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Lettres de la famille du compositeur

Famille Suat

(Transcriptions littérales, dans l’ordre de l’inventaire)

Lettres de Marc Suat  
Lettres de Joséphine Suat-Chapot  
Lettres de Nancy Suat-de Colonjon  

Le texte corrigé des lettres de la famille Suat se trouve sur une page séparée  

Les lettres d’Adèle Suat se trouvent sur des pages séparées (transcriptions littérales, et textes corrigés)

Texte = mots ou lettres de lecture incertaine
*** = mots ou lettres non déchiffrés
[...] = lacune dans le texte

Lettres de Marc Suat

Fonds Chapot

R96.857.1 Dimanche 8 novembre 1857 À son beau-frère Hector Berlioz Texte corrigé Image

Trois pages, pas d’adresse ou d’enveloppe.


        Vienne ce 8 novembre 1857

     Mon cher hector,

     Nous venons de recevoir votre Lettre par laquelle vous semblez être inquiet de votre fils ; il est ici — encore jusqu’à demain ou après demain ; nous avons retardé Les uns et Les autres de vous écrire parceque nous attendons une reponse de M. Lecourt auquel Louis d’après notre conseil a écrit il y a huit jours pour le prier de Lui donner des renseignements précis sur les conditions de son embarquement le nom de son capitaine et L’époque présumée du départ ; et pas un mot de réponse n’est encore arrivé ce qui L’inquiète et le surprend comme nous. en conséquence il va d’abord à — Tournon où il est attendu par son oncle — et de là il filera sur marseille sans plus — attendre les renseignements demandés à M. — Lecourt ; pour plus de précaution encore il a — écrit hier à M. Morel qu’il suppose de retour des Eaux.
    Louis est revenu triste de son séjour à — [p. 2] paris, adèle s’en inquiétait et elle a cru comprendre qu’il était peu à L’aise chez vous, il croit que votre femme supporte difficilement sa présence sans pour cela qu’il se plaigne de ses procédés évidemment mon cher hector votre fils doit être le Bienvenu chez vous, il y est à sa place — et votre role est de L’y maintenir ; je vous dirai même que ma femme s’étonne qu’il n’ait pas son Lit chez vous. je serais désolé de vous fatiguer à ce sujet mais sous L’inspiration de votre sœur je n’ai pu résister à vous dire ce qui précède ; comme tous les parents vous êtes appelé à avoir des sollicitudes sur votre fils.
    ma femme vient de mettre en ordre tous ses effets avec beaucoup de [plusieurs mots biffés] soins, elle présume qu’il pourra se suffire avec le peu — d’argent qu’il a, s’il ne séjourne pas à Marseille à peu de chose près ; mais — évidemment s’il est retenu chez M. Morel — il faudra bien payer la pension à ce dernier si excellent pour lui et des procédés duquel il est du reste fort reconnaissant.
    a Dieu mon cher Beaufrère nous espérons votre sœur et moi que votre femme est [p. 3] rétablie de son indisposition qui au dire de Louis n’a pas été sans gravité ; écrivez-nous — plus longuement et donnez-nous de bonnes — nouvelles de vos santés à tous deux.
    nos compliments affectueux et ceux de votre — fils à votre femme, nous vous embrassons tous

Suat M

 

R96.857.2 Samedi 10 septembre 1859 À sa femme Adèle Suat Texte corrigé Image

Quatre pages, pas d’adresse ou d’enveloppe.


        Vienne ce 10 Sept. 1859

     Les nouvelles que tu me donnes sur ton frère, chère amie, me font bien de la peine ; je pense toutefois comme te la dit sa femme que rien — n’est inquiétant dans son Etat ; chez lui comme chez ton père le système nerveux est très devellopé et probablement il sera ainsi le reste de ses jours, — avec des alternatives meilleures lorsque rien ne le surexcitera ; déjà lorsque nous le vimes à — Vienne je le trouvai ainsi, moins fortement sans doute ; mais je vis bien qu’il y avait des moments où sa sensibilité prenait des proportions très — fortes. Dis-lui de ma part tout ce que ton — cœur saura trouver de plus affectueux. —
    puisque j’en suis sur ton frère ; saches donc — de sa femme si je puis leur envoyer le vin — très prochainement ; je ne serais pas faché — d’avoir la place qu’il occupe pour le vin — nouveau et les vandanges ne tarderont pas ; les deux tonneaux seront prets d’ici à huitaine et je pourrai les envoyer à partir de cette Époque ; mais bien entendu je pourrai m’arranger autrement s’ils n’ont pas la place suffisante à leur cave.
    Saches aussi ce qu’il font des vieux tonneaux s’il y avait moyen de me les adresser, je n’en [p. 2] serais pas faché, ils sont quelquefois difficiles à — trouver, et il y aurait économie, les quatre — tonneaux que je leur aurai expédié m’ont — couté à Vienne 32 francs ; s’ils n’en tirent aucun parti autant vaudrait me les adresser par le chemin de fer – de domicile à domicile je pense que cela ne couterait qu’une somme de six ou huit francs. mais il faut pour cela avoir soin en les soutirant de les boucher de manière à ce que l’air n’y puisse pénétrer par aucune ouverture ; s’ils étaient gatés la spéculation serait mauvaise il serait bon de les sentir avant de les envoyer.
    ta Lettre m’a fait plaisir en m’apprenant que vous aviez bien employé votre tems, joséphine et toi ; que notre fille admirait tout et qu’elle s’enthousiasmait des belles choses que paris et Les environs possèdent ; continuez profitez bien de votre tems, que joséphine prenne des notes pour son service à elle ; et qu’elle puisse en toute circonstance se rémemorier son voyage, il est assez complet et il est facheux que de telles choses — soient faites pour des buses comme j’en connais qui n’ont plaisir rien ; Dieu merci ce n’est votre cas ni de l’une ni de L’autre.
    c’est une idée excellente de vous arrêter a fontainebleau ; je crois que pour bien faire [p. 3] il vous faut partir à six heures trente de la — Gare de paris afin d’être à huit à fontainebleau. en prenant quelque chose en partant ou avec vous, — vous pourrez avant déjeuner et jusqu’à onze heures — visiter les jardins, puis déjeuner, et après voir le Chateau ce qui vous prendra jusqu’à deux heures environ, le reste de la journée pourrait être employé à — la forêt que vous visiteriez en voiture jusqu’à — dîner et après vous coucheriez à fontainebleau — pour en repartir le Lendemain matin à 7 heures ½ environ. de cette facon vous arriveriez à Dijon de bonne heure et y coucheriez ; on y arrive vers 4 heures de L’après-midi ; vous auriez encore le tems de vous y promener ; et le Lendemain matin — vous pourriez y voir le palais des Etats si curieux les Eglises etc et en repartiriez à midi pour arriver ici à 9 heures du soir.
    Ecris moi un mot avant de partir si tu adoptes cet arrangement, il suffirait de me faire connaître — le jour de votre départ ; vous arriverez le surlendemain ; je ne suis guère d’avis que vous preniez les 3es : — il ne faut pas trop se fatiguer ; si toute fois vous — essayez ne manquez pas à la prémière station de changer en prenant pour supplt les secondes si vous êtes fatiguées ou mal entourrées dans les 3es.
    Léonie Couturière est accouchée d’une fille ; elle a beaucoup souffert sa pauvre mère pleurait à [p. 4] chaudes Larmes, L’excellente femme ! tu auras fait sans doute sa commission à Mme Chauliaguet.
    Le sac est arrivé ; les filles ont lavé tout ce qui y était ; nos domestiques ont bien fait tout ce qu’elles ont pu pendant ton absence.
    Je pense que vous coucherez à Vienne si vous — arrivez le soir comme d’après L’itinéraire que — j’ai tracé ; mais dès le matin le Lendemain vous partiriez pour la campagne à moins que votre retour ait Lieu le Samedi.
    j’écrirai à ton oncle mais je ne pense pas — qu’il y ait urgence.
    a dieu chère femme je t’embrasse du — plus profond de mon cœur et josephine avec toi

(signature)

 

R96.857.3 Vendredi 7 novembre 1862 À son beau-frère Hector Berlioz Texte corrigé

Six pages sur papier de deuil; pas d’adresse ou d’enveloppe.


Vienne 7 novembre 1862

 Bien Cher hector,

 Je prends vivement part à vos sollicitudes à vos peines et voudrais bien pouvoir en alléger le fardeau et vous aider en faire disparaître les causes ; mais plus j’y réfléchis plus je me trouve impuissant à cela. J’ai particulièrement vu avec peine que vous ayez refusé L’invitation de L’Empereur ; il n’aurait pas fallu ce me semble pour quelques centaines de francs que J’aurais pu vous adresser Courrier par Courrier Vous priver d’un moyen de faire qu’on — se rappele de vous dans L’occasion.
    Il est malheureusement trop tard sans doute pour revenir, et il faut se résigner comme dans tous les faits accomplis.
    Les sommes que j’ai eues à Employer [à gauche, en haut de la page, dans l’espace entre la date et la salutation, verticalement de bas en haut] je n’ai pas besoin de vous le demander ; tenez-nous au courant de ce qui se passera. mes filles vous embrassent tendrement [à droite, de même] nos compliments bien empressés à votre belle-mère. [p. 2] pour Louis ne sont pas très importantes. — La prémière était de 160 f. elle fut appliquée par ma bonne adèle à completer son — Vestiaire au moment où il partit pour — Bombay la seconde fois. à son départ — par les soins de votre sœur il était — parfaitement monté.
    La seconde a servi à Lui acheter des Draps que je lui envoyai à Marseille peu après sa nomination de Capitaine au Long-Cours ; il me demanda des draps voulant m’écrivait-il avoir un appartement meublé dont le prix serait moins couteux. cette — seconde somme était De 162. f.
    j’ai reçu une Lettre De Lui qui m’est — arrivée en même tems que la Votre ; il — me demande combien il a à me restituer pour ces avances, et je ne puis Lui répondre autre chose, qu’à vous qu’il ne m’est rien du [p. 3] ces dépenses ayant été imputées dans mon compte avec vous.
    il me dit qu’il compte avoir un emploi d’ici au 1er décembre, et je n’ai pas besoin de vous dire combien je l’encourage dans — ma réponse à tenir cette belle promesse ; lui ajoutant que je forme le desir qu’elle ne soit pas trop inférieure à celle qu’il — a perdue par sa faute ; car je le crois — comme vous, il n’eut pas perdu cette position si avantageuse si enviée s’il n’eut fait quelqu’acte intempestif, en vue de se dispenser d’un service qu’il n’aime pas.
    il me demande une réponse chez M. Berchtold rue de L’Empereur 20. et je vous — donne cette adresse pour le cas où il vous — conviendrait de la connaître.
    Je me souviens de ce Monsieur qui nous — plut assez à ma pauvre adèle et à moi ; il — me semble qu’il n’a pas été étranger à la [p. 4] nomination de Louis dans les Messageries — (il était alors employé chez M. Rothschild) — Votre fils l’aime beaucoup, il est peut-être le seul qui puisse avoir quelqu’autorité — sur son Esprit. serait-il impossible d’avoir une entrevue avec Lui sans que Louis s’en doutat ; et de causer avec lui du moyen de Lui trouver une nouvelle position, et — des causes qui lui ont fait perdre celle qu’on Lui avait obtenue. si vous jugiez convenable de suivre cette idée, il faudrait faire tenir un billet à M. Berchtold chez M. Rothschild. en le priant de passer chez vous à L’insu — de votre fils que vous desireriez avoir avec Lui un entretien à son sujet ; cela flatterait M. Berchtold et L’encouragerait à rendre — un nouveau et bien signalé service à Louis.
    Si vous écriviez au domicile de M. Berchtold la Lettre pourrait être vue par Louis qui reconnaitrait votre écriture et vous arriveriez à L’effet contraire.
    [p. 5] je me souviens que peu après la reception de Louis Comme Capitaine au Long Cours — Ernest Caffarel, qui lui avait été d’un — grand secours pour L’améner au travail — soit par les conseils, soit par L’exemple, — me dit : Louis devrait profiter deL’occasion ; L’Etat demande des Capitaines aux Long-Cours pour prendre du service dans la marine Impériale, et il n’y a pas pour Louis de meilleure carrière que celle là ; j’étais parfaitement de cet avis, votre oncle encore plus ; et je voulus vous en dire un mot ; mais à peine eus-je prononcé le mot de marine Impériale, que vous m’arrêtates — entrainé par votre tendresse pour votre fils.
    probablement alors que même vous eussiez été du même avis que nous, ce projet aurait avorté, Louis ayant toujours manifesté une grande répulsion pour le service militaire — mais aujourd’hui en face d’une situation [p. 6] extremement Grave, il pourrait au contraire se faire qu’il subit cette nécessité ; si toutefois — aujourd’hui comme alors, il y a encore une — porte ouverte dans la marine de L’Etat pour les officiers de la marine Marchande. d’ailleurs ce serait un moyen de mettre votre fils au pied du mur, car il ne peut y avoir pour Lui aucune autre carrière que celle de L’une ou de L’autre marine.
    La Marine Militaire ne présente pas plus de dangers que la carrière Militaire sur terre : — les hommes qui périssent par le fait de leur — profession dans cette dernière, sont certainement plus nombreux proportionnellement que dans L’autre ; La marine Marchande elle-même a certains périls qui n’existent pas ou qui sont moins — grands dans La marine de L’Etat.
    Je vous Livre ces réflexions, à vous de juger. mais il me semble que La planche de salut est dans les mains de L’ami de votre fils — ce sera certainement Lui qui aura le plus — d’empire sur son esprit, et qui peut-être — matériellement pourra lui procurer un emploi une démarche de votre part le touchera et peut-être ……
    a Dieu mon bon ami je vous — embrasse du meilleur de mon cœur

Suat

 

Fonds Reboul

2011.02.310 Mardi 19 février 1856 À son beau-frère Camille Pal Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe; petite déchirure à gauche vers le haut de la première page; petite déchirure en haut vers le centre des quatre pages.


