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FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS

DU 5 MAI 1860 [p. 1-2].


THÉATRE DE L’OPÉRA-COMIQUE.

Première représentation du Château Trompette, opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Cormon et Michel Carré, musique de M. Gevaert.

    Aux bords de la Garonne sont des endroits charmans ; les femmes y sont bonnes, les maris complaisans ; on rit, on jase et l’on raisonne, et l’on s’amuse un moment. Dans cet opéra, dont l’action se passe aux bords de la Garonne, se trouvent aussi des endroits charmans ; les femmes y sont bonnes ; seulement la plupart des maris y sont fort déplaisans, et l’on s’y amuse depuis huit heures du soir jusqu’à minuit.

    Au début de l’action, toute la ville de Bordeaux est en fête, on entend retentir fifres et canons. Il s’agit de l’arrivée du maréchal duc de Richelieu. M. Olivier, jeune procureur, s’indigne des vivats poussés par la foule sur les pas de ce roué, effroi des pères, des amans et des maris. Champagne, valet de chambre du duc, Gascon de race, dont le nom véritable est Sarrazin, et qui eut autrefois à Bordeaux une charmante amoureuse, seconde au contraire et sert de son mieux les damnables inclinations de son maître. Le voilà qui rôde autour de la maison d’un M. Bourcan, dont la très jolie femme a inspiré un caprice au maréchal. Le hasard lui amène Mlle Lise, celle qu’autrefois il aima. Reconnaissance. Champagne propose à la jeune fille de la conduire au bal offert par le duc à la ville de Bordeaux. Lise refuse, elle devine les projets de l’audacieux Champagne et veut rester fidèle à l’honnête homme qu’elle aime maintenant, au jeune procureur Olivier Tancelin.

    Olivier paraît au milieu de cette scène ; il est furieux. Il vient d’entendre lire un pamphlet sur Richelieu, où l’on raconte que le duc a une cassette contenant les portraits de toutes ses maîtresses, parmi lesquelles l’auteur anonyme de la brochure a osé placer la mère d’Olivier. Champagne, qui a fait part à Lise du plan qu’il a conçu pour enlever Mme Bourcan, revient après une courte absence, déguisé en batelier ; il donne un signal ; une femme en domino paraît et entre dans sa barque ; il croit conduire Mme Bourcan, et c’est Lise qu’il emmène au milieu du tumulte causé par l’explosion d’un feu d’artifice. Richelieu a surveillé tous les mouvemens de son Mercure ; il court par un autre chemin à la petite maison où bientôt doit arriver sa nouvelle conquête.

    Au deuxième acte nous sommes chez le duc de Richelieu. Entrent Champagne et la dame voilée. Après quelques paroles, celle-ci juge à propos de quitter son domino. Stupéfaction de Champagne en reconnaissant Lise, qui commence aussitôt à jouer avec un naturel parfait son rôle de grande dame et traite son ex-amant d’impertinent valet. Le duc ne se fait pas attendre ; il n’a jamais vu Mme Bourcan, et la ruse de Lise réussit complétement. Champagne, congédié par son maître, est forcé de s’éloigner et de laisser les deux personnages dans un tête-à-tête que lui-même il a ménagé. Souper fin. Le duc est ravi de l’esprit et de la grâce de la fausse Mme Bourcan. Mais tout en causant, en papillonnant, il boit beaucoup ; il commet la même faute que ce pauvre Holopherne si méchamment mis à mort par Judith ; et le voilà étendu sur un canapé et dormant à poings fermés. Lise profite de ce sommeil, ouvre la cassette aux portraits, en enlève dextrement celui de la mère d’Olivier, écrit un billet railleur au duc, et se hâte… de chanter une chanson en plusieurs couplets avant de disparaître.

