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2023

    Cette page présente les comptes-rendus d’exécutions et représentations qui ont eu lieu en 2023. Nous remercions très vivement les auteurs de leurs précieuses contributions.

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LES TROYENS DE LA CÔTE-SAINT-ANDRÉ À VERSAILLES ; LA DAMNATION DE FAUST À LA CÔTE With Gardiner’s Spirit — “Les Troyens” in Concert at the Berlin Music Festival

LES TROYENS DE LA CÔTE-SAINT-ANDRÉ À VERSAILLES ; LA DAMNATION DE FAUST À LA CÔTE

Pierre-René Serna

La Côte-Saint-André :
- 22 août : après-midi : récital jeunes solistes ; soir : les deux premiers actes des Troyens sous la direction de John Eliot Gardiner.
- 23 août : après-midi : récital jeunes solistes ; soir : les trois derniers actes des Troyens sous la direction de Dinis Sousa.
- 27 août : après-midi : récital violon et piano ; soir : la Damnation de Faust sous la direction de Charles Dutoit.

Versailles :
- 29 août : les Troyens sous la direction de Dinis Sousa.

    La tournée de concerts des Troyens prévus sous la direction de John Eliot Gardiner, aura permis de confronter l’exécution donnée à la Côte-Saint-André dans le cadre du Festival Berlioz et celle donnée à l’historique Opéra royal de Versailles (la tournée se poursuivant au Festival de Salzbourg, à la Philharmonie de Berlin et aux Proms de Londres).

    Inaugurant la tournée, le Festival Berlioz présentait l’opéra, mais scindé en deux soirées (les deux premiers actes, puis les trois derniers), en raison des conditions de l’auditorium provisoire en semi-plein-air de la bourgade ; alors que Versailles l’offrait peu de jours plus tard en une seule soirée (comme il se doit et à l’instar du reste de la tournée prévue). Les conditions acoustiques diffèrent aussi, des incertitudes de l’auditorium provisoire à un véritable théâtre (de petites dimensions à Versailles, où Berlioz avait donné un concert en 1848).

    Ce ne sont pas les seules modifications, puisque pour raisons de maladie (mais aussi d’une altercation avec un interprète), Gardiner a renoncé à diriger la seconde soirée à la Côte, laissant la battue à son assistant Dinis Sousa. Et ce même Sousa a dirigé le concert de Versailles (comme il dirige les autres concerts de la tournée, Gardiner ayant renoncé pour le reste de la tournée). Ce jeune chef d’orchestre portugais qui officie actuellement en Grande-Bretagne, avait participé aux répétitions du concert, ce que démontre sa direction très affirmée.

    Sont réunis l’Orchestre révolutionnaire et romantique, le Monteverdi Choir, deux formations instituées par Gardiner, ainsi qu’une distribution vocale de premier ordre, à quelques nuances près d’une interprétation d’un concert à l’autre.

    Michael Spyres reprend le rôle principal d’Énée (qu’il avait déjà interprété sous la direction de John Nelson), avec l’ardeur mais aussi les subtilités qui se doivent, peut-être plus présentes à Versailles en raison de l’acoustique plus favorable, malgré quelques aigus qui ne sont plus ceux aisés de naguère. Alice Coote (Cassandre) et Paula Murrihy (Didon) sont aussi mieux à leur affaire à Versailles, d’une manière passionnée et puissante pour la première, de grande facture pour la seconde, particulièrement expressive dans ses scènes finales. Adèle Charvet (judicieuse Ascagne des soirées côtoises à la soirée versaillaise), Lionel Lhote et William Thomas (le chanteur auquel Gardiner s’est heurté) forment un complément vocal de choix. L’Anna de Beth Taylor profite mieux de l’acoustique de Versailles, bien enlevée (quand bien même son mezzo n’est pas exactement la voix d’alto requise). Laurence Kilsby reste en lui-même d’un concert à l’autre, ténor auquel manquent les aigus légers en voix de tête pour Iopas et Hylas. Petites réserves, pour une distribution internationale parfaite d’expression et interprétation, et de plus d’une impeccable élocution française.

    Le Monteverdi Choir intervient puissant et subtil comme il se doit, malgré l’acoustique à la Côte qui ne le favorise guère (notamment dans l’introduction bruyante au troisième acte). L’orchestre accomplit sans tache, respectant bien les multiples indications (difficiles) de la partition. L’ensemble bénéficie en outre de mouvements de mise en espace (conçue par Tess Gibbs) et d’effets de lumières (réglés par Rick Fisher) qui contribuent au sentiment de la tragédie.