Vienne ce 19 fev. 1856

Mon cher Beaufrère

    Je viens de recevoir les Sept Cents francs que vous m’avez adre[ssés pou]r le Compte d’hector en un mandat tiré à votre ordre par votre receveur général sur notre receveur particulier et que vous m’avez endossé valeur en Compte.
    Vous êtes completement dans L’Erreur en supposant que c’est par Legereté qu’il a été parlé du jugement Pion dans La Sommation notifée à Paris, c’est — au contraire avec reflexion et parcequ’il n’en — pouvait être autrement que la chose a été faite ainsi, et je suis surpris que vous ne L’ayez pas compris
    Les réparations à faire sont indivises, M. paret ne pouvait-y mettre La main seul ; elles forment un tout qui ne peut être fractionné entre les — interessés que par un accord spécial ; dès lors — la nécessité de lui faire savoir comment et avec qui il doit faire ce travail puisque la déclaration ne le Lui a pas dit. Vraiment quand vous supposez [p. 2] autrement vous n’y avez pas réfléchi, surtout en qualifiant de frustratoire la sommation qui n’a pas le moindre caractère d’un acte de cette nature, et qui a été une formalité nécessaire en face du mauvais v[......] de M. paret af[..] de suppléer à la Lacune qui s’est Glissée dans la déclaration.
    Le notaire aurait du faire autrement ; il n’y avait pas L’ombre d’opportunité à faire deux actes, il suffisait de dire dans la vente même que comme condition M. Paret demeurait — tenu de la moitié des réparations à faire et qu’il les ferait de conformité à L’Esprit du jugt intervenu entre nous et M. Pion et de concert avec les personnes qui y devaient concourir.
    Nous étions parfaitement en droit de Lui — imposer cette clause, parce que les dégradations venaient soit du défaut de réparations soit de force majeure le tout postérieurement à notre vente privée.
    Si le notaire l’eut compris en ce sens (comme [p. 3] je l’avais indiqué) nous n’aurions pas eu les — tiraillements que nous éprouvons avec M. paret et probablement tout serait réparé depuis Long-tems. nous aurions de plus évité les frais et L’ennui de la sommation q[......] j’en crois votre Lettre et que M. paret soit pret à remplir ses engagements) a été plus persuasive que toutes les belles — paroles que vous et moi avons pu dépenser — pour cela.
    En définitive je suis bien aise d’être instruit sur le point où vous avez mis cette affaire, que vous n’avez pu traiter bien entendu sans — vous être entendu avec moi, ne vous en ayant point donné le mandat ; j’ignorais votre — voyage à la Côte d’ailleurs je préfère — faire mes affaires moi-même.
    a Dieu mon chere Beaufrère mille amitiés à Mathilde et à son mari.

Tout à vous
Suat

R.S.V.P.

[p. 4] Roche m’a remboursé 6.f.45 pour impots de 1855 ; mais j’ai moi-même payé cette somme — au percepteur ; si vous L’aviez payée aussi (ce dont je doute et il y a probablement erreur de votre part), il y aurait double emploi et matière à restitution. J’ai fait un état fort exact des impots de 1855. et si vous me faites connaître la somme que vous avez payée je pourrai à un centime près vous édifier soit de L’exactitude soit de L’erreur commise.

[d’une autre encre, noire au lieu de bleue, et de la main de Camille Pal]


    Répondu le 21. fev. 1856.

M.

    Je viens repondre à la dernière lettre que vous m’avez adressée qui doit faire cesser toute relation d’affaires entre nous.
    Je n’ai pris aucun engagement avec M. Parret soit en votre nom soit au nom d’hector, vous pouvez donc traiter cette affire ainsi et comme vous le jugerez convenable
    J’ai l’honneur, M. de vous saluer

Lettres de Joséphine Suat-Chapot

Fonds Reboul

2011.02.311 
et enveloppe  
2011.02.312
Mercredi 17 octobre 1855


À sa cousine Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages avec enveloppe; écriture fine et très soignée. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 17 OCT. (18)55; (verso) VOREPPE, 18 OCT. (18)55.


    Vienne mercredi.

Ma chère Mathilde,

    Nous sommes arrivées depuis lundi Dernier et nous avons fait un bon voyage ; maman était très-lasse ; nous avions pris le courrier et non pas la diligence comme en allant, pour être sûres d’avoir des places, car maman aurait été très-contrariée de rester un jour de plus à la Côte dans cette grande maison, qui est si triste maintenant. Monique seule pourrait nous y ramener, mais elle est bien souffrante depuis quelque temps. Elle ne dit à personne quand elle souffre, elle se soigne seule et ne veut ou plutôt ne peut pas venir à Vienne comme les hivers précédents. Nous avons été très peinées de la voir en cet état. Madame Laroche a été très-bonne pour nous, elle nous a bien demandé de tes nouvelles ; nous y avons [p. 2] dîné samedi et le dimanche nous sommes allées à St Etienne chez Madame Lacroix où nous avons trouvé les demoiselles Hyppolite que nous aurions été bien contrariées de ne pas voir. La journée s’est passée agréablement. Nous avons eu de bonnes vacances cette année et grâces à toi surtout chère Mathilde qui as été si bonne pour nous et qui nous as tant gâtées à St Vincent. Mais il y a toujours le revers de la médaille mon père était seul ici et il ne trouvait pas les vacances bien agréables ; aussi il est bien heureux de notre retour. Tout le monde commence à revenir à Vienne, la Toussaint approche et bientôt les devoirs vont recommencer. Nous n’avons pas encore vu les dames Dutriac elles sont à Lyon, ou dumoins elles étaient, car on les attendait hier. Mon père y a dîné l’autre jour avec mon oncle Marmion, le jour de son passage ; ils ont vu Mr Couturier ; ils en sont enchantés tous les deux. Léonie est aussi contente que possible, et je désire ma chère Mathilde que tu le sois autant qu’elle. Elle a déjà reçu plusieurs cadeaux que nous te raconterons quand nous les aurons vus. La noce est renvoyée au 29 ce [p. 3] qui ne fâche pas maman ; elle ne sera pas obligée de se presser pour faire sa course à Lyon ; elle est un peu souffrante depuis son retour ; ce n’est, je crois qu’un petit refroidissement qui passera bien vite je l’espère. Elle a écrit cependant à Guarnier pour ta commission de toile, et moi, ma chère j’ai cherché pour toi des lettres et des écussons, les plus jolis et les moins longs que j’ai pu trouver. Je les envoie dans ma lettre et je te recommande surtout mon petit papillon qui ne serait ni difficile ni long à faire, et qui serait joli et original. Le petit : Mathilde ne serait pas laid non plus. Maman pense que pour les lettres qui n’ont pas de p tu pourrais les remplacer par une seconde m.
    Nous sommes allées au Chuzeau la Billiat n’avait rien de nouveau à te dire ; nous avons vu ta vigne qui est assez jolie ; les nôtres sont superbes ; les vendanges sont fixées au 22.
    Mon père ayant reçu une lettre de mon oncle Hector qui lui demande des détails précis sur ses revenus de chaq cette année ne pourra lui répondre, maman ne s’étant pas rappelé de ce que ton père lui avait dit sur [p. 4] Murianette, P sans avoir une note que ton père aurait la bonté de lui envoyer pour lui dire combien ont coûté les réparations de la maison fermière, si les transports qu’a faits le fermier en diminution de son bail se retrouveront sur la vente des bois ; si ton père pense que le fermier puisse payer toute sa ferme sans diminution et quand elle sera échue, combien il y aura d’impôts à prélever. Le fermier a dit à maman que l’orage avait cassé l’autre jour 12 ou 14 arbres dont il allait faire du charbon, que le même orage lui avait jeté à terre beaucoup de châtaignes qui seront perdues parcequ’elles n’étaient pas mûres ; le fermier compte avoir 3 charges de vin de plus que l’année passée, c’est dire que la récolte est très-lourde. Il est bien entendu que maman n’a rien dit au fermier pour les arbres, ne sachant pas ce qu’il y avait à faire et laissant ce soin là à ton père puisqu’il a eu l’obligeance de se charger de cette administration. Voilà une longue pencarte de recommandations, chère Mathilde, à la suite de laquelle je te dis adieu et je t’embrasse de tout mon cœur en te disant à bientôt, les premiers jours de novembre comme tu nous l’a promis. JS
    PS L’averse de l’autre jour a encore fait du dégat au pré Rançonnier.
    Monique te remercie du pannier de fruits que tu lui as envoyé.

[enveloppe]

Mademoiselle
Mademoiselle Mathilde Pal
Voreppe
Près Grenoble
(Isère)

2011.02.313 Mercredi 3 septembre 1862 À sa cousine Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; nombreuses additions dans la marge de gauche, de haut en bas, à la première page où la lettre se termine, et aussi à la seconde. Pas d’adresse ou d’enveloppe


Estressin. 3 7.bre 62.

Chère Mathilde,

    Ta dernière lettre remonte si loin, que nous sommes impatientes d’avoir de tes nouvelles et de savoir comment tes petits enfants ont supporté les fortes chaleurs. Cette période de l’année est toujours à redouter, toujours pénible à traverser et les jeunes mamans ne l’aiment guères. Enfin, je suppose que tout le monde va bien autour de toi ; ce matin, nous avons su indirectement de tes nouvelles : nos cousines nous écrivent qu’elles t’ont rencontrée ; ce renseignement n’était pas inutile, car j’ignorais quelle région que tu habites dans le moment, et j’hésitais à t’écrire ; on doit te réclamer à St Vincent, te désirer [dans la marge de gauche, de bas en haut, continue au haut de la page et remplit l’espace laissé d’abord libre] que notre cousin Louis). Mes cousines Burdet n’ont pas pu le décider à aller te voir. J’ai été peinée en apprenant cela je pense que tu n’as pas été satisfaite du procédé ; mais, je te le répète, c’est un fâcheux caprice, une boutade à laquelle il ne faut pas attacher trop d’importance, les caprices passent. Adieu, chère Mathilde, je te quitte pour reprendre mon métier à tapisserie, nous avons commencé de broder quelques meubles et nous travaillons avec ardeur. Nancy se joint à moi pour t’embrasser bien tendrement ainsi que tes enfants.
    Nos amitiés, je te prie et celles de mon père, à ton mari,
    Ton affectionnée
    J
    J’attends bientôt ta réponse, adieu encore
[p. 2] à Crémieux ; mais , il est vrai que tu satisfais rarement les désirs de ceux qui attendent ta visite ; nous, par exemple, serions en droit de nous plaindre de l’inexactitude de tes promesses, nous espérions tant vous voir au printemps, nous y — comptions si bien ! Il faudra bientôt nous dédommager, chère Mathilde, en allant faire vos vendanges, ou en revenant.
    Nous n’avons eu que déceptions cette année, au sujet des visites, et j’ai grande envie de t’accuser de nous avoir porté malheur en commençant à nous manquer de parole la première. Nos cousines Burdet n’ont pu venir, les obstacles se sont accumulés autour d’elles, les vers-à-soie, la maladie d’Auguste, la mort de ma tante, les examens d’Albert, et que sais-je encore. La mort de notre pauvre tante Victor a été plus prompte qu’on ne s’y attendait, on était tellement accoutumé à la voir malade et épuisée, mais, vraiment on ne peut regretter la vie pour elle, vie de souffrances continuelles, vie de tristesse et d’isolement. Ma cousine cependant a eu, je crois beaucoup de chagrin, tu connais son bon cœur et son [dans la marge de gauche, de bas en haut] Le dernier malheur de cette pauvre Emy Babinet ne t’a-t-il pas vivement impressionnée ? quant à moi cela m’a beaucoup peinée ; je comprends combien elle doit être triste et malheureuse. [p. 3] dévoûment à sa famille.
    Nous croyions ma tante Marmion de retour à Tournon depuis le 16 aout ; elle nous avait écrit son projet de repartir à cette époque. Sa saison a été très-malheureuse au début, tu sais sans doute qu’une indisposition l’avait empêchée de prendre ses bains ; aussi je suppose qu’elle aura voulu remplacer le temps perdu et prolonger son séjour pour suivre un traitement à peu près complet. Nous avons su cela, toujours par mes cousines qui ont rencontré mon oncle et ma tante samedi, au moment où ils allaient repartir pour Tournon. Tu as dû les voir à leur passage, chère Mathilde, c’est une bonne et sûre occasion, car on n’obtient pas facilement une visite de ma tante.
    Tu veux sans doute que je te parle de nous et de nos occupations ? notre été s’est passé si paisiblement que je n’ai aucun incident à te raconter, sauf le voyage de mon père à Plombières. Nous l’avons décidé non sans peine à y aller ; les eaux lui ont fait du bien cette année et la distraction a contribué aux bons résultats de son voyage, mon père aime beaucoup Plombières, il s’y plaît toujours, surtout quand il y trouve des connaissances agréables. Pendant son absence, [p. 4] nous comptions les jours, nous gémissions de la chaleur et nous recevions de bonnes lettres de Plombières pour nous faire prendre patience. Nous n’avons pas quitté Estressin où nous nous trouvons à merveille, nous promenons beaucoup, il y a des sites charmants autour de nous, le pays est vraiment fort joli. Ce matin, j’ai fait avec Nancy une grande course sur la montagne, d’où on a une vue splendide. Enfin, chère Mathilde, tu sais que je me plais à la campagne et tu comprends que je regretterai en la quittant, notre champêtre et modeste campement. La pensée de retourner à Vienne ne me sourit nullement, aussi nous resterons ici jusqu’à ce que le froid nous fasse déloger, c’est-à-dire, je pense jusqu’à la Toussaint. Il est vrai que nous ne sommes point dans une solitude complète, nous avons quelques voisins, plus même qu’à la ville.
    Les journeaux t’ont appris sans doute le nouveau succès de mon oncle Hector ? Succès de bon augure, je l’espère, pour l’avenir des Troyens. Mon pauvre oncle avait bien besoin de cela pour se remettre un peu de ses récents chagrins. Tu sais aussi que Louis a passé plusieurs semaines à Grenoble avant d’aller à Paris. Il paraît qu’il a pris un caprice à ton sujet, chère Mathilde, (tu n’ignores pas que cela lui arrive encore, c’est un véritable enfant [la lettre se termine à la première page]

2011.02.314 
et enveloppe  
2011.02.315
Lundi 3 août 1863 
ou jeudi 3 septembre 1863 (?)

À sa cousine Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, la quatrième vide. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, (3?) SEPT (18)63; (verso) LYON A MARSEILLE, (4?) SEPT (18)63; VOREPPE, 5 (mois et année illisibles). Sur le problème de chronologie posé par les timbres postaux voir le commentaire.


Estressin 3 aout 63.

