
    ton beau frere est toujours de même, il se plaint de faire peu de progres sa femme l’empèche de veiller tard [p. 8mais numérotée 7 par erreur] minuit les voit toujours s’esquiver
    J’ai de bonnes nouvelles de mon pere par Celine, elle m’a dit qu’une de ses grandes distractions étaient des Tourterelles, qui aurait pu croire ce nouveau gout à notre pauvre pere ?
    Adieu Chere sœur je m’oublie en causant avec toi mille et mille soins me réclament et en commencant je ne voulais t’ecrires que quelques lignes et j’en suis au numéro 7, j’ai besoin de te mettre au courant de ma vie comme je ne puis ignorer la tienne sans inquiétude
    Mes amitiés a Camille je te prie mille caresses à Mathilde elle a du bien s’amuser chez Mme Teisseire.
    Mes fillettes se coucheront dimanche à 7 heures et pour cela je promets une poupée de 50 centimes chacune c’est acheter mon repos bon marché adieu donc je bavarde impitoyablement jusqu’au bout de mon papier
    Je t’embrasse tendrement

A S

2011.02.256
et enveloppe
2011.02.257
Mardi 2 novembre 1847


À sa sœur Nancy Berlioz-Pal 


Texte corrigé





Deux pages. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 2 NOV. (18)4*; (verso) LA CÔTE-ST-ANDRÉ, 3 NOV. (année illisible).


Vienne Mardi

    J’ai appris avec grand plaisir chere sœur que Jenny était en convalescence ; pour moi je commence un nouveau genre de tribulations Ma belle sœur est arrivée Samedi
    J’ai deployé ce jour la toute mon activité pour installer son ménage deballer ses effets etc etc faible et malade comme elle est il était impossible que la pauvre femme déja fatiguée du voyage eut la force de surveiller même ; me voila donc bien et dument ésclave tous les jours comme toi, j’avais bien mesuré la charge accablante qui m’arrivait nous n’en dormons plus Marc et moi depuis Samedi, hier soir elle était affreusement souffrante je vais y aller savoir de ses nouvelles
    Je t’ecris à la hâte en rentrant de la Messe pour t’envoyer le reçu de l’argent que ton mari a eu l’obligeance d’envoyer au mien avant hier par un billet
    Je pense que mon Pere a reçu [p. 2] ses marrons tu ne m’en dis rien ils coutent 29 francs que je prie mon pere de faire payer de suite à ma niéce Caroline au Couvent, comme sa mère devait lui envoyer de l’argent elle a trouvé simple de profiter de celui la ainsi ne renvois pas je te prie Chere sœur parce que les réligieuses sont pressées comme les autres et plus que les autres d’être payées
    Le froid precoce que nous avons fait sentir le besoin des vêtements d’hiver Je ne puis avoir aucune ouvriére et suis en retard dans tout pour mes fillettes que je vais installer demain à la pension
    Adieu Ma Chere le surcroit des préoccupations de ma belle sœur était du luxe mais il faut bien se résigner tu en sait des nouvelles, mon mari ne va pas mal l’eau de Vichy lui fait grand bien il la continuera d’apres le conseil de son medecin
    Je t’embrasse en courant

Toute à toi
A S

[dans la marge de gauche, de haut en bas] quand à tes reproches pour Tournon je croyais que tu logerais chez Louise et le cousin le désirais tant.

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
chez Mr Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.258 Samedi 19 septembre 1846 À son père Louis-Joseph Berlioz Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages avec l’adresse à la dernière. Timbres postaux: VIENNE, 19 SEPT. (?) (année illisible); LA COTE-ST-ANDRE, 20 SEPT. (?) (année illisible).


