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2026
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| BENVENUTO CELLINI DANS UN LUXE EXCESSIF FESTIVAL BERLIOZ 2026 : FIN D’UNE ÉPOQUE |
Pierre-René Serna
Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, 31 janvier 2026
Pour sa première apparition à la Monnaie, Benvenuto Cellini bénéficie d’une bonne interprétation mais d’une mise en scène excessive. Étonnamment, Benvenuto Cellini n’avait jamais connu la scène du théâtre de la Monnaie, l’Opéra de Bruxelles, et l’on doit à Alain Altinoglu, directeur musical de la maison, l’heureuse initiative de sa programmation. Le chef d’orchestre avait déjà dirigé nombre d’œuvres de Berlioz au cours de sa carrière. Ici, il s’attaque pour la première fois à l’opéra de jeunesse du compositeur. La Monnaie avait cependant présenté les Troyens dès 1907, ainsi que plus récemment il y a quelques années (au temps du directeur Gerard Mortier, sous la direction d’orchestre de Sylvain Cambreling). L’œuvre était donc très attendue, sachant que la France ignore quasiment les opéras de Berlioz (au contraire de l’Allemagne par exemple).
Disons d’emblée que cette attente est comblée, au moins pour son interprétation. Car la mise en scène, due à Thaddeus Strassberger, donne à voir un décorum qui distille à profusion les allégories de la Rome impériale, il est vrai en rapport avec la situation du livret. Défilent ainsi devant une fontaine monumentale, imitée de la fontaine romaine de Trevi, des personnages grimés en forme de statuaire antique qui s’envolent et s’agitent de tous côtés. Plutôt beau, esthétiquement. Sur cet arrière-plan des plus (trop ?) évocateurs, les personnages, ceux de l’action, n’en sont pas moins bien campés dans leurs attributions (dans des costumes actuels, voire pour certains en mode « queer »). Et les participants des nombreux chœurs interviennent tout autant dans l’agitation. Mais cette profusion est telle, pour qui ne connaît pas exactement la trame du livret, qu’il est fort probable qu’il se perde dans cette représentation scénique des plus compliquées qui frise la confusion. Il lui reste, il est vrai, toujours la possibilité de se rabattre sur les surtitres.
À la Monnaie, le choix a été fait de prendre la version dite « Paris 2 » (selon l’édition de la partition chez Bärenreiter), correspondant à l’état final des représentations à Paris. Bon choix ! Cela étant, malgré quelques coupures, petites et rares. Mais il y a aussi, et surtout, l’introduction d’une longuette scène parlée (au moment de la pantomime du Carnaval romain, pantomime pourtant maintenue provenant de la version « Paris 1 »). Inutile et gênante.
Pour le reste, l’interprétation est à la hauteur de ce projet ambitieux. Au rôle-titre, le ténor John Osborn confirme ses talents interprétatifs (avec ce rôle qu’il avait déjà à son répertoire et chanté dans les maisons d’opéra de Rome, Barcelone et Amsterdam), d’une voix mixte tout à fait en situation. La basse belge Tijl Faveyts incarne Balducci d’une réelle présence, de même que pour Fieramosca le baryton français Jean-Sébastien Bou. La soprano espagnole Ruth Iniesta répond avec allant et d’une voix affirmée au rôle de Teresa. Alors que la mezzo Florence Losseau s’acquitte avec brio d’Ascanio. Et les seconds rôles se révèlent tout aussi en phase avec leurs attributions. Tous dans un français bien lancé et prononcé, pour une distribution largement internationale. Et ce, pour des prises de rôles (hors la seule exception de John Osborn). Le résultat de cette juste adéquation revient à n’en pas douter aux indications du maître de céans Alain Altinoglu.
