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Lettres de la famille du compositeur

Famille Marmion

(Transcriptions littérales, dans l’ordre de l’inventaire)

Lettres de Nicolas Marmion  
Lettres de Félix Marmion  
Lettres de Thérèse Marmion  

Le texte corrigé des lettres de la famille Marmion se trouve sur une page séparée  

Texte = mots ou lettres de lecture incertaine
*** = mots ou lettres non déchiffrés
[...] = lacune dans le texte

Nicolas Marmion

2011.02.334 Dimanche 18 mai 1823 (?) À sa fille Joséphine Marmion-Berlioz Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, adresse à la quatrième; timbre postal de Grenoble mais sans date.

a Meylan le 18 may

ta lettre, machere josephine, m’a causé bien de la peine et je partage bien la douleur d’une separation inatendue. Cependant je ne puis blamer la conduite de ton mari, sa tendresse pour son fils n’ait point aveugle, il veut l’arracher á une vie deseuvrée et utiler une jeunesse dont la perte est irreparable. j’augure bien de ses dispositions prochaines, il ne s’occupera point exclusivement de musique, son gout pour les hautes sciences Le portera a les cultiver dans le pays seul où l’on peut trouver des maitres et des encouragemens,. il viendra aumoins une fois par an te faire jouir des progrès qu’il aura fait et tu auras dans quelques années le plaisir de le voir jouir d’une existence agréable [p. 2] tu aimes trop ton enfant pour le voir vegeter auprès de toi dans un village. et se livrer au déseuvrement, il faut esperer que les connaissance il va acquerir le mettra à même de remplir un poste honnorable ainsi ma chere amie vois les choses sous des couleurs plus favorables et ne te fais un monstre d’un eloignement qui n’est pas eternel. il le rendra moins penible pour la famille par l’exactitude de sa correspondance et les amis que vous avez dans la capitale vous feront part de sa conduite. il a un grand interet à mener une vie irreprochable pour ne pas etre rapellé auprès de vous. je regrette bien de ne pouvoir dans le moment me réunir auprès detoi pour secher les larmes materneles [p. 3] je ferai mon possible après la fin de tes vers à soie pour te donner deux ou trois jours — je viens de finir la culture de mes chanvres dieu veuille quils reussi tous ! je viens de vendre le reste que j’avais pour rembourser victor. mad Buisson est ici dans cemoment avec Mad david sa fille qui est dans un etat de santé deplorable adieu machere josephine ne t’inquiéte pas de la coqueluche de prosper cette maladie nest pas dangereuse. adieu je t’embrasse ainsi que tous ce qui est auprès de toi.

[p. 4] [adresse à la dernière page]

A Madame
josephine Berlioz
A la cote St andré

Lettres de Félix Marmion

Fonds Chapot

R96.859.1 Lundi 22 octobre 1838 À Marc Suat (?) Texte corrigé Image

Trois pages,  pas d’adresse ou d’enveloppe.

huningue ce 22=8bre 1838.

     Monsieur

     Dans le cas où ma nièce serait partie de Lyon à l’arrivée de cette lettre, auriez-vous l’obligeance de vous charger de faire suivre une caisse contenant mon portrait, que je lui adresse chez vous ? vous seriez assez bon pour en changer l’adresse et la recommander au voiturier. S’il fallait payer le port jusqu’à Lyon ma nièce ou moi nous rembourserions plus tard vos avances.
    j’espère que vous jouissez à Lyon du magnifique tems dont nous profitons avec délices pour nos promenades au bord du Rhin, principale distraction de [mot biffé] cette modeste garnison. utilisez bien cette fin d’octobre pour ma pauvre petite Adèle qui a si grand besoin de goûter quelques moments de bonheur.
    quelquefois en voyant [p. 2] son amie si parfaitement établie, je pensais combien ma nièce mériterait aussi un honnête et bon mari. n’y aurait-il donc aucun moyen de trouver cela dans votre grande ville ? voyons ; causons un peu et entre nous deux, bien entendu : adèle a 24 ans, un caractère charmant, une figure agréable, et une éducation qui offre toutes les garanties possibles. elle aura un jour en comprennant le peu que je lui laisserai, 100 000.f. dont à peu près 50 000. le jour de son mariage. ne vaut-elle donc pas un homme d’une honnête famille, ayant un état ou une fortune représentant la même position de fortune à peu près ?
    dans mon envie de la voir s’établir j’en parle à ceux qui peuvent nous donner quelques renseignements et contribuer à l’accomplissement de cette grave affaire.
    voilà, monsieur, ce qui explique cette second page de ma lettre, à la quelle vous étiez loin de vous attendre, j’en suis sûr. Si, par hazard, je n’avais point touché [p. 3] cette corde délicate en vain, et que quelque lueur vous apparait ayez l’obligeance de m’en informer ; car, encore une fois, cela devient mon idée fixe.
    Si le tems ne m’eût manqué nous aurions causé de tout cela ; c’était mon projet ; mais vous voilà prévenu maintenant de la part que je veux prendre dans cette importante négociation.
    recevez, monsieur, avec mes remercîments pour votre aimable accueil, l’assurance des sentiments distingués avec les quels j’ai l’honneur d’être

votre dévoué serviteur

Le colonel F. Marmion
11e de Dragons = huningue = haut-Rhin.

R96.859.2 Samedi 17 novembre 1838 À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé

Quatre pages,  pas d’adresse ou d’enveloppe.

Huningue ce Samedi 17 9bre 1838.

     tu es d’autant plus coupable d’avoir attendu si longtems pour me répondre, que j’avais plus d’une inquiétude. Nancy m’avait parlé du Rhume de ton père et de la contrariété qu’il en éprouvait ; voilà le plus important. ensuite je ne savais que penser de l’envoi du portrait dont je n’avais aucune nouvelle et je supposais toujours que tu n’attendais que cela pour m’écrire. enfin il est arrivé et vous en êtes contents : voilà l’essentiel. je devais rester en chair et en os avec vous cet automne. au lieu de moi vous aurez ma portraiture en attendant mieux. oui en attendant, car j’ai toujours le projet d’aller vous voir au mois de mars. je vais bientôt demander au ministre l’autorisation de jouir du congé qu’il m’avait accordé, et s’il n’y a pas d’opposition je serai à paris vers noël
    je suis plus désolé que surpris des nouvelles inepties de ton frère au quel je vais écrire par ce courrier. nous en serons tous pour nos frais d’éloquence et nous opérons sur une [p. 2] matière inerte et insensible. c’est pourtant affligeant de faire des sacrifices à pure perte et de ne pas rencontrer même la bonne volonté. je n’aurai quant à moi rien à me reprocher et en attendant que je le voye pour le châpitrer d’importance, je vais aussi lui écrire de bonne encre.
    la démobilisation de mes escadrons actifs vient d’être ordonnée ; ainsi tout rentre dans l’état habituel, à l’exception des semestres toujours suspendus. cela a au moins l’avantage de nous rendre plus nombreux ici et nous éprouvons, comme je vous l’ai dit dans le tems, l’inévitable nécessité de nous suffire à nous même dans ce pays, dans ce village presque inhabité. il est vrai que nous pouvons aller en Suisse. c’est notre royale distraction, nous arrivons à Bâle quelquefois en masse et nous allons bailler à un assez médiocre spectacle allemand, ce qui ne nous empêche pas d’être de retour à 9.h ½ et toujours couchés avant dix heures. ne dirait-on pas de la côte ?. 
    [p. 3] Mais patience, dans un mois ce seront bien d’autres marionnettes et je jouirai du contraste comme il y a 2 ans.
    j’avais parlé à Nancy d’une place à trouver pour mon domestique que je ne veux pas conserver, parce qu’il n’est pas assez complet pour moi et que je veux finalement me donner un homme de confiance. plus je tarderais plus il m’en coûterait et à lui aussi ; car je suis bête comme bien des gens qui se font la plus grave affaire du renvoi d’un valet qui vous gêne tous les jours.
    il est brave garçon et peut convenir à bien du monde. voyez si vous avez où le colloquer. il ignore mes desseins à cet égard ; mais quand il faudra lâcher le grand mot je pourrai lui dire : je t’ai trouvé une bonne place chez moi. un mot là dessus je te prie.
    quand mon départ sera arrêté définitivement j’écrirai à Camille que cette lettre trouvera peut être encore avec vous. 
    [p. 4] je te quitte et vais tailler ma plume contre ce malencontreux prosper (si mal nommé.) pour dissiper ensuite la colère à la quelle je vais me monter j’irai voir mon beau fleuve et ses bords majestueux. ce sont mes délices et le tems nous sert à souhait jusqu’à présent.
    mille embrassements bien tendres pour tous

