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FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS

DU 30 JANVIER 1842 (p. 1-2)


THÉATRE DE L’OPÉRA-COMIQUE.

Première représentation de le Diable à l’Ecole; opéra en un acte de M. Scribe, musique de M. E. Boulanger.

    Ce diable s’appelle Babylas ; il prétend être filleul d’Astaroth et cousin de Belzébuth ; je parie qu’il se vante ; c’est tout bonnement quelque bâtard du valet de chambre de Bertram, démon fameux qui eut pour fils illégitime Robert, duc de Normandie, plus connu sous le nom de Robert-le-Diable. Ce qui me porte à le penser, c’est que Babylas semble prendre à tâche d’imiter de son mieux les faits et gestes de ce Bertram, dont il aura sans doute ouï conter plus d’une fois la tragique histoire à son père. Babylas est simple et naïf ; il se croit pourtant plein de malice. Les railleries de la valetaille infernale sur sa simplicité l’ont profondément humilié ; il a voulu, une fois déjà, gagner ses éperons, c’est-à-dire ses cornes, et n’a obtenu pour sa peine qu’une recrudescence de brocards. Voici à quelle occasion. En vagabondant sur la terre et cherchant aventure, il mit la griffe, un jour, sur Lélia Bentivoglio, italienne incomprise, au teint pâle, au regard noir et profond. Babylas, au lieu de la fasciner dès le début, comme eût fait tout démon bien appris, ou même un simple homme tant soit peu versé dans l’art des don Juan, a la stupidité d’en devenir amoureux. Bien entendu qu’à l’instar du célèbre Bertram, il espère séduire cette âme féminine, l’entraîner à sa perte et se l’approprier in vitam æternam, satisfaisant ainsi son amour et son amour-propre. Pour y parvenir, il faut que Lélia consente à empoisonner un mari qu’elle a, puis à épouser Babylas. La première partie de ce plan sourit à la jeune femme ; pour le second c’est différent, et le pauvre époux n’a pas plus tôt mangé le gâteau sympathique, et péri dans d’affreuses convulsions, que Lélia, attribuant, sans hésiter, l’idée arsénicale à mons Babylas, le dénonce à la justice et vous le fait pendre comme innocent. Cette Lélia aurait bien dû écrire ses Mémoires, pour l’instruction des jeunes demoiselles destinée, par les impérieuses exigences d’une nature d’élite, à la carrière difficile de l’empoisonnement. Je laisse à penser les vaudevilles de toute espèce dont le malheureux diable, berné par une femme, fut le grotesque héros, à son retour aux sombres bords ! Il lui fallait une éclatante revanche ; pour la prendre, il obtient une seconde mission diplomatique auprès de la race humaine. Le voilà donc de nouveau lancé dans les meilleures sociétés, mais défiant cette fois, comme un chat échaudé ; et redoutant surtout les femmes incomprises ; un secret instinct et le souvenir de sa première école l’avertissant qu’il ne serait jamais de force à lutter avec celles-là. Babylas se borne à convoiter l’âme d’un étudiant ; son échec l’a rendu modeste. Il rencontre son jeune homme dans une maison de jeu ; il le ruine ; il le désespère ; et quand le malheureux, sans sou ni maille, va se jeter à l’eau, Babylas l’arrête et lui propose de le gorger d’or s’il veut seulement signer de son nom un vieux morceau de parchemin que Babylas lui présente. Stenio, c’est le nom de l’étudiant, aime autant aller au diable de cette façon que de celle qu’il avait choisie. D’ailleurs il ne se rendra à sa destination que dans un an à pareil jour, et d’ici là, avec beaucoup d’argent, il peut encore manger une bonne aile du poulet de la vie. Les Stenio sont tous romantiques ! Mais le pauvre avait compté sans l’amour aux flèches cruelles. Une jeune veuve — oh ! — incomprise — aye ! — par une belle nuit d’été — holà ! — a, sous le chaste regard des étoiles, discouru avec lui sur les affinités électives. Le résultat de cet épanchement d’âme à âme, de cet harmonieux concert de deux cœurs faits pour s’entendre, de la rencontre providentielle de deux êtres que les brutalités sociales avaient tenues jusque-là séparées, ne pouvait être qu’une passion poétique, philosophique et délirante, inspirée par l’un à l’autre des deux incompris. En pareil cas, c’est le jeune homme qui est toujours l’autre.