Vienne Samedi

    Vous êtes seul pour quelques jours seulement Chere Pere ; Nancy vous reviendra dans le courant de la semaine prochaine sans doute, d’apres ce qu’elle m’ecrit de St Vincent à son départ de la Côte votre santé était à peu pres dans son état habituel je vois venir les vendanges avec peine dans la crainte que vous ne vous donniez trop de fatigues à leur occasion ; ici c’est une affaire terminée à peu près, mais c’est plus précoce d’une quinzaine aumoins ;
    Je ne puis préciser encore le moment ou je retournerai vous voir, j’attends le signal de Mme Machon pour aller à Lyon attendre mon Oncle afin d’être en treve à la fameuse entrevu d’un jour à l’autre je recevrai la lettre qui me fera partir, et jusqu’a mon retour qu apres cette grande affaire je ne deciderai mon voyage ; depuis mon retour ici j’ai été tres occupée par une énorme léssive ; des confitures, des tailleuses et autres embarras de ménage [p. 2] pour lesquels je déplois cependant une activité extrème sans pouvoir jamais être sur mon courant, je me dévoue pour faire sortir beaucoup mes chères petites et leur faire jouir de ces beaux jours ; elles vont souvent à la campagne chez leurs [mot biffé] amies elles ont aumoins six ou sept maisons à choisir, ou on les accueille avec un empressement tres aimable pour moi et dont je suis reconnaissante elles reviennent toujours le soir transportées, ravies de leur journée et je vois que leur santé s’en trouve aussi bien que leurs plaisirs
    J’ai pour nous également plusieurs invitations à diner aux environs Dimanche passé chez Mr Montbrun et Lundi chez Mr Souliez j’irai avec plaisir faire cette jolie promenade on ne peut y aller qu’a pied c’est sur la montagne ; et je desire que le temps continue de nous favoriser.
    Mon mari a toujours de temps en temps ses maux de tête qui le fatiguent fort, je trouve [p. 3] cependant que les intervalles s’éloignent un peu ; il vient de recevoir des nouvelles de Beaurepaire ; sa niéce va en s’affaiblissant, et sa pauvre mère à le cœur dechiré de ce spectacle
    On lui dit aussi que les vendanges ne sont pas belles, et nous aurons la moitié moins que l’an passé, et que les bleds noirs ont coulés, il faut convenir que c’est trop de récoltes manquées pour une année, cela épouvante pour les pauvres sur tout cet hiver, nous n’avons pas reçu un sol de nos fer[.....] comme bien d’autres du reste
    Adieu Cher Pere, on vient de me déranger ne voulant pas manquer le courrier de ce matin je termine ma lettre ; mon mari et mes filles se joignent a moi pour vous embrasser bien tendrement

Votre affectionnée fille
A Suat

[p. 4] [adresse]

Monsieur
Monsieur Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.259 Vendredi 14 octobre 1842 (?) À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Six pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une page séparée, adresse à la dernière). Timbres postaux: ST-CHAMOND, 14 (mois et année illisibles); LYON, 14 OCT. (?) 184*; LA COTE-ST-ANDRE, 15 (?) (mois et année illisibles).