Bien chère Mathilde,

    Je ne veux pas tarder davantage à te donner des nouvelles de notre intéressante malade puisque tu as la bonté de t’en préoccuper. Le mieux se soutient, il progresse quoique lentement à mon gré. Nancy n’a plus de fièvre, elle ne souffre pas ou peu, elle se lève une grande partie de la journée. Le médecin ne vient la voir que rarement, et enfin elle commence à manger dans les proportions d’un moineau ou d’un colibri. Tout cela est satisfaisant sans doute, chère Mathilde, ce sont de bonnes nouvelles ; mais, malgré tout, je me tourmente, j’ai peur que cet état languissant ne reste habituel, comme il l’était avant cette espèce de crise, et que les malaises que Nancy avait depuis trois ans ne reparaissent, [p. 2] ou plutôt ne continuent. Le médecin n’a pas voulu nous assurer le contraire. Enfin, il faut encore remercier Dieu que la maladie n’ait pas eu la gravité qu’on pourrait redouter dès l au début.
    Ta bonne lettre m’a bien fait pleurer de douces larmes, chère Mathilde ; je suis si sevrée de témoignages d’affection et de sympathie et j’ai le cœur tellement oppressé par tant de choses, qu’une preuve d’amitié vraie ne me laisse pas insensible. Maintenant où j’en aurais un besoin plus immense que jamais, c’est alors qu’elles deviennent plus rares ; l’isolement est bien grand autour de moi, mon père et ma sœur absorbés par leurs soucis respectifs, sont las du reste de me voir souffrir, je pèse sur leur existence d’une manière — désolante, je le sens, je le vois même. Et puis, il n’y a rien de plus terrible que d’être témoin constant d’un malheur sans soulagement, sans espérance possibles ; alors, il faut chercher à ne pas voir, à ne pas entendre ; c’est ce qu’ils font. Mais, chère Mathilde, pour moi qui ne puis pas fuir la douleur à volonté, pour moi qu’elle poursuit sans relâche et en augmentant [p. 3] toujours de violence, pour moi qui suis atteinte jusqu’au fond du cœur, la vie est une chose bien cruelle. La résignation, dernière ressource, semble bien difficile, et Dieu ne l’accorde pas malgré les instantes prières ; il faut lutter, travailler sans cesse et souvent pour n’obtenir que de nouveaux tourments. Enfin ce martyre finira un jour, et en attendant, chère Mathilde, je te remercie de ton souvenir affectueux.
    J’espère que l’indisposition de Camille commence à se dissiper et que cette longue période de fraîcheur amenée par la pluie chassera ses malaises, inévitables après un pareil été. — Te voilà au moment de partir pour Crémieux, pour tout l’automne je suppose, c’est ta plus longue absence pendant l’année. Si au — moins nous pouvions espérer une petite visite à Estressin avant ton retour à Grenoble ! combien cela nous ferait plaisir, puisque nous ne devons pas aller te voir nous-mêmes !
    Adieu, chère Mathilde, nous t’embrassons mille fois ainsi que tes charmants petits personnages.
    Nos amitiés à ton mari,

Toute à toi.
J.

[enveloppe]

Madame Jules Masclet
Chez Mr Pal
St Vincent
Par Voreppe
Isère

2011.02.316 Samedi 29 août 1863 À sa cousine Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé

Six pages en tout; un feuillet de quatre pages, plus une page séparée. Papier avec tampon JS en haut à gauche aux pages 1 et 3. Pas d’adresse ou d’enveloppe.


Estressin 29 aout 63.

Bien chère Mathilde,

    Je voulais te remercier bien vite des charmantes photographies de tes gentils enfants, qui nous ont fait grand plaisir. Camille a posé à merveille, il a un air d’importance très-drôle par son sérieux, et ta petite fille a une bonne mine intimidée qui ne manque pas d’attrait. Elle est devenue un vrai personnage depuis que nous ne l’avons pas vue. A présent il nous faut ta photographie, il y a une place qui l’attend dans l’album, ainsi que celle de ton mari, ne tarde donc pas, je te prie, à nous envoyer la famille au complet.
    Je t’aurais répondu plus tôt, chère Mathilde, mais si tu savais quelles vicissitudes nous avons eues depuis notre retour des eaux ! D’abord notre saison à Néris a été très-tourmentée, j’ai souffert d’une manière horrible pendant tout mon traitement, à notre arrivée ici, c’était [p. 2] plus horrible encore, il s’y joignait les émotions du retour, ce qui me bouleverse toujours, et des crises plus fortes. Mais, ce n’est pas tout. tu sais que depuis trois ans, Nancy se plaint de malaises impossibles à chasser ; il y a une huitaine de jours, elle gémissait davantage, enfin vendredi matin, en se levant, elle s’est trouvée mal puis une forte fièvre s’est déclarée, et elle garde le lit encore. La fièvre a beaucoup diminué aujourd’hui, le pouls est presque à l’état ordinaire, mais nous avons eu de grandes inquiétudes, nous craignions une maladie grave, le médecin parlait tout bas de fièvre typhoïde, il ne voulait pas se prononcer. Grâce à Dieu, j’espère que tout danger est passé maintenant et que nous en serons quittes pour des alarmes et des soins. Si au moins ce pouvait être une crise favorable qui lui rendît une santé parfaite, combien nous la bénirions, mais c’est peu probable, nous avons trop de malheur pour que rien tourne à bien chez nous ; ma pauvre Nancy s’attend à retrouver son petit fardeau de misères. Nous avons — heureusement un très-bon médecin de Lyon qui se trouve par hasard à Estressin où il soigne, chez sa belle-mère, sa femme malade ; c’est le gendre de Mr Faugier, et le major de la charité de Lyon. Une absence de notre médecin a permis de lui faire infidélité ; puis à la [p. 3] campagne, les choses auraient été plus compliquées, s’il avait fallu recourir à Vienne. Mr Berne prétend que le séjour à Estressin aidera Nancy à se remettre plus vite et a empêché la maladie de devenir grave. — Nous ne sommes ici que depuis une semaine, les premiers jours après notre arrivée, nous les avons passés à Vienne à cause des fêtes et des grandes chaleurs. Estressin devenu fournaise n’était plus abordable, et impossible pour mon père qui fait la course à pied chaque matin et chaque soir.
    Tu veux sans doute savoir, chère Mathilde, comment s’est passé notre temps à Néris. Eh ! bien, ce pays qu’on nous dépeignait sous un jour si affreux, n’est pas aussi triste qu’on veut bien le dire, et sans mes grandes souffrances je m’y serais vraiment plue ; il y a peu de plaisirs, peu de monde, peu de mouvement, presque pas de jolies promenades, mais on y trouve une société choisie et agréable, à notre hôtel surtout, nous avions des ressources en ce genre ; j’espère que nous pourrons continuer quelques-unes des relations faites à Néris avec des personnes de Lyon, et un jeune ménage de Vienne que nous ne connaissions pas. Mais, chère Mathilde, tu ne saurais t’imaginer dans quel état de tristesse, d’inquiétude et de souffrances, je suis rentrée à Vienne ! Loin d’être une réaction comme cela arrive quelquefois, le mal augmente dans des proportions — effrayantes, ces jours-ci, je ne sais plus où j’en [p. 4] suis. Voilà ma dernière et unique ressource épuisée ; je comptais peu, j’en conviens, sur un très-brillant résultat. Cependant, les eaux de Néris font de fréquents miracles, elles ont une action souveraine sur les nerfs, le médecin me citait chaque jour des guérisons étonnantes, il m’assurait la mienne, avec une persistance — inouie, ses prophéties merveilleuses m’ont porté malheur, je crois. Maintenant je me désole doublement. Qu’essayer, à quoi recourir ? et le souvenir de l’hiver dernier, les tortures du présent sont de mauvais présages. La résignation sans espérance est plus difficile qu’on ne croit à pratiquer, chère Mathilde ; mais, à chacun sa destinée, rien ne l’arrête, il faut la subir avec un cœur brisé et soumis, jusqu'au bout. Si tu apprends que je suis morte ou folle ou quelque chose d’extraordinaire enfin, ne t’étonne pas, une seule devrait te surprendre, ce serait la nouvelle de mon bonheur.
    Mais, chère Mathilde, je m’oublie, je t’attriste en causant autant de mes chagrins ; pardon de me laisser aller ainsi, tu es une si bonne cousine que je cède, sans m’en douter, à l’influence de ton amitié. Parlons d’autre chose n’est-ce pas ? D’abord j’ai à t’expliquer (ce que tu as sans doute deviné,) je veux dire notre manque de parole à mes cousines Burdet. Notre visite leur avait été promise aux vacances de Paques, ces pauvres amies attendaient l’automne avec grande impatience, et pendant ce temps là mon père réfléchit qu’il serait inconvenant d’aller [p. 5] à Claix sans lui à cause d’Auguste... Nous avons donc donné je ne sais quels prétextes, ce qui nous a fort ennuyées, je t’assure, nous craignions de fâcher nos cousines enfin, il y a complication de tous côtés pour nous. De plus, nous serons privées du plaisir de te voir, chère Mathilde, ce qui augmente bien nos regrets. — Comment ma cousine t’a-t-elle raconté tout cela ? a-t-elle eu l’air de se douter du motif de notre refus d’aller à Claix ? je te prierais de nous le dire.
    Nous avons vu hier ma tante Marmion ; tu vas t’en étonner, mais tu sauras qu’elle n’a pas fait son voyage d’Allevard à la grande contrariété de mon oncle qui attendait cela comme une distraction. Ma tante allait à Lyon et s’arrêtait au passage pour nous voir pendant quelques heures, elle ne savait pas Nancy malade. Je lui ai montré les photographies de tes enfants, je te préviens qu’elle en réclamera à son tour.
    Adieu , chère Mathilde, ma tête et ma main gribouillent après cette longue lettre. J’ai appris avec grand plaisir que tes enfants n’ont pas souffert des grandes chaleurs, je pense que vous allez tous bien, plus heureux que nous, et que nous trouverons quelque moyen [p. 6] pour te revoir sans attendre un temps indéfini, mais pour Claix, il est plus que probable que nous n’y retournerons pas ces vacances.
    Adieu encore, Nancy se joint à moi pour t’embrasser tendrement ainsi que tes mimis..
    Mon père te fait ses amitiés, et nous envoyons les nôtres collectives à ton mari.

Ta cousine qui t’aime.
J.S.

    Victoire envoie un bonjour à Henriette et elle la prie de dire à ses parents que sa sœur et elle vont bien.
    Nous avons vu souvent à Néris le cousin François qui a été d’une amabilité incomparable. C’est un homme charmant ; il a promis de nous faire une visite à son retour d’Allevard j’aime à croire qu’il tiendra parole.
    Nous avons visité sa belle manufacture, il est dans son établissement comme un véritable petit roi.

2011.02.317 
et enveloppe  
2011.02.318
Jeudi 10 décembre 1863


À sa cousine Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, la quatrième vide; tampon JS sur toutes les pages. Enveloppe sans timbres postaux, mais avec quelques mots écrits par Joséphine au verso; la lettre a peut-être été portée à la main.


Vienne 10 Xbre 63.

Chère Mathilde,

    Je sais que tu t’intéresses vivement à la question qui nous a longtemps préoccupés, et je viens t’annoncer que toutes les alternatives sont terminées : le mariage est rompu par suite des — impressions fâcheuses que ce projet de mariage produisait sur Nancy, et qu’elle n’a pu vaincre. Je te remercie de toute l’affection que tu nous a témoignée dans cette nouvelle circonstance.
    Mon père qui t’embrasse de tout son cœur ainsi que ton mari, et qui a été profondément contrarié du résultat de cette affaire, me charge de te dire qu’il est allé avec Mr Girard, il y [p. 2] a environ trois semaines goûter le vin de Côte-Batie de la récolte de 1861, tout-à-fait en première qualité. Le vin venait d’être soutiré, et malgré cela il lui a paru excellent, si bien que Mr Girard en a arrêté une demi pièce (219 à 220 litres environ) ; avant-hier, on l’a goûté de nouveau et il a semblé exquis, bien supérieur à ce qu’il était la première fois ; il vaudra vaut celui de 1858, dont mon père qui en a une très-petite provision, est enchanté. Si ton mari en veut une demi-pièce, elle pourra lui être expédiée en tonneau double fût ; prix 200 fr. comptant et il y aurait en sus les frais de la double enveloppe. Si au contraire, il n’en voulait qu’un quart, mon père pourrait le lui procurer en partageant avec lui, mais à raison du port, de l’emballage et de l’entrée qu’il faudrait payer à Vienne, cela serait beaucoup plus coûteux.
    Mon père pense qu’il n’y a pas à hésiter, et qu’il vaut mieux en prendre une demi-pièce. Ton mari aura la bonté de faire connaître bien vite sa décision [p. 3] à ce sujet, le vin devant être livré un de ces jours.
    Adieu, chère Mathilde, j’aime à penser que tes enfants vont toujours à merveille. Je les embrasse ainsi que toi bien tendrement, de moitié avec Nancy.

Ta cousine qui t’aime
J.S.

[enveloppe]

Madame
Madame Masclet
Grenoble
(Isère)

[Sur l’enveloppe, de la main de Joséphine]

    Mon père part ce matin pour la Côte, des affaires l’ont empêché d’y aller plus tôt.

2011.02.319 Jeudi 12 octobre 1865 À sa cousine Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. Tampon aux initials JS à la première page en haut à gauche.


Vienne 12 octobre 65.

Chère Mathilde,

    Pourquoi donc nos lettres commencent-elles toujours par des reproches ou par des — excuses ? Est-ce une fatalité ? Cette fois, je t’enverrai les uns et les autres, ce qui, je crois, égalisera les positions. — Il y a longtemps en effet que nous n’avons reçu de tes nouvelles, et nous aurions été moins patientes [longue addition dans la marge de gauche de bas en haut pour conclure la lettre, remplit aussi le haut de la page] J’ai reçu ce matin des nouvelles de ma tante Marmion, qui sera à Anjou jusqu’à la fin du mois, et qui ne gémit pas trop sur sa santé actuelle. Mon oncle fait sa tournée dauphinoise habituelle, avec fêtes, dîners, etc.
    Mon pauvre oncle Hector n’est pas si triomphant : sa dernière lettre disait qu’il avait toujours de violentes douleurs. Cet état de souffrance nous afflige et nous inquiète.
    Adieu, chère Mathilde, Nancy m’appelle pour aller déjeuner, aussi je me hâte de t’embrasser de tout mon cœur ainsi que tes enfants sans oublier ton mari.
    Ta cousine affectionnée
    J.S. [p. 2] à attendre une lettre de toi, si nous n’en n’avions su indirectement par les cousins et cousines. Je suppose que tu es encore à Crémieux car tes habitudes sont régulières comme le soleil, et les brouillards de novembre te font seuls rentrer.
    Nous regrettons que ces longs séjours chez ta belle-mère nous privent chaque année du plaisir de te revoir, nos voyages se rencontrent bien mal. — Mais, il faudra que tu nous dédommages ; cette année nous réclamons avec instances une visite. Rien n’est plus facile, tes enfants sont maintenant de petits — personnages très-capables de faire le voyage au long cours [p. 3] de Grenoble à Vienne, et les études de Camille ne sont pas encore tellement sérieuses qu’il ne puisse les interrompre une semaine au moins. Ainsi, chère Mathilde, pas de prétextes, je t’en prie, nous n’y croirions pas. Au commencement de décembre, nous t’attendrons, avant les grands froids. Novembre est le mois des installations, des arrangements, et puis nous irons je pense à Tournon à cette époque. — C’est entendu , n’est-ce pas ? Tu ne voudrais pas être la seule à nous refuser une visite. Tous les autres cousins grenoblois nous — ont promis la leur, les Berlioz au printemps, et les Burdet cet hiver. — Tu sais sans doute que nous sommes allées passer quelques jours à Claix ; le carré n’y tenait plus d’impatience [p. 4] de se revoir, après un an de séparation, et des voyages d’outre-mer à raconter. Mais, ces jours de réunion passent trop vite, et au départ, on déplore toujours de ne pas habiter la même ville. Nous avons passé notre temps, d’une manière très-paisible ; nous avons fait une course à St Georges, où nous avons parlé beaucoup de toi, (le cousin Victor te porte chaleureusement dans son cœur) ; par malheur, nous n’avons pu jouir de ses enfants qui avaient la rougeole.
    Nous voilà revenues au calme de Vienne, qui est encore bien désert. Mme Savoye est revenue pourtant ; avant son arrivée, nous pouvions nous croire dans le Sahara.
    La santé de mon père a été excellente tout l’été, nous en étions bien heureuses ; ce bien-être semble se gâter depuis quelques jours, et cela nous fait peur.  [la lettre se termine à la première page]

2011.02.320 
et enveloppe  
2011.02.321
Mercredi 19 décembre 1866


À sa cousine Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé


Image


Un feuillet de quatre pages, sur papier avec initiales imprimées JS. Enveloppe également avec initiales imprimées JS au verso. Pas de timbres postaux: la lettre a été portée à la main.


