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Lettres de la famille du compositeur

Lettres d’Adèle Berlioz-Suat II:
Lettres 2011.02.154 à 196

(Transcriptions littérales, dans l’ordre de l’inventaire)

I.  Transcriptions littérales, lettres R96.260.02, R96.856.1 à 3, 2011.02.116 à 153  
III. Transcriptions littérales, lettres 2011.02.197 à 265, 2011.02.298  

Le texte corrigé des lettres d’Adèle Suat se trouve sur des pages séparées: 
I.   1828-1841  
II.  1842-1847  
III. 1848-1858. Lettres de date incertaine 

Texte = mots ou lettres de lecture incertaine
*** = mots ou lettres non déchiffrés
[...] = lacune dans le texte

2011.02.154 Jeudi 28 janvier 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages avec l’adresse à la dernière. Timbres postaux: SAINT- CHAMOND, 28 JANV. (1841); LYON, 28 (JANV. 1841); GRENOBLE, 30 JANV. 1841.

St Chamond Jeudi 28 janvier

    Je te porte malheur Chere Sœur chaque fois que je te felicite de garder notre bon pere je choisis toujours le moment ou il part pour cela, j’ai reçu une lettre de lui depuis son retour à la Côte assez satisfaisante, il me parle avec joie de la visite que je lui promets pour le Carème, je te remercie beaucoup de celle que tu m’annonces aux feries de Paques, je serai bien heureuse chere sœur de ta visite chez moi, il y a si long-temps que j’espere envain ta visite, je regrette seulement qu’a cette époque differentes personnes de ma connaissance intime seront absentes, les dames Ardaillons surtout avec qui j’aurais été bien aise de te faire faire connaissance J’aime tant ces dames, leur maison est si agréable pour moi que leur sejour à Paris est un vrai chagrin pour moi, elles sont partie cette semaine.
    Enfin ma Chere je ferai mon possible pour que tu ne t’ennuies pas trop avec nous je t’avoue que cela me préoccupe d’avance je ne puis oublier ce que Camille m’avait dîs [p. 2] de la facheuse impréssion que tu avais remporté de St Chamond la prémiere fois, il est vrai que tout est bien changé autour de moi et que materiellement tu seras mieux, si tu amenais Mathilde ce que je n’ose esperer je serais bien plus tranquille.
    quand à mon voyage à St Vincent il se fera bien aussi j’espere à la fin de l’été avant mon second sejour à la Cote mais finette sera plus grande elle marchera seule, et sera plus raisonnable, de cette maniere nous ne resterons pas trop long-temps sans nous voir cette année.
    Mon mari doit partir demain pour Beaurepaire il verra mon pere un instant j’espère ce voyage d’affaire m’ennuis beaucoup Sophie m’ecrit pour m’engager instamment a aller avec ma petite charmer mon veuvage avec le sien, Mr Monet est absent pour quelque temps, mon mari me prendrait à Lyon en revenant, tout cela est bien tentant, mais je deviens extremement paresseuse pour sortir de chez moi je m’y trouve si bien sous tous les rapports que je ne desire jamais en sortir puis mes indecisions sans fin !…
    Il faut cependant que j’aille faire faire ma fameuse robe de velours [p. 3] je suis invité a une brillante soirée à St Etienne et mon mari tient beaucoup a ce que rien ne manque à ma toilette, c’est donc une occasion de faire voir le jour à la belle robe ; puis je viens de faire faire un corset a la fameuse Mademoiselle Jocourt qui me fait une taille de poupée tu vois Ma Chere que je ne veus pas trop être arrierée ; quand on vieilli, il faut se soigner
    J’ai reçu ces jours derniers une lettre de mon Oncle il parait assez ennuiée de son long séjour a Huningues, je le comprends il a le projet d’aller à Paris au p[......] Sa belle robe de foulard a du ren[...] Mathilde bien heureuse, le corset de velour bien plus encore je la vois charmante avec le joli costume que tu me dépeins, son pere doit être heureux et fier de ses succès je ne serais pas étonnée que ce ne fut pour sa fille qu’il ait desiré recevoir toute les semaines.
    J’ai eu Lundi un petit dîner de six dames tres gaie ; nos mari avait un banquet au cercle ; et j’ai eu l’idee de nous réunir à cette occasion, je crois Ma Chere que tu aurais appreciée mon excellent dîner, j’avais voulu traiter ces dames dignement, nous avons attendu ces Messieurs jusqu’a deux heures du matin
    [p. 4] Finette va bien, elle veut absolument marcher c’est un petit démon ; ces dents la font souffrir depuis quelques jours. si je vais à Lyon j’irai sans elle positivement.
    adieu Chere Sœur ta soiree d’aujourd’hui sera sans doute brillante amuse toi bien

[adresse ici au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

[au bas de la page sous l’adresse]

apprecie comme ils meritent les compliments que tu reçois c’est une finale peut être Je ne sais si j’aurai aussi plus tard mon été mon été de la St Martin comme qu’il en soit peu m’importe !
    je vous embrasse tous

ton affectionnée sœur
Adele Suat

2011.02.155 Vendredi 12 février 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les deux premières écrites,  adresse à la quatrième. Timbres postaux: SAINT-CHAMOND, 12 FEVR. 1841; LYON, 14 FEVR. 1841; GRENOBLE, 15 FEVR. 1841.

St Chamond Vendredi

    Il parait que tu vas suivre mon mauvais éxemple Chere Sœur car si je compte bien il y a aujourd’hui seize jours que je n’ai pas de vos nouvelles, et je t’ai écris deux fois dans cette intervalle, j’ignore si mon pere est aupres de toi, ton silence m’inquiéte à cause de lui, peut être y-t-il une lettre perdue ? les plaisirs nombreux seraient-ils seulement la cause de ce retard j’aime à me le persuader, mais chaque année à cette époque je deviens plus craintive ; rassure moi donc vite ma bonne sœur, jusque la je ne saurais que te dire ; je craindrais trop les hors de propos : on nous annonce une nouvelle inondation la Saône grossit épouvantablement, Dieu veuille nous préserver les pauvres Lyonnais doivent étre éffrayés on ne redoutait encore rien la semaine derniere pendant mon séjour à Lyon il parait que les pluies que nous avons depuis sans interruption en sont cause.
    Nous allons tous bien ; finette [p. 2] met des dents à force qui la rend bien penible les nuits, elle commence a faire de temps en temps quelques pas seules mais je n’espère pas qu’elle marchera parfaitement avant un mois ou deux.
    Sa préference pour son pere est tous les jours plus marquée ; je suis loin d’en être fachée ; mon bon Marc en est si heureux, puis entre nous tout est de moitié.
    Adieu ma Chere Amie j’ai une dame à diner, et il faut que j’aille faire un tour de cuisine,
    Je n’avais voulu t’écrire qu’apres l’arriveé du dernier courier, et il est tard mille tendres caresses à notre pere qu’il voudra bien partager avec vous tous grands et petits

Ton affectionnée sœur
A S 

[p. 4] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.156 Lundi 7 ou mardi 8 mars 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages avec l’adresse à la dernière. Timbres postaux: SAINT-CHAMOND, 8 MARS 1841; GRENOBLE, 10 MARS 1841.

St Chamond 8 mars Lundi

Chere Sœur 

    Voila plusieurs jours que je fais envain le projet de t’écrires, et je suis toujours dérangée au moment ou je me dispose à prendre ma plume ; mais décidement je le veux et me voila lancée…
    Je te remercie bonne sœur de m’avoir bien vite instruit de la définitive résolution de mon pere ; j’espere de cette maniere que mes tribulations de domestiques seront enfin terminées à l’époque ou j’irai à la Côte ; mais je ne puis former encore de plan à ce sujet, peut être à l’heure qu’il est mon pere pense déja à retourner chez lui [mot biffé], le beau soleil va le tenter !
    Je comprends chere sœur quelle difficulté il y a pour toi à avoir constamment des distractions à lui offrir, il me serait bien doux de partager avec toi, mes ressources, ne pourrons jamais lutter avec les tiennes malheureusement mon pere ne viendra jamais chercher chez moi quelques jours de douces jouissances de famille ; je pense souvent à cela avec tristesse ; mon mari [p. 2] serions si empressés, si heureux de le recevoir ce pauvre père ; mais il ne faut pas esperer je le crains qu’il puisse se décider à faire un si long voyage ; la route de Grenoble est La seule maintenant qui lui soit familiére ; c’est deja un beau triomphe d’obtenir, et nous devons tous nous en féliciter ; à propos de félicitions Marc a vu hier dans le Moniteur la nomination de ton beau frere ; J’ai appris cette bonne nouvelle avec grand plaisir la société de ta belle sœur te seras bien agréable, Madame Pochin doit être ravie comme vous tous et plus encore.
    J’ai ecris hier quelques lignes à Mme Félicia à cette occasion et pour lui rappeler qu’elle nous avait promis une visite, j’espère que comme elle sait tous accommoder déménagement et autre chôses elle sera assez aimable pour venir ici avant son depart et profiter aumoins une fois du voisinage. ce n’est vraiment qu’une promenade de Vienne ici maintenant que les jours sont longs.
    Nous avons eu hier un brillant concert, notre société philharmonique est d’un zèle admirable et fais merveille [p. 3] la salle est neuve et bien décoreé, ces Messieurs ont deux tres bons maitres de musiques, des repétitions fréquentes, aussi ils jouent de maniere à faire plaisir et avec beaucoup d’ensemble ; ils sont tres nombreux ; ils avaient fait venir de Lyon Mr Beaumann celebre violon qui a un talent admirable je ne me figurais pas qu’un violon pu faire autant de plaisir, puis une excellente chanteuse et un chanteur distingué en resumé la soirée a été cha[......] il y avait foule d’etrangers, [...] Richard avait Mr et Mme Bergeron et [deux mots biffés] un grand diner en leur honneur avant le concert, puis nous avons egalement terminés jusqu’a minuit chez elle ; j’ai beaucoup causé de Grenoble avec ma charmante anglaise elle était consternée en apprenant la catastrophe de Henry Simon !..
    Mlle Michal, Mlle Lesage est beaucoup d’autres ont été le sujet de notre conversation. point de nouvelles d’Hector comme toi je compte sur mon Oncle pour savoir ce qu’ils deviennent tous. [p. 4] Louise ne me répond point non plus, Mlle Méline à qui j’avais écrit par les Dames Ardaillon il y a six semaines, pas un mot ! non plus. mais en revanche j’ai recu une lettre charmante de cette dernière ce matin, on ne peut plus affectueuse

[adresse ici au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

[au bas de la page sous l’adresse]

    Finette va bien, mais elle ne se lance pas à marcher seule moins même qu’il y a quelques jours. Adieu Chere Sœur mille caresses à mon pere et à Mathilde de ma part, et a toi et à ton mari une bonne embrassade toute fraternelle

Adele Suat

2011.02.157 Vendredi 19 mars 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Six pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée écrite des deux côtés, la dernière écrite à l’envers avec l’adresse au milieu de la page). Lettre écrite à la hâte, écriture assez négligée. Timbres postaux: SAINT-CHAMOND, 19 MARS (1841); LYON, 19 MARS (1841); GRENOBLE, 20 MARS 1841.

St Chamond Vendredi 19 Mars

    J’ai reçu hier soir Ma Chere Sœur ta seconde lettre ; et celle qu’elle contenait m’a aussi profondément affecté que toi, comme tu le dis tres bien Ma Chere il ne nous est plus possible de nous associer a tout les rèves de fortune et de gloire de notre pauvre frère ; une longue experience à ce sujet nous fait voir sa position sous son veritable et triste jour, l’avenir de sa femme et de son enfant est éffrayant avec une semblable maniere de faire, mais toutes ces reflexions ne sont pas d’hier et ne changerons rien malheureusement.
    quand aux six mille francs qu’il demande à mon pere, mon mari lui aurait écrit de suite pour lui offrir à ce dernier de les lui avancer mais en y réflechissant il a pensé qu’il vallait mieux que ce fut toi qui fit cette offre de notre part à mon pere, mon mari ignorant ses affaires ne voudrait pas paraitre empressé de s’y métier sans qu’il le désirat, mais au premier mot a ce sujet il s’empressera de retirer cette somme et de la mettre à la disposition de [dans la marge de gauche, de haut en bas] mon mari attendra ta réponse avant de demander son argent [p. 2] mon pere ; il pense d’ici à un mois il faut ce temps pour le retirer ; maintenant il nous semble qu’il serait peut être plus sage sous le pretexte de manque de fonds de mon père, et dans le but de forcer Hector à manger plus lentement son petit capital de ne lui envoyer que 3 ou 4000 tt a la fois du reste Ma Chere cela est indifferent à mon mari tu le comprends, et dans l’interet seul d’Hector nous lui aurions écris à ce sujet, mais comme il ne s’est point adressé à nous, tu voudras bien Ma Chere arranger cela comme tu plairas de même que pour apprendre cela à [..]n pere en temps opportun ; je ne lui en écrirai rien avant que tu m’ai répondu à ce sujet. que tu as fait.
    Maintenant ma bonne sœur pour me distraire de toutes ses pénibles pensées parlons un peu du plaisir que nous aurons bientôt de nous embrasser, je te remercie mille fois de ta visite promise, j’y pense sans cesse, je fais mille projets pour te dorloter de mon mieux pour que tu te trouve bien chez moi afin de t’engager à y venir souvent.
[p. 3] le plan de campagne que tu me propôses me convient à merveille. et j’espere que rien ne m’empecheras de repartir avec toi pour la Côte, mais je t’avertis que si tu ne m’amènes pas ma titi je ne m’engage à rien pas même a te recevoir de bonne grace ; j’ai deja organisé une réunion de petites filles en son honneur, ou elle m’en ferait beaucoup. comme tu ne me dis rien à ce sujet j’ai grand peur que tu médites quelques coup de mere barbare que je ne te pardonnerais de ma vie je t’en previens, à Mathilde à veiller a ses interets et aux miens parconséquent !
    Finette ne marche toujours point dans ce moment cela me serait cependant bien commode avec mes embarras, si je voulais te faire les détails de mes tribulations de cuisiniere je te ferais peut être pitié ce serait une histoire à la Bardousse
    voila dix jours que ma méchante femelle est partie ; Dimanche j’en avais installeè une autre à grand peine je m’abonnais à la former faute de mieux. Lundi je l’envoyai à la riviere [p. 4] sottement, ma vielle bavarde avait tellement fait de rapports absurdes qu’en rentrant cette fille me déclarat qu’elle voulait s’en aller qu’on lui avait dit que j’etais terrible, que je ne gardais point de domestiques, qu’on mourait de faim chez moi etc etc et mille autres bêtises auxquelles je ne ferais point attention si cela n’avait une consequence fort ennuieuse.
    Mon mari impatienté de cela priat cette fille de faire son paquet et de décamper de suite, elle nous fit une scène ; J’etais tremblante comme une imbecille, et maintenant me voila ; je ne puis te dire combien ces tracasseries sont pénibles, je me donne une peine affreuse finette fait expres de ne vouloir pas rester une minute assise, j’ai pris une ouvriere pour la tenir, mais elle a pris hors de propos un amour de Mere désolant. je voulais prendre une femme de menage, impossible de la voir de plusieurs jours.
    Marguerite se multiplie de bonne grace [p. 5] c’est bien quelque chôse, mais cette fille est souffrante, et je voudrais pouvoir la faire reposer, mais comment faire, mon prochain voyage à la Côte augmente mon impatience de voir ma maison désorganisée à ce point. comment laisser mon mari seul si je n’ai pas enfin installée quelqu’un sur qui je puisse compter pour le servir convenablement Enfin je ne veus pas trop me tourmenter avec de la patience tout s’arrangera j’espère
    J’ai reçu hîer une lettre de Mme Félicie qui me promet une visite dans 15 jours J’en serais bien enchantée, je trouverais bien moyen de leur faire faire [..] bon dîner en depit de tout.
Louise m’écrit hîer également, pour elle la vie se passe ; sans fatigue et sans inquiétude aucune, les plaisirs et la parure voila son affaire ; elle me donne une commission enorme de rubans ; je ne sais quand je trouverai le loisîr de m’en occuper, je ne m’appartiens pas, pour t’ecrire si longuement il faut que je mette en colère. finette me rompt la tête, et je ne sais comment s’appelera notre déjeuner.
    [p. 6] [page écrite à l’envers] Mon mari ne veut point que je l’oublie aupres de vous tous 
    Je t’embrasse tendrement

Toute à toi
Adele

[adresse ici au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

[au bas de la page sous l’adresse]

    J’ecrivis de même avant hier à mon père. Adieu chere Sœur a bientôt cette perspective me parait bien douce, mais Mathilde ou rien je te le déclares !….
    à Pauline une visite de ma part en attendant que je puisse lui écrire.

2011.02.158 Mardi 23 mars 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Lettre commencée le lundi soir et terminée le lendemain matin. Six pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée écrite des deux côtés, la dernière écrite à l’envers avec l’adresse au milieu de la page). Timbres postaux: SAINT-CHAMOND, 23 MARS (année illisible); LYON, 23 MARS (1841); GRENOBLE, 24 MARS (1841).

    St Chamond Lundi Soir

    Tu as bien raison ma bonne sœur d’attendre ton arriveé à la Côte pour mettre mon pere au courant des affaires d’Hector, ses décisions sont toujours si promptes, et souvent si bizarres qu’il est prudent de parler au lieu d’écrire quand à ce que tu as écrit à Hector mon mari avec sa bonté et sa délicatesse extraordinaires est presque faché que tu ai éxigé qu’il s’adressat directement à lui, il craint que cela ne blesse la fierté de notre frère, qui dans cette occasion croyait ne demander que ce qui lui appartenait, il se doute même qu’il ne préfère chercher des ressources ailleurs à des interets éxorbitants ; son prémier mouvement a été de le prevenir en lui écrivant de suite pour le mettre à l’aise, mais apres avoir pensé comme lui d’abord, j’ai réflechi qu’il était peut être plus sage de laisser aller les chôses, et d’attendre l’éffet de ta lettre ; sans écouter l’impulsion [p. 2] de notre cœur, Marc a eut de la peine à se résigner, il lui semble que ce doit être si cruel de frapper à plusieurs portes quand on est dans une gêne de ce genre mais si cette peine pouvait engager notre pauvre frère à l’économie, il faut le tenter sans l’esperer trop malheureusement.
    Je viens de recevoir une lettre de mon pere qui m’a fait plaisir en me donnant de bonnes nouvelles de sa santé ; mais qui n’a pas simplifié mon embarras tant s’en faut, je suis horriblement contrariée qu’il ait pris sans me prevenir une jeune fille pour me la former, je l’avais prié de me dire si Monique ne connaitraît personne qui pu me convenir, et de me l’écrire vite tout simplement, au lieu de cela sans perdre une minute, sans savoir, si j’en ai trouvé une ici, rien, il commence l’éducation d’une cuisiniere à mon intention tu comprends Ma Chere que cela ne peut me convenir en aucune manière je ne puis attendre mon retour de la Côte, et laisser Marc seul ici sans [p. 3] personne ; et dans le doute si celle qu’on prend me conviendra ; puis j’ai découvert une bonne Auvergnate, qui sait faire la cuisine ; et qui desire venir chez moi ses maitres quittant St Chamond ou elle tient à rester, je l’aurai ainsi dans huit jours ce qui est bien different ; il faut donc que j’ecrive de suite à mon pere qu’il s’est trop pressé, au risque de le vexer mais comment faire mieux dis moi ?..
    Il parait qu’il est contrarié horriblement que mon séjour à la Côte ne coïncide pas avec le tien il me dit qu’il se croiras obligé de me tenir compagnie souvent que ce sera un soucis pour lui, mais comprends tu cela Ma Chère ? cela m’a attristé plus que je ne puis dire Je vois que je voudrais contenter tout le monde et que je n’y réussirai pas, je crois que mon pere avait deja cette idée la quand je parlais d’aller le voir au commencement du carème, et qu’il avait cru changer les chôses en allant à Grenoble passer quelques jours.
    Mon mari ne peut comprendre cela. pour moi les idées de notre pauvre pere m’étonnent moins.
    [p. 4] pour m’achever hier j’ai eu une frayeur épouvantable Josesphine s’est echappée des mains de sa bonne et est tombé un coup affreux a la renverse sur la tête pendant deux heures elle a poussé des cris horribles, nous envoyâmes chercher notre medecin, impossible de le joindre ne sachant qui devenir nous lui mîmes de la moutarde ; il vins ensuite et nous rassuras, elle dormit assez paisiblement, mais à son reveil rien ne pouvait la distraire ; ses yeux étaient éteins, nous étions fous d’inquiétude ; hier soir cependant elle a reprit sa vivacité et son teint ordinaire ; aujourd’hui elle va bien et je commence à croire que la chute n’etait pas seule cause de l’etat ou elle était hier mais une crise de dents, le tout joint ensemble elle ne voulut pas me quitter une minute l’inquiétude et la fatigue m’ont abîmée ; quelle journée affreuse nous passâmes hier ; je croyais qu’elle avait duré aumoins 48 heures !……
    Dieu merci j’espère qu’elle n’aura pas de suite [p. 5] je lui ai fait prendre un bain d’une heure mais ce soir elle est agité, souvent elle l’est autant, mais tu sais ma chere que lorsqu’on a eu de l’inquiétude on a peur de tout. Adieu Ma Chere je te quitte pour aller me coucher ce dont j’ai grand besoin ; mais finette ne me permet guère d’esperer de bien dormir
    tu es bien sotte de ne pas me promettre d’amener Mathilde, les terreurs de Camille me paraissent un peu fortes, mais on aime tant ces pauvres enfants qu’on en devient absurde mais en prémiere ligne [...] je n’ôse trop insister, mais il m’en coute beaucoup beaucoup, cette chere petite avait deja son lit prêt je me préoccupais chaque jour de ce qui pourrait lui faire plaisir …… arrange toi aumoins pour me rester le plus possible en compensation. il faudra bien que je me repôse un peu de mes tracas sans departir je n’ai pas eu le temps de m’asseoir aujourd’hui à peine pour dîner.

toute à toi Adèle

[p. 6] [Au dessus de l’adresse, à l’envers]

J’ai reçu cette semaine une lettre de Mme Méline qui me dit que les dernieres nouvelles de Mme Julhiet n’annoncait pas que son mari se trouva mieux du séjour de Nice
    cette pauvre femme espere tout du temps J’admire sa perseverance et je la plains plus encore

[adresse ici au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

[sous l’adresse]

        mardi matin
    finette a dormi contre notre attente, elle va tres bien ce matin, elle est assise par terre qui s’amuse paisiblement

2011.02.159 Samedi 3 avril 1841 À son père Louis-Joseph Berlioz Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, adresse à la dernière. Écriture plus soignée que dans les lettres précédentes à sa sœur. Timbres postaux: ST.CHAMOND, 3 (?) AVRIL 1841; LYON, ? AVRIL ?; LA COTE ST-ANDRE, 7 AVRIL (1841).