    St Chamond Vendredi matin 14

        Chere Sœur 

    Monique m’est arrivée Mardi à trois heures apres un excellent voyage mais qu’elle avait trouvé bien long ; j’ai eu grand plaisir à la voir à la questionner sur vous tous, les lettres sont si insuffisantes que j’avais beaucoup à apprendre ;
    Josephine a été dans le ravissement de toutes les jolies chôses que sa cousine Mathilde lui a envoyé, c’etait trop à la fois vraiment, mais ce qui a eu le plus de succès c’est la montre elle ne l’a pas encore quitté une minute ni jour ni nuit, son admiration est telle que les dragées ont été oubliées momentanément voila une preuve !.. elle se trouve en bonne dispositions dans ce moment de gentillesse aussi Monique en est ravie, et son admiration stimule son babillage ; j’etais tres fiére aussi de lui montrer ma Nancy c’est un amour d’enfant on ne peut pas en discovenir d’honneur ? Si tu la voyais avec ton jolis petit [p. 2] bonnet qui lui va à merveille tu en serais charmée, à propos la delicieuse pelerine que tu as envoyée à Josephine : tu l’aurais fait faire Ma bonne Sœur que les proportions ne seraient pas plus parfaites ; je te remercie mille fois de ton aimable attention rien ne pouvait me faire plus de plaisir pour ses toilettes de cet hiver ; J’ai bien regretté la lettre de ma chere Mathilde surtout quand Monique m’a appris le grand chagrin qui a été cause du retard
    Je t’admire Chere Sœur d’avoir eu le courage de ne pas la mener à Rives c’etait une precaution un peu violente pour la pauvre petite cela m’aurait fait une peine infinie d’en être temoin ; tu as du être bien vexée aussi de ne pas rencontrer Mme Blanc Sa lettre m’a fait grand plaisir, elle prétend qu’elle est deja de ma force j’en suis ravie, la mort du fils Vallier a du cruellement attrister leur reunion de famille. elle attend sa mere sous peu.
    [p. 3] Je suis bien aise que Mme Veyron arrive enfin, mon Oncle pourra encore la voir dis lui mille choses affectueuses de ma part je te prie
Le projet de Monique était de repartir demain mais mon mari étant obligé d’aller passer deux jours a Lyon l’a engagé fortement a attendre son retour afin d’être plus tranquille sur mon compte pendant son absence et comme lui j’etais bien aise de la retenir jusqu’a son retour, j’espere que mon bon pere me pardonnera cette prolongation de sejour et qu’il ne souffrîra pas grace à tes bons soins de l’absence de Monique, elle arrîvera Lundi soir ou dans la nuit.
    Je ne suis point encore sortie Marc trouve qu’il fait trop froid, il y a aujourd’hui quatre semaines que je suis prisonnière, je commence à trouver le temps long, j’espere cependant aller dimanche à la Messe.
    Mes forces reviennent tout doucement j’ai besoin encore de m’etendre souvent sur mon canapé plusieurs heures par jour, je pense que quand [p. 4] je pourrai faire un peu d’exercices et prendre l’air cela achevera de me remettre. J’eus Lundi soir la visite de François et de Benjamin il venait de l’Usine de Terre noire faire une nouvelle tentative aupres de Mr Genissieux appuyés de fortes recommendations, et tout cela a été inutile pour le moment, il a promis seulement qu’a la premiere occasion il se rappelerait de François
    Son affaire d’Amerique a manqué aussi, ensorte que notre cousin s’agite pour trouver ou se placer ce qui n’est certe pas facile malgre tout le talent qu’on peut avoir
    Marc parlera aux Messieurs Monet peut être dans leur verrerie aurait-il besoin de quelqu’un de capable et de sur.
    François m’a parlé de la prochaine nomination de Mr Charmeil a Grenoble en remplacement de Mr Bonnat écris moi donc si cela devient officiel j’en serai charmée pour eux et pour toi également [p. 5] Tu ferais d’aimables acquisitions pour la Sociéte cet hiver, pour moi je prevois que nous passerons le notre plus raisonnablement que jamais ; toute mon ambition se borne à avoir du repos d’esprit et tout mon monde bien portant ; quand aux plaisirs je me sens si vieille au moral et aux physique que ce serait presque un contresens pour moi, c’est bon pour toi chere sœur qui est toujours jeune et jolie et aimable comme à dix huit ans il te faudra rien moins que le commencement du règne de ta fille pour te faire abdiquer les mie[....] me trouveront à mon rôle depuis un siecle à leurs debuts.
    Adieu Chere sœur charge toi de mes tendres caresses pour mon pere et mon Oncle ; il doit etre de retour de Grenoble Si Camille est revenu avec lui, mes empressés compliments ; je pense que ta prochaine lettre me fixera le jour de l’arriveé de mon oncle mon empressement de le voir est extreme qu’il s’attende à me trouver tres changeé [p. 6] je voudrais exagérer même pour plus de surete
    mes amitiés aux dames Pion
    Je t’embrasse bien fort de moitié avec Mathilde

toute à toi
A S

[adresse ici au milieu de la page

Madame
Madame Camille Pal
A La Côte St André
Isère

2011.02.260 Mercredi 29 décembre 1858 À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages. Pas d’adresse ou d’enveloppe.


