La Damnation de Faust à Monaco

Compte-rendu de la représentation du 7 mars

publié dans 

l’Art Dramatique et Musical au XXe siècle, 3e année, Mars 1903, p. 99

© Michel Austin for the English translation

 

Cette page présente le texte d’un compte-rendu de la représentation de La Damnation de Faust au Théâtre de Monte-Carlo le 7 mars 1903. Le texte de cet article a été transcrit par nous d’après l’image d’un exemplaire de l’Art Dramatique et Musical au XXe siècle disponible sur le site internet de la Bibliothèque Nationale de France.

This page reproduces the original French text of a short review of a staged performance of La Damnation de Faust given at the Théâtre de Monte-Carlo on 7 March 1903, together with our English translation of the review. The text has been transcribed by us from the image of a copy of the Art Dramatique et Musical au XXe siècle available from the internet site of the Bibliothèque Nationale de France. 

Le samedi 7 mars où Berlioz fut glorifié à Monte-Carlo, où Massenet trouva des mots émus et exquis pour parler d’une âme fraternelle d’artiste, on nous donna cette Damnation de Faust, en laquelle toute l’âme passionnée et sombre de Berlioz chante, souffre, espère et désespère.

M. Raoul Gunsbourg sut adopter à la scène cette légende tragique. Il le fit avec un art très subtil, et peut-être, magnifia l’œuvre, en y ajoutant l’évocation des choses.

Mlle Emma Calvé, la Salomé exaltée, sut tracer de façon inoubliable ce personnage de Marguerite. Oh ! l’exquise pureté de sa voix ! le charme réticent de sa personne, et la merveilleuse artiste dont les âmes successives se révélent ainsi ! Comme elle est douloureuse cette pitoyable Marguerite, et comme Mlle Calvé sut la faire revivre, d’une vie durable !

M. Renaud a déployé du génie dans la composition de son rôle. Lui seul a exprimé la désespérante tristesse de l’esprit du mal. Lui seul sut être tragique comme le destin. Lui seul atteignit cette perfection de jeu qui accroît la joie d’art que donne sa voix prenante.

Tamagno nous semble dédaigner trop la demi-teinte, la poésie et la douceur nécessaire à son rôle. Il reste violent, farouche, alors qu’il devrait être gracieux et insinuant.

L’orchestre, encore cette fois, se surpassa.

La magnificence de la mise en scène, chaque tableau d’un art incomparable, une harmonie de couleurs, un souci des costumes, et des innovations spéciales à Monte-Carlo, comme La Course à l’abîme d’un fantastique émouvant, Le Ballet aérien, un rêve gracieux, ailé. Bref une impression d’art très noble. — RENÉE D’ULMÈS.

English translation:

On Saturday 7 March, the day when Berlioz was celebrated in Monte-Carlo and Massenet found moving and well-chosen words to speak of a fellow-artist, we were treated to a performance of the Damnation of Faust, a work in which Berlioz lets his dark and passionate soul sing to express its pain, hope and despair.

M. Raoul Gunsbourg successfully adapted to the stage this tragic legend. He did so with consummate art and perhaps even enhanced the work by conjuring up its imaginary setting.

Mlle Emma Calvé, who gave such an exalted rendering of Salome, was able to convey in an unforgettable way the figure of Marguerite. Her voice has exquisite purity, her personality charms through its reticence, and she is a wonderful artist capable of revealing different aspects of her soul. As played by her the suffering Marguerite evokes compassion, and Mlle Calvé was able to bring her to life in a durable way.

M. Renaud deployed real genius in the composition of his role. He alone was able to express the heart-breaking sadness of the spirit of evil, and to convey the tragedy of fate. No one else has achieved the perfection in acting which enhances the artistic pleasure given by his captivating voice.

Tamagno seems to us to be disdaining the half-tones, the poetry and gentleness which his role requires. He remains violent and forceful where he should be graceful and insinuating.

Once more the orchestra surpassed itself.

Superb staging, tableaux each of incomparable artistry, the harmony of the colours, the care over the costumes, innovations that were special to Monte-Carlo, such as a Ride to the Abyss which was at once moving and fantastic, the aerial ballet, a graceful dream which took wings — in short everything breathed the spirit of exalted art. — RENÉE D’ULMÈS.

Voyez aussi sur ce site:

La Journée de Berlioz à Monaco 
Inauguration du Monument Berlioz à Monte-Carlo, discours par Jules Massenet 

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