    Voilà notre Stenio oubliant le boire, le manger, le jouer et le dormir pour la belle veuve qui ne dort peut-être pas toutes les nuits, mais qui joue et boit et mange pour deux ; il oublie même le pacte, le fatal pacte signé du sang de son sein et scellé de son seing, de sa propre main, sur parchemin. Préoccupé de l’idée qu’on l’aime, et ruminant les demi-aveux qu’il croit avoir surpris, l’étudiant fait un pas de clerc et demande la belle veuve en mariage. Il ne doute pas qu’elle n’accoure elle-même pour lui annoncer leur bonheur. En conséquence, c’est Babylas qui se présente ; le billet souscrit par Stenio est échu, le démon vient toucher son âme, il faut payer ; dans une heure, du moins, car minuit n’a pas encore sonné. « O fureur ! ô rage ! ô désespoir ! ô tout ! la perdre ! être damné avant d’être à elle ! avant qu’elle ne soit à moi ! Lélia ! — Lélia ! s’écrie à son tour Babylas, Lélia Bentivoglio ! — Tu prononces son adoré nom ! — Par Astaroth, mon parrain, et Belzébuth, mon cousin, c’est ma veuve incomprise ! Ah ! tu l’aimes, triple niais, et tu crois être aimé ! Tiens, regarde ce qu’elle fait en ce moment ? » Le fond du théâtre s’ouvre et, dans un tableau magique, Stenio voit Lélia déchirer, en riant, la brûlante lettre dans laquelle il lui demandait d’unir leurs destinées. — « Veux-tu savoir ce qu’elle pense maintenant ? Elle se demande lequel des deux, d’un noble duc ou d’un riche commerçant, elle doit accepter pour époux. Elle épousera le duc qui l’anoblira et sera la maîtresse du commerçant qui l’enrichira. Quant à Stenio, on le congédiera, il n’est plus amusant. — Damnation !! — Tu ne me crois pas ? pauvre fou ! voilà qui te rendra à la raison. » On apporte à Stenio une lettre de Lélia ; c’est un congé en bonne forme qu’elle lui envoie. — « Damné ! je suis à toi ! » crie avec rage le malheureux Stenio, qui de l’état d’incompris, passe brusquement ainsi à celui de désillusionné ; et il sort éperdu, pour mettre ordre à ses affaires, apparemment. Mais ne voilà-t-il pas qu’une jeune fille dont je n’ai rien dit encore, Bertha, qui aime en secret Stenio, vient proposer à Babylas de l’accepter, elle innocente et pure, aux lieu et place de l’étudiant. « Volontiers, dit Babylas ; cette conquête eût été bien plus difficile que l’autre, elle me fera donc là-bas d’autant plus d’honneur. Signe ceci. — Moi ! je serais à vous à l’instant ! dit Bertha lisant le pacte ; point du tout ; il n’est pas minuit, c’est donc une demi-heure que vous allez me voler. — Mais, ma chère enfant, c’est pour les frais ! — Je n’entends pas les payer ; je serai à vous à minuit, ou, si vous aimez mieux, au moment où cette bougie sera consumée. Cela vous convient-il ? — Allons, il faut bien accepter les conditions ; signe ! — C’est fait. — Donne. — Non pas ; il me faut d’abord l’acte qui vous rend le maître de Stenio. — Par l’enfer ! cette innocente est aussi forte que l’autre ! Prends garde à toi, Babylas, ou tu vas être fait une second fois ! Voici l’acte ! — Je le brûle, pour plus de sûreté. » Là-dessus reparaît Stenio, qui vient de faire son testament ; il apprend le dévouement de la jeune fille. « Tu m’aimes donc, Bertha ? — Oui, je vous aime, et depuis long-temps ! — Eh bien ! rien ne nous séparera ; rien ne me retient plus sur la terre, et j’aime mieux me damner avec toi que de vivre sans toi. Oui, toi ! toi ! toujours toi ! — Bravo, dit Babylas, deux âmes pour une ! — Faible esprit de l’abîme, dit en riant Bertha ; elles t’échapperont toutes deux ! » A ces mots elle éteint la bougie et la porte rapidement sur le piédestal d’une statue de la Vierge, qui se trouve là par le plus grand des hasards, et dont la sainte influence empêche le démon d’approcher de la bougie et de la rallumer ! Minuit sonne, la trappe s’ouvre, Babylas tombe en enfer, dans le premier dessous, sans âme qui meure pour l’accompagner, et Gros-Jean comme devant.