    Vienne 29 Décembre

Je te remercie chère niece de vouloir bien t’informer avec une si affectueuse sollicitude de la santé de ta cousine ; la pauvre enfant a une maladie qui découragerait par sa nature et sa longueur la patience d’un saint, et comme ni elle ni moi ne sommes encore dans une voîe sî parfaite tu peux juger de l’état où nous devons être ? ... ton oncle seul est admirable de soins et de résignation il est vrais que ses affaires le retiennent souvent dans son Etude où au dehors et qu’il a ainsi un peu de diversion ; mais moi toujours à voir souffrir à entendre pleurer gémir sans pouvoir ni soulager ni distraire ma fille c’est a en devenir folle certains jours .... ce qui m’enlève tout courage sur tout c’est que je ne suis pas plus avancée que le prémier jour quand il y en a bientôt huit que cette infernale maladie a commencée ! ........ [en haut de la page, dans l’espace entre l’adresse et le début de la lettre, écrit de côté] Je te prie d’aller chez ma cousine lui donner de nos nouvelles Je lui écrirai plus tard ayant si peu de temps a moi, cette lettre fera pour vous deux [p. 2] Rien ne fait pas même les promenades à cheval sur lesquelles je fondais tant d’esperances après en avoir fait 7 ou 8 le mauvais temps et une augmentation de malaises les a interrompues, sauf à éssayer plus tard d’y revenir ..... Nos deux medecins ne sachant plus qu’éssayer, Josephine a voulu absolument aller consulter à Lyon la fameuse Melle Bréssac qui devine vos maux sans les lui dire.
Le fait est qu’il y a de quoi confondre ; elle ne connaissait nullement ta cousine et après l’avoir légèrement palpée sur la tête l’Estomac et le ventre elle lui dit « Mademoiselle vous n’avez aucun organe malade pôsitivement, mais les nerfs .. votre constitution était très bonne ; vous guérirez certainement mais ce sera long, bien que depuis plusieurs mois deja vous souffriez le sang vous fait la guerre aussi il vous faut une bonne hygiène la promenade ; de la distraction [p. 3] et ainsi de suite elle lui a énumeré tous les symptômes de sa maladie avec la plus grande éxactitude ....
Sa consultation a eu beaucoup de rapports avec les ordonnances des autres medecins et semble très bien raîsonnée
    N’y a-t-il pas de quoi confondre ? Comment expliquer l’espèce de devination de cette fille ? ..
    Nous suivons depuis quelques jours ses prescriptions que risquons nous ? Le medecin les a vues et n’a su que dire ... il en était de mauvaise humeur je crois un peu.
Notre cousine Odile connait Melle Bréssac raconte lui tout cela je te prie ; Son projet d’aller à Paris éxiste bien toujours j’espère, j’aurai ainsi le plaisir de la voir d’ici à quelques jours a son passage sa visite nous sera une précieuse distraction à tous, ses conseils, ses encouragements bien nécèssaires car nous ne savons qu’elle parti prendre souvent, et si nous devons craindre ou esperer [p. 4] Les crises sont peut-être un peu moins violentes mais le mal est plus incèssant .. elle mange et engraisse plutôt que de maigrir ... Sa tristesse est pire que jamais ... rien au monde ne saurait lui causer le moindre plaisir.
Nancy est encore a Tournon ; mon oncle et ma Tante sont partis pour Hyères Lundi mais elle est chez Mme Boutaud en attendant une occasion que j’aurai la semaine prochaine pour la ramener après six semaines et plus d’absence elle trouvera sa pauvre sœur de même Mon dieu que tout cela est triste !
    Jouis bien de ton petit garçon Chère niece, apprécie le repos dont tu jouis, îl y a dans la vie des temps de cruelles épreuves ... la famille Teisseire a du être foudroyée par la mort de Mr Charles que de changements pour sa femme ?
    Je pense que ton pere en a été très peiné aussi. Sa santé a lui est toujours bonne, qu’il évite les rhumes
pour ton mari a son age tout va bien fais lui nos amitiés et nos souhaits de nouvel an dont tu prendras la moitié avant.
adieu chere niece nous t’embrassons tous AS

2011.02.261 Dimanche 31 janvier 1847 (?) À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Huit pages en tout (deux feuillets chacun de quatre pages). Écriture assez hâtive. Pas d’adresse ou d’enveloppe.