F

R96.859.3 Samedi 20 avril 1839 À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé

Trois pages écrites, adresse à la quatrième, écrite horizontalement. Timbres postaux: HUNINGUE, 20 AVRIL 1839; LYON, 22 (AVRIL) 183*; ST CHAMOND, 22 (AVRIL) 1839 (peu lisible).

huningue ce Samedi 20 avril

     après avoir, nièce bien chérie, passé deux jours à Belfort avec une portion de ma famille Régimentaire, je suis arrivé ici mardi. malgré la belle réception qui m’y attendait j’avais encore le cœur gros de notre séparation. je sens de plus en plus combien il me serait doux d’être rapproché de vous et je vais y travailler sincèrement. mon portefeuille oublié à Lyon m’est exactement arrivé à Belfort le lendemain ; aussi je n’ai rien perdu.
    tu ne devinerais jamais la belle grenobloise qui m’attendait ici ; je te le donne en mille ! l’épouse d’un nouvel honorable l’excellente Mme Marion justement allarmée sur la santé de son pupille Mignes qui, comme je vous l’ai appris, avait tenté de se suicider, est accourue de paris à la première nouvelle de l’accident. il est hors de danger quant à cela ; mais il a repris ses anciennes excitations et douleurs nerveuses qui sont par fois intolérables. Sa tante se désole et ne quitte pas le chevet de ce malheureux jeune homme. nous le ferons partir aussitôt qu’il [p. 2] pourra supporter la voiture et on l’emmenera à paris consulter encore Mr pinel en qui l’on a une grande confiance. toutefois il sera obligé de renoncer au métier et je le regrette car il était rempli de courage et de bons sentiments.
    j’ai donc la douceur de causer souvent avec une bonne et aimable payse ; ce sont mes moments de predilection et j’en use largement.
    le beau tems ne m’a pas quitté dans mon voyage et depuis. j’espère qu’il en aura été de même pour vous et que Nancy aura accompli ses projets sans contrariété. je lui écris aussi par ce courrier et j’adresse ma lettre à la côte où je la suppose jusqu’à Mercredi.
    quant à toi je te vois d’ici une chamonaise toute installée, toute contente de sa dignité de maitresse de maison. j’attends une autre dignité avec impatience, rappelez-vous le tous les deux. tu m’écriras bien longuement, nièce chérie, bien chérie, et je compte que je connaîtrai bientôt tout mon St Chamond [p. 3] par cœur. 
    nous aurons aussi à huningue notre chemin de fer : celui de Strasbourg à Bâle est en pleine construction et l’on va de plus nous faire un pont de bâteau sur le Rhin pour communiquer avec le grand duché de bade. voilà des distractions pour nous et elles viennent à propos, il faut en convenir.
    n’oublions point notre projet de réunion à Berne cet été. j’y compte et m’en fais une véritable fête. je t’aime tant, pauvre petite adèle, que tu serais bien mauvaise de ne pas tenir ta promesse.
    écris moi, pense à moi et embrasse ton mari pour moi.

F

[p. 4] [adresse]

Madame
Madame Suat
St Chamond
Loire

R96.859.4 Lundi 17 juin 1839 À Marc Suat Texte corrigé

Quatre pages,  pas d’adresse ou d’enveloppe.

Huningue ce lundi 17 juin.

 j’ai reçu hier votre lettre, mon cher Suat, et je commence par me féliciter avec vous deux de l’heureux motif de l’indisposition d’Adèle. peut être y aurait-il eu un peu plus d’opportunité à attendre votre retour ; mais prennez toujours votre bonheur en patience. n’oubliez pas la prudence et les ménagements ; voilà l’essentiel. la saison est favorable pour votre voyage ; peut être fait-il aussi à paris une chaleur par trop forte ; mais cet inconvénient est inhérent au beau tems et les environs de paris, que vous explorez, ne vous en paraîtront que plus beaux et plus parés. je me réjouis de toutes les surprises agréables qu’aura éprouvées votre femme et je regrette de n’en pas être le témoin. 
    [p. 2] en première ligne je mets le plaisir qu’elle a eu d’embrasser son gentil neveu Louis qui fait est un si joli pendant de Mathilde, et de faire connaissance avec ton excellente belle-sœur. faites bien à cette dernière mes compliments très affectueux, je vous prie.
    Adèle aura, je l’espère, assez de courage pour voir de paris tout ce qu’elle pourra avant votre départ. dans tous les cas consolez-la et ce voyage ne sera que l’avant gout de celui que nous avions projetté ensemble.
    je vous aurais écrit plus tôt sans une excursion de quelques jours faite à Strasbourg et à Belfort où j’ai deux Escadrons, et sans une inspection administrative qui se termine à peine.
    embrassez donc bien tendrement pour moi notre chère Adèle, je la félicite des [p. 3] douleurs passagères qui lui promettent de si douces jouissances dans quelques mois.
    vous trouverez ci-inclus un mot pour hector, qu’il faudra lui remettre vous même en le pressant de me répondre de suite. je connais sa paresse à écrire et vous le surveillerez pour que je sache à quoi m’en tenir avant 8 jours.
    j’ai recommandé depuis long tems votre cousin à mon collègue le colonel de 3eme de cuirassiers. celui-ci m’a répondu exactement ; il m’a dit du bien du s. lieut. Suat ; ne m’a pas donné des espérances bien prochaines parce qu’il est nouveau promu, mais il songera à lui par rapport à moi qui lui en rafraichira la mémoire en tems opportun. 
    [p. 4] achetez et donnez de ma part un joli petit cadeau pour Louis : mettez 5 à 6. f. que vous me compterez plus tard avec le prix de mon fusil au quel vous penserez à votre retour à St Chamond. que louis sache bien que son oncle le colonel pense à lui.
    chargez-vous donc des embrassements généreux et croyez, mon cher ami, à mon bien sincère attachement

F. M.

R96.859.5 Dimanche 7 juillet 1839 À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé Image

Deux pages écrites, adresse à la troisième, écrite horizontalement. Timbres postaux: HUNINGUE, 7 JUIL. 1839; LYON, 9 JUIL. 1839; ST CHAMOND, 9 JUIL. 1839.

Huningue ce dimanche 7 juillet.

     je savais bien, nièce chérie, que tu n’oserais pas partir de paris avant de m’écrire. sans compter ton heureuse indisposition tu n’avais que trop de raisons d’écrire peu et rarement. aussi je ne me plains pas et tu es pardonnée.
    je me réjouis, quoique un peu jaloux, du succès parfait de ton voyage. maintenant je pourrai parler avec toi de ce cher paris que j’aime un peu aussi. puisque tu es si contente de ton portrait, j’en conclus que tu es facile à attraper ou à contenter. c’est évidemment l’un ou l’autre. tant mieux donc nous en jugerons un jour. tu as jugé ainsi que moi, cette bonne henriette. n’est-ce pas que sa phisionomie est expressive et bonne ?
    Le petit louis est si gentil aussi. enfin tu les as vus, appréciés, et tu en parleras à ton pauvre père bientôt. tu le rendras heureux [p. 2] de tout ton enthousiasme pour ses enfants à paris.
    puisque tu vas tout droit à St Chamond je t’y adresse ma lettre qui t’y précèdera peut être puisque tu voyages lentement.
    Dis à ton mari que j’ai reçu mon fusil depuis 12 jours. il a été jugé charmant par tous les connaisseurs et j’en suis parfaitement satisfait. il faut le payer et Marc voudra bien s’en charger en priant son confrère de St Etienne de le faire. c’est 200. f. je crois. mais dans tous les cas quand je saurai le chiffre exact, j’écrirai à Camille, l’intendant général des biens de la commune, d’acquitter la dette.
    il faut finir afin que ma lettre parte aujourd’hui. donne moi vite des nouvelles de ton voyage et de ta santé. mille embrassements pour l’heureux ménage.

