Vote pour le Panthéon 
Bulletin N7  Berlioz

Publié dans

Le Petit Journal, 14 octobre 1908

 

 

 

En octobre 1908, Le Petit Journal publie une série d’articles dans le cadre d’un concours organisé par lui pour proposer des candidats éventuels au transfert au Panthéon, et il invite ses lecteurs à voter en utilisant un bulletin à détacher pour chaque candidat imprimé dans le journal. La question à laquelle les lecteurs du journal sont invités à répondre est celle-ci: « Quels sont les Français du dix-neuvième siècle auxquels devraient être decernés les honneurs du Panthéon ? » (le Petit Journal, 6 octobre 1908). L’article sur Berlioz parut dans l’édition du 14 octobre, dont nous présentons le texte sur cette page. L’exposé qu’il donne de la carrière de Berlioz comporte quelques lacunes et inexactitudes qu’il n’a pas paru opportun de relever.

Faut-il préciser que le nom de Berlioz ne remporta pas le concours, et que la question du transfert du compositeur au Panthéon n’a pas encore été résolue?

Le texte de cet article et l’image qui l’accompagne sont reproduits ici d’après notre exemplaire original du Petit Journal. Nous avons conservé l’orthographe et la syntaxe du texte original.

Berlioz

Musicien

    Berlioz (Louis-Hector), musicien français, naquit à la Côte-Saint-André (Isère), le 11 décembre 1803. Dès son enfance, il manifesta un goût profond pour la musique, mais son père, qui était médecin, voulait lui faire adopter sa propre carrière et il l’envoya dans ce but à Paris, en 1822 [1821 en fait]. Mais Hector Berlioz suivit en secret sa vocation, s’exerça à la composition musicale, écrivit bientôt, sur un poème de Millevoye, le Cheval arabe, une cantate, puis quelques scènes d’un opéra, Estelle, un oratorio et une messe, qui fut exécutée deux fois, à l’église Saint-Roch et à l’église Saint-Eustache.

    Il était à ce moment l’élève de l’illustre auteur des Bardes, Lesueur, et il entra au Conservatoire. Mais sa famille voulut s’opposer à ce qu’il continuât ses études musicales pour reprendre celles de la médecine. Il revint alors à la Côte-Saint-André ; il y eut de douloureuses discussions avec son père et sa mère qui, enfin, se laissèrent fléchir, mais supprimèrent bientôt la pension mensuelle qui’ils lui avaient d’abord assurée.

    Pour vivre, Hector Berlioz entra au théâtre des Nouveautés, à Paris, comme choriste ; il continuait à suivre les cours du Conservatoire, et, après plusieurs essais, il présenta au concours de l’Institut une cantate, la Mort d’Orphée, qui n’obtint pas de succès. Il renouvela sa tentative en 1828 et obtint un second prix ; il composa Huit scènes de Faust, sa célèbre Symphonie fantastique, et une fantasie sur la Tempête, de Shakespeare. Il était à ce moment professeur de guitare dans une pension de jeunes filles.

    En 1830, il obtint le premier prix au concours de l’Institut avec une cantate intitulée Sardanapale, et il partit pour faire en Italie le séjour réglementaire. Il en rapporta des mélodies, des ouvertures. Dès lors, il commence sa véritable carrière avec toutes les espérances et aussi avec tous les déboires, toutes les tristesses réservées aux novateurs.

    En 1834, il fait exécuter Harold en Italie ; en 1835, il devient critique musical au Journal des Débats et se signale par une verve mordante qui lui crée de nombreux ennemis. En 1837, il donne aux Invalides une Messe des Morts, et, le 3 septembre 1838, l’Opéra représente son Benvenuto Cellini. Cette œuvre dramatique, qu’on s’accorde aujourd’hui à reconnaître merveilleuse d’originalité et de mouvement, fut outrageusement sifflée par le public et volontairement « sabotée » par les interprètes. Ce fut un désastre, à la suite duquel Berlioz, qui, marié depuis 1833, était père d’un petit garçon, se trouva plongé dans la détresse la plus profonde. L’illustre violoniste Paganini lui fit parvenir généreusement vingt mille francs et Berlioz le remercia de cette aide spontanée en lui dédiant son admirable symphonie de Roméo et Juliette, qui fut jouée au Conservatoire le 24 novembre 1839.

    Aprés avoir composé, pour l’inauguration de la colonne de Juillet, en 1840, une Symphonie funèbre et triomphale, Berlioz entreprend toute une série de voyages à l’étranger. Il se rend d’abord à Bruxelles, puis, en 1843, il donne des concerts à Leipzig, à Berlin, à Hambourg, à Stuttgart. Revenu à Paris, il organise à l’Exposition de 1844 un grand festival où est joué son Hymne à la France. Il repart l’année suivante pour l’Autriche, passe à Londres en 1848, retourne en Bohême, fait un nouveau séjour en Angleterre, en 1851, admiré ou combattu mais remportant plus de succès que d’échecs.

    En 1846, il avait fait exécuter, devant des auditeurs indifférents, une légende dramatique, la Damnation de Faust, qui est aujourd’hui considérée comme son chef-d’œuvre et qui contient d’admirables pages suffisantes pour assurer son immortalité. L’Enfance du Christ, Mystère sacré, que Berlioz donna en 1854, força ses ennemis à reconnaître la puissance de son inspiration.

    L’Académie des Beaux-arts l’accueillit le 21 juin 1856. Il composa encore deux œuvres : Béatrice et Bénédict, en 1862, pour l’inauguration du Théâtre de Bade, et les Troyens, grande tragédie lyrique, dont la seconde partie, jouée en 1863, remporta un brillant mais éphémère succès. Berlioz fut très sensible à ce demi-échec. Brisé par les luttes qu’il avait dû soutenir, frappé par des deuils qui l’atteignaient dans ses affections les plus chères, il succomba à la maladie nerveuse qui le minait depuis longtemps et mourut à Paris le 8 mars 1869.

    Pendant toute sa vie, si remplie d’agitations et compliquée par des difficultés domestiques, Berlioz a travaillé avec une inlassable énergie, et souvent avec une violence passionée, au succès des réformes et des innovations qu’il croyait bonnes et qui sont aujourd’hui reconnues comme telles par la majorité des connaisseurs. L’abondance des idées, la richesse des sons, l’infinie variété des rythmes rendent ses ouvrages incomparables. Son influence, discutée âprement, fut considérable ; elle lui a survécu et des critiques éminents n’hésitent pas à dire qu’il est le plus grand des musiciens français.

    Un monument lui a été élevé à Paris, dans le square de Vintimille.

Site Hector Berlioz créé le 18 juillet 1997 par Michel Austin et Monir Tayeb; cette page créée le 1er février 2014.

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