Le chœur, celui de la Monnaie, n’est pas en manque bonne participation, dans sa présence quasi constante, y compris pour l’échevelée scène carnavalesque. Quant à l’Orchestre symphonique de la Monnaie, il apporte son soutien sans faillir, pour ses parties où il doit jouer dans les multiples nuances de cette partition exigeante. Alain Altinoglu se révèle digne de sa réputation d’efficace maestro de la baguette, et en outre digne connaisseur de Berlioz et de cette œuvre. Confirmant sa pertinente appréciation : « Avec Berlioz, il n’y a pas de demi-mesure possible ! »
Pierre-René Serna
© Simon Van Rompay
© Simon Van Rompay
© Simon Van Rompay
© Simon Van Rompay
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Pierre-René Serna
Du 25 au 29 août.
Cette édition 2026 du Festival Berlioz sera la dernière de son directeur Bruno Messina. Appelé à la direction artistique des Chorégies d’Orange, Bruno Messina quitte donc la direction du Festival Berlioz, pour lequel il avait œuvré depuis 2009, avec succès, mais aussi des hauts et des bas. Car pour ses trois précédentes éditions (dont celle-ci), le Festival ne présentait plus guère les grandes pages de Berlioz ni ses grands interprètes. En raison des circonstances (la disparition de chefs prestigieux, comme John Nelson, et la mise sur la touche d’autres chefs comme John Eliot Gardiner, François-Xavier Roth et Valery Gergiev) mais aussi de difficultés de subventions. On ne sait donc ce qu’il en sera de l’avenir du Festival…
C’est ainsi que pour cette édition 2026, peu d’œuvres de Berlioz ont figuré. Nous nous en sommes donc tenu pour notre part aux cinq derniers jours (du 25 au 29 août) avec quelques pages du compositeur, les jours précédents (à partir du 19) ne lui en laissant quasiment aucune.
LA DAMNATION DE FAUST
L’œuvre phare de cette édition était La Damnation de Faust, seule très grande œuvre de Berlioz au programme. L’ensemble orchestral Appassionato est à la tâche, complété de plusieurs chœurs (Chœur Spirito, chœurs amateurs régionaux de Lyon et d’Auvergne), de chanteurs solistes, le tout sous la direction de Mathieu Herzog. Dans l’auditorium provisoire sis dans la cour du château de La Côte-Saint-André, l’acoustique de ce semi plein-air favorise l’écoute générale et moins le chant en solitaire. Les chœurs, fournis, bien préparés, résonnent ainsi d’une belle présence. De même que l’orchestre, d’une bonne tenue et d’une réelle affirmation y compris pour les nombreux détails instrumentaux. Les chanteurs solistes sont moins à leur affaire en raison d’émissions parfois restreintes. Commencé d’une voix oscillante presque chevrotante par son vibrato, le ténor Jérémie Schütz (Faust) s’affirme par la suite d’un franc élan, jusqu’à quelques aigus lancés de tête. Le baryton Alexander Roslavets (Méphistophélès) possède l’ardeur vocale qui convient (en dépit de quelques défauts de prononciation chez ce chanteur d’origine russe). Quant à Ambroisine Bré (Marguerite), elle s’épanche valeureusement mais souffre d’une émission par trop restreinte. Alors que Arthur Dougha (pour l’épisodique Brander) ne possède qu’un filet de voix qu’il livre courageusement. C’est ainsi que la part des chanteurs solistes constitue le point quelque peu en retrait de l’exécution.
L’ensemble, avec chœur et orchestre, n’en est pas moins bien mené jusqu’à un final éclatant. Petite réserve toutefois pour certains partis pris de la direction, non forcément respectueux des indications de la partition, comme cette « Marche hongroise » prise dans un tempo trop rapide et pourvue d’un malencontreux accelerando final. Une Damnation de Faust de bon aloi sans bouleverser la donne des interprétations de l’œuvre.
CHŒURS ET ROMANCES
Deux concerts d’après-midi faisaient place à Berlioz : les chœurs avec piano et les arrangements de romances accompagnées à la guitare.