    Au troisième acte, le duc s’est enfin réveillé, il a lu le billet que Lise lui a laissé pour adieu. Il la retrouvera, il se vengera, et la railleuse apprendra à ses dépens qu’on ne se joue pas à ce point d’un dangereux comme Richelieu, et qu’il n’est pas vaincu pour s’être endormi… trop tôt. (Le mot n’est pas de moi.) La voici qui raconte avec des éclats de rire à une nombreuse réunion de commères son aventure de la nuit. Le duc, qui écoutait avec Champagne, caché derrière un arbre du jardin où se passe la scène, s’avance le sourire aux lèvres. « Très bien, dit-il à Lise, très bien, l’histoire est parfaitement composée ; soyez tranquille, je ne vous démentirai pas, c’est bien le moins que je puisse faire pour reconnaître vos bontés pendant cette douce nuit. Pour tout le monde je serai censé m’être endormi, et vous serez sortie de ma chambre aussi pure que vous y êtes entrée. »

    Mais Olivier accourt ; les commères ont déjà ébruité l’anecdote, et il ne croit pas, lui, à l’innocence d’une telle entrevue. Sa fureur éclaire le duc et lui apprend enfin qu’il a été pris pour dupe et qu’il ne s’agit pas de Mme Bourcan. Lise se justifie en montrant à son fiancé Olivier le portrait de Mme Tancelin qu’elle n’eût pas pu enlever de la fameuse cassette si le duc n’eût été en effet endormi, ce qui ne prouve pas grand’chose, car il y a temps pour tout.

    De sorte qu’Olivier est fort loin de croire à l’innocence de sa fiancée ; quand le duc, sous l’empire d’un de ces bons sentimens qu’il avait quelquefois, raconte une autre histoire véritable. Le portrait de Mme Tancelin, mère d’Olivier, est entre ses mains par suite d’une aventure romanesque où elle prit une part parfaitement honorable ; le duc en donne sa parole de gentilhomme dont personne n’a jamais douté. Il atteste la vérité de tout ce que Lise a raconté au sujet des événemens nocturnes de la petite maison. Olivier est tenu de le croire, sous peine de douter aussi de la vertu de sa mère dont le duc s’est porté garant. Il croit donc, il pardonne tant bien que mal à Lise, et l’épouse néanmoins tout à fait. Ainsi le duc se venge en gentilhomme d’un affront qu’il n’eût sans doute pas subi s’il eût mis seulement un peu d’eau dans son vin.

    C’est égal, à la place d’Olivier, je connais des gens qui se fussent obstinés à ne pas épouser Judith. Vous allez me demander à présent ce que le Château-Trompette peut avoir à faire là-dedans, et pourquoi ce nom sert de titre à la pièce. Je ne saurais rien répondre pour satisfaire une curiosité si naturelle, sinon que ce château, dont il est question deux ou trois fois dans le cours de ces trois actes, était une prison d’Etat, et qu’on a donné son nom pour titre au nouvel opéra-comique, comme on pourrait donner à un autre celui de Bicêtre ou de Bedlam, parce que l’un des personnages du drame serait devenu fou.

    La partition du Château-Trompette n’est pas une des meilleures de M. Gevaert ; néanmoins elle contient d’excellens morceaux et elle est en général écrite avec une élégante facilité.

    Elle a le malheur, comme tant d’autres œuvres du même genre, d’être trop bien dans le style de l’opéra-comique, style si connu, tant de fois employé et par suite si usé, que les opéras-comiques parisiens écrits depuis quinze ans se ressemblent presque tous et qu’on croit toujours entendre le même. Cette persistance dans l’emploi de la même forme mélodique, dans l’usage des mêmes modulations, des mêmes cadences finales, des mêmes rhythmes, dans le retour à l’orchestre du même forte au même moment, du même trait pointillé, sautillant, au même endroit, dans l’adoption du même procédé d’instrumentation, est surtout remarquable dans les ouvertures. Et si l’on en prenait une au hasard dans le nombre immense des compositions instrumentales destinées à servir de préface à tant d’opéras petits et grands, et qu’on la fit entendre à un auditeur un peu habitué aux allures de la Muse parisienne, en lui demandant quel est ce morceau, il ne pourrait guère répondre que ceci : « C’est l’ouverture de l’opéra-comique. » Il n’y en a qu’une, en effet, comme il n’y a qu’une cavatine italienne ; et je ne sais vraiment pas pourquoi les compositeurs se donnent maintenant la peine d’en écrire de nouvelles, puisqu’il semble avéré, reconnu, prouvé qu’on ne peut, en ce genre, rien faire de nouveau. Dans l’ouverture du Château-Trompette, le thème sautillé des violons a plus de distinction que la plupart des thèmes de ce genre imposés par l’usage.