Vienne 19 Xbre 66.

Chère Mathilde,

    Je ne veux pas laisser repartir ta tante sans la charger de te porter nos souvenirs et tous nos vœux pour 1867, pour toi et les tiens ; vœux nombreux et sincères, tu ne saurais en douter Une année qui commence inspire toujours des souhaits pour ceux qu’on aime ; mais en même temps cette perspective d’avenir amène des réflexions sérieuses et une certaine sollicitude pour l’inconnu qui se [p. 2] présente. Je suppose que tes enfants, qui n’ont pas de préoccupations de cet ordre-là, voient venir le jour de l’an avec joie. Nous aimerions bien à pouvoir les embrasser et nous amuser avec eux plus souvent. Si Camille nous faisait l’honneur de nous écrire, nous serions très-enchantées ; demande-le lui de notre part. Chère cousine, tu n’abuses pas de la correspondance, et je te prie de donner à tes enfants de meilleures habitudes.
    Notre existence continue à être des plus insignifiantes ; enfin, je ne saurais rien te raconter d‘intéressant. Nous voyons peu de monde, nous faisons toujours à peu près la même chose. Nos leçons de chant, de loin en loin, forment notre principale distraction. Tous les [p. 3] lundis, nous allons travailler pour les pauvres chez les sœurs de St Vincent avec quelques dames et jeunes filles ; voilà ce qui constitue nos petits plaisirs.
    L’hiver s’annonce devoir être très-calme, on ne parle d’aucune réunion en projet. Nous n’en sommes pas désolées ; quand on sort peu, on perd l’envie de s’amuser. Du reste, mon père est si souvent souffrant, que nous ne pourrions pas être très-mondaines. Il vient de passer une mauvaise semaine. Aujourd’hui il va mieux, mais sa santé nous donne des continuelles sollicitudes.
    Nous avons eu dernièrement au passage nos cousins Michal, qui ne nous ont donné que quelques heures. Nous avions chargé notre cousine [p. 4] Mélanie de te faire nos amitiés. Louise est à Grenoble, et je suppose que tu la vois pendant ses petits séjours. Sa maternité doit l’absorber d’avance ; la pensée de la retrouver mère de famille nous étonne et nous paraît encore incroyable.
    Sais-tu que notre oncle Hector est en Autriche, et que dimanche passé il a donné à Vienne un grand concert ? Nous attendons avec impatience des nouvelles de ses succès.
    Nos oncles Marmion sont à Nice, où après beaucoup de recherches ils sont parvenus à s’installer dans un joli logement, dans le plus beau quartier de la ville, rue Gioffredo no 10. Ma tante tousse moins depuis qu’elle a quitté Tournon.
    Adieu, chère Mathilde, je termine en t’embrassant de la part de nous tous, ainsi que ton mari et tes enfants.

Toute à toi
J Suat

[enveloppe]

à Madame Jules Masclet
Grenoble
Isère

2011.02.322 
et enveloppe  
2011.02.323
Mercredi 6 mai 1868


À sa cousine Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé


Image


Un feuillet de quatre pages, sur papier avec initiales JC imprimées. De même pour le revers de l’enveloppe. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) SOISSONS, 6 MAI (18)68; (verso) deux timbres de PARIS, 7 MAI (18)68; GRENOBLE, 8 MAI (18)68.


Soissons 6 mai 1868.

Chère Mathilde,

    Je ne saurais te dire depuis combien de temps je forme le projet de t’écrire, et toujours il se présente un obstacle pour m’obliger à renvoyer ce plaisir. D’abord, à mon arrivée, tous les détails de l’installation m’ont absorbée ; puis des difficultés de domestiques ; enfin, ceci est la plus grande raison de mon silence, depuis deux mois et demi je suis très-souffrante, et incapable souvent de rien faire. J’ai commencé à être malade le jour même de mon entrée dans notre appartement et depuis lors, avec des périodes plus ou moins douloureuses, je n’ai [le texte suivant dans la marge gauche et le haut de la première page, écrit de bas en haut] tarde pas, je te prie, à me répondre. Je t’embrasse tendrement ainsi que tes enfants. Mon mari me charge de le rappeler à ton souvenir et à celui du cousin Jules. — J’ai eu ce matin des nouvelles de mes belles-sœurs qui partent pour la campagne après-demain. L’une d’elles est un peu souffrante, ce qui ne sera rien, j’espère. Adieu encore et toute à toi JC [p. 2] pas cessé d’être gémissante. Tu voudras donc bien, chère Mathilde, me pardonner, et me le prouver en me donnant bientôt de tes nouvelles et de celles de tes enfants. — Voilà l’hiver passé, les émigrants ordinaires de chaque été songent à retrouver — leurs jardins et leurs champs. Je suppose que tes projets ont leur programme habituel, et qu’après un premier séjour à St Vincent, tu iras t’installer pour un mois à Crémieux, et qu’alors Camille ralentira un peu son ardeur pour le travail. Ses études sont déjà assez sérieuses — et un repos relatif doit être favorable à sa santé. Quant à la jeune Marie, elle est sans doute enchantée de jouir de plus de liberté.
    Je te parle de mes misères, chère Mathilde, et je ne t’ai pas — dit encore que malgré tout ce qu’elles ont de pénible, elles me rendent heureuse par l’espoir qu’elles me donnent : la perspective d’un [p. 3] bébé attendu vers la Toussaint prochaîne. Pour m’aider à prendre patience et courage dans les heures où je souffre beaucoup, je songe à la joie que me promet ce futur poupon désiré. Je commence à penser à son petit trousseau dont Nancy s’occupe déjà. Cela nous distrait dans nos moments de solitude respective, et il nous semble que cette communauté de pensées nous réunit un peu. Nous ne sommes point encore habituées à vivre séparées l’une de l’autre, je ne sais même, si nous y parviendrons jamais.
    Ma chère Nancy me manque sans cesse, c’est le point noir à mon bonheur, et je crois qu’elle aussi supporte avec peine son isolement à Vienne. Enfin, bientôt nous allons nous retrouver tous les quatre réunis pour quelque temps : j’attends mon père et Nancy dans une quinzaine de jours, et j’espère aller un peu mieux à cette époque afin de jouir de leur visite plus complètement et de rendre leur séjour plus agréable. J’ai un gentil et commode logement ; seulement je déplore qu’il ne soit pas assez grand pour nous permettre d’avoir deux chambres [p. 4] à donner. Je pense que mon père ne sera pas trop contrarié de prendre un lit dans l’hôtel voisin ; j’attends une réponse à ce sujet.
    Je te parlais en commençant, chère Mathilde, de mes embarras de domestiques, ils ont été assez prolongés ; enfin j’ai pu trouver une bonne, cuisinière encore assez novice et que je tâche de former peu à peu avec mes très-faibles connaissances.
    Tu as sans doute appris le surcroît de souffrances de mon pauvre oncle Hector, occasionné par des chutes dans son voyage à Nice et à Monacco. Ces accidents nous inquiétaient, et Auguste est allé le voir à Paris. On le soumet toujours à un régime sévère, il ne sort pas, d’après les ordres du nouveau médecin qui le soigne ; il était en convalescence lorsqu’il a eu une rechute. Il va mieux maintenant, à ce qu’il nous a écrit, après nous avoir laissé trois semaines sans nouvelles.
    Je n’ai pas de lettre de ma tante Marmion, qui je suppose pourtant revenue d’Hyères. Mon oncle désire toujours le retour.
    Tu dois voir souvent ma cousine Burdet dans les loisirs que lui laisse sa triste solitude. Elle fait bien quelques visites à ses filles, qui viennent les lui rendre. Mais ce n’est plus la même chose.
    Adieu, chère Mathilde, sois indulgente si je ne t’ecris pas très-exactement, et ne [la lettre se termine à la première page]

[enveloppe]

Madame Jules Masclet
Hôtel Déchaux
Place de l’Etoile
Grenoble
Isère

2011.02.324 
et enveloppe  
2011.02.325
Samedi 13 mars 1869


À sa cousine Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé


Image


Un feuillet de quatre pages, sur papier à initiales imprimées JC. Enveloppe déchirée en partie avec au verso initiales imprimées JC. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) SOISSONS, 2 E 14 MARS (18)69; (verso) trois timbres postaux, pratiquement illisibles sauf pour le chiffre 69.


Soissons 13 mars 69.

Ma chère Mathilde,

    Je t’aurais écrit plus tot si j’avais eu le temps et le courage de le faire. J’ai eu tant de secousses depuis quelques semaines, j’ai fait tant de voyages pénibles, que je suis toute souffrante et ébranlée.
    Tu attends sans doute que je te donne quelques détails sur les — derniers instants de notre pauvre oncle bien regretté. Nous avons au moins la consolation de penser que sa fin a été calme et qu’il s’est éteint sans grande souffrance. On lui a [p. 2] donné l’Extrême-Onction assez à temps, je veux l’espérer, pour qu’il ait eu un éclair de foi vive encore et suffisante. Des amis l’entouraient ; nous n’étions pas encore arrivés. D’après nos recommendations, on voulait nous — prévenir aussitôt que le danger a paru pressant ; mais le bureau télégraphique se fermant le dimanche de meilleure heure, il a fallu attendre au lendemain pour nous envoyer une dépêche ; aussi sommes-nous arrivés quatre heures trop tard, à notre grand regret. — J’ai bien dit adieu à notre cher oncle au nom de toute la famille, et mon mari a rempli auprès de lui les derniers devoirs. Il a été admirablement soigné par sa belle-mère, sa domestique et le mari de cette dernière ; tous ses amis étaient unanimes pour le dire.
    Je ne te raconte pas la cérémonie, tu as dû, comme moi, en lire les détails dans les journeaux. Il a été inhumé [p. 3] au cimetière Montmartre, dans un caveau de famille où reposent déjà ses deux femmes. — Je ne te parle pas non plus de ses dispositions testamentaires. C’est Mr Edouard — Alexandre qui nous les a fait connaître sommairement, et qui t’a écrit, sur notre demande. Le notaire a dû depuis compléter ses premiers renseignements. Les deux lettres t’ont été adressées rue Villars, où se trouve ton nouveau logement ; cependant, comme il n’est arrivé de vous à Paris aucune réponse, je me demande si vous y êtes déjà installés.
    Je sais que Nancy t’a donné récemment des nouvelles de mon père et t’a parlé de nos inquiétudes à son sujet. Le mieux survenu pendant notre séjour à Vienne n’a pas — progressé, comme nous l’espérions, et les bulletins que m’envoie Nancy ne sont pas très-satisfaisants. Nous souhaitons ardemment le beau temps, [p. 4] la chaleur, qui seraient, je crois, un bon remède pour notre malade. On n’a pas osé encore lui apprendre la mort de mon oncle.
    Adieu, chère Mathilde, je termine car je suis très-lasse ce soir, et je t’embrasse bien tendrement ainsi que tes enfants. Nos amitiés à ton mari, je te prie.

Ta bien affectionnée
J. Chapot

PS. Voici, si vous ne l’avez déjà, l’adresse du notaire : Mr Gatîne, rue Ste Anne 51, Paris.
    Nous sommes chaque jour dans — l’attente d’un ordre de départ pour Laôn, par suite, pour mon mari, d’un changement de bataillon. Mais jusqu’à nouvel avis, écrivez-nous à Soissons.

[enveloppe]

Madame Jules Mas[clet]
Hôtel Déchaux
Place de l’Etoile
Grenoble      Isère

2011.02.326 Décembre 1857 (?) À sa cousine Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les deux premières écrites, le reste vide; papier rose avec tampon aux initiales JS. Pas d’adresse ou d’enveloppe.


Ma chère Mathilde,

    Nous envoyons à Camille une petite robe que nous lui avons brodée ; nous — espérons qu’elle lui ira bien, mais dans tous les cas comme elle n’est que faufilée, il te sera facile d’y faire les corrections voulues. Cette petite robe est un modèle de Paris, nous en avons vu beaucoup dans ce genre qui nous avaient paru jolies. Nous t’envoyons également le patron et un apercu du dessein d’une veste de zouave qui doit compléter le costume ; essaye le à Camille et quand tu y auras fait les modifications nécessaires, renvoie le nous afin que nous [p. 2] puissions la broder de suite sur du piqué pareil à la robe. Nous avons essayé la robe et la veste à un petit garçon de trois ans, et les mesures étaient bonnes. Nous aurions bien du plaisir, ma chère Mathilde à revoir ton petit Camille si joli et si gentil. Il doit avoir grandi et s’être fortifié depuis qu’il est venue à Coupe Jarrets. Embrasse le pour ses cousines Joséphine et Nancy.
    Nous avons eu dernièrement des nouvelles de nos cousines Burdet ; je dois répondre à Laure dans quelques jours ; elles allaient toutes bien.
    Adieu chère Mathilde, comme ceci n’est qu’une lettre d’envoi, je la finis là. Je t’embrasse et te fais ainsi que Nancy mille bons souhaits pour l’année prochaine. Maman t’écrira bientôt. N’oublie pas, je te prie, quand tu nous répondras si tu as reçu le carton, de nous donner des nouvelles de la cousine Victor, nous n’en savons aucune.

Ton affectionnée
Joséphine.

Lettres de Nancy Suat-de Colonjon

Fonds Chapot

R96.858.1 Lundi 20 décembre 1858 À son père Marc Suat Texte corrigé

Quatre pages, les deux dernières sur une feuille plus petite dont le bas a été déchiré; pas d’adresse ou d’enveloppe. La date en haut à gauche (‘20 Decembre 1858’) est d’une autre plume et d’une autre encre que le reste de la lettre, et a sans doute été ajoutée par la suite, peut-être par Nancy elle même: les écritures se ressemblent. De même dans les deux lettres suivantes. La lettre de Félix Marmion dont il est question p. 4 n’a pas été retrouvée.