    On voit que cette petite pieèce fantastique à trois personnages offre beaucoup d’analogie avec Robert-le-Diable. Elle présentait au compositeur un écueil qu’il a en général évité assez adroitement, l’imitation des effets d’orchestre popularisés par Weber et par Meyerbeer. M. Boulanger a écrit là-dessus une partition fort intéressante, d’un style mélodique distingué, d’un bon sentiment dramatique, et instrumentée avec une intelligente réserve. Il faut citer un grand duo, le trio final, comme des morceaux de longue haleine bien conçus et habilement développés, les couplets de Babylas, dont le thème rappelle, il est vrtai, une vieille chanson populaire, mais dont l’harmonie et l’orchestration sont remarquables, et surtout un cantabile de Stenio, d’une expression vraie et d’un excellent tour mélodique. Ce coup d’essai fait bien augurer de l’avenir de M. Boulanger. Mlle Descot, Roger et Henri exécutent avec soin et talent cette jolie partition dont le succès est réel et grandira sans doute encore.

    Puig, ténor espagnol, élève du Conservatoire de Paris, et qui vient d’obtenir de beaux succès à Londres, a débuté ces jours-ci, dans Richard, à l’Opéra-Comique. Puig est bel homme, excellent musicien, doué d’une voix étendue, forte dans le haut, bien qu’un peu inégale dans le médium ; il ne pouvait manquer de réussir. Mais en choisissant ce rôle de Richard, composé d’un seul air et d’un fragment de romance qu’il faut chanter en outre au fond du théâtre et du haut de la galerie chancelante d’une prison, le débutant a montré trop de modestie ; il a droit à un rôle plus riche et plus avantageux. L’air de Richard : S’il faut ici passer ma vie, est ingrat et difficile ; Puig en a fait valoir surtout la dernière partie, où quelques sons de tête fort beaux et un si bémol de poitrine énergique et vibrant ont fait éclater les applaudissements. Le médium de sa voix semble se composer de trois registres différens qui s’enchaînent l’un à l’autre avec peine ; c’est à faire disparaître ce défaut d’unité dans le timbre que Puig doit s’appliquer aujourd’hui ; nous ne doutons pas qu’il n’y parvienne en peu de temps, surtout si on lui donne l’occasion de chanter souvent avec orchestre au théâtre. Rien n’est perfide pour la voix comme l’accompagnement du piano et le retentissement des salons.

THÉATRE DE L’OPÉRA.

    Les brillantes représentations de la Reine de Chypre, un instant suspendues, viennent de reprendre leur cours ; l’affluence du public est toujours la même, mais le mérite de l’œuvre de M. Halévy est de jour en jour mieux apprécié. Le grand duo patriotique, chanté par Duprez et Baroilhet, excite chaque soir les plus vifs applaudissemens ; cet élan de patriotisme tourne bien un peu au chauvinisme, mais, bah ! le parterre est français, pourquoi ne pas lui parler fièrement et chaudement de sa belle France ?