    L’air de Champagne :

A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère

a paru vague. La chanson de Lise est au contraire fort jolie. C’est un morceau vraiment composé, trouvé. La mélodie en est très agréable, et quand le chœur reprend le thème épisodique qui succède à la phrase principale, le soprano solo fait entendre au-dessus des vocalises et des notes piquées du plus heureux effet. Le duo entre Lise et Champagne est brillant, mais un peu froid dans son ensemble. On serait tenté d’en dire autant de l’autre duo :

Adieu, le jour s’enfuit.

    Il faut louer dans le premier acte le chœur : « Charmante soirée » et le joli passage où reparaît le thème de l’allegro de l’ouverture :

Ah ! dites-moi, qui vous a donné
Les yeux fripons que vous avez.

    Au deuxième acte, se trouvent un duo d’un bon comique, un air gracieux de Lise :

Non, non, ce n’est plus
La pauvre grisette.

Un second duo supérieurement traité, plein de détails d’une intention fine et charmante :

Elle est vraiment jolie !
— Il est encor fort bien !

Un quatuor agréable et une chanson fort drôle quand Lise ouvre la cassette du duc et enlève le portrait de la mère d’Olivier.

    Au troisième acte, on a justement applaudi un chœur de fête d’une entraînante jovialité, la chanson de Champagne :

Bonjour, Suzon ;
Bonjour, Fanchon.

sorte de bourrée d’un caractère naïf qu’on a voulu entendre deux fois.

    Le même honneur a été fait, à un duo plein d’entrain et curieux par certaines formes rhythmiques.

    Il y a de l’élégance dans les mélodies du trio suivant, et beaucoup d’habileté dans la disposition de la partie principale de l’air de soprano avec chœur.

    Mme Cabel est sémillante et gracieuse, comme toujours, dans le rôle de Lise ; Mlle Lemercier et Berthelier, dans deux personnages épisodiques dont je n’ai pas parlé, gasconnent de la façon la plus réjouissante.

    Mocker est fort bien placé dans le personnage de Richelieu ; les autres rôles peu favorisés, sous le rapport musical, sont joués avec talent par Sainte-Foix, Lemaire, Prilleux, Ponchard et Duvernoy.

THÉÂTRE LYRIQUE.

Représentation au bénéfice de Mme Viardot.

    Cette soirée, dont le programme par sa richesse et sa variété offrait un attrait si vif, avait attiré un nombreux et brillant auditoire. L’héroïne de la fête y a été acclamée, applaudie, redemandée avec transports. Elle s’est montrée tour à tour tragédienne terrible sous les traits de lady Macbeth, impétueuse et passionnée dans Armide, touchante et gracieuse dans la dernière scène de la Sonnambula. Graziani l’a on ne peut mieux secondée. Sa voix splendide et d’un si beau timbre convient au rôle de Macbeth, qu’il a joué d’ailleurs avec un grand talent. Quant à Mme Viardot, ses attitudes, ses gestes, ses regards, ses accens concentrés de sotto voce, tout en elle était shakspearien, et nous doutons fort qu’il y ait en Europe une artiste capable de rendre d’une façon aussi émouvante et aussi poétique en même temps la sublime horreur de la scène du somnambulisme et de celle du meurtre de Duncan. Toute la salle frissonnait.

    Ces fragmens d’un opéra de Verdi encore inconnu des Parisiens contiennent des effets d’une grande puissance dramatique, tout en restant, pour la partie vocale et pour certaines formes d’accompagnement, dans le style italien. On s’étonnerait que le théâtre Ventadour, qui possède un Macbelh tel que Graziani, n’eût pas encore eu l’idée de mettre en scène cette grande œuvre, si l’on ne savait qu’il n’a pas dans sa troupe chantante une femme capable de supporter le fardeau épique du rôle de lady Macbeth.