Dans le prieuré médiéval de Marnans (à une quinzaine de kilomètres de La Côte-Saint-André), s’offraient donc des chœurs avec piano, suite des mélodies avec piano du compositeur présentées l’an dernier. Ou le bénéfice de pages rares au concert. Le Chœur Spirito sous la direction de Thibaut Louppe (qui avait également préparé les chœurs de la Damnation) présente ces œuvres dans des répartitions vocales changeantes (telles qu’elles le demandent) animées de mouvements dans le lieu. Une excellente transmission dans des voix fermes mais agrémentées parfois d’aigus de sopranos immodérés. S’ajoutaient quelques chœurs de plain-chant de la liturgie traditionnelle (pourquoi pas ?). Benjamin Anfray délivre son piano avec justesse, dont on regrette seulement qu’il s’agisse d’un grand piano à queue moderne Yamaha et non pas d’un piano de style Pleyel ou Érard d’époque. Ce qui nuit à l’équilibre de la balance sonore.
Dans l’église de La Côte-Saint-André cette fois, se donnent les arrangements accompagnés à la guitare d’un Berlioz de toute jeunesse (vers 1819-1822, que l’on connaît par le cahier où elles ont été transcrites), de romances d’opéras-comiques de la fin du XVIIIe et début XIXe siècles (de Martini, Dalayrac, Boieldieu etc.). Pages qu’il ne reprendra plus par la suite. Elles reviennent à deux sopranos, Céline Laly et Anne-Sophie Duprels (alors que l’on aurait goûté aussi d’autres tessitures, comme celle de ténor). La première s’élance dans une vocalité excessive, nantie de vibratos, lyrique à la façon d’un Puccini, peu faite pour la légèreté de ces romances de salon, sans compter une absence de diction (indispensable dans ce répertoire). La seconde soprano tombe moins dans ces excès. Les deux associées, contribuent mieux dans leurs duos. La guitare, ou plutôt les deux guitares en alternance, sont à la charge du doigté adapté d’Antonin Vercellino, qui a fait le bon choix d’instruments d’époque. Bien que la sonorité réverbérée d’église soit peu adaptée (à ces œuvres de petit salon, comme nous disions). Un concert un peu frustrant, pourtant attractif pour son programme de pages que l’on a si peu l’occasion d’entendre.
DEUX CONCERTS DU SOIR
Parmi les autres concerts symphoniques du soir, toujours dans l’auditorium du château, relevons deux concerts comportant des pages de Berlioz.
Le concert intitulé « Fantastique Ophélie » laisse place à des pièces inspirées de l’héroïne de Shakespeare conclues par la Symphonie fantastique. À la charge de l’Orchestre philharmonique de Radio France, sous la direction de Louis Langrée, avec la participation de la soprano Sabine Devieilhe. L’Ouverture des Francs-Juges ouvre le ban, ouverture d’un des tous premiers opéras de Berlioz (qu’il devait par la suite abandonner, et dont ne reste que des fragments – et non pas « un opéra resté inachevé » comme le commente imprudemment le rédacteur du programme du festival). Son interprétation se fait très bien enlevée. S’ensuivent airs et pages inspirées du thème d’Ophélie (air tiré d’Hamlet d’Ambroise Thomas, La Mort d’Ophélie et Marche funèbre pour la dernière scène d’Hamlet de Berlioz, air tiré de Lucie de Lammermoor de Donizetti). Sabine Devieilhe délivre une ardente coloratoure dans les airs de Thomas et Donizetti, ainsi qu’une pertinente expressivité pour La Mort d’Ophélie. La Marche funèbre, quant à elle sans le chant de la soprano, s’expose grandement comme il se doit (et ponctuée d’un discret « Ah » à l’unisson lancé par la voix des instrumentistes, comme il se doit également). La Symphonie fantastique (que l’orchestre possède à son répertoire, mais ici peu routinière) s’expose pour sa part vivement animée sous la direction vigoureuse et agitée de larges mouvements de Langrée. On regrette seulement certains détails parfois non conformes aux indications de la partition (comme le solo du cor anglais de la « Scène aux champs », joué legato au rebours du staccato prescrit).