20 Decembre 1858 Tournon Lundi matin

     Cher papa,

     C’est à toi que j’écris pour répondre à ta lettre, qui m’avait fait bien de la peine ; car tu me disais que Joséphine était toujours aussi souffrante et qu’on avait encore essayé vainement des sangsues et un vésicatoire, Pauvre sœur ! Que de remèdes, et surtout que de maux ; si au moins on pouvait les partager. Maman doit être a bout de forces et de courage ; il me tarde bien de l’embrasser, de la revoir ainsi que Joséphine et toi cher papa ; j’espère que ce sera cette semaine, car il y a déjà bien longtemps que je suis loin de vous.
    Hier a été un jour de grandes émotions, nous avons joué notre fameuse comédie, qui a excitée des applaudissements frénétiques auxquels nous n’avions pas nous attendre ; elle a bien réussi en effet, les costumes étaient charmants et nous ne nous sommes pas trop intimidées ; le public était pourtant nombreux et imposant ; il y avait [p. 2] d’abord toute la famille, puis les parents des acteurs ; la famille Deville, Goleti etc, ce qui faisait beaucoup de monde. On avait mis des paravents dans le salon pour former la scène, et a huit heures on a commencé, Mlle Marel a joué une ouverture, puis on a lu le programme qui avait été composé par monsieur Camille Bergeron et qui était fort drôle ; après quoi j’ai paru sur le théâtre toute seule, pour réciter un monologue, qui me faisait beaucoup de souci je t’assure ; la pièce a duré vingt minutes a peu près et nous nous sommes retirées au milieu des applaudissements, on a même rappelé les acteurs et nous sommes venus alors faire un salut au public, qui avait été si indulgent. Puis nous sommes allees changer de costume, ce qui a encore été assez long, car ces demoiselles avaient de la poudre des perruques et même du rouge, on avait voulu nous en mettre. Quand les toilettes ont été terminées on a dansé, saute, moi je n’ai dansé ni polkas ni valses, comme maman avait paru le désirer. je me suis permis les quadrilles avec le galop et l’avocat de paille.
    Tu vois cher papa que je me suis bien [p. 3] amusée et qu’il est bien temps maintenant de revenir vous trouver, car enfin je ne veux pas être plus longtemps dans les plaisirs, quand, ma pauvre sœur est si souffrante, Pourquoi n’était-elle pas hier au milieu de nous, Mais son tour viendra et alors elle dansera comme quatre pour remplacer ; quand ce bienheureux temps arrivera-t-il ? ah espérons que ce sera bientôt.
    Je pense qu’on pourrait venir me chercher demain ou après demain, si tu n’avais pas le temps Victoire viendrait, mais j’aimerais bien mieux que ce soit toi cher papa, dix mille fois mieux.
    Il me reste 31 francs et 14 sous, là dessus, il faut payer la façon de ma robe (qui va très bien) puis les leçons et enfin les étrennes
    [p. 4] Ma tante va bien elle avait pris un bouton pour un clou, heureusement elle en a été quitte pour la peur ; je ne sais pas quand est fixé le jour de son départ, mais mon oncle doit joindre une page à ma lettre et probablement il parlera de cela.
    Adieu cher père je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que papa maman et Joséphine.

Nancy Suat.

Mes compliments à Madame Savoye, il me tarde de voir Henri, je le trouverai bien changé, je suis sûre qu’il ne me reconnaîtra pas.
    Mes amitiés aux Demoiselles Rémond.
    Bien des choses a Victoire et à Marie.

 

R96.858.2 Vendredi 24 décembre 1858 À sa mère Adèle Suat Texte corrigé

Trois pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. Comme dans les lettres R96.858.1 ci-dessus et R96.858.3 ci-dessous la date sur la première ligne (ici ‘24 decembre 1858’) est d’une autre plume et d’une autre encre que le reste de la lettre, et a sans doute été ajoutée par la suite, peut-être par Nancy elle même: les écritures se ressemblent.


Tournon vendredi. 24 decembre 1858

    J’ai reçu seulement ta lettre ce matin chère Maman, je l’attendais déjà depuis deux ou trois jours et j’étais étonnée de n’avoir encore eu point de nouvelles.
    J’ai été heureuse d’apprendre que Mlle Bressac avait dit la même chose que les autres médecins cela tranquilise toujours papa et toi, mais je suis sûre que Joséphine n’a pas foi dans sa parole cependant, cela doit lui prouver qu’elle n’a pas une maladie inconnue comme elle se le figure puisqu’ils ont tous dit de même.
    Madame Boutaud et Marthe sont bien bonnes et bien affectueuses, ce soir je dois aller à la messe de minuit avec Marthe et sa mère à le projet de faire faire mon lit aujourd’hui, afin qu’à mon retour de la Messe je couche chez elle ; mais nous avons réfléchi avec ma tante, puisqu’elle ne part (ma tante) que Lundi matin et que papa doit venir me chercher après les fêtes, il ne vaudrait peut être pas la peine de faire une installation chez Madame Boutaud pour deux [p. 2] ou trois nuits seulement ; après le départ de ma tante, Marie viendrait coucher dans la chambre de Sophie et alors je n’aurais pas peur ; cet arrangement parait assez raisonnable j’en parlerai ce soir à Me Louise et je verrai ce qu’elle dira.
    Ma tante est toujours disposée à partir Lundi ; je ne sais si elle trouvera plus de chaleur à hyères qu’ici, car aujourd’hui je t’écris la fenêtre ouverte ; mais j’ai peur que ce beau soleil et ce vent du midi si chaud ne nous amenent la pluie, ce qui serait bien ennuyeux ; Joséphine ne pourrait plus promener, car j’espère, qu’elle n’a pas abandonnée ses promenades à pied, qui ont le mérite de faire passer une heure. Il me tarde bien de la revoir cette pauvre malade, et toi aussi chère Maman, j’espère que tu te soignes, que tu ne te fatigues pas inutilement et surtout que tu ne te tourmentes pas trop, je sais bien que quand on voit Joséphine si souffrante malgré soi on est porté à s’inquiéter, mais puisque tous les médecins s’accordent à dire que ce n’est pas dangereux mais que c’est long ! Il faut au moins apprécier cette pensée qui est si nècessaire pour donner des forces et du courage dont tu as si besoin chère maman [p. 3] Ayons confiance en la neuvaine des Stes Claire. Si leurs prières et les nôtres ne sont pas exaucées tout de suite espérons que ce sera bientôt. Qui sait peut être qu’au moment où on n’y pensera le moins elle se remettra complétement ; ces dames parlent du printemps, des bains de mer et de l’hydrotérapie ; tous ces moyens seront-ils inutiles comme les autres ? Non, non il faudra bien que cette terrible fièvre cède une fois, voilà bien assez longtemps qu’elle résiste à tous les efforts.
    On vient de m’apporter la note de ma robe marron qui se monte à 11,15 je la ferai payer tout de suite. Dans ta prochaine lettre je voudrais bien chère Maman que tu me dises ce qu’il faudra donner aux domestiques ; Sophie et Marie sont très complaisantes et m’ont lavé et repassé plusieurs fois des manches des cols et plusieurs autres objets.
    Adieu chère Maman, je passe loin de vous pour la première fois la fête de Noël mais jespère bien pouvoir vous embrasser le premier jour de l’an.
    En attendant je t’envoie tout mon cœur 

Nancy

Je vais prendre ma leçon

R96.858.3 Mercredi 29 décembre 1858 À sa mère Adèle Suat Texte corrigé Image

Quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. Comme dans les deux lettres précédentes, la date sur la première ligne (ici ‘29 dec 1858.’) a visiblement été ajoutée par la suite avec une plume et une encre différentes; dans ce cas-ci l’écriture est clairement la même.


Tournon mercredi 29 dec 1858.

    Je t’écris de chez madame Boutaud chère Maman, j’y suis installée depuis Dimanche soir, ma tante est partie lundi matin, malgré ses yeux qui étaient encore un peu enflés, mais le grand air lui fait du bien, et le médecin lui avait conseillé de partir, alors elle s’est décidée.
    Mon oncle et ma tante doivent passer un jour ou deux à Marseille de sorte qu’ils auront le temps de s’informer de ce médecin magnétiseur, que tu as envie d’aller consulter ; Joséphine en a-t elle le désir ?
    Pauvre amie, on comprend qu’elle n’ait plus confiance qu’en Dieu et le temps, quand on parle du temps et qu’il y a 9 grands mois qu’elle souffre, il semble que cette guérison devrait bientôt arriver ; espérons que 1859 nous sera plus favorable que 1858 ; il faut avoir confiance en cette année nouvelle, bénissons-là à l’avance si elle doit voir bientôt le rétablissement complet de notre si chère malade ? 
    [p. 2] Je me suis informée du jour de la rentrée des collégiens, c’est Lundi, de sorte que ce sera probablement lundi ou mardi que je vous embrasserai, d’ici là je vous enverrai bien des baisers et bien des souhaits de bonne année ; puisque je ne pourrai pas comme les autres années venir vous surprendre cher papa et chère maman et me disputer à ma pauvre Joséphine le plaisir de vous embrasser la première dans votre lit, du moins je penserai bien a vous et mon cœur ira vous trouver bien souvent. 
    Tu me disais chère Maman que tu ne me donnais point d’étrennes cette année ; mais j’espère bien que mon schals et ma victoria sans parler de ma montre sont de fameux cadeaux, ma victoria me fait un très-grand plaisir c’est si commode et si chaud. Mr Rémond n’oubliera pas son album j’en suis sûre. pourvu qu’il soit aussi bien choisi que celui de l’année passée ; je te charge chère maman de présenter mes souhaits de bonne année à ces demoiselles, ainsi qu’aux [p. 3] demoiselles Molière si tu les vois.
    Hier j’ai reçu une lettre bien affectueuse de Céline, qui m’exprime tous les regrets qu’elle a eus de ne pouvoir m’avoir pas vue à son passage ici ; je l’ai bien regretté aussi, car j’aurais été bien heureuse de voir cette chère Céline, mais il paraît qu’elle n’a pas eu le temps
    J’avais oublié de te dire où je couchais chère Maman ; eh bien on m’a donné une jolie petite chambre, avec une tapisserie comme Joséphine en désirera bientôt une pour notre chambre ; elle donne dans l’anti-chambre et est tout près de celle de madame Veyron et en face des domestiques, de sorte que je n’ai pas peur dutout, du reste je suis devenue brave maintenant. Je n’empêche pas Marthe de faire ses devoirs, j’assiste aussi à ses leçons de littérature et d’histoire d’Angleterre, elle prend dans ce moment sa leçon de piano, moi j’ai la mienne cet après-midi.
    Adieu chère Maman, adieu papa, adieu Joséphine, je vous envoie mille baisers pour l’année prochaine.

Nancy

[p. 4] Bien des choses aux filles je leur souhaite aussi de tout mon cœur une bonne année.
    Mes compliments et mes souhaits à Mr et Me Savoye, un gros baiser à Henri. Me Savoye sera bien heureuse de voir George.
    Je n’oublie pas non plus le bon père Marchand et Me Dutriac et Me Lucien.

R96.858.4 Vendredi 31 décembre 1858 À sa mère Adèle Suat Texte corrigé

Trois pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. Dans cette dernière lettre de Nancy Suat de Tournon, la date a été écrite en même temps que la lettre et non ajoutée après coup comme dans les trois lettres précédentes.


Tournon 31 dec 1858.

    Chère Maman

    Je t’écris à la hâte car je vais faire des visites avec Me Boutaud, à toutes ces dames, et des visites de remerciments puisqu’on a eu la bonté de penser à moi ; je t’écris sur une table qui est encombrée de boites de carnets etc, Me Fanny m’a envoyé une boite de dragées, sa belle fille Me Caroline qui est ici, une corbeille de fruits confis, Me Sauzet une jolie boite de chocolats fins Me Emma une de dragées Me Boutaud une autre boite aussi et enfin les dames bergeron chacune un carnet ; je suis bien reconnaissante de la bonté de toutes ces dames, et j’espère que les bonbons ne sont pas défendus à ma chère Joséphine, qui partagera avec moi toutes ces générosités.
    Mais parlons vite de Marthe, c’est très embarrassant, mais je vote pour le bracelet d’ambre, c’est ce qui nous fera le plus d’honneur, je n’en suis [p. 2] suis pas d’avis du verre d’eau, ni de la coupe ; quand au livre de messe elle en a un très beau qu’on lui avait donné pour sa première communion, elle a de tout véritablement ; le bracelet sera peut-être plus cher que le reste mais au moins cela représente le prix. Enfin chère Maman tu feras pour le mieux j en suis sûre.
    Tu n’oublieras pas de m’envoyer de l’argent ; j’ai donné 5 f à Sophie le jour de son départ, j’en donnerai autant à Marie ; quand aux domestiques de Me Boutaud je ferai comme tu me le dis, il n’y ni garçon ni cuisinière c’est une femme de ménage qui vient tous les jours faire la cuisine, je ne sais pas si il faudrait lui donner ; puis Me Boutaud a sa femme de chambre et Me Veyron la sienne qui s’occupent toutes deux de moi. Explique-moi je te prie chère maman tout cela très en détail.
    J’ai payé la couturière et aujourd’hui j’ai fait demander la petite note de Mr Marel.
    [p. 3] Adieu Bonne année, mille milions de baiser à Joséphine à papa et à toi chère maman
    A bientôt

Nancy

 

R96.858.5 Mardi 13 septembre 1859 À sa mère Adèle Suat (avec Marc Suat) Texte corrigé Image

Quatre pages, jusqu’au haut de la page 3 de la main de Nancy Suat, le reste de la main de Marc Suat; encre assez pâle et d’une lecture parfois difficile; pas d’adresse ou d’enveloppe.