    Le troisième acte d’Armide a produit une impression profonde, et Mme Viardot a surtout ému l’auditoire au moment où Armide s’écrie :

Arrête, arrête, affreuse Haine !

et au merveilleux monologue final, qu’elle a dit avec une incomparable expression de terreur d’abord et de tendresse passionnée ensuite :

O ciel ! quelle horrible menace !
Je frémis, tout mon sang se glace !
Amour, puissant amour, viens calmer mon effroi,
Et prends pitié d’un cœur qui s’abandonne à toi !

    On sait que ces quatre vers sont de Gluck ; il les improvisa, ainsi que l’admirable musique à laquelle ils sont si intimement unis, à l’une des dernières répétitions d’Armide à l’Opéra.

    Mlle Sax a chanté la Haine avec un véritable talent, et beaucoup mieux, à mon avis, qu’aucune des cantatrices qui ont osé avant elle aborder ce rôle ingrat et difficile.

    Inutile d’ajouter que Mme Viardot a été éblouissante de verve dans la cavatine finale de la Sonnambula ; les traits les plus rapides sont pour elle sans difficulté, et sa science de vocalisation est telle, que les tours de force même les plus dépourvus d’intérêt musical semblent en acquérir par le prestige de son exécution.

    Mme Rose Chéri, dans le joli proverbe d’Octave Feuillet (le Cheveu blanc) ; Mlle Emma Livry, le gracieux papillon, le colibri, l’oiseau de paradis, la rose emportée par le vent, et Mérante, dans un fragment du ballet de la Sylphide ; Battaille, Jourdan, Meillet, Fromant, Balanqué, dans quelques scènes de la Reine Topaze, du Chalet et de Joseph ont fait le plus grand plaisir et obtenu un succès des plus flatteurs. Quant à Mme Massart, supérieurement secondée par le délicieux violoncelle de Jacquard, elle a enchanté cet auditoire blasé des représentations à bénéfice, qui se montre d’ordinaire si peu sensible aux beautés de la musique instrumentale et si dédaigneux surtout de la musique de piano. Mais aussi que ces variations de Mendelssohn sont élégantes ! qu’il y a de musique là dedans ! Et avec quel beau jeune style Mme Massart les exécute ! Et comme Jacquard chante ! quels sons pleins, forts et doux exhale son violoncelle sans qu’une seule note douteuse vienne jamais en déparer l’ensemble !

Quarante vieilles chansons du douzième et du dix-huitième siècle, recueillies et arrangées avec accompagnement de piano par E. Reyer.

    Voilà un recueil précieux et du plus vif intérêt, non pas seulement pour les amateurs d’archéologie musicale, mais pour tous ceux qui se plaisent aux chants naturels et vraiment caractérisés et pour ceux surtout que la romance parisienne obsède. Dans ce choix très bien fait de vieux airs, on trouve au moins de la saveur, de la naïveté ; on y trouve même quelque chose de nouveau ou tout au moins de fort différent de ce que nous entendons journellement au théâtre et dans les salons. L’ouvrage de Laborde (Essai sur la musique ancienne et moderne), l’Anthologie française, le Théâtre-Italien de Gherardi et la collection de Pierre Ballard ont fourni à M. Reyer la plupart des morceaux contenus dans ce recueil. Le texte de chaque pièce a été respecté avec grand soin. M. Reyer a écrit les accompagnemens sans aucune prétention à l’archaïsme ; il s’est efforcé seulement de rester toujours dans le sentiment et dans la couleur du sujet. Ces accompagnemens sont en outre presque tous faciles et d’un excellent style. Parmi ces chansons, il en est peu qui ne soient remarquables par leur originalité et par une grâce toute particulière. Il faut citer surtout l’Amour, paroles de Favart, musique de Rameau ; la Chanson de Mongenol ; celle de Ronsard ; celle de Jean Bertaut, évèque de Sées et aumônier de Catherine de Médicis ; une autre dont les paroles et la musique sont de Louis XIII ; un air paysan de La Barre, 1695 ; une chanson de Clément Marot, l’auteur de la musique est inconnu, et surtout la dernière pièce dont Favart et Rameau sont encore les auteurs, morceau d’une humour toute rabelaisienne. Ce recueil nous semble appelé à un succès de vogue si quelques chanteurs en renom daignent le faire connaître au public.