    St Chamond Dimanche

Il y a bien des jours que je forme envain le projet de vous écrire mon Cher Papa, mon temps ne m’appartient plus maintenant, ma petite fille m’occupe du matin au soir, et pour trouver moyen de faire une lettre c’est souvent une chôse impossible, malgré toute ma bonne volonté ; cette semaine surtout la pauvre enfant avait des coliques si violentes que j’étais inquiéte, quand je voyais de grosses larmes inonder sa petite figure, cela me fendait le cœur, elle grossit beaucoup c’est ce qui est cause de cela probablement, depuis deux jours grace à dieu elle n’a plus de ces accès, elle est rose et blanche et fait de bons sommeil et de bons repas, cette chere enfant n’est point méchante quand elle ne souffre pas je la garde des heures entieres tres sagement éveillée, à me faire des gentilles bonnes graces, il me tarde bien mon Cher Papa de vous la faire admirer, le temps approche ou je songerai à me mettre en route pour la Côte [p. 2] j’attendrai le mot d’ordre de Nancy pour fixer mes projets ; jamais je n’etais six grands mois resté six grands mois loin de vous tous c’est long ! bien long, et je vous embrasserai bon pere avec une joie inexprimable !. J’espere que je vous trouverai en bonne santé, je veus vous faire compliments sur votre bonne mine absolument. Vos grandes réparations doivent commencer à s’avancer, comment vous résignez vous avec ce beau soleil de printemps à rester dans la maison pour les surveiller ?
    Pour moi ces jours ci je me suis occupée de mon parterre, il y a devant le cabinet de mon mari une petite terrasse grande comme un mouchoir de poche, et c’est la ou je travaille a avoir quelques fleurs ; il y avait ici un marchand tres bien fournis, et j’ai acheté plusieurs arbustes qui me donne les plus belles esperances pour cet été, ce soi disant jardin me sera précieux pour promener ma petite, et pour la faire jouer au soleil quand elle aura deux ou trois ans.
    [p. 3] Mon mari a reçu la procuration d’Hector pour l’affaire de la maison Charbonnelle il lui écrivait quelques lignes à la hâte en la lui envoyant, il est tres occupé à ce qu’il parait a courir les Ministeres mais pourquoi ?… mais qu’espere-t-il point d’explication ! son fameux Festival dans le Panthéon réussira-t-il ? pas un mot à ce sujet, j’en suis toujours réduite aux conjectures comme avec mon Oncle il ne faut pas être trop curieuse avec ces deux Messieurs depuis quelques temps.
    Le mariage de Mr Hypolyte quand se fait-il ? J’espere tous les jours u[..] lettre de Mme Veyron qu’elle m’avait fait annoncer par mon mari, si vous la voyez cher papa rappelez lui cela, et faites lui mille amitiés de ma part.
    Marguerite est tres adroite pour ma petite j’ai pleine confiance en elle quand je sors elle m’a dit qu’elle resterait chez moi cette année si je lui donnais 200 tt de gage mon mari trouve comme moi que nous n’avons [p. 4] rien de mieux à faire que d’en passer par ou elle voudra, nous la remplacerions difficilement sous tous les rapports, et pour la petite surtout nous arrangerons cela à la Côte.
    Mes amitiés à Monique.
    adieu mon cher papa Josephine se reveille et il faut que je finisse nous vous embrassons bien tendrement tous trois

votre affectionnée fille
Adèle

[adresse ici au milieu de la page]

Monsieur
Monsieur Berlioz, Medecin
La Côte St André
Isère

2011.02.160 Jeudi 6 mai 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, adresse à la quatrième; déchirures à droite et à gauche de la troisième page. Timbres postaux: LA COTE-ST-ANDRE, 7 MAI (1841); GRENOBLE, 7 MAI 1841.

    La Cote St André Jeudi

    Tu es bien gentille ma Chere Nancy d’avoir su trouver le temps de nous écrire malgré tous tes embarras, je commence à croire qu’il n’y a que moi qui ne sais pas suffire à tout malgré ma bonne volonté et mon activité, je te remercie de tes offres de services pour mes emplettes de draps J’ai écrit a Marc pour savoir si cela lui conviendrait, il doit venir Lundi et sil est d’avis de faire cette emplette il apporterait l’argent pour cela, il me semble qu’avec 300 tt on pourrait en avoir 6 paires de neufs tres beaux en mettant la toile à quatre francs l’aune ainsi partant de ce point il serait facile de voir si ils on les mises trop haut
    Je suis fachée Ma Chere Amie que Camille ne veuille point profiter de tes renseignemens acquis à la sueur de ton front pour un portail en fer tu ne pouvais douter du zêle que mon mari aurait mis a cette grande affaire.
    [p. 2] Mon pere va assez bien, il a eu cependant depuis un mal de doigt assez violent pour l’empecher de dormir l’avant derniere nuit, et me disait que : cela pouvait facilement devenir gangreneux !…… je commencai à m’effrayer puis en y réflechissant et surtout en voyant le doigt je me rassurai bien vite, il ne faut plus trop prendre au pied de la lettre ce que dis notre pauvre pere.
    Ma bonne est revenue seulement hier dans la nuit, et j’en avais passé, trois sans dormir avec finette et dans la journée je n’avais pu trouver personne pour la garder, mais j’en etais presque bien aise cela me distrayais
    Je passe toujours mon temps ici assez peniblement, il me semble qu’il y a des siecles que j’ai quitté Marc Sa visite me remontera, il passera j’espere deux jours avec moi, puis je ne repartirai probablement qu’a la fin de Mai, je me suis imposé cela quoiqu’il puisse m’en couter [p. 3] Nous nous promenons tous les soirs avec mon pere du chuzeau au Moulin et à la Grange, l’essentiel est que cela lui fasse plaisir, je jouis quand je vois qu’il se distrais avec moi et ma Finette, mais sa surdité me fatigue horriblement, non pas d’irritation d’esprit mais de p***
    J’ai quelques visites a faire aujourd’hui et je ne puis m’y décider
    J’ai a peine vu Mme Pion de[..] toi elle avait cinq ouvrier[lacune] plus intrepides reculerais […] t[.] conviendras. Je pense [...] nous irons à Beaurepaire av[.....] mari …… Je suis allée au couvent Lundi, Mme Giroux t’attendait pour te remettre des commissions pour les dames Gagnon, elle fut consternée en apprenant ton départ.
    Adieu Chere Sœur mille amitiés de ma part a tous nos parens et amis à Mme Félicie un souvenir particulier en reconnaissance de son aimable visite à St Chamond, j’embrasse Camille et Mathilde de moitié avec toi

Adele Suat

[p. 4] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble

2011.02.161 Lundi 10 mai 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, adresse à la quatrième; déchirure à gauche de la troisième page. Timbres postaux: LA COTE-ST-ANDRE, 12 MAI 1841; GRENOBLE, 12 MAI 1841.

    La Cote St André Lundi

    Je te remercie Ma Chere Amie de l’empressement que tu veus bien me témoigner pour mes commissions ; les gants vont parfaitement quand aux draps mon mari étant d’avis de profiter de cette occasion d’apres ce que tu m’en avais écrit il a apporté l’argent et nous te l’enverrons ou par eux effet, ou Vendredi par dumond.
    Tu feras comme pour toi Chere Sœur Seulement si il en a six plus fins que les autres nous preferons y mettre 5 fr l’aune au besoin s’il le faut, et prendre les plus beaux, et les plus neufs. Nous te prierons Chere sœur de nous faire faire une caisse et de nous les adresser directement à St Chamond par le roulage ; mille remerciments d’avance pour tout l’embarras que cela vous causera, mais à charge de revanche.
    Mon mari est arrivé cette nuit mais ses affaires ne lui permettent pas [p. 2] de faire un sejour de plus de deux jours nous allons ensemble cette apres midi faire une visite à Mme Veyron, demain nous allons à Beaurepaire ; et apres demain il pense repartir, je me retrouverai encore plus tristement apres son depart, notre finette est plus endiablée que jamais ; voila trois nuits que je dors a peine quelques heures,
    Marguerite est malade, ainsi fatiguée ou nous il faut que Marc et moi nous la gardions ce soir, j’ai encore plus de peine ici que chez moi parce que j’ai une cuisiniere de moins pour le matin et Claudine pour les nuits ; Monique ne peut absolument rien, elle etait hier d’une humeur massacrante, je dinais chez Mme Laroche et pendant que je n’y étais pas elle fit une scène à mon pere tres déplacée, a propos d’une paire de bas qu’il lui demandait. tu vois chere sœur qu’il ne faut pas s’y frotter. 
    [p. 3] Mme Pion est enchantée de la mousseline que tu lui as envoyée ; mais elle en désirerait encore 2 aunes, les robes seraient trop étroites a deux largeurs d’abord, puis les plis en prendront beaucoup et il en manquerait evidemment. elle te prierais ensuite de lui acheter 3 paires de gants en filets noir, d’un prix moderés, ni des plus chers, ni des meilleurs marché.
Puis des remerciments et des excuses s[...] fin : je comprends che[..] sœur que l’absence prolog[..] d’Henriette doit multiplier les embarras
    Connais tu le mariage de Mr Joseph Lacroix avec Melle Bonnard de Vienne 120,000 tt comptant, 17 ans et une figure charmante… c’est magnifique j’espère ; j’ai dîné hier avec lui, il était rayonnant.
    Adieu Chere sœur je vous embrasse tous bien tendrement, mon mari te dis mille chôses affectueuses

toute à toi
Adele S

[p. 4] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble

2011.02.162 Mardi 10 août 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages écrites, adresse à la dernière page; déchirure au milieu du feuillet. Timbres postaux: SAINT-CHAMOND, 10 AOUT (1841); LYON, 10 AOUT 1841; GRENOBLE, 11 AOUT (1841).

    St Chamond Mardi 10 Aoust

    Depuis ma derniére lettre Chere Sœur j’ai eu beaucoup d’inquiétudes au sujet de finette je commence seulement depuis hier à respirer plus librement, cette malheureuse dentition éprouve horriblement cette chere enfant, je craignais un epanchement au cerveau et tu peus deviner quelle angoisse me déchirait Le medecin m’assurait bien qu’il n’y avait pas le moindre danger, mais quand je voyais ma pauvre petite si brulante, les yeux si éteins, et gemissant en me disant « Mal, maman, mal ! .. je croyais de perdre la tête je ne vivais plus c’est le mot nuit et jour je la promenais, enfin le medecin s’est décidé a lui donner un coup de Lancette dans la gencive et depuis lors elle a été soulagée, mais je ne puis te dire Chere Sœur l’emotion que j’ai éprouvé en tenant ma pauvre enfant pendant cette petite opération [dans la marge de droite, verticalement] avant d’aller à la Côte j’espere dis à Mathilde que finette lui dira Laide et polissonne tant quelle voudra mes compliments à Camille [dans la marge de gauche, verticalement] toute à toi, Adele [p. 2] elle faisait des cris atroces, on me dit cependant que ce n’est pas douloureux et qu’il y avait plus de peur que de mal ; peut être même faudra-t-il y revenir de l’autre coté, et il faudra bien reprendre mon courage mais tout cela joint au manque complet de sommeil depuis quinze jours m’a abimée ; mon mari se désesperait de ne pouvoir rien pour me soulager, mais que faire ? Josephine ne voulait pas me quitter à peine pour sa bonne, cette tendresse extraordinaire me frappait du reste Chere Sœur tu sais combien mon imagination est ingénieuse en pareil cas …… maintenant grace à dieu elle en est aux caprices je les trouve adorables et je ne sais rien lui refuser et pour t’ecrire j’ai fait acte de courage en la faisant crier pour la faire emporter de ma chambre, c’est sublime pour moi dans ce moment.
    [p. 3] J’ai reçu hier quelques lignes de mon père il allait tres bien, mon mari n’est pas allé a Beaurepaire comme tu penses bien à cause de la petite, maintenant des affaires le retiennent ici, et il est probable qu’il n’ira plus qu’au commencement d’Octobre en m’accompagnant à la Côte, tous nos projets ont été dérangés cet été, maintenant je ne desire qu’un peu de repos complet.
    Marc est invité aujourd’hui [....]iner de Bapteme de Mr Deloye sa femme est accouchée tres heureusement en une heure d’un magnifique garçon je ne puis te dire le plaisir que cela m’a fait, elle croyait rever ! elle ne pouvait croire que ce bel enfant fut a elle la pauvre femme se frappait horriblement les derniers jours de sa grossesse, elle ne pouvait voir aucune de nous sans fondre en larmes, cela me fendait le cœur. [p. 4] Mr Monet est venu nous voir il y a quelques jours ; Mme Richard est repartie ce matin pour Mon Chat elle m’a fait promettre d’y aller passer quelques jours avec les dames Ardaillon à la fin du mois.

[adresse ici au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

[sous l’adresse]

    Adieu Chere Sœur je te quitte pour déjeuner, il est onze heures ; et c’est bien l’heure pour une femme qui a veillée et bercé une partie de la nuit.
    je commencais a engraisser, et a recevoir des compliments sur ma bonne mine
[dans la marge de droite, verticalement] c’est dommage que m[lacune]lle n’arréte en si bonne disposition, mais [lacune   g]agnerai le temps perdu

2011.02.163 Samedi 11 septembre 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, adresse à la quatrième. Au haut de la première page ‘11 Septembre’ semble avoir été ajouté après coup par Adèle. Timbres postaux: SAINT-CHAMOND, 11 SEPT (18)41; LYON, 12 SEPT (18)41; LA COTE-ST-ANDRE, 13 SEPT (1841).

    St Chamond Samedi 11 septembre

    Tu as un temps à souhait pour ton voyage Chere Sœur, j’en profiterai aussi car je pars à quatre heures avec Mr Richard pour sa campagne de Mon Chat, je laisse ma finette à Marc ainsi je suis tranquille du reste elle va à merveille, c’est un petit diable gentil a croquer, elle mange comme deux afin de vous presenter une meilleure figure à la Cote
    Mme et Mlles Ardaillon sont partis ce matin, et nous allons mener toutes ensembles la vraie vie de Chateau ; je suis sure que Mme Richard doit recevoir à merveille, cette partie était projeté depuis cet hiver.
    Marc viendra me chercher à la fin de la semaine.
    J’ai eu avant hier une surprise agrèable en voyant arriver notre cousin Victor B. mais le motif de son voyage à Lyon m’a étonnée bien tristement, c’est un secret
    Il a amené Pauline à la Ferrandiere au Sacré Cœur ou elle veut se faire religieuse [p. 2] Ma Tante n’a pu lui résister davantage elle tourmentait pour partir depuis plusieurs mois. Son pauvre frere était navrè navrè, il en pleurait comme un enfant je le comprenais mieux que personne quelle vide Pauline va faire dans cette famille, il craignait que la santé de son Pere n’eu reçus un choc.
    Ils sont partis incognito, et veulent retarder le plus possible d’en parler, dans la crainte ou l’espoir plutôt qu’elle ne s’y accoutumera pas
    Je serai a deux pas de son couvent a Mont Chat, mais Victor m’a prié de ne pas aller la voir incore pour ne pas la contrarier.
    Il est parti ce matin
    J’ai des millions de chôses à faire, je viens de donner une lessive afin de la trouver prète à fermer et repasser à mon retour et faire ensuite paisiblement mes préparatifs de depart pour la Côte notre projet est de partir le 28 ou le 29 nous passerons par Beaurepaire je pense [p. 3] pour differentes raisons et le 2 octobre je pense que j’aurai le plaisir de vous embrasser. J’ai écris avant hier à hector … que fais Mon Oncle ?
    Adieu Chere Sœur embrasse notre bon pere bien tendrement pour nous mille chôses à Camille à Mathilde mes amitiés à Mme Pion, dis lui que j’emporte ses plumes à Lyon pour en tirer le meilleur parti possible 
    J’ai ecris à Louise la semaine passée adieu le temps me presse et je ne suis pas habillée

toute à toi
Ade[..]

Il viens de nous arriver ici une Grenobloise mariée aù directeur de la poste. c’est Mlle de Galbert.
Je ne sais si je pourrai en tirer parti j’ai peur que non, son mari est tres bien, il s’appelle Mr de Morgues, il était à Crest.

[p. 4] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
A La Côte St André
Isère

2011.02.164 Mardi 21 septembre 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé Image

Huit pages en tout (deux feuillets de quatre pages, adresse à la dernière page). Large déchirure au côte droit en bas de la septième page; texte en assez mauvais état. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 21 SEPT (18)41; LYON, 22 SEPT (18)41; LA COTE-ST-ANDRE, illisible.

    St Chamond Mardi

    J’ai trouvé ta lettre hier en arrivant Chere Sœur, ayant prolongé un peu mon séjour à Mon Chat, j’y étais si agréablement sous tous les rapports que je n’ai pu résister aux instances de Mme Richard ; sa campagne est magnifique, tu peus t’en faire une idée quand tu sauras que cette propriété vaut cinq cents mille francs ! c’est un parc immense au milieu duquel il y a une forêt de haute futaie qu’on traverse par des délicieux sentiers, devant la maison une immense pelouse, puis des jardins anglais de chaque côtés, et tout cela tenu avec un soins, et un gout parfait 
    Il est impossible de mieux faire ses honneurs que Mme Richard, tous les dimanches il y a du monde chez elle ; rien ne manque, piano, Billard jeux de toute espèces, Album, journaux, puis un gentil petit cheval corse, et une caleche mignature pour se promener dans le parc ; le temps a été à souhait, nous pouvions rester dehors [dans la marge de gauche, de haut en bas] Je te souhaite des cailles comme celles que j’ai mangé à Mon Chat tous les jours [p. 2] toute la soirée, les enfants tiraient des petit feux d’artifices qui faisaient un tres joli éffet dans la verdure. le matin nous prenions notre café dehors sur une charmante table rustique
    J’aurais jouis bien davantage de tout cela si mon mari et ma finette en avait pris leur part, Marc a pu en profiter seulement dimanche.
    Tu penses bien chere sœur que pour être à la hauteur de cette vie j’ai fais de mon mieux pour être gentille, les dames Ardaillon faisaient aussi beaucoup de frais aussi nous avons fini par conclure (modestie a part) que nous avions été aimables a qui mieux mieux !.. pour ma part j’ai fait deux conquètes ! … je ne te dirai pas de qui pour ne rien gâter.
    Etant à deux pas de la Ferrandiere je n’ai pas pu resister à aller voir Pauline ; cependant prudemment je lui avais écris un mot pour savoir s’il n’y aurait pas d’indiscretion elle me fit répondre qu’elle m’attendait [p. 3] je ne puis te dire chere sœur l’impression pénible que m’a laissée cette visite, j’en étais malade ; c’est que je n’avais dèja plus retrouvé que l’ombre de notre bonne et si aimable cousine ; elle me parlait de sa famille comme si elle n’y étais nullement necessaire, comme y étant déja complétement étrangère, je n’oserais dire un mot plus expressif ; peut être faut-il attribuer cela à la préoccupation inséparable d’un nouveau genre de vie.
    Son idée fixe était que je fis dire à sa mere qu’elle était tres contente pensant qu’elle me croirait mieux que ses lettres ; enfin je la quittai le cœur bien gros je t’assure, je n’aurai probablement pas le desir de renouveller souvent de semblables visites ; pour me remettre j’en fis une autre le même jour plus agréable j’allai chez Mme Bouchardon, ou je trouvai sa mère et les Faure toutes me firent l’accueil le plus aimable, Mme Reval sur tout me remerciait beaucoup [p. 4] d’être venue les voir, elle me fit visiter avc orgueil la propriété de son Eugene qui me parut bien mesquine, et bien peu confortablement tenue en comparaison de Mon Chat, cela sent la Boutiquee un peu, à part de beaux ombrages que j’admirai convenablement comme tu devines bien ; enfin je passai une heure tres agréablement à parler d’autre fois ; de douloureux souvenirs de part et d’autres furent rappelés aussi comme tu peus le presumer.
    Mme Bouchardon fut [mot biffé] enchanté d’apprendre que tu pouvais rivaliser de rotondité avec elle, et me chargea de mille chôses pour toi, le jour ou elle est venu ensuite me voir avec sa sœur Josephine, que j’ai trouvé horriblement changée.
    Comme j’avais deux équipages à mes ordres j’ai fait plusieurs courses à Lyon ; je me suis occupée un peu de ma toilette afin de faire honneur à la Côte on y est si difficile que ce n’est pas une plaisanterie, malgré toute la peine je me suis donnée je n’espere guère [p. 5] recevoir beaucoup de suffrages, cependant une élegante robe de gros de Naples garnie en passementie, un canezous d’un genre nouveau orné de ma belle dentelle Valenciennes mon chapeau blanc restauré coquettement ... Si ensuite toutes vos réunions d’automne ont eu lieu avant mon arrivée comme cela est probable d’apres ce que tu m’ecris je regretterai beaucoup la peine inutile que je me suis donnée en votre honneur et gloire.
    Que je te dise encore Chere Sœur que j’ai voulu procurer une petite surprise à mon pere ; je me suis rappelé qu’il m’avait témoigné ce printemps le désir de voir des daguérréotypes et en faisant faire par ce procedé le portrait de mon mari qu’il m’avait promis depuis long-temps, j’ai eu l’idée de porter le mien à mon pere ; mais la Lumiére m’a tres mal traité, j’en suis furieuse ; pour me consoler Marc est d’une ressemblance frappante, frappante [p. 6] Je ne puis te dire combien j’en suis heureuse
    Pour moi il parait qu’il m’est impossible de rester assez immobile pendant une minute pas davantage, il faut qu’on vous fixe la tête dans un cercle, et toujours avoir les yeux sur un objet sans remuer les paupieres, c’est horriblement difficile, à cause de la reverberation du soleil, puis l’idée que le plus imperceptible mouvement peut faire manquer l’opération vous donne un besoin de bouger horrible, beaucoup de personnes ne peuvent pas supporter cela on m’a recommencée deux fois peut être à la troisieme aurais-je été plus heureuse ; mais le temps nous manquait.
    Cette expérience m’a interressée au de la de toute expression cela tient du prodige ; et je ne regrette pas mes 15 tt ni ma laide figure ; en voulant être trop gracieuse il parait que j’ai bougé les levres et j’ai été punie. — Morale [p. 7] Ma vivante image (qui ne l’est guère)
    Ma chere finette m’a fait des tendresses extraordinaires à mon arrivée, elle se porte à merveille, je lui ai trouvé bien meilleure mine, c’est un diable s’il en fut et je réclame d’avance toute l’indulgence du grand pere et de la Tante, je l’ai deja avertie que l’oncle camille ne la supporterais pas à table ; j’espere que Mathilde la protegera de sa sagesse. dis a cette chere petite qu’elle m’[.] bien fait courir à Lyon p[...] un gentil canezous à lui a[......] Si je n’ai pas reussis ce n’es[.....] ma faute, c’est très simple [lacune] mais assez gentil, mais je […] mieux comme à mon ordinai[lacune]
    Je ferai ta commission [lacune] rubans si je peus, tu [lacune] pour que ce n’est pas toujours [lacune] soignes donc bien ta gripp[......] prie, quelle idée absurde [lacune] tousser avec ce temps tiède et [lacune] le papier me manque, j’ai tant a dire [p. 8] Je vis tellement depuis quelques temps que je deviens prodigieusement bavarde Il me fallait cependant reprendre haleine avant d’aller vous voir.
    Mes compliments à la c*** étrangère que j’espere encore trouver à Beauregard

[adresse ici au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Chez Mr Berlioz
La Côte St André
Isère

[sous l’adresse]

[… mes] amitiés à Mme et Mlle Pion [… on ne] peut rien faire des plumes [elles n]’en valent pas la peine [j’]embrasse Louise et sa mère [ell]es ont du briller à Rives ?…
    adieu chere Nancy adieu père à bientot

Adele S.