Vienne Dimanche matin 31

    Je te remercie de ton éxactitude à m’écrire Chere sœur au milieu de tes nombreuses soirées de tes toilettes, de tes confèrences de mariage etc etc, tu me tiendras au courant je te prie des renseignements reçu pour l’affaire de Victor, je serai heureuse si tu réussis à lui donner une riche et agréable femme ; il n’y a pas de danger que je devines ton secret à la manière dont tu l’enveloppes ; il paraît que Mr G a eu le nez cassé assez proprement, tant mieux il est si bête quelques fois qu’une petit leçon pourrait lui être utile ; il jette feu et flammes du raccommodement B, il blame Mme de Loucry, à l’entendre c’est une bassesse, quand au mariage évidemment il a du dépit il fait fi de Mr d’Haugerouville d’une maniére tres plaisante surtout quand on l’avait entendu parler bien autrement de ce jeune homme qui est charmant, il n’a jamais voulu venir il y a deux jours passer la soirée avec ces dames jeudi le futur lui agace les nerfs c’est positif, il aurait voulu avoir [p. 2] Melle Mathilde comme une [mot biffé] derniere ressource apres de brillants échecs
    Madame de Loucry est tellement heureuse de toute cette affaire qu’elle en perd un peu la tête je crois, et se livre à la merci de sa cousine avec un abandon qui m’impatiente, et me fait peur, je lui porte un trop sincère interèt pour ne pas désirer plus de prudence de sa part, le terrain est brulant, apres la terrible épreuve qu’elle vient de faîre du caractère de Mr et Mme B, je la battrais de revenir à eux si franchement si tendrement sur tout, c’est se manquer à elle même, apres avoir été trainée dans la boue par cette famille il y a si peu de jours encore
    chez moi l’autre soir elle n’a pas cèssée de tenir la main de Mme B, et de causer bas avec elle Mme Dutriac etait stupéfiée comme moi de ce changement si complet. De deux chôses l’une ou Mme B croyait les infamies qu’elle disait contre sa cousine, et alors malgré ce mariage son opinion doit être la même, alors pourquoi la recevoir et jouer cette comédie ? ... [p. 3] ou elle mentait avec audace, et alors elle peut retomber dans un pareil danger vis a vis d’une femme capable de passions pareilles, et il faut La tenir à quatre pour ne pas l’y exposer, j’aurais peu de foi je l’avoue à des démonstrations de la part d’une parente qui aurait ainsi voulu me perdre sans merci. La conduite de Mme B est incroyable d’inconséquences, je me tiendrai à distance pour plus de sureté je dois les géner l’une et l’autre j’en sais trop long ! ....
    Le mariage aura lieu le Lundi gras il y aura un bal à cette occasion 
    Je crois qu’on en prépare un pour la veuve avec un veuf, encore un épisode à notre roman si propre Nous verrons la fin, il n’y aurait que ce moyen d’assurer la position de Mme de Loucry, je le desire sincerement, parce que ses malheurs m’ont attaché à elle.
    Point de nouvelles de Moulins mes deux lettres ne valent pas une réponse ; dans la prémiere cependant je parlais longuement du plaisir que j’avais eu à recevoir Mme Trachon, je louais [p. 4] la beauté et les succès de la jeune niéce à tout cela rien .... dans la seconde je remerciais du bracelet quatre fois plus qu’il ne valait et j’insistais pour connaitre l’époque precise de leur passage à Vienne, y mettant l’emprèssement le plus affectueux ; je pense qu’on me répondra dans un mois, pour me parler avec détail de la remonte des chevaux du régiment peut être ? ou autre chôse de ce genre 
    d’honneur Ma Chere nous nous sommes fourvoyés avec la Tante ; il n’y a plus moyen de se faire illusion, comme elle te l’écrit son pays, et sa famille sont tout pour elle ; .... elle veut nous le dîre sur tous les tons et nous tenir au large, nous profiterons de l’avis, mais non sans tristesse de ma part je t’assure.
    Je veux te prier chere sœur de me décharger d’un sujet d’irritation, et d’aller faire des réproches de ma part à Odile, elle est étonnante [p. 5] voila ce dont il s’agit
    Elle m’écrivit il y a quinze jours pour prîer mon mari de faîre prendre des informations au Bureau des hypotèques sur une inscription qu’avait Mr Caffarel, bien que Marc fut accablé d’affaîre ce jour là, il ne perdit pas une minute Odile ayant oublié les prénoms de son créancier, il me fallut luî écrire courrier par courrier pour luî dîre de réparer cet oubli, elle me répond la veille de notre grand diner, Marc retourne aux hypotèques (note bien que c’est à une lieue de chez nous) à son retour j’écris de nouveau à Odile malgré tous mes embarras pour la rassurer de suite, ses enfants étant les prémiers inscrits, le conservateur y avait mis toute l’obligeance possible mais n’avait pu donner qu’une note pour ce jour là, promettant d’envoyer l’Etat au plutôt suivant l’usage ; j’explique tout cela à Odile et croirais tu qu’apres tant d’obligeance de notre part son mari juge à propos d’écrire en rodomont au procureur du roi à Vienne pour se plaindre [p. 6] vertement du conservateur et prier Mr Michel de l’admonester 
    Juge de la surprise de Marc aux justes reproches du conservateur qui ne comprenait pas cette algarade Mon mari s’empressat d’aller chez Mr Michel qui heureusement avait modifié les ordres de Mr Burdet et néanmoins Marc a fait des excuses au conservateur pour l’ennui qu’il en avait éprouvé étant au mieux avec lui, et n’ayant qu’a se louer de son obligeance Mon mari était furieux de cela jamais je ne l’ai vu si en colère, il avait raison, c’est un peu trop fort, les gens vous assassinent de commissions ennuieuses, on les fait envers et contre tout puis on en a encore toute sorte de vexations ; je te prie instamment de leur faire connaitre notre mauvaise humeur, j’y tiens J’ai failli lui en ecrire mais j’aurais dis trop.
    la sotte famille que nous avons là
    [p. 7] Parlons un peu de ta fille maintenant chere sœur, je trouve que tu es bien difficile à son sujet, sa taille est jolie, plus tard elle dansera mieux elle va en mesure c’est l’essentiel la grace n’est pas encore de son age ; Marguerite Faure n’en a pas davantage, elle est longue aussi comme une asperge montée, elle était mieux il y a un an, c’est le moment difficile à traverser bien plus encore pour les mères que pour les filles ferme les yeux chere sœur pour le repos de ta fille, ce soir elle s’amusera plus franchement ne sentant pas tes regards fixés sur elle
    La grippe de Mr P est bien pénible aussi pour toi tiens moi au courant de son etat je m’en préoccupe à ton intention
    Ma belle sœur me tient sous le coup d’une prochaine arrivée pour ramener son fils en pension je m’attends bien qu’elle viendra un jour ou elle me dérangera c’est ainsi chaque fois et elle ne veut jamais me prévenir ; leur partage de famille donne toutes sortes d’ennui à Marc [p. 8] Sa belle fille Seraphine se conduit tres mal, prétend que mon mari a voulu la spolier ! .. et dieu sait qu’il s’était beaucoup plus préoccupé d’elle dans le traité, que de ses propres niéces ; les gens d’affaires qui ont lu le projet d’arrangement de mon mari lui rendent bien justice et ne reviennent pas des éxigeances absurdes des enfants du prémier lit Séraphine nie à présent ses propos, elle est venue la semaine passée et je lui ai nettement temoigné mon indignation elle ne remettra plus les pieds chez nous, c’est une de moins elle va au couvent de Voiron se faîre rélîgieuse bon voyage
    Une de ses sœurs mariées est à la Guadeloupe avec son mari, et de deux. Je voudrais que tout le reste de la famille partî pour le Maroc le petit pardessus le marché
    Tout cela m’irrite au superlatif
    Adieu Chere Sœur trève de diatribes c’est abuser de toi
    Mes amitiés à ton mari
    Je t’embrasse affectueusement

