Par

Christian Wasselin

© 2008 Christian Wasselin

    Coup sur coup, deux romans viennent de paraître qui mettent en scène Hector Berlioz, l’être humain, le compositeur. Berlioz personnage de roman – et pourquoi pas, il a bien été naguère un personnage d’opéra ! Et puis, ne peut-on pas considérer les Mémoires comme le plus beau roman romantique qui soit ?

    Le premier de ces deux romans est un livre à destination des adolescents, Le Souffle des sirènes. L’histoire d’une jeune fille qui habite Lille («la ville la plus musicale de France», disait Berlioz) et part pour Paris où elle rencontrera le facteur d’instruments Adolphe Sax et, dans la foule des personnages qui l’entoure ou qu’elle croise, un certain Hector Berlioz (nous sommes en 1862).

    Beaucoup plus copieux, beaucoup plus imposant, le second livre est un ouvrage inclassable que l’auteur a intitulé Les Mal-aimants et sous-titré «néo-roman». L’auteur ? Christophe Deshoulières, qui a participé au Cahier de l’Herne consacré à Berlioz, et a écrit là le troisième volume d’une trilogie commencée avec Madame Faust (1989, réédité par Fayard en 1999) et poursuivie avec les Mémoires d’Aramis (Fayard, 1999). Les Mal-aimants est à la fois un ouvrage baroque par sa construction, qui enlace deux histoires parallèles (l’une qui se déroule en 1811 et dont l’un des héros est le philosophe Charles Fourier, l’autre qui se passe au début du XXIe siècle dans une villa qui est le double de la Villa Médicis : la Villa Malin), et un ouvrage romantique par sa forme, qui multiplie les récits, les dialogues, les digressions philosophiques, les calembours, les adresses au lecteur, etc. Mais le héros de cette histoire foisonnante n’est autre que Berlioz, présent d’une manière subliminale à toutes les pages du livre.

    Les Mal-aimants grouillent de références, mais sans que celles-ci étouffent le livre. Il y est sans cesse question d’Ossian, de Benvenuto Cellini, de vin blanc d’Orvieto, de fantômes qui murmurent «Italie», de reine à l’ordre de laquelle il faut obéir, de nature «immense, impénétrable et fière», etc. Des chanteurs gothiques montent-ils sur la scène ? Ils entonnent sans tarder Sailor’s Love Song qui n’est autre que la version anglaise de Sur les lagunes. Etc. Etc.

    D’ailleurs, symboliquement, Berlioz apparaît en chair et en os à la page 579 d’un livre qui en comporte 1157, c’est-à-dire au milieu très exactement du récit : Coralie, qui se rend de Lyon en Italie, est poursuivie par deux soldats. Elle est blessée et tombe sur «un petit garçon roux» qui lui dit s’appeler Totor et qui n’est autre, vous l’avez deviné, que notre Hector préféré. Suit un épisode délicieux où Totor raconte à Coralie les exploits de son oncle Marmion, emmène la blessée chez son père, qui bien sûr est médecin, etc.

    Roman musical, avec ses deux histoires (ses deux thèmes) qui finissent par se rejoindre, Les Mal-aimants est aussi un roman théâtral par la place qu’il accorde aux dialogues, un roman cinématographique par son découpage et son amour des effets visuels. Un roman, en un mot, plein d’une fantaisie qui est un constant hommage à notre Berlioz bien-aimé.

Christian Wasselin

• Muriel Bloch et Marie-Pierre Farkas, Le Souffle des sirènes, Naïve, 2008, 254 p.

• Christophe Deshoulières, Les Mal-aimants, Fayard, 2008, 1 157 p.

Nous remercions vivement notre ami Christian Wasselin de nous avoir envoyé cet article.

Site Hector Berlioz créé le 18 juillet 1997 par Michel Austin et Monir Tayeb; cette page créée le 17 juin 2008.

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