2011.02.165 Dimanche 12 décembre 1841 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Huit pages en tout (deux feuillets de quatre pages, adresse seule à la dernière page). Au haut de la première page ‘12 décembre’ semble avoir été ajouté après coup par Adèle. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 12 DEC. (18)41; LYON, 13 DEC. (1841); GRENOBLE, 13 DEC. 1841.

    St Chamond dimanche 12 décembre

    Que je commence par te féliciter Chère Sœur, d’être enfin pourvue d’une cuisiniére et d’une bonne à ce qu’il parait, le provisoire a toujours beaucoup d’inconvéniens et peu d’économie ; il était temps que tu en fus sortis vraiment.
    Ta longue lettre m’avait beaucoup interessée les détails qu’elle contenait sur notre famille et nos amis étaient précieux pour moi ; l’état de notre pauvre Tante Félicie me fait une peine profonde dis lui donc je te prie mille chôses bien affectueuses pour moi à ta prémiere visite. 
    Pauline j’en suis toujours plus convaincue a été entrainée a cette folle démarche par quelque idée fixe ; impossible a deviner, c’est une enigme d’un autre genre que celle d’Odile, mais non moins étrange ; dis moi s’il vallait la peine à cette derniere de vouloir se remarier à tout prix pour vivre constamment separée de son mari ? il faut du reste (affection à part) tenir bien peu de compte de l’opinion public pour arranger ainsi sa vie !… [p. 2] Les pauvres Michal sont un sujet d’une pitié profonde ; il ne leur manquait plus que la maladie de Mélanie pour compléter leur affreuse position, c’est trop !…. pour une patience humaine vraiment…
    Mon pere m’avait donné de ses nouvelles la semaine derniere, ce qui m’avait surpris tres agréablement je t’assure je pense lui écrire demain ainsi qu’a mon Oncle Felix avec qui je suis tres en arriere mais j’attendais de savoir ou le prendre définitivement. la garnison de Thionville ne le consolera pas beaucoup il me semble de son long carème à Huningues, sa douce philosophie lui sera d’un secours indispensable dans cette occasion.
    La nouvelle du départ de Mlle Lucie pour Paris m’a fait crier Oh ! et Ah ! avec plaisir, mais je veus te gronder de ne point me raconter l’evenement arrivé à leur cousin Blanchat cela me préoccupe, une de leur petite fille est morte sans doute malheureusement ?…… quel coup pour sa mere si impressionable [p. 3] Je t’assure que j’ai fais comme tu t’y attendais de ta relation poussielgue les découvertes souterraines sont charmantes tres heureusement trouvées ; le sejour d’Aubenas est fait expres pour le sujet, on ne peut plus convenablement tomber ……
    Je la vois délicieuse avec le costume de mariée, d’honneur Mr Gourmier a fait preuve d’un grand courage ce jour là…. je le tiens pour intrepide  …… c’est dommage que tu sois privée de ce jeune ménage pour l’ornement de tes salons ce carnaval, auras-tu Mme Didier cette Laide là aumoins serait precieuse je le souhaite pour l’agrément de tes soirées. Pour moi je rumine un grand diner pour les prémiers jours de janvier, je renonce a un bal pour des raisons que je te dirai un peu plus tard rien ne presse … devine — si tu peus ?…..
    Nos reunions se bornent jusqu’a present au — dimanches, ce soir nous dinons [p. 4] chez Mme Richard dimanche passé c’était chez Mme Ardaillon …
Je suis rassasiée de truffes déja cependant j’apprécie infiniment ces bons petits diner, ou le confortable est si complêt, mais plus de truffes de grace l’odeur seule me rassasie ……
    Je te disais que nous sommes sur le point de terminer notre marché de voiture avec .. Mme Charmeil, en dépit de tout ce que le diable de sellier a fait pour la déprécier il parait d’apres ce m’ecrivait hier Mme Charmeil qu’il a fait plus qu’il l’a cassée, car quand Mr Casimir l’a essayée elle penchait horriblement d’un côté, et elle était en tres bon état positivement. Marc est de toute colère de cela et lui écrit vertement, je pense que cela se terminera à 35 o à cause de ces dégats, il faut baisser le prix c’est égal, nous serons enchantés d’en être débarrassés aussi bien. [p. 5] Marc vient d’ecrire à Mr Casimir pour terminer je n’ose encore trop me feliciter j’ai peur de quelque nouvel anicroche.
    Josephine continue à aller à merveille elle dort mieux la nuit, et du reste elle supporte sagement Claudine la nuit quand il le faut c’est un point capital pour nous ……
elle attend le jour de l’an avec impatience parce que son pere lui promît un grand cheval qui aura des bonbons dans le ventre ; elle raconte cela à sa maniére tres drôlement, elle est enchanté aussi de mettre la cuisiniere en colère en lui disant « grosse Auvergnat Sa passion pour le clerc de son pere est toujours plus forte
    cela promêt conviens Chere Sœur ?. rien au monde ne vaut son Berthaud elle se precipiterais par la fenêtre s’il elle le voyait dans la rue c’est incroyable vraiment, aussi je lui recommande de ne pas se montrer pour éviter des scènes affreuses [p. 6] Pendant que j’y pense tu ne voudrais point par hasard acheter un mouchoir de poche … une bonne occasion. Tu te rappelles celui que j’avais donné à broder aux demoiselles Ginet pour Mme Richard ?…. et bien la jeune personne à qui elle voulait le donner (Mlle Séguier cette fameuse pianiste de Lyon dont je t’avais parlé souvent) vient de mourir subitement, en conséquence Mme Richard qui l’aimait beaucoup ne veut pas revoir ce mouchoir cela lui ferait de la peine elle pense le donner à vendre à sa lingère à Lyon ; mais peut être cela te conviendrais-t-il, dans ces cas là on fait de bons marchés, reponds moi à ce sujet ? il est encore à la Côte je pense que tout compris il couterait à peu pres 22 tt — pour moi j’en aurai pour long-temps avant de faire pareille emplette [p. 7] je ne rêve qu’économie, tout en dépensant de l’argent, je recule pour mieux sauter je viens de prier Mme Richard de m’acheter à Lyon ou elle va demain un joli chapeau dont j’ai un besoin urgent comme à ma louable habitude je lui ai dis de faire comme pour elle ; je suis sure que le choix sera parfait, elle a un gout exquis, je connais peu de femmes qui se mettent aussi bien
    Je pense ce soir me faire tres belle ; je mettrai un bonne[.] tres frais arrivé de Lyon il est tres gracieux sur tout d’un cóté de l’autre il deplait, mais je crois que c’est parce qu’il est à moi je ne suis jamais satisfaite de ce que j’ai c’est une maladie.
    Adieu Chere Sœur assez bavarder sur des riens, mille amitiés a ton mari, à Mathilde des caresses mes compliments à tes belles sœurs remercie Mme Dubaux de son bon souvenir [dans la marge de gauche, verticalement] Mon mari ne veut point être oublié pres de toi Adèle

[p. 8] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble

2011.02.166 Dimanche 1er mai 1842 À son père Louis-Joseph Berlioz Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages écrites; adresse à la quatrième; déchirure au milieu à gauche de la troisième page. Timbres postaux: ST-CHAMOND, ? MAI (18)42; LYON, 2 MAI (18)42; LA COTE-ST-ANDRE, 3 MAI (année illisible).

    St Chamond dimanche 1er Mai

    J’attendais impatiemment de vos nouvelles Cher Papa ; je ne sais pourquoi j’étais inquiète de n’en pas recevoir, je comptais aumoins sur une lettre de notre chere petite Mathilde ; et la pauvre enfant n’était guère en état de faire ce grand travail, j’ai appris avec beaucoup de peine l’inquiétude qu’elle vous avait donnée, vos soins si tendres et si éclairés Cher pere devaient mettre complètement votre responsabilité à l’abris mais malgré cela je comprends que l’absence de ses parents était ennuieuse pour vous dans cette circonstance ; à leur retour il ne sera plus question de maladie certainement et grace à votre sage précaution, ils auront aumoins pu jouir sans trouble de leur voyage ; ils vous devrons donc Cher Papa de doubles remerciemens, et de longues et aimables relations pour vous faire oublier les pénibles préoccupations causées par la rougeole de Mathilde
    J’espere bien que Nancy me donnera ma part aussi de ses impressions de voyage, je ne lui en ferai certainement pas grace à son retour.
[p. 2] J’ai recu il y a quelques jours une longue et toute affectueuse lettre de Madame Veyron j’attendais de savoir l’arrivée de sa fille afin de lui répondre ; peut être le mauvais temps d’aujourd’hui l’aura retenu à Pointieres et si Raoul n’a point eu encore la rougeole elle n’osera affronter la contagion en allant vous voir certainement, on aime pas a provoquer le mal pour ses enfants.
    Josephine a échappé à l’epidémie qui a regné ici tout l’hiver, et si j’étais allée à La Côte ce printemps il est probable qu’elle n’aurait pas été plus favorisée que sa cousine ; les interminables précautions qu’il faut prendre m’auraient certainement extremement contrariée.
    Cette chere petite a été d’un bonheur extrème cette semaine ; je lui ai mis des culottes !…. Mathilde comprendra l’importance de cette inauguration ; cela prouve beaucoup sur l’article propreté …… puis cela donne un air grande fille ….. la joie de finette était si grande qu’elle a voulu aller à l’Etude de son pere faire admirer ses fameux patalons, aux deux clercs, à tous les gens de la maison [p. 3] c’était un délire tres amusant, sa toilette l’occupe beaucoup ; ce matin elle a pleuré une heure parce que la Marchande de Mode n’avait pas garnis son chapeau de paille à son gré elle voulait les mentonnieres attachées sous le menton comme Maman, et non pas dessus comme les poupons Sa colere nous a fait rire aux larmes son père et moi, je raconte cela pour amuser notre chère petite [......]escente, le bon papa me [..]rdonnera ces détails à cette intention.
    Marc est assez content de ses affaires cette année, sans être tres nombreuses elles sont tres rendantes en génèral. il en négocie une dans ce moment qui serait magnifique, si belle que je n’ose esperer qu’elle se termine mon mari s’en flatte, et je desire de grand cœur qu’il ais raison un acte de deux mille francs et plus ce serait bien gentil convenez-en cher pere ? la question se décidera cette semaine probablement.
    [p. 4] Adieu Cher Papa, n’epargnez pas pour moi les tendres caresses à Mathilde puisqu’elle a été si docile à vos ordres ; notre bonne Monique ne lui aura pas épargnés les gâteries dans cette circonstance certainement

[adresse ici au milieu de la page]

Monsieur
Monsieur Berlioz
La Côte St André
Isère

[sous l’adresse]

    Mes amitiés à Mme et Mlles Pion
    Nous vous embrassons tous bien tendrement adieu encore cher Pere

Votre affectionnée fille
A S

2011.02.167 Mardi 5 juillet 1842 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Six pages en tout (un feuillet de quatre pages, plus une feuille séparée écrite des deux côtés. Écriture assez hâtive et négligée. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 5 JUIL. (18)42; GRENOBLE, 6 JUIL. (18)42.

St Chamond Mardi 5 Juillet

    Ma dernière lettre s’est croisée avec la tienne Chere Sœur, et je présume que celle ci te trouveras enfin installée dans ton grand salon de St Vincent, pour moi je ne trouve plus assez d’air dans notre petit appartement, c’est à mourir de suffocation chaque nuit, mes promenades en chemise m’ont gagnés je ne sais comment un gros rhume qui m’a horriblement fatiguée pendant plusieurs jours, je me faisais pitié vraiment, heureusement il a été aussi cours que violent et j’espère pouvoir recommencer demain à prendre des Bains dont j’ai tant besoin dans ce moment de toutes manieres ; je compte les jours avec impatience et terreur jusqu’a ma délivrance je ne présume pas aller jusqu’a la fin de ce mois, mon medecin crois aussi que je devancerai, et pour cela il a eu l’obligeance de retarder son départ pour les eaux de St Galmier jusqu’au mois d’Aoust, je ne puis te dire Chere Sœur combien j’etais [p. 2] préoccupée de le voir s’éloigner, je n’ai aucune confiance aux autres medecins, c’etait un tourment de plus pour moi en perspective dont je jouis d’être délivrée
    De grace ne parle pas du courage d’Odile, cela me rendrait furieuse, je ne lui crois aucun mérite je t’assures elle n’est pas organisée pour souffrir comme les autres femmes positivement elle a celle un heureux privilège fais lui en mon compliment sincère ainsi que de sa grosse fille quand tu la verras ; elle court déja peut être ?
    J’ai reçu hier une lettre de Louise qui ne se flatte pas d’être si intrepide, elle doit repartir le 20 pour Tournon et sa mere n’ira la joindre que le 18 d’Aoust, je croyais qu’elle devait accoucher plus tôt ces dames sont enfoncées dans les noces et les réunions ; Louise me fait part en grand secret d’une nouvelle œuvre de sa mère …. j’attends qu’on m’en fasse part écrive officiellement avant d’adresser à notre charmante amie mon bien empressé compliment [p. 3] je suis heureuse de ce mariage il me fais du bien au cœur, ils doivent s’aimer et se comprendre ; …. il n’y a que l’article finances qui ne sera peut être pas assez brillant mais enfin pour la rareté du fait il faut glisser là-dessus ; les parents s’executerons peut être au contrat ? ..
    Il est probable que quand tu recevras ma lettre Mme Golety t’aura déja écris la grande affaire, mais prudemment je serai discrète ; ne t’étonnes plus que le voyage de Grenoble de cette derniere ait été ajourné ; elle ne pouvait laisser sa sœur dans un moment si décisif ; le mariage aura lieu à Paris à la fin du mois prochain.
    Je serais contente que tu ne sus rien afin de te faire chercher à deviner à la campagne on a l’esprit plus libre, et cela te distr t’amuserais.
    Encore un désappointement de place dans notre famille ; le pauvre Victor a été joué comme son cousin la place de Vienne est donnée à Mr Gauthier malgré la promesse formelle [p. 4] de Mr Teste le Beau député de Vienne Ma Tante m’avait écrit que pour avoir la voix de mon pere aux Elections on assurait la place, je m’étonnais il est vrais beaucoup qu’il eut voulu s’engager à se déplacer même pour rendre ce service à son neveu ; mais de la maniere dont ma Tante m’écrivait rien ne semblait plus définitivement arreté de part et d’autre, et je ne puis m’expliquer tout cela maintenant, tu me feras plaisir chere sœur de me donner le mot de l’énigme ; mon mari a reçu une lettre de François au sujet des démarches que nous avons faites et que nous ferons encore pour le placer, il a été induit en erreur par sa mere, et demande mille explications toutes naturelles, et que Marc s’empressera de lui repondre, du reste à son retour de Paris il viendra ici, c’est plus simple
    Que de peine il faut donc pour se faire une petite position dans ce monde c’est éffrayant.
    [p. 5] Tu dois deja songer au mariage de ta fille la mienne sera grande aussi avant que j’aye le loisir de m’en douter, elle est bien gentille depuis quelques jours mon gros ventre la préoccupe beaucoup dernierement en me caressant elle sentit un violent mouvement de mon enfant Oh ! sa bouge Maman !.. questce ça ? puis c’etait des éclats de rires ! elle nous donne la comedie.
je ne puis m’expliquer que la petite d’Odile ne marche pas encore ; il n’y a pas une énorme difference d’âge avec Josephine ; j’en conclurais que la mienne est etonnante.
    Tu est chanceuse avec tes cuisinieres chere sœur, j’aime a esperer cependant que ton calme agira sur ta nouvelle venue, et que tu pourras la garder
    Je joins a ma lettre le reçu des trois cents francs que Camille a envoyés à Marc ; nous ne pensions pas que le fermier fut encore si éxact. et mon pere croyait cela payé depuis deux mois voila la difference.
    Les Elections chauffent ici furieusement je ne sais ou fuir pour ne pas en entendre parler, c’est un fléau.
    [p. 6] Adieu Chere Sœur, mille amitiés à ton mari, j’embrasse tendrement Mathilde tu devrais bien me l’amener, mais je n’ôse l’esperer ?. mes compliments aux dames Gagnon je te prie

toute à toi
A S

[adresse ici au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble

2011.02.168 Dimanche 2 octobre 1842 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les deux premières écrites, la troisième blanche, adresse à la quatrième. L’écriture trahit l’extrême fatigue d’Adèle. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 2 OCT. (année illisible); LYON, 2 OCT. (année illisible); LA COTE ST ANDRE, 3 (?) OCT. (?) (année illisible).

St Chamond dimanche matin

    Je fais un éffort Ma chere sœur pour t’ecrires quelques lignes, apres la cruelle quinzaine que je viens de passer il n’est pas étonnant que je sois si faible Je vais mieux maintenant depuis hier je me lève plusieurs heures et je commence à manger, j’ai des faims feroces
    Mon medecin m’a declaré que même dans trois semaines il ne pourrait sans une extrème imprudence me permettre un voyage, me voila. Chere Sœur condamnée sans retour a ne pas vous voir cette année ….. J’ai bien pleuré je t’assures en apprenant ma condamnation
    faut-il être malencontreuse .? …. apres un Eté si cruel, si triste, j’avais tant besoin de me distraire, de bouger un peu et rien, … rien ! …. tous mes preparatifs de departs étaient fait je m’etais beaucoup donné de peine pour tout preparer, et au lieu de partir je me remets au lit pour faire une maladie
    Enfin dieu me donne patience mais je suis bien découragée, bien triste.
    Mon bon Marc m’a soigné avec une tendresse extrème, il ne m’a quitté [p. 2] ni jour ni nuit, il oubliait de manger et de dormir … c’est bien doux chere sœur d’être aimée ainsi.
    Mes Enfans vont à merveille Nancy veut me voir souvent elle est toujours plus jolie et plus grosse
    Si mon oncle est arrivé mille tendresse, pour lui et mille regrets de ne pas aller l’embrasser
    S’il vient ici il me fera du bien mais je n’ose l’esperer.
    Adieu Chere Sœur la tete me tourne j’embrasse tout le monde

A S

[p. 4] [adresse]

Madame
Madame Pal chez Mr Berlioz
La Côte St André
(Isère)

2011.02.169 Dimanche 15 septembre 1844 (?) À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, mais la fin de la lettre manque; pas d’adresse, d’enveloppe ou de timbre postal

St Chamond Dimanche matin

    Décidement Ma bonne Sœur il faut que je me mette en colere pour trouver le temps de commencer aumoins à t’ecrires ; tous les jours de la semaine qui vient de s’écouler j’ai envain formé le projet de prendre la plume ; je ne puis comprendre ma maladresse ; je ne vois personne et ce n’est certes pas la societé qui m’absorbe ; j’ai des lettres en retard qui me donnent des remords affreux mais il est impossible que je puisse mieux faire malgré toute ma bonne volonté
    Josephine a eu dernierement une rage de dents comme elle en avait eu dans sa prémiere enfance ; il parait que ma pauvre enfant a les gencives cruellement dures, puisque la dentition est si penible ; pendant quatre jours elle n’a fait qu’un gémissement continuel qui me déchirait le cœur plus que je ne saurais le dire ; elle ne voulait ni boire ni manger se plaignait de mal au ventre aussi j’envoyai chercher le medecin – à deux differentes reprises j’etais inquiéte et craignais une irritation ailleurs encore que dans la bouche [p. 2] le medecin avait raison à ce qu’il parait de m’assurer que la douleur de ventre n’etait que sympathique des dents, du moment qu’elle n’a plus souffert de celles ci tout a cessé ; mais tout cela l’avait rendue insupportable à un tel point que j’en pleurais mes nerfs étaient montés à faire pitié
    Nancy ne marche toujours point seule ; je ne comprends pas cette paresse pour une enfant si forte
    J’attendrai donc encore pour la retirer, mais je m’occupe de préparer ici son lit, et de combiner le peu d’espace que j’ai pour la câser dans la chambre de la bonne ; il faut recouper le lit de cette dernière pour cela ; c’est encore de l’embarras
    J’ai rangé hier une grosse léssive Enfin ma bonne sœur voila ma vie.
    D’apres ce que tu me disais, la Côte doit commencer ici à se dépeupler chaque jour, au bourivari des fêtes aura succédé celui moins agréable des vendanges ; le beau temps aura je l’espère favorisé mon pere pour cette ennuieuse récolte ; les bonnes nouvelles que tu me donnes de sa santé [p. 3] me rendent bien heureuse ; ta présence est pour ce bon pere un beaume comme à nul autre comparable ; je comprends bien Chere Sœur combien la longue absence de ton mari doit être pénible pour toi, il me semble que les autres années vous ne prolongiez pas autant votre séparation ; et votre séjour à la Côte Je remercie ma Chere Mathilde de sa charmante relation ; je lui repondrai un autre jour je suis trop pressée J’ai été émerveillée de son orthographe plus encore que de son écriture, je suis les progrès de cette gentille niéce avec le plus vif interèt.
    Pauline m’a repondue dernièrement une lettre charmante ; et qui m’a fait bien pleurer, elle a prononcé ses derniers vœux le mois passé Je lui avais offert d’aller assister à cette cérémonie ; mais par égard pour moi elle ne m’a point voulu ; présumant avec raison que je ne pourrais l’entendre renoncer à jamais à sa famille sans éprouver une emotion bien douloureuse …….
    A propos de chôses tristes, je vais aller tout à l’heure voir Mme de Morgue [p. 4] qui vient de perdre sa petite fille ; cette visite me peine d’avance ; cette pauvre femme a été malade de chagrin et de fatigues, depuis deux mois que sa petite était malade ; elle était horriblement penible
    Il est bien cruel de tout souffrir de toutes manieres pour en arriver là. l’autre jour en assistant à la messe d’enterrement de cette pauvre petite je ne pouvais retenir mes larmes mon cœur de mère se brisait.
    Il y a eu ici cette semaine un brillant mariage ; il y a eu nombre de diners de 60 a 80 couverts uniquement composés des proches parents des deux époux chez le pere de la jeune personne Mr Chaland propriétaire de ce beau jardin ou tu es allée je crois ? on avait mis la table dans la serre qui si tu t’en souviens est superbe ; on dit que le coup d’œil était tres beau ; le luxe du service les toilettes tout cela au milieu d’une allée d’orangers et de fleurs devait être charmant à voir.
le mari Mr Finoz est un tout jeune homme fort riche, et qui va être confrere de mon mari, succedant à son père [la fin de la lettre manque]

2011.02.170 Dimanche 26 mai 1844 À son père Louis-Joseph Berlioz Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les deux premières et le haut de la troisième écrites, adresse à la quatrième; l’écriture trahit la fatigue d’Adèle. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 26 MAI (18)44; LA COTE ST-ANDRE, 27 MAI (année illisible).