toute a toi
A S

2011.02.262 Automne 1846 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, la quatrième vide. Pas d’adresse ou d’enveloppe.


Mercredi matin

    Je t’ai laissé le cœur bien triste Chere et bonne sœur, ton souvenir me gâtait tout le bonheur de rejoindre mari et enfants j’ai trouvé ma chere petite Nancy bien pâlie et bien maigrie elle a été extremement souffrante en mon absence ; cela ne me manque jamais .... mon mari aussi avait bien besoin de mon retour, mes domestiques n’ont rien su faire sans moi ni léssive ni le reste puis Nancy voulait toujours être sur les bras de sa bonne.
    Ma belle sœur était partie il était temps que je revins sous tous les rapports Marc est obligé d’aller a Lyon ce soir ou demain pour une affaire pressée et cela me contrarie plus que tu ne peus l’imaginer ...
    Tu as bien fait de me renvoyer la lettre de mon mari elle en contenait une de mon oncle que je mets dans la mienne tu verras qu’il prend [p. 2] cœur a la veuve, et renonce au fond perdu le bon sens lui est revenu tu diras à Louise à ce sujet ce que tu croiras bon quand tu iras à Pointieres cette semaine, ma lettre aura satisfait mon oncle j’espère dans la disposition d’esprit ou il se trouvait, elle ne manquait pas de détails précis et comme il le demande je lui fixais l’entrevue
    Je t’envois des bonnets en masse à choisir pour toi et les dames Pion ne melez pas il y en a de deux marchandes dans le carton dix de l’une et 4 de l’autre qui sont dans un papier à part les prix sont marqués sur les mentonniéres vous les renverrez vendredi par la Chollet sans faute, ainsi que les pantoufles, il y en a 6 paires Celine indiquera le numéro de celles qu’elle gardera afin que je puisse lui renvoyer les soies et laines
    J’envois une dentelle commencée avec du coton exprès pour cela du canevas et des gants pour Mathilde 
[p. 3] Antoine ne partant qu’a midi j’ai eu le temps de m’occuper de toutes ces commissions, cela te prouveras tout mon desir de te distraire dans ta triste solitude par tous les moyens en mon pouvoir, malheureusement trop restreints, J’ai besoin de m’occuper activement pour dissiper les tristes dispositions ou je suis revenue ; Marc m’a trouvé maigrie et triste et à l’attrister malgré sa joie de me retrouver. Josephine va à merveille les coffrets ont eu un succès prodigieux sans jalousies, le petit ménage a fait merveille aussi
    Adieu Chere sœur mille chôses à notre bon pere ; un bon baiser à Mathilde qui m’a promis en me quittant d’être sage et de te distraire de son mieux

Toute à toi
A S

2011.02.263 Vendredi 9 février 1855 (?) À sa nièce Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, la quatrième vide. Pas d’adresse ou d’enveloppe.