F. M.

[p. 3] [adresse]

Madame
A. Suat
St Chamond
Hte Loire

R96.859.6 Dimanche 11 août 1839 À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé

Quatre pages,  pas d’adresse ou d’enveloppe.

Huningue ce 11 août.

 ton voyage dont je n’avais aucune nouvelle me donnait, nièce chérie, quelques inquiétudes. je craignais que tu ne fusses accrochée quelque part. mais te voilà enfin arrivée à bon port. prudence et patience voilà désormais ta devise jusqu’à ta délivrance et le moment qui comblera tes vœux. pourquoi faut-il que la fin de ton brillant et heureux pélérinage t’ait laissé quelques sentiments pénibles ! je ne croirai jamais à la réalité de tes préventions contre l’accueil de ta sœur. comment ! ne la connais-tu pas ? peux tu douter de sa tendresse pour toi ? va, elle est la digne fille de ta mère, et si les démonstrations et la sensibilité ne sont pas aussi expansives, le cœur n’y perd rien. je ne te pardonnerais pas de conserver contre ta meilleure amie [p. 2] un doute aussi cruel. cette idée me fait mal. jamais, non jamais je ne pourrais m’accoutumer à la pensée que les filles de ma sœur bien aimée, mes nièces si chéries ne continuent pas entre elles cette tendresse intime et sans nuage qui les a toujours unies. laisse faire au tems qui effacera de fâcheuses préventions. ton mari est excellent, il te rend heureuse que lui demandera-t-on de plus ? il conquerra tout ce que tu supposes qu’il n’a pas et se vengera de la froideur que tu crois remarquer en te rendant la femme la plus fortunée. au nom de dieu, mon adèle, chasse de ta pensée tous ces soupçons injustes. promets-moi d’écrire souvent à Nancy. fais le toujours comme tu le fais si bien, avec naturel et sentiment ; que jamais, ô jamais elle ne s’apperçoive que [p. 3] tu ayes changé pour elle ! si tu crois avoir à plaider pour ton mari, fais-le sans aigreur et sans exagération surtout ; avec ce calme et ce sang froid qui conviennent si bien à la vérité. je ne parlerai point de ta lettre à ta sœur ; j’attends la sienne sur votre séjour à la côte, et si elle aussi des préventions et des soupçons injustes je les détruirai, je l’espère. oh ! quelle peine tu m’as faite ! aurais-je jamais pu craindre un semblable malheur ! moi qui trouvais dans votre union si douce et si complette, la plus grande consolation à la douloureuse perte que nous avons faite tant pleurée. mais quittons ce penible sujet.
    mon inspection vient de se terminer ; elle a été longue ; pénible et consciencieuse. je ne m’en plains pas. Me voilà assez libre maintenant pour courir à droite et [p. 4] à gauche ; j’en profiterai et compte aller dabord à Bade très couru cette année par le beau monde parisien. mon beau fleuve m’y mène presque en 8. heures ; mais il ne peut me ramener, les bâteaux à vapeur ne le remontant pas. plus tard je verrai quelques sites voisins, en Suisse. à propos, et notre voyage de Berne ? Celui de paris l’a avantageusement remplacè pour toi ; mais moi. j’aurais eu tant de plaisir à vous voir.
    tu ne me parles pas de l’affaire du fusil. dis à Marc de le payer et de m’envoyer la facture.
    je me réjouis que tu ayes bien jugé cette bonne henriette. — ménagez-vous, madame, pas d’imprudence ; et surtout chassez les mauvaises pensées = je vous embrasse tous les deux quand pourrais-je dire tous les trois ? — F. M.

R96.859.7 Mardi 19 novembre 1839 À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé

Trois pages écrites, adresse à la quatrième, écrite horizontalement. Timbres postaux: HUNINGUE, 19 NOV. 1839; LYON, 20 ou 21 NOV., année effacée; ST CHAMOND, 21 NOV., année illisible. 

Huningue, ce mardi 19=9bre

     je sais, nièce chérie, que tu n’as passé que peu de jours à la côte et que tu étais tout empressée de rejoindre ton mari.
    je sais aussi que tu es devenue une grosse maman dont l’embonpoint passager ne laisse pas de m’inquiéter un peu. apprends-moi donc bien vite que tu te portes à merveille quand même…. 
    n’est-tu pas aussi installée dans ton nouveau logement ? le trouves-tu commode et agréable ? es-tu acclimatée à Saint Chamond ? n’as-tu pas aussi encore reçu la visite de Camille à son retour de Lyon ? enfin il me faut des nouvelles, des détails, et ne pas vous imaginer que parce que vous avez un trousseau à faire et un ménage à surveiller vous soyez dispensée [p. 2] d’écrire à un oncle qui vous aime et qui pense à vous sans cesse.
    mes honneurs extraordinaires sont finis depuis le commencement du mois et je suis de retour au milieu de ma famille régimentaire. il y a du bon et du mauvais dans cette position, mais somme toute, je préfère être à mon véritable poste, quelque triste qu’il soit et surtout qu’il doive être cet hyver.
    ton frère doit être fort occupé et préoccupé de son concert du 24 courant au quel il se prépare depuis long tems. je vais lui écrire pour l’engager à m’annoncer son succès sur lequel je compte. cet évènement doit marquer dans sa carrière musicale puisque c’est vraiment [p. 3] une entreprise nouvelle et que le grandira si elle réussit.
    Taille donc ta plume, chère nièce, et ne me laisse pas ainsi plusieurs mois sans une ligne de toi. mille amitiés à ton mari que je gronde aussi car vous êtes deux pour m’écrire. malgré cette coupable indifférence il faut bien t’embrasser le plus tendrement du monde

F M

[p. 4] [adresse]

Madame
A Suat
St Chamond
Hte Loire

R96.859.8 Jeudi 30 décembre 1858 À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé

Quatre pages,  pas d’adresse ou d’enveloppe.

Hyères jeudi

    je t’écris à la hâte pour t’annoncer notre heureuse arrivée ici.
    nous y avons trouvé un tems trop beau pour qu’il dure. le mois de mai n’en présente pas de pareils. aussi en avons-nous profité dès le matin pour chercher un logement. notre choix a été bientôt fait, et après quelques petites réparations indispensables, nous nous y installons demain. j’aurais bien différé jusque là pour te donner plus de détails ; mais j’ai voulu te parler des renseignements que nous devions prendre à Marseille sur le docteur Bernard. nous l’avons manqué d’un quart d’heure sur une fausse indication qu’on nous avait donnée de l’heure où il donne des consultations. il n’y avait pas à prendre sa revanche le lendemain puisque nous partions [p. 2] à 9. h du matin ; mais à l’hôtel dont le maître est une connaissance intime de docteur, on me prévint qu’il y venait tous les soirs faire sa partie de wist jusqu’à minuit ; j’étais donc heureux de penser que je pourrais lui parler à mon aise. mais à mon grand regret il n’y a pas paru. je l’y ai attendu jusqu’à 11. h. alors j’ai pris le parti de laisser à l’excellent Morel une note dans la quelle je raconte la maladie de ta fille depuis le commencement. puis je pose deux questions :
    1o. le traitement magnétique serait-il éficace et quelle serait l’époque où l’on devrait le commencer ?
    2o. trouverait-on à Marseille et autant que possible dans le voisinage du docteur, une maison de santé où la mère et la fille pourraient s’établir à des prix modérés, pendant la durée du traitement ?
    Morel a un ami intime lié avec [p. 3] le docteur, et qui servira d’intermédiaire pour avoir sa réponse aux questions.
    j’ai laissé la note à Morel le plus obligeant homme que je connaisse. il me répondra ici et je te transmettrai sa réponse.
    ta fille et toi êtes la nièce et la sœur de son ami H. B. c’est à ce tître que je lui recommande la chose et vous pouvez être convaincus de l’empressement qu’il mettra à nous rendre le service demandé.
    nous avons dîné chez ces braves gens le lendemain de notre arrivée à Marseille il a été impossible de les refuser. enfin prennez patience ; si vous vous résolvez à venir à M. je crois qu’on nous conseillera d’attendre encore. prennez donc patience, et en attendant donnez-nous de fréquentes nouvelles de notre chère josephine que nous embrassons bien tendrement ainsi que vous deux. comptez que vous aurez les regrets de toute [p. 4] la famille en lui réclamant mon petit fenon  dont jeunes et vieux, rafollaient de plus en plus !
    ma femme va bien et moi aussi mais nous sommes horriblement empétrés à l’heure qu’il est.

col. M. Rue d’Almanarre
mais fréminville
hyeres (var)

adresse de Mr Morel
directeur du conservatoire de M-.
Rue Thubanneau no 35

R96.859.9 Mardi 2 décembre 1862 À son neveu Hector Berlioz Texte corrigé Image

Deux pages,  pas d’adresse ou d’enveloppe.