    St Chamond dimanche

    Je ne pensais pas mon bon pere que vous eussiez appris par Nancy ma sotte indisposition ; et j’attendais pour vous écrire d’avoir un peu plus de force.
    J’ai cruellement souffert pendant huit jours une abondante saignée, dix huit sangsues qui ont saignées à flots pendant douze heures et de plus un coup de Lancette, et un jeune d’une semaine ; tout cela mon bon pere m’a affaiblis plus que je n’aurais pu l’imaginer, et maintenant j’ai grand besoin de reposer mes forces, je mange beaucoup rien ne me fait mal et j’espere que je serai de nouveau bientôt sur mon courant, mais j’avoue chere pere qui je suis découragée de recommencer si souvent a souffrir ainsi, puis délabrée comme je suis des épreuves pareilles ne sont pas faites pour me remplumer ; nous avions bien pensés à essayer de quelques eaux, celles du mont-d’or par éxemple ; mais les douches [p. 2] m’effrayeraient beaucoup il me semble que je ne pourrais les supporter puis avec qui aller à Aix ?
mon mari ne pourrait trop s’absenter au mons d’or c’est moins loin d’ici puis que on fait ces eaux pour les maladies au Larinx peut etre conviendraient elles également pour mon ennuieuse irritation ?
du reste la saison est peu avancée et nous avons le temps de réflechir.
    Mon bon Marc est bien ennuié de me voir souffrir ainsi si souvent ces tendres soins me soulagent plus que toute autre chôse en pareil cas, jour et nuit il ne m’a pas quittée, et mes gémissement lui déchiraient le cœur ; mes enfans vont tres bien
    J’ai appris avec peine la maladie de Mr Boutaud, Louise dois être bien inquiéte et bien ennuiée
    Je voudrais bien savoir quand doit partir Mme Celine, mes compliments bien affectueux je vous prie a toutes ces dames quand vous les verrez
    Adieu Cher Pere ; c’est pour moi [p. 3] un veritable travail que d’ecrire quelques lignes
    Je vous embrasse tendrement

Votre affectionnée fille
A S

[p. 4] [adresse]

[M]onsieur
Mons[ieur] Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.171 Samedi 9 novembre 1844 (?) À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Six pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée écrite des deux côtés); pas d’adresse, d’enveloppe ou de timbre postal Écriture assez ferme et régulière au début de la lettre, se dégrade ensuite.

St Chamond Samedi 9

    Tu dois être bien installée chez toi maintenant Chere Sœur et en jouir d’autant mieux que tu es tranquille sur notre bon Pere ; j’ai reçu ce soir une lettre de Mme Pion qui me dit qu’îl va bien, et qu’il n’a pas pris ses grandes tristesses comme cela lui arrivait toujours quand il se trouvait seul ; nous ne saurions assez bénir la providence Chere Sœur de cette douce amélioration ; je te félicite bien vivement aussi de ce que ta belle sœur n’est plus sourde, c’est une garantie pour ta poitrine que me repôse beaucoup.
    J’attends ta premiere lettre avec impatience tu me donneras j’espere des nouvelles de tout notre monde ; Melle Nancy doit être de retour d’Uriage il y a un siecle que je ne sais rien de cette bonne amie ; j’ai hâte aussi de savoir comment tu auras trouvé notre pauvre Tante Félicie ; peut être est-elle encore à Murianette ? Marc a reçu cette semaine une lettre de François [p. 2] les Messieurs de Vialloin ayant vendu leur usine il se trouvera encore sans place au mois de Juin … il est vraiment sous une facheuse influence c’est à décourager au début d’une carriere, et ce qui me fais craindre que la démarche que mon mari est chargé de faire aupres d’une maison de Rîve de Gier en son nom ne réussisse pas ; enfin Marc y mettra tout le zèle possible ; les propositions de François sont cependant de nature à attirer l’attention de riches et ambitieux industriel, c’est une belle occasion pour eux, c’en serait une aussi pour notre cousin le tout est de s’entendre.
    Je te remercie ma bonne sœur de l’empressement que tu méttais dans ta derniere lettre pour me recommander de me soigner et de prendre tous les moyens d’avoir un peu de repos, mais j’en suis plus loin que jamais les embarras, les contrariétés pleuvent sur moi sans interruptions depuis quelques temps … Marguerite me quitte [p. 3] Jeudi – me voila donc sans bonne dans le moment ou je songeais a en avoir deux ….. à la suite d’une scène de jalousie au sujet de Nancy qui ne peut aller avec elle sans faire des cris affreux, elle m’a déclaré qu’il fallait en finir, et de mon côté je trouvais que ma patience ou ma faiblesse pour parler plus juste etait arrivé à son terme …. mais cette conclusion a été tres orageuse Josephine est dans un desespoir incroyable du départ de sa bonne elle a eu hier une espece de crise nerveuse à cette occasion qui m’avait abîmée, ce soir encore elle a pleuré une heure sans que rien put la distraire ; je ne puis te dire Chere sœur à quel point je suis contrariée du départ de ma bonne dans ce moment Nancy me tyrannise ; j’ai cent fois plus à faire dans la maison que jamais
    J’etais attachée à Marguerite malgré son terrible caractère, je comptais sur elle complêtement pour beaucoup de chôses, j’avais depuis [p. 4] cinq ans l’habitude de son service ; je déteste les visages nouveaux chez moi pour mes Enfans aumoins j’etais tranquille maintenant ma maison est démonté la cuisinière me demande à être bonne, alors Marc a écrit à notre vieille Julie pour la prier de revenir aumoins provisoirement afin d’avoir aumoins une fille de confiance l’autre a un service charmant, mais j’ai des raisons pour veiller de pres avec Julie qui pourra coucher à coté de l’Etude j’aurai moyen si je ne puis mieux faire de coucher une seconde bonne, ce que je n’aurai pu faire autrement tout cela me casse la tête plus que tu ne pourrais l’imaginer, je n’ai point d’énergie, hier j’ai pleuré tout le jour j’etais abîmée de fatigues mes Enfans étaient întolérables, Nancy s’est enrhumée malencontreusement de sorte que je n’ose la faire promener depuis deux jours, et je n’avais que l’heure de la promenade de repos
    [p. 5] Voila ou j’en suis Chere Sœur ne ris pas trop de mon agitation je te prie ; mon mari s’en desole ; hier il craignait que je ne finisse par me rendre malade aussi j’ai compris que j’etais absurde et aujourd’hui j’ai plus de courage.
    J’ai payé mon tribut à l’hiver ou la fatigue plutôt la semaine passée par un rhume violent je suis resté dix jours sans sortir Marc etais sans misericorde pour mes nerfs, avec raison mon terrible gosier lui faisait peur, un soir je me suis cru prise d’une Esquinancie heureusement je n’ai eu que la peur –
    Demain nous avons un diner de Stephanois chez Mr Ardaillon cela me distraira peut être, mais je suis si bêtifiée par mes Enfans que je ne sais plus dire deux mots ma toilette aussi est fort en arriere je n’ai point quitté le deuil encore pour toi Chere sœur tu dois être donc dans le prémier coup de feu des visites des emplettes, tailleuse etc etc j’approuve beaucoup le chapeau de Mathilde [p. 6] dis donc à cette Chere Petite que je lui ecrirai plus tard, je l’ennuierais à coup sur dans la disposition ou je suis ; Josephine lui dit mille chôses elle commence bien à assembler ses mots, elle connait les capitales de l’Europe ce dont elle est prodigieusement fiere, Mathilde hausse les épaules avec raison de cette petite science de quatre ans Nancy s’acquitte tres bien de manger, crier, et me tourmenter c’est ma bonne grosse paysanne qu’il fais bon embrasser s’il en fut aussi je la mange de caresse tout en gemissant de ce quelle est penible
    La sensibilité de Josephine nous tourmente souvent Marc et moi, c’est trop pour son age, pas un nuage ne passe sur mon front quelle ne s’en occupe, en devine la cause au moindre mot, croirais tu qu’elle se désolait dernierement de ce que je n’avais qu’un vieux manteau retourné pendant que je lui en achetais un neuf, quand je suis seule elle cause pour me distraire comme un fille de l’age de la tienne
Adieu Chere Sœur le papier me fait finir brusquement [dans la marge de gauche, de bas en haut] Mes amitiés à ton mari, mes compliments à Mme Pochin AS

2011.02.172 Mercredi 17 janvier 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Cinq pages (un feuillet de 4 pages écrites plus une feuille séparée, la première page écrite, adresse à la dernière). Timbres postaux: ST-CHAMOND, 17 JANV (année illisible); LYON, 18 JANV (18)44; GRENOBLE, 19 JANV (18)44.

    St Chamond Mercredi

        Chere Sœur

    Je conviens que tu es une femme prodigieusement occupée, je ne saurais plus en douter d’apres l’énumération que tu m’as faites dans ta derniere lettre ; j’espère que tu es remises des fatigues de ton grand diner, je t’admirais beaucoup de m’écrire la veille de cette grande entreprise ; chez moi il ne faudrait pas que je me permisses une telle liberté sous peine de voir oublier la moitié des choses.
    Il est vrai que tu n’as pas deux petites filles à trainer à tes bras ou dans tes jambes par surcroit comme moi.
    J’ai reçu avant hier une lettre de mon pere qui me donne d’excellentes nouvelles de sa santé et m’assure qu’il ne s’ennuie point trop ; j’en bénis la providence du fond de mon cœur, quel soulagement aussi pour toi bonne sœur ; en lisant avec empressement les deux pages de notre pere j’ai été vivement émue en y apprenant la mort de Mr Veyron …. je ne m’y attendais pas le moins du monde ayant reçu il y a peu de jours des nouvelles de sa femme qui ne paraissait pas inquiète [p. 2] sur l’état de malaise de son mari
    Malgré le peu de sympathie qui existait entre eux je ne puis croire qu’elle n’aye pas éprouvé aumoins dans le prémier moment un déchirement douloureux, on n’a pas vecu trente six ans et plus ensembles sans que la séparation ne soit pénible ? Je présume que Louise sera arrivée bien vite aupres de sa mere. je ne sais point de détails donne moi donc ceux que tu connaitras ; j’écrirai à Mme Veyron mais je voudrais savoir sur quel ton avant ?
    Pour moi j’ai regretté ce pauvre Mr Veyron il aimait tant notre bonne mère il me souvient si bien comme il la pleurait avec nous ; c’est un ancien et sincère ami de moins ; nous avions toujours reçu de sa part l’accueil le plus empressé
    Mon pere le regrette beaucoup.
    J’ai reçu il y a quelques jours une longue et aimable lettre de mon oncle, il se prépare à donner prochainement un grand bal helas ! pour sa bourse ….
    Hector m’ecrivait aussi la veille du jour de l’an sa lettre s’est croisée avec mon envois malheureusement et je n’ai pas su si il l’avait reçue, c’est vexant. Il paraissait bien triste de l’état de sa femme qui le tourmente toujours [p. 3] davantage et dont la santé es plus mauvaise que jamais ; sa lettre me fit mal, bien mal un découragement profond paraissait la dominer pauvre frère quelle existence est la sienne ? l’impossibilité ou l’on se trouve de l’adoucir un peu afflige cruellement.
    J’ai été seule toute la semaine derniere mon mari a été obligé de faire un voyage pour terminer enfin les affaires de son frère ; à force de démarches il est parvenu à conclure la résiliation des Beaux absurdes et ruineux qu’il avait sur les bras à Lyon Comme me disait quelqu’un derniérement il serait quelques fois moins pénible d’être Batard …..
    Pour parler de chôses moins ennuieuses je te dirai que je suis dans des indécisions de toilettes de Bal, ma paresse s’éffarouche considérablement de tout ce qu’il me faut
    Mon mari me conseillerais d’aller demain a Lyon et revenir le soir mes emplettes faites mais je suis trop vieille pour me décider
    Nous avons une invitation de dimanche en huit ici chez Mme Thomet une jeune femme de négociant nouvellement mariée fort riche, jeune, somptueusement logée assez jolie, mais dont l’entourage gâte un peu la position, et me gêne [p. 4] pour accepter les nombreuses avances polie quelle me fait, il y a quelques jours il y avait un diner au cercle, elle a réunis les dames chez elle à cette occasion, j’etais du nombre. Les dames Ardaillons sont installées à Lyon dans un appartement garni à l’hotel de l’Europe pour le reste de l’hiver ; c’est presque plutôt un soulagement pour moi qu’une privation par le fait de diverses circonstances Nous avons un grand diner Lundi prochain chez Mr de Mourgues : Il faudra bien que nous songions a avoir du monde aussi dans peu, un dîner m’éffraye un bal impossible, alors une soirée de jeu avec une collation est ce à quoi nous nous arreterons je présume.
    J’ai le projet aussi d’un gouter d’Enfant mes filles ont déja reçu de nombreuses politesses à ma grande satisfaction.
    Je ne t’ai pas dit je crois qu’elles avaient eu de jolis presents du jour de l’an Mme Ardaillon a donné à Josephine une jolie poupée avec un trousseau complet ; à Nancy une Bergerie charmante, et à moi une cassette immense remplis de délicieux Bonbons c’etait trop cela nous gène [p. 5] Mme Richard a donné un gentil panier cabas à Josephine en paille d’Ytalie cousu, et garnis de rubans, d’un gout exquis ; à moi une boîte de Chocolat praliné dont j’aurais voulu te faire gouter chere sœur.
    Ce que tu me dis des Etrennes de ta fille m’éffraye pour l’avenir, que pourra-t-on imaginer de digne d’elle a dix huit ans ? comment une montre en Or ! une broche ydem ! une robe en foulard etc etc c’est trop vraiment Ma Chere Mathilde, mais je ne t’en fais pas moins mon compliment, et le cadeau en espèces de l’Oncle Marmion encore que j’oubliais, tellement la liste est longue 
    quel beau role que celui de fille uniq[..] conviens ma Chere niéce ? et apprécie le… ainsi que le tendre baiser que je t’envois
    Adieu Chere sœur nous allons tous bien ma maison ne marche pas mal, mon mari est de retour chôse éssentielle pour mon contentement et mon repos d’esprit
    Mille compliments affectueux de notre part à Camille ; un tendre souvenir à Mlle Clapier à Méline quand tu les verras
    Nous t’embrassons bien tendrement

toute à toi
A Suat

    Si tu t’interesses encore à notre ancien *** Mr Anglès je te dirai qu’il vient d’obtenir la place de percepteur à Anjou en attendant que son fils ait l’age pour en remplir les fonctions en remplacement du beau Thivallier nommé à Giere à sa grande joie sans doute

[p. 6] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.173
et enveloppe
2011.02.174
Mardi 30 janvier 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages avec enveloppe. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) ST-CHAMOND, 31 JANV. (18)44; (verso) LYON, 31 JANV. 1844; GRENOBLE, 2 FEVR. (18)44.

    St Chamond Mardi

    Nos lettres se sont croisées Chere Sœur comme cela arrive souvent quand l’une de nous trouve l’autre en retard, écrire pour en demander raison, est le moyen sur de recevoir des nouvelles le jour même ; je ne veus pas m’exposer à tes tendres reproches deux fois de suite Chere Sœur, et je profite vite d’un moment ou je suis libre pour prendre la plume ; Je te dirai que je suis encore raide de douleurs aujourd’hui pour avoir dansé comme une vraie jeune fille avant hier jusqu’a quatre heures du matin ; la soirée de Mme Thomet a été charmante et tres animée, pour son coup d’essais la jeune maitresse de maison a fait des merveilles, depuis que je suis ici je n’avais jamais vu de réunion aussi brillante, mais c’etait pour moi toute une autre société ; j’avais fait des frais de toilette étourdissants une robe de moire rose garnie en tablier de nœuds plats en rubans [p. 2] de largeurs graduées ; deux rouges d’angleterre lissant à la taille aux manches de même, les petits nœuds assortis à la jupe, et tout cela allait à souhait, j’étais ravie de ma parure, surtout de la coupe de ma robe qui me faisait une taille de vrai gravure de mode.
    puis dans mes cheveux une guirlande de fleurs de pechés double
    Tu vois Ma Chere si je me suis lancée, je n’en ai pas dormi de remors une nuit au grand divertissement de mon mari, puis cela m’a donné beaucoup de soucis pour que tout fut complét, mais enfin j’en ai ensuite joui franchement comme je me suis amusée.
    J’attendais pour cette soirée Mme Viollet mon ancienne voisine dont tu dois te souvenir, mais elle ne viendra que la semaine prochaine elle était à Romans avec son mari qui va je crois l’éclairer au Gaz quand elle ira s’y installer je pourrai écrire à Mme Delphine [p. 3] pour la lui recommander, elle est si bonne que sa maison serait précieuse pour Mme Viollet, à qui je m’interesse sincèrement.
    J’ai reçu il y a deux jours une lettres de mon père, il ne parait point songer à partir pour Grenoble, et ne s’ennuis pas encore chez lui ; il me disait que Mme Veyron allait abandonner Pointieres pour Tournon je ne m’en étonne point, cependant j’aurais cru qu’elle aurait voulu aumoins y passer la belle saison ; il m’est penible de penser que nous ne retrouverons plus cette maison amie ; cette pauvre Côte n’est que ruines pour nous bientôt.
    Tu me demandais si les démarches de François avaient quelques chances de réussir dans notre voisinage, je crains bien que non, ses propositions sans être rejetes complêtement, n’ont reçu que des esperances vagues ; il s’abuse sur certains points comme je l’ai vu dans la derniere lettre qu’il écrivait dernierement à mon mari, à laquelle il n’a point encore pu répondre n’ayant pas vu Melles Hatter, et attendant une occasion favorable.
    Ce que tu me dis de Jules m’étonne prodigieusement comme toi je voudrais lire [p. 4] ses œuvres pour y croire !… dis moi donc ce que tu en penses maintenant que tu dois les avoir lu été initiée à ses secrets Mon oncle sera peu charmé par la celebrité future de son fils, comme tu dis ma Chère il y en a assez d’un dans la famille,  je ne sais rien d’Hector, mon petit envois a-t-il été reçu ? je l’ignore.
    Mes Enfans vont bien ; Nancy se developpe beaucoup, elle a des yeux qui perceraient des murailles, je ne sais cependant si elle sera jolie ? sa fraicheur m’étonne toujours
    Josephine me donnait des conseils pour ma toilette tres judicieux avant hier à propos dis moi donc la tienne chez Mme Croset cela m’amusera.
    Je ne me souviens point de Mr de Ventavin tu me diras quelle est la jeune fille qu’il aura choisie ? Mme de Mourgues me disait qu’il était horrible à voir.
    Cinq heures arrivent Chere sœur j’ai quelqu’un a diner il faut que je te quitte adieu donc j’attends ton journal avec impatience c’est une bonne fortune que le courrier qui me l’apporte
    Mon mari vous dis mille chôses affectueuses une bonne caresse à Mathilde de ma part mes amitiés à Melle Nancy et a Meline.

adieu adieu le papier me manque A

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.175
et enveloppe
2011.02.176
Samedi 3 février 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Six pages en tout (un feuillet de quatre pages, plus une page séparée écrite des deux côtés), enveloppe. Écriture assez hâtive et négligée. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) ST-CHAMOND, 3 FEVR. (18)44; (verso) LYON (?), 4 (?) FEVR. (année illisible); GRENOBLE, 5 FEVR. (184)4.