Vienne mardi

    Malgré les courses, les fatigues et les agitations de Paris, tu as encore trouvé le temps de nous écrire plusieurs fois chère maman pour nous donner quelques détails sur votre vie de Paris ; d’après tes lettres il parait que vous avez déjà vu beaucoup de belles choses, que Joséphine a admiré avec enthousiasme et plaisir malgré ses maudites fatigues qui n’ont pas voulu la quitter.
    Après cette vie si agitée si tourmentée chère maman tu apprécieras vraiment j’en suis sûre la paisible tranquillité de Coupe-jarrets, tu y trouveras des raisins et des figues excellentes qui te feront plaisir. Joséphine sera obligée de prendre la pioche et l’arrosoir, car le parterre a grand besoin de ses soins entendus et les réclame.
    Nous ne nous y sommes pas installés ; nous y allons seulement passer la journée de temps en temps de sorte que nous varions nos plaisirs.
    [p. 2] Dimanche nous avons dîné papa et moi chez Me Marchand, qui a chez elle dans ce moment la famille Ainé ; Mlle Noémie a été fort gracieuse et très aimable ; hier nous sommes allés tous ensemble à Chasse ; Me Dutriac malgré la grossesse si avancée de Léonie nous avait engagés à y aller passer la journée, cette pauvre femme est vraiment toujours trop bonne elle n’avait pas besoin de cet embarras dans ce moment ; du reste Léonie va fort bien et n’a pas maigrie je t’assure ; j’ai trouvé Me Dutriac est un peu moins triste, cependant l’arrivée de la famille Ainé qu’elle n’avait pas vue depuis la mort du pauvre Mr Marchand lui a rappelé de douloureux souvenirs. Elle a beaucoup causé de toi avec papa et elle espère bien avoir le plaisir de te voir à ton retour.
    Me Guillermet est venue savoir de tes nouvelles l’autre jour, elle te croyait arrivée depuis longtemps.
    Adieu chère maman papa réclame deux pages je t’embrasse [p. 3] mille et mille fois ainsi que ma chère Joséphine.
    J’espère que vous parlez un peu de moi à mon oncle Hector que je n’ai pas vu depuis si longtemps dis-lui de ma part qu’il faut absolument qu’il vienne bientôt nous voir à Vienne papa et moi
    Adieu encore

Nancy

[de la main de Marc Suat]

    Chère femme je viens ajouter quelques lignes à celles de nancy pour te dire avant tout que nous allons bien L’un et L’autre. il me tarde infiniment de Savoir ton frère arrivé, il te donnera de L’agrement dont tu as bien besoin pour te remettre un peu de ta fatigue si longue auprès de notre pauvre Malade, tu me diras les détails de son concert et tout ce qui se passera entre vous. tachez de savoir exactement ce que je devrai faire pour son vin, il est devenu très cher, mais ce n’est pas une raison pour ne pas lui adresser tout ce qu’il voudra, seulement j’aurais besoin de savoir combien sa cave peut contenir de — tonneaux de la dimension de ceux que je lui ai envoyés.
    ne manquez pas de voir Mme Chauliaguet et de lui dire que depuis plus d’un mois Mme [p. 4] Dutriac remet de Lui écrire parceque sa fille fait attendre son poupon ; elle est énorme, cela ne peut tarder beaucoup ; il y a bientôt six semaines qu’on attend chaque jour L’évènement ; ils s’étaient trompés dans leurs calculs. nous avons passé une bonne journée à chasse hier et en sommes revenus à 9 heures du soir. j’ai trouvé Mme Dutriac vieillie la pauvre femme.
    je ne sais si je dois te conseiller de venir par orléans, je remarque par le Livret des chemins de fer que tu aurais à changer de voiture — plusieurs fois, ce qui est un inconvénient pour les personnes et pour les effets ; tu aurais une demi journée à — orléans où vous pourriez vous reposer mais d’orléans à Vienne il y a Loin et avec les retards vous seriez 14 heures à faire ce trajet du matin à 8 heures — 35 au soir a 19 heures. le plaisir de voir orléans peut-il compenser l’embarras que tu aurais et une 40 f quarantaine de francs de plus de dépense ; il me semble plus naturel de les consacrer à passer une journée ou deux de plus à paris. d’ailleurs en partant de paris à 6. heures du matin vous arriveriez à Dijon à midi et pourriez y coucher pour en — repartir le Lendemain à midi et 22 et arriver ici — a 9 heures du soir. Vous auriez moins d’embarras moins de fatigues, la période de tems passée en voiture etant moindre et moins de sollicitudes n’y ayant pas de changement de voiture [dans la marge de gauche, de haut en bas] Si non pour vous arrêter à Dijon où vous auriez deux demi-journées au lieu d’une. Adieu

 

R96.858.6 Début décembre 1858 (?) À sa sœur Joséphine Suat Texte corrigé

Trois pages; pas d’adresse ou d’enveloppe.


Tournon jeudi.

    Ma bien chère Joséphine

    Monsieur Genin vient de faire sa visite à ma tante et il m’a remis, le petit paquet de maman, qui me dit que tu vas un tout petit peu mieux, Dieu veuille que cela ait continué ! Le jour du passage de Me Boutaud, tu n’as pas non plus été par trop souffrante de sorte que tu as pu jouir un peu du plaisir de voir ces dames. Mr Genin m’a raconté que Dimanche il était allé voir maman et qu’il t’avait trouvée en grande toilette assise au coin du feu ; il te trouve aussi grasse qu’autrefois, et dire qu’avec cette apparence tu souffres si affreusement.
    Madame Boutaud ne revient que ce soir ; je ne me suis pas ennuyée pendant l’absence de Marthe j’avais mon ouvrage et le piano ; puis j’allais me promener, un jour avec Mes Frachon et Sauvet un autre jour avec Mes Bergeron, hier je suis allée à Chaise avec Me Xavier, nous avons visité l’Eglise, les rues. Aujourd’hui devines ce que je [p. 2] suis allé voir ? Une menagerie. Il y avait des lions, des tigres des panthères, des hyènes, des ourses blancs, deux beaux pélicans, tout blancs avec un grand grand bec, puis de jolis perroquets roses blancs rouges, charmants, et enfin des singes, qui attiraient beaucoup de curieux le fait est qu’ils étaient fort amusants, avec toutes leurs grimaces, ils avaient des figures d’hommes véritablement.
    Es-tu allée te promener aujourd’hui il fait bien beau, tu as du profiter du soleil, car il y a longtemps qu’on ne l’avait vu. Je voudrais bien être avec toi chère petite sœur et tacher de te distraire de t’occuper ; que je serais heureuse si je te voyais sourire ; que je donnerais de choses pour cela.
    J’espère que maman va bien, qu’elle se soigne et ne se tourmente pas trop, je la remercie bien de ses jolies cravates qui me font grand plaisir. j’imagine que tu en as aussi et que tu les portes ; ah mademoiselle on vous donne de jolies choses et vous ne voulez pas les mettre ; le petit col de ma tante est bien joli n’est-ce pas ; elle m’a donné le mien aujourd’hui, il n’est pas tout a fait de même que le tien, mais il est bien joli dans son genre.
    Je parle toilette et bêtise ; je t’ennuie peut-être, pauvre amie, je voudrais te distraire [p. 3] un moment, mais si tu es triste et souffrante je ne remplis peut-être pas mon but, mais je veux espérer que si, je veux croire que ma lettre te fera plaisir et que tu recevras bien, les milions de baisers que je t’envoie, chère sœur reponds moi : oui.
    Adieu je t’embrasse et je t’aime plus que je ne puis le dire. Mille caresses à papa et à maman.

Nancy.

Je renvoie par Mr Genin la crinoline de maman. Mes tailles de dessous vont bien, cependant si les autres ne sont pas faites on pourra les tenir un peu plus étroites en bas et plus larges en haut.
    J’ai pris hier ma première leçon d’accompagnement, je crois que cela me fera du bien pour la mesure.
    Adieu je n’y vois plus, les petites Bergeron sont là qui babillent qui bougent de sorte que ma lettre doit en souffrir beaucoup ; mais tu es indulgente, et pourvu que je le dise que je t’aime bien tendrement c’est tout ce que tu veux n’est-ce pas.
    Bien des choses à Victoire et à Marie mes compliments à Me Savoye et a Me Lucien, et mes amitiés à Léonie et Caroline.

 

R96.858.7 Fin novembre 1858 (?) À sa mère Adèle Suat Texte corrigé

Trois pages; pas d’adresse ou d’enveloppe.


Tournon samedi.

    Je t’écris chère maman, pour te dire que madame Boutaud, aulieu de partir lundi, partira demain a 1 heure de Tain, et arrivera à Vienne a trois heures a peu près, elle dinera avec vous et repartira le soir, afin d’être lundi de bonne heure à Lyon.
    Je veux espérer que sa visite fera un peu plaisir à Joséphine, qu’elle la distraira ; Que je serais contente si ces dames à leur retour, me disaient qu’elle va un peu mieux ! Toi maman, la courte apparition de la si bonne madame Louise te fera peut-être du bien ; car tu as besoin, dans cette triste circonstance, de l’intérêt et de l’affection de tes amies.
    Hier je suis allée avec ma tante voir Me Blachier, mais elle n’y était pas, delà alors nous sommes allées chez Me Des cot, cette demoiselle qui était chez ma tante l’autre jour ; elle est très-adroite et fait fort bien le filet, elle nous a montré une garniture de mouchoir qu’elle avait faite au filet avec du fil excessivement fin, c’était très joli [p. 2] et imitait la guipure.
    Le départ de ma tante n’est pas du tout fixé, je crois cependant qu’elle se décidera pour hyères ; mon oncle a un peu repris ses fatigues d’autres fois ; et ma tante tousse outre cela, elle a un petit bobo au doigt puis un clou sur la poitrine ; de sorte qu’elle se tourmente ; néanmoins, je suis sûre que Joséphine, d voudrait bien changer sa maudite fièvre contre tous ces petits maux, Pauvre sœur ! Il vaudrait encore mieux ne rien changer et n’avoir plus la fièvre.
    Adieu, adieu chère maman, chère Joséphine, je vous envoie ainsi qu’à papa toutes les caresses de mon cœur. 
    J’avais oubliée l’autre jour de te dire de mettre dans le paquet que tu m’enverras ; des mouchoirs de poche des bonnets de nuit une paire de manches un tricot et une tournure et une jupe gommée, puis mes semelles fourrées que j’avais oubliées, Voilà beaucoup de choses et je crains que cela ne fasse un bien gros paquet, mais madame Boutaud ne s’en chargera qu’à son retour et tu auras la bonté de l’envoyer à la garre le jour où elle passera.
    J’aurais bien envie chère maman de prendre des leçons d’accompagnement de Mr Marel, le professeur de Marthe qui [p. 3] enseigne très bien ; si tu juges convenable de me le permettre, tu me le feras dire par Me Boutaud.
    Adieu encore c’est l’heure de déjeuner, je vous embrasse encore mille et mille fois.

Nancy Suat.

J’ai écrit hier à Céline, de mon mieux, toutes les recommendations ont été suivies.
    Si le temps n’est pas très sur madame Boutaud partira tout de même, mais si il pleut a torrent tu conçois facilement qu’elle ne s’embarquera pas,
    Je décachète ma lettre pour accuser réception du sac ; tu as bien pensé à tout chère maman et je te remercie de tout mon cœur, Joséphine est toujours aussi triste, mon Dieu que je la plains ! Ta robe est très-jolie et me plait beaucoup, je la ferai faire bien comme tu me le dis, afin qu’elle soit bien comme celle de Joséphine,

R96.858.8 Fin novembre 1858 (?) À sa mère Adèle Suat Texte corrigé

Trois pages; pas d’adresse ou d’enveloppe.


Tournon jeudi matin.

     Mon oncle, vient de recevoir ta lettre chère Maman, et ma tante sort de ma chambre, où elle est entrée pour m’apporter des nouvelles. Toujours la même chose ! Que ce mot est terrible, mon Dieu c’est désespérant ; pauvre Joséphine, pauvre maman ; cependant il parait qu’elle n’a pas été plus souffrante depuis la dernière lettre que tu m’as écrites qui m’avait tant peiné, car tu me disais qu’elle avait été encore plus fatiguée qu’à l’ordinaire si c’est possible. L’absence de papa a été bien malencontreuse, et il a du vous en coûter beaucoup de le laisser partir, quand on est si malade et si triste on a besoin d’être tous réunis ; toi surtout chère maman, toi qui es toujours toujours là, il est de toute nécessité que tu aies papa pour t’aider un peu ; et puis Joséphine est plus tranquille quand elle sent que vous êtes tous près d’elle, Moi je voudrais bien pouvoir aussi lui donner mes soins et toutes mes caresses, je voudrais prendre tous ses maux et les porter à sa place ; mais je ne puis que penser à elle et à vous cher papa et chère maman. [p. 2] Madame Boutaud a retardé son voyage à Lyon jusqu’à Lundi prochain, son projet est toujours de s’arrêter à Vienne pour te voir. Je dîne et je déjeune bien souvent chez elle, et je passe presque toutes mes journées avec Marthe qui est d’une bonté pour moi, dont tu ne peux pas te faire une idée.
    Lundi dernier nous avons eu notre petite réunion chez ma tante ; nous étions sept, il y avait les deux delles Molière les grandes amies de Marthe, elles sont très bien, puis Melle Des cote et Melles Taste et Ferrand, ma tante nous a donné un très-bon gouter dont nous faisions les honneurs Marthe et moi, Marthe a découpé deux poulets avec une dextérité admirable, Joséphine malgré son grand talent n’aurait pas mieux fait.
    Quand est-ce qu’elle voudra cette bien chère sœur se laisser distraire et amuser ? Espérons que ce moment si, si désiré ne se fera peut être pas trop attendre, et que bientôt nous aurons le bonheur de la voir redevenir la Joséphine d’autrefois, gaie et bien portante ; mais il ne faut pas parler de cela, je vais la faire pleurer, je me tais bien vite sur ce sujet.
    J’ai écrit hier à Marie et aujourd’hui ou demain j’écrirai à Céline.
    Ce soir je vais dîner chez Me Césarine. [p. 3] Tu auras la bonté chère maman de m’envoyer par Me Boutaud 1 ou 2 chemises, des bas, des pantalons des camisoles et des tous les cols et toutes les manches qui restent encore à Vienne. Si tu m’envoies ma robe tu me feras expliquer comment tu veux la faire faire, la tailleuse de ces dames, est une bonne faiseuse.
    Adieu, adieu chère maman, je t’embrasse ainsi que Joséphine, ma chère Joséphine et papa de toutes les forces de mon âme.
    PS J’étudie mon piano tous les jours.
    Mes compliments bien empressés à la bonne Me Savoye.
    Le départ de mon oncle n’est pas encore fixé.

 

R96.858.9 Jeudi 16 décembre 1858 À sa mère Adèle Suat (avec Thérèse Marmion) Texte corrigé

Quatre pages en tout, les trois premières de la main de Nancy Suat; la quatrième page est de la main de Thérèse Marmion (et non de celle de Louise Boutaud: l’écriture et la mauvaise orthographe sont bien celles de Thérèse Marmion). Pas d’adresse ou d’enveloppe.


Tournon jeudi matin.

