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17, rue de Vintimille

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    La première lettre de Berlioz à porter l’adresse du 17 rue de Vintimille date du 16 avril 1856 (CG no. 2119), et comme la dernière lettre à porter l’adresse précédente, 19 rue de Boursault, date du 14 avril (CG no. 2117), on peut fixer de manière exacte la date du déménagement au 15 avril 1856. Dans plusieurs lettres au cours des mois à venir Berlioz souligne à dessein l’adresse, pour bien marquer à ses correspondants qu’après un séjour de plusieurs années au même appartement il a maintenant changé d’adresse (CG nos. 2120, 2129, 2170, 2176). Le séjour de Berlioz et de Marie Recio à la rue de Vintimille ne durera que moins de 7 mois, mais la correspondance du compositeur renseigne de manière intéressante et inusitée non seulement sur les circonstances du récent déménagement et les caractéristiques du nouvel appartement, mais aussi sur les conditions de logement que Berlioz a dû subir presque tout au long de sa carrière à Paris. D’abord une lettre à son beau-frère Marc Suat quelques jours avant le déménagement (CG no. 2116, 12 avril 1856):

[…] Tout augmente d’une manière effrayante, et mes revenus n’augmentent pas. Je suis obligé de quitter l’appartement que j’occupais depuis huit ans; le propriétaire voulant augmenter des deux tiers le prix de mon loyer. Après quinze jours de recherches, nous avons été obligés d’arrêter pour le terme de juillet un appartement Rue Vintimille près de la barrière. C’est plus petit que le nôtre, au cinquième, et cela coûte encore quatre cents francs de plus que nous ne payons rue de Boursault (c’est-à-dire 1 300 fr.).
On nous menace encore de prochaines augmentations. Les maisons acquièrent un prix énorme; et si j’avais eu les fonds nécessaires j’aurais été bien tenté d’acheter celle où je vais demeurer et qu’on vient de bâtir. Lors même que je ne placerais mon avoir qu’en rentes sur l’Etat, et non en une maison qui rapporterait beaucoup plus, j’aurais encore 4 et ½ pour cent au lieu de 2 et ½ que me rendent mes propriétés. C’est diabolique d’être gêné comme nous le sommes, en vivant si modestement, et dans une position de fortune qui pourrait donner l’aisance. […]

    Ensuite une autre lettre au même, le mois suivant (CG no. 2123, 1er mai 1856; cf. CG no. 2260):

[…] Paris s’agrandit, les maisons, les loyers augmentent, et plus on attendra plus on perdra la chance qui existe maintenant de faire de ses capitaux un placement avantageux. En attendant me voilà installé dans un réduit au cinquième étage, où je ne puis me retourner, où je ne pourrai recevoir personne et qui me coûte 400 fr de plus que l’appartement que vous avez vu et que j’ai été forcé de quitter. […]
Nous sommes installés rue Vintimille No 17, notre ancien propriétaire ayant trouvé son compte de nous laisser partir trois mois avant l’expiration de notre bail, et le nouveau ne nous faisant rien payer avant le terme de juillet.

    Finalement, une lettre des plus instructives à sa sœur Adèle peu après (CG no. 2125, 11 mai 1856):

[…] Tes idées sur les logements sont en partie vraies, en partie fausses. J’ai cherché un peu partout excepté au faub. St Germain où je ne voudrais pas demeurer. C’est comme si j’étais installé hors de Paris. Si j’avais voulu mettre 200 f de plus à mon loyer j’aurais eu le 4ème de la maison où je suis (pour 1 500 fr) et c’est très suffisant. Mais cela m’a paru énorme.
Tu me dis comment j’ai pu faire autrefois?… mais j’ai été horriblement gêné et souvent endetté et n’ai été sauvé que par mes grands voyages. Aujourd’hui je suis incomparablement plus à l’aise sans doute; seulement il me paraît stupide de ne pas l’être tout à fait, faute d’un autre arrangement de fortune. Ce que tu dis es vrai, relativement à la position où je me suis toujours trouvé… Il n’y a pas autre chose à faire qu’à constater ce malheur et à s’y résigner. Je n’ambitionne pas une grande fortune, mais les taquineries des petites choses de la vie m’exaspèrent.
Et puis j’aspire toujours au moment où je pourrai me libérer de ce boulet du journalisme que je traîne en frémissant. Il me faudrait 2 000 fr de rentes de plus et je le jetterais au Diable. Le feuilleton m’a plus nui que servi; on me disait encore hier que sans le feuilleton il y a huit ou 10 ans que je serais à l’Institut. Tous mes ennemis ne viennent que de là. […]
Je travaille beaucoup à mon grand ouvrage. Cela va, dans mon réduit, parce que je ne fais que les paroles; mais quand il s’agira d’écrire la partition je serai au supplice, n’étant pas isolé, ne pouvant plus me retourner, avoir une grande table, faire mon vacarme sans qu’on m’entende etc.
Il est pourtant curieux que jamais de ma vie je n’aie encore pu avoir un appartement de travail, indépendant, convenable, un atelier enfin. J’ai toujours plus ou moins écrit sur le genou, sur des guéridons, sur des bornes pour ainsi dire, au café, dans les rues, en chemin de fer, en bateaux à vapeur, et toujours enviant l’atelier délabré, mais vaste, sonore et isolé des peintres et des statuaires.
Ce que j’ai de bon ici, c’est une terrasse, l’air et une vue splendide sur tout Paris et sur Montmartre. […]

    Comme il ressort de la lettre à Adèle, c’est pendant son séjour à la rue de Vintimille que Berlioz écrit le livret de son opéra les Troyens. Mais la lettre montre aussi que les conditions de travail n’y étaient pas idéales, et un changement de logis s’imposait. La dernière lettre à porter l’adresse rue de Vintimille date du 8 octobre 1856 (CG no. 2178), et environ une semaine plus tard Berlioz et Marie Recio seront installés tout près au 4 rue de Calais, leur adresse définitive à Paris.

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La terrasse au cinquième

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