    St Chamond Samedi 3 Fevrier

Je reçois à l’instant ta longue et intérèssante lettre Chere Sœur, et comme je suis seule au coin de mon feu sans crainte d’être interrompue avec le temps qu’il fait, je ne saurais mieux faire que de prendre la plume pour te remercier des détails que tu me donnes, et de la promesse que tu me fais de les renouveler souvent si je veus ? Oui certe je ne demande pas mieux Chere Sœur maintenant que ma maison marche passablement, j’aurai plus de temps à consacrer à ma correspondance ; je te félicite d’avoir aussi retrouvé un peu de repos sur ce point éssentiel, je ne t’avais rien dit de tes grandes tribulations de cuisiniere, mais j’y avais cependant pris beaucoup de part, comme j’écrivais à mon pere et que je m’en indignais fortement contre les filles de la Côte, j’ai cru t’en avoir écrit sur le même ton ; le fait est que tu dois jouir d’être débarrassée de ce tison de discorde dans ta maison Henriette perdait la tête à son contact [p. 2] les scènes qu’elle t’a faites à cette occasion me rappelle le genre de celles de Marguerite Je jouis aussi d’être maîtresse chez moi, et recevoir qui bon me semble sans autorisation à demander ; ma bonne est d’un caractère assez agréable.
    Compliments pour compliments ma Chere tu devais être adorable chez Mme Croset j’aime le genre simple de ta toilette simplicité somptueuse il est vrai mais tes blanches épaules devaient tres bien ressortir sur le mat du velour les Bracelets aussi étaient charmants, comme toi j’apprécie, et j’use de la mode des bracelets pour cacher mon bras ; ce soir tu seras charmante tres bien aussi avec ton costume bleu
    Mathilde ne dois pas t’épargner les conseils j’en suis sure, mais ne le dis pas aumoins comme ma fille « Maman pourquoi as tu des creux noirs dessous les yeux ? cela n’est pas joli est ce par ce que tu es vieille ?…
    Voila des vérités qui seraient penibles à s’entendre dire à d’autres femmes beaucoup plus encore qu’a moi, je reçois tres gaillardement rides et cheveux blancs [p. 3] Apres les plaisirs du carnaval tu auras les jouissances du carème, je presume que tu auras bien le courage de faire le coup de poind s’il le faut pour entendre Mr Lacordaire, on attend de longues heures souvent à moins, ainsi j’attends prochainement un compte fidèle de l’impression que tu auras reçue en entendant ce celebre orateur je suis curieuse de savoir si tu le prefereras à Mr de Ravignon ; à propos de célebrités je te dirai que je dévore dans ce moment l’histoire de la révolution de Mr Thiers ; c’est admirable tu le sais ! depuis long-temps je cherchais envain à me procurer cet ouvrage si vanté, le style est si entrainant que je passerais la nuit à le lire.
    Je croyais que la niege aurait fait partir subito mon pere pour Grenoble il n’en est rien d’apres ce que tu me dis, l’ennuis ne le tourmente toujours point je suis ravie de l’apprendre
    Ou donc ce bon pere avait-il appris que Mme Veyron quittait Pointieres décidement ? Je comprends l’embarras de Louise au sujet du calme de sa mere ; sa position était aussi fausse que penible, la bonne Madame Veyron ne saurait mieux dissimuler [p. 4] apres la mort de son mari que de son vivant ou cependant cela aurait été souvent nécessaire, en définitive il vaut mieux qu’il en soit ainsi, son bonheur commence, a l’époque ou il finit pour les autres femmes.
    Ta pauvre belle sœur doit se trouver cruellement îsolée depuis la maladie de sa Tante Teisséire, c’est une circonstance doublement triste pour toi Chere Sœur tu avais bien besoin aumoins que la surdité disparut pour te dédommager un peu de tes longues soirées tête a tête ; Comment point de cadeau de jour de l’an ? c’est incroyable de la part de Mme Teîsseire, foudroyant pour Mr Pochin …… mieux vaut encore comme tu dis cependant n’être point obligée de sortir par tout les temps pour aller lui tenir compagnie ; je suis charmée pour toi des réparations qui vous allez faire faire dans votre appartement il sera magnifique et commode apres cela
    Tu as encore le temps cet hîver d’apprécier le confortable de ta voiture pour aller dans le monde tu auras fort bon air dedans
    [p. 5] J’aurais voulu être temoin des émotions de Melle Marie Charmeil quî mieux que moi peut les comprendre ? quand je me rappelle mes debuts à Grenoble, le bal de Mr Simon ou en rentrans le cœur me battait à me rompre la poitrine ; comme Octavie toi tu n’avais jamais pris les chôses avec tant d’ardeur
    Si Mr Charmeil ne donne point d’augmentation de pension je suis en peine des toilettes de ses filles, sa femme n’est pas tres habile pour faire quelque chôse de bien dans ce genre. Comment va maintenant la mère faure J’ai su que Mme Casimir a été grippée long-temps ainsi que ses Enfans ; il y a eu un bal la semaine derniere chez le Sous-Prefet toute la salle était en émois par la représentation de Lucrèce, une célebrité de l’Odéon était venu à Vienne pour jouer le chef d’œuvre de ponsard, et acteur et auteur on se les arrachaient, diner, soirées ils demandaient merci me racontait-on.
    Tu me vèxes Chere sœur en me faisant craindre d’avoir envoyé un cadeau au portier ou a la domestique d’Hector, Mme Souchon arrive ici demain peut être saurai-je à qui elle a remis le paquet il etait cacheté avec grand soin ; et tu sais que souvent Hector oublie d’accuser [p. 6] réception de ce qu’on lui adresse, cependant le 5 janvier il avait du déja avoir reçu mon envois, je n’y comprends rien.
    D’apres ce que tu me dis de Méline sa santé est meilleure sans doute elle devait être tres bien avec sa robe de velour ; parlez moi d’avoir des belles sœurs comme Mme Victor c’est charmant je te prie de lui faire mes amitiés quand tu la verras
    Mon mari vient d’écrire à François pour lui transmettre la sotte nouvelle du refus définitif des Melles Hatter. J’en suis tres contrariée pour lui et pour moi qui aurais été bien aise de son voisinage, les chôses s’arrangent rarement comme on le desirerait.
    dis à Mathilde qu’elle est trop grande pour prendre la coqueluche ce serait ridicule ainsi j’espere qu’elle ne sera pas si sotte et je l’embrasse bien dans cet espoir
    Adieu Chere sœur conviens que pour cette fois je suis prompte à la réplique je te renvois la balle ; gare à toi maintenant a être leste aussi
    Nous vous embrassons tous

toute à toi
A Suat

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble

2011.02.177 Vendredi 23 février 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Cinq pages en tout (un feuillet de quatre pages, une page séparée écrite du premier côté, adresse au second). L’écriture à la quatrième page déborde parfois à droite sur la première; petite déchirure au milieu à gauche de la cinquième page. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 23 FEVR. (18)44; LYON, 23 FEVR. (1844); GRENOBLE, 25 FEVR. (18)44.

St Chamond Vendredi 23 Février

    Je crains que tu ne sois en peine de nous Ma bonne sœur, ma derniere lettre était faite pour t’en faire désirer une autre le plutôt possible, mais malgré ma bonne volonté de te rassurer, les embarras m’ont tellement accablés la semaine passée et celle-ci que prendre une plume était une chôse infaisable ; je ne saurais par ou commencer s’il fallait t’énumerer toutes mes petites tribulations ; mais Josephine va assez bien sauf une paleur extrême qui me préoccupe péniblement, j’espère qu’avec un régime soigné, et de longues promenades son teint s’améliorera insensiblement ; je n’ai pu m’occuper comme je l’aurais désiré de ma Chere petite ; j’ai eu chez moi Mr et Mme Biallé depuis vendredi dernier jusqu’a hier, c’etait une visite assez innoportune dans une maison désorganisée comme la notre nous les avions attendu envain un mois avant ou nous aurions été charmé de les recevoir, et un malencontreux hasard les a fait retarder leur voyage, figure toi Ma Chere [p. 2] que le jour même de l’installation de ma nouvelle bonne j’ai commencé a avoir du monde, des Messieurs de Lyon venant pour affaires, il me fallait faire moi même ma chambre, songer à mon déssert, mettre ma table, entretenir 6 feux de charbon, et tout cela avec Nancy aux bras qui etait et est encore enragée c’est le mot, elle qui est tres propre ordinairement depuis quelques jours ne demande jamais et me fait des ordures à chaque coins on dirait qu’elle y met de l’intention pour nous donner le double d’embarras
    Dimanche j’ai improvisé un diner de douze personnes ; j’ai fait un veritable tour de force d’activité mais ayant des politesses indispensables à rendre nous avons mieux aimé profiter du sejour chez nous de nos anciens voisîns ; hier j’ai eu encore quatre personnes à déjeuner. Enfin c’est fini     Ouf ! ……
    Puis les invitations, les diners, les soirées, les visites, tout cela a l’occasion de Mme Biallé, j’en suis rendue [p. 3] depuis samedi je me suis couchée à Minuit tous les soirs, toilettes, et bons dîners j’en ai une veritable indigestion même le Mercredi des cendres nous avons eu une réunion chez Mr Thomet on a fait de la musique et même danser j’etais tres contrariée de commencer ainsi le carème, et si j’avais pu refuser je l’aurais fait a coup sur.
    Au milieu de tout cela cependant j’ai eu quelques moments agréables chez nous Dimanche nous avons fait de bons éclats de rire ; Lundi chez Mme Portier également.
    Ma jeune bonne est tres intelligente le bourivari de ma maison loin de l’étourdir comme je le craignais l’a développée d’un seul coup j’ai pu avoir la nourrice de Nancy heureusement pour nous seconder.
    Maintenant j’ai mille chôses en arriére, mes Enfans n’ont de rien n’ayant pu toucher une aiguille depuis si long-temps, ma bonne travaille en perfection, elle brode tres bien même mais le temps manque pour se servir de ses talents, la lingère que je prenais depuis long-temps ayant été [p. 4] de moitié dans l’Escapade de la bonne que j’ai renvoyé (Elles étaient allés avec les clercs de mon mari danser au bal Masqué, drapées de mes manteaux coiffées de mes chapeaux de mes voiles etc) 
Tu conçois Ma Chère qu’on ne peut tolerer semblables chôses, envain on s’est jeté à mes genoux, évanouis tombé sur le marbre de ma cheminée d’ou il fallut la relever toute en sang ce qui me fit une frayeur horrible ces scènes m’ennuiaient trop pour vouloir courir la chances de les voir recommencer. Je te fais mon compliment de ta cuisiniére il est bien temps que tu sois satisfaite apres tant de mal en contre
    Je me doutais que mon pere ne serait pas resté long-temps chez toi, ses habitudes de campagne rendent impossibles sous tous les rapports son séjour à la ville
    J’espere que l’accident de ma Chere Mathilde ne l’aura pas retenu trop long-temps prisonniere ; Camille du être éffrayé dans le premier moment il y avait de quoi, les brulures sont si douloureuses les cris de la pauvre enfant devaient lui déchirer le cœur, et lui faire maudire sa maladresse cruellement.
    [p. 5] Je n’ai point de nouvelles d’Hector toujours ni de mon Oncle ; je ne compte que sur toi pour en avoir ; remercie Melle Nancy de ses compliments aimables et affectueux Je ne puis y croire ; mais l’intention m’a touchée, c’est d’une vieille amie. Je l’embrasse tendrement en reconnaissance charge toi bonne sœur de lui prouver que je ne l’oublie point ; le nom de ma fille m’est doublement precieux puisse-t-il lui porter bonheur en attendant c’est un petit diable rose qui commence a être tres gen[...] 
    [.]e te la présenterai à Paques [..] l’espere ; le temps marche si vite qu’il me semble que nous serons bien tôt a cette époque qui doit nous reunir tous aupres de notre bon pere en attendant ecrivons nous souvent Si le pere Lacordaire ne t’absorbe pas trop en quittant Grenoble il doit precher à Lyon j’irai l’entendre à tout prix certainement Adieu Chere Sœur Marc te dis mille chôses amicales il se fache du matin au soir contre moi pour me faire reposer et soigner, mais mon activité dévorante m’empèche de lui obéir comme il voudrait. J’embrasse Mathilde et Camille adieu tous A S

[p. 6] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.178 Jeudi 7 mars 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, adresse à la dernière. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 8 MARS (18)44; GRENOBLE, 10 MARS (18)44.

St Chamond Jeudi

    Je suis toujours en retard vis a vis de toi et de bien d’autres Chere sœur, mais j’espère que tu ne m’en sais pas trop mauvais gré ; depuis ma derniere lettre Josephine m’a donnée de nouvelles sollicitudes ; l’irritation d’entrailles recommençait, il y a fallut se remettre au régime rigoureusement, pendant plusieurs jours l’înquiétude m’a torturé de nouveau ; elle va bien maintenant, sa paleur n’est plus aussi extrème, son regard a repris toute sa vîvacité, je respire plus librement, la semaine derniere je ne pouvais regarder ma pauvre enfant sans pleurer, il me semblait la voir maigrir heure par heure, maintenant elle mange beaucoup bien sans que cela lui fasse mal et j’espère qu’elle reprendra bien vite ; je la promène beaucoup le medecin le recommande ; le changement d’air lui fera grand bien me dit-il et achevera sa convalescence en conséquence à moins d’un obstacle imprévu nous avons toujours le projet d’aller à la Côte à Paques, ou tu me dévancera de peu de jours probablement. [p. 2] Je n’ose me flatter que nous ayons le beau temps à cette époque ordinairement l’hiver reprend toute sa rigueur la Semaine Sainte par a propos, et je suis déterminée contrairement au printemps dernier à partir munie de robes chaudes schals et autres précautions, pour moi et mes enfans, tu dois être payée pour en faire autant Chere sœur ; c’est peut être un moyen d’avoir un soleil brulant par contradiction.
    Mon pere m’a écrit dernierement, il ne se plaignait point de sa santé ; je ne sais toujours rien d’Hector ni de mon oncle tout deux m’étonnent par leur silence prolongé outre mesure.
    Nous avons ici une épidemie de départ la famille Derose est partie samedi pour Vousier petite ville des Ardennes, apres un séjour de treize ans à St Chamond Mr derose a été peu charmé d’un avancement acheté au prix d’un pareil éloignement
    Je n’ai point vu ces dames avant leur départ, elles avaient été si sottes pour moi depuis long-temps, et Mr si désobligeant dans ses rapports d’affaires avec Marc que nous n’avons point eu d’adieu [mot biffé] à nous faire ; ce qui m’aurait fait beaucoup de peine autre fois [p. 3] Madame Louise Richard quitte le pays définitivement aussi pour se fixer à Mon-Chat Son mari s’est retiré du commerce pour cela. c’est donc encore une société agréable de moins je reste seule de notre ancien cercle intime si agréable au commencement de mon mariage. un autre départ qui m’ennuis sous un autre point de vue, est celui de notre curé de St Pierre qui va Chanoine à Lyon ; c’etait un homme éclairé, et prudent, connaissant le monde, et je crains de le remplacer pour moi difficilement
    Pour toi Ma chere tu es toujours ravie au troisième ciel par le pere Lacordaire, je t’envie ; mais non. parce que je ne pourrais être assez libre de mon temps [....] aller l’entendre, mes Enfants m’absorbent toujours davantage ; je me donne beaucoup de peine et je ne suis pas plus avancée l’indisposition de Josephine augmente l’ouvrage de la maison tous les jours un bain à préparer donne de l’embarras je t’assure Enfin elle va bien c’est l’éssentiel.
    J’espere que l’état de malaise de Mathilde n’a pas duré, embrasse bien cette Chere petite de ma part. Adieu Chère Sœur mes amitiés à ton mari le mien ne veut pas être oublié aupres de toi

Ton affectionnée sœur
A S

    [p. 4] Je te posterai les dalhias, et si je puis j’y joindrai quelques tubercules de Chrysantèmes roses qui ont fait mon admiration cette automne et mon envie pour toi Chere Sœur.

[adresse en dessous au centre de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble
Isère

2011.02.179 Mercredi 20 mars 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, adresse à la dernière. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 20 MARS (18)44; GRENOBLE, 22 MARS (18)44.

St Chamond Mercredi 20 Mars

    Je te remercie Ma bonne Sœur de vouloir bien excuser mes longs retards à t’ecrires, le fait est qu’il n’y a pas de ministre si occupé que moi, c’est à me rendre ridicule aux yeux de beaucoup de gens mais deux enfans, et deux machines de domestiques à diriger, c’est énorme pour moi, une seconde bonne m’aurait été nécèssaire cet hiver, mais en dépit de tes conseils et de ceux de mon mari à ce sujet je me suis obstinée à vouloir faire cette économie ; aussi je fais un rude métier depuis quelques mois Enfin voila la belle saison, les jours plus longs, Josephine rétablie ; et à mon retour de la Côte je pourrai la mettre à l’Ecole ; j’espère que nous partirons pourrions partir le Samedi Saint, Marc pourra aussi passer les fêtes de Paques à la Côte, et notre réunion sera plus complête, tu es bien gentille de me promettre Chere Sœur d’arranger ton séjour d’apres le mien ; nous allons avoir joliment à babiller, je suis pour ma part tres disposée à t’ecouter avec grand plaisir ta provision sera plus riche à exploiter que [p. 2] la mienne ; nos enfans aussi seront bien heureuses ensembles, sauf des coups et des disputes indispensables, Mathilde mènera la bande et te protègera ; Josephine me parle d’elle sans cesse, ce voyage chez le bon papa, est une grande joie en perspective ; je l’ai menée a St Etienne Vendredi dernier et cette petite course lui avait fait autant de bien que de plaisir je compte donc beaucoup sur le changement d’air, elle a repris son teint ordinaire, et sa gaité plus encore mais j’ose à peine m’en vanter car cela me porte toujours malheur, quand je t’écris ainsi le lendemain elle retombe malade :
    J’ai écris a Hector il y a quelques jours mais je n’ose me flatter d’une reponse je n’ai jamais rien su de mon petit cadeau, si ce n’est que Mr Souchon l’avait remis au portier vers le 15 janvier
    Notre pauvre frere a tant de préoccupations pénibles dans la tête qu’il est bien excusable en beaucoup de chôses, j’ai hâte de savoir par mon Oncle quelques details sur ce triste ménage comme tu l’as bien nommé, mais il est à craindre de ne rien apprendre de satisfaisans.
    [p. 3] Dieu veuille aumoins que mon Oncle obtienne quelque chôse de son séjour a Paris, il n’y a plus de temps a perdre pour lui.
    J’ai fait ta commission de rubans, et je cultive tes fleurs avec des truffes, les dalhias ne seront peut être pas pres malgré mes soins à l’époque ou je partirai, pour ces tubercules de choix il faut que la végètation soit déja avancée pour les détacher les uns des autres, mais je serais si heureuse de te faire plaisir que je ne négligerai rien a ce sujet les bons diners ne font pas mal.
    Dis moi donc puisque je m’en sou[....]s par hasard chere sœur si tu veus que je te porte mes bas de fil que tu m’avais demandé a échanger ?…
    J’avais appris à Rive de Gier par Mme Perret la nomination de Mr Simon nous nous en étions réjouies ensembles, c’est le prélude d’un beau mariage pour Melle Elmance, un peu de bruit réussit souvent.
    J’ai fait la connaissance ce jour la de Mme Martin qui m’a plu beaucoup, nous nous sommes promis de nous voir elle est bien mieux que sa sœur Mme Perret comme m’avais dis Mme Nicollet rappelle moi donc au souvenir de cette derniere je te prie ; mes amitiés à Melle Nancy à Méline sont elles comme toi Lacordairiseés ! [p. 4] Nous parlerons longuement de cette homme éloquent, ton enthousiasme me gagne, et j’ai juré de me faire écraser s’il le faut pour l’entendre à Lyon.

[adresse en dessous au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble

[au bas de la page, sous l’adresse]

    Adieu Chere Sœur a bientôt, j’ai énorme lessive a ranger qui m’attend vite vite telle est mon cris de guerre
    J’embrasse Camille et Mathilde

Ton affectionnée sœur
AS

2011.02.180
et enveloppe
2011.02.181
Lundi 6 mai 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Six pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée écrite des deux côtés); enveloppe. Timbres postaux: (recto) St-CHAMOND, 6 MAI (18)44; (verso) LYON, ? mai (18)44; GRENOBLE, 8 MAI (184)4.