    Un début intéressant et heureux a eu lieu, il y a quelques semaines, devant le public sévère du dimanche. Mlle Recio abordait pour la première fois le rôle du page dans le Comte Ory ; la débutante a toutes les qualités requises pour bien représenter cet espiègle Isolier, rival heureux de son propre maître ; qualités qu’on n’exige pas rigoureusement, ce me semble ; car on voit des Isoliers

Qui devraient d’une pèlerine
Prendre la cape et le manteau

au lieu de s’exposer aux perfidies de ce fringant costume, et qui ressemblent assez, par les jambes et la taille, à un sac de noix posé sur un escabeau. Mlle Recio, sans imiter Mme Stoltz, a su donner au caractère d’Isolier une physionomie à la fois tendre et spirituelle ; elle a chanté simplement, avec goût, et son accentuation des récitatifs a paru naturelle sans exagération, gracieuse sans minauderies.

    Mme Treillet-Nathan, prise au dépourvu et sans une seule répétition d’ensemble, a paru dans le poétique mais difficile rôle d’Agathe du Freyschütz. La pureté et la largeur de sa méthode n’ont pas failli à la cantatrice dans les deux grands airs, ni dans le duo. Son succès eût été plus grand néanmoins, si sa voix avait eu son timbre ordinaire ; mais un léger enrouement en affaiblissait l’éclat. Le sextuor final, ce morceau qui exige tant d’exubérance dans l’expression de sa joie passionnée, a dû nécessairement souffrir un peu de la mauvaise disposition de la cantatrice. Mme Treillet, dès qu’elle sera complétement rétablie et plus sûre d’elle-même à une second épreuve, brillera dans ce rôle tout autant, nous n’en doutons pas, que dans celui de Valentine, plus passionné encore, et où elle excelle.

Nouveau caprice symphonique pour piano seul, de M. Stephen Heller.

    Tous les ans à cette époque, on imprime à Paris quelques milliers de chansonnettes, romances, barcarolles, nocturnes, diurnes, valses, contredanses et autres petites albuminations, faites pour accompagner dans les albums les dessins de Deveria et de Jules David, qui se vendraient peut-être sans elles. Ces singuliers produits de l’industrie ont l’avantage réel sur les productions de l’art pour les gens qui tiennent à avoir une jolie gravure et quelque chose avec ; c’est que ce quelque chose est conçu de manière à n’exiger ni voix, ni doigts, ni intelligence musicale pour l’exécuter ; la partie de chant convient à toutes les personnes qui ignorent l’art du chant, et l’accompagnement de piano sert à faire briller celles qui ne jouent pas du piano. Or le nombre de ces virtuoses est fort grand et l’on conçoit qu’ils préfèrent à toute autre la musique écrite dans ce système. Rien de mieux ; trahit sua quemque voluptas ; aussi usai-je du même droit pour chercher en sens contraire les jouissances musicales. Celles que font éprouver aux musiciens (aux musiciens qui savent et sentent la musique), les œuvres de Stephen Heller sont à coup sûr de la nature la plus noble et la plus élevée. L’inspiration de ce compositeur pianiste est toujours puissante, son style haut et ferme, et sa forme simple autant qu’originale.

    Sa dernière œuvre surtout, intitulée Caprice symphonique, réunit toutes ces qualités à un degré éminent ; et je n’hésite pas à dire que, depuis les sonates de Beethoven, on n’a rien écrit en ce genre de plus complètement grand et beau. Il est impossible de n’être pas frappé de l’abondance des idées et de l’ordre qui règne dans cette composition. La mélodie en est pleine de fraîcheur et les deux cadences à la dominante sur lesquelles le chant se repose au milieu de la période mélodique sont modulées d’une façon aussi ingénieuse qu’imprévue. Le mouvement de la main gauche, toujours le même d’un bout à l’autre du morceau, contraste par sa sombre agitation avec la douceur du chant de la main droite ; mais à la fin, une sorte de choral, plaqué fortissimo au dessus de l’invariable dessin rhythmique exécuté alors par les deux mains, donne à la péroraison de cette tourmente musicale, une force et une splendeur extraordinaires ; on croit entendre un grand orgue, un orchestre immense, une marée montante de mélodies pompeuses, de splendides harmonies ! c’est magnifique ! M. Heller, par son Caprice symphonique, vient évidemment de se placer au premier rang des compositeurs de musique de piano.

Les Strauss.