Tournon mardi 2 -Xbre

     nous avons appris avec chagrin, mon cher hector, la nouvelle équipée de ton fils ; et j’ai bien peur que ce malheureux enfant ne se rende tout à fait indigne de l’intérêt que nous lui portions, et dont bien des preuves lui ont été données. quant à moi je voudrais qu’il sache que je ne veux le voir que lorsqu’il aura reconquis une position comme celle qu’il a si sotement perdue. 
    dis-moi donc ce qu’il devient, et quelles espérances tu peux avoir à son sujet.
    j’ai lu hier dans le feuilleton du moniteur un article concernant ton : à travers chants. cela nous a donné à tous l’envie de le lire. ainsi tu vas m’envoyer cet ouvrage sur le champ par la poste. cela se fait à [p. 2] bon marché et très facilement.
    nous avons admiré les jolis cadeaux que tu as envoyés à tes nièces. nous les attendons toutes les deux demain, pour passer quelques jours avec nous, avant notre dèpart pour hyères, lequel aura lieu le 9 ou le 10 de ce mois. tu as donc le tems, en ne perdant pas un jour, de m’envoyer ton livre.
    Donne moi aussi des nouvelles de ta santé et de ce que tu fais ou veux faire. quant au vieux ménage il se conserve dans un état satisfaisant.
    que la présente de trouve de même !
    vale. nous t’embrassons

col. F. Marmion

R96.859.10 Vendredi 10 décembre 1858 (?) À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé

Quatre pages,  pas d’adresse ou d’enveloppe.

vendredi.

     ta fille, chère nièce, t’a mis au courant des misères qui retardent notre départ. nous devrions être à hyères depuis avant hier, et voilà que nous ne savons plus si et quand nous y allons. il n’y a pas moyen de songer à un voyage dans l’état de ma pauvre femme, avec le froid qui s’avance à grands pas. elle va pourtant sensiblement mieux ; mais les démangeaisons continuent, ce qui l’irrite beaucoup et cause des insomnies qui augmentent encore l’irritation. on se console en pensant qu’à tout prendre ce n’est qu’un bobo et qu’il n’y a rien de sérieux. moi qui vois le beau côté des choses, suivant les dispositions naturelles de mon esprit, je dis qu’à quelque chose malheur est bon. d abord cette contrariété nous fait conserver plus long-tem mon bon petit fenon que nous [p. 2] et toute la famille aimons toujours davantage. puis j’entrevois que nous pourrions bien n’aller qu’à Marseille plus tard ; ce qui serait plus commode et plus économique. déjà j’y ai fait arrêter deux colis que j’avais envoyés d’avance, suivant notre usage. voilà 4 fois que j’écris à cet excellent ami de ton frère, Mr Morel, d’abord pour retarder, et puis pour contremander tout à fait les places qu’il [mot biffé] nous avait retenues pour toulon et hyères, ce brave homme nous voulait, de toutes forces, â diner pour le lendemain de notre arrivée à Marseille où nous devions nous arrêter un jour. je crois qu’il ne plaindrait pas les courses que je lui ai occasionnées, si tout cela nous faisait prendre nos quartiers d’hyver près de lui, mais il n’y a encore rien de décidé. ce qu’il y a de certain c’est que ma femme veut l’air de la mer et un soleil méridional. [p. 3] on aurait tout çà de première main à Marseille de plus toi et bien d’autres personnes pourraient et même devraient y venir nous rendre visite, ce qui serait charmant. je crains toujours que les indécisions de coralie ne viennent contrarier ce plan qui serait pourtant si raisonnable et si facile. Nanci prend régulièrement ses leçons avec Mr Marcelle qui en est fort content. nous avons fait monter mon piano dans sa chambre, ce qui vaut bien mieux et pour elle et pour l’instrument que nous ne devrions pas laisser, l’hyver, au rez de chaussée. À cet endroit de ma lettre Marthe vient la chercher pour assister à sa lecon de littérature. on a bien de la peine à séparer ces deux jeunes filles, ce qui souvent, comme aujourd’hui nous prive d’un convive qui nous va si bien. hier Louise nous a donné un excellent diner où il ne [p. 4] manquait, de la famille, que ma femme. tu comprends que toutes ces bonnes réunions me font joliment prendre patience, et que je m’acommode bien de ce régime. mais la nécessité est une suprême loi, et décidement je conviens que dans cette saison, il faut à ma femme un climat plus chaud.
    tu trouveras, ci-inclus, le reçu des intérets barrins.
    inutile de rappeler que nous avons appris avec bonheur le mieux de notre chère josephine. je la vois d’ici, comme en tout ce qu’elle apprend, faire d’immenses progrès en équitation. Si on allait vous l’enlever pour l’hypodrôme ou le cirque de l’impératrice ! en attendant donnez toujours fréquemment de ses nouvelles et recevez tous les trois les embrassements du ménage devenu trois aussi.

c. F. M.

R96.859.11 Années 1850 À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé

Deux pages,  pas d’adresse ou d’enveloppe. Écriture hâtive et assez négligée.

vendredi.

     avant de compléter les renseignements que tu demandes, je t’envoye de suite l’adresse de Mme Blachier, parceque, voulant lui écrire, tu n’as pas de tems à perdre, attendu qu’elle revient à la fin du mois. elle est à l’hôtel de Saxe No 12 Rue jacob. je garde encore la lettre jointe à la tienne. demain je vais voir une dame de Brioude Mme de [mot biffé] Torcia, actuellement chez sa mère dans nos environs. j’aurai probablement, sur la fortune présumée du jeune homme, et sur la disparition de son père, quelques renseignements importants que je te transmettrai sans retard. j’ai su aussi par offarel l’avocat [p. 2] que ce jeune homme avait de 27 à 28 ans ; qu’il était bien de phisique et qu’il était est employé dans les télégraphes. il doit effectivement venir à Tournon voir Mme O. Larcel. il est beau frère du frère d’ofarel.
    notre départ est prochain, mais non encore fixé. tu n’attendras pas longtems ce que j’aurai à t’apprendre sur la grande affaire qui vous tient en soucis.
    après demain nous réunissons à dîner toute la famille. S’il y a quelques démarches à faire, quelques renseignements à recueillir ici, si le jeune homme y vient, Louise que nous avons mise au courant, sous le secret, nous remplacera.
    bonjour et empressement [corrigé en embrassement] à tous 4.
    Mme Maistre dont j’ai reçu une lettre aujourd’hui, est contente de son fils, [dans la marge de gauche, de haut en bas] de son travail et de sa santé : elle loge : Boulevard Sébastopol Rive gauche No 27.

R96.859.12 Fin novembre 1858 (?) À sa nièce Adèle Berlioz-Suat 
(avec Thérèse Marmion)
Texte corrigé Image

Trois pages, la première et la majeure partie de la seconde de la main de Thérèse Marmion, le reste de la main de Félix Marmion. Pas d’adresse ou d’enveloppe.