St Chamond 6 Mai

    Chere Sœur

    J’ai trouvé ta lettre Samedi soir à mon retour de Lyon, la triste disposition d’esprit ou tu étais en l’écrivant m’a fait de la peine ; je comprends Chere sœur combien la sotte affaire de notre oncle a plus de conséquences pénibles pour toi, que pour aucun autre membre de la famille et j’ai hâte de te sentir à la campagne à l’abris des épreuves que tu trouves à chaque pas à Grenoble ton beau frère serait ennuieux de retarder encore son arrivée chez toi, son voyage est hors de propos dans ce moment ou tu es absorbé par de si pénibles préoccupations. La maladie de ta voisine me désole encore davantage ; la charge est lourde ma pauvre sœur, Madame Félicie la soulagera peut être un peu momentanément ?
    Je pense souvent que tes corvées du troisième te préserveront d’autres malheurs plus amer à supporter [mot biffé], la part des tribulations est justement distribuée par la providence ; tu serais encore bien digne d’envie pour certaines personnes [p. 2] J’étouffe pour toi quand je te vois le soir confinée dans sa petite chambre, criant à perdre haleine, malgré ton rhume et ton ennuis ; certainement tu n’aurais pas tant de mérite à te donner la discipline Ma bonne Sœur, mais malgré cela je désire bien vivement te savoir privée de ce moyen de mortification.
    J’ai appris avec peine la mauvaise fin du pere Lacordaire, il lui fallait peut être cette chute pour compenser tant, et de si immenses succès ! l’esprit d’orgueil l’aurait tenté trop fort ; mais ce doit être une horrible torture pour un homme en pareil cas s’il a le sentiment de sa faiblesse accidentelle
    J’ai passé hier l’apres midi à lire la brochure du pere de Ravignon sur les Jésuites, il me semble que si j’entendais ce saint homme il me monterais comme toi pour le pere Lacordaire ; cet échantillon de son style m’a ravie ; j’ai acheté cela à Fourvieres en sortant de la chapelle ; ou j’avais eu le bonheur de communier et de gagner une Indulgence à l’intention de notre pauvre mere [p. 3] Prier pour elle, et remercier Dieu de m’avoir conservè ma fille m’avaient émue plus que je ne puis dire. Ma Chere petite était charmante à genoux à côté de moi et priait de son mieux elle a fait cette course assez pénible sans fatigue aucune ; Marc m’avait accompagné dans la crainte qu’elle ne put marcher, mais elle a été en tout d’une gentillesse admirable pendant le voyage, je l’ai mené avec moi à Mon Chat ou nous avons passés deux jours Madame Richard a été si aimablement empressée qu’il n’y avait pas possibilité de refuser, j’etais du reste bien aise de ce rapprochement
    Mon petit séjour a été tres agréable j’ai beaucoup vu de monde fait immensément de commissions mes petites emplettes à mon gout, un temps admirables pour mes courses
    J’ai couru la piste des Dmes Pion de Bijoutier en marchands de nouveautés enfin nous nous sommes rencontrées aux Terreaux, et j’ai pu leur faire mon affectueux compliments ; j’etais allé envain à leur hôtel à leur taudis plutôt [p. 4] car jamais je ne comprendrai qu’on se loge dans un pareil endroit, c’est indécent. leurs emplettes sont tres bien d’apres ce quelles m’ont racontés en ca**ront. cachemir long vert applications robe magnifiques, rien ne manque pas même les diamants ! Montalon m’a dit avoir monté une fort belle broche des diamants de la mère ! as-tu jamais vu des diamants à notre chere voisine ?…..
    Enfin peu importe ; Celine était laide à faire trembler ; la fatigue et la poussière n’embellissent personne elles couraient la ville depuis huit jours à se tuer, elles me faisaient vraiment pitié ; la mere avait l’air d’avoir la fievre comme elle me le disait.
    Elle m’avait donné de bonnes nouvelles de notre pere et lui portera des miennes. En revenant de Mon Chat je suis allé voir Pauline qui m’attendait avec impatience pour savoir des détails sur l’affaire de mon Oncle, sa mere lui avait écris succintement à ce sujet et la renvoyait à moi pour plus amples informations.
    [p. 5] elle ne prend pas la chôse tranquillemens non plus je t’assure, il me semblait voir briller les yeux de ma Tante dans certains moments ; pour la distraire un peu je lui ai parlé de mon idée de marier Victor, elle veut en écrire à sa mere peu m’importe
    Je sais maintenant par Mme Richard que la jeune personne ne redouterais pas de se marier loin d’ici. Mme Richard m’a beaucoup demandé des nouvelles de Mme Dubeuf aussi sa bonté gracieuse l’avait séduite.
    Le mariage Ardaillon a lieu jeudi, je m’occupe activement de ma toilette j’ai apporté de Lyon une robe tres jolie en Bassege bleue chinée avec feuillage blanc, garnie de deux volants plats immmenses, manches blanches à bouillons et entre deux ; ceinture à larges bouts et ma pelerine en dentelles pour complêter le tout J’oubliais une écharpe en Bassège déssein cachemir orange et bleue je serai tres belle il me semble mais pas tres entrain de rien les idees tristes ne manquent pas, pas plus que les chôses irritantes chez moi comme chez toi, chacun a son lot chere sœur. [p. 6] Je suis bien aise que Mathilde ait pu prendre sa part de la St Philippe, Josephine était dans le ravissement des illuminations, et des feux d’artifice de Lyon, ce n’est pas sans intrepidité que j’ai pu lui donner ce plaisir je t’assure, mais ses transports de joie me dédommageaient bien
    Elle veut que je dise à Mathilde bien des tendresses de sa part, et en fait de grandes nouvelles que je lui ai acheté un chapeau de Bergere qui ressemble au sien qui lui faisait tant envi.
    Ma Nancy va bien ; elle m’a fait de charmantes caresses à mon retour.
    Adieu Chere Sœur mes amitiés à ton mari Nous vous embrassons tous

Ton affectionnée sœur
AS

    Sais tu qu’Hector donne un concert cette semaine ou Litz et Delher se feront entendre ? Si tu en apprends le résultat écris le moi vite je te prie

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble

2011.02.182 Samedi 11 mai 1844 À son père Louis-Joseph Berlioz Texte corrigé

Cinq pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée, la première écrite, adresse à la dernière); petite déchirure de la cinquième page au milieu à gauche. Écriture un peu plus soignée que dans la lettre précédente. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 11 MAI (18)44; LYON, 12 MAI 1844; LA COTE ST-ANDRE, ? MAI (18)44.

St Chamond 11 Mai

    J’ai mené une vie si érrante, et si agitée depuis mon retour de la Côte cher pere, que ma correspondance s’en est ressentie ; maintenant que me voila rendue à mes paisibles habitudes ; je me hâte de réparer le temps perdu, j’ai compté sur Madame Pion pour vous donner de mes nouvelles il est vrai, J’eus le plaisir de la voir quelques instants, au milieu de ses nombreuses courses ; et des miennes, la joindre était difficile ; je poursuivais ces dames de Bijoutiers, en Marchands de Nouveautés, c’était le moyen aumoins de leur faire savoir mon extrème desir de les rencontrer ; j’ai reçu hier les lettres de part du mariage de Celine ce qui m’a appris qu’îl avait eu lieu jeudi probablement, le même jour j’ai assisté ici à celui de Melle Ardaillon avec le comte d’Arloz, et qui a fait beaucoup de frais ici, il y avait 6 équipages magnifiques à la porte de l’église ; le soir un diner de 40 couverts dans la serre au milieu du jardin parfumé de fleurs, c’etait charmant, puis les deux cents ouvriers [p. 2] des hauts fournaux de Mr Ardaillon, vinrent suivant l’usage du pays offrir un bouquet Monstre à la jeune mariée – et faire un compliment, une excellente musique (celle du 39ème en garnison à St Etienne) precedait ce cortège, et jouas des morceaux charmants toute la soirée ; puis un beau feux d’artifice a terminé la fête, au milieu des vivas et des houras d’une foule innombrables, tout cela était jolis à voir des fenêtres du salon, pour moi j’étais admirablement placée à côté d’une demoiselle fort aimable et dont la conversation était un plaisir de plus, à table on m’avait fait choix d’un voisin tres aimable dit-on, un Lion de Bellecour Mr de Latour, mais comme les grands seigneurs et les hommes à la mode font peu de frais pour les autres j’aurais bien mieux aimé certain vieillard fort gai et qui seul faisait des frais pour animer la réunion j’etais entouré d’un groupe de jeunes gens de la noblesse, tous ensemble ne valaient pas à coup sur, l’aimable vieillard, eux mêmes lui rendais cette [p. 3] justice, quand au vicomte d’Arloz il était charmant, mais si son amour débordait il m’amusait beaucoup à observer.
    Les amis ne lui épargnaient pas les plaisanteries, un d’entreux improvisat même une chanson burlesque à ce sujet qui provoqua des explosion de rires. Enfin Cher Pere j’ai passé jeudi une journée agreable ; j’avais une toilette charmante ; et il y en avait de magnifiques, s’en parler de la mariée Qui était resplendissante.
    Notre chere voisine aura fait les chôses plus modestement je présume, comme pour Mme Ardaillon l’heure de la séparation sera cruelle ; les pauvres parents ce jour la subissent une épreuve douloureuse ; je comprends ces déchirements, pour Mme Pion ; il sera plus terrible encore, le départ pour Florence m’épouvante pour cette pauvre mère
    Veuillez donc me donner quelques détails à ce sujet Cher Pere, je lui ecrirai plus tard, quand elle sera plus calme, le bonheur de sa fille sera je l’espère son immense compensation le caractère de son neveu doit lui être bien connu comme sa position. [p. 4] Mes enfans vont bien Josephine a été bien heureuse de son séjour à Lyon et à la campagne de Mme Richard, le feu d’artifice de la St Philippe l’avait transporté, pour le lui faire voir Marc et moi nous nous faisions écraser dans la foule ; elle était éffrayante sur le quai ce jour là. Nous avons du reste un Eté anticipé qui favorise tout admirablement, malgré le besoin qu’on commence à avoir de la pluie je ne puis me décider à la désirer.
    J’ai vu Pauline au sacré cœur elle me reçoit toujours avec beaucoup d’affection ; nous avons passé agréablement une heure ensemble à causer de la famille ; en nous promenant seules dans le parc qui est magnifique.
    Le dernier concert d’Hector a eu de brillants et sonnants résultats d’apres les Débats, je présume qu’on vous l’aura fait lire à cette occasion. La derniere lettre de Nancy était triste l’état de Mme Pochin la désole ; c’est un lourd fardeau que cette malheureuse femme, elle me pèse cruellement pour Nancy.
    Je pense que Mr Blanc va mieux Nancy saurait bien si son état donnait de l’inquiétude, et elle ne m’en dis rien, Méline me préoccupe beaucoup je voudrais bien savoir que l’etat de son mari ne l’inquiete plus
    [p. 5] Madame Thomas qui se promettait tant de joie de ce voyage de sa fille à Paris aura eu de penibles angoisses si vraiment son gendre a été gravement malade ; ainsi toutes les joies sont incomplêtes dans ce pauvre monde, un moment de bonheur éffraye !……
    Adieu Cher pere Marc m’appelle pour déjeuner, si ma lettre pouvait vous distraire un instant de l’ennui du dimanche je serais bien contente.
    Nous vous embrassons tous bien tendrement Josephine voudrait bien raconter a son bon papa et à Monique son [...]age à Lyon, elle ne tari[.] pas sur ce chapitre, ses relations [.]ont tres comiques ; elle avait fait la conquête de tous les gens de l’hôtel du commerce par sa gentillesse cette chere petite est notre joie et sa sœur de même bien entendu
    Adieu encore Cher pere je bavarde trop aujourd’hui

votre affectionnée fille
A S

[p. 6] [adresse]

Monsieur
Monsieur Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.183 Mardi 16 ou mercredi 17 juillet 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé Image

Sept pages en tout (deux feuillets de quatre pages chacun, les trois premières pages du deuxième feuillet écrites, adresse à la quatrième). Timbres postaux: AIX-LES-BAINS, sans date; SA** I PONT-DE-B., 18 JUIL. (18)44; VOREPPE, 18 JUIL. (année illisible).  

    Aix Mercredi 16 Juillet

    J’ai trouvé ta lettre ici avant hier soir à mon retour de Geneve Chere Sœur, et je suis tres disposée à y répondre longuement comme tu me le demandes, j’ai tant à te dire, qu’il me faudrait une main de papier pour y suffire, cependant j’ai eu un revers de médaille tres triste ce matin à mon délicieux voyage en Suisse ; c’est le départ de mon bon mari, tu peux deviner chere sœur l’imprèssion que j’èprouve en me retrouvant seule ici, j’ai le cœur gros à étouffer, Marc avait une peine si grande a me laisser que j’ai été obligée de faire la forte pour lui donner courage ; la raison nous disait bien haut que quinze jours loin de nos chers enfants, et de nos affaires étaient beaucoup ; j’attendrai une lettre dâté de St Chamond avec une impatience dévorante, j’ai soif de détails sur mes mignones qui vont bien du reste à ce qu’on m’ecrivait.
    J’ai pris ce matin ma 5ème douches je vais à merveille ; en dépit de mon excursion à Chamonix et à la Mer de Glace !…… la tentation était trop forte pour résister à faire [p. 2] cette ravissante promenade, il faisait un temps admirable, une route superbe ; figure toi Ma Chere qu’on monte à Chamonix en voiture avec des chevaux de poste, et la moitié de la route est comme une allée de jardin, c’était à ne pas y croire vraiment, notre caleche était découverte et nous roulions rapidement au milieu d’un paysage enchanteur.
    Que je te regrettais Ma bonne sœur toi si bien faite pour jouir de ce qui est grand et beau ; mon imagination n’avait rien de Chamonix au mont auvers c’est une véritable ascension éffrayante dit-on dans certain passage, mais pour moi j’avais bien autre chôse à faire que d’avoir peur ; il y avait des moments ou le panorama que j’avais sous les yeux etait tellement admirable qu’au risque de me rompre le col je lachais la bride de mon mulet pour joindre les mains dans une extase d’admiration !…… arrivé à la mer de glace ce spectacle est tellement sublime que si j’avais été seule mon prémier mouvement aurait été de me mettre à genoux Je n’avais rien imaginé de pareil et j’en jouissais avec mon ardeur de quinze ans [p. 3] à gauche le Mont blanc ce géant des montagnes avec sa croupe blanche, à droite la Mer de glace ; devant moi la ravissante vallée avec son petit village si propre l’Eglise si pittoresquement placée, le tintement de la cloche dans le lointain le torrent de l’Arva serpentant dans la vallée comme un immense ruban, et dont les eaux blanche et écumeuse comme du lait, font un effet extraordinaire ; la promenade sur la mer de glace m’a ravie, mais il y avait trop de monde, d’Anglais surtout avec leur physionomies impassibles c’est un fléau que ces touristes de profession ; ils envahissent tout, il y en avait aumoins cinquante !.. Ma compagne de voyage a doublé pour moi le plaisir de cette course jeune, aimable enthousiaste, nous nous comprenions à merveille, et ne pouvions assez nous féliciter du heureux hasard qui nous avait réunis partis ensemble dans la diligence d’aix à geneve ; allant de même a Chamonix Mr du Corail (le pere de la jeune personne) me proposas de nous réunir faire route ensemble jusqu’au bout [p. 4] ce que nous acceptames avec empressement c’est un homme fort aimable, d’une gaité douce et charmant au possible pour un compagnon de voyage, il connaissait les amis de nos amis, il habite Riom et mon admiration pour la Limagne que j’avais parcourue il y a trois ans lui avais gagné le cœur, je lui trouvais une ressemblance étonnante avec mon Oncle comme lui ancien militaire homme du monde par excellence, bon gaie, et ses traits même avaient beaucoup de rapports avec ceux de mon oncle ; je conserverai de sa fille la jolie Mathilde un souvenir bien agréable ; en nous disant adieu nous nous sommes promis de nous retrouver absolument de maniere ou d’autre
    Nous logions ensemble à Geneve dans la meme chambre à Chamonix et a Sallanche ; Dimanche nous sommes allés à Lausanne j’ai été ravie de cette ville, et je ne sais si je ne prefererais pas encore mieux l’habiter que Geneve ? cependant j’ai trouvé cette derniere aussi delicieuse que la premiere fois, nous l’avons parcouru dans tous les sens pendant deux jours ; sans omettre un Magasin. [p. 5] J’y ai acheté un robe de foulard superbe d’étoffe et tres jolie pour 57 tt 7 aunes de la grande largeur, quelle difference en France ?… a mon retour ici j’ai trouvé la pension beaucoup plus nombreuse Mr Marc etait partis, il avait jugé a propos de me reconnaitre, et de me demander de tes nouvelles comme de la femme la plus aimable qu’il ait jamais rencontré !. hem !..
    Litz ne vient point comme on l’avait annoncé, on parlait aussi de Mr de Chateaubriand mais ce sera une autre déception.
    Ce que tu me dis d’Hector m’a navrée pauvre frere qu’il paye cher son erreur, il faut qu’il souffre cruellement pour se plaindre à toi, j’attends avec impatience des nouvelles de son concert monstres, j’ai lu à Geneve un article du Charivari fort plaisant à ce sujet … j’ecrirai à mon Oncle J’ai à la pension une de ses anciennes connaissances Melle Victoire de Semeville (dit Selignon) elle est fort aimable pour moi et m’a proposé de me chaperoner au bal du cercle apres le départ de mon mari.
    Génèralement on trouve Aix moins brillans que l’an dernier, cependant [p. 6] on commence à s’animer un peu on a dansé la polka dimanche, j’ai eu un regret extreme de ne pas y être les journaux nous parlent depuis si long temps de cette danse que j’aurais été curieuse de la voir
    Malheureusement le polkeur est partis et la polkeuse ne trouvera peut etre pas son pareil.
    Je suis encore ici pour une quinzaine qui me paraitra longue, mais il faut faire complêtement ma saison puisque je suis venue pour cela, Melle Salomon ne me gène nullement elle est d’une discrétion parfaite
    Mes vieilles dames me gâtent elles ons eu la bonté de me dire mille chôses aimables à mon retour je fais des frais énormes pour elles, et pour la charmante dame blonde dont je t’ai parlé.
    Je te parlerai de tout ce monde le plus que tu ne voudras Chere sœur je n’ai garde de renoncer au plaisir de se voir à St Vincent, je voudrais voir nos parents et nos amis de Grenoble en passant ou bien revenir avec toi un jour de St Vincent ce qui serait mieux [p. 7] d’apres mon calcul je partirais d’ici de demain en quinze a peu pres, je passerais un jour à Grenoble un a St Vincent, deux aussi a la Côte, et apres cinq semaines d’absence je m’acheminerais enfin pres de mes chers tresors ; Mme Pion m’a fait donner avant hier de bonnes nouvelles de notre bon pere en écrivant à Melle Salomon, elle a reçu de celles de sa fille Celine, elle était arriveé au bon port dans le lieu de sa résidence
    Je viens d’interrompre ma lettre pour en lire une du clerc de mon mari mes enfans se portent à merveille, j’avais besoin de cette certitude aujourd’hui plus que jamais
    Adieu Chere Sœur la main me fait mal, tu auras de quoi lire en te promenant sous tes frais ombrages, prepare tes bosquets pour me recevoir je te prie, je serai difficile j’ai vu de si delicieux jardins à Geneve Mes amitiés à Camille une bonne caresses à Mathilde, dis moi quand tu m’ecriras si on a découvert les voleurs sacrileges du Toulanil ?

toute à toi A S

[p. 8] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
Voreppe par Grenoble
France
Isère

2011.02.184 Vendredi 26 ou samedi 27 juillet 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, adresse à la dernière; petite déchirure à la troisième page au milieu à droite. Timbres postaux: AIX-LES-BAINS, sans date; SA** I PONT-DE-B., 28 JUIL. (18)44; VOREPPE, 28 JUIL. (18)44.

    Aix Samedi 26 Juillet

    Il me tarde bien Ma bonne sœur d’aller me reposer aupres de toi de la vie agitée que je mène ; il y a des jours ou il me semble que j’ai le vertige cependant loin de mon mari et de mes enfant je ne saurais autrement prendre patience qu’en m’étourdissant, l’epreuve est bien longue chere sœur, et chaque soir en me retrouvant seule dans ma petite chambre ; le regret me prend si fort que j’ai bien de la peine à m’endormir, pour m’aider a prendre patience j’ai vu arriver hier avec bonheur Mr et Mme Burin dans notre pension, Adele est toujours gentille, gracieuse comme a son aimable habitude, son mari n’est pas plus malade, cependant il a perdu sa mère brusquement il y a un mois et cela lui avais donné une violente secousse
    J’ai aussi ici la famille Ardaillon bien que ces dames ne soient pas chez Mme Saugie nous faisons tous les jours des promenades ensembles et nous nous retrouvons le soir au cercle, notre société tiens tous le [p. 2] un côté du grand Salon c’est charmant nous sommes maintenant aussi tres nombreux à table 45 personnes aumoins
    J’ai perd abdiqué mon titre de l’Elegante de la pension ; ne ris pas chere sœur mais en depit de moi on me l’avait donné ; il est vrais de dîre qu’il n’y avait que des vieilles dames et des ci devant jeunes personnes dans le genre de Melle Victoire, ainsi ce n’etait pas un trop brillant triomphe que d’être la merveilleuse et la jeune ; du reste il est temps que je parte mes provisions de toilettes sont épuisées complêtement, je suis cruellement lasse de depenser de l’argent chere sœur cela ne t’étonneras point tu dois te souvenir comme il file ici, c’est à avoir des remords en depit de tout ce que mon Cher Marc m’ecris d’aimable pour me rassurer à ce sujet
    Nos cheres petites vont toujours tres bien, ma Nancy dis tout le jour « sotte Maman a laissè petite » tu vois qu’elle commence a avoir un vocabulaire plus étendu que lorsque j’etais à la Côte
    Josephine prend mon parti contre sa sœur, et prétend que je ne suis point [p. 3] sotte mais que c’est pour me guerir que je suis partis ; ces petits details m’intéressent si fort chere sœur que j’oublie que tu ne peus y trouver le même charme.
    Mon projet est de partir Samedi à moins que ma compagne de voyage Melle Salomon soit obligée de retarder ce qui pourrais être, comme je prefererais ne point faire la route seule j’attendrais un jour dans ce cas la je t’ecrirai pour t’en prévenir, pour ne pas te faire venir à Grenoble inutilement
    Je serai bien heureuse de t’embrasser en descendant de diligence ainsi donc chere sœur j’aurai ce plaisir le sam[...] sauf a moins que je ne te don[lacune] contraire ; je passerai le dimanche et le lundi chez toi j’espère ; j’avais écris à mon pere il y a quelques jours un peu brievement pensant que tu lui aurais envoyé ma longue lettre sur Chamonix
    Je ne puis suffire à ma correspondance tous les jours je fais un éffort pour écrire aux uns ou aux autres, et cependant je suis encore en arriére avec mon oncle ; avec l’affreuse chaleur, et les douches qui affaiblissent c’est un travail que de prendre ma plume ainsi je la quitte chere sœur dans l’espoir de me dédommager bientôt [p. 4] en babillant longuement avec toi
    Le concert d’Hector est renvoyé d’apres les debats … On nous avait annoncé ici Mr de Chateaubrians, mais il parait qu’il ne viendra point, le Prince et la Princesse d’Orange ont traversé Aix la semaine derniere, ils ont de drôles de tournures.

[adresse ici au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Voreppe
près Grenoble    Isère
France

[au bas de la page sous l’adresse]

    Je suis allée visiter le fameux chateau de Lemathe avec Mme de Nantes la femme de ton Mr de Nantes, le pauvre homme Son depis la cruellement servis, il est impossible de voir une femme plus commune au moral et au physique cela te ferais de la peine vraiment !.
    Mille chôses à ton mari et a ta fille
    Je t’embrasse bien tendrement

toute à toi
A S

2011.02.185 Jeudi 22 août 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé Image

Six pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée, adresse à la dernière). Écriture plus régulière et lisible que d’habitude. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 22 AOUT (18)44; LYON, 23 AOUT (18)44; VOREPPE, 24 AOUT (18)44.