    Vienne Vendredi

    Pourquoi n’arrives-tu donc pas Chere nièce envain depuis huit jours j’attends une lettre qui m’annonce celui fixé pour ton voyage .... et rien encore ce matin .. Je m’impatiente, tes cousines se désolent, ma societe s’irrite ... il est question d’un piquenique, le sort veut qu’il soit chez moi et je ne veux pas fixer rien sans toi ... d’après ta lettre je croyais que tu serais ici à l’heure qu’il est ; tous les matins j’attends le facteur envain, les provisions, les invitations en souffriront, les derniers jours du carnaval il y a complication on parle de deux soirées la semaine prochaine, tu seras cause peut être que rien ne s’arrangera bien pour personne ; répond moi donc vite [p. 2] nous aurions voulu la soirée Lundi tu aurais le temps si demain tu m’ecrivais que tu m’arrives dimanche, si non il faudrait renvoyer à Mercredi 14 encore on ne sait si ce jour sera libre ?
    Ton Oncle est à la Côte et à Beaurepaire depuis deux jours, il ne reviendra que dimanche matin il avait compté sur toi pour me tenir compagnie en son absence ; tu as laissé revenir la neige et les mauvais chemins maladroitement, ton pere saisira peut être ce pretexte pour te retenir jusqu’au carème, je ne puis te dire Chere petite combien je serais contrariée de ce retard ta visite arriverait si bien ces jours ci, je comptais sur toi avec tant de plaisir ..... le Bal Gîroux a-t-il été retardé est-ce la cause de ton silence ? Je me perds en conjecture, courrier par courrier il me faut une reponse. J’espere un peu que celui de demain [p. 3] éclaircira tout cela, en attendant adieu je suis de mauvaîse humeur tous mes projets, mes plans sont contrariés et je ne saurais te dîre autre chôse ; je t’embrasse par grande faveur, et ne veux pas faire d’amitiés à ton pere s’il est la cause de ce retard si prolongé comme je l’en accuse ...
    Adieu         Adele
    Apporte tes toilettes de Bal a tout hasard

2011.02.264 Mardi 27 octobre 1846 (?)  À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages avec l’adresse à la dernière. Timbre postal: Vienne, 27 OCT. (?) (année illisible). Voir le commentaire chronologique.


Vienne Mardi

    J’attendais de tes nouvelles ce matin Chere Sœur, et je me hâte de te répondre que j’irai vous embrasser Samedi, ma pauvre belle sœur m’est arrivée Dimanche matin avec mon mari, je les attendais avec un empressement douloureux le premier moment a été tres pénible j’ai bien pleuré avec Louise je la comprenais bien ; mais comme tu dis elle est presque soulagée que la longue agonie de sa fille soit finie ; c’était affreux affreux ; à demander la mort à chaque instant comme une grace du Ciel, puis la malheureuse enfant avait fait le sacrifice de sa vie avec beaucoup de courage ; sa foi était vîve et l’esperance du ciel la soutenait. Sa mere a supporté ce nouveau coup avec beaucoup de force elle est usée c’est le mot Je la soîgne et la distrait de mon mieux, elle veut malgré cela [p. 2] partir apres demain ; Seraphine est trop seule a Beaurepaire, elle a besoin aussi de se retrouver chez elle ; bien que ce petit séjour a Vienne lui fasse du bien, nous l’entourons de tous les égards et l’affection possible et elle en est touchée.
    Je suis bien fachée Chere sœur que Mathilde se fut priveé envain d’une bonne nuit de sommeil pour éviter encore une attente inutile je te prie de m’envoyer Antoine (si tu peux) Vendredi soir afin de partir Samedi apres déjeuner, je trouverai Camille pres de toi probablement, et mon retard aura eu ainsi son bon côté
    Je n’ai toujours pas signe de vie de mon oncle j’en étais vraiment inquiête, et te remercie de ce que tu m’en dis, je lui ecrirai cette apres midi
    Je parlerai à Melle Mainti**e J’emporterai à mon pere ses revues, je n’ai que le 1er Mai 1840 mais non 1846
    [p. 3] Adieu Chere Sœur l’heure me presse a bientôt, repond moi si je puis compter sur Antoine ? autrement je prendrais la diligence
    J’embrasse tendrement mon pere et Mathilde à qui je suis charmée d’avoir donné une écharpe de son gout, ses cousines me demandent a chaque minute quand nous partîrons pour la Côte

adieu adieu

toute a toi
A S

[p. 4] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
chez Mr Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.265 Printemps 1828 À son père Louis-Joseph Berlioz Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les deux premières écrites, adresse à la quatrième. Timbre postal illisible.


    Ce que vous me demandez est audessus de mes forces je m’ennuie horriblement et vous ne voulez pas venir me chercher 
ah mon père vous m’avez abandonnée oui je suis bien malheureuse ah mon père mon Pere ayez pitié de moi venez me chercher je suis avec respect votre malheureuse fille Adèle B.
    Vous dites que je n’ai faît aucun éffort pour vaincre le chagrin qui m’accable ah détrompez vous détrompez vous ah si vous saviez oui j’ai fait [p. 2] ce que j’ai pu ahique je suis malheureuse

[p. 4] [adresse]

A Monsieur
Monsieur Berlioz
A La Côte St André

2011.02.298

Mardi 4 août 1829 (?)