Le concert intitulé « Les Nuits d’été » livre le cycle mélodique de Berlioz, introduit par l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn et achevé par la Symphonie n°8 de Dvořák. Les mélodies de Berlioz sont interprétées par la mezzo Eva Zaïcik (alors que la version orchestrée du cycle est prévue pour deux chanteurs, dont un ténor) d’une voix un peu faible mais bien sentie, soutenue par l’orchestre avec la subtilité nécessaire. Le même Orchestre de chambre de Paris se fait emporté pour l’ouverture de Mendelssohn et lance avec une belle énergie la symphonie de Dvořák sous la direction ferme de Thomas Hengelbrock.
AUTRES CONCERTS
Un autre concert du soir présente les symphonies n°6 et n°7 de Beethoven, par l’Orchestre de chambre de Lausanne. Excellente transmission, d’un beau sentiment sous la direction ardente comme sa gestique de Renaud Capuçon.
Enfin, autre concert dépourvu de Berlioz : La Belle au bois dormant, ballet de Ferdinand Hérold. Selon Hervé Niquet, qui y dirige l’Orchestre Lamoureux, c’est une œuvre à l’orchestre « brillant ». Nous serions plutôt tenté de trouver cette musique bruyante et rantanplan (tout du moins dans sa version, écourtée, telle qu’elle fut transmise). La compagnie espagnole de danse Chicos Mambo l’accompagne d’un ballet, comme de juste, dans des chorégraphies cocasses et guignolesques (mises en scène par Corinne et Gilles Benizio). Peu captivant !
Parmi les concerts d’après-midi, toujours dans l’église, un récital de piano avec la participation d’une récitante en hommage à George Sand. Marie-Josèphe Jude exécute parfaitement au piano des œuvres diverses (de Chopin, Federico Mompou, Brahms, Schuman, Debussy, Lili Boulanger et autres) de ce programme varié. L’intervention de la récitante, Rima Abdul Malak, se fait, elle, malencontreuse. Débitant des textes puisés à Sand et d’autres auteurs, amplifiés au microphone et parfois même au-dessus du jeu du piano.
Autre concert de piano, par les soins de Jean-François Heisser, intitulé « Danses pour piano » (« Dansons maintenant ! » étant le thème de cette édition du festival). Ce grand artiste distille avec l’ardeur ou le raffinement qui siéent des pages de Chopin, Federico Mompou, De Falla et Granados en bis (de la part de Heisser, interprète spécialiste reconnu du répertoire espagnol).
Enfin, retour à George Sand, pour le programme du Trio George Sand (violon, violoncelle, piano) dans un éventail d’époque bien transmis (de Schubert, Pauline Viardot, Gluck, Liszt et même Berlioz – dans une transcription faite d’Absence) en allusion à l’inspiration de l’autrice.
Notons aussi l’exposition, qui se tient comme chaque année au Musée Hector-Berlioz. Cette fois-ci : « Hector prend les eaux », ou l’évocation, à travers différents documents et illustrations d’époque, des villes thermales que Berlioz avait fréquentées et où il avait séjourné à différentes reprises. Et en particulier, Plombières (dans les Vosges) et Bade (ou Baden Baden, en Allemagne) où fut notamment créé son opéra-comique Béatrice et Bénédict. Attachante exposition (jusqu’au 31 décembre).
Pierre-René Serna
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© Festival Berlioz - Bruno Moussier
Site Hector Berlioz crée par Michel Austin et Monir Tayeb le 18 juillet 1997; page Comptes-rendus de concerts créée en 1999; complètement remaniée le 25 décembre 2008.
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