    St Chamond jeudi 22 aoust

    Je voulais t’ecrires il y a plusieurs jours Chère Sœur, mais depuis jeudi dernier j’ai souffert des douleurs de dents si horribles que je n’etais pas capable d’autre chôse que de gémir, et de pleurer, j’ai passé deux nuits à me rouler parterre au pied de la lettre, et j’attendais le jour pour envoyer chercher le medecin et me faire arracher ma mauvaise dent quand enfin l’enflure survenue, la douleur a cessé et je me suis endormi d’un sommeil profond, à midi comme je me levais dimanche toute brisée encore de ma torture mon mari vint me dire que Mr Rastaing arrivait, cette visite n’étais pas propre à me faire du bien ; le pauvre homme a un desespoir incroyable en me voyant il éclata en sanglots et me fit tant pleurer que je fus obligée de me recoucher dans l’apres midi, tu sais ma bonne sœur combien je suis accessible aux [p. 2] idées tristes et lugubres, ma sympathie ne peut jamais manquer à ceux qui sont dans la douleur, le pauvre Monsieur Rastaing était touchant en parlant de sa femme ; il lui a rendu les soins les plus éxaltés, l’a fait enterrer à Lyon a coté de sa fille, et ne l’a pas quitté morte …..
je ne l’aurais jamais cru susceptible d’un desespoir si violent, le même soir il a voulu coucher dans le lit ou sa femme était morte, et n’a rien touché dans l’appartement.
    depuis ma derniere lettre ma Josephine a été encore tres souffrante je m’en suis fort tourmenté, depuis deux jours enfin elle va bien, et cette irritation d’entrailles semble avoir cedée au régime rafraichissant que nous lui faisons suivre avec les soins les plus minutieux, bains, lavement nourriture legère, tels sont les seuls remèdes, mais elle avait une mine si pâle que je ne pouvais la regarder sans pleurer, elle me semble un peu moins verte maintenant, et a repris toute sa gaité indice certain [p. 3] quelle va mieux ; tu vois ma bonne sœur qu’a peine arrivée je me suis vite remise à mon [mot biffé] ordinaire de soucis et de tourments, le repos, et la distraction de la vie des eaux m’avaient aumoins redonnés des forces pour continuer.
L’état de ma pauvre belle sœur est une préoccupation bien douloureuse, les lettres que nous recevons sont peu rassurantes, et je n’ose plus les ouvrir qu’en tremblant ; elle a des vomissements, un dévoiement presque continuel, des coliques affreuses, tout cela sont des symtômes funestes pour elle surtout si faible par nature
    Marc est bien attristé de l’état de sa sœur, je n’ose pas lui en parler même je vois toujours si noir que je ne saurais rien lui dire de tranquillisant.
    Ton mari j’espère est parfaitement remis de son indisposition maintenant le temps étant moins chaud ses courses à Grenoble le fatigueront moins, sa santé s’en trouvera mieux.
    Tu as peut être Mme Pochin chez toi, il vaut mieux la posseder que de l’attendre ; on est plus pres de la regretter ………… 
[p. 4] dis à ma Chere Mathilde que sa lettre m’a fait grand plaisir, quand au mouchoir de poche de la poupée c’est un petit chef d’œuvre qui a transporté Josephine de joie ; elle en remercie tendrement sa cousine ; je suis touchée des regrets que cette chere petite avait témoigné apres mon départ je voudrais bien esperer l’avoir un jour ici pour la gâter à mon aise, mais les filles uniques sont des trésors qu’on n’ose expôser sur les chemins de fer, ainsi je n’aurai jamais ce plaisir là. J’ai vu Mr Perret qui m’a longuement parlé d’Hector il savait tout mais a mis beaucoup de tact a glisser sur certain point Hector lui avait fait une peine extrème mais plus encore le petit Louis il a trouvé à cet enfant un air de tristesse extrème ; il me disait que son éducation souffrirait étrangement si on le laissait si pres de sa mère que ce spectacle, et cet exemple même pouvaient avoir de graves conséquences il croyait même qu’Hector desirerait l’éloigner ! …. je le comprends [p. 5] comme il doit retourner a Paris au mois d’Octobre nous lui avons dis que si Hector lui en parlait, d’accepter en notre nom ; je serais soulagée de savoir ce pauvre petit pres de moi à Lyon par éxemple, si son pere voulait il ne lui en couterait peut être pas même si cher au college que dans sa pension de Paris ?
    Voila Chere amie un triste sujet de reflexions s’il en fut ; mais si Hector part pour l’Allemagne que deviendrait le pauvre petit s’il ne nous l’envoi[...]
    La nomination de Mr Burdet [...] étonnée, à la place d’Odile je serais peu empressée de revenir à Grenoble dans ce moment, apres un scandale pareil j’aurais mieux aimé rester plus loin, elle ne pense pas de même à coup sur ….
    Je n’ai point de nouvelles de mon pere depuis que je l’ai quitté ecris moi donc je te prie si tu es plus favorisée Adieu Chere Sœur je t’envie ta verte montagne et tes frais ombrages pour mes cheres fillettes plus encore que pour moi toutes deux seraient si heures de rouler [p. 6] dans ton allée de noyer, mais patience un jour viendra bien peut être ou elles auront de l’air, et de l’herbe à discrétion. Notre pauvre neveu en a bien moins encore et j’en voudrais pour tous
    Sais tu que le duc de Nemours a envoyé à Hector un vase de porcelaine de Sèvres ?…

[adresse ici au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
a Voreppe
par Grenoble
Isère

[au bas de la page sous l’adresse]

    Mes compliments aux dames Gagnon en retour de tout ce quelles ont bien voulu te dire d’aimable sur mon compte ; as tu eu Mme Olonce à diner comme tu le voulais ? J’embrasse tendrement ton mari et ta fille adieu encore Chere Sœur Marc est de moitié aussi dans le baiser que je t’adresse

adieu adieu A S

2011.02.186
et enveloppe
2011.02.187
Dimanche 8 septembre 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages. Écriture assez négligée. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) ST-CHAMOND, 8 SEPT. (18)44; (verso) LYON, 8 SEPT. (année illisible); VOREPPE, 10 SEPT. (18)44.

    St Chamond Dimanche

Je jouis pour toi Chere sœur du temps ravîssant que nous avons depuis quelques jours Si il continue tu partiras avec regret pour la Côte ; je ne comprends pas comment mon pere t’attendait avant le 15 Septembre, il me semble que je lui avais dis cela fort positement en passant à la Côte ; il m’a écris il y a peu de jours ; une lettre assez décousue ; sa santé n’allait pas mal c’est l’éssentiel, votre arrivée est son idée fixe vous êtes si aimables tous tant que vous êtes que je comprends à merveille son empressement j’espère que tu trouveras nos bonnes voisines propres à te donner un peu de distraction par leurs fréquentes visites, leurs tribulations sont enfin finies j’en suis soulagée. Pour nous ma chere nous n’avons plus qu’une pensée c’est l’état de ma pauvre belle sœur nous recevons tous les deux jours des lettres qui nous alarment cruellement. Je ne vois plus arriver le facteur sans un battement de cœur horrible [p. 2] je vois pâlir mon bon Marc chaque fois qu’il ouvre une lettre de Beaurepaire je ne puis te dire à quel point je suis attristé des souffrances de notre chere Louise, j’y pense nuit et jour, et je suis bien peu propre à donner bon espoir à ses filles, je leur écris sans cesse, mais sans avoir la force de dissimuler mes tristes prévisions, ces pauvres enfants perdront tout en perdant leur mère, Seraphine la fille de M. Lecointe qui est un ange de vertu et qui adore sa belle mère sera leur seul et frêle appui, elle m’écris des lettres déchirantes, elle prévois la tâche immense que la providence va lui impôser, elle en est épouvantée, Son père ne sera bon à rien s’il perd sa femme et il en vieillira de dix ans ;
    Je ne vois que des gens tristes et dieu sait que je suis très accèssible à partager les impressions de ce genre Mme de Morgues a perdu son enfant apres l’avoir vu deux mois à l’agonie cette pauvre femme m’a bien fait pleurer aussi, apres tant de souffrances n’avoir plus rien c’est cruel, elle va partir pour le dauphiné, j’en serai [p. 3] soulagée je la voyais souvent depuis quelques temps je la comprenais si bien que mes visites la soulageait.
Mr Jules Richard c’est enfin marié la semaine derniere avec son héritiére ; on l’a dit extremement aimable, et j’espère que ce sera une ressoure de société pour moi, elle remplacera un peu Mme Louise. Les dames Ardaillon sont encore à Gl**d Si j’avais le loisir d’y songer je me trouverais un peu isolée dans ce moment mais le temps passe pour moi avec une rapidité incroyable ; Marc a été tres souffrant pendant huit jours, il avait des colliques et une grande irritation d’entrailles je commencais à m’inquièter tout a fait quand son indisposition a enfin cédé Mes enfans vont à merveille je les fait jouir le plus possible de ce beau temps en les envoyant toutes les après midi à Rigondie chez la nourrice de Nancy, elles sont tres entrain aujourd’hui d’aller voir le feux d’artifice ; c’est la féte patronale de la ville et le Maire pour attirer le plus de curieux possible a fait de grands frais, il y a un orchestre excellent danse sur la place, mât de cocagne [p. 4] illuminations, et enfin un tres beau feu d’artifice, ce dont je jouirai extremement pour mes fillettes Josephine trouve la nuit bien longue à venir, son entrain est plaisant elle ne bouge de la fenètre pour voir circuler la foule, les rues de St Chamond si désertes ordinairement sont tres animées aujourd’hui.
J’ai écris à mon Oncle mais pour me punir à bon droit de mon long silence il ne m’a point encore répondu
    J’ignore si Hector est partis pour Bade sa lettre m’avait attristé profondement et inquiété pour sa santé sur tout, de si immenses fatigues ; des déceptions au bout, et un ronge cœur comme le sien pour se repôser, il faudrait une organisation de fer pour resister.
    Tu as payé ton tribut à Mme Pochin je t’en fais mon compliment, ta dernière lettre était évidemment écrite sous son influence.
    Adieu chere sœur dis moi donc comment s’est passée ton entrevue ; ce projet de mariages réussira-t-il ? en attendant Victor n’a encore rien obtenu j’en suis tres fachée je souhaite fort que Francois se rapproche de gl** afin que ton reve puisse se réaliser, en attendant j’embrasse bien ma chere niece et le futur beau pere adieu adieu

ton affectionnée sœur

AS

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Voreppe
par Grenoble      Isère

2011.02.188
et enveloppe
2011.02.189
Samedi 21 septembre 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Six pages en tout (un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée écrite des deux côtés). Écriture assez négligée. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) ST-CHAMOND, 21 SEPT. (18)44; (verso) LA COTE ST-ANDRE, 22 SEPT. (18)44.

St Chamond Samedi 21 7bre

    Je n’aurai garde de mériter encore tes reproches Chere sœur, tu m’as si bien prouvé que j’étais indigne de ton aimable exactitude à laquelle j’attache cependant tant de prix que la crainte de recevoir moins souvent tes lettres me stimulera ; je t’observerai seulement que tu as toujours beaucoup plus à dire que moi chere sœur, tu sais que tu m’interresseras en me parlant longuement de nos amies et parents, tu as une source de nouvelles intarrissable ; je suis tres pauvre au contraste, et tres convaincue que ce qui remplit ma vie modeste et paîsîble n’est pas dîgne d’attirer ton attention ; je n’aime pas à parler sans cesse des gentillesses de mes cheres petites, je comprends qu’il n’y a que mon mari qui trouve toujours le sujet digne d’attention. Je ne serais pas du système de Madame Blanc qui veut sans pitié pour ceux qui l’entourent occuper exclusîvement de son enfant, c’est du [p. 2] reste une tres mauvaise politique ; elle rendra son petit George aussi ennuieux quelle était elle même dans son enfance, ce serais grand dommage de le gâter ainsi je la plains sincerement d’être enceinte c’est trop tôt, mais je la tiens pour extravagante si elle prend une nourrice chez elle ; c’est une énorme depense, et plus énorme encore embarras avec un petit appartement comme le sien et un enfant si jeune que l’ainé Enfin chacun comprends les chôses à sa manière, et nous nous critiquons tous à tour de rôle dans ce pauvre monde.
    J’avais appris la mort de Mr Julhiet par le Journal de Lyon ; et j’avais été bien préoccupée de sa femme ; il me tardais que tu m’apprîsses si quelqu’un de sa famille l’avait entourée dans ce moment terrible ; la bonne Mme Thomas étais celle qui pouvais le mieux la comprendre la présence de son fils cadet, etait bien necessaire aussi à cette pauvre femme ; à son retour a Valence elle ne sera pas accueillis si affreusement seule, les soins quelle donnait à son mari avec tant de dévouement remplissait sa vie, l’espoir la soutenait toujours [p. 3] je crains pour elle maintenant la réaction de six ans d’épreuves, le courage le mieux trempé a des bornes ; mais la providence la récompensera j’espère de tant de souffrances ; je suis sûre chere sœur que tu serais empressée d’aller conforter la pauvre amie son malheur est de ceux maintenant dont on peut parler sans blesser, peut être penses tu à aller à Valence de la Côte
    Je te remercie de tout l’interet que tu me témoignes pour ma belle sœur je suis heureuse de t’apprendre qu’elle va mieux, c’est une véritable résurrection à laquelle nous osons à peine croire encore mais depuis longues années son existence est un miracle ; chacun de ses enfans et elle en a fait cinq l’ont mise au porte du tombeau puis les souffrances morales agissent sî vivement chez cette bonne Louise qu’elle est usée par tous les bouts Sa vie n’a été qu’un long sacrifice ; mais elle est si necessaire à sa famille que dieu veuille la laisser encore augmenter ses trésors de mérites
    Marc a été tres sensible a tout ce que tu lui disais d’affectueux à ce sujet, il me charge de t’en remercier [p. 4] Nous n’avons point recu de lettres de Beaurepaire depuis huit jours ; et on nous écrivait tous les courriers avant que son état ne se fut amélioré, et nous en concluons que le mieux se soutiens.
    En commencant ta derniere lettre Chere Sœur tu m’avais presque éffrayée en me disant que notre bon pere étais souffrans, et couché au moment de ton arrivée, heureusement en tournant la page tu me rassurais ; maintenant ta présence sera un beaume salutaire il me tarde pour tous que ton mari vienne vous joindre ; les vendanges lui laisseront quelques jours encore de liberté je présume.
    Tu seras d’un grand secours à Mme Pion pour distraire Nancy, mais un mari serait encore ce qui réussirait le mieux mais je ne me charge pas de la lui trouver, je crains quelle ne trouve pas si bien que sa sœur, ses vapeurs ne sont pas encourageantes ..... La pauvre mere est peut être bien faible mais nous en ferions toute de même en pareil cas probablement toi la prémiere ; la santé de ta fille a été si brillante jusqu’a présent que tu ne peus [p. 5] juger de ce que tu ferais si elle te donnait de l’inquiétude.
    L’adresse d’Henriette est bien (rue des Imbergeres no 4 à Sceaux)
    Je n’ose croire à l’espoir de mon Oncle pour le bienheureux grade en question c’est une question immense pour son avenir, et je craindrais bien le grand cordon pour tout honneur, tiens moi au courant exactement à ce sujet je te prie
    J’ai eu l’espoir de voir Mme Monet vendredi dernier elle m’ecrivis pour me dire d’aller l’attendre le lendemain au premier convois du chemin de fer Mon empressement était extrème je n’eus garde de ne pas y aller une heure d’avance … mais point de Sophie Je suis allée aussi quatre fois de suite envain, inquiète de ce manque de parole je lui ai écris mais point de réponse !… et tu te plains de moi chere sœur que ferais tu donc avec une femme comme Mme Monet ? elle est désesperante pour ses amies vraiment
    J’ai une grande rage d’ouvrage dans ce moment je brode, je fais des bourses je tricotte le soir un petit bonnet pour Nancy au fil d’Ecosse tres fin [p. 6] avec des jours variés, c’est joli est amusant les leçons de Josephine m’occupent [mot biffé] régulierement, je deviens un peu cuisiniere par force aussi, sous peine de mourir de faim il faus m’en mêler souvent et je m’étonne moi même d’honneur !
    Ma Nancy nous amuse beaucoup elle babille comme quatre ; elle a une vanité comique, elle me demande tous les jours des fauchettes (manchettes) et une bague conçois tu cet atôme ? si sa sœur avait un bout de ruban de plus quelle ce serais un désespoir, rien ne lui échappe ; elle est d’une malice diabolique, et ne se laisse jamais oublier ce n’est plus du tous le même caractère que Josephine ; elle a déjà des idées à elle tres arretées et n’hésite jamais ; je crois quelle me donnera du fil à retordre si je puis m’exprimer ainsi, enfin Marc et moi nous les trouvons adorables mais je ne les gâte pas remarque que je ne dis pas nous car leur pere est faible pour elles au dernier point. adieu chere sœur n’oublie pas de faire mes amitiés en masse a toute la maison d’abord puis aux Pion et Veyron specialement j’embrasse Mathilde

toute a toi A S

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
La Côte St André
Isère

2011.02.190 Mercredi 23 octobre 1844 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé Image

Cinq pages en tout, un feuillet de quatre pages plus une feuille avec une page écrite et l’adresse à la dernière. Timbres postaux: ST-CHAMOND, 23 OCT. (18)44; LA  COTE ST-ANDRE, 24 OCT. (18)44.

St Chamond Mercredi 23 Octobre

    Je commencais à m’inquiéter de ton silence Chere sœur, tu as raison les louanges perdent les plus sages ; en voilà la preuve ; et j’étais déterminée à t’ecrire ce matin que le courrier m’apporte ou non une lettre de toi, j’en avais reçu une d’Hector deux heures avant la tienne que j’avais hâte de te communiquer pensant avec raison que tu étais inquiète ; il était arrivé a Paris la veille, et ne me dit pas d’ou il vient ni dans quel but, pas un mot de Louis non plus ni des propositions que je lui avais faites à son sujet. tu conviendras qu’il y a de quoi irriter si ce n’est décourager de recevoir des nouvelles si incomplêtes, il n’est pas faiseur de feuilletons pour rien ; il laisse toujours la suite a un autre jour ! …..
    Il me charge de te dire de lui envoyer sa pension a Paris rue de Londres 31 comme par le passé, il esperait décider Henriette à rester á Sceaux [dans la marge à gauche, verticalement de haut en bas] dis nous je te prie a quelle epoque Faure donnera de l’argent. [p. 2] c’etait plus économique et plus commode tu comprends Chere sœur, mais il a éssayé envain toute son éloquence et il se résigne à reprendre son ancien appartement, voila donc un démenagement nouveau et dispendieux apres un voyage inutile à ce qu’il paraîtrais par le ton de sa lettre qui annonce un grand découragement de toutes chôses ; elle m’a fait une bien triste impression. Je le croyais au fond de l’Allemagne et grande a été ma surprise en voyant le timbre de Paris.
    Je ne sais si mon Oncle ne nous donnera pas quelques détails [mot biffé] ? il ne parais pas qu’il l’eut vu cependant, il n’en parle pas, et tu crois que mon oncle avais le projet de quitter Paris le 14, et Hector n’y etais arrivé que le 17, mais je ne lui pardonnerais pas de ne pas être allé a Sceaux voir Henriette et Louis surtout apres tes reccommandations à ce sujet, nous saurons cela bientôt.
[p. 3] Je te fais mon compliment sincère du retour de ton mari, je comprends que pour tous deux cette separation devait paraître bien longue et bien triste, je jouirai ce soir en pensant à vous de vous savoir enfin réunis au coin du feu, le temps est si affreusement triste et froid depuis plusieurs jours qu’on a bien besoin d’être ensemble pour en supporter le poid, et l’ennui, je vois toujours arriver l’hiver avec un serrement de cœur extrême il me faut le soleil pour me ranimer, au moral comme au physique il est vrai que j’avais eu tant [mot biffé] de tribulations l’année derniere que j’en ai conservé un séjour pénible ; mais j’aime à esperer que tout îra mieux pour moi cette saison nouvelle ; ma jeune bonne se forme, j’en suis tres contente, mes enfans l’aiment beaucoup ma cuisiniere au contraire nous fait toujours plus détestable cuisine, et de plus interminables oraîsons ; l’un est aussi ennuieux que l’autre ; Marc [p. 4] l’envois au diable chaque fois qu’il se met à table, et moi je regrette amèrement les deux cents francs que jui ai promis …. enfin ….
Je te dìrai que mes deux fillettes causaient tranquillement à côté de moi quand j’ai ouvert ta lettre ; je leur ai lu le paragraphe qui les concernait, Nancy a compris à merveille que Marthe n’était pas gentille, et m’a dit « donné à moi bonbon « suis sage » Josephine pretendait cependant que les ongles de sa sœur étaient redoutables tres souvent aussi mais pour elle seulement, et qu’elle ne ferais jamais cela à une dame et surtout si elle lui donnait des dragées !… bien quelle soit souvent comme le chien de Jean de Nivelle
    Je ne décide point encore a mettre Josephine a l’école cet hiver, je lui fais dîre sa leçon régulierement elle a beaucoup de zèle ; elle veut que Mathilde sache ainsi que son bon papa qu’elle sait 17 departement outre les capitales de l’Europe ce dont elle est tres fiere ; il n’y a pas de quoi tu conviendras.
[p. 5] J’oubliais aussi quelle commence à faire un ourlet, Mathilde sourira de pitié mais voila ma commission faite
    Tu as réveillé d’anciens souvenirs Chere sœur en me parlant de Mr Tréfont lui et dada n’etaient il pas mes danseurs en titre ; et on n’oublie point son jeune temps sî vite le pauvre capitaine a été cruellement éprouvé par le malheur à ce qu’il parait dix ans d’absence laisse bien des places vides !… je l’aurais revu avec plaisir je t’assure, Mr Amedée m’aurais surpris aussi bien agréablem[...] s’il avais pu s’arreter ici en pass[...] si son voyage en Auvergne lui avait fais plaisir il aurait trouvé de l’écho chez nous à coup sur. Mme Charmeil est peut être à Vienne, cependant j’ai su que le pere Almeras était tres peu satisfait du mariage de son fils Mme Octavie lui gagnera le cœur bien vite sans doute.
    Adieu Chere sœur Marc m’attend pour déjeuner, et mon papier fuit, je veus cependant te charger encore de mille tendresses pour notre bon pere, ton mari et ta fille ; fais une visite de ma part aux dames Pion je te prie.

ton affectionnée sœur
A S

[p. 6] [adresse]

Madame
Madame Camille Pal
La Côte St André
Isère

2011.02.191 Lundi 30 décembre 1844 À son père Louis-Joseph Berlioz Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, adresse à la dernière. Écriture hâtive. Timbres postaux: ST CHAMOND, 31 DEC. (18)44; LYON, 1 JANV. (?) (18)45 (?) (presque illisible); LA COTE ST-ANDRE, 2 JANV. (18)45.