Prosper et Adèle Berlioz 
à leur sœur Nancy Berlioz 
Texte corrigé

Image

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, la première par Prosper, les deuxième et troisième par Adèle, adresse à la quatrième. Timbre postal: LA CÔTE-ST-ANDRÉ, 5 AOUT 1828.
On remarquera le changement dans l’écriture d’Adèle depuis les lettres de l’année précédente (voir l’image de 2011.02.119), notamment dans la lettre
p au début de plusieurs mots, qui devient caractéristique de son écriture et ressemble assez à celui de son père (voir par exemple l’image de la lettre R96.853.2 du 14 juin 1839). Faut-il y voir l’effet du retrait d’Adèle de la pension de Grenoble et la prise en charge de son éducation pour un temps par son père?


[De la main de Prosper]

La côté St André le 4 juin 1829

Je t’écris pour la prémiere fois Ma Chère Sœur j’ai pensé qu’il y en avait bien assez pour exercer la patience d’Adèle.
On m’a dit qu’Emile avait un peu souffert de son doigt j’en suis bien faché le temps me dure bien de le voir car je m’ennuie bien tout seul
Adieu Ma Chere Sœur il faut que jaille à l’ecole et d’ailleurs je ne sais pas que te dire je t’embrasse de tout mon cœur ton petit bout de frere

Prosper Berlioz

[p. 2] [De la main d’Adèle]

    Ne recevant aucune nouvelle d’Hector Ma Chère Nancy nous n’avons cependant pas voulu te laisser plus long-temps sans te donner de nos nouvelles des notres je renvoyais de couriés en couriés esperant toujours d’avoir quelque chôse à t’apprendre sur son compte mais voyant que cela me menait loin, j’ai pris mon grand parti et je me suis mis à mon bureau sans trop savoir ce que j’allais te dire ; notre pauvre pays est tous les jours plus triste, Mdme Blanquêt est à l’Agonie depuis deux jours, Rose est toujours entre la vie et la mort, tout cela comme tu vois n’est pas très gai ; je decidai cependant Mercredi Maman à aller à Pointiére voir Madame Augustin et à l’engager à venir diner à la maison le lendemain, ces Dames ne l’ayant pas pu ce jour là ne sont venues que le Vendredi, Mademoiselle Louise était toute désorientée et elle avait bien besoin que sa tante passa quelques jours avec elle pour la consoler de ton départ.
    Il parait cependant que Mdme Veyron va à Grenoble la semaine prochaine, pour nous nous y allons tous les jours en projets mais je doute fort qu’ils s’exécutent [p. 3] Françoise, est revenue hier d’Uriage, elle nous a dit que Mr Arvét avait prit une seconde attaque qui lui avait paralysé le gosier et qu’il ne pouvait rien avaler absolument, Madamoiselle Nancy paraissait très inquiéte et trés ennuyée elle craignait qu’il n’en prit une troisieme qui ne l’enleve.
    Françoise a apporté les dentelles que tu avais commandées à Jeanneton je te prie de me dire dans ta premiére lettre si tu veus que je les donne à la Martin elle n’a encore rien rendu de l’ouvrage que tu lui avais laissé, pour moi j’ai achevé ma [mot effacé] de tul elle est très jolie, je vais commencer un voile Mdlle Louise a eu la complaisance de me donner un joli déssein. Malgré que je sois toujours dans l’enchantement d’être la fille ainée de la maison tu me fais un grand vide et je commence à reconnaitre qu’une vieille sœur à bien son prix. Adieu ma chère Nancy je t’embrasse et quoique j’en dise j’attends ton retour avec bien de l’impatience

Ton affectionnée sœur
A B. 

[Dans la marge de gauche, de haut en bas] Mdme Marmoniere vient d’accoucher d’une quatriéme fille

[p. 4] [adresse]

Mademoiselle
Mademoiselle Nancy Berlioz chez
Mdme Golletit née Rocher
A Bourg dept de l’Ain

Site Hector Berlioz créé par Michel Austin et Monir Tayeb le 18 juillet 1997; pages Lettres de la famille du compositeur créées le 11 décembre 2014, mises à jour le 1er avril 2015.

© Musée Hector-Berlioz pour le texte et les images des lettres
© Michel Austin et Monir Tayeb pour le commentaire et la présentation

  Retour à la page principale Lettres de la famille du compositeur  
  Retour à la page Tables des lettres publiées sur ce site  
  Retour à la page Chronologie  
  Retour à la page Images

  Retour à la Page d’accueil
  Back to Home Page
  Search / Recherche