[de la main de Thérèse Marmion]

 votre pauvre Joséphine ma chère amie a donc encore été bien souffrante ! oh la cruelle maladie ! il faut avoir été témoin des souffrances de cette chère enfant pour s’en faire une idée ! combien je me félicite d’avoir nancy auprès de nous ; bonne et sensible comme elle l’est et adorant sa sœur, cette tristesse continuelle, ces scènes de larmes et de désespoir si souvent renouvellés, auraient exercé une influence bien fâcheuse sur son organisation si impressionable
Ainsi Alors ma chère je vous préviens que lorsque nous [p. 2] partirons Louise veut la garder auprès d’elle indéfiniment, préparez vous donc à ce sacrifice et lorsque vous écrirez a Nancy faites lui comprendre que cette séparation est absolument nécèssaire ; en attendant vous saurez que cette am toutte la famille raffolle de cette charmante Petite, ces beaux yeux où son ame angelique se réflète si bien charment tout le monde ; le colonel est tout feu de ses succès je lui cède la plume pour qu’il ait le plaisir de vous le dire lui-mème.

 [de la main de Félix Marmion]

 je confirme en tout point, pour consoler un peu ton cœur maternel, tout ce que ma femme te dit de [p. 3] la : bonne petite, comme on se plait à la nommer. elle restera donc ici jusqu’à nouvel ordre, de toutes manières. notre départ est prochain sans être fixé. nous attendons des renseignements pour les logements. à cause de notre lettre d’aujourd’hui, nanci ne t’écrira que dans deux jours. faut-il, à l’entrée de cette saison rigoureuse, espérer un mieux pour notre chère josephine ? voilà ce qui nous ferait tant de bien à tous. il y a si longtems que cette cruelle situation dure, que tu mériterais bien un amendement. sois bien convaincue, chère nièce, que nous le desirons tous ici bien ardemment. que cela te console un peu !
    bonjour à tous les trois.
je prie Suat de ne pas oublier le Barrins

Fonds Reboul

2011.02.301 Samedi 21 septembre 1839 (?) À sa nièce Nancy Berlioz-Pal Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les trois premières écrites, adresse à la quatrième; petite déchirure au coin droit en haut de la troisième page. Timbres postaux: COLMAR, 22 S[EPT] (année illisible); LYON, 23 (mois et année illisibles); LA COTE ST-ANDRE, 24 SEPT. (année illisible).

Colmar, ce 21 = 7bre

je pars après demain pour la grande tournée du conseil de révision, qui a été, comme tu sais, retardée de 12 jours, et me tiendra parconséquent éloigné plus long tems encore de mon Régiment où pourtant bien des affaires me rappèlent. je n’ai jamais tant senti l’inconvénient des honneurs. cette opération ne sera terminée qu’à la fin d’octobre et j’espère alors pouvoir redevenir gros jean, c’est à dire colonel comme devant. dans les premiers jours de la tournée je passerai fort près de château d’olweiller nommé tant de fois par mon pauvre père, parce qu’il savait que le portrait de ma mère y faisait partie de la collection des portraits de la famille Waldner. je tâcherai donc d’en avoir des nouvelles et je me figure que je le reconnaîtrai d’après la notice historique que je vous ai fait lire.
    [p. 2] Ne m’éloignant jamais beaucoup de huningue vous continuerez toujours d’y adresser mes lettres que j’aurai presque aussitôt, parce que mon itinéraire est connu et qu’on sait où me prendre chaque jour.
    aussitôt ta lettre reçue je me suis occupé de vous remplacer dignement Auguste et j’espère y réussir, parce que le délai que tu m’accordes coincide à peuprès avec la libération de l’armée ; et quant à la différence, mon [un mot biffé] omnipotence trouverait un biais raisonnable et vous auriez votre homme en tems utile. voulant vous faire un vrai cadeau j’y mettrai mes soins et vous aurez du bon ou rien.
    Je n’ai jamais douté de ta tendresse pour ta sœur. comment ne pas aimer un cœur pareil ! Mais l’éloignement, cette prévention contre quelqu’un qui est un autre elle même, voilà ce qu’il faut vaincre par des raprochements frèquents, une [p. 3] correspondance active et des concessions réciproques. mais quittons ce sujet qui donne des pensées pénibles, et parlons d’autres douleurs. je voudrais pouvoir oublier que je suis propriétaire tant les douceurs et les avantages que j’en retire sont exigus. le sort, à cet égard, me doit bien des dédommagements, et, suivant ma bonne contiense, j’espère.
    ta triste cousine, sortira de la triste maison pour faire un triste mariage dans un triste pays, c’est une maladie qui dans la famille est passée à l’état chronique ; il n’y a plus d’espoir.
    dis à ton père que je suis heureux de son bonheur actuel ; il n’est plus seul !! qu’il en profite, qu’il en jouisse et surtout qu’il le prolonge en vous accompagnant cet hyver à grenoble.
    il faut te quitter pour vaquer aux soins de mon empire et me disposer à un grand diner. ils me poursuivent et demain j’en donne un de 15 personnes, pour les honneurs du quel je voudrais bien avoir les graces de mes nieces et le savoir faire du juge de province.
    amitiés bien tendres et embrassements pour tous

f. M

[p. 4] [adresse]

Madame
Madame Camille pal
La Côte St André
isère

2011.02.302 Vendredi 15 mai 1835 À Camille Pal Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages, les deux premières écrites, la troisième vide, adresse à la quatrième. Timbres postaux: LUNEV[ILLE], 17 MAI 1835; GRENOBLE, 22 (MAI) (année illisible).

Lunéville ce 15 mai 1835.

    Mon cher Camille,

Mes nouvelles ne vous arrivent directement que pour vous ennuyer de mes affaires qui m’ennuyent bien davantage, et vous n’en doutez pas : recevez mes remercîments et mes excuses d’avance, et soyez encor assez bon pour aller voir m.m. Barthellon-ailloud. priez-les d’accéder à la proposition que je viens de leur faire, en réponse à une lettre d’eux, du 2 courant, qu’ils m’adressaient à Beauvais et que j’ai reçue ici aujourd’hui. je trouve très naturelles leurs menaces d’agir sérieusement ; mais il m’est impossible de rien envoyer pour le moment. pour me libérer ailleurs qu’à Grenoble, je viens de prendre des arrangements qui m’étrangleront pendant deux ans ; aussi serai-je complètement [p. 2] tranquille de ce côté. aidez-moi aussi à l’être dans mon pays.
    je propose à ces messieurs un renouvellement de billets : c’est tout ce que je puis humainement pour cette fois. mettez l’éloquence et la chaleur de l’amitié à leur persuader cela. il me faut du tems. ma position s’améliore : depuis un an je paye à force ; soyez en convaincus vous et tous ceux qui sont dans le secret de mes misères. quant à moi, je vais au devant du mieux ; mais encor une fois il me faut du tems.
    dois-je, depuis deux ans, plus que l’intérêt légal ? l’autre serait intollérable. éclairez-moi sur tout cela, je vous prie. dites à Nanci que j’ai reçu sa lettre à la quelle je répondrai bientôt. en attendant embrassez-la deux fois pour moi, et recevez de nouveau mes remercîments et l’assurance de mon sincère attachement.

f. Marmion

[p. 4] [adresse]

Monsieur
Monsieur Camille Pal
gde Rue neuve
Grenoble
isère

2011.02.303 Samedi 18 mars 1843 À sa nièce Nancy Berlioz-Pal Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe.

Thionville = Samedi 18 mars.