    La direction de Gardiner, pour les deux premiers actes de la première soirée côtoise, répond à l’expérience de ce chef et à son expérience de la musique de Berlioz. L’intervention de Sousa, pour la seconde soirée, constitue toute une révélation, exemplaire et intense. Sa direction à Versailles le confirmera, avec en outre des déplacements de coulisse à la scène mieux adaptés (comme pour la fin du premier acte), malgré quelques défaillances des instruments solistes (mais non pas à la Côte). Un grand professionnel de la direction d’orchestre, qu’il faudra suivre. Et ainsi le reçoit le public, par des applaudissements triomphaux, à la Côte comme à Versailles.

La Damnation de Faust

    L’édition 2023 du Festival Berlioz aura été ainsi marquée par deux grandes productions lyriques en versions de concert : les Troyens et la Damnation de Faust. La Damnation est à la charge de Charles Dutoit, chef qui au cours de sa longue et prestigieuse carrière s’est taillé une réputation enviable comme défenseur et interprète de Berlioz, dont il a dirigé et enregistré les grandes œuvres, comme aussi des pages plus inusitées (dont les rares Huit Scènes Faust, prélude à la future Damnation). Il est enfin invité au Festival Berlioz, et sa Damnation, œuvre qu’il a maintes fois conduite, répond bien à l’attente prometteuse de sa venue.

    Constituant un juste appoint, le Chœur de Radio France, préparé par Josep Vila i Casañas et quelque peu étoffé de chanteurs supplémentaires, s’élance entre nuances et effusions, pour cette partie qu’il a depuis des lustres à son répertoire et dont il confirme la maîtrise (avec la participation nombreuse et bien venue de chorales d’enfants, Petits Chanteurs de Lyon, Maîtrise de la Primatiale, Chœur de jeunes de Rymea, pour le finale). L’Orchestre de la Suisse romande se manifeste quant à lui délié, détaillé dans ses nombreuses interventions d’instruments solitaires, d’un élan d’ensemble qui ne faillit jamais et en parfaite cohésion avec le chant. Assurément, ces opportunes vertus sont redevables de la battue précise autant que rigoureuse du chef suisse, Charles Dutoit maître comme jamais de ses moyens et d’une partition dont il sait les moindres tenants et aboutissements. À la façon d’un accomplissement.

    D’autant que la distribution des solistes vocaux n’est pas en reste. En ce domaine, la révélation vient de Stéphanie d’Oustrac, pour une prise de rôle de Marguerite qu’elle accomplit souverainement, phrasé délicat (« Autrefois un roi de Thulé ») ou emporté (« D’amour l’ardente flamme ») et sentiment immanent. Une grande Marguerite que l’on hâte retrouver. À ses côtés, John Relyea incarne un ardent Méphisto de juste expression et parfaite élocution (chez ce Canadien anglophone). Pour l’épisodique Brander, Edwin Crossley-Mercer épanche son air bravache avec bagout et la sûreté qu’on lui connaît. Faust est un autre cas, échu à Marc Laho, ténor éprouvé mais qu’on a connu plus à son affaire, ici dans une déclamation hésitante, une projection peu ferme, malgré quelques traits bien menés (dans des passages en voix de tête, ou dans l’élan de ses « mille feux éclatants »). Un ténor au faîte d’une large carrière, dont on sent la fatigue. Pour ce concert unique (qui ne semble pas devoir être repris par ailleurs), le public (de plus attentifs) répond à la mesure de l’événement, debout et par des applaudissements sans fin.

Récitals et exposition

    Les après-midis du festival se livrent à des récitals, dans la petite église de la bourgade. Le concert de jeunes solistes patronnés par Renaud Capuçon, offre Mendelssohn (Sonate n°1, Trio avec piano), Saint-Saëns (Quatuor avec piano) et Weber (Quatuor avec piano), par les soins d’Anna Egholm (violon), Paul Zientara (alto), Stéphanie Huang (violoncelle) et Nathalia Milstein (piano), de caractère énergique, aérien, vibrant, fluide selon chacune des pièces par ces interprètes doués. Le violon de Sarah Nemtanu et le piano de Romain Descharmes s’épanchent dans un programme d’inspiration roumaine (Enescu, Bartok, Ravel…) des mieux transmis.

    En marge de cette édition du festival, il convient de relever l’exposition qui se tient comme chaque année au Musée Hector-Berlioz de la bourgade. Intitulée « Enfer et Damnation ! », elle rassemble des documents d’époque et de représentations historiques de la Damnation de Faust avec le soin et l’imagination que l’on connaît à Antoine Troncy, l’entreprenant directeur du Musée (jusqu’au 31 décembre).

Pierre-René Serna

Site Hector Berlioz crée par Michel Austin et Monir Tayeb le 18 juillet 1997; page Comptes-rendus de concerts créée en 1999; complètement remaniée le 25 décembre 2008.

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