     Chère Maman

     J’ai reçu ton paquet avant-hier soir bien à temps, je l’attendais avec impatience, il ne manquait rien, et jusqu’à ma chère Joséphine qui avait voulu m’envoyer ses epingles, pauvre sœur malgré ses maux et sa tristesse elle pense à moi, elle s’occupe de mes plaisirs, Que je voudrais donc que ce soit des siens ! Mais son tour viendra comme tu le disais chère maman et alors elle prendra sa revanche.
    La soirée de Mr Deville était plutôt une reunion qu’une soirée, c’est-a-dire qu’il y avait la famille et quelques personnes étrangères ; on a pas dansé heureusement a cause de Me Deville la mère, on a joué tres gravement à la comète (un nouveau jeu qui ressemble un peu au nain jaune) puis au lancenet et on s’est retiré a 11 heures, j’avais mis ma robe lilas avec le fichu de même, je me suis félicitée de l’avoir car toutes ces dames avaient des robes un peu claires.
    Nous sommes très-occupées toujours de notre petite comédie, tous les jours nous [suite à la p. 2
[moitié gauche du feuillet — soit la page 4 — de la main de Thérèse Marmion] en m’éveillant ma chére adèle je me suis apercue que j’avais un commencement de clou sous le bras, voilà donc mon départ renvoié pour 8 jours aumoins ; j’espère bien que vous renoncerez au projet d’envoier chercher Nancy ; Louise qui ne se doutait pas de l’ajournement de mon voyage vous a écri ce matin pour vous faire comprendre la nécèssité de nous laissez encor notre chére petite, laissez vous donc toucher, ma chére amie, vous nous rendez tous heureux et franchement dans l’intérèt de votre chére enfant ce sacrifice est nécèssaire, adieu ma chére amie, courage et patience ; n’abandonnez pas les promenades a cheval, c’est un moien puissant ; le beau soleil d’aujourd’hui la déterminera a sortir je l’espère ; nous attendons des nouvelles impatiemment, toujours dans l’espoir qu’elles seront meilleures et toujours de nouvelles décèptions. Adieu [à droite, de haut en bas, déborde sur la première page] Il faut que vous sachiez que votre fille a été trouvée charmante a la soirée de Mme Deville ; heureusement nous eumes l’idée d’envoier chercher la robe a 7 heures du soir, car sans cette précaution on ne l’aurait aporté que le lendemain.
    [p. 2] [de la main de Nancy] avons une répétition, et j’espère que cela en ira pas trop mal, je ferai de mon mieux chère maman, pour te faire honneur ainsi qu’à madame Boutaud ; j’ai un rôle sentimental assez difficile mais à force de repétitions je parviendrai à faire bien peut-être, notre projet est toujours de la jouer dimanche ; je suis une petite ouvrière fleuriste réduite là par des revers de fortune, ma toilette alors sera très-simple, on doit me prêter une petite robe claire, puis je mettrai mon fichu à la paysanne, celui qui n’a pas de rubans ; et un bonnet un peu gentil sur la tête. Marthe aura une toilette beaucoup plus compliquée, ma tante a découvert une vieille robe grise avec deux volants en biais festonnés, avec un vieux mantelet, puis elle aura un chapeau délicieux, un chapeau démesurément grand garni de bleu, avec un voile vert, ce qui sera tout a fait anglaise, puis un boa ; un éventail des gants gants, un ridicule etc etc. toutes ces demoiselles, auront aussi chacune une toilette assez drôle.
    Je ne sais si tous ces détails amusent ou attristent Joséphine, je voudrais bien la distraire, et puisque malheureusement tu ne te décides pas a venir, je voudrais au moins tout t’expliquer.
    Hier j’ai diné chez Melle Noémie Blachier [p. 3] avec Marthe les delles Molière et une jeune personne qui est chez Mle Deville, aujourd’hui je suis invitée à goûter chez Me Eugénie Blachier. Tu vois chère Maman combien j’ai de distractions, c’est bien triste de penser que ma pauvre sœur, souffre et gémit, pendant que je suis invitée et gâtée par tout le monde.
    Ses courses à cheval l’ont donc fatiguée ? C’est doublement affligeant, puisque cela, la distrairait un peu ; mais peut être que quand elle se sera reposée quelques jours, elle pourra les reprendre, en mettant un intervalle en allant moins loin, elle pourrait essayer.
    Adieu chère maman ; je te quitte il faut que je finisse de m’habiller et que j’aille ensuite chez Marthe pour la répétition, ma tante veut aussi t’écrire.
    Adieu mille baisers a Joséphine

Nancy

Je te remercie de ma jolie palatine, elle est charmante et m’a fait bien plaisir l’autre jour, je l’avais gardée pour entrer au salon.
    Il est inutile je crois que je fasse terminer les enveloppes de corset que tu m’as envoyées, j’en ai encore de propres.
    Ma robe marron est un peu rongée en effet, pourrai y coudre une tresse, comme a celle de Joséphine, mais je n’aurai peut-être pas le temps, avec cette comédie, la journée passe vite, cependant j’étudie toujours mon piano et longuement ; les morceaux que tu m’as envoyés me semblent jolis.

Adieu

R96.858.10 Jeudi 9 décembre 1858 (?) À sa mère Adèle Suat Texte corrigé

Trois pages; pas d’adresse ou d’enveloppe.


jeudi matin.

     Chère maman,

Je veux espérer que le proverbe : point de nouvelles, bonnes nouvelles, a raison, et que Joséphine continue toujours a aller pas trop mal, je ne me permets pas d’espérer qu’elle va mieux ; ses promenades à cheval, l’amusent-elles un peu ? Je la vois d’ici galopant fièrement sur la grande route, et toi pauvre maman la suivant modestement sur tes jambes.
    Tu me demandais dans ta lettre quand était fixé le départ de mon oncle ; eh bien personne ne le sait, car ma pauvre tante est pour le moment dans son lit, tu sais qu’elle avait un clou ces jours passés, elle l’a encore et outre cela une telle irritation de la peau qu’elle lui donne des démangeaisons affreuses, qui sont arrivées peu à peu de la poitrine jusqu’aux yeux, elle prend des grands bains tous les soirs pour calmer un peu ses nerds qui sont bien agacés ; car elle se tourmente comme tu peux t’en faire une idée, cependant ce n’est rien dutout, et son médecin l’a priée d’avoir la [p. 2] bonté de ne pas se tourmenter ; tu comprends chère maman que le voyage est renvoyé, il devait s’effectuer lundi passé mon oncle avait écrit à Marseille à Mr Morel pour retenir des places pour la diligence d’hyères il a été obligé de contremander les places ; il est bien un peu contrarié de cela ; mais a quelque chose malheur est bon dit-il, et si ma femme est encore souffrante pour quelque temps au lieu d’aller à Hyères, nous irons quand elle sera rétablie passer deux ou trois mois à Marseille simplement ce qui m’arrange très-bien. Adèle et Joséphine se décideront peut-être a faire ce voyage ?
    Madame Veyron est arrivée depuis lundi, elle ne va pas mal, et elle a le projet quand les jours seront plus longs, de venir te faire une petite visite à Vienne. Madame Louise a un dîner de famille aujourd’hui, hier je suis allée avec elle et Marthe faire des visites, nous avons commencé par les dames de Landersset, que nous avons trouvées, son fils y était aussi et il nous a montré de très-jolies peintures, des vues de la Suisse, des portraits etc, il a un beau talent et beaucoup de dispositions sa sœur aussi, car l’année passée elle a fait le portrait de Marthe et il est très ressemblant ; de là nous sommes allées chez Mes Des cot et Ferrand, que j’avais vues chez ma tante ; Me Ferrand est de Grenoble [p. 3] et parente ou du moins alliée à ma tante Auguste. A propos de Grenoble, j’avais oublié de te dire que j’avais reçu une lettre de Marie qui me disait que sa mère avait du t’écrire.
    Adieu chère maman, a bientôt je l’espère car il serait bien triste pour nous d’être séparées pendant les fêtes de Noël et du jour de l’an. J’envoie a Joséphine un million de caresses et a papa et a toi chère maman je donne tout mon cœur 

Nancy

PS Je n’aurai pas assez d’argent pour donner des étrennes aux filles, payer ma robe et mes lecons.
    J’ai écrit une lettre bien affectueuse à Louise Bichat.
    Je reçois la lettre de papa à l’instant, Joséphine est a peu près toujours de même. Mon Dieu qu’il faut de la patience.
    Mon oncle ecrira demain

R96.858.11 Fin novembre 1858 (?) À sa sœur Joséphine Suat Texte corrigé

Deux pages; pas d’adresse ou d’enveloppe; écriture très soignée.


Tournon Dimanche.

         Ma bien chère Joséphine

     La bonne lettre de maman m’a un peu rassurée, et j’ai été bien heureuse d’apprendre que vendredi tu avais moins souffert, cela était de toute justice tu avais assez payé ton tribut jeudi.
    Mon Dieu que cette fièvre est donc terrible pauvre petite sœur ! Mais écoutes quand tu sera guérie tu prendras ta revanche et alors nous serons tous bien heureux.
    Ma tante me soigne et me dorlote, on fait du feu dans ma chambre, et c’est là que je reçois Marthe qui passe ses journées avec moi, hier j’ai diné chez sa mère et aujourd’hui j’y ai déjeuné, ce soir je suis invitée chez Me Bergeron ! Ma tante voulait avoir cet après-midi une réunion de jeunes filles, mais ces demoiselles étaient toutes invitées chez une autre personne, de sorte que le goûter a été renvoyé à demain, il doit y avoir une petite loterie où il y a de forts jolis lots, dont un t’est destiné. Pourquoi n’est tu pas là chère chère sœur pour prendre ta part de ces petites distractions, mais le mauvais temps ne dure pas toujours, et les beaux jours reviendront peut-être bientôt ! alors je n’irai plus sans toi et mon plaisir sera centuplé. [p. 2] Madame Boutaud a toujours le projet de partir mercredi, mais ma tante ne veut pas qu’elle m’emmène, elle veut me garder jusqu’à son départ pour le midi et après me laisser à Madame Boutaud, ce qui est de toute impossibilité, car enfin je ne peux pas passer ma vie toujours loin de vous ; mais je ne peux pas faire entendre raison à ma tante sur ce sujet, et il faudrait je crois l’autorité de maman pour la décider, Si 
    Adieu ma chère Sœur je te quitte pour rejoindre Marthe pour aller à Vêpres, où je prierai de tout mon cœur pour toi ; je vais mettre mon beau schals, que tout le monde trouve bien joli, et on prétend que je ressemble à une dame tu comprends combien je suis flattée, j’espère, bien que tu as mis le tien aujourd’hui et que de ton côté tu veux aussi essayer de jouer la dame.
    Allons je plaisante, ai-je tort ? Dieu veuille que non.
    Adieu encore j’embrasse papa et maman mille et mille fois et toi je t’étouffe de baisers.
        Ta sœur 

Nancy

R96.858.12

Lundi 13 et mardi 14 
décembre 1858
À sa mère Adèle Suat 
(avec Thérèse Marmion)
Texte corrigé



Un feuillet de quatre pages, les deux premières de la main de Thérèse Marmion, les deux dernières de la main de Nancy Suat; pas d’adresse ou d’enveloppe.


[De la main de Thérèse Marmion]

Lundy

Je vais toujours mieux ma chere Adèle, mais je ne partirai pas avant mardy prochain, je continue de prendre mes grands bains, remèdes insupportable à raison des précaution qu’il faut prendre pour éviter le froid ; Jeudy je cèsserai ce remède incomode ; tachez de venir vendredy avec Joséphine pour être temoin dimanche des débuts de votre fille, ce nouveau genre de distraction intérèssera votre malade et nous serons tous bien heureux de vous recevoir ; répondez nous donc promptement et donnez nous une réponse favorable ; il ne faut pas que cet arangement nous prive du plaisir de voir votre mari mais dites le lui bien, et surtout renoncez l’un et l’autre a nous [p. 2] enlever notre petite Nancy il faut qu’elle passe son carnaval a Tournon : je trouve très heureux que Josèphine continue ses courses a cheval, je suis persuadée que cet exercice amènera sa guérison complètte ; je vous l’assure pour le mois d’avril ou le mois de mai ; de retour du midi a cet époque, vous venez nous voir, et je donne une bèlle soirée ; allons ma chere Adèle du courage et de la patience et venez un peu vous retremper aumilieu de nous.
[p. 3] [De la main de Nancy Suat]

    Ma chère Maman

La lettre d’hier de ma tante t’a peut-être bien contrariée, je n’étais pas chez elle quand elle t’a répondue, de soi Il y a bien longtemps en effet que je suis loin de vous ; mais ma tante t’a expliqué probablement que nous devions jouer une petite comédie et que si je m’en allais avant, je la ferais manquer, ce qui contrarierait beaucoup madame Boutaud et Marthe qui est très en train. Que je serais heureuse si tu te décidais a venir ce jour là avec ma chère Joséphine, pour assister à mes débuts, vous m’emmeneriez après, car je n’aurais plus de raisons pour rester à Tournon, et j’en aurais beaucoup qui m’attireraient vers Vienne car j’espère bien être de retour au milieu de vous pour les fêtes de Noël et du jour de l’an.
    Joséphine se permet le plaisir d’amazone qui l’amuse un peu a ce qu’il parait, ce qui est déjà beaucoup, et moi je vais m’essayer sur la scène ; j’ai un joli rôle bien long, Marthe est une anglaise, vieille, ridicule, chargée et la mère de mon futur mari, qui sera probablement monsieur de Landersset ou Mr Gallongeon ; mais rassure toi chère maman, il ne me fait point de déclaration car il a toute les peines du mondes a baragouiner deux ou trois mots a demi français ; Melle Molière est une petite [p. 4] ouvrière bien dégagée et très amusante, Mlle Noémie Blachier devient ma vénérable grand-mère et enfin Mlle Landersset est portière. Que j’aurai de choses à vous raconter !…
    Hier nous avons diné chez Me Camille Bergeron, et demain soir il y a une réunion assez nombreuse chez madame Deville où je suis invitée, je te dirai que je trouve ma robe grise bien simplette, mais ma tante Marmion ne me comprend pas et prétend que je suis très convenable comme cela, je m’en rapporte a elle n’est-ce pas chère Maman !
    Il est l’heure de la promenade, de notre pauvre et chère petite malade, bravera-t-elle aujourd’hui bravement le brouillard et le froid ? Je m’imagine que oui et je vais la suivre en imagination (on peut aller aussi vite qu’à cheval) sur la route de Marseille ou de Goudrière, et c’est là que je vais lui envoyer un million de baisers, qu’elle recevra sans pleurer je l’espère.
    Adieu chère maman je t’aime de toutes mes forces.
    Je te quitte pour étudier mon piano, car je vais prendre aujourd’hui ma leçon d’accompagnement que j’aime beaucoup ; Mr Marel est un excellent professeur.

Nancy

R96.858.13 Vendredi 1er mars 1878 À Auguste Chapot (?) Texte corrigé

Deux pages, pas d’adresse ou d’enveloppe; écriture soignée et bien lisible.


