GRENOBLE : LE CENTENAIRE D’HECTOR BERLIOZ

paru dans

Le Monde Illustré, 47e Année. — No. 2421. 
Paris, 22 Août 1903, p. 189

 

    Le texte de cet article et les images qui l’accompagnent sont reproduits ici d’après notre exemplaire original du Monde Illustré. Nous avons conservé l’orthographe et la syntaxe de l’article. 

    Le sous-titre de la photo du monument de Berlioz donne par erreur au sculpteur Grenoblois Urbain Basset le nom de Boisset; en outre le président du comité des fêtes se nommait M. de Beylié, et non de Beylier comme il est écrit dans l’article.

 

GRENOBLE : LE CENTENAIRE D’HECTOR BERLIOZ

    Devançant de quatre mois l’époque de cet anniversaire, qui tombe exactement à la date du 11 décembre prochain, les compatriotes de l’illustre musicien avaient décidé d’en hâter la célébration en la fixant au 15 août dernier, afin que les fêtes organisées en l’honneur de leur grand homme fussent favorisées par le beau temps et par une température agréable.
    Or, par une mauvaise chance qui semble poursuivre Berlioz mort comme elle l’a poursuivi de son vivant, une trombe s’est déclarée au plus beau moment, inondant les rues et les places, dispersant le cortège officiel et les invités, et faisant le vide autour du monument, qui est l’œuvre du sculpteur Urbain Basset et qui, dans son ensemble, — sans doute à cause de l’analogie du modèle, ne se différencie pas très sensiblement du monument qui s’érige à Paris, dans le square Vintimille, et qui est dû au ciseau d’Alfred Lenoir.
    Il faut louer le courage de M. de Beylier, le président du comité des fêtes, qui, malgré l’averse effroyable qui semblait préluder à un nouveau déluge, donna l’ordre de faire tomber le voile qui recouvrait la statue, et prononça, au milieu de la déroute générale, les paroles suivantes :

    « Messieurs, Je remets le monument à la ville. Vu le mauvais temps, les discours qui devaient être prononcés seront publiés dans les journaux locaux. »

    Ce fut la toute la cérémonie, avec, pour épilogue, la remise, au pied du monument, par M. Weingartner, le chef d’orchestre bien connu, d’une couronne offerte par l’Allemagne.
    Impassible sous ce déchaînement des éléments hostiles, la statue se dressait dans la solitude, semblant lancer encore cette boutade que rappelait un des apologistes de Berlioz :

    « Je suis un vaincu... j’ai peur de m’être trompé... Je verrais toute ma musique dressée là, devant moi sur un bûcher auquel on mettrait le feu, que je ne bougerais pas. »

    Boutade évidemment, et que Berlioz aurait pu, sans risque, renouveler en ce jour, car si le bûcher avait été allumé, les torrents de pluie qui n’ont pas cessé durant le reste de la journée, auraient eu tôt fait de l’éteindre.
    L’épilogue de cette solennité manquée a fourni quelque compensation à ceux qui étaient venus pour y assister, et le temps a mieux favorisé la pieuse visite de M. Weingartner à la maison natale de Berlioz, située à La Côte-Saint-André, aux environs de Grenoble. La petite ville était brillamment décorée et illuminée, et dimanche prochain, on y inaugurera le musée des souvenirs du maestro romantique. Il est à souhaiter que cette fois le soleil soit de la fête.

A.B.   

           

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi sur ce site: Berlioz à Grenoble

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