    Je ne pouvais supposer que ton frère laissât sa femme sans nouvelles et sans secours ; pourtant j’étais inquiet, ne voyant rien de lui dans les débats que je lis habituellement et où il ne manque jamais de faire consigner ses succès lorsqu’il y a lieu. ta lettre du 6 courant est venue dissiper mes craintes relativement à henriette ; et quelques jours après j’ai lu un article sur le passage du grand artiste B. à Leipzig et à Dresde. on laisse pressentir aussi les couronnes qui l’attendent à Berlin et j’y compte un peu.
    toutefois je regrette qu’il n’aille pas à Munich où mes recommendations ne lui eussent pas été inutiles. d’après ce que tu me mandes de son desir de revenir bien vite dans le veritable centre de toutes les choses de ce monde, il parait qu’il ne visitera pas, cette fois-ci du moins, cette partie de l’Allemagne. je m’en console par l’espoir, ainsi plus fondé, de le voir pendant mon séjour à paris.
    rien ne venant à la traverse mon arrivée dans la grand-ville aura lieu du 10 au 12 avril.
    [p. 2] suivant l’agréable habitude que je me suis faite je descendrai à Tivoli dont les aimables, quoique déjà un peu vieilles, commensales ne reverront pas sans quelque plaisir leur vieux colonel ; du moins je m’en flatte.
    ce pauvre Aug. Blanchet a donc succombé ! encore une mort prématurée ! quelle année fatale ! non pas précisément l’année 43 ; mais la période d’un mois de mars à l’autre. dans mon Régiment voilà en moins d’un an le 3eme officier que nous enterrons à Thionville, digne comme les deux autres des plus justes regrets. c’est mon chirurgien major que je viens encore de perdre ; brave et digne homme dont les 3 fils qui lui ont couté les yeux de la tête et aux quels il a sacrifié sa vie, sont à peine établis. sa malheureuse veuve va me causer bien des démarches pendant mon séjour à paris. il s’agira, comme à la veuve d’un de mes capitaines mort aussi au mois de mars dernier, de lui faire obtenir un bureau de tabac, ce à quoi j’ai réussi mieux et plutôt que je ne croyais. serai-je aussi heureux cette fois ? il faut en douter ; mais je n’y épargnerai ni mon tems ni ma peine. c’est un engagement [p. 3] sacré qui m’est imposé.
    quand donc bientôt tu verras, car tu le dois, cette bonne famille Blanchet, n’oublie pas mes sincères et douloureux compliments.
    je tiens toujours au rejetton pur et vrai de la chienne de Mr Victor. S’il y a moyen de me l’adresser soit ici, soit à paris pendant mon séjour, qu’on n’y manque pas et je serai très reconnaissant.
    le compte de camille se trouve concorder, sauf une somme tout à fait insignifiante, avec celui de l’an dernier, que j’ai conservé comme tous les autres pour connaître mon point de départ. il m’expliquera cette différence à notre première entrevue.
    je n’ai point mordu sur mon capital pour la somme demandée ; mais j’ai atteint l’extrême limite de mes revenus. au reste rien ne presse, dis-le à ton mari, pour me l’envoyer. qu’il compte sur la fin d’avril, et j’aurai le tems de vous donner un nouvel avis après mon arrivée.
    passé le 2 ou le 3 au plus tard, du mois prochain ne m’écris plus ici. j’en pars le 8 et m’arrêterai peut être deux jours à Metz ; ce qui confirme ce que j’ai dit plus haut de mon installation à [p. 4] Tyvoli, Rue St Lazarre, du 10 au 12.
    donne à ta sœur des nouvelles de moi et de mon voyage. recommande lui toujours, de ma part, d’engraisser et de reconquérir sa fraicheur. conserve la tienne sans épaississement, et croyez-moi tous votre affectionné pour la vie.

FM

2011.02.304 
et enveloppe 2011.02.305
Mercredi 24 février 1847 À sa nièce Nancy Berlioz-Pal Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages, sur papier à en-tête ‘COLONEL du 11e Dragons.’ Les deux premières pages écrites, le reste vide. Tampon du colonel au verso de l’enveloppe. Timbres postaux: (recto) MOULINS-S-ALLIER, 25 FEVR. (18)47; (verso) LYON, 26 FEVR. (18)47; GRENOBLE, 27 FEVR. (18)47.

COLONEL du 11e Dragons.

Moulins ce mercredi 24 févr-

    je touche, chère nièce, à ma liberté définitive. l’avis de ma retraite est arrivé et nous comptons partir dans 8. jours. nous serons donc à Lyon du 2 au 4 ; nous y séjournerons peut-être 48. h pour diverses emplettes de ménage et, après avoir donné un jour à Adèle, nous arriverons au port desiré. le tems me dure bien de voir derrière moi ce moment de la séparation avec mes camarades, avec un Régiment commandé par moi pendant plus de 10 ans. aussi n’ai je jamais [mot biffé] trouvé les heures si longues. mais l’excellente femme est là et ne me quittera plus, avec une consolation pareille on brave tout.
    tu peux encore m’écrire ici, en ne perdant pas un jour. après quoi tu sais [p. 2] où me prendre.
    je m’effraye justement de tout ce qui va se passer pendant ces 8 mortels jours, préparatifs, visites à rendre et à recevoir, déménagements, emballages ; comptes à rendre et à régler, adieux &c &c &c
    aussi n’ai-je le courage de rien ajouter et je finis par nos compliments à toi et à tous les tiens.

f. M.

nos santés tout parfaites à tous les deux mais le moral du colonel est un peu affecté.

[enveloppe]

A Madame
Camille Pal
gde Rue neuve
(isère      Grenoble

2011.02.306 Mardi 12 octobre 1847 À sa nièce Nancy Berlioz-Pal Texte corrigé

Le début de la lettre semble manquer: une seule page de texte, adresse au verso. Timbres postaux: TOURNON-S-RHONE, 12 OCT (4)7; L[YON], 13 OCT. (année illisible); LA COT[E-ST-ANDRE], 14 OCT. (18)47.

[...]

    Il faudra bien arranger aussi ton voyage et tu vas y penser sérieusement car le cousin grille de te voir. en attendant réponds lui de suite et sois bien aimable. au moment où j’écris ces mots, adèle que je pressais de venir me mande qu’elle nous arrive jeudi prochain ou samedi, mais avec nancy seulement elle laisse josephine pour tenir compagnie à son père qui reste.
    nous espérons que ce voyage fera du bien à ta pauvre sœur. le cousin la fera rire je t’en réponds ou elle serait incurable.
    mille compliments aux dame de pointières à la 1ere occasion.
    ma femme embrasse ses deux nièces de la côte. f. M.

[adresse au verso]

A Madame
Camille Pal
à la côte standré
isère

2011.02.406 Mercredi 6 mars 1833 À sa sœur Joséphine Marmion-Berlioz Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages, mais la fin de la lettre manque; pas d’adresse ou d’enveloppe. Les deux pages du feuillet ont été séparées puis recollées ensemble avec du papier collant blanc, mais ce papier a été déchiré de nouveau; quelques mots dans la colonne droite de la page 2 sont tronqués, et la fin de deux mots dans la marge droite de la page 4 sont masqués par le papier collant. Voir les images de cette lettre.

paris ce 6 mars.