1er mars 1878

Gilbert [de Colonjon] me charge de vous dire qu’il a profité de son séjour à Paris, pour prendre quelques renseignements sur l’état de la succession artistique de notre oncle Berlioz. Il a pu constater tout d’abord qu’il y a à cet endroit une complète confusion et que tout serait à faire pour débrouiller une situation d’autant plus compliquée que nous n’avons ni doubles, ni nomenclature des traités faits par notre oncle, de son vivant avec ses éditeurs, tant en France, qu’à l’étranger. Il [dans la marge de gauche, de haut en bas, fait suite à la fin de la p. 2] fois des renseignements plus complets [p. 2] paraît certain par exemple que la partition de Béatrix et Bénédict n’a point été vendue et on a fait à Gilbert des offres à ce sujet. Rien n’indique qu’il n’en soit pas de même pour d’autres œuvres. Nous avons probablement quelques réclamations à faire ou au moins à tenter envers un éditeur allemand. Tout est à cet égard dans l’abandon le plus complet. Il s’est ainsi trouvé qu’une petite agence de billets d’auteurs nous devait, depuis la mort de notre oncle 1847 fs qui auraient été retenus indéfiniment à défaut de réclamation et que [qui changé en que] ont mon mari a fait verser à la caisse centrale à votre disposition. [d’une plume moins fine] A une autre [texte conclu en marge de la première page]

Fonds Reboul

2011.02.327 
et enveloppe  
2011.02.328
Vendredi 8 août 1856


À sa cousine Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé


Image


Un feuillet de quatre pages, papier blanc avec tampon aux initiales NS à la première page; enveloppe déchirée à gauche, mais les timbres postaux sont intacts. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 9 AOUT (18)56; (verso) VOREPPE, 10 [AO]UT (18)56.


Vienne Août vendredi 1856

Ma chère Cousine

    Je viens de recevoir une lettre de Maman qui se plaint de ce que tu ne lui donnes plus signe de vie ; et elle prétend qu’elle serait inquiète de toi, si elle ne savait de tes nouvelles par mon oncle Marmion, aussi elle m’a chargé de te faire ses reproches, et de te dire qu’elle ne partira que le 15. Elle s’amuse toujours beaucoup, tu as su sans doute que mon oncle Hector était à Plombières, il en est reparti mardi, maman était bien heureuse de pouvoir le voir pendant 15 jours, aussi ils ne se elle ne le quittait presque pas ; elle le voit si rarement. [p. 2] Madame Boutaud part aussi Dimanche. Marthe était bien heureuse, elle est allé au bal donné par l’empereur, ce qui l’a enchantée [un autre mot biffé] émerveillée.
    Tu as reçu la visite de mon oncle et de ma tante Marmion, nous les avons vu à leur passage ma tante était enchantée de St Vincent, elle avait été bien heureuse aussi de te voir, elle nous a raconté qu’elle avait vu nos cousines Burdet, qui lui ont beaucoup plu.
    Pendant l’absence de maman nous nous émancipons je t’assure, toutes ces dames nous font sortir. Nous attendons le 16 avec grande impatience, c’est qu’il y a un grand mois que maman est partie. Mais aussi nous aurons le bonheur de les voir arriver bien portants, car les eaux leur ont fait beaucoup de bien à tous d’eux.
    [p. 3] Les prix ne sont pas encore donnés nous pensons que ce sera du 25 au 26. Aujourd’hui et tous ces jours-ci, nous sommes en compositions comme tu le penses.
    Et toi, chère cousine que fais-tu, vraiment on dirait que nous sommes separées par le monde entier, car tu ne nous écris jamais. Mais je t’en prie répond-moi, ainsi qu’à maman, cela nous fera bien plaisir de savoir ce que tu deviens.
    Adieu chère Mathilde je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que Joséphine. Quant à ton mari je n’ose peut-être pas, cependant comme il est ton mari et que je t’aime bien, je l’embrasse tout de même, malgré qui ait fort peu de temps que je le connaisse.
    Adieu encore chère Mathilde.

Ta cousine qui t’aime
Nancy

[p. 4] J’avais oublié de te dire que mon oncle Hector avait été invité par l’empereur, il y est allé, Sa Majesté a été très gracieuse pour lui et lui a parlé deux fois.
    Il est parti pour Bade où il compte donner des concerts.

[enveloppe]

Madame
Madame Mathilde Masclet
[c]hez Mr Pal
Voreppes
Près Grenoble

2011.02.329 
et enveloppe  
2011.02.330
Mardi 30 décembre 1862


À sa cousine Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, la dernière vide; papier avec tampon aux initiales NS à la première page. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) LYON A MARSEILLE, 31 DEC (18)62 (peu lisible); (verso) GRENOBLE, 31 DEC (année illisible).


Vienne 30 décembre 62.

Ma chère Mathilde

    Voici bientôt le moment, de réaliser ta promesse. Les nombreux devoirs du jour de l’an, accomplis, tu voudras bien te souvenir de nous et aussi nous embrasser à notre tour .. Mon père à son retour de Grenoble nous avait dit combien ton mari s’était montré terrible à notre égard. C’est un père trop modèle qui ne veut pas être bon cousin. Pourquoi aussi ne pas nous amener les enfants ? papa nous a donné un vif désir de les voir en nous parlant de toutes leurs petites gentillesses Camille et sa sœur seraient je t’assure bien soignés et ce voyage ne leur ferait certainement pas de mal. Chère Mathilde, sois moins inexorable que le cousin Jules et plaide toi-même notre cause auprès de lui … Enfin si vous persistez a ne pas venir tous, amène-nous au moins Camille, il n’aura pas besoin de sa bonne et il assez grand pour faire seul avec toi un voyage d’aussi long cours …
[p. 2] Nous avons reçu ce matin une lettre de mes cousines Burdet ; elles nous disent que tu es bien bonne et bien affectueuse avec elles .. Elles ont grand besoin en effet de témoignages d’amitié ; notre pauvre cousine Adèle surtout est profondément atteinte, la mort d’Albert sera un chagrin toujours vivant pour elle .. Je ne sais si leur nouvel appartement est plus ou moins agréable que celui de la place Ste Claire .. Ce doit être loin de tout et bien solitaire surtout en comparaison de l’animation de la place ..
    Les prédications du pére Félix sont finies ; tu as du les suivre avec grand intérêt, c’est si rare d’entendre de bons orateurs dans nos petites villes .. Vienne n’a pas eu cette bonne fortune ; tout est calme, et même assez triste par suite de plusieurs morts ; nous aurons grand besoin chère Mathilde de quelques bons jours passés avec toi, ta visite nous fera à tous du bien, ce sera d’un heureux augure pour la nouvelle année, puisque je parle de nouvel an je t’envoie à cette occasion tous nos bons souhaits pour toi et tous les tiens ..
    Adieu chère amie ou plutôt à bientôt je t’embrasse mille fois.

Ta cousine affectionnée
Nancy

[p. 3] Mon père me charge de prier ton mari, de retirer le montant de l’effet qui est inséré dans ma lettre et de lui en faire tenir le montant par la poste en un billet de banque de cinq cents francs et par lettre chargée avec valeur déclarée.
Mon père pense que mon cousin Jules, connaît la manière dont cela se pratique : la lettre et le billet doivent être sous enveloppe, cachetée avec de la cire à trois ou cinq endroits et audessus de l’adresse il faut écrire en toutes lettres, le montant de la somme. Comme cette commission est pour une autre personne que lui papa joint le montant de l’affranchissement en timbres-poste .. Autre recommandation ; tous les cachets doivent porter la même empreinte ..
    Mon père remercie d’avance ton mari de tout l’embarras de cette commission ..
    Adieu encore chère Mathilde Joséphine se joint à moi une seconde fois, pour t’embrasser ainsi que tes deux petits enfants.

[enveloppe]

Madame Mathilde Masclet.
Place de l’étoile
hôtel Deschaux.
Grenoble
(Isère

2011.02.331 
et enveloppe  
2011.02.332
Vendredi 30 décembre 1864


À sa cousine Mathilde Pal-Masclet


Texte corrigé





Un feuillet de quatre pages; papier avec tampon aux initiales NS à la première page. Timbres postaux sur l’enveloppe: (recto) VIENNE, 30 DEC (18)64; (verso) GRENOBLE, 31 DEC (18)64.


Vienne 30 décembre 1864.

    Tu dois nous trouver, sottement paresseuses, chère Mathilde, et je vois bien qu’il faut encore ajouter cette amende honorable, à toutes celles de l’année : donc c’est un pardon à demander, et tu l’accorderas facilement.
    Ayant attendu si longtemps de répondre à ta lettre, j’aurai au moins l’avantage de te donner de meilleures nouvelles de la santé de mon père, qui a été enrhumé et bien assez souffrant. Depuis deux ou trois jours il commence à se trouver mieux et à reprendre un meilleur appetit. Il aura payé son tribut à l’hiver, et avec une foule de petits soins, il pourra peut être être bientôt dans son état normal.
    Que fais-tu de tes deux charmants lutins ? L’approche du jour de l’an, prépare bien des joies bien des émotions, que tu partages en bonne mère de famille ; la petite Marie [p. 2] doit en prendre sa part vivement, car elle est presque une raisonnable personne a présent.
    Nous vivons, comme toi dans notre petit coin, sans voir beaucoup de monde. Les relations se perdent, se dispersent et il est assez difficile aux jeunes filles, d’en créer de nouvelles, je suis du reste grand amateur de solitude ; nous voyons cependant, assez intimement, une charmante jeune femme, depuis peu de temps à Vienne, son mari Mr Moiret a été nommé substitut au commencement de l’été ; c’est le frère de notre voisine madame Savoye, ce qui a établi des relations assez suivies entre nous ; c’est une aimable et bienveillante personne ; elle a, auprès d’elle, dans ce moment, et pour tout l’hiver, sa mère et sa sœur, ce qui forme un petit noyau ; puis le voisinage de madame Savoye que nous voyons tous les jours forme a peu près notre intimité. Léonie Genin, Me Dutriac et sa fille en font encore partie. Me Dutriac a été bien éprouvée depuis quelque temps, aussi ces dames étaient-elles assez découragées. Une foule d’ennuyeuses affaires compliquant encore [p. 3] le tout. Tout le monde a sa part de soucis et de chagrins.
    Nous avons eu des nouvelles de mon oncle Hector, Louis est revenu de son fameux voyage, je ne sais, si tu avais appris, ses exploits, à la suite desquels, il a été nommé capitaine. Joséphine lui écrit dans ce moment à St Nazaire.
    Ma tante Marmion tousse toujours énormément et se porte bien en dehors de cette vilaine toux, qui l’inquiète et la prive de toutes espèces de distractions. Nous ne l’avons pas vue depuis un temps immémorial ; notre petite visite du commencement de l’hiver, n’ayant pas pu s’exécuter, justement à cause d’un rhume plus sérieux, qui la condamnait à une foule de soins et à un silence presque complet.
    Vois-tu de temps en temps nos cousines Burdet ? Elles vivent bien retirées à présent.
    Grenoble a une physionomie assez calme, cette année, nous disait-on ; la mort de Me de Fontenoy ne l’animera pas, et va sans doute anéantir beaucoup de projets de fêtes.
    Quant, à notre modeste Vienne, tout fait [p. 4] présager, un carnaval peu brillant, des deuils, des départs et une foule de circonstances annoncent, qu’il ne ressemblera pas, a celui de l’an passé, qui était il est vrai exceptionnel.
    Mardi, nous étions pourtant invitées à la sous-préfecture, mais pour une foule de raisons n’ous n’avions pas profité de cette invitation ; on est jamais empressé d’aller à la première réunion qui est toujours assez froide ; l’année passée nous l’avions expérimenté, et papa eut-il été bien portant, nous n’aurions pas eu envie de recommencer ..
    Il parait en effet, que ces dames étaient si peu nombreuses, qu’elles ont été réduites à faire le jeu du ferret, c’est naïf ..
    Adieu chère Mathilde nous t’embrassons tous les trois, une fois de plus à l’occasion de la nouvelle année. Un gros baiser à Camille et à Marie. Bien des amitiés à ton mari.

Ta cousine
Nancy

[enveloppe]

Madame Mathilde Masclet
Place de l’étoile
Grenoble
Isère

2011.02.333 Vendredi 23 août 1867 À sa cousine Mathilde Pal-Masclet Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, la quatrième vide; pas d’adresse ou d’enveloppe.


Vienne 23 août 67.

    Aujourd’hui, chère Mathilde, je puis te donner les derniers renseignements et t’indiquer définitivement la date du grand jour .. Une lettre du commandant, reçue hier, nous annonçant que les permissions étaient enfin arrivées, nous a permis d’arrêter le jour ; ce sera le mardi 10 septembre.
    Nous pensons que tous les Grenoblois arriveront la veille, lundi, par le train qui est ici à 3 heures 10 de l’après midi ; j’ignore à quelle heure il part de Grenoble, tu auras la bonté de t’en informer.
    Puisque nous avons le regret de ne pouvoir donner de l’hospitalité à personne, les chambres seront retenues à l’hôtel en face de nous [p. 2] et après quelques instants de repos on viendra diner à la maison sans façon et uniquement en famille ; le soir on signerait le contrat, puis on s’entendrait pour le lendemain    Nous pensons dans tous les cas mettre le diner de noce à 9 heures, car il est très probable que les mariés partiront le jour même dans la soirée, pour Chamonix.   Je te préviens en passant, chère Mathilde qu’il ne faut pas t’inquièter de la coiffeuse, pour le 10 il y en a une de retenue ..
    Chère Mathilde, comme nous sommes très-occupées par mille détails et par la présence de mon oncle, toujours aussi souffrant, tu nous permettras de ne pas t’écrire de nouveau, et tu auras la bonté de regarder tous ces renseignements comme positifs, sauf obstacles imprévus — Pour les chambres à l’hôtel, dis nous aussi, le plus tôt que [p. 3] tu le pourras, si deux vous suffiront avec vos enfants, car nous comptons tout à fait sur eux.
    Je pense, chère Mathilde, que tu as donné la réponse de mon père, au sujet de la sérieuse affaire dont on t’avait parlé. Je te prierais de nous dire dans ta lettre où tout cela en est, mais surtout je te demande, avec grande instance de garder le secret le plus complet sur cette ébauche de projet vis à vis de tout le monde et même de mon oncle et ma tante Marmion et de mes cousines.
    Adieu chère Mathilde, je te quitte à la hâte, à bientôt. Nous t’embrassons tous, mon oncle Hector en tête.

Ta cousine
Nancy

Site Hector Berlioz créé par Michel Austin et Monir Tayeb le 18 juillet 1997; pages Lettres de la famille du compositeur créées le 11 décembre 2014, mises à jour le 1er avril 2015.

© Musée Hector-Berlioz pour le texte et les images des lettres
© Michel Austin et Monir Tayeb pour le commentaire et la présentation

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