    Le nom de Strauss est célèbre aujourd’hui dans toute l’Europe dansante ; ses valses capricieuses, piquantes, d’un rhythme si neuf, d’un tour si gracieusement original, font le tour du monde. On conçoit donc qu’il tienne beaucoup à ne pas voir ses valses contrefaites, son nom contreporté. Or, voici ce qui arrive. Il y a un Strauss à Paris, ce Strauss a un frère ; il y a un Strauss à Vienne, mais ce Strauss n’a point de frère ; voilà toute la différence qui existe entre les deux Strauss. De là des quiproquos fort désagréables pour notre Strauss, qui dirige en ce moment avec une verve digne de son nom les bals de l’Opéra-Comique et tous les bals particuliers donnés par l’aristocratie fashionable. Dernièrement, à l’ambassade d’Autriche, un Viennois, quelque faux Viennois, à coup sûr, aborde Strauss et lui dit en langue autrichienne : « Eh bonjour, mon cher Strauss ; que je suis aise de vous voir ! Vous ne me reconnaissez pas ? — Non, Monsieur. — Oh ! je vous reconnais bien, moi, quoique vous ayez un peu engraissé ; il n’y a d’ailleurs que vous pour écrire de pareilles valses. Vous seul pouvez diriger et composer ainsi un orchestre de danse ; il n’y a qu’un Strauss. — Vous êtes bien bon ; mais je vous assure que le Strauss de Vienne a aussi du talent. — Comment ! le Strauss de Vienne ? Mais c’est vous ; il n’y en a pas d’autre. Je vous connais bien ; vous êtes pâle, il est pâle ; vous parlez autrichien, il parle autrichien ; vous faites des airs de danse ravissans : — Oui. — Vous accentuez toujours le temps faible dans la mesure à trois temps : — Oh ! le temps faible, c’est mon fort ! — Vous avez écrit une valse intitulée le Diamant ? — Etincelante ! — Vous parlez hébreu ? — Very well. — Et l’anglais ? — Not at all. — C’est cela même, vous êtes Strauss ; d’ailleurs votre nom est sur l’affiche ? — Monsieur, encore une fois, je ne suis pas le Strauss de Vienne ; il n’est pas le seul qui sache syncoper une valse et rhythmer une mélodie à contre-mesure. Je suis le Strauss de Paris ; mon frère, qui joue très bien du violon et que voilà là-bas, est également Strauss ; le Strauss de Vienne est Strauss. Ce sont donc trois Strauss. — Non, il n’y a qu’un Strauss, vous voulez me mystifier. » Là-dessus le Viennois incrédule, de laisser notre Strauss fort irrité et très en peine de faire constater son identité ; tellement qu’il est venu me trouver afin que je le débarasse de cette sosimie. Donc, pour cela faire, j’affirme que le Strauss de Paris, très pâle, parlant à merveille l’autrichien et l’hébreu, et assez mal le français, et pas du tout l’anglais, conduisant d’un air triste, mais avec un talent incontestable, son joyeux orchestre de bal ; j’affirme, dis-je, que ce Strauss habite Paris depuis près de quinze ans ; qu’il a, depuis dix ans, joué de l’alto à tous mes concerts ; qu’il fait partie de l’orchestre du Théâtre Italien ; qu’il va tous les étés gagner beaucoup d’argent à Aix, à Genève, à Mayence, à Munich, partout excepté à Vienne, où il s’abstient d’aller par égard pour l’autre Strauss, qui pourtant, lui, est venu une fois à Paris.

    En conséquence, les Viennois n’ont qu’à se le tenir pour dit, garder leur Strauss et nous laisser le nôtre. Que chacun rende à Strauss ce qui n’est pas à Strauss, et qu’on n’attribue plus à Strauss ce qui est à Strauss ; autrement on finirait, telle est la force des préventions, par dire que le stras de Strauss vaut mieux que le Diamant de Strauss, et que le Diamant de Strauss n’est que du stras.

H. BERLIOZ.

Site Hector Berlioz créé le 18 juillet 1997 par Michel Austin et Monir Tayeb; page Hector Berlioz: Feuilletons créée le 1er mars 2009; cette page ajoutée le 1er juillet 2014.

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