    Je n’ai rien dit des innombrables concerts qui ont eu lieu ce mois-ci ; j’aurais eu trop à dire. Je tiens cependant à signaler celui de M. Darand, l’habile organiste et le compositeur plein de goût ; on y a entendu plusieurs morceaux dignes d’éloges pour la composition elle-même, et d’autres remarquables surtout par l’habileté avec laquelle l’auteur a su mettre en lumière les ressources diverses d’un délicieux instrument, l’orgue-Alexandre, dont il joue en virtuose consommé.

    Notons encore le concert de la belle pianiste Mme Jung-Guibert, dont le jeu unit à beaucoup de verve une délicatesse extrême, et qui tire du piano une excellente qualité de son. Mlle Jung, à la séance donnée par elle dans la salle de Herz, a reçu une véritable ovation pour la manière à la fois brillante et pleine de finesse avec laquelle elle a exécuté la Sérénade de Mendelssohn et plusieurs morceaux de Chopin. Mlle Wertheimber, qu’on entend trop rarement, a dit dans ce même concert, avec autant d’âme que de largeur de style, le beau Noël d’Adam.

    Les journaux d’Alsace parlent aussi avec enthousiasme d’une solennité musicale organisée dans le foyer du théâtre de Strasbourg, et dont M. Wuille, l’incomparable clarinettiste, et l’habile corniste M. Stenebrugge, ont eu les honneurs. On y a applaudi en outre plusieurs charmans morceaux de la composition de M. François Schwab, musicien distingué de Strasbourg, dont nous avons eu déjà l’occasion de citer le nom avec éloges.

    Je n’aurai garde d’oublier le concert à grand orchestre du jeune Lotto. Cet enfant (il a seize ans à peine) appartient à une pauvre famille israélite polonaise. A six ans il jouait du violon dans les cafés de Varsovie. Henri Wieniavski l’entendit ; frappé de l’étonnante précocité du petit virtuose, il parla de lui dans quelques salons. Aussitôt une souscription fut ouverte, en quelques semaines une pension de 3,000 fr. lui fut assurée ; on l’envoya à Paris, où M. Massart se chargea de son éducation musicale. Au bout de quelques années, grâce aux soins assidus et au dévouement paternel de cet habile professeur, le petit Lotto sut le français et fut un des violonistes les plus distingués de notre temps. Son talent, sans doute, n’est pas tout à fait mûr, il grandira encore ; mais, tel qu’il est, il faut déjà le compter parmi les talens sérieux. Lotto n’est point un petit prodige. Il est excellent musicien, compose avec talent pour son instrument, écrit correctement l’orchestre ; son jeu brillant, animé, ne tombe jamais dans une fougue désordonnée. Sa main gauche semble deviner les bonds les plus capricieux de l’archet ; il n’y a peut-être pas deux violonistes aujourd’hui qui fassent le staccato avec une plus éblouissante précision ; et il joue juste, constamment juste, et le son qu’il tire de son instrument est toujours pur et nourri. Ce concert d’adieux a été d’un éclat peu ordinaire ; un nombreux et élégant public y assistait. Lotto peut maintenant rentrer en Pologne avec l’assurance de faire honneur à ses généreux protecteurs autant qu’aux leçons de son excellent maître. Dans quelques années il sera célèbre.

H. BERLIOZ.

Site Hector Berlioz créé le 18 juillet 1997 par Michel Austin et Monir Tayeb; page Hector Berlioz: Feuilletons créée le 1er mars 2009; cette page ajoutée le 20 avril 2009.

© Michel Austin et Monir Tayeb. Tous droits de reproduction réservés.

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