    je m’attendais bien, ma pauvre sœur, à toute la douleur que te causerait la nouvelle que nous te cachions depuis quelque tems. il n’y a que le hasard qui puisse nous sauver ; car c’est une chimère de croire qu’hector fasse le moindre sacrifice à la volonté et aux scrupules de sa famille. sa folie est dans la tête : c’est encor pis que si le cœur était pris. on ne peut entrer dans le moindre raisonnement avec lui ; il ne veut rien entendre, s’irrite de tout et nous regarde comme ses ennemis. craignant probablement que je ne traite cette question là toutes les fois que je le rencontrerai, il semble m’éviter. je ne l’ai point encor vu chez moi depuis mon arrivée à Paris. nous nous sommes écrit et rencontrés plusieurs fois avec Alphonse pour nous donner des renseignements et tâcher, par quelque moyen, de conjurer le malheur. j’usqu’ici nous n’avons trouvé que l’espoir du délai que nous donnent ses démarches auprès de son pere et l’accident qui vient d’arriver à Mis Smithson. il y a 4 jours qu’elle s’est cassé la jambe en descendant de cabriolet. j’étais naturellement inquiet de l’effet que produirait, sur cette tête volcanisée, la nouvelle de cet évènement ; mais je l’ai trouvé, quoique fort affecté, beaucoup plus tranquille que je ne le craignais, depuis deux jours je lui avais écrit qu’il fallait absolument qu’il vint, avec Alphonse, dîner avec moi. je leur avais en conséquence donné un rendez-vous auquel Alphonse seul s’est rendu. hector ne m’avait même pas [p. 2] répondu à cet égard et m’avait seulement envoyé, par un musicien de notre connaissance, deux billets pour un concert où l’on devait jouer un morceau de sa composition. c’était dimanche passé que nous devions nous réunir. je trouvai alphonse à notre rendez-vous, et après avoir fait quelques tours de promenade, ne voyant pas venir ton fils, nous prîmes le parti d’aller chez lui pour l’arracher à son chagrin et le forcer de venir s’égayer un peu avec nous ; car c’était notre plan de campagne. nous ne voulions pas traiter l’affaire sentimentalement mais attaquer, au contraire, son absurde projet par des plaisanteries. nous le trouvâmes effectivement se promenant à grands pas dans sa chambre et nous parlant à peine, visiblement affecté mais pourtant assez tranquille. nous étions convenus, alphonse et moi, de feindre d’ignorer l’accident de M. S. pour rendre plus naturelle notre réunion projettée. je lui dis d abord : et bien nous allons dîner ensemble tu as du recevoir ma lettre, pourquoi n’y as-tu pas répondu ? — il répondit : je ne le pouvais pas ; vous ne savez donc pas l’accident (alors il le raconta) mais, ajoutai-je, il faut toujours dîner, allons. non, dit-il, je dois aller prendre un jeune homme pour dîner ensemble = mais ne peux-tu pas te dégager ? = je le pourrais ; mais je ne le veux pas, parce que vous me tiendrez une conversation que je ne veux pas entendre. là dessus nous sortîmes tristement alphonse et moi pour aller causer, en dinant ensemble, de notre projet manqué et du peu d’espoir qui nous reste.
    j’avais le projet de tenter une visite à M. S. pour [p. 3] essayer d’ébranler sa résolution en lui parlant de la répugnance invincible de la famille pour ce mariage. mais je n’avais pas encor fixé le jour. dailleurs il me faut trouver un interprête et faire cette démarche avec précaution. le dernier accident me donne le tems d’y refléchir.
    je suis si loin des quartiers qu’ils habitent tous les deux que c’est encor une difficulté de plus, sans compter mes occupations qui me permettent rarement de m’absenter avant 5 ou 6 heures du soir. peut être lui écrirai-je (à elle.) il faut se garder de faire de fausses démarches et surtout d’exaspérer davantage ce cerveau détraqué. dans tous les cas comptez sur ma prudence et sur tout l’intérêt que j’y mettrai.
    cela empoisonne le plaisir que j’aurais de me trouver ici avec lui et tant de personnes de connaissance que je rencontre tous les jours.
    je vais dans des réunions magnifiques, à la cour et ailleurs. dans ma position je ne puis refuser ; mais bien souvent j’y porte la préoccupation de vos chagrins et du désagrément particulier que cet absurde mariage nous cause à tous.
    je n’ai point encor vu Mr Joseph Rocher. j’ai mis deux cartes chez lui sans le rencontrer. j’ai vu au château les députés et les pairs dauphinois, Mr alphonse périer avec le quel j’ai beaucoup causé de Nanci. j’ai dansé au bal des orphelins du 10e arrondissement avec Mme de Marck sœur de [p. 4] Mr caffarell votre nouvel allié ; j’y ai vu aussi la trop célêbre Mme Duvallon et son nigaud de mari. j’ai diné, en passant à versailles, chez Mme Blancart. j’ai apperçu Mr Bérenger plusieurs fois. je vais ce soir à un concert à la cour. j’y verrai toutes les notabilités. je dîne chez le ministre de la guerre demain ; dimanche je passe la soirée chez le président de la chambre des députés ; j’ai été dimanche passé dans la plus belle réunion particulière, dans la plus belle maison de paris, fraîchement meublée et où toutes les jolies femmes de paris s’étaient donné rendez-vous. rien ne peut te donner une idée de ce luxe, de cette richesse d’ameublement, de la magnificence des parures, enfin de l’éclat de cette fête. on a tiré une loterie au profit des pauvres, la quelle a rapporté plus de 5000f. il y avait 270 lots gagnants. cette soirée la plus remarquable que j’ai vue de ma vie (après celles de la cour pourtant) était donné par madame la comtesse Reille fille du célèbre masséna, dont le mari est lieut. général et pair de france. les malheureux ont 150 000f de rente ; mais ils sont excellents tous les deux, et savent parfaitement être riches. ils sont encor mieux que cela, car ils sont heureux, le croyent et le disent. je trouve, au moins, que c’est consolant pour ceux à qui l’eau en vient à la bouche
    je voudrais bien, ma chère amie, te distraire un peu par ces détails que je te donnerais encor mieux si tu pouvais y prendre plus [la fin de la lettre manque]

Lettres de Thérèse Marmion

Voir aussi ci-dessus R96.859.12

R96.860.1 Dimanche 12 décembre 1858 (?) À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. Mauvaise écriture et orthographe.

Dimanche

    Je vais mieux ma chére adèle mais je dors tres peu, et je suis très irritable, vous saurez donc que votre lettre que je recois à l’instant, ma causée une grand colère, et si vous étiez là, je vous battrais ! comment pouvez vous avoir l’idée que votre bonne petite nancy poura nous donner de l’embaras ! pour faire une suposition aussi absurde, aussi ridiculle, il faut ma chére que votre raison commence à déménager, aussi je n’esseirai pas de vous faire des raisonements à ce sujet, et c’est à votre mari que je m’adrèsse Pour lui faire comprendre combien ce serait dangereux de [p. 2] rapeler Nancy auprès de vous ; l’expérience du Passé vous à demontré que sa Présence est absolument sans avantage pour Josephine, et les medecins ne vous ont pas laissé ignorer qu’il était impérieusement nécèssaire de separer les deux sœurs. je concois ma chére amie l’imense sacrifice que vous faites en vous séparant de cette adorable petite créature, mais puisque le sacrifice est nécèssaire il faut avoir le courage de le supporter autant de temps que les circonstances l’exigeront ; en attendant Nancy se porte très bien, elle étudie très sérieusement son piano, elle assiste au cours de literature de Marthe et comme il y a temps pour tous, elle est fort occupée aujourd’hui [p. 3] d’apprendre un role dans un Proverbe que l’on doit jouer Jeudy Prochain chez Louise : l’entrain de ces jeunes filles et de Nancy surtout nous divertit beaucoup ; il faut absolument ma chére que vous en soiez témoin, venez donc nous faire une petite visite ce jour là, je crois que vous auriez besoin de cette distraction Pour vous retremper, j’espère que votre mari vous y déterminera ; vous le devez dans l’intérèt de tous, songez y sérieusement, l’épreuve est cruelle, et pour avoir la force de la suporter il ne faut pas reculer devant les moiens à emploier pour que votre santé ranimer vos forces ; Louise vous écrira, et j’espère que vous vous rendrez a nos raisonements 
    aureste je suis bien aise de [p. 4] vous Prévenir que si vous Persistiez dans vos projets, nous nous croions en droit de nous y oposer formellement. bien convaincue qu’un jour, vous auriez peut être la douleur de voir vos deux enfans malades à la fois. Adieu ma chére je compte beaucoup sur votre mari pour vous déterminer à suivre nos conseils, et je compte sur vous Pour decider que vous le decidiez a nous faire une Petite visite, je veux qu’il soit témoin de l’amitié que nous avons tous Pour votre chére enfant ; elle arrive de veprès, elle s’habille Pour aller diner ce soir chez Mme Camille, après demain soirée chez Mme Deville. adieu ma bonne adèle, du courage, le printemps sera le terme de vos Peines je n’en doute Pas. adieu je vous laisse pour aller [dans la marge de gauche, de haut en bas] Prendre un grand bain de 2 heures, voilà le 5eme et ce n’est pas le dernier

R96.860.2 Vendredi 7 janvier 1859 (?) À sa nièce Adèle Berlioz-Suat Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages; pas d’adresse ou d’enveloppe. Mauvaise écriture et orthographe, transcription de plusieurs mots incertaine. La lettre de Félix Marmion à laquelle il est fait allusion est sans doute R96.859.8 qui date probablement du jeudi 30 décembre 1858.