St Chamond 30 Décembre

    Je ne veus pas être la dernière à vous souhaiter une bonne et heureuse année cher pere en dépit de tout l’ennui que j’ai depuis quelques jours, il serait cruel pour moi de ne point trouver un instant pour vous écrire ; Ma Chere petite Nancy a eu un accident Samedi matin qui nous a horriblement éffrayé, mais qui n’aura pas de suite grave je l’espère, elle est tombée sur le coupeau d’une plaque en fonte devant le feu de la cuisine, son pied s’est accroché dans la fente d’une brique et sa joue gauche a frappé au point d’avoir une affreuse coupure qu’il y a fallu rejoindre avec une épingle et du fil, il me serait impossible d’exprimer mon bon pere l’angoisse que j’ai éprouvé en tenant ma pauvre enfant pendant cette petite opération, elle n’a pas cependant crié comme beaucoup d’autre enfant l’aurait fait. [mot biffé] maintenant ce qui me tourmente c’est la crainte quelle ne sois marquée [p. 2] cette idée serait insoutenable ; le medecin me rassure beaucoup, il a reunis la plaie tres adroitement, puis elle est bien jeune on me cite beaucoup d’accidents de ce genre qui n’ont pas laissé de traces
    Veuillez me dire ce que vous en pensez Cher pere votre opinion sera pour nous la plus forte de toutes ; on n’a pas encore oté l’épingle, l’œil est affreusement enflé, et fermé, elle a un peu de fievre la nuit seulement et s’amuse volontier, le jour elle est bonne comme un ange cette chere petite elle n’est point penible malgré son mal
    Nous ne la laissons point manger autre chôses que de petits bouillons par prudence, j’espere que ce regime ne sera pas nécèssaire long-temps !
    Jugé de tout l’ennui que j’ai eu mon bon pere j’attendais ce malheureux jour cinq personnes de la famille de mon mari de Vienne, dans mon petis appartemens ce n’est poins un petit embarras de coucher tant de monde
    J’aurais eu malgré cela le plus grand plaisir à les recevoir dans un [p. 3] moment moins penible pour moi, par surcroit j’avais une courbature qui me faisait bien souffrir, et n’etais le peu d’envie que j’avais de faire des frais pour amuser mon monde, aussi Marc a-t-il été bien soulagé de leur depart ce matin eux mêmes étaient désolés de leur arrivée inopportune, mais comment prévoir une si facheuse circonstance ;
    J’arrivais de Lyon ou j’avais passé trois jours tres agréablement, j’etais enchanté de mon petit voyage, j’avais même fais des invitations pour un dîner de dix personnes pour demain, j’ai bien hésité si je contremanderais nos convives [...] nos provisions etans faite, nous voulons en profiter, mais il est difficile d’avoir plus de malencontres à la fois.
    Puis le jour de l’an et les visites à faire et a recevoir en masse tout cela m’agite outre mesure J’espere que ma petite me laissera dormir cette nuit pour me remettre
    Je vous ecrirai encore dans deux ou trois jours cher pere pour vous donner de ses nouvelles, je vous quitte j’entend quelle m’appelle et je ne veus point la faire crier
    Je vous embrasse bien tendrement ainsi que Marc

Votre affectionnée fille

[p. 4] [adresse]

Monsieur
Monsieur Berlioz
La Côte St André
Isère

2011.02.192 Samedi 30 décembre 1843 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, adresse à la dernière. Timbres postaux: ST.CHAMOND, 31 DEC. 18(4*); LYON, 31 DEC. (année presque illisible); GRENOBLE, 2 JANV. (? ) (18)44 (le quantième et lannée sont bien lisibles, mais le nom du mois semble bizarrement écrit à l’envers).

St Chamond 30 Décembre

    Embrassons nous Ma bonne sœur en nous souhaitant à tous réciproquement paix et santé pour l’année qui va commencer ; ma lettre t’arrivera juste au moment favorable pour t’adresser les vœux les plus tendres, je n’aurais pas voulu être prévenue par toi bien Chere sœur je ne suis pas cadette pour rien à mesure que je vieillis je m’attache a ce titre qui me désolait souvent il y a 15 ans
    Mes Enfans sont a la promenade j’en profite vite pour t’écrires, je suis toujours prodigieusement occupée, le jour de l’an et ses éxigeances achève de me précipiter les comptes à régler, les Etrennes à donner les visites, les lettres etc c’est à en avoir la tête brisée ; et bien plus encore la bourse vide, tout le monde est si riche ici qu’on a encore fort mauvaise grace à avoir l’air de s’étonner de l’argent qu’il faut dépenser.
    J’ai ma vieille Julie depuis quinze jours bien contente de l’avoir, elle nous fait d’excellentissimes diner, mais pas davantage Sa lenteur n’est pas chôse à propos [p. 2] pour moi dans ce moment, aussi je fais une grande portion de l’ouvrage de la maison ; je ne puis me résigner à rester tranquille quand je vois du désordre même dans ma cuisine, le matin tous en portant et trainant mes deux Enfants je mets la main à tout, et encore bien des chôses sont en retard ce qui me brule le sang, je deviens vive comme la poudre, et mon mari s’impatiente souvent de me voir toujours en mouvement
    Hier j’ai écris à mon pere, peut être est-il deja pres de toi ? le froid vif que nous avons depuis huit jours l’aura chassé de ses champs ; il a du comme moi recevoir une lettre de Louis l’écriture et l’orthographe m’ont étonné pour son age, mais les idées étaient tres confuses, c’etait à n’y rien comprendre Sa correspondance avait été trop nombreuse à ce qu’il parait pour ce cher enfant.
    J’ai profité de l’occasion de Mme Souchon qui arrivera aujourd’hui à Paris pour envoyer quelques jolis rubans à Henriette, et une pièce d’or à Louis, n’ayant rien su imaginer de mieux, d’autant que sa mere pourrait lui en acheter quelque chose d’utile ; j’etais heureuse de trouver [p. 3] une occasion si à propos.
Je fais cette année de la munificence pour mes filles, une petite commode pour sa poupée (qui n’existe pas) à Josephine et un grand cheval à Nancy, et tout cela pour la somme de cinq francs, je trouve que c’est énorme et j’en ai du remors.
    Je ne doute pas que tu ne fus charmante Chere sœur le jour de tes visites avec ta fraiche et riche toilette ; je suis tres disposée à t’admirer, mais rien pour rien dans ce monde, je veux que demain tu rendes à ton tour hommage à mon bon gout et au tien puisque tu [.]’avais aidé à choisir ma robe chez Mr Chabas, elle est délicieuse fai[..] ma tailleuse a réussis en perfection, je elle est ai fais garnie avec un seul volant au biais haut jusqu’au genou, puis la taille lisse avec une double taille à volonté et un revers formé par des biais ce qui est simple et tres gracieux et nouveau, puis mon mari m’a fait venir pour mes Etrennes une capote à coulisses rose garnis d’une plume idem posée en guirlande d’un gout parfait, et qui ne me vas pas tans mal vraiment toute décrépite que je suis ; je ne voulais point faire de chapeau cet hiver, mais l’attention aimable de Marc m’a fait grand plaisir 
[p. 4] On m’interrompt à chaque instant chere sœur, je ne sais plus ce que j’ecris mieux vaut que je finisse tu n’y perdras pas grand chôse, adieu donc charge toi de mes amitiés à ton mari, et d’une bonne caresse pour Mathilde
    Marc ne veut point être oublié aupres de vous

toute à toi
A

[adresse en dessous au milieu de la page]

Madame
Madame Camille Pal
Rue Neuve
Grenoble

[au bas de la page, sous l’adresse]

    Mes compliments bien tendres à Melle Nancy n’oublie point je te prie
    J’ai écris à Mme Veyron hier je ne sais ce que deviens Louise, quand tu verras Mme Blanc dis lui mille choses de ma part, si je peus je lui ecrirai prochainement

2011.02.193
et enveloppe
2011.02.194
Samedi 3 mai 1845 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Six pages en tout, un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée. Écriture assez hâtive. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 4 MAI (18)45; (verso) GRENOBLE, 5 MAI (18)45.

Vienne Samedi 3 Mai

    J’ai reçu ta bonne lettre Chere sœur dans le meilleur moment possible pour l’appréssier et la lire à mon aise, étendue sur mon canapé dans mon joli salon déjà bien cîré et meublé à faire plaisir à voir grace à mon activité et a l’aide de ma bonne cousine, et de ma cuisinière nouvelle (dont je suis enchanté jusqu’a présent) et d’Amedée mon frotteur que j’avais amené et qui m’a été d’une utilité immense, partis de chez moi le mercredi matin avec eux, le même soir tout était en ordre J’ai pu coucher dans le lit que je te destine rien ne manquait pas même les rideaux tous mes cristaux et porcelaines déballés et rangés, mon salon décoré en entier, rien de cassé comme je le craignais, enfin brisée de fatigue, mais satisfaite j’étais tres fiére le jour de la fête de faire ma toilette et d’aller à la messe de St Philippe, la cérémonie était superbe à St Moulin la musique militaire, et religieuse m’a fait du bien au nerf.
    [p. 2] il y avait un monde fou, des toilettes fraiches et jolies à voir, le soir nous sommes allés au champ de Mars admirer le feu d’artifice qui favorisé par le temps a été tres bien ; mon mari était arrivé dans l’apres midi, émerveillé de trouver une maison organisée et une femme habillée et l’attendant avec impatience pour recevoir ses compliments.
    J’ai apperçu ta belle sœur de loin Marc a rencontré hier Mr Henri, ils se sont parlés mais froidement je ne sais s’il viendront nous voir d’aprés les franches et conciliantes démarches dont je la sais un gré infini mais nous croyons devoir les attendre sans être ensuite tres empressés à rendre leur visite ; de la fenêtre de ma cuisine j’apperçois Jacques sur la terrasse qui fait son bonheur Mme Félicie pour cela seul devrait se consoler de son appartement.
    Je n’ai point entendu parler de Mme Casimir mon mari était allé laisser une carte chez le sien il l’a rencontré ensuite et a été tres poli, comme devant, mais sa [p. 3] femme pas de nouvelle. j’attendrai aussi d’autres relations me dédommmagerons j’ai dêja reçu plusieurs avances tres aimables, Mr Coutomier (Clemence) est venu me voir hier, et d’autres les Messieurs Guimer sont charmants pour nous il parait que Mme Edouard nous a chaudement recommandès à eux.
    Je compte partir ce soir rejoindre mes enfans et finir mes affaires Marc m’a devancé de quelques heures, mais je ne sais vraiment comment je ferai le voyage ? figure toi ce nouveau guignon Chere sœur quand je me croyais enfin au bout, ce matin en me reveillant j’ai sentis une douleur tres forte audessous du genoux droit, j’ai cru que ce ne serait rien, j’ai fait plusieurs courses pour acheter du bois et du charbon etc etc a present ma douleur a augmenté affreusement je ne puis faîre un mouvement sans gémir, et marcher sans une peine infinie en boitant beaucoup .... que faire la voiture augmentera le mal peut être ? je ne puis comprendre la cause de ce mal subit hier soir je n’avais rien, je ne me [p. 4] suis point heurtée, la fatigue seule serait donc la cause, mais hier je n’ai rien fait de pénible absolument. cela m’inquiète vraiment je ne sais si j’enverrais chercher un medecin mais lequel ? Si Marc était ici encore cependant je souffre beaucoup, depuis que je t’ecris bien que ma jambe soit étendue ; elle est bien plus raide
je vois bien qu’il faut renoncer a partir Marc sera en peine ; il faut que j’ecrive un mot pour le chemin de fer de ce soir ; adieu chere sœur c’est trop aussi de tribulations je dois envoyer chercher le medecin la douleur devient trop vive il y a enflure, et c’est le même genoux ou j’avais eu mal apres ma grande maladie il y a troîs ans mais ce n’est pas la même place
    Je ne fermerai ma lettre que quand j’aurai vu Mr Boissat, le connaissant un peu je le prefere à un autre ma cousine aidera à me soigner en attendant le retour de Marc patience patience !......
    Mon cousin et sa femme viennent de passer une heure avec moi ils écriront à mon mari [p. 5] et feront parvenir la lettre, figure toi Chere que ma cuisiniére a mal au pied et souffre horriblement de sorte que tu peus comprendre comme c’est facile aujourd’hui de me soigner et de faire mon ouvrage
J’avais donné rendez vous aujourd’hui à plusieurs ouvriers pour des meubles à placer, allonger, et je ne puis faire un pas sans d’atroces douleurs je suis étendue sur mon canapé d’ou je t’écris pour me distraire et m’occuper : Mr Casimir a eu hîer une soirée en l’honneur du pere Lacordaire, si il sait (comme je le crois) que nous sommes ici je ne lui pardonnerai pas de ne nous avoir pas invité, moi qui donnerait tout au monde pour voir de pres cet homme prodigieux ! manquer une occasion pareille c’est trop dur aussi ; il me semble que je serais plus résignée à ma vexation de douleur si j’avais eu ce bonheur hîer pour compensation enfin...
    Demain on nous attendait à St Chamond pour un grand dîner d’adieux en notre honneur chez Mr Tomet le fils [p. 6] il sera plus vexé que nous encore s’il est possible.
    Je n’ai pu encore avoir un medecin ma douleur ne diminue point malgre une application de coton énorme pour y ramener la chaleur, je me brule le sang de ne pouvoir bouger ayant mille chôses à faire Je pleurerais de bon cœur, mais je vais éssayer d’être tres calme pour la rareté du fait ; demain mon mari reviendra me joindre une fois qu’il sera pres de moi tout ira mieux. Je t’écrirai pour te donner de mes nouvelles, et t’envoyer la soie que je n’ai pas ici si toute fois je puis retourner à St Chamond aussi tôt que je voudrais ? Je n’ôse plus faîre un projet tellement tous tourne contre moi, sans ce mal de genoux les chôses seraient bien maintenant, comme toi je croyais être à la fin de mes peines mais je commence une longue série à ce qu’il paraît adieu Chere sœur la chambre est prête à te recevoir je fais mille projets pour qu’en tu viendras adieu tous [dans la marge de droite, de bas en haut] l’histoire des 30,000 tt à St Etienne promis au pere Lacordaire est un conte ? [dans la marge de gauche, de haut en bas] mille chôses à Mathilde et à Camille toute à toi AS

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
rue neuve
Grenoble

2011.02.195
et enveloppe
2011.02.196
Mercredi 20 août 1845 À sa sœur Nancy Berlioz-Pal  Texte corrigé

Six pages en tout, un feuillet de quatre pages plus une feuille séparée. Écriture souvent négligée. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 20 (AOUT) (année effacée); (verso) VOREPPE, 21 AOUT (18)45.

    Vienne Mercredi matin

J’ai promis à mon pere de te donner de ses nouvelles à mon arrivée ici Chere Sœur, et je m’empresse de te dîre que je l’ai laissé bien tres bien ;
Ta lettre m’avait extremement effrayée ton voyage précipité à la Côte me faisait craindre que notre bon pere ne fut serieusement indisposé malgré ce que tu me disais pour me rassurer j’eprouvai le besoin d’aller voir ce qu’il en était, esperant encore te trouver à la Côte dimanche ; je partis samedi soir pour Beaurepaire avec Marc et Joséphine, nous y couchâmes et le lendemain matin apres avoir lu la messe Louise me fit conduire par sa voiture ; j’arrivai à onze heures et tu étais partis à huit, n’ayant pas reçu ma lettre que j’avais cependant mise à la poste Vendredi, et qui arrivat apres moi à la Côte à mon grand regret parce que peut être aurais eu retardé ton depart jusqu’au lendemain c’était une contrariété à ajouter à tant d’autres !... mon pere parut [p. 2] bien heureux de me voir, dans son premier moment de surprise avec sa mauvaise vue il me prit pour toi, et me demandat comment je revenais !...
    Nous dinâmes de bon appetit ensemble il prit du bouillon gras et un morceau de viande même ce qui me surprit et me fit plaisir
    Je parlai jusqu’a extinction tu connais cela Chere Sœur ; puis il fut se promener en voiture jusqu’a la mie plaine pour voir la ferme de Mr Blanchet dont il revint enthousiasmé et humilié dans son orgueil d’agriculteur modèle.
    Pendant sa course je vis les dames Pion et Thomas, Louise arrivait de Tournon le soir même je la vis en passant, et promis d’aller le lendemain passer deux heures à Pointiere ce que j’ai fais de mon pied mignon Mon pere m’accompagnat à huit heures du matin jusqu’a Tournon ; puis à Midi Mme Veyron me fit reconduire en voiture, je ne voulus point laisser diner mon pere seul ayant si peu de temps à lui donner Marc vint de Beaurepaire dans [p. 3] l’apres midi, et nous voulions repartir le soir par la dîligence à neuf heures mais nous trouvames place dans aucune des trois, ce qui fut une immense contrariété pour nous, j’etais exasperée de voir toujours les chôses aller de travers je grogné outre mesure, il fallut prendre la voiture d’Antoine coute que coute à trois heures du matin, nous sommes arrivés ici hier à dix par un vent horrible qui achevait de m’abimer apres la nuit que j’avais passé...
    Voila Chere sœur encore un épisode à ajouter à tant d’autres du même genre J’ai l’imagination si noircîe que je ne peux plus prévoir que chôses tristes en tout point Mon mari est de nouveau tres souffrant de sa tête cela m’inquiéte sérieusement en se prolongeant ainsi, mon pere qu’il a consulté m’a effrayé sans le vouloir certainement, mais ma pauvre tête travaille joliment depuis, Marc croit qu’une fatigue d’Estomac est cause de ses douleurs de tête, il redoute une gastrite [p. 4] j’espere qu’il se trompe et ques les conseils que mon pere lui a donné feront un bon éffet, mais quand je le vois triste et souffrant je perds la raison Chere sœur, hier soir j’etais folle d’inquietude ce matin je me remonte une bonne nuit l’a remis aussi de la fatigue du voyage mais je crains bien chere sœur que mon projet de voyage à la Cote pour l’automne ne soit subordonné à bien des chôses, j’ai bien fait d’y aller en courant embrasser notre bon pere ; peut être des épreuves bien poignantes me sont-elles encore réservées ? malgré le tribut que j’ai payé si largement depuis plusieurs mois entre Marc et Josephine je ne puis avoir deux jours de repos, tous deux sont sous le coup d’une indisposition qui en se prolongeant m’inquiéte et me désole ; Mme Pion m’a dis que tu avais trouvé Marc tres maigri et tres changé, il avait repris cependant et allait bien pendant que tu étais ici ; en entendant cela j’ai recu un coup au cœur, tout m’impressionne et me frappe, un mot, un rien un rapprochement, je parle peu ou pas cependant de ma préoccupation, il me semble [dans la marge de gauche, de haut en bas] Mes compliments à Mme Pochin elle te préserve d’autres malheurs apprécies la bien [p. 5] que c’est donner un corps à mon inquiétude mais je n’ai jamais l’esprit tranquille J’envie bien fort le calme à toute épreuve de ta belle sœur Félicie. elle est revenue ici avec son mari Lundi dernier, il va mieux toujours mais s’est mis dans la tête d’aller consulter à Paris et passer l’automne Sa femme a ecrit à Mr Blanchet comme tu le sais peut être ? pour avoir des informations sur un medecin et d’apres sa réponse ils partiront du soir au lendemain ; Mr Golety a du passer hier à Lyon allant à la Côte et amenant Jacques à sa mère en conséquence elle est repartis hier pour le chercher Mr Henri a voulu y aller aussi ils doivent revenir ce soir, mais avec un homme malade et inquiet sait-on jamais ce qu’on fera positivement
    J’allais oublier de te parler d’une chôse cependant essentielle
    Monique a eté prise dans la nuit du Lundi au mardi d’un coup de sang sur les jambes, au moment de notre départ elle avait eu toutes les peines du monde à se lever et me disait que souvent deja elle avait eprouvé des accident de ce genre [p. 6] mais jamais de cette violence ; elle ne pouvait faire un pas sans un appui Si mon pere avait eu besoin dans la nuit de quelques choses jamais elle n’aurait pu monter, penses donc ma chere combien il est imprudent de les laisser ainsi coucher seuls dans cette immense maison !.. il faudrait impérieusement que mon pere prit une seconde domestique Monique le demande à corps et a cris et je comprends cela si elle le sent prédisposée souvent à de pareils accidents, j’etais tres ennuiée de partir la laissant ainsi, je voulais aller chercher quelqu’un elle ne voulut pas absolument, et me dit que cela passerait comme d’autres fois .....
    J’avais été tres vexée aussi Chere sœur de ma franchise au sujet de ta fille je n’y attachais pas d’importance en écrivant à mon pere, mais te faire de la peine était si loin de ma pensée ! je pouvais si peu me douter que tu lirais ma lettre ! enfin j’ai été désesperée autant que possible de ce qui est arrivé, mais j’aurais parlé de mes enfants de même tu peus bien le croire Chere sœur, je vois ta fille avec des yeux de mère en bien comme en mal tu fais cela depuis long-temps et tu dois me pardonner et me comprendre, le papier me manque pour continuer, j’aurais encore a dire adieu adieu [dans la marge de gauche, de haut en bas] Nous avons ramené Angèle avec nous pour quelques jours

[enveloppe]

Madame
Madame Camille Pal
Voreppe
pres Grenoble
Isere

Site Hector Berlioz créé par Michel Austin et Monir Tayeb le 18 juillet 1997; pages Lettres de la famille du compositeur créées le 11 décembre 2014, mises à jour le 1er avril 2015.

© Musée Hector-Berlioz pour le texte et les images des lettres
© Michel Austin et Monir Tayeb pour le commentaire et la présentation

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