Vendredy

Le Colonel vous a écri ma chére Adèle, qu’il nous avait été impossible de voir Mr Bernard ; une notte bien détaillée de l’état de Josèphine a été remise a Mr Morell pour la faire parvenir au docteur par le canal d’un de ses amis ; quand a votre résidence dans une maison de santé il n’en existe pas m’a-ton dis a Marseille, aureste on est toujours plus chérement dans ces maisons et la vue des malades serait fort peu récréative pour votre cher enfant ; quand au magnétisme il est a peu près certain que Mr Bernard vous le conseillera, beaucoup de gents le pronent beaucoup le dénigrent, il en est ainsi de touttes les choses de ce monde ; Le magnétisme exerce une influence horrible sur développe horriblent le système nerveux, et le magnétisme exerce une influence immense sur le sujet qu’il a magnétisé ; Melle de Landersset a été guérie par ce moien, mais elle a eu plusieurs rechutes, et plusieurs fois il a fallut [p. 2] faire revenir Mr Lafontaine de Genève et a défaut de ce cèlèbre charlatan il a fallut avoir recours a tous les magnétiseurs du pays et des environs ; a votre place je ne me dèciderais a emploier ce moien qu’après avoir **édé de l’hydrothérapie ou des Bains de Mer ; mais comme il est absolument nécèssaire d’apporter du soulagement aux souffrances de cette Pauvre petite et aux votres, je vous conseillerai un voyage dans le midi ; quelle diférence de température avec la notre ? Mr Morel dois faire jouer un opéra prochainement, Hector lui a promis de venir a Marseille a cette époque, voilà une bonne occasion, et puis vous irez a Toulon, et puis a hiers jouir de notre beau soleil, je suis convaincue que notre chére malade s’en trouvera bien, et vous aussi ma chere Adèle, car enfin il faut bien songer a reprendre des forces pour soutenir la lutte qui peut être encore longue ; nous ne pourrions pas vous offrir un logement, mais nous vous en procurerions un dans un hotel qui nous avoisine ; allons [p. 3] décidez vous, et surtout donnez nous vite de vos nouvelles.
    Vous êtes actuellement en posètion de votre chére Nancy son retour parmi vous a du vous rendre bien heureux ! quelle bonne et aimable créature ! Son absence dans la famille fera un vide, vieux et jeunes tout le monde l’aimait ; vous saurez qu’à la soirée de Louise elle a eu un succès complet et nous étions tous atristés que vous n’en fussiez pas témoin ; le rôle qu’elle a joué dans le proverbe semblait fait pour elle, une jeune fille assez de vertu, nourissant sa vieille grand mère de son travail : il faut que vous sachiez aussi que l’on trouve qu’elle vous ressemble prodigieusement, et pour la figure et pour la tournure et pour la grace, et je partage parfaitement cet avis et je trouve que dans une année il s’est opéré chez el dans toutte sa personne un changement des plus avantageux. — Votre oncle est brillant de santé, je me porte [p. 4] parfaitement également, mais je ne suis pas encore débarrassée de mes clous qui se succèdent sans interruption sous le bras droit, heureusement il ne me font pas souffrir, et j’en suis quitte pour mettre 3 ou 4 sodales pour remplacer les tailles de robes que je ne pourrai pas entrer.
Nous venons de recevoir des nouvèlles de Louis, il arrivera dans le mois de mars : en partant il nous demanda si nous voulions qu’il nous rapporte quelques production indienne, le Colonel lui dis de nous envoyer quelques petits objets de fantaisie ; il nous envois la liste et le prix de ces objets au nombre de 20, tels que corbeille a ouvrage pa* a jeux, canne éventail, porte cigare, etc. etc. Le tout nous reviendra avec les frais de douane et intèrét d’argent emprunté a cinq cents francs. vous pouvez vous faire une idée de notre surprise dèsagréable. J’espère que d’ici au mois de mars la mauvaise hum humeur du colonel se calmera, et qu’il remboursera, sans observation le cher petit neveu qui me parrait vouloir se lancer dans le comerce des spéculations ; si vous lui écrivez ne lui en parlez pas je vous le recommande. Adieu chere amie repondez nous vite et tachez de nous donner de meilleurs nouvelles.

2011.02.293 Dimanche 21 janvier 1855 À Mathilde Pal Texte corrigé Image

Un feuillet de quatre pages, pas d’adresse ou d’enveloppe; encre assez pâle, mauvaise écriture assez difficile à lire et à interpréter, transcription parfois incertaine. Cette lettre non signée est attribuée à Camille Pal dans l’inventaire, mais d’après l’écriture et le contenu n’est certainement pas de lui mais appartient à Thérèse Marmion.

Montpellier dimanche

Que diras tu ma chere Mathilde lorsque tu sauras que nous sommes depuis deux jours encombres de neige, il y a cinquante ans qu’on n’avait pas vu un temps pareil on le regarde néamoin comme un bienfait, car depuis huit mois il n’a pas plut sérieusement a Montpellier et dans les environs, avant cette neige nous avions un soleil splendide et j’en profitai largement pour me promener et pour flaner ; ton oncle selon son habitude use du même régime, sa santé est florissante, je suis assez satisfaite de la mienne, Sophie va trés bien également, avantage immense pour le ménage.
[p. 2] Tu dois être actuèllement débarassée de ton diner ma chere amie et tu te disposes probablement a partir pour Vienne, peut être même y est tu déjà ; je suis charmée de ce voyage pour toi et pour ta tante, la pauvre femme est complèttement démoralisée depuis quelques temps, le plaisir de te voir et le désir de te distraire la forceront à sortir de cet état d’accablement qui doit inquiéter son mari, heureusement il va bien, ainsi que ses fillettes.
enfin ce pauvre Hector a eu décidement un succès complet ; un succès de gloire et d’argent ; comme tu le dis trés judicieusement, il est malheux que cette époque heureuse de sa vie soit gatée par son mariage ; nous n’avons jamais osé parler de ce triste évènement à ***elle ; mais je serai cependant bien aise de connaître ses projets [p. 3] pour l’avenir afin de marcher sur ses traces, cependant je t’avourai franchement que j’ai tres peu envie de connaitre cette péronèlle et encore moins son ignoble mère Louis était indigné de la conduite de cette femme, le pauvre enfant a eu beaucoup à se plaindre, de Melle Marie, car tu sauras que c’est le nom de ton intérèssante tante. tout cela soit dit entre nous ma chére amie car il faut ménager la bonne adèle sur ce chapitre, son frère [mot biffé] me préoccupe beaucoup moins, bien convaincu qu’il a beaucoup plus de sensibilité dans les nerfs que dans le cœur.
Le carnaval est assez triste a Montpellier, et je crois qu’il en sera de même partout. on se dispose cependent a donner [p. 4] quelques fêtes a Tournon à l’occasi du mariage d’albert ; tu as su que Raoul était venu passer quelques jours dans sa famille, on a été bien heureux de revoir ce beau Dragon, il trouve le métier dur, mais il est décidé à persister il aurait préféré le regiment à Saumur, mais sa mère n’était pas de cet avis, le voilà aumoins pour quelques temps à l’abri du canon, et d’ici là, peut être aurons nous la paix, en attendant le siège de Sebastopol n’est pas encore commencé ; te rapèlles tu Me Mathieu à la côte nous disait tous les jours à l’heure qu’il est Sebastopol est pris ; ah Monsi faure dont on se mocquait avait bien raison. Sur ce ma chére amie je te souhaite le bon soir je t’embrasse de tout mon cœur et je vais me coucher. Mes amitiés bien tendre à ton père. —

Site Hector Berlioz créé par Michel Austin et Monir Tayeb le 18 juillet 1997; pages Lettres de la famille du compositeur créées le 11 décembre 2014, mises à jour le 1er avril 2015.

© Musée Hector-Berlioz pour le texte et les images des lettres
© Michel Austin et Monir Tayeb pour